• Á L’aMéRiCaiNe…

       …’’Sur les ailes du Temps, la tristesse s'envole’’. Ça n’est pas gagné! 

    Monsieur Jean de La Fontaine n’a pas précisé combien de temps, aussi ai-je ramené papa à la ‘‘Petite Paix’’. Son chagrin me bouleverse. S’il était resté au domaine, je sais qu’il serait allé tous les jours au cimetière et cela je ne le veux pas. Jocelyne repose en paix -j’ose l’espérer- et à présent je veux que mon père se réconcilie avec le monde des vivants. C’est en toute tranquillité et au calme qu’il doit reconstruire son avenir. En fin de saison c’est un peu compliqué là-bas, alors il a compris mon point de vue et nous a accompagné. Ash prend soin de son beau-père avec dévouement et …tendresse! Si quelqu’un peut aider papa dans la souffrance qui déchire son cœur, c’est bien Ma Canaille. J’ai dû m’absenter deux jours à Palavas pour clôturer les dossiers de nos appartements aux agences. Nous avons fait constater par huissier tous les dégâts occasionnés lors de la campagne deux mille dix-huit. Je suis affligée. Deux des studios neufs sont dans un état… je ne trouve pas de mots pour décrire le désastre. Et dire que j’avais proposé du haut de gamme à des personnes censées être respectueuses du bien d’autrui. Et bien je me rends compte que c’est encore pire! Je suis trop dégoutée pour réagir, mais l’année prochaine je compte bien m’y prendre autrement. D’ailleurs je change d’agences, c’est définitif. Ils prennent leurs réservations par internet et font rarement les états des lieux ce qui laisse porte ouverte à la malhonnêteté de personnes bien peu scrupuleuses. Å revoir donc…
    Hier après-midi nous étions conviés à la pendaison de crémaillère chez Édith et Sam. Nous avons passé un moment très convivial. Leur nouvelle maison est magnifique! La compagne de mon ‘‘grand frère’’ est fan des émissions de rénovation qui fleurissent sur la TNT. Cela se voit qu’elle s’en est inspirée. Le bâtiment est tout en longueur, agrémenté d’une pergola et d’un mur végétal -finalement ils l’ont créé en façade- pour l’extérieur. L’entrée donne accès à un grand couloir qui traverse le plein pied d’une extrémité à l’autre. Au centre, l’atrium -un bijou- que j’avais décrit en juin. Trois puits de lumière éclairent l’ensemble. Depuis la cuisine, ouverte sur la pelouse par un triptyque vitré, l’on passe de la salle à manger au salon par une large ouverture sans porte, habillée des vieilles pierres déjà existantes. Les deux poutres massives du plafond ont été conservées. Un énorme lustre y a été suspendu. Mon Sam y mettrait beaucoup de mauvaise volonté s’il ne parvenait pas à se déplacer dans cet intérieur créé en fonction de son handicap! Tout est lumineux car décliné dans des couleurs neutres. Beige, ocre, taupe et pastels givrés. Sans doute aussi à cause des quatre portes-fenêtres, une par façade. Ils ont offert leurs anciens meubles à une association, puis les nouveaux ont été élaborés sur mesure. Une chape en béton ciré beige au sol pour les pièces à vivre, du parquet contre collé gris perle, imitation vieux bois pour les chambres et un carrelage ethnique de ciment pour la salle de bains. Ladite salle de bains est adaptée de façon à ce que Sam puisse se débrouiller seul pour prendre un bain. Le système, ingénieux au possible, fonctionne avec une simple baignoire d’angle. Je me projette pour l’avenir…
    J’adore la cuisine! Tous les rangements sont en niche dans l’épaisseur des murs. Une crémaillère permet d’accéder aux étagères sans être obligé de s’étirer, c’est génial! Le plan de travail est en granit sombre pour contraster avec la crédence cuivre traité et carreaux métro aux couleurs vives. Original, mais l’ensemble est sympa. Dans l’espace qui donne sur l’extérieur, une banquette et des sièges en cuir beige peuvent accueillir des convives à une table tréteau amovible. Sam peut s’y installer avec Edith et leurs hôtes. Qu’il puisse s’asseoir à une table autrement que dans son fauteuil, je trouve cela bienfaisant pour son moral. Mon Sam est heureux de prendre possession de son royaume, mais il a un coup de blues depuis quelques jours m’a-t-il avoué. Nous avons abandonné ses invités pour nous isoler un moment. Je pense qu’il a subi beaucoup de pression avec les travaux et le déménagement. Il l’admet. Ses cours d’alphabétisation au centre social placent sur sa route des misères qui l’affectent plus qu’il ne l’imagine. Honte et exclusion sociale sont ses pires ennemies. Il lui est difficile de concevoir qu’à notre époque l’on puisse ne pas savoir lire correctement en sortant du lycée. Le croiriez-vous, Simon, vingt-quatre ans, est incapable d’écrire son CV? Il est allé en cours jusqu’en première. Cherchez le bug. Lucien, quarante-sept ans, a triché toute sa vie pour cacher son illettrisme. Je crois que cela se nomme des stratégies de contournement, genre j’ai oublié mes lunettes, j’ai mal au poignet, je n’ai pas de stylo, il fait trop sombre, l’écriture du texte est trop petite, j’écris mal, et j’en passe et des meilleurs. Cette année, le jour de son anniversaire, Lucien a pu, pour la première fois de sa vie lire le menu du restaurant. Sam en a pleuré avec lui. Être empathique c’est bien, mais je lui conseille de se préserver. Le pire dans tout cela, c’est que certaines de ces personnes sont allés à l’école. Et les analphabètes? Inadmissible en deux mille dix-huit! Annie a appris à lire à cinquante-neuf ans. Nous avons finalement admis, Sam et moi, que notre amitié était ce qui apaisait le mieux nos tourments. Nos conjoints aussi, bien évidemment. C’est pour cela que je lui ai confié ma plus grande inquiétude du moment. Ces deux derniers mois mon rythme de vie a été intense, mais je ne souffre plus, je souffre moins devrais-je dire, grâce au nouveau médicament que l’on m’a prescrit. Cependant, je me rends compte que mon niveau d’aptitudes physiques baisse régulièrement et cela me rend triste. Cela ne me terrorise plus car je me suis raisonnée. Mais, ne plus pouvoir faire de vélo -mal de dos- de stepper -mal aux chevilles- j’adorais ça, faire la course avec mon chéri -j’ai la sensation de me disloquer- et la Pilate qui ne me réussit plus, j’ai l’impression de décliner à vitesse grand V. Il ne me reste que la marche et là non plus ce n’est pas la performance. Tout le temps où il m’a écouté, il est resté impassible mon Sam.
    - Tu tiens encore sur tes jambes toi ma favouille!
    Je vous le concède, ça remet bien les choses à leur place. Sam ne serait pas Sam s’il ne me bousculait pas de temps en temps. Selon lui je dois m’adapter et demander l’aide de mes kinés que j’ai passablement snober cela dit en passant. Je dois faire de l’exercice en fonction de mon état de santé et de mes besoins. J’ai mon tapis fleuri qui soulage vraiment mes douleurs et pour mes envies, on repassera…
    J’ai plaisir à voir que papa commence à sortir de sa léthargie. Ce matin Bébé et moi l’avons retrouvé en train de débroussailler la jungle -ronces et mauvaises herbes- qui envahissait les arbres fruitiers et la palissade de mon paradis vert. Mon intérieur est propre comme un sou neuf mais j’ai honte de mon jardinet que j’ai terriblement négligé cet été. Je pensais appeler monsieur André pour qu’il vienne à mon secours, mais cela n’est plus nécessaire, grâce à mon père, la diabolique végétation a été éradiquée. Compost? Déchetterie? Pensez donc! Un gigantesque feu de joie a soudain illuminé les abords du petit ruisseau. Pas prudent le papa. Jamais l’hilux du voisin n’a fait autant de poussière sur la route. Aussitôt aperçu le brouillard de fumée noire, Marceau a sauté dans son engin en croyant que ma ‘Petite Paix’’ était en feu. Heureusement qu’il n’a pas appelé les pompiers. Pour sa peine nous lui avons offert l’apéritif…
    Nous allions passer à table lorsque le tintement de la cloche du portail a retenti. De petits poivrons vert tranchés finement, du maïs, des oignons rouges, les dernières tomates jaunes du potager des tantines, une louche de sauce tomate -importé directement du cellier bien garni de Mamaiette- sur une pâte fait maison. Un peu de mozzarella et hop, au four. Une fois cuite l’on y rajoute de l’avocat et quelques cubes d’ananas frais pour le fun. Super pizza végétale! Je ne connaissais pas les talents culinaires de papa. Salsifis persillades, gigot d’agneau, tarte tatin et voilà! Treize heures trente, déjeuner en famille. Anaïs est resplendissante. Sodishan a rejoint sa chérie pour une petite semaine. Trop heureuse de me montrer combien elle est ravie, elle n’a pas résisté à l’envie de nous rendre visite. J’ai surpris les regards en-dessous que lançait Bébé à son frère, et je dois dire que cela m’a pour le moins interpellé. Je dirais qu’il était perplexe et rassuré à la fois. Nous pensions tous que cette relation était vouée à l’échec, mais apparemment le ‘‘petit’’ sait ce qu’il veut. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’a pas intérêt à abuser des sentiments que lui porte ma cousine car nous serons plusieurs à lui remonter les bretelles. Cela dit, à voir comme il l’enlace et la bisouille à tout bout de champ, je me dis qu’il n’y a aucune raison pour qu’il lui joue un mauvais tour. Je me souviens qu’avec Chrissy, il était nettement moins …démonstratif.
    En fin d’après-midi ils sont partis en direction de Monaco. L’un des partenaires en affaires de Sodishan lui laisse son appartement pour quelques jours. Anaïs était surexcitée au possible. Fréquenter les frangins a parfois du bon, elle s’en apercevra. Je ne me fais pas de soucis pour elle qui est suffisamment jolie et intelligente pour se fondre dans le milieu social dans lequel évolue son chéri. Inch Allah? Qui vivra verra? C’est leur histoire. Personnellement je préfère l’ombre à la lumière et je m’en porte très bien. J’espère juste qu’elle sera assez solide pour s’accommoder des vicissitudes occasionnées par l’étiquette. Palavas étant à quelques kilomètres de leur trajet, nous étions rassurés Ash et moi en voyant papa s’y rendre en leur compagnie. Il va mieux, j’en suis heureuse. La météo plus que clémente a fait que la clôture du restaurant saisonnier des tantines avait été repoussée d’une quinzaine, mais il est temps à présent de tout ranger. Papa veut participer au grand nettoyage. Et Bonne Mère sait comme les tantines sont tatillonnes limites maniaques. Elles lavent et récurent du sol au plafond avant de tout fermer. Jardinage chez nous et lessivage avec ses sœurs, cela va finir de le requinquer mon paternel. Je souhaite qu’il aille bien, car Bébé et moi partons pour Londres à la fin de la semaine.

    Je suis préoccupée en faisant nos cartons car notre séjour aux Aspidies sera de longue durée…

    « ReQuieSCaT iN paCe … BRuNo... »

    Tags Tags : , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :