• APSaRa...


    …Mes derniers cartons provenant de la Petite Paix sont arrivés. Une nouvelle page se tourne!

    Je suis très heureuse de notre installation aux Aspidies. Je ne me pose pas définitivement au Mushroom car ma petite maison en Provence ma manquerait trop si je devais ne jamais y retourner. C’est juste que mon mari et moi avons décidé que durant les six mois froids nous serons résidents permanents au Royaume Uni. Je dispose encore d’une année pour me faire une raison pour la suite. En septembre l’année prochaine, Yad commencera l’école, la véritable, et là pas question qu’il s’absente de trop. Il a déjà fait de gros progrès en relationnel et cela m’enchante. Notre minot s’ouvre aux autres et son père et moi n’en sommes pas peu fiers. Yad est notre fils, c’est officiel, mais Ash et moi sommes en probation une année durant avec obligation de consulter la pédopsychiatre de la structure plusieurs fois au cours de l’année. Rosie a rendu un très bon rapport, écrivant noir sur blanc que nous sommes des parents très à l’écoute et que nous nous impliquons de façon très satisfaisante dans l’éducation de notre fils. En consultant le compte-rendu de l’entretien, j’avais l’impression de lire notre bulletin scolaire à Bébé et à moi. Notre récompense est la satisfaction que nous ressentons à être les parents de notre petite pomme. Le minot a compris que nous sommes ce que l’on nomme des parents adoptifs, mais avant tout ses parents. Il se souvient de sa première maman et avec l’aide de Rosie il n’en ressent plus de peine, moins dirais-je. Il ne se sent plus coupable de la disparition de sa maman biologique ce qui est un immense pas en avant. Yad nous a choisi et ce n’est pas rien. Il y a peu, puisqu’à présent il est en mesure de le comprendre, nous lui avons expliqué le geste de Mumy et Papily envers son papa et ses oncles. Cette révélation lui a été bénéfique, il est sûr maintenant que jamais nous ne l’abandonnerons.
    Comme toute maman qui se respecte, je suis bouffie d’orgueil en suivant les progrès spectaculaires de mon rejeton. Spectaculaire n’engage que moi. Bonne volonté et bienveillance sont les maîtres mots de l’équipe pédagogique et ma petite pomme se sent comme un poisson dans l’eau à l’école. Ses journées sont bien trop courtes nous a-t-il déjà dit plusieurs fois. Il est certain que le rythme scolaire Britannique est plus allégé, mais beaucoup plus dense dans son instruction. Du coup Bébé lui a ramené un petit atelier de travaux manuels de Londres. L’apprentissage du collage, du graphisme et l’initiation à la logique. Soirées devoirs studieuses en quelque sorte. Nous ne sommes pas peu fiers de notre poussin lorsque nous feuilletons son cahier d’éveil que l’on nous fait parvenir en fin de semaine. C’est un festival de créations. Peintures, pliages et dessins au crayons cire et en ce moment l’automne fourni l’inspiration.
    J’imagine que tous les parents doivent être aussi béat que Bébé et moi le sommes en contemplant les chefs d’œuvre de leurs minots. Les étiquettes correctes placées sous les animaux correspondants m’épatent particulièrement. Yad sait parfaitement représenter un modèle et il est vrai qu’il est toujours le plus rapide au jeu des mosaïques me dit la maîtresse. Il possède le sens de l’observation de son papa sans nul doute. Il a demandé un cahier avec des lignes à l’institutrice pour écrire des mots lui a-t-il dit. Première convocation dans le bureau de la directrice qui pensait que nous l’encouragions précocement à se dépasser. Je l’ai rassuré en lui signifiant que certes je me refuse à faire de mon fils un petit animal savant, mais que je ne freinerais en aucun cas ses envies. Je ne sais pas si ma réponse a apaisé les craintes de l’enseignante, mais mon poussin a reçu son cahier à lignes où il s’exerce à écrire son prénom et divers mots avec application.
    Afin de diversifier ses connaissances et d’employer de façon divertissante son temps libre, j’ai inscrit Yad à un atelier de musique où il se va se rendre deux fois par semaine. Il y découvrira le monde sonore par le biais de jeux vocaux, de percussions instrumentales et corporelles. Il aura accès à plusieurs instruments de musique. Comme il adore tout ce qui fait le plus de bruit possible, il était radieux. Le premier atelier consistait à deviner d’où provenait tel ou tel son émit avec divers récipients. À son retour, il a aussitôt mis son savoir en application avec mes verres à orangeade. Mes oreilles en vibrent encore. Cela dit, il n’en a cassé aucun.
    Le rapport à la nourriture de notre poussin n’est toujours pas stabilisé. Le minot a confié à Rosie qu’il avait quelquefois participé à la préparation des repas au restaurant de ses grands-tantes cet été et qu’il aimait grignoter ce qu’il avait cuisiné. La thérapeute m’a conseillé de l’inscrire à un atelier cuisine pour enfants. Il est vrai que sur ce coup-là je ne lui suis pas d’une grande aide puisque comme lui j’ai du mal à prendre des repas régulièrement. Je sais parfaitement me débrouiller en cuisine, mais pour ce qui est de me mettre à table, c’est compliqué. Cela l’est d’autant plus que je me dois de donner l’exemple à mon fils. Or donc, j’ai décidé de tester cette méthode et je l’ai inscrit à deux séances mensuelles. Cela permettra à mon poussin de se familiariser avec la nourriture de façon ludique et de découvrir les goûts, les textures et les parfums des produits utilisés. Yad va apprendre à travailler des recettes simples, sucrées, salées, gourmandes et adaptées à son habileté manuelle. Les fiches recettes silhouettées fruits, légumes ou ustensiles contiennent un coloriage des divers ingrédients de la recette confectionnée. C’est assez sympa et a achevé de me convaincre du bien-fondé de mon choix. Ash est dubitatif, il n’a jamais apprécié certains légumes et ce n’est pas en les cuisinant qu’il les aimerait m’a-t-il dit. Sentant son scepticisme, la responsable l’a convié à participer à un atelier. Je demande à voir.
    Sans le savoir, je pratique le librocubilarisme m’a affirmé Céleste un matin où je paressais sous la couette. Inutile de chercher la définition de ce terme dans la panoplie des jeux sexuels en solitaire. Je suis une coquine en puissance, je le sais, je le revendique même, mais je ne suis pas adepte de cette détente-là. Par contre, il est une activité qui, depuis des années me délasse lorsque je suis alitée, malade ou en bonne santé. Je m’endors rarement sans avoir lu un chapitre ou deux, c’est mon somnifère. Quant à bouquiner au lit dès mon réveil de bon matin, cela me met de bonne humeur pour toute la journée. Donc, je revendique aussi mon librocubilarisme. Je peux me le permettre puisque Céleste gère notre quotidien de sa présence discrète. Juste au cas où. Et des cas où il y en a beaucoup au cours d’une année. Céleste est mon soutien ici aux Aspidies comme l’est Flo lorsque je réside à la Petite Paix. Nous l’aimons tous beaucoup car sa gentillesse et sa bonne humeur font d'elle une personne attachante. Elle est très réservée, mais réellement à mon écoute et j’apprécie. Certains jours je suis si imbuvable que je ne me supporte pas moi-même. Céleste reste courtoise et attend que l’orage passe, je l’en remercie. Il en va de même pour son mari sur lequel nous pouvons toujours compter Bébé et moi. Nous apprécions la qualité de leur service et nous nous sentons privilégiés d’être soutenus par des gens expérimentés et facile à vivre.
    Depuis que j’ai fait sa connaissance, Bébé m’attribue souvent des petits surnoms qui viennent tout droit de ses racines. Moi, je ne suis en rien prolixe dans le genre. Celui que je lui donne est assez réducteur j’en conviens, mais comme il s’en contente, je ne vois pas pourquoi j’en utiliserai un autre. À l’époque c’est ce qui me rassurait le plus et Ma Canaille a compris que je n’étais pas une fondue des petits noms. Les chéri, mon amour, mon canard et autres joyeusetés n’ont jamais été ma tasse de thé. Yad éclate de rire à chaque fois qu’il m’entend nommer son père Bébé, alors rien que pour cela je n’en changerai jamais. Par contre, pour mon plaisir d’écriture je m’amuse à affubler Ash de termes qui correspondent parfaitement à sa personnalité. Gamine j’avais accordé le doux sobriquet de Criquet à Christian, faisant référence à son beeper, et cet homme a fait de ma vie un enfer. Alors depuis je me cantonne au plus simple. Hier soir, Ma Canaille était au mieux de sa forme et il était si amoureux qu’il en est devenu très éloquent. J’aurais pu fort mal le prendre en l’entendant me comparer à une Apsara si je n’avais pas retenu quelques notions des rites hindous qu’il m’a inculqué. Bébé doit vraiment me voir avec les yeux du cœur car je ne suis pas aussi belle que ces nymphes célestes qui, selon la légende ont émergé des eaux pour séduire les hommes. Ceux-ci deviendraient fous s’ils osaient les repousser, tandis que ceux qui les acceptent comme maîtresse ou comme épouse gagnent l’immortalité. Mon Fripon a gagné la sienne il y a des années, depuis le premier regard qu’il a posé sur moi. Bref, la soirée a été excellente. D’autant plus belle que j’ai reçu les photos et vidéos de ma filleule. Margaret est une petite fille très gracieuse et ses gazouillis sont adorables. Elle engloutit ses biberons à la vitesse de l’éclair et se rendort aussitôt. Quant à Sodishan, Anaïs me certifie avoir le père parfait à ses côtés. Elle rêve, le papa idéal est près de moi. Leur visite est prévue pour les fêtes. Monsieur J. et Lise seront du voyage, il me tarde de tous les recevoir. Ce n’est pas la chair et le sang qui font de nous des parents, des enfants ou une famille, seul l’amour que nous nous donnons possède ce pouvoir. Depuis que j’ai compris ceci, je ne me prends plus la tête. Bébé est et restera l’unique l’amour de ma vie et nos enfants, d’où qu’ils viennent, seront le ciment du foyer que mon mari m’a offert. Cela me fait grandir, me donne le pouvoir de me guérir.
    Je m’adapte peu à peu à la vie du petit bourg qui me rappelle énormément mon chez moi Provençal. Non pas que le soleil brille a en faire péter la peau des châtaignes, mais par la tranquillité des lieux et la courtoisie de ses habitants. Le village, traversé par une rivière colérique les jours de pluie, est composé d’un hameau et d’un bourg peu populeux. Tout le monde se connaît dans la rue où nous résidons et nous avons été rapidement acceptés. Le jogging matinal de Bébé n’est pas passé inaperçu aussi dans le cadre de ce qu’ils nomment ici les charities, mon mari a été sollicité pour participer à un courseton caritatif afin de renflouer les caisses d’une association régionale. Quoi de mieux pour s’intégrer?
    Lorsque mes jambes veulent bien me porter, je trottine jusqu’à l’école pour aller chercher mon poussin. C’est là que j’ai découvert la mode locale des mamans avec amusement. J’ai adopté ce look car il me convient à merveille. Nous sommes au cœur de l’automne et il fait de plus en plus humide. Chaque fois que je sors, mes chaussures sont trempées au retour. Il ne pleut pas forcément, mais la bruine et la rosée sont infernales ce qui fait que les sentiers des abords de trottoirs sont souvent détrempés. Les chaussures imperméables sont indispensables, c’est là qu’entre en scène les bottines en caoutchouc. En plus d’avoir les pieds au sec, c’est assez fun, il en existe de toutes les couleurs. Les miennes sont à carreaux écossais. Il me faut juste ne pas avoir peur du ridicule. Et pour ce qui est du grotesque les anglais sont, bref, je n’ouvre pas le débat. J’ai beaucoup de mal à me fondre dans un groupe et ce n’est pas demain que je vais y parvenir car je refuse à chaque fois que ces dames me le proposent de les accompagner dans leurs balades en forêt les jours de pluie, chaussées de bottines en caoutchouc bien évidemment. Il paraît que c’est une coutume dans le village, les escargots et les mères au foyer envahissent les sylves environnantes les jours d’averses.
    - You can go, nothing will happen! M’a-t-on déjà dit plusieurs fois. Comment poser dans la conversation que je suis un tantinet bancale parfois. Surtout les jours de pluie en fait. Brianna est irlandaise, sa chevelure rousse et moutonnée attire les regards, surtout lorsqu’elle la surmonte d’un béret en laine rose fluo. J’ai eu la surprise de la trouver à ma porte à mon retour du fruits & veggies. Elle désire inviter Yad à l’anniversaire de son fils Arthur. Il ne nous a fallu que le temps d’un thé de civilité pour sympathiser. Cette jeune femme est, comment dit-on déjà? Lumineuse, oui c’est cela. Elle possède un humour so British et quelque chose en elle me rappelle ma chère Sonia. Son mari, Antoine, un frenchie élevé au jambon de Bayonne puisqu’il est originaire d’Anglet enseigne la littérature Française dans une grande école Londonienne. Je ne me vois pas encore lui confier les drames de ma vie, mais je me fie à mon instinct, Brianna pourrait devenir mon amie. Elle n’a pas eu l’air contrarié par ma voix alors c’est un bon début.

    Ils ressemblent à des hommes de petite taille aux pieds poilus, mais leur courage est insoupçonné…

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