• AyLiNN & DaNyeL...

     

    « …Aylinn Baumelles avait posé ses valises au grand hôtel "LAS STORIA" depuis plus d’un mois déjà. Il n’y avait nul mérite à cela car l'établissement est propriété de son oncle et elle en est l’invitée permanente depuis la fin de ses études. La somptueuse construction édifiée dans la vieille ville compte de nombreuses fenêtres aux voussures sculptées, disposées harmonieusement sur les trois façades ocres du bâtiment. Un enchevêtrement de loggias, de ruelles d’intérieur, de balcons à colonnes, d’escaliers aux marches généreuses et d'allées aérées aux végétaux entretenues à l'identique des couvents d'autrefois, donne à l’édifice un air de déjà-vu. C'est la réplique parfaite, à un parpaing près, des tableaux de Guy Gantner Choi, ce peintre, dont la majorité des créations prend source en Provence. Il met en scène des espaces confinés, contenus par des murs de pierres verticaux aux couleurs lumineuses et ombragées à la fois. L'imposant escalier qui conduit à l'accueil de l'hôtel est une représentation parfaite de l’une des œuvres de l'artiste.
    Au sous-sol, la clientèle dispose d'une salle de sport bien équipée, d'un salon de massages en tous genres, de plusieurs jacuzzis luminescents et de baignoires que l'on peut utiliser en toute intimité entre les quatre murs de boudoirs imprégnés de senteurs d'orient. Le "LAS STORIA" est un véritable labyrinthe et les employés nouvellement en place mettent plusieurs jours à se repérer. Les habitués du lieu apprécient la sensation d’isolement ouaté et bienfaisant qui leur est offerte. Certains réservent leur suite d’une année sur l’autre afin d’être certains de pouvoir renouveler l’expérience. Autant dire que les quarante chambres de l’établissement ne restent jamais inoccupées bien longtemps.
    Agrémentée d’une jolie terrasse, la chambre d'Aylinn dispose d’une porte-fenêtre à deux battants s’ouvrant côté cour. Le contrefort des fortifications qui constitue le quatrième pan de mur du bâtiment, protège la pièce à vivre du mistral et abrite des bacs ornés de fleurs odorantes et multicolores. Meublée sobrement, l'ensemble est cependant très confortable. Un grand lit à baldaquin paré de draperies provençales aux tons chauds trône côté salle d'eau. Une armoire spacieuse dont la corniche est richement sculptée, accueille effets et bagages désemplis. Un sofa deux places moelleux ainsi qu'une table basse sont disposés sur un tapis coco, non loin de la terrasse. Rustique au possible, la salle de bain ne possède qu’un simple bac à douche en grès teinté auquel est accolé un petit meuble soutenant une vasque en pierre de rivière. Aylinn apprécie ce style dépouillé, presque austère. Cela démontre le goût certain du propriétaire pour une simplicité efficace. En été, la fraîcheur naturelle des lieux, est due à l’épaisseur des murs, mais aussi au sol façonné, dans tout l'imposant bâtiment, de tomettes hexagonales couleur noisette. Lors de la saison des frimas, en plus du chauffage électrique, quatre monumentales cheminées diffusent une douce chaleur à toute heure de la journée et de la nuit, sur tous les étages…
    …Au terme de quatre années passées à étudier consciencieusement ce à quoi elle se destinait, Aylinn avait enfin regagné sa chère Provence. Le secteur électronique et informatique offrait de vastes débouchés et opportunités de carrières. Celle-ci s'y était investi avec cœur une fois son choix fait. La jeune femme adorait la terre accueillante qui l'avait vu naître et peu lui importait le cliché cigales-lavande-oliviers et peintre fou qui s'y rattachait. Le dépaysement était présent à chaque fois que ses pas la portaient sur les sentiers sinueux de la garrigue. Elle appréciait l'accent du terroir, rude et musical, des habitants de la région. Tout cela lui avait tellement manqué, alors, en attendant de décrocher le poste de sa vie, elle se ressourçait au berceau de son enfance. De temps en temps, son oncle la rejoignait au "FOUGALOU" afin d'y siroter un apéritif à la gentiane en sa compagnie. Ils se régalaient ensuite d'un plateau de fruits de mer en conversant gaiement. Puis, tandis qu'Augustin Baumelles regagnait le "LAS STORIA" pour y reprendre ses fonctions, Aylinn se rendait au petit troquet situé en bord de canal. Elle aimait observer les eaux tumultueuses de la rivière qui s'apaisaient soudain en se déversant entre les rives de béton armé. Des parasols aux couleurs vives donnaient une allure d'éternelle fête foraine à l'endroit. Comme à son habitude, assise derrière l'une des deux colonnes massives qui consolidaient la terrasse couverte, à l'abri des regards, Aylinn observait ses commensaux installés aux tables voisines. Un couple accompagné de leurs enfants dégustait des glaces au chocolat. Une femme, son diabolo menthe en équilibre entre deux doigts, insultait copieusement un interlocuteur invisible avant de balancer son I. phone sur la table. Cela fit sourire Aylinn. Des jeunes gens manifestaient bruyamment leur joie en célébrant la fin des cours devant leur coca. La serveuse s'approcha et leur demanda gentiment de la mettre en sourdine. Elle prit la commande d'Aylinn et dans la foulée, alla débarrasser les tables désertées par leurs occupants. Sirotant lentement son thé citron, perdue dans ses pensées et bercée par le brouhaha ambiant Aylinn perdit la notion de l'heure. Soudain, celle-ci se rendit compte que les tables s'étaient vidées et qu'il devait déjà se faire tard. Sa montre indiquait dix-sept heures et elle avait rendez-vous à dix-sept trente avec un éventuel employeur dans le hall de l'hôtel. Celle-ci se traita mentalement de cruche tout en posant le prix de sa consommation dans la soucoupe que l’on avait discrètement déposée quelques minutes plus tôt. Se faufilant entre les tables en direction de la sortie, Aylinn remarqua alors l’épais filofax gris qu'avait oublié un étourdi sur l'une d'elles. En feuilletant le porto folio, la jeune femme y découvrit l'adresse de son propriétaire. Elle se promit d'aller le lui rendre dès le lendemain matin…
    …Ā neuf heures tapantes, Aylinn franchit les portes coulissantes de l'institut de recherches en informatique. La réception du groupe INFORMATICS RESEARCHS HALL était réduit à l'essentiel: l'accueil. Un long comptoir blanc, derrière lequel officiaient deux jeunes femmes, était scellé sous une immense verrière aux vitres colorées. Deux ascenseurs, surveillés par un vigile armé en uniforme, conduisaient aux étages. Accroché au mur situé à l'arrière de la banque, un immense panneau lumineux indiquait, photo d’identité à l’appui, les noms des employés, leur profession et l'étage où se trouvait le bureau correspondant à leur fonction. Intimidée, Aylinn y jeta un bref coup d'œil avant de s'avancer.
    Danyel HAMRIT-EKBOTT - Directeur général - 12 e étage y lut-elle. L'information clignotait en vert ce qui voulait dire que le directeur était présent dans les locaux. Les deux hôtesses la dévisagèrent avec suspicion.
    Aylinn les salua poliment, mais celles-ci lui accordèrent tout juste un signe de tête.
    - Bonjour Mesdemoiselles! Je souhaiterais rencontrer monsieur Hamrit-Ekbot s'il vous plaît?
    - C'est pour quoi? Aboya la plus proche.
    - Monsieur Amrit-Ekbott est très occupé, il ne reçoit que sur rendez-vous ! Renchérit la seconde.
    - Euh... j'ai quelque chose qui lui appartient! Je... je désirerais le lui remettre en mains prop... propres!
    La jeune femme bégayait comme une enfant prise en faute.
    - Alors prenez rendez-vous! De mauvaise grâce, l'une des cerbères s'empara d'un carnet qu'elle ouvrit à grand bruit.
    - Jeudi vingt-deux, donc après demain! Onze heures quarante-cinq! Ça ira pour vous? Votre nom, je vous prie?
    - Baumelles Aylinn! Elle avait répondu machinalement, mais elle se ravisa soudain.
    - Non, je ne veux pas de rendez-vous! Donnez-lui ceci puisque c'est si compliqué de rencontrer ce monsieur!
    Aylinn déposa calmement le filofax sur la banque.
    - Faites savoir à monsieur Hamrit-Ekbott que j'ai retrouvé son agenda au "Cabadis".
    Stupéfaites les deux femmes la virent tourner les talons et se diriger vers la sortie.
    - Qu'elle pimbêche! Souffla l'une d'elles en s'emparant du combiné du téléphone.
    - Comme si le patron n'avait que cela à faire! Elle appuya trois fois sur le même chiffre du cadran.
    - Amye? Géraldine de l'accueil! On vient de ramener le filofax du patron, envoyez quelqu'un le récupérer, je vous prie!
    Trois minutes plus tard la sonnerie de l'ascenseur retentissait et les battants à peine ouverts Monsieur Hamrit-Ekbott en personne s'en éjecta. Géraldine et Typhaine se figèrent. Monsieur le directeur descendait rarement à l'accueil une fois sa journée commencée.
    - Où est la personne qui a rapporté mon agenda? Demanda-t-il en tournant la tête de droite et de gauche. En voyant la mine déconfite des deux hôtesses, il comprit immédiatement que sa providence ne s'était pas attardée.
    - Avez-vous pensé à demander son nom de cette personne? Un numéro de téléphone peut-être?
    Les deux femmes se regardaient sottement, semblant ignorer ce que leur patron attendait d'elles.
    - Réveillez-vous mesdames, j'attends une réponse! Elles retrouvèrent la parole comme par magie.
    - Non pas de téléphone monsieur! Elle nous a seulement dit l'avoir trouvé au "Cabadis"!
    - Rappelle-toi! Tu lui as demandé son nom pour le rendez-vous? Géraldine réfléchit quelques instants puis elle se souvint.
    - Ah oui! Quelque chose comme Daucelles? Baucelles? Daumelles? Je ne sais plus c'est un nom comme cela!
    - Tâchez de vous rappeler bon sang! Danyel commençait à s'impatienter.
    - J'ai trouvé! Baumelles! Aylinn Baumelles!
    - Merci mesdemoiselles! Son précieux filofax à la main, Danyel disparut dans l'ascenseur…
    …L'interphone grésilla.
    - Vous êtes ici Amye?
    Sa secrétaire particulière était toujours là. La question lui parut soudain absurde. Il sourit.
    Celle-ci fataliste haussa les épaules. Cela ne faisait que trois quarts d'heure qu'elle avait pris son service et déjà Danyel la dérangeait pour un oui ou un non. Fataliste elle répondit.
    - À votre service monsieur!
    - Amye, je voudrais que vous me trouviez des renseignements sur Mademoiselle Aylinn Baumelles! C'est la personne qui m'a ramené mon agenda!
    - Oui monsieur! Je vois cela immédiatement! À peine avait-elle terminé la rédaction d'un courrier sur son PC, que son patron se manifesta à nouveau.
    - Amye, avez-vous reçu des réponses pour l'annonce de la semaine dernière?
    - Non Monsieur! Rien de concret! Je pense que vous allez devoir réviser certains termes du contrat monsieur! Ils effrayent les futures candidates! Monsieur Hamrit-Ekbott recherchait une assistante. Sa demande était particulière, et les jeunes femmes qui se présentaient renâclaient dès le deuxième entretien avec le DRH. Amye trouvait elle aussi que son patron y allait un peu fort.
    - Nous verrons bien! Et pour mademoiselle Baumelles?
    - Je n'ai pas encore eu le temps de m'en occuper monsieur! Toutefois, si je puis me permettre, cela vous suffirait-il pour l'instant de savoir que ce nom est très connu en ville! Monsieur Augustin Baumelles est le propriétaire du "LAS STORIA", peut-être est-ce un parent de cette personne?
    - Le cinq étoiles de la cité médiévale? Parfait, je me renseigne! Merci Amye!
    Trois diagrammes et un café plus tard la sonnerie de l'interphone vibra à nouveau. Amye leva les yeux au ciel, la journée allait être longue.
    - Oui Monsieur, que puis-je faire pour vous? Danyel ressentit l'agacement de la secrétaire, mais il préféra l'ignorer.
    - Pourriez-vous commander une composition florale chez "Gardenies" et la faire livrer au "LAS STORIA" au nom de mademoiselle Aylinn Baumelles!
    - C'est comme si c'était fait monsieur!
    - Merci Amye! Veuillez m'apporter les dossiers candidatures de notre chasseur de têtes, je vous prie?
    - Ils sont dans le coffre de votre bureau monsieur! Dans la chemise trieur bleu!
    - Parfait, reportez mon rendez-vous de fin de matinée à demain et faites savoir que je ne veux pas être dérangé!
    - Tout de suite monsieur! Amye soupira, elle allait pouvoir s'avancer dans son travail. Elle appela le fleuriste puis elle s'appliqua à rattraper le temps perdu.
    Danyel se plongea dans la lecture des profils que lui avait préparé son recruteur. De la vingtaine de fiches qu'il consulta avec attention, il n'en conserva que trois.
    - Amye la transaction Devallon est close, veuillez faire le nécessaire pour concrétiser le contrat. Et pourriez-vous venir chercher les dossiers des personnes que j'ai sélectionnées? Nulle réponse ne lui parvint.
    - Amye? L'interphone grésilla une nouvelle fois dans le vide.
    Il jeta un œil à sa montre. Douze heures quarante-cinq. Sa secrétaire l'avait sans doute prévenu qu'elle allait déjeuner, mais il n'y avait pas prêté attention. Soudain, il bondit de son siège, attrapa sa veste de costume et se précipita vers la sortie. Tout en nouant sa cravate, il maugréait contre la lenteur de l'ascenseur.
    Au premier sous-sol, rutilante, l'E550 attendait son propriétaire. Celui-ci démarra en trombe. Monsieur Hamrit-Ekbott avait failli oublier le déjeuner d'affaires avec l'un de ses plus gros clients…
    …Désappointée, Aylinn avait marché sans but précis dans les rues de la ville nouvelle. En prenant connaissance du nom du propriétaire du filofax, celle-ci s'était imaginée pouvoir proposer sa candidature à l'un des nombreux postes qu'offrait la société qu'il dirigeait. Elle y avait postulé de nombreuses fois, mais son jeune âge et l'obtention récente de son diplôme la renvoyaient toujours à une fin de non-recevoir. Elle concevait facilement que le directeur d'IRH soit très pris, toutefois un remerciement de vive voix ne lui aurait pas coûté grand-chose sur son temps. D'autant que l’agenda contenait de précieux renseignements sur l'entreprise, il avait dû être soulagé de l'avoir récupéré. Une fois encore, l'entretien de la veille au soir n'avait rien donné. Certes, aux dires de son interlocuteur, celle-ci possédait d'indéniables qualifications, mais ses vingt-trois printemps l'avaient, comme à chaque fois, pénalisé. Personne ne tenait jamais compte de sa dernière année de stage, laquelle avait été consacrée à la création d'un logiciel d'aide à l'installation et dépannages de programmes en équipements automatisés. Elle avait reçu un prix d'honneur, cela ne comptait donc pas? Comment pourrait-elle faire ses preuves si personne ne lui donnait sa chance? Perdue dans ses réflexions, ses pas le dirigèrent jusqu'au petit parc Miremont. L'endroit, souvent désert, la réconfortait. De belles statues, disséminées aux détours des allées végétales, apportaient un certain cachet à l'ensemble. Cette fois-ci encore, elle en ressortit stimulée, prête à une nouvelle bataille.
    Elle se procura des revues spécialisées en offres d'emploi puis s'accorda une pause chocolat chaud avant de regagner l'hôtel. En poussant la porte de sa chambre, déposé sur la table basse, un superbe bouquet attira son regard…
    …Célibataire, la petite quarantaine, Danyel Hamrit-Ekbott gérait son entreprise d'une main de fer. Malgré cela, ses employés lui vouaient un attachement sans bornes. Chacun d'eux se mettaient en quatre pour être toujours disponibles et compétitifs. Ainsi, le groupe était conduit au succès de façon innovante. Toutefois, il arrivait que certaines des idées du boss soient pour le moins déconcertantes. La dernière en date en avait offusqué plus d'un, puis les avait fait sourire. Monsieur le Directeur recherchait ce qu'il nommait pudiquement une assistante de proximité.
    Outre superviser le service recherches, contrôler les contrats avant signature et mener à bien ses propres travaux, la future recrue devrait se tenir à l'entière disposition de monsieur le directeur. Cela sous-entendait que celle-ci devrait l'escorter intimement dans un cadre strictement professionnel. Sans attaches familiales, Danyel ressentait un impérieux besoin de stabilité. Il était las des aventures d'un soir et la sensation d'abandon qu'il ressentait lors de ses nombreux voyages d'affaires commençait à lui peser. Sur le papier, trouver une personne compétente qui le délivrerait d'une volumineuse charge de travail et romprait sa solitude lors de ses déplacements, lui avait paru un bon compromis. Toutefois, au fil des semaines, il s'était rendu compte que ce ne serait pas aussi facile que cela. Certes, on l'avait informé que plusieurs jeunes femmes dont le dossier était fort honnête avaient postulé pour l'emploi, mais leur implication dans la partie accompagnement n'avait rien de satisfaisant.
    Aylinn était tombée sur cette annonce attrayante diffusée dans l'une des revues qu'elle avait achetées quelques jours auparavant. Très intelligente, celle-ci avait compris immédiatement ce que cet éventuel employeur attendait de sa future collaboratrice. Le principe ne la choquait pas plus que cela si elle avait à faire à quelqu'un de distingué et de courtois. Cet homme ne la forcerait en rien, elle en était persuadée. Pour une question d’impartialité, les rendez-vous des DRH de grandes entreprises se tenaient dans les bureaux locatifs de la maison des métiers. Les postulants n'étaient informés de l'identité de leur employeur que le jour où celui-ci se présentait à eux. Aylinn hésita longuement avant de donner suite. Pesant le pour, un emploi bien rémunéré qui correspondait à son cursus, et le contre, un statut de gigolette aux mœurs faciles comme aurait dit son oncle. Elle avait finalement décidé de se rendre en heure et lieu au rendez-vous soumis à son attention. Tout se déroula dans une correction totale, et on ne lui cacha pas que son profil était des plus intéressants. La personne qui la reçu n’évoqua à aucun moment son manque d'expérience et sa jeunesse. Plusieurs fois lors de l'entretien, l'on insista sur ce que seraient les tâches à accomplir dans le cadre de ses fonctions. Lorsqu'elle confirma pouvoir en satisfaire toutes les conditions, elle décrocha l'entrevue finale. Le poste d'assistante de proximité lui serait attribué si elle le désirait toujours, après un tête-à-tête avec le boss. Bien qu'explicite, le terme proximité la faisait sourire à chaque fois qu'on l'employait devant elle, mais qu'en dirait son oncle?
    …D'un volume disproportionné pour l‘usage qui en était fait, le salon de réception de la maison des métiers était lumineux et joliment décoré. Pour l’instant il servait de salle d'attente à quatre jeunes femmes et deux hommes qui, tout comme Aylinn, étaient là pour rencontrer leur futur employeur. Les sièges disséminés çà et là dans le grand espace, permettaient aux postulants de se concentrer. Les hommes, droits comme des i, semblaient méditer tellement ils étaient impassibles et vissés à leur siège. Les femmes, toutes vêtues d’ensembles griffés mettant leur plastique en valeur, n'avaient qu'une idée en tête, faire bonne impression. Une extrême nervosité en poussait certaines à vérifier plusieurs fois un maquillage pourtant parfait dans la glace de leur poudrier de poche. D'autres s'exerçaient à des poses distinguées afin d'être aussi appréciées pour leur maintien. Ravissante, dans un tailleur haute couture élégant, Aylinn serrait précieusement son dossier de présentation contre sa poitrine. Grande, un corps parfait, de longs cheveux blonds, un visage fin qu'illuminaient des yeux d'un bleu presque translucide, elle ne comptait pas sur son physique pour réussir. Seule son intelligence serait mise en avant. Nullement carriériste, elle désirait juste prouver ses compétences. Diplômée d'une école prestigieuse, dotée d'un relationnel parfaitement au point et bilingue, elle avait toutes ses chances pour devenir un atout performant au sein de l'entreprise qui allait l'employer. Lorsque l'on vint la chercher, elle se leva calmement puis se laissa conduire derrière les battants d'une épaisse porte capitonnée. Elle toqua fermement sur l'huis.
    Derrière un immense voilage, la large baie vitrée du bureau offrait une vue imprenable sur le quartier des affaires. Meublée avec simplicité, la pièce dégageait une ambiance accueillante et feutrée. Les mains dans le dos, un homme se tenait face à la baie vitrée. Celui-ci se retourna lentement. Grand, athlétique, des cheveux bruns coupés courts et des yeux verts pétillants faisaient qu'il portait sa petite quarantaine avec charme et élégance. Aylinn ressentit un sentiment de puissance et de tranquillité en lui lorsqu'il s'approcha d'elle.
    - Bonjour! Mon nom est Danyel Hamrit-Ekbott, directeur général d'INFORMATICS RESEARCHS HALL. Ravi de faire votre connaissance mademoiselle Baumelles!
    - Bonjour, monsieur! Elle serra la main qu'il lui tendit sans rien montrer de son trouble. De tous les dirigeants d'entreprises spécialisées en informatique, il avait fallu qu'elle tombe sur lui. Les présentations faites, ils allèrent prendre place. Lui derrière un bureau imposant, elle lui faisant face sur une chaise confortable.
    - Bien! Je vais être direct mademoiselle Baumelles! Comment allez-vous me convaincre que mes collaborateurs et moi-même choisissons la bonne personne? Aylinn lui tendit son dossier qu'il déposa sans le regarder sur le bureau.
    - Je veux des mots, pas une relecture de ce que je sais déjà! Son regard était déterminé et encourageant à la fois.
    - Ayant lu mon CV, vous devez savoir que ce sera ma première expérience professionnelle! Se lança-telle courageusement.
    - Vous n'êtes pas aussi novice que cela mademoiselle Baumelles si je m'en réfère à ce logiciel que vous avez créé! dit-il d'un ton péremptoire.
    - C'est exact monsieur, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de prouver mes compétences en recherches et…!
    - Vous ne vous vendez pas à cet instant, vous vous dénigrez! la coupa-t-il brutalement.
    Alors Aylinn se lança dans un panégyrique de ses qualités et de son potentiel. Elle mit en avant sa crédibilité, ses ressources intellectuelles et elle développa pratiquement une soutenance sur ses facultés d'adaptation. Monsieur Hamrit-Ekbott sembla enfin satisfait.
    - C'est parfait, j'aime que mes employés aient une âme de conquérant! Il la gratifia d'un sourire éclatant. Aylinn éructa un discret soupir de soulagement.
    - Maintenant, venons-en à la deuxième partie du contrat! Sachez que je me déplace fréquemment, disons deux à quatre jours par semaine! Puis-je compter sur votre disponibilité?
    Aylinn s'était préparée à cette conversation, aussi, ce fut avec aisance qu'elle répondit.
    - J'ai cru comprendre monsieur, que certaines de vos exigences seraient de nature plus personnelle et je ne vois pas d'inconvénients à vous escorter lors de vos soirées!
    - Ce sera plus qu'un accompagnement voyez-vous! Saisissez-vous bien mes propos mademoiselle Baumelles? Insista-t-il.
    - Je vais me permettre d’être plus direct afin d’éviter tout malentendu éventuel. Le poste que je vous offre est assorti d’une rémunération très élevée car supposant que vous acceptiez des contacts intimes entre nous Aylinn! Permettez-vous que j'use de votre prénom?
    Les choses ainsi dites, celle-ci comprit clairement qu’ils partageraient la même chambre et le même lit lors de leurs voyages d'affaires. La jeune femme avait accepté ce rendez-vous, et maintenant au pied du mur elle songea que cette partie de son activité serait comme un défi à relever.
    - Je devrais pouvoir me conformer à vos exigences monsieur! répondit-elle clairement en le regardant droit dans les yeux.
    - Danyel! Vous pouvez m'appeler Danyel! Elle acquiesça d'un signe de tête.
    - Parfait, une dernière question ! Êtes-vous mariée? Ailynn s’y attendait, aussi répondit-elle sans hésitation.
    - Non monsi... euh Danyel! Je confirme ma totale disponibilité!
    - Bien! Avant de conclure cet entretien, je souhaiterai vous demander quelque chose de... d'assez particulier? Il semblait embarrassé et indécis.
    - Je vous en prie mons... Danyel! L’encouragea-t-elle.
    - Puis-je vous voir nue? Sa requête avait été directe. Le regard franc, il observait sa réaction.
    Comme l’homme qui lui faisait face était certainement habitué à être entendu et satisfait, elle se leva avec grâce. Nulle concupiscence ne brillait dans les yeux de Danyel. Pour lui, ce n'était qu'une formalité.
    Bien campée sur ses jambes, Aylinn déboutonna la veste de son tailleur gris perle qu’elle déposa soigneusement sur le dossier de la chaise. Comme elle n'était pas ici pour offrir un strip-tease à son patron, elle ôta rapidement son chemisier en soie crème qui rejoignit illico la veste. Un sous-vêtement raffiné aux dentelles délicates enveloppait sa poitrine parfaite. En cédant le brevet de son logiciel à une filiale, elle s'était vu remettre un joli pécule. Aussi, Aylinn se permettait-elle quelques folies dans l'acquisition de sa lingerie. Son regard croisa celui de monsieur Hamrit-Ekbott. Il restait de marbre. Il sembla cependant à Aylinn que la respiration de celui-ci s'était accélérée plus qu'il ne voulait le laisser paraître. Évitant toute provocation, elle fit glisser le zip de la fermeture éclair puis se débarrassa de la jupe avec dextérité. À son tour, le vêtement fut disposé soigneusement sur le reste de ses effets. Le cuir anthracite de ses bottines ajourées contrastait avec le gris argenté de ses ongles parfaitement manucurés lorsqu'elle ôta ses chaussures. Il aurait été de mauvais goût de les garder ainsi que ses bas. Maintenant troublée par le regard fixe que portait Danyel sur sa personne, Aylinn résista à l'envie qui s'était brièvement emparée d'elle. Fuir le plus loin possible. Mais en être arrivé là et tout abandonner aurait été ridicule et lâche. Ses sous-vêtements une fois retirés, celle-ci se tint immobile, les bras le long du corps. Elle riva ses yeux à ceux de monsieur Hamrit-Ekbott. Un sourire furtif barra ses lèvres, puis très professionnel, il la complimenta.
    - Je vous remercie, vous êtes ravissante! Si vous souhaitez toujours le poste, il est à vous! L'acceptez-vous? Au ton de sa voix, la question ressemblait plus à une supplique qu'à une interrogation.
    - Oui, je l’accepte! répondit-elle simplement.
    - Parfait! Il avait l'air soulagé.
    - Je vais demander à ma secrétaire de préparer votre contrat immédiatement! Vous viendrez le signer demain matin au siège d'INFORMATICS RESEARCHS HALL je vous prie! L'entretien venait de s'achever. Aylinn se rhabilla sans précipitation. Elle n'avait plus qu'à se soumettre à un examen médical et elle ferait partie de l'entreprise.
    - Bien monsieur, j'espère que notre collaboration sera des plus productive! Elle le vit soudain froncer les sourcils et se rappela alors qu'il l'avait autorisé à l'appeler par son prénom.
    - Je m'excuse, mais j'ai encore du mal à utiliser votre prénom, cela viendra naturellement avec le temps! Souriant, il scella l'entrevue d'une poignée de main ferme et lui donna congé.
    - Je suis inexcusable mademoiselle, j'ai failli oublier de vous remercier pour votre bonne action! Elle venait de franchir le seuil de la porte. Surprise, elle stoppa net.
    - Mon agenda Aylinn! Insista-t-il croyant qu'elle n'avait pas compris. Celle-ci se retourna lentement.
    - Vous saviez qui j'étais dès le début de cet entretien n'est-ce pas? Cela a-t-il eu une incidence sur votre impartialité? Est-ce pour cela que je vous m’avez reçu avant les deux candidates qui me précédaient? Elle hésitait entre courroux et hilarité, seule la raison l'emporta. D'ailleurs, ses questions restèrent sans réponse.
    - Je vous remercie pour les fleurs monsieur Hamrit-Ekbott! Je vous souhaite une bonne soirée! Et elle était sortie dignement sans se retourner. Une fois dans la rue, le rire de son patron résonnait encore à ses oreilles…
    …De retour à l'hôtel, elle se doucha longuement avant de rejoindre Ida, la responsable du spa de l’hôtel. Celle-ci lui fit un massage bienfaisant qui la délivra des tensions de la journée. Lorsqu'elle regagna sa chambre, elle se sentait revigorée et prête à assumer ses nouvelles fonctions. Elle serait avant tout l'assistante personnelle de monsieur Hamrit-Ekbott, PDG d'une grande société spécialisée en informatique. Et c'est ce qu'elle avait confié à son oncle. Uniquement cela et la somme faramineuse qui lui serait versée chaque début de mois sur son compte en banque. Les rapports privilégiés qu'elle entretiendrait avec son patron, ne regardaient qu'elle et elle seule. L'espace d'une minute, celle-ci s'était demandé si monsieur Hamrit-Ekbott n'avait pas des goûts particuliers ou des penchants vicieux. Il était bien temps d'y penser. Elle se rassura en faisant confiance à sa perspicacité. L'homme l'avait vu nue et elle n'avait rien décelé de pervers ou de malveillant dans son regard. Avant de se coucher, elle vérifia une dernière fois sa garde-robe et, satisfaite elle se glissa entre les draps parfumés, s'endormant du sommeil du juste en quelques minutes. Elle rêva qu'elle s'offrait un superbe appartement où elle se sentirait enfin chez elle…
    …Enthousiaste, le lendemain matin à huit heures tapantes, elle se présenta à l'accueil d'INFORMATICS RESEARCHS HALL. Elle avait passé un tailleur de même coupe que celui de la veille, mais vert pâle perlé cette fois-ci. Ses escarpins couleur crème lui conférait une élégance authentique.
    Fidèles à leur poste, Géraldine et Typhaine, vêtues de leur uniforme gris à col mao, la regardèrent s'approcher, une moue un rien envieuse vissée sur les lèvres. Aylinn les salua poliment puis se dirigea vers l'ascenseur principal. Le vigile était déjà à son poste.
    - Mais où croyez-vous donc aller mademoiselle? On n’entre pas ici comme dans un moulin! Cela avait le mérite d'être clair, ces pestes ne la lâcheraient pas facilement.
    - Mon nom est Aylinn Baumelles! Je suis l'assistante personnelle de monsieur Hamrit-Ekbott! Les deux cerbères eurent du mal à contenir leur hilarité.
    - À ma connaissance, Monsieur le directeur n'a pas d'assistante, Je vais appeler, veuillez attendre ici que l'on vien...!
    - Aylinn? Soyez la bienvenue! Danyel venait de faire son apparition dans le hall. Prévenant, il conduisit Aylinn près de l'ascenseur.
    - Cinq minutes de patience et je suis à vous!
    - Bien monsieur! Aylinn ne se fit pas prier, car soudain le regard de Danyel s'était durci. Il revint au desk en quelques pas.
    - Mesdemoiselles, j'attends de vous que vous changiez rapidement de comportement! Celui que vous avez adopté n'est pas professionnel! Il leur laissa un bref temps de réflexion avant de poursuivre.
    - Sinon je me verrais dans l'obligation de me passer de vos services!
    La mine contrite, les deux femmes restèrent silencieuses.
    - Me suis-je bien fait comprendre?
    - Oui monsieur! Il n'y avait rien d'autre à ajouter.
    Au douzième étage, Amye venait de terminer les photocopies des graphiques et des schémas que devait étudier Aylinn quand son patron vint lui présenter sa jeune collaboratrice à laquelle elle souhaita sincèrement la bienvenue. Mademoiselle Baumelles lui sembla avenante et tellement gracieuse.
    - Vous aurez toutes deux le temps de faire connaissance plus tard! Venez Aylinn!
    Danyel conduisit son assistante à l'extrémité d'un long couloir qui se terminait par une rotonde confortablement aménagée d'un énorme sofa circulaire. Contre le mur, trônaient un distributeur de boissons chaudes dernier cri ainsi qu'une fontaine à eau. Il y avait aussi un meuble qui lui sembla être un réfrigérateur habillé.
    Notre salle d'attente commune! Annonça-t-il. Aylin était sans voix.
    - Venez visiter votre royaume Aylinn! Prévenant, il appuya sur la poignée d'une porte en chêne massif et poussa le battant.
    Ils pénétrèrent dans une pièce ouatée, aux tons pastel. Sur une table de travail en verre, derrière laquelle était disposé un siège ergonomique en cuir, se trouvaient un ordinateur portable à côté duquel était posé un téléphone ultra moderne.
    Une pile impressionnante de dossiers attendait déjà Aylinn sur le sous-main également en cuir. Sa première tâche serait de les numériser sur l’Apple pro qui lui serait personnel. De nombreux meubles de rangement en bois clair complétaient l’ensemble. Une immense baie à la vitre légèrement obscurcie offrait une vue panoramique sur toute la ville. Aylinn n'en revint pas, elle disposait de son propre bureau.
    - Vous pourrez bien sûr aménager et décorer cette pièce selon votre envie! Je vous laisse vous installer, Amye va vous faire parvenir tous les codes nécessaires à l'ouverture des dossiers confidentiels qui vous seront attribués! N'hésitez pas à solliciter son aide! Il renouvela ses vœux de bienvenue. Alors qu'il s'apprêtait à quitter le bureau, il se retourna et demanda à brûle-pourpoint:
    - Puis-je me permettre un compliment mademoiselle Baumelles? Surprise, Aylinn le dévisagea en rougissant.
    - J'apprécie énormément vos tenues! Vous savez mettre en valeur votre silhouette, ce sera parfait pour nos déplacements!
    Embarrassée par cette délicate répartie, Aylinn ne répondit pas, mais elle lui sourit poliment. Cherchait-il à la séduire? Le pire était qu'elle le savait sincère…
    …La masse de travail qui l'attendait la fit se mettre à l'ouvrage immédiatement. Elle prit connaissance de chacun des dossiers qu'on lui avait confié avant de les scanner puis elle leur attribua un code personnel dont elle seule aurait la clef. Parcourant les feuillets, elle s'était rendu compte qu'elle manipulait du lourd aussi lui fallait-il être prudente. Elle annota de ses conclusions des documents aux schémas compliqués et rédigea un courrier de réclamation pour le chef de projet de l’atelier de fabrication des composants. Vers quatorze heures trente, ce furent les grondements furieux de son estomac qui la rappelèrent à la réalité. Elle avait négligé ce détail. À part un thé, elle n'avait rien avalé depuis le matin. Elle devait absolument trouver quelque chose à grignoter, sous peine que ces gargouillis n'alertent tout l'étage. Aylinn se risqua dans la rotonde déserte. À défaut d'avaler quelque chose de solide, elle boirait un chocolat chaud. S'étant aperçu qu'elle n'avait pas assez de monnaie, elle allait regagner son bureau. Soudain, elle vit Amye qui se rendait auprès de monsieur Hamrit-Ekbott dont le bureau se situait juste en face de celui d'Aylinn.
    - Mademoiselle Baumelles puis-je faire quelque chose pour vous? S'inquiéta aussitôt la secrétaire en la découvrant.
    - Non merci! Enfin si je…! Elle hésitait à accaparer la secrétaire du patron pour une demande aussi stupide.
    - Je vous en prie mademoiselle, je dois pouvoir vous aider?
    - Je suis ridicule, j'ai laissé passer l'heure du déjeuner et maintenant mon estomac crie famine! Amye se dirigea vers le meuble tout près du distributeur, elle ouvrit celui-ci en grand. Aylinn y découvrit la caverne d'Ali baba. Des salades, des fruits et des jus de fruits garnissaient deux des quatre larges étagères du réfrigérant.
    - Monsieur tient à ce que l'on s'absente le moins possible alors chaque matin, un traiteur vient renouveler le stock à chaque étage! D'habitude, il y a des sandwiches, mais là, vous arrivez trop tard!
    - Vous me sauvez la vie Amye, une salade fera l'affaire. Je vous remercie infiniment!
    - Mais je vous en prie mademoiselle Baumelles!
    Une salade au poulet et un thé à la menthe plus tard, Aylinn était d'attaque pour poursuivre sa tâche.
    Vers dix-huit heures, épuisée, Aylin venait d'éteindre son ordinateur. Elle se préparait à sortir lorsque Danyel la convoqua dans son bureau pour faire le point de cette première journée. Elle ne pouvait se permettre de refuser.
    - Je suis conscient qu'il vous faudra un peu de temps pour prendre vos marques, mais je suis stupéfait par vos capacités d'adaptation Aylinn! Il s'était levé pour l'accueillir, posant une main sur l'avant-bras de celle-ci afin de la conduire au sofa disposé près de la baie vitrée. Décontracté, il s'assit à l'autre extrémité, un bras négligemment posé sur le dossier. Mis à part le sofa, la pièce était meublée à l'identique de son propre bureau.
    - Cela a été intense n'est-ce pas? Malgré le léger trouble qui s'était emparé d'elle, Aylinn acquiesça d'un signe de tête affable.
    - Vous ne devez pas vous inquiéter! Dès que vous connaîtrez toutes les affaires en cours, vous passerez certainement plus de temps à contrôler des brevets aux ateliers que devant l’écran de votre ordinateur!
    - J'ai encore beaucoup de choses à appréhender, mais je pense pouvoir être totalement opérationnelle d'ici une semaine monsieur! affirma-t-elle confiante.
    - Cela me convient tout à fait! Mais ce sera pour la semaine prochaine! Dit-il d'un air mystérieux. Aylinn était fatiguée et elle n'avait pas envie de jouer aux devinettes, cependant, elle adopta un air intéressé.
    - Je désirerais que vous m'accompagniez pour un périple de trois jours afin de rencontrer plusieurs de mes clients! Nous partirons demain matin pour Londres. Un déjeuner est prévu à treize heure trente avec monsieur Brighton. En soirée, nous rejoindrons monsieur Carrington mon client australien. Le lendemain, ce sera Berlin et nous serons de retour vendredi en fin de journée après une visite éclair à Paris où je dois récupérer des composants! Monsieur Hamrit-Ekbott fixait intensément son assistante tandis qu'il lui faisait part de leur emploi du temps.
    - Je souhaite que vous vous fassiez conduire par un taxi à cette adresse pour dix heures trente demain matin! Cela vous ira? dit-il en lui tendant un carton où était inscrit le lieu du rendez-vous qu'il lui fixait. Un aéroport privé en l'occurrence. Aylinn comprit que son patron n'attendait pas de réponse précise, c'était un ordre. Elle accepta l'invitation sans sourciller.
    - Une dernière chose Aylinn! Nos clients et moi-même apprécierions que vous conserviez cette fraîcheur vestimentaire qui vous va à ravir!
    - Oui monsieur, certainement! Elle se leva, comprenant que leur débriefing était terminé.
    - Bonne soirée Aylinn!
    - Bonne soirée monsieur! Euh pardon... Danyel! Celui-ci transforma sa moue de désapprobation en un charmant sourire.
    - Oui, Danyel, j'y tiens! J'oubliais, en passant dans le hall, jetez un œil au tableau numérique! Il la gratifia d'un clin d'œil complice avant de lui donner congé.
    La sonnerie de l'ascenseur retentit au rez-de-chaussée. Aylinn s'avança vers le desk désert à en fin de journée. Elle leva les yeux et, malgré la fatigue, un grand sourire éclaira son visage.
    Aylinn BAUMELLES – Collaboratrice Ingénieure en Informatique - Section Recherche - 12 e étage. Son nom était inscrit juste en dessous de celui de monsieur Hamrit-Ekbott. Elle se sentait comme sur un petit nuage en franchissant les portes coulissantes donnant sur la rue…
    …Aylinn se détendit dans un bain parfumé aux huiles essentielles, puis elle se fit servir un copieux dîner, elle était morte de faim. Être l'invitée permanente d'oncle Augustin avait quand même ses avantages pensa-t-elle. Certes elle bénéficiait de moins d’intimité que dans un appartement, mais le service était irréprochable. En fin de soirée, elle sortit son bagage de l'armoire afin de préparer ce dont elle aurait besoin. Anxieuse et ravie à la fois, Aylinn calcula qu'il lui faudrait au moins trois de ces tailleurs dont monsieur Hamrit-Ekbott approuvait la coupe. Sa garde-robe étant conséquente, elle avait largement de quoi satisfaire son boss. Elle déposa minutieusement les chemisiers en soie, les bas à couture puis deux tenues de soirée simples, mais d'un grand couturier. Oncle Augustin les lui avait offertes lors de l'obtention de son diplôme. Certes, elle en possédait de magnifiques, mais moins pratiques. Elle glissa ensuite deux paires d'escarpins dans une pochette qu'elle cala contre son Vanity souple. Deux superbes nuisettes longues trouvèrent une place dans l'une des sacoches à clapets de son bagage, puis des sous-vêtements raffinés dans l'autre. Elle évita de penser à ce que cela impliquait. Sa valise bouclée, elle se sentit plus confiante.
    Le vol n'eut rien d'un voyage d'agrément. Monsieur Hamrit-Ekbott passa en revue les divers produits que son client se procurait chez IRH. Il confia le dossier des nouveautés à Aylinn. Ce serait à elle de négocier un éventuel contrat. Bien que celui-ci conserva des manières irréprochables, certains des gestes de Danyel devenaient plus familiers. Pour souligner un point de détail important, il posait parfois une main sur son bras, son épaule ou son genou.
    - Avez-vous bien compris Aylinn? Insistait-il. Ces légères pressions la troublaient plus qu’elle ne voulait se l’avouer. Elle découvrait un homme raffiné et charmeur. Elle avait mémorisé un maximum d'informations lorsqu'ils se posèrent à Heathrow. Une voiture avec chauffeur les attendait pour les conduire au Grand Hôtel Regency où Danyel avait réservé une suite donnant sur un célèbre monument londonien. Le luxe régnait dans l'agencement des trois pièces. Un salon confortable, un immense lit à baldaquin encombrait une bonne partie de la chambre, et la salle de bains en marbre avait des proportions démesurées. Cela avait le mérite d'être clair, elle partagerait le lieu avec son patron. Malgré elle, elle laissa paraître son trouble. Celui-ci s'en aperçut.
    - Cette suite est pour vous et moi, mais si vous trouvez ceci précipité, je peux m’arranger différemment? Proposa-t-il prévenant. Aylinn sursauta lorsque Danyel posa sa main sur son avant-bras, mais elle se reprit aussitôt.
    - Non... je suis surprise de... tout va bien, je vous assure! Bafouilla-t-elle.
    - Bien! Alors installez-vous, prenez un bain pour vous détendre si vous le désirez,! Je reviens vous chercher pour déjeuner avec notre premier client dans une heure!
    Aylinn eu le temps de réfléchir à sa situation. Les entretiens avec la DRH et Danyel n’avaient pas été assez clairs pour elle? Bien sûr que si! Elle était là pour exécuter un travail, mais aussi pour partager le lit de son boss. Une rémunération conséquente lui était versée en contrepartie. Elle devait honorer ce contrat correctement. Elle prit un bain, se maquilla légèrement et se coiffa avec soin. Elle se para de quelques gouttes de son parfum préféré puis passa un tailleur pêche à la veste cintrée qui mettrait sa taille et sa poitrine en valeur.
    - Vous êtes magnifique Aylinn, je crois que notre hôte va vous apprécier autant que moi! La complimenta Danyel. Comme promis, une heure plus tard Danyel avait conduit sa collaboratrice dans la salle de restaurant de l'hôtel. Monsieur Brighton y fit son apparition en même temps qu'eux. Aylin se retint difficilement de pouffer.
    Se faire séduisante pour cet homme avait été peine inutile. L'homme était efféminé dans sa mise et délicat dans ses gestes. L'hypothèse de la jeune femme se confirma rapidement. Pourtant très attentif et intéressé à la conversation, monsieur Brighton observait de temps en temps, mais avec discrétion, les fesses d'un des clients du bar, moulées dans un jean de luxe. Cela n'échappa pas à Aylinn. Le repas fut très agréable, l'entrevue productive et monsieur Brighton félicita
    monsieur Hamrit-Ekbott d'avoir convié une personne aussi compétente qu'Aylinn à leur table. À aucun moment il n'avait prononcé les mots charmante et élégante pour qualifier Aylinn. Que la clientèle de son patron la trouve perspicace et érudite lui convenait parfaitement…
    …Ses escarpins pointus à bride claquèrent sur le parquet du sol du salon lorsqu'Aylinn le rejoignit. Monsieur Hamrit-Ekbott sut qu'il avait fait le bon choix. Non seulement sa jeune collaboratrice était très intelligente, mais d'une élégance naturelle rare. Pantois, il approuva une fois de plus la tenue seyante qu'elle s'était choisie. Il s'agissait d'une tunique cintrée. Les pans du vêtement étaient retenus entre eux par de fins boutons brillants en spinelle. Celle-ci était dans les mêmes tons de gris argenté que le pantalon fluide qui couvrait le bas de son corps. À chacun des pas d'Aylinn, les minuscules paillettes parsemant le tissu lançaient des éclairs. Il était temps pour eux de rejoindre la demeure de leur hôte.
    Une voiture les conduisit à l'hôtel particulier de monsieur Carrington où ils se retrouvèrent en compagnie d’une vingtaine d'invités dont la plupart étaient des clients d'IRH. La réunion débuta par de nombreux discours et elle se poursuivit par une séance de travail très productive. Puis une somptueuse réception récompensa les participants. Danyel et Aylin prirent congé de leurs hôtes à une heure très tardive. Courtois, monsieur Hamrit-Ekbott précéda Aylinn dans la limousine que monsieur Carrington avait mis à leur disposition pour le retour. Il lui tendit la main afin de l'aider à franchir le marche pied du véhicule. Une lumière tamisée éclairait l'habitacle passager. Danyel s'assit en face d'elle, rapprochant son siège afin d'instaurer entre eux, l'intimité à laquelle il aspirait. Le chauffeur claqua la portière.
    - Êtes-vous bien installée Aylinn?
    - Oui merci Danyel! Soudain, embarrassée par la proximité de son patron dans cet espace restreint, elle frissonna légèrement.
    - Voyons Aylinn, je ne suis pas un sauvage! Profitez du déplacement pour goûter à une détente bien méritée! L’encouragea celui-ci qui s'était aperçu de son trouble.
    - Je m'excuse, la fatigue sans doute! Je ne voudrais pas vous paraître impolie! Se défendit-elle faiblement. Chaque tour de roues les rapprochait de l'hôtel et elle appréhendait le moment où ils s'allongeraient côte à côte dans le grand lit à baldaquin.
    - Je voudrais vous remercier Aylinn! D'abord pour votre parfaite connaissance de nos produits et ensuite pour votre diplomatie envers la clientèle! Soulagée par la tournure de la conversation, la jeune femme se détendit légèrement. Néanmoins, sa réponse laissa paraître un rien de nervosité.
    - C'est juste que je n'aime pas faire les choses à moitié monsieur! Je m'emploie à faire ce pourquoi je suis rémunéré, et correctement!
    Danyel s'empara aussitôt de sa main et y déposa un baiser appuyé.
    - Je crois comprendre ce qui vous chagrine! Il n'est rien que je ne vous contraindrais à faire, comprenez-vous bien cela? Aylinn aperçut brièvement de la tendresse dans le regard de son patron.
    - Peut-être... je ne sais pas vraiment... oui certainement monsieur! Bafouilla-t-elle.
    - Je suis un homme de bonne compagnie, vous savez! Faisant face à la jeune femme, d'une main délicate, il releva son menton, et approchant son visage du sien, il posa ses lèvres sur celles d'Aylinn, les pressant avec douceur. Surprise par la chaleur agréable qui l'envahit, elle se laissa faire sans réagir.
    - Voilà qui est mieux! dit-il en apercevant le timide sourire qui éclairait le visage d'Aylin. Il s'écarta posément de la jeune femme pour s'adosser au siège.
    - Parlez-moi de vous mademoiselle Baumelles! J'aimerais en savoir plus! Demanda-t-il tout à coup.
    Après quelques secondes de réflexion, elle prit une longue inspiration et se lança:
    - Je crains malheureusement qu’il n’y ait pas grand-chose de très intéressant à raconter!
    - Une enfance heureuse puis la disparition de mes parents lorsque j'avais douze ans. Ensuite une adolescence tranquille au grand désespoir de mon oncle Augustin qui s'était préparé à un cataclysme. Une fois mon bac en poche, je me suis consacrée aux études et...! Elle hésita:
    - Comme je le disais, rien de vraiment extraordinaire! Elle s'excusait presque d'un parcours aussi banal.
    - Pardonnez-moi mon indiscrétion, mais, avez-vous un petit ami? Aylinn se figea pendant une fraction de seconde, consciente qu'elle devait en passer par là, elle se confia à Danyel.
    - Je suis célibataire par choix si c'est ce que vous voulez savoir monsieur Hamrit-Ekbott! Cela ne veut pas dire que je n'ai pas eu d'histoires d'amour, juste de petites aventures sans lendemain, car la totalité de mon temps était consacré à mes études! Et aujourd'hui me demanderez-vous? Elle le fixait intensément de ses grands yeux bleus.
    - J'ai toujours aussi peu de temps à investir dans une liaison! Poursuivit-elle. Je préfère me bâtir une carrière! Avoua-t-elle en rougissant.
    - Les opportunités de rencontrer le prince charmant sont rares, et combien même, je n'aurais pas la possibilité de construire une relation stable! Conclut-elle.
    - Votre détermination vous fait honneur Aylinn, mais pensez à regarder parfois la multitude qui vous entoure! Celui qui vous est destiné pourrait s'y dissimuler!
    Pour la seconde fois, Danyel se pencha en avant, ses lèvres caressèrent celles de la jeune femme qui cette fois-ci n'en éprouva aucune gêne ni tension. Il l'embrassait avec une telle délicatesse qu'Aylinn se laissa aller à répondre à ses baisers.
    Danyel sut, sans se l'expliquer, qu'il devait interrompre cet instant magique entre eux. Il le fit à regret, mais certain que cela serait payant par la suite.
    - Nous partons pour Berlin vers onze heures trente ce matin! Peut-être devrais-je vous laisser vous reposer Aylinn!? Suggéra-t-il avec tact.
    - Comme vous... je pense que c'est vous qui... oui bien sûr! Balbutia-telle.
    Désorientée, en proie à des émotions complexes et puissantes, les battements de son cœur se modéraient lentement. Elle venait de comprendre que pour lui permettre de se reposer, Danyel renonçait à ce qu'il était en droit d'exiger d'elle de par le contrat qui les liait.
    Sans en saisir la raison, un pesant sentiment de déception envahit Aylinn…
    …Le carillon discret de la pendule du salon avait résonné huit fois depuis un quart d'heure déjà lorsque Aylinn ouvrit les yeux. Assis sur le sofa, Danyel, en peignoir, préparait son emploi du temps pour les heures à venir sur son portable. Il émanait de sa personne un charme indéniable, à la fois empli de douceur et teinté de force. En dressant son bagage, Aylinn avait omis d'y déposer un saut-de-lit. Ce fut donc en nuisette longue qu'elle rejoignit son patron. Celui-ci se leva pour l'accueillir.
    - Bonjour Aylinn! Avez-vous pu vous reposer? S'enquit-il avec sollicitude.
    - Bonjour Danyel! Oui merci! Je crois que le monde aurait pu s'écrouler sans que cela ne me réveille! Il n'est pas très tard au moins? demanda-t-elle soudain soucieuse.
    - Ne vous inquiétez pas! Le jet ne décollera pas sans nous! La rassura-t-il.
    Ils s'installèrent à la table du salon où avait été servi un copieux petit déjeuner. Aylinn et Danyel y firent honneur en devisant tranquillement des dossiers en cours. Lorsqu'ils eurent terminé, Danyel se leva et s'approcha d'elle.
    - Comme nous avons encore du temps devant nous, je me suis permis de faire couler un bain dans le spa! Voyez-vous un inconvénient à ce que nous le partagions?
    L'homme savait ménager ses effets. Aylinn sentit un frisson la parcourir des pieds à la tête.
    - Je... euh, croyez vous que... oui avec plaisir! Balbutia-t-elle embarrassée.
    - Je ne vous oblige à rien Aylinn! Insista-t-il.
    - Je le sais monsieur euh... Danyel! Elle se leva à son tour. Il lui tendit la main et la guida vers la salle de bains. Le cœur d'Aylinn résonnait sourdement dans sa poitrine. Quatre personnes auraient pu se détendre à l'aise dans le jacuzzi. Libérant de grosses bulles d'air, l'eau chaude bouillonnait, promesse de détente et de délassement. Monsieur Hamrit-Ekbott ôta son peignoir qu'il déposa sur le rebord du lavabo. Nu et sans complexe, il gravit les marches pour entrer dans le jacuzzi.
    - Venez Aylinn, la température de l'eau est parfaite! Troublée, la jeune femme détournait les yeux du corps nu de son patron. Elle se déshabilla d'un geste puis, évitant de croiser son regard, elle le rejoignit dans l'eau qui lui arrivait à mi-cuisse. Aussitôt, une agréable chaleur l'enveloppa.
    - Ne soyez pas affecté par votre nudité, vous êtes magnifique Aylin! Instinctivement, Danyel l'enlaça et pressa doucement son corps ferme contre le sien. Aylinn comprit qu'il n'y avait aucune ambiguïté dans le sens que donnait Danyel au mot relaxation. Il parcourut son visage de tendres petits baisers, sillonnant avec délicatesse son dos de la pulpe de ses doigts. Aylinn frémissait sous le velouté de ses caresses. Elle se pressa un peu plus contre lui.
    J'ai accepté d'être rémunéré pour ceci, j'ai accepté d'être rémunéré pour ceci, j'ai accepté d'être rémunéré pour ceci. Tel un mantra, la jeune femme se récitait mentalement ces quelques mots. Mais, pour être honnête avec elle-même, elle admit que cela n'avait rien de désagréable. Les lèvres de Danyel abandonnèrent son visage pour la naissance de sa nuque et le lobe de son oreille qu'il agaça de la pointe de son apex. Ses doigts s'étaient posés sur ses fesses, les effleurant de ses paumes. De son épaule, ses lèvres descendirent vers ses seins, s'y attardant longuement, jouant avec ses mamelons érigés. Jamais son corps ne s'était embrasé sous des caresses aussi délicieuses. Elle avait eu des amants, mais aucun de leurs attouchements n’avaient été aussi convaincant. Le plaisir qu'elle ressentait l'obligea à se suspendre aux épaules de Danyel. Elle avait l'impression qu'elle allait chuter dans le bain tant la tête lui tournait. Celui-ci s’appuyant contre son ventre, il lui était impossible d'ignorer l'érection qui tendait le membre viril de son patron, Son trouble augmenta, d'autant que Danyel continuait son exploration. Il s'accroupit dans l'eau, laissant ses mains sur les fesses d'Aylinn qui posa inconsciemment ses doigts sur ses épaules musclées. Elle laissa échapper un profond soupir lorsqu'il flatta son nombril de sa langue. Anticipant la réaction de celle-ci, Danyel la saisit fermement par la taille, puis d'un frôlement léger, ses lèvres se posèrent sur la toison impeccable de la jeune femme, il fit courir sa langue avec une infinie douceur le long de son intimité détrempée. Aylin frissonna violemment et, pantelante elle s'abandonna au plaisir. Par réflexe, elle écarta les jambes, réclamant plus. Les yeux clos, enivrée, elle succomba à la robuste étreinte de Danyel qui s’était redressé. Avec douceur il effleura l'intérieur de sa cuisse puis noua sa langue à la sienne en un baiser langoureux. La pression impérieuse de son bassin qui ondulait malgré elle, les forcèrent à s'allonger dans l'eau bouillonnante s'ils ne voulaient pas tous deux perdre l'équilibre. Aylinn oublia la notion du temps. Ce n'est que lorsque cessèrent les spasmes de l'orgasme qu'elle revint à la réalité.
    - Vous êtes... surprenante Aylinn! Je crois n'avoir jamais ressenti une telle jouissance avec une femme que celle que vous venez de me procurer! La complimenta Danyel. Elle se sentir rougir et ne sut que répondre.
    - Nous allons devoir nous préparer, mais je vous laisse vous détendre encore quelque minutes! Il y avait comme du regret dans sa voix. Aylinn le regarda entrer sous la douche, puis elle ferma les yeux, goûtant au massage savoureux des bulles chargées d'air du jacuzzi. Curieusement, elle ne se sentait, ni dégradée ni salie en quittant l'hôtel en compagnie de son patron…
    …Ils décollèrent de Gatewick à dix heures trente précises. Deux heures plus tard, ils étaient à Berlin. Aylin passa la totalité du vol à compulser les dossiers clients. Elle allait devoir convaincre ceux-ci que le dernier logiciel créé par IRH était le meilleur sur le marché. Il possédait un système d'exploitation novateur, des programmes intégrés qui permettaient d'en permuter les applications et cerise sur le gâteau, un code de sécurité y était intégré. Aylinn en avait déchiffré les diagrammes et la méthode en une heure de temps. Maintenant elle était en mesure d'en vanter les mérites à chacun des clients qu'ils allaient rencontrer. Plus pour se donner une contenance qu'autre chose, Danyel lui, avait lu une revue technique sur laquelle il apposait de temps en temps des annotations. En réalité, il réfléchissait à la tournure que prenait sa collaboration avec la jeune femme assise à ses côtés. Compétente, érudite et sexy en diable, elle correspondait tout à fait au profil type de la partenaire qu'il recherchait. En à peine trois jours elle avait acquis l'une après l'autre les procédures et marches à suivre nécessaires au bon fonctionnement de l'entreprise. Aylinn Baumelles anticipait chacune de ses demandes tout en se ménageant un temps de présence pour gérer les imprévus. Outre le fait qu'elle ait réussi à combiner recherches et contrôles afin d'être disponible pour leurs voyages d'affaires, elle avait planifié son emploi du temps en fonction du sien. Et cela en à peine trois jours. L'on ne pouvait pas faire plus efficace pensa-t-il. Quant à leur soirée privée, il avait pu se rendre compte qu'elle était réservée et pudique tout en s'employant à le satisfaire avec aisance. Pourquoi alors avait-il le sentiment qu'il passait à côté de quelque chose? Ils franchirent la porte de Brandebourg pour rejoindre les abords de Potsdamer Platz, le quartier d'affaires où ils devaient se rendre. Ce fut le seul des nombreux monuments de Berlin qu'ils aperçurent ce jour-là. Après une rapide collation au buffet de l'hôtel, ils s'étaient rendus au premier rendez-vous. Ensuite, plusieurs réunions s'étaient succédées jusqu'à tard dans la soirée. Le directeur d'IRH n'avait eu qu'à présenter, non sans fierté, sa jeune collaboratrice à chacun de ses partenaires pour qu'aussitôt, captivés par les explications accessibles et concises d'Aylinn, ceux-ci saturent le carnet de commandes déjà chargé d'IRH. Au terme de la dernière conférence, menée à bien elle aussi, Danyel Hamrit-Ekbott ratifia trois contrats. Il accepta de prendre l'apéritif avec ses clients, mais déclina l'invitation au restaurant sous prétexte qu'il devait se rendre le soir-même en région parisienne. Pieux mensonge qu'il utilisa à des fins personnelles.
    - Aylinn, nous allons célébrer ce succès en un lieu que j'ai réservé avant notre départ! Vous êtes partante? Danyel se réjouissait par avance de ce tête-à-tête.
    - Avec grand plaisir Danyel! Un large sourire éclaira le visage d'Aylinn, flattée que son boss choisisse de sortir avec elle plutôt qu'avec ses clients.
    - Il s'agit d'un cabaret qui se nomme "Le Python Vert"! L'on y sert une cuisine exotique raffinée, et à ce que l'on m'a affirmé, le spectacle proposé procure un total dépaysement! Pendant tout le trajet de retour, Danyel laissa paraître son enthousiasme pour le divertissement spectaculaire auquel ils allaient assister…
    …L'un après l'autre, ils prirent une douche rapide afin de faire disparaître la tension de la journée. Danyel endossa un smoking tandis qu'Aylinn se coiffait et se maquillait. En début d'après-midi, juste avant de quitter l'hôtel, Aylinn avait demandé qu'on lui rafraîchisse sa robe de soirée et, le vêtement qu'elle venait de revêtir était digne d'une princesse. Subjugué, monsieur Hamrit-Ekbott dévorait la jeune femme du regard. Non seulement la robe bustier longue, en mousseline de soie rose cendré, modelait parfaitement sa silhouette, mais le plastron ethnique ras-du-cou qui ornait sa gorge, l’unique parure qu’elle s’autorisait pour la soirée, la transformait en déesse de la mythologie grecque. Elle avait relevé ses cheveux en un chignon haut ce qui allongeait encore son cou gracile.
    - Vous êtes... je vous trouve particulièrement... Aylinn, je ne saurais trop vous...! Sans doute pour la première fois de sa vie, Monsieur le Directeur fut incapable de s'exprimer clairement.
    - Les mots me manquent Aylinn! Troublée, celle-ci rougit sous le compliment, toutefois, elle exécuta une courte révérence pour son admirateur qui la gratifia d'un baise-main courtois. Ils pénétrèrent dans un décor fastueux aux couleurs chatoyantes. L'ambiance tamisée du cabaret était intime grâce au nombre restreint de convives qu'il pouvait accueillir. Le show se révéla tel qu'il avait été décrit par Danyel. Une comédie pleine de fantaisie, de danses et d'acrobaties aux contorsions incroyables. Du pur music-hall. Quant au repas, cela avait été une explosion de saveurs jusque-là inconnues de leur palais. L'expérience du lieu avait été un franc succès. Au retour, ils s'attardèrent pour un dernier verre. La terrasse du bar, situé au dixième étage d'un immeuble moderne, offrait une vue imprenable sur la City West. Ils se seraient crus plongés en plein Manhattan grâce aux lumières fascinantes qui retraçaient les contours des gratte-ciels. Certainement à cause du Moscow Mule, étourdie, Aylinn se surprit à souhaiter que l'instant s'éternise.
    - Et si nous rentrions? Susurra-t-il à son oreille.
    Lorsque Danyel s'était penché sur son épaule par-dessus le dossier du siège qu'elle occupait, la jeune femme, presque somnolente, avait sursauté.
    - Je suis impardonnable, vous devez être harassée Aylinn!
    - Ce n'est pas exactement le terme que j'emploierai, mais j'avoue que j'apprécierai un brin de quiétude! Tout en se levant posément de sa chaise, elle apaisa les craintes de son hôte d’un magnifique sourire.
    Blottie dans les bras de Danyel, Aylinn s'endormit rapidement. Trop fatigué l'un et l'autre pour des prolongations divertissantes, monsieur Hamrit-Ekbott avait jugé plus raisonnable de s'en tenir à une bonne nuit de sommeil. Aylinn, sans se l'avouer, en avait ressenti comme de la déception…
    …Un contretemps les obligea à rester en région parisienne une journée entière. Ils déjeunèrent dans un quatre étoiles puis Danyel fit découvrir divers endroits pittoresques qu'il connaissait de la capitale à sa collaboratrice. Ce n'est que très tard dans la soirée que monsieur Hamrit-Ekbott récupéra les composants qu'il était venu chercher. Par prudence, il décida qu'ils passeraient la nuit à l'hôtel, mais qu'ils décolleraient très tôt le lendemain matin.
    - Aylinn, seriez-vous ennuyée si nous restions au calme ce soir? Lui demanda-t-il. En entendant la question, Aylinn avait immédiatement compris qu'elles étaient les intentions de son patron.
    - Non pas du tout! Nous avons parcouru des kilomètres à pieds, et j'avoue que cela me ferait plaisir de me poser un peu! Elle ne ressentait pas le besoin de se soustraire aux étreintes de son boss. Elle se surprenait même à les désirer. L'air enjoué avec lequel elle lui répondit fit prendre conscience à Danyel qu'il n'exigeait rien, mais que c'était Aylinn qui offrait. Ils prirent tranquillement leur dîner dans la chambre puis avec égards, il l'invita à partager cette familiarité voluptueuse qu'elle souhaitait autant que lui.
    - Me Laisseriez-vous vous déshabiller? Lui demanda-t-il avec gentillesse. Aylinn n'y vit aucun inconvénient. Elle frissonna au souvenir de la délicieuse étreinte par laquelle il l'avait comblé l'avant-veille. Debout, dans une semi-obscurité apaisante, Danyel ôta la veste de tailleur d'Aylinn avec une lenteur calculée. Il la posa sur le dossier du fauteuil tout près d'eux.
    Puis, il dégrafa délicatement les boutons de son chemisier en soie, effleurant son épiderme, attache après attache, du bout des doigts. Comme elle ne portait pas de bustier, ce faisant il frôlait la pointe de ses seins du dos de la main. Ces simples caresses électrisaient Aylinn. Elle se mordit les lèvres, retenant ainsi un gémissement. Danyel déposa de légers baisers sur son visage avant d'abaisser la fermeture de la jupe qu'il fit glisser le long de ses jambes. Elle s'en dégagea prestement d'un pas de côté. Il posa tendrement ses mains sur ses hanches. Enfin, s'agenouillant devant elle, il la débarrassa de son cheeky en dentelles, une cheville après l'autre. Le corps d'Aylinn vibrait, envahit par d'intenses sensations. Avec son chemisier ouvert, ses bas lui couvrant les jambes jusqu'à mi-cuisses et ses escarpins aux talons aiguilles démesurés elle était encore plus torride que si elle avait été totalement dénudée. Toujours à genoux, Danyel contempla longuement Aylinn avant de lui ôter ses escarpins puis ses bas. Elle en fut soulagée, car elle ne se voyait pas jouer la scène de la vamp se laissant posséder sur le rebord du lit. Il se redressa, et lui ôta son chemisier qu’il déposa soigneusement sur la veste de tailleur. Se retrouver entièrement nue alors que Danyel était toujours vêtu, faisait frissonner Aylinn d’un désir impérieux. Une mouillure fiévreuse envahit soudain son intimité. Prévenant, Danyel passa un bras autour de sa taille, et la guida vers le lit. D'un regard, il l'invita à s'allonger, ce qu'elle fit de bonne grâce. Il se déshabilla et s'approcha d'elle. Il l'enlaça tendrement, posant ses lèvres sur celle de la jeune femme qui répondit à son baiser par un autre tout aussi langoureux et enjôleur. D'une main experte, il effleura l'intérieur de sa cuisse, caressa son ventre avec légèreté, frôla son genou et remonta sur sa hanche tandis que de l'autre, il maintenait fermement sa taille comme s'il avait peur qu'elle ne lui échappe. Elle sentait la chaleur du corps de son amant contre le sien. Et lorsqu’il laissa ses doigts folâtrer un instant sur le délicat duvet de sa toison avant d'aller batifoler au cœur de son sexe détrempé, une onde de plaisir la traversa. Elle s’offrit instinctivement, ondulant du bassin, l'invitant à poursuivre plus rudement son exploration. L’intensité de la tempête qui ravageait ses sens la poussa à se saisir de l'érection de Danyel. Surpris, celui-ci grogna mais l’encouragea aussitôt à poursuivre ses caresses aguichantes. L'excitation intense qui les enveloppa tous deux les firent frissonner encore plus. Elle enroula ses bras autour de sa taille pour l’accueillir en elle. Il pressa doucement son corps chaud contre le sien, dévorant ses lèvres de baisers gourmands. Aylinn se laissa emporter par le plaisir puissant qui la submergeait. Elle ne retenait plus ses plaintes, ni ses cris, répondant ainsi aux spasmes de béatitude qui agitaient Danyel. Il la pénétra avec douceur, s'enfonçant plus profondément en elle à chacune des contractions de son ventre. Il démarra une danse lascive qui ébranlait son bassin d'avant en arrière, déclenchant des vagues de plaisir en elle. Lorsqu'il accéléra le rythme, elle haleta sous les prémices de la jouissance. Danyel s'immobilisa et elle sentit son membre palpitant se tendre dans sa chair. Il s'oublia en elle, noyant son intimité d'un élixir brûlant qui les conduisit au sommet. Violent, intense et puissant, l'orgasme les foudroyèrent. Tandis qu'ils reprenaient tous deux leur souffle, Danyel déposa un chaste baiser sur le front d'Aylinn.
    - Vous êtes un don du ciel mademoiselle Baumelles! Immobile, les yeux fermés, celle-ci n'eut que la force de sourire.
    La tête posée sur l'épaule de Danyel qui l'enlaçait tendrement, Aylinn s'endormit profondément. Elle ne vit pas le regard tourmenté de son patron…
    …Les vagissements de Sonya et Gabryel s'entendaient de la cuisine. La nurse avait beau tenir prêt les biberons, les jumeaux avaient toujours une longueur d'avance sur elle et manifestaient leur impatience par de puissants braillements. Monsieur et madame Hamrit-Ekbott étaient partis célébrer leur un an de mariage dans le Berlin by night qu’ils avaient tant appréciés lors d’un voyage d’affaires. Il avait suffi de quelques déplacements en sa compagnie pour qu’Aylinn prenne une grande place dans toutes les pensées du directeur d'IRH. Au retour de leur premier voyage d'affaires, tout lui avait été prétexte à la convoquer dans son bureau. Il lui avait fallu cinq mois pour se décider et finalement, il avait épousé sa jolie collaboratrice. Aylinn travailla d'arrache-pied à l'élaboration d'un nouveau logiciel qu'elle baptisa H-E 001, le premier qu'elle créa pour les entreprises Hamrit-Ekbott. Ce fut aussi le dernier. À présent, Aylinn Hamrit-Ekbott prend part aux conseils d'administration, dirige le service recherches de la société et accompagne son époux dans chacun de ses itinéraires Européens.
    Un fabuleux cocktail à base de vodka, de jus de citron vert et de bière de gingembre emplissait le verre qui se trouvait devant eux, mais aucun des deux ne pensait à boire en cet instant. Mains dans mains, les yeux de l'un rivés dans ceux de l'autre, ils réitéraient silencieusement les vœux qu'ils avaient prononcés solennellement en toute intimité dans la petite chapelle Notre-Dame, avec pour seul témoin l'oncle d'Aylinn. Une fois ce cérémonial terminé, ils s'embrassèrent tendrement puis avalèrent une gorgée de Moscow Mule frais.
    - Aylinn ma chérie, je souhaite vous rendre heureuse pour les cent prochaines années à venir et au-delà si cela se révèle possible! Déclara-t-il le plus sérieusement du monde.
    - Danyel, mon cœur est à vous et le restera à jamais! Répondit-elle sur le même ton. Entre eux, le vouvoiement sonnait comme un pacte qui les liait. Il était aussi le signe de l’amour infini qu’ils se portaient… »

     

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  • Commentaires

    2
    L/baroudEUR
    Lundi 6 Novembre 2017 à 15:41

    Je suis fier de toi myl-mylwinktongue

      • Mardi 7 Novembre 2017 à 08:58

        Ben voyons, chacun sait que les dialogues sont ma spécialité winktongue je m'en suis quand même tiré honorablement n'en déplaise à toiyes Na!

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