• Be HoMe...

       …L’absence de Mon Pain d’Épice m’a aidé à passer un cap, et tous deux avons beaucoup à nous raconter aujourd’hui!

    Bébé est féru de légendes asiatiques, son savoir s’est enrichi de quelques-unes de là-bas aussi.
    Le Bangladesh: un vivier d'espoirs et d'ambitions. L’on y rencontre des gens adorables. Voilà quels ont été les premiers mots de Bébé à son retour. Dans l’imaginaire collectif, -je reconnais que comme beaucoup de gens j’avais de nombreuses idées préconçues- ce pays est connu pour sa surpopulation, ses cyclones, ses inondations durant la mousson, la misère de ses ouvriers du textile et les maladies qui prolifèrent faute d’hygiène. À cause de tout ceci, il a été déclaré que ce pays était dangereux! Curieux et généreux me dit Bébé. La générosité ça n’est pas vraiment ce qu’il a remarqué dans la culture européenne, alors oui Ash a apprécié ces gens. Il est vrai que celui-ci possède quelques rudiments de langage qui lui ont facilité le contact avec les autochtones. Les habitants de ce pays recèlent en eux la capacité de fasciner ou d’exténuer, et ils ne laissent personne indifférent. Ash a adoré leurs échanges. Des plantations de thé exemptes de touristes aux forêts de mangroves, malgré un don intensif de ses compétences aux membres de l’ONG, Bébé a été totalement dépaysé. Pourtant sans se l’expliquer, il se sentait un peu chez lui. Tout n’est pas non plus qu’enchantement. Le surpeuplement n’est pas un conte à faire peur pour touristes, il est bien réel et provoque des nuisances du genre décharges à ciel ouvert. Cependant, selon Bébé, la jeunesse des villages aurait de grandes idées pour faire évoluer le pays, personne ne la consulte encore. Un jour peut-être, trouvera-t-elle parmi elle le guide qui la conduira au progrès.
    Cerise sur le gâteau, Mon Pain d’Épices a aperçu un tigre du Bengale en liberté…
    Et Pour son érudition propre, Bébé s’est fait très curieux. Je sens venir le vent de très loin, et j’ai bien peur qu’il prenne l’envie à Ma Canaille de passer une partie de ses congés d’été dans l’humanitaire. Il a des étoiles dans les yeux en me parlant du don de soi sans en attendre récompense. De toute façon, c’est dans ses gènes et s'il veut s'investir cela ne me regarde pas. Bébé a une vision de la justice de plus en plus contrariée et il me dit qu’il n’a pas dix ans d’enseignement et de pratique derrière lui pour rester un témoin passif des dérives. La première fois que nous en avons parlé, j’ai cru qu’il me demandait la permission. Jamais je ne lui imposerais de devenir mon garde-malade, il est appelé à de grandes choses…
    Mon palais lilliputien des mille et une nuits est enfin achevé. Mon déménagement dure depuis deux jours, et là, c'est moi le chef de chantier. Pourtant, avant de narrer ma joie d’avoir enfin un endroit bien à moi où je peux tranquillement me poser, j’aimerais revenir en quelques lignes sur mes deux années d’apprentissage de la rue.
    Jamais je n’ai considéré ma vie au squat comme une déchéance, sans doute parce que j’avais choisi ce mode de vie en toute connaissance de cause. Aussi parce que je savais que, bien à l’abri dans mon portefeuille, une carte bancaire approvisionnée faisait la différence. J’avais donc la possibilité de m’offrir la chambre douillette d’un hôtel quand je le désirais, mais la solitude m’effrayait trop pour en profiter. La solitude et la peur. Alors oui, je reconnais qu’il m’est arrivé une fois ou deux d’approcher un inconnu pour une douche ou un matelas moelleux. Ce n’était pas dans ma nature et j’ai eu la chance de ne pas tomber sur des salauds. Il est tellement facile d’être une sans visage en étant SDF. C’est ce que je désirais plus que tout. Être invisible, sans identité. Échapper aux regards de ceux qui me terrorisaient. Sans prendre le temps de la réflexion, j’ai réglé quelques courses au SU de quartier pour une pauvre femme qui avait sur elle juste de quoi se payer une miche de pain et une pomme. C’est véridique. Ensuite, je ne sais pas ce qui m’a poussé à accompagner Fortunée ce jour-là, mais c’est ainsi que j’ai franchi la porte d’un autre monde. Je m’y suis senti chez moi. J’ai immédiatement été acceptée par ces cassés de la vie qui m’accueillaient comme si j’étais l’étoile qui illuminait soudain leur obscurité. Ma famille. Une véritable famille affectueuse et protectrice. Cela dit j’ai toujours été consciente de ce qu’endurent ces gens, surtout les femmes -les hommes ne sont pas mieux lotis- qui arpentent les rues avec bagages et vêtements repoussants. En plus du risque de se faire attaquer ou racketter, elles doivent compter avec celui qu’est le viol. Elles dorment sur un carton derrière des poubelles dégoûtantes, leur hygiène corporelle est déplorable et la plupart culpabilise. Par honte elles s’isolent à la grande joie des prédateurs qui eux de fichent complètement de leur aspect misérable. Grâce au ‘’clan’’ j’ai échappé à ceci d’où ma tendance à idéaliser ce passage dans un milieu où la misère fait loi. La rue est un combat de chaque jour, été comme hiver, afin de conserver un peu de dignité et d’estime de soi. Cela se doit d’être dit.
    À présent, je construis un foyer, mon foyer. Une demi-douzaine de personnes s’active à monter mes meubles neufs et à les déplacer selon mes envies changeantes. Beaucoup trop changeantes, certains ont déjà envie de m’étrangler. Aujourd’hui je suis allée confirmer mon adresse postale et j’en ai ressenti un immense bonheur. Je suis entourée de la famille que je me suis choisie et j’emménage dans la maison de Maë Lynette, ma grand-mère. D’heure en heure, l’intérieur se fait chaleureux et confortable. Juillet et Occitanie certes, mais pour ce qui est de la chaleur méditerranéenne, la température extérieure est légèrement frisquette parfois. Pour le farniente au bord de l’eau il va falloir se rendre à Palavas. Ici c’est calme champêtre, paysages accidentés et ondoyants de végétations aux couleurs provençales et paix bucolique. Et qui dit altitude, dit météo capricieuse. Je me languis des vendanges de septembre et des premiers gels afin de récolter les sarments de vigne qui me serviront pour ma première flambée. La cheminée est un véritable joyau et elle mérite un baptême dans les règles. Ce rituel remonte à la nuit des temps, alors je me range du côté des tantines et je l’observerais en pensant à mémé. Mamaiette et Mamadeine -Étiennette et Madeleine- mes tantines, ont préparé un buffet pantagruélique, de quoi nourrir tout le monde pendant deux jours.
    Bébé est présent évidemment. Tout amour et heureux de me voir heureuse. Je me défends encore de l’aimer d’amour, mais ce que je ressens pour lui commence à vraiment ressembler à ce tendre sentiment. L’épisode malencontreux de ces longs mois d’errance virtuelle pollue encore une fraction de mon cœur, mais s’éloigne peu à peu. Je suis ravie que cette navrante expérience soit appelée à disparaître de ma mémoire. Marcel et Ash sont allés chercher les matériaux nécessaires à la confection de la barrière provisoire au fond du jardin. Mon jardin. L’îlot central de la cuisine a donné du fil à retordre à l’électricien car je voulais qu’une partie de l’électro ménager y soit incorporé, mais tout est enfin opérationnel. Afin de tester le couchage douillet de notre lit avec Ma Canaille, l’envie de mettre tout le monde dehors me démange. L’agencement de la petite chambre du bas est attrayant. J’irais même jusqu’à dire épicurien. Une partie de la bonne éducation que j’ai reçu a subsisté malgré mes années noires. J’invite donc tout le monde à inaugurer la cuisine de mon palace au lieu de me vautrer dans le stupre. Mon emménagement s’achève dans la joie et la bonne humeur. Je confirme, le lit est un paradis.

    Non seulement le portail est du plus bel effet, mais il s’ouvre sur mon avenir… 

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