• CHeMiN De LiBeRTé ( IV)...


    La Roue a TouRNé

       ...À présent lorsque surviennent les cauchemars elle a toujours la solution de se rendre au squat. Lorsque Ashlimd est près d'elle, il la soulage en lui rapportant les contes et légendes de son pays qu'il traduit d'une voix apaisante. Il la berce de ses rares souvenirs d'enfance là-bas au pays de ses ancêtres.
    Il se fait rassurant sur son avenir.
    Mylhenn se rétablit en tentant de se débarrasser du trop-plein des souffrances qu'elle a endurées. Le souvenir des ecchymoses et des meurtrissures de l'âme causées par les gifles, les coups, les sévices, les corrections et le harcèlement moral qu'elle subissait quotidiennement faisait qu'elle avait encore du mal à faire confiance.
    Et surtout, elle était terrorisée, sachant que son bourreau sortirait bientôt de prison.
    Mylhenn se refusait à vivre.
    Le plus douloureux pour elle maintenant, ce n'était plus le souvenir des coups, mais ce déracinement qui lui avait été imposé afin de la protéger. En quittant la terre de ses racines, elle avait abandonné une partie d'elle-même. Pourtant, elle devait admettre que c'était la seule solution pour échapper aux scélérats qui avait jurés allégeance à leur collègue. Ce monstre qui n'avait peur de rien était allé jusqu'à lui promettre vengeance devant une cour de justice. Chaque nuit, la peur au ventre Mylhenn veillait. Christian était bien présent dans ses cauchemars et Ashlimd passait des heures à la rassurer. Elle s'obligeait à s'allonger chaque soir à la même heure, la prison est un bon métronome, mais elle passait la nuit entière éveillée. Ses terreurs l'ayant vaincues, elle s'écroulait épuisée au petit matin.
    Encore et toujours, Ashlimd lui promettait de se tenir à ses côtés pour lui apporter sa force. Il guidait, encourageait, protégeait ce petit bout de femme que le destin avait mis sur son chemin. Il tentait désespérément de lui rendre l'estime d'elle qu'elle avait perdue en chemin.
    Ashlimd n'imposait rien et ne se mettait jamais en colère, ou alors si peu.
    Les extravagances de la jeune femme était un fait qu'il acceptait, et ce qui aurait pu passer pour de l'indifférence n'était que l'expression de sa totale confiance en elle. Selon lui, elle se devait de faire ses propres choix, ses expériences plus ou moins heureuses et quelques erreurs pour pouvoir commencer à se reconstruire. Il le lui avait affirmé, c'était normal.
    Il s'inquiétait rétrospectivement lorsqu'il apprenait qu'elle était sortie en pleine nuit. Il ravalait ses remontrances quand il était obligé de la récupérer au squat. Il la rassérénait sans jamais hausser le ton quand, en pleine crise de colère, elle éclatait les verres contre les murs. Sa léthargie des lendemains de crise le faisait souffrir autant qu'elle.
    Mais, bêtise s'il en fut une, Ashlimd offrit un ordinateur portable à Mylhenn afin que celle-ci s'ouvre au monde tout en restant en retrait. Pour la première fois depuis bien longtemps, Mylhenn se surprit à faire confiance à quelqu'un d'autre qu'à Ashlimd. Elle appréciait les visites régulières de Penjï, le meilleur ami d'Ashlimd, son frère pour ainsi dire. Elle se confiait à lui sans crainte et il lui proposa de conduire le dossier compliqué de son histoire. Penjï l'initiait parfois aux rouages obscurs de la justice. Mais elle avait été tellement déçue par la grande dame qu'elle renonçait à le suivre sur ce terrain. Son seul plaisir était de faire réviser Ashlimd et son ami pour leurs concours.
    Un jour, par inadvertance, elle feuilleta l'un des dossiers que traitait Maître Penjab R.K. Cela lui permit de prendre véritablement conscience qu'elle n'avait pas été la seule à être confrontée à l'horreur. L'histoire d'une jeune femme lui donna des sueurs froides. Mariée à un pervers narcissique qui ne voulait pas d'enfants, ils utilisaient des préservatifs festifs et il arriva un jour où l'un d'eux craqua. En pleine crise de folie, l'homme ''lava'' le sexe de son épouse à la javel et pour être certain qu'aucun spermatozoïdes n'avaient survécu, il en inocula à l'intérieur du vagin de sa compagne à l'aide d'une poire à lavement. C'était à en vomir. Mylhenn savait que genre d'individu s'en sort toujours par une pirouette. L'homme tentait de faire passer la pauvre femme pour une malade mentale. Défendre l'indéfendable. Voilà en quoi consistait le métier de ses amis et il lui arrivait de leur en vouloir. Elle ne participait pas aux soirées pizza/ jeux vidéo-poker entre collègues, mais elle comprenait tout à fait qu'ils aient besoin de se vider la tête après les horreurs auxquelles ils étaient confrontés jour après jour. Ces soirs-là, elle s'enfermait dans la chambre avec un bon livre.
    Plus tard vinrent les tendres week-ends. Ashlimd se révéla être un amant doux et attentionné. Il enseigna à Mylhenn que faire l'amour était une façon d'offrir plutôt que de prendre. Ce fut une révélation pour elle qui, durant des années avait subi pour ne pas perdre la vie.
    De plus en plus souvent, les absences répétées d'Ashlimd la laissait livrer à elle-même. Elle pouvait toujours compter sur sa famille du squat qu'elle invitait parfois à l'appartement. Ils vidaient le chauffe-eau et transformaient la salle-de-bains en étuve. Et la cuisine était devenue un véritable champ de bataille après leur départ. Tout était remis en place et récuré par une Maddy furibonde. Maddy était la personne qu'Ashlimd chargeait de l'entretien de son appartement. Elle prenait soin de Mylhenn en son absence, mais elle n'était en rien diplomate alors parfois l'ambiance devenait électrique entre les deux femmes.
    Lorsqu'il rentrait, malgré un brin d'exaspération, Ashlimd faisait l'impasse sur la disparition de quelques-uns de ses cigares de qualité. Il ne prêtait pas plus l'oreille aux récriminations de Maddy. Mylhenn elle, gardait toujours en tête qu'Ashlimd n'était qu'un homme doté d'imperfections et de qualités. Il lui arrivait cependant d'être inquiète lorsqu'elle abusait. Lorsque l'on a été tabassé pour une serviette de toilette oubliée sur le rebord de la baignoire, cela laisse des séquelles...
    Par ennui celle-ci installa une messagerie privée sur son portable, par le biais de laquelle elle se confia de plus en plus souvent à un ami virtuel. Un ''ami'', qui au fil des mois devint de plus en plus présent à son esprit. Elle envisagea la possibilité de rejoindre cet homme. Sans le comprendre, après une année de vie commune, elle commença à s'éloigner de celui qu'elle surnommait affectueusement le Maharajah ou son tandoori. Il lui avait réapprit tous les gestes du quotidien et surtout à ne plus trembler au moindre bruit. Sa santé devenant chancelante, Maddy fut chargée de veiller sur elle. Un gendarme à son chevet n'aurait pas été pire. Puis, une épreuve cruelle la bouleversa. La disparition de sa magnifique Sonia. Sa douce amie, la belle brune la quitta brutalement. Déchirée, Mylhenn se laissa sombrer dans une dépression qui s'ensuivit par une pneumonie récoltée au squat où elle s'était réfugiée à la perte de Sonia. Rejoindre celle-ci dans l'au-delà lui avait paru la meilleure des solutions.
    Il arriva une fois, que par ses extravagances, Mylhenn ruina le travail d'Ashlimd sur un dossier. Il ne l'en blâma aucunement, étant aussi responsable qu'elle, mais celle-ci se jura que jamais plus cela n'arriverait.
    Mylhenn restait silencieuse durant des heures et la vodka refit surface dans son cercle d'intimes. Elle épiait discrètement son compagnon, se demandant pourquoi un homme tel que lui, intelligent et pourvu de tant de gentillesse et de bonté, l'avait choisi elle, le vilain petit canard? Son plus grand plaisir était de le savoir assis à même la moquette de la mezzanine, le dos calé confortablement à l'un des grands coussins. Unis et solidaires, ils étaient déjà très éloignés l'un de l'autre. Lui, étudiant le code pénal et les décrets en conseil d'état comme un forcené, elle, derrière son petit écran à confier à des inconnus ses douleurs sur messagerie
    Elle ne se rendait pas compte que la concentration d'Ashlimd était toute relative. Celui-ci l'espionnait à la dérobée, la souhaitant sereine. Il n'imaginait pas une seconde que ses sourires étaient les prémices de l'énorme bêtise qu'elle allait commettre. Ses sourires étaient tellement rares.
    Il souhaitait plus que tout la voir abandonner ses peurs et retrouver une joie de vivre bienfaisante.
    Mais Mylhenn s'éloigne peu à peu d'Ashlimd qui ne se rend compte de rien. Parce qu'il lui est plus facile d'exprimer ses tourments à des anonymes, Mylhenn se confie sur un blog très suivi. À présent elle se sent enfin ''soutenue'' dans la solitude où Ashlimd la laisse souvent. Sans pouvoir se l'expliquer, les heures passées en compagnie de ce virtuel -sans identité pour elle à présent- l'apaisent. Leurs dialogues coquins la rassurent sur sa féminité. Puis un jour, se sentant en phase avec cet homme, elle ose parler de ses sentiments. Désirant plus, celui-ci lui suggère de prendre son envol et pour cela elle doit se séparer d'Ashlimd. Elle perd le yin en tentant de rejoindre le yang car elle n'est pas prête à se défaire de l'un de ses piliers. Dès lors, elle se sent mutilée.
    Les épreuves se succèdent, l'une après l'autre. La libération anticipée de celui qui la maltraité lui assène un terrible choc. Puis, pendant un temps, elle endure comme une ignoble trahison la dissolution de la communauté du squat. De maison de repos en centre de soins, de sauts d'humeur en accalmies dépressives, des Aspidies aux Lavandes, ce qui devait arriver, arriva. Son second pilier lâche prise. Durant de longs mois elle se débat entre tristesse et colère. Est-il possible de reconstruire sur les ruines du passé? Éloigné d'elle, Ashlimd n'a jamais cessé de veiller sur sa Chouquette. Dorénavant, ils avancent de concert et Mylhenn retrouve son équilibre.
    En possession de la topographie du parcours, elle s'apprête à poursuivre son chemin de liberté...

     

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