• CHeSHiRe...

     


    ...Comme celui d'Alice au pays des merveilles, mon chat ne me quitte jamais des yeux. Il se fait discret et reste tapi dans les méandres de ma volonté en observant attentivement chacun de mes faits et gestes. Juste une erreur de ma part et il bondit hors de sa cachette. Entre paradis et enfer il saura attirer mon attention en se faisant tantôt câlin, tantôt menaçant. Sa bouille de prédateur me séduit de son sourire enjôleur. Pendant des jours, des semaines parfois, avec patience il fait le guet inlassablement. Soudain il ouvre grand les yeux et prépare ses griffes acérées. J’ai beau lutter avec acharnement pour lui échapper mais c'est plus fort que moi. Je deviens une proie, sa proie. Cela commence par un regard de plus en plus soutenu sur l’objet de mon envie, par mes lèvres qui deviennent sèches, par ma difficulté à déglutir et vaincu, je perds le contrôle. Je deviens à la fois jouet et victime du gros chat. Celui-ci m’observe telle la souris qu’il chasse d‘habitude. Bientôt, tel un félin sournois, mon fidèle éthylisme me dévorera. Vodka-1/Mylhenn-0.
    Je regarde la bouteille qui trône sur le bar et le breuvage m’attire inexorablement. J’ai bien tenté de la dissimuler à mon regard, mais cela ne sert à rien. Une fois le verre en main je sais que je ne suis pas loin d’être perdu. Qu’elle soit rouge vermillon, mordorée, jaune irisé, cuisse de nymphe, rose pêche ou blanche, une fois la première gorgée avalée l’on devient son esclave. Dès que le délicieux tintement des glaçons se fait entendre je sais que je suis foutu. Une gorgée, une autre, c’est délicieux. Un verre entier puis deux, le troisième et… la bouteille est vide en un temps record. Rien ne peut m’arrêter, je me sens invulnérable. La démarche chancelante, les yeux injectés de sang je me trouve toutes sortes d’excuses pour justifier ma déchéance. Une fois la machine lancée, rien ne viendra la stopper. Les grelots du plaisir me donnent bonne conscience et enveloppé dans un brouillard bienfaisant, la tête en feu, j’ai découvert le parfait désinhibiteur. Plus de douleurs, plus de tristesse, plus de chagrins ni de souffrances. Le monde m’appartient et du haut de mon petit nuage je contemple le commun des mortels avec condescendance. Moi je ne suis pas comme eux, je viens de découvrir un remède à tous les maux de la terre. Je peux braver tous les dangers sans aucun risque. L’éternité m’est accessible. Entre deux verres je retrouve assez de lucidité pour me rendre compte que petit à petit le vide se fait autour de moi. Mes ami(e)s se découragent les uns après les autres, et peu ont la force de me retenir afin de m’éviter le déclin qui me guette. Je les déçois, je les maltraite, je les inquiète, mais je me laisse couler irrémédiablement sans me soucier de leurs sentiments.
    Je me pose des questions, l’esprit embué par l’alcool. Est-ce les bonnes? Bien sûr que non, mon jugement est faussé par madame vodka du matin au soir. Si je pouvais faire disparaître cette addiction d’un coup de baguette magique, le ferais-je? Cela n’est pas certain. Il n’est pas question de volonté, j’en ai. La volonté de me détruire à petit feu.
    Pourquoi sortir de cet enfer paradisiaque qui me procure un cocon ouaté, imperméable au monde extérieur. Je ne me rends même plus compte que je suis inaccessible à mes proches. Le nid douillet hermétique que je me suis façonné me rend de plus en plus dépendante. J’oublie mes angoisses et je n’ai plus besoin de disparaître, je n’existe plus depuis longtemps! La brume qui m’entoure est tellement séduisante et rassurante. Il m’est impossible de m’en tirer sans dommages. Les griffes du cheshire qui me retiennent ne me déchirent pas que l’estomac. Je suis comme engourdi, amnésique consentante. Je suis famélique. C’est bien connu, la vodka nourrit plus qu’elle ne désaltère. Elle engraisse mon alcoolisme et je ne suis plus en mesure de contrôler quoi que ce soit. Tantôt gai, tantôt agressive, je me sens si bien!
    Une bonne douche c’est agréable et donne l’impression d’être régénéré. Prête à reconquérir dignité et estime de soi. Seulement hier soir je suis passé nue devant la psyché. Cela m’a arrêté net.
    Je me suis vu telle que j’étais après chaque biture. Repoussante. Les yeux rougis, le visage bouffi, disgracieux, à peine capable de tenir debout et… bonne mère, c’est moi ce déchet? J’en ai eu des hauts le cœur.
    On ne guérit jamais de l’alcool, ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs. Je serais sans doute le jouet de ce bon gros félin pour le reste de ma vie. Je ne veux plus être une petite souris, mais un dompteur. J’ai fait mon choix. Mon cerveau confit par l’alcool me dit que c’est le mauvais, mais je m’obstine. J’ai quelques jours de répit avant la rechute. J’en profite pour demander pardon à celles et ceux que j’ai fait souffrir. J’ai un immense désir de m’en sortir, mais je sais que je rechuterais. Une fois lancée, la machinerie est difficile à stopper. Ma tête va exploser, et il n’y a rien de mieux que la vodka pour recoller les morceaux! Malgré ma démarche titubante, le visage hideux que me renvoie le miroir et les battements discordants de mon cœur, je me sers un deuxième verre puis aux suivants je ne m’aperçois même pas avoir terminé la bouteille.
    Ivre à nouveau, je ne culpabilise plus. Oubliées les bonnes résolutions…

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