• CHeZ NouS...

     

    …Yad et moi avons rejoint Ash aux Aspidies. Curcuma et poivre noir!

    La potion miracle de Céleste est toujours aussi efficace. Ajoutée à une séance quotidienne sur mon tapis fleurs, je ne suis pas loin de chanter miracle. La ménagerie s’est à nouveau manifestée, mais rien que je ne puisse surmonter. Depuis mon opération je ne joue plus à la Schtroumpfette et certains jours il m’arrive de pouvoir dépasser un escargot qui pratique le jogging. J’en profite pour faire le tour du parc à petites foulées. Très petites certes, mais il est un passé ou je me voyais utiliser quotidiennement mon FTT. Alors oui, je suis contente de mon sort.
    Comme il se comprend, nous sommes rentrés plus tôt que prévu. Anaïs a accouché avec quinze jours d’avance. Et c’est officiel, Bébé sera le parrain de Margaret-Neela et moi sa marraine. Tenir la petite courgette dans mes bras m’a réconcilié avec mon âme. Un pétillant pomme-pêche dans mon verre au lieu du vin de Champagne avec lequel ont trinqué les autres membres de la famille pour souhaiter la bienvenue à ma filleule a largement fait l’affaire tellement ma joie est immense. Prendre dans mes bras cette petite chose toute fripée, recouverte d’une fine pellicule blanche -ce qui est normal car elle est née avant terme m’a-t-on dit- et possédant déjà la douce voix de sa mère m’a transformé. Je me suis sentie comme étreinte par la Bonne Mère. Mon seul souhait était que la petiote soit en bonne santé -elle l’est- et je me suis sentie soulagée. Mon détachement -pas de l’indifférence- face à l’évènement m’a fait comprendre que j’étais enfin passé à autre chose. Il me manquera toujours la transmission de mes propres gênes, mais Yad est mon fils, notre fils et c’est très bien ainsi. Margaret nichée sur mon bras, je ne me suis promis de ne plus jamais rechercher la petite lueur de regret dans les yeux de mon mari. J’ai pris conscience qu’il n’y en aura jamais car sa fratrie est tellement soudée que les enfants de chacun sont le ciment qui lie les membres de la famille. Ma famille. Et oui j’ai pleuré, mais de joie, pour le bonheur que nous allions tous partager. Mes larmes faisaient écho à celles de Sodishan qui a enfin réalisé qu’il était papa. Il lui a juste fallu le temps de la naissance de sa fille pour grandir et Shere Khan s’est transformé sous mes yeux en un être responsable. Ainsi donc, ne faisant rien comme tout le monde, Anaïs nous a procuré une grande frayeur. Aucun signe pour indiquer que cela allait être imminent, pourtant la poche des eaux s’est rompue brutalement et en trois quart d’heure la messe a été dite. Elle est sans doute l’exception qui confirme la règle car selon toutes celles qui sont passés par là, la naissance d’un premier né serait interminable. Merci à ceux qui supprime les petites maternités à tour de bras. L’ambulance est arrivée juste après la bataille pour conduire ma cousine à la clinique, trente-sept kilomètres deux cent plus loin. Bref, maman et bébé vont bien c’est ce qui est le plus important. Sodishan est passé par toutes les couleurs de l’arc en ciel, mais il a tenu bon pour couper le cordon ombilical sous l’œil attentif de l’infirmier de la famille, Tatian, le beau-fils de Mamadeine. Bravo papa! En attendant que l’heureux homme revienne sur terre, j’ai fait un compte-rendu détaillé de la naissance de leur nièce à ses frères. Je serais incapable de dire lequel des deux a été le plus touché. Chacun sait que ma Petite Paix m’est trésor, mais ma maison du comté est le foyer que j’ai mérité. Yad a retrouvé son univers avec ravissement, toutefois papy du soleil, son grand père, est très présent dans ses babillages. À peine sommes-nous réinstallés, que déjà il veut aller à l’école. Manque de chance, nous sommes revenus pile pour la semaine des vacances d’automne. Je me souviens comme j’avais eu le cœur serré en voyant les enfants jouer dans la petite coure lors de ma première balade au bourg. À cette époque je n’étais pas encore certaine d’avoir la garde définitive de mon petit Yad. Oubliées les inquiétudes, dès mardi mon poussin a fait sa rentrée. Nous avons eu l’immense privilège de profiter de ce qu’ici ils nomment les Open Days. Il s’agit d’une journée portes ouvertes -trois jours pour les écoles les plus prestigieuses- au cours de laquelle nous avons visité le groupe scolaire. Installations sportives, salles de classe, réfectoire -lunch box autorisé- et salles d’activités, nous avons eu droit à une véritable visite guidée. Le comble du bonheur pour Yad, son papa était avec nous pour ladite visite. Un petit bonus, le personnel a l’air jeune et dynamique. Nous avons essuyé le discours de la directrice et apparemment elle mène son monde à la baguette. Uniforme pour tous. Rien de militaire ni de contraignant. Et j’avoue que cela me facilitera la tâche. Yad est un coquet, comme son père. Il leur faut un temps infini à tous deux pour choisir leur tenue le matin. Aussi un pantalon gris, une chemise bleu clair et un sweat bleu foncé restreindront le temps d’habillage pour le minot. Mon poussin fait la bobe en comprenant qu’il ne pourra pas porter ce qu’il aura choisi. Je l’ai consolé en lui achetant des converses vernies noires. Il les adore. Je ne tiens pas à ce qu’il oublie ses acquis en Français aussi ai-je demandé à Céleste de s’adresser à lui en français autant que possible. Cela dit en même pas six mois notre petite pomme slalom parfaitement entre la langue de Molière et celle de Shakespeare. Certes les gènes ne sont pas les mêmes, mais notre poussin est aussi brillant que son père et les membres de sa famille. J’en suis rassurée et mortifiée tout à la fois car cela me renvoie à mes lacunes. Ash parle couramment allemand à présent alors que certes, je m’exprime correctement en espagnol, mais mon anglais ne fait que se bonifier et lentement, très lentement. Mes difficultés de langage viennent surtout de ce que mes cordes vocales sont abîmées, cela ne me facilite pas les choses. Je ne suis pas douée pour m’exprimer autrement que dans ma langue maternelle, c’est tout. Ash me gronde gentiment à chaque fois que j’exprime mes doutes quant à mon intelligence. J’ai découvert le portrait de Dorian Gray en V.O dans la bibliothèque de l’étage chez mes beaux-parents. C’était le livre préféré de maman. Livre que je garde précieusement dans ma malle des souvenirs. Or donc, lire The Picture of Dorian Gray en version originale, le Harrap’s près de moi, a été mon grand défi de l’été. Mon plus grand succès aussi. J’ai parfaitement intégré le concept, à savoir le rôle des influences dans le destin d'un homme. Je lis, je comprends, mais j’parle pas, j’parle infantile. Cela me rappelle le titre d’un film, mais je ne sais plus lequel. Rien n’a bougé dans la maison et c’est rassurant. Mon portable a retrouvé sa place sur le petit meuble à écriture que m’a offert Bébé. Ma rose de la Saint-Valentin, placée dans son soliflore, veille sur mon travail de recherches. Mon Fripon au bureau, Yad à l’école, mon clavier reprend du service et aussitôt j’en ressent un immense soulagement. L’exercice est rude, mais le résultat est bénéfique à mon mental. Ma coach me répète que je fais des progrès réguliers. La correction des exercices imposés serait encourageante à ses dires. Cela me rassure. J’ai plein d’objectifs en tête et je suis persuadée que je les mènerais à terme.
    Je vais bien, mais parfois durant quelques secondes, je zappe mon existence. Comment expliquer ceci sans passer pour une hurluberlue? Le plus simple est de dire que mon moi se met sur pause, comme en état de choc. Passé, présent et avenir se télescopent dans ma tête. Selon Nadège tout est normal. Pendant des années, pourtant survivante, je déclarais être morte. Je me considérais vraiment comme telle au point de n’avoir aucune appréhension à me mettre en danger. À présent, dans mes moments off, mon cerveau part à la rencontre de ma reviviscence d’où cette courte paralysie momentanée. Des paroles de psy dans lesquelles je me retrouve, c’est l’essentiel.
    Une petite promenade au parc en rentrant de l’école, des morceaux de pomme recouverts de marmelade à l’orange – depuis peu yad en met avec tout. Dans sa purée si je le laissais faire- accompagné d’un cookie fait maison pour le goûter et …une bêtise, une. La maîtresse de mon poussin a eu la fabuleuse idée de conter l’histoire de Djampa le petit yack à ses élèves. Djampa vit au pays des neiges éternelles, là où la blancheur immaculée des minuscules cristaux de glace recouvre tout. Dix minutes de silence -je saurais que ce n’est pas normal et cela me servira de leçon pour la prochaine fois- et notre poussin a immédiatement mis en pratique son nouveau savoir. Quoi de mieux que la mousse à raser de papa pour imiter la neige? Il s’en est totalement recouvert ainsi que ses jouets, le lit et le tapis de sol. J’ai bien cru que Céleste allait nous faire une syncope. Il nous a fallu près d’une heure pour faire disparaître les dommages causés par l’imagination débordante du monstre. Qu’en a dit Ash? Il a prétendu avoir oublié quelque chose au garage pour pouvoir se bidonner tout son soul. Voilà comment je suis soutenue! Cela dit pendant que le minot reprenait forme humaine dans son bain, j’ai donné libre cours à mon hilarité. Céleste a moins apprécié de devoir rincer encore et encore ma progéniture jusqu’à ce que l’odeur écœurante de la mousse se disperse. J’adore ma petite pomme, je ne m’ennuie jamais avec lui. Du coup, j’en ai oublié de préparer son pain. Et sans ce petit pain mon fils refuse son potage de légumes. Potage n’est pas le mot, la soupe tient plutôt d’une purée de différents légumes que d’un bouillon. Bref, Yad adore mais avec un quignon de pain et une tonne de gruyère. Et oublié les muffins, les cottage loaf ou le pain de mie sucré, yad ne veut plus que le pain ‘‘comme chez papy soleil’’ depuis que nous avons séjourné chez mon père. Le pain avec lequel, lorsqu’il est trop rassis, on peut assommer une vache dit élégamment Marcel. Yad doit avoir les mêmes origines paysannes que ledit Marcel puisque le mari de ma Pat aime aussi faire trempette dans son potage. Un verre de farine, une pincée de sel, deux de levure et un demi verre d’eau plus tard, le mal était réparé. Après le lavage de dents Mon Fripon a endormi notre fils avec un conte indien dont il a le secret et le calme est enfin revenu. Enfin, pour ce qui est de la quiétude, c’est une façon de parler car Ma Canaille avait une excellente raison pour endormir rapidement notre petite pomme. Il désirait conter fleurette à sa Chouquette. Pachole et chichi ont encore fait des folies. Le nuage s’est rapidement obscurci. Comme à chaque fois que Bébé et moi nous disputons, cette fois-ci encore cela a été pour une broutille. J’ai commis un crime de lèse-majesté en accrochant au rétroviseur intérieur de sa fusée un petit flacon de senteur océan. Monsieur râle car son joujou doit fleurer bon le cuir et non pas un parfum de synthèse. Je ne le savais pas aussi vieux garçon. Moi c’est l’’eau de toilette de l’un de ses collègues de covoiturage qui m’a écœurée. Une véritable infection. C’est à croire que Bébé n’utilise jamais sa clim. Résultat des courses je boude et depuis l’esclandre je refuse qu’Ash me conduise où que ce soit. Je suis bien consciente que j’ennuie Grady chaque fois que j’ai besoin de me déplacer, mais nous sommes en veille d’halloween alors je fais ma petite sorcière. Évidemment j’ai rapidement capitulé puisque nous devions nous rendre chez mes beaux-parents pour la journée d’Halloween et l’anniversaire de yad. Notre poussin a eu quatre ans. Il a été bien gâté, mais le cadeau qui lui a fait le plus plaisir, a été de retrouver les enfants de l’institution auxquels Hailie consacre son temps libre. Nurse Annet a été largement mise à contribution puisque les jumelles marchent et explorent leur environnement à tout instant. Carlisle, Liam et Branson, les amis de Terry étaient aussi de la fête avec leurs parents. Avec une douzaine de minots gambadant comme cabris de printemps dans les couloirs, la soirée a été mouvementée. Des cris, des rires joyeux, des poursuites mouvementées -seulement deux verres cassés- parmi les décorations du parc, des déguisements inventifs, des gâteaux, des friandises, des contes et des jeux de rôles, Papily et Mumy ont fait les choses en grand comme d’habitude. Comme les autres enfants, notre petit leprechaun est tombé dans les bras de Morphée aux environs de minuit. Mademoiselle Annet a dû être l’une des premières à s’endormir sur le matelas placé entre les lits pliants d’Evelyn et Meryl. On lui pardonnera volontiers cet écart de conduite parce qu’elle a eu une belle petite meute à gérer tout au long de la soirée. Deux grandes chambres attenantes ont été aménagées pour l’occasion. Les plus grands dans des lits de camp les plus jeunes dans les king size. Le calme revenu, nous nous sommes repliés au petit salon pour le film de circonstance. L’un de ces films antédiluviens que Phillip planque dans un tiroir de son dressing sous peine de voir Dorothy les lui confisquer, direction poubelle. Cela aurait été dommage que celui-ci disparaisse purée, et ils osent appeler cela du fantastique, de l’horreur? Je connais cette version puisque Pat la possède en cassette en version française, mais même en VO c’est toujours aussi mauvais. Ces cosses n’ont aucun bon sens, à voir le chien affublé de la tête humaine de son maître. Quant au clochard qui aboie, c’est plus désopilant qu’effrayant. Invasion of the Body Snatchers n’est pas un block buster, mais à défaut de frissons, nous nous sommes bien amusés, quasiment retombés en enfance. Je me suis sentie privilégiée de pouvoir oublier que j’étais une adulte le jour et la soirée d’Halloween. J’ai d’autant plus apprécié ce bain de famille qu’Ash et moi avons dormi dans mon ancienne chambre. Jack Sparrow n’a pas eu grand mérite à choper Morticia. Mais la ravissante gothique réservait une petite vengeance à Son Fripon. Ma belle robe noire beaucoup trop ajustée grâce à des lacets lui a causé pas mal de tracas. J’ai adoré la finesse de mon mari. Une paire de ciseaux et le temple s’est dévoilé à monsieur.

    Céleste m’a appris un nouveau mot. Je serais une librocubiculariste qui s’ignore m’a-t-elle dit…

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