• CouP De FouDRe...

       … Installé tranquillement à l’extérieur du Bar du Marché Nans sirote un thé glacé à la pêche. La terrasse du troquet donne sur le grand terre-plein où chaque mercredi et chaque samedi s’installent des commerçants ambulants. De ses quatre chantepleures percées à même la roche tendre, la fontaine classée remarquable susurre jour après jour le chant des sources. Elle possède un superbe bassin octogonal qui occupe le centre de la place juste au-dessous des platanes. Assis sur leur chaise pliante surannée, les anciens viennent toujours s’y rafraîchir à proximité les jours de canicule. Le samedi ils s’octroient le plaisir d’y déguster leur petit jaune, posant leur verre à même le rebord du réservoir. Et en ce jour de juillet le thermomètre affiche déjà un bon trente-cinq en fin de matinée. Les glaçons ont fondu depuis longtemps dans le verre de Nans, mais il en a cure. Le samedi, plus que le mercredi, est jour d’affluence sur le marché et le plaisir de Nans est de laisser passer son regard d’un détaillant à l’autre sans vraiment se concentrer sur ce qu’il observe. Les arbres séculaires du cours Vincent Van Gogh abritent de leur ombre protectrice les primeurs, les lavandiers et les producteurs locaux de denrées en tous genres. En bord de rue se trouvent les étalages de guenilles. Il n’y a rien de péjoratif dans cette appellation, mais généralement les vêtements sur un marché ne sont que de l’habillage et il est bien connu que ce sont les jacasses qui font et défont les réputations. Le quincailler de service tente de convaincre deux ménagères, sans grand succès, que ses poêlons sont inusables. À côté de son étal, les Janello proposent des bibelots africains, mais le prix de leurs babioles fait fuir les chalands. Plus loin, baskets et sandales font la fortune du marchand de chaussures. Le regard de Nans est attiré une nouvelle fois par les tissus provençaux des nappes et des torchons de cuisines qui voltigent au gré du souffle naissant du mistral. Certes les couleurs sont vives, mais la qualité n’est pas au rendez-vous et les éventuelles clientes repèrent vite les défauts de trame et de finitions. À cette heure-ci, c’est l’alimentaire qui séduit la masse et cela au détriment des échoppes bordant le bas-côté de la chaussée.
    Une longue file d’attente près de l’éventaire de la Norine du côteau, fait déduire à Nans que les fromages fermiers de la bergère la plus célèbre du marché sont vraiment prisés. Est-il besoin de dire que les chèvres de la Norine sont réputées pour leur lait crémeux. Le marchand de miel fait lui aussi bonne recette. Il chante un air d’opéra qui attire les commères aussi sûrement que le sucre les mouches. Le miel de lavande et le miel d’acacia partent comme des petits pains. Sur une tartine grillée recouverte d’une tome fraiche de chez la Norine, c’est une tuerie disent les connaisseurs. Quant au boucher-charcutier, il n’a pas l’air de si mal s’en tirer puisqu’à onze heures passées, ses plats traiteurs sont épuisés pour la plupart. Il est de notoriété publique que la Crestiane est la meilleure cuisinière du bourg et le Fanfan ne s’y est pas trompé en l’épousant. C’est le coup de feu pour l’Estève et son fils Aubin. L’heure de l’apéritif étant proche, les ménagères font toutes provision d’olives vertes farcies et d’olives noires au piment et au citron. Ce sont celles avec qui le petit jaune s’accorde le mieux. Le contenu des trois raviers en terre cuite de supions à l’ail est lui aussi en passe de disparaître rapidement. Ce sera une bonne matinée pour les deux hommes. Les touristes flânent aux abords des échoppes, reconnaissables à une allure vacancier qui ne fait aucun effort vestimentaire. Les convenances des lieux leurs sont si peu familières, qu’ils marchandent pour tout et n’importe quoi. La Norine a failli s’étrangler lorsque l’un d’eux voulu se faire remettre gratuitement un fromage crémeux pour les quatre qu’il venait d’acheter. Sarcastique, elle lui a demandé s’il ne désirait pas plutôt l’une de ses chèvres en supplément. Vexé l’homme a tourné les talons en grommelant, il ne reviendra pas de sitôt.
    Plus l’heure file, plus les passants vont et viennent, tantôt affairés tantôt nonchalants sous les yeux de Nans, emplis jusqu’à saturation de couleurs et de mouvements. Enfin las du spectacle, il s’empare du journal sur le dessus de son panier et commence à le feuilleter distraitement. Comme il occupe la table depuis un bon moment déjà, la serveuse se croit obligée de lui demander s’il désire une autre consommation. Sans conviction son choix se porte sur une eau gazeuse, et ainsi il valide sa présence à la table pour une bonne demi-heure encore. Aucun article vraiment passionnant ni même piquant ne noircit les pages du canard qu’il replie finalement près de son verre. Il devait être près de midi car le fumet des poulets rôtis du volailler installé au bout de l’avenue se fait sentir. Les volailles de Paulino sont toujours cuites à point et accompagnées de petites grenailles baignant dans un jus parfaitement assaisonné. Nans avait déjà fait ses provisions, mais il se dit qu’un tel repas ne pouvait se refuser d’autant qu’il n’avait rien de prêt pour le déjeuner. Il lui faudrait à peine dix minutes pour se rendre à la boutique du cocassier. D’ailleurs il venait tout juste de se rappeler qu’il avait oublié de prendre des œufs chez le fromager, cela fera d’une pierre deux coups. Il termine son verre et lance un dernier regard en direction du marché. C’est alors qu’il la vit.
    Elle avançait lentement dans l’allée des primeurs, à quelques pas de lui, l’anse de son petit panier en osier suspendu à son avant-bras replié. Un large chapeau de paille au ruban lavande couvrait son dos nu, retenu par un fin cordonnet à son cou. Des lunettes noires lui mangeaient le visage. Le soleil jouait de sa lumière sur ses longs cheveux coiffés en tresse dont quelques mèches s’étaient échappées. C’est ce halo doré qui avait attiré son regard. L’agréable transparence du voile léger de la robe d’été à fines bretelles qu’elle portait, dévoilait par instant plus que la sveltesse de sa silhouette. De là où il se trouvait, Nans pouvait apercevoir ses cuisses bronzées à chacun des pas quelle faisait. Sa toilette était en fait une longue jupe ouverte sur un petit short fait du même tissu. Le fin chemisier du vêtement laissait deviner ses seins dont la pointe tendait l’étoffe avec sensualité. Lui, dont les quarante-cinq printemps sonneraient dans deux mois, était secoué par une tempête d’émotions en contemplant cette jeune femme qui n’avait certainement pas plus de vingt-cinq ans. Il se sentit soudain stupide, mais il ne put détacher son regard de la jolie inconnue.
    Elle stoppa ses pas devant l’étal des Frédéri, primeurs de génération en génération. Melons, tomates, abricots, aubergines et concombres emplirent bientôt son panier. Comme à chaque fois qu’une jolie femme lui plaisait, le Gaspard ne put s’empêcher de sortir l’une de ses blagues salaces, mais elle lui lança un tel regard que penaud il en oublia la chute. Elle rajouta deux artichauts et un poivron jaune dans son cabas, puis elle tendit l’appoint au Gaspard devenu muet. Elle le salua d’un signe de tête puis s’éloigna rapidement.
    Sans doute dut elle sentir le regard appuyé de Nans lorsqu’elle passa tout près de lui, car elle tourna la tête dans sa direction. Ses yeux verts irisés bravèrent dignement les yeux bleu gris de son admirateur. Comme figés dans le temps, ils se mesurèrent iris contre iris. Le duel devint promesse d’un doux moment de quiétude à deux et ils se dévorèrent du regard sans qu’aucun d’eux ne désire faire cesser cette fusion. Parce que c’était bien de cela qu’il s’agissait, un coup de foudre réciproque les avait tétanisés. Les coups d’œil des badauds se faisaient lourd d’interrogations, et ils le remarquèrent enfin. Indécise, elle s’approcha de lui.
    - Bonjour monsieur. Je m’appelle Fanny! Elle lui tendit la main qu’il serra maladroitement.
    - Enchanté mademoiselle Fanny, moi c’est Nans! Il l’invita à prendre place à sa table. Elle déposa son panier près du sien et dès cet instant, ils ne virent plus le temps s’écouler. De temps en temps la serveuse se rappelait à eux et ils commandaient une consommation uniquement pour la rasséréner et lui redonner le sourire. La voix douce et le regard lumineux de Nans avait ensorcelé Fanny. De son côté il appréciait le caractère posé de la jeune femme ainsi que son érudition qui filtrait dans les propos qu’elle tenait.
    Elle a du chien aurait dit son oncle. Le vieil homme avait épousé la Laurette parce qu’elle aussi avait du chien. Une femme admirable disait-il souvent. Tellement admirable qu’il était parti la rejoindre au cimetière quatre jours après son enterrement.
    Fanny aurait été incapable d’expliquer pourquoi elle avait suivi Nans dans le bel appartement qu’il occupait au cinquième étage d’une copropriété dénommée La Provençale, située en plein centre-ville. Il avait disposé ses légumes avec les siens dans le compartiment d’un énorme réfrigérateur puis ils s’étaient installés sur le balcon aménagé pour une petite dînette en tête à tête. Rassasiés d’une volaille et ses pommes de terre grenailles, venant tout droit de chez Paulino évidemment, d’une exquise tome crémeuse et d’un sorbet citron, ils eurent à peine la force de desservir la table avant de profiter de la quiétude des lieux. Un store amovible les protégeait du soleil tout en les dissimulant aux locataires des tours voisines. Fanny, sans aucune appréhension, s’abandonna aux bras de Morphée sous l’œil bienveillant de Nans qui ne tarda pas à en faire autant. La chaleur était supportable grâce à une climatisation discrète, mais ce fut les rumeurs de la rue qui les réveillèrent. Ils ne cherchèrent pas à combattre l’attraction qui les poussa dans les bras l’un de l’autre. De timides baisers en caresses voluptueuses Fanny se jeta carrément sur cet homme qui lui était inconnu il y a trois heures encore. Certes ils avaient fait connaissance pendant le déjeuner, mais cela n’expliquait pas pourquoi elle se jeta pratiquement sur lui. Nans ne se posa aucune question, c’était de l’ordre du naturel pour lui. Elle lui ôta sa chemise, contemplant longuement son torse d’athlète. Elle n’avait jamais ressenti une pulsion érotique telle que celle-ci, le sexe à l’état brut. Son désir la submergea. Les yeux de Nans se firent concupiscents et elle se livra à une chorégraphie envoutante où se mêlèrent luxure et séduction. Elle tournoya sur elle-même bras en l’air, puis elle entama un ballet aux entrechats si lascifs qu’ils embrasèrent l’homme aussi sûrement qu’une allumette aurait fait se consumer un parchemin. Tel un feu follet, elle le frôlait puis s’éloignait, attisant une passion charnelle qu’il ne contrôlait ni l’un ni l’autre. Cambrant ses reins, en quête du plus doux des corps-à-corps, elle l’attira enfin à elle. Fanny s’empara des mains de Nans et les posa sur sa poitrine. Avec délicatesse, tel un sculpteur il modela les globes charnus de ses seins à travers le tissu, puis il fit glisser les fines bretelles de la robe sur ses épaules et la fluidité de l’étoffe du vêtement fit le reste. Uniquement vêtu de son string blanc en dentelles, elle resta tranquillement soumise à son désir. La respiration de Nans s’accéléra et il sentit que la flaccidité de son sexe se transformait peu à peu en une superbe érection. Il souleva Fanny de ses bras puissants et la transporta jusqu’à la chambre. Une semi-obscurité apaisante y régnait. Il la déposa quasi pieusement sur le lit. Elle resta immobile, seuls les battements de son cœur trahissaient son émoi. Elle le regarda se déshabiller. Nans était l’un de ces hommes qui prennent soin de leur corps, elle admira sa plastique. Prévenant, il s’allongea à ses côtés sans la toucher. Il lui laissait volontiers l’initiative des préliminaires. Fanny ignorait comment elle allait s’y prendre pour ne pas passer pour une gourgandine. Chaque parcelle de son corps réclamait une vigoureuse célébration des sens, mais il régnait comme une atmosphère d'imminence entre eux et interrompre un tel instant de grâce lui sembla péché. Seulement si elle restait trop sage, elle risquait de l’ennuyer et si elle se faisait trop provocante il la verrait comme une galante, le bon coup du week-end et au revoir mademoiselle. Le corps de Fanny n’était que brasier et tous deux ne désiraient qu’une chose, être peau contre peau. Elle ôta son string et d’un regard elle lui fit comprendre qu’elle souhaitait une tendre joute pour leur premier ébat. Il s’allongea doucement entre ses jambes et ils s’entourèrent mutuellement de leurs bras. Ainsi face-à-face, leurs regards se firent langoureux et ils ne purent résister à l’attrait des chuchotements embrasés. Le contact très intime de leurs épidermes soudés les invita à se donner un véritable baiser d’amour. Parcourus de frissons, leurs sexes accolés tressaillaient eux aussi de bonheur. Yoni et lingam faisaient connaissance à leur façon. Enchanteresse du cœur et de l’esprit l’étreinte n’en était que plus suave. Jambes emmêlées, torses scellés, langues avides, ils se délectaient des tourments qui les conduisaient déjà à l’extase en ronronnant de fort belle façon. Un infime instant de lucidité et Fanny repoussa son amant. Leur respiration à tous deux étaient spasmes et ils durent attendre que les battements de leur cœur s’apaisent avant de pouvoir à nouveau s’approcher l’un de l’autre. Elle s’était redressée et se mit embrasser son torse de ses lèvres soyeuses. Elle parcourait son ventre du bout des ongles, se penchant de temps en temps pour prendre son membre entre ses lèvres qu’elle humectait d’un coup de langue suggestif. Suffisamment pour l’exciter, mais jamais assez longtemps pour atteindre ce plaisir qu’il quémandait par de petits cris plaintifs. Elle chevaucha ses cuisses et plaquant ses épaules de ses mains délicates, elle promena langoureusement la pointe de ses seins de son ventre à son front. Elle se dérobait chaque fois que ses tétons bandés s’approchaient de sa bouche. Un halètement discontinu s’échappait maintenant d’entre ses lèvres et il eut beaucoup de mal à contenir sa fougue lorsqu’elle lui imposa le même traitement avec ses cheveux. Ce n’est que lorsque la tumescence de son sexe eut atteint son paroxysme qu’elle le lâcha pour s’allonger sur le ventre. Il créa pour elle des tendresses charnelles qui la conduisirent à la limite des convulsions et tandis que de sa langue il froissait ses nymphes délicates, elle hurlait sa volupté au creux de l’oreiller. Ébouriffée, les fesses relevées, elle attendait qu’il se décide enfin. S’offrir en levrette n’avait rien d’obscène pour elle, elle aimait cette position du Kâmasûtra. Et question Kâmasûtra, Nans avait l’air d’en connaître un rayon. Pour l’instant il se contentait de l’affoler en promenant longuement la turgescence visqueuse de son sexe le long de ses chairs exacerbées. Elle gémissait, le suppliant de la prendre. Il faufila une main entre ses cuisses et ce simple frôlement sur sa féminité ruisselante la fit hoqueter. Des milliers de papillons voletaient dans son ventre et des ondes de plaisir assaillaient ses muqueuses, agaçaient ses seins devenus si sensibles qu’elle geignait chaque fois qu’il les enveloppait de ses paumes. Il appliquait son bas-ventre contre ses fesses, simulant l’accouplement par de brèves oscillations de son bassin, puis il s’éloignait. Elle se sentait totalement chienne et faire l’amour n’était plus de mise. Elle n’était plus que désir, désir d’un coït brutal, d’un accouplement jubilatoire, désir d’être emplit par un satyre en rut qui la malmènerait de son attribut démesuré. Ce fut comme une houle sans fin lorsqu’il s’ensevelit en elle. Elle accompagna son vigoureux pilonnage d’un exquis mouvement de hanches, l’encourageant de la voix à aller plus fort encore. Nans avait vite compris que sa jeune partenaire aimait les danses endiablées. Elle grogna de frustration lorsqu’il se retira. Il la plaqua rudement sur le lit et de ses genoux il resserra fortement ses cuisses l’une contre l’autre. Elle ne protesta pas. Il composa mille et une arabesques de l’extrémité de ses doigts le long de sa colonne vertébrale, frôlant brièvement ses fesses et son intimité. Elle resta immobile, les bras le long du corps, se mordillant nerveusement les lèvres. Il posa ses paumes bien à plat sur le bas de son dos puis il la pénétra d’un vigoureux coup de reins qui lui arracha une longue plainte. Ensuite les cris se firent hurlements. La délivrance vint très rapidement, les laissant tous deux sonnés. Alors seulement ils prirent conscience qu’ils ne s’étaient rencontrés que quelques heures plus tôt, mais que leurs corps semblaient se connaître depuis toujours.
    À présent laissons-les à leur histoire. Il n’est écrit nulle part que cette tendre entrevue doive se renouveler. L’amour est canaille, il donne puis reprend. Pourtant depuis ce tumultueux intermède, chaque samedi Fanny prend le bus qui la conduit à la ville et rejoint Nans après son passage au marché. Ils se livrent à de réjouissantes retrouvailles puis Fanny s’endort paisiblement lovée contre Nans qui lui fait un nid douillet de son corps…

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