• DiaGNoSTiQue eT PuNiTioN...

       ...Je prépare mon sac sans grande conviction. Je ne vois pas quel crime j'ai bien pu commettre pour que l'on me contraigne à cet enfermement. Bébé m'assure que l'on m'a laissé le choix, mais moi je clame haut et fort que les options m'ont été obligatoires... "Tu choisis la période à laquelle tu veux y aller" "Tu as plusieurs centre à ta disposition Chouquette", "Tu iras mieux", "Deux semaines et tu rentreras déjà pour un week'end". Mon chéri est aussi prévenant que les autres, mais m'a-t-il seulement demandé si cela m'effrayait? Si j'avais réellement envie d'y aller? Il est pourtant le seul qui ait tout compris: "Tu n’es coupable de rien, tu le sais çà?" C'était la bonne question. Celle qui a déclenché un torrent de larmes. Oui je suis coupable de tous les maux de la terre, c'est évident! Jamais je n'ai pu aider Christian... alors je ne mérite pas autant d'attentions. 
    Parce que j'ai eu la stupidité de lui dévoiler entièrement mon anatomie un soir de coquinerie, il s'est soudain inquiété. Il s'est soudain aperçu que j'avais maigri à vue d’œil. Il a enfin compris pourquoi je mettais souvent ses sweats et ses chemises. Ma façon de me dissimuler à la lumière crue n'avait rien à voir avec de la pudeur. Je suis parvenu à lui cacher mon dégoût pour la nourriture, cacher aussi mes grignotages plutôt que de m’installer à table pour un repas correct. Les litres de thé que je buvais ne lui ont pas mis la puce à l'oreille? So British Bébé, le thé est sa religion... Quant aux loulous, ils ont à peine de quoi survivre certains jours alors eux aussi ont la ligne mort de faim! Pas de quoi en faire...
    Le médecin a parlé d'anorexie. de diagnostic certain et de ''triade''. Qu'est-ce que cela? Qu'en ai-je à faire? 
    Il y a belle lurette que je ne m’inquiète plus pour ma lingerie chaque fin de mois. Perdre un kilo ou deux et alors? Ce n’est pas la fin du monde. Neuf? Effectivement il y a obligation de refaire ma garde-robe et seule ma carte bancaire en est affectée. Je viens de découvrir que non! Quand j'ingurgite une pomme, deux pains au lait et bu un cacao en deux jours qu’est-ce que cela peut bien me faire? J'ai avalé quelque-chose non? Ah oui, ma santé. "L'anorexie mentale est une restriction alimentaire volontaire et cela peut devenir dangereux pour vous" m'ont dit de concert une diététicienne et un psy.
    Ma santé? Je n’en ai rien à faire puisque de toute façon je déclinerais anorexie où non.
    Je vais au restaurant avec mes ami(e)s, je ne trie pas mes aliments, je ne ne fais pas de chewing-gum de mon steak et je ne me fais vomir que rarement. J'oublie juste de manger car mon corps ne me réclame rien. Durant des années je me suis contenté de la portion congrue parce que Christian ne voulait pas d'une ''vache'' à ses côtés! Ensuite tout s'est enchaîné, me nourrir n'était plus nécessaire à ma survie. D’ailleurs, je n’en suis pas à me peser trente-six fois par jour -il paraît que les anorexiques font cela- alors pourquoi Ash s'en inquiète-t-il tant? J'aime la cuisine chinoise, les fruits et les viennoiseries. Il est vrai que j'ai tendance à oublier mes problème de tension, ma pâleur, mes joues creuses, la fatigue et mon besoin de m’emmitoufler dans une couverture à toute heure de la journée.
    J'occulte aussi la vodka que je bois comme du petit-lait pour me réchauffer, non pour endormir mon mal-être. Je la verse dans mon thé , ainsi je peux ignorer mon alcoolisme grandissant. Je "médicamentalise" l'alcool pour camoufler mes manques, faire taire les douleurs et paraître un bien que je suis loin de ressentir. 
    Pourquoi m’inquiéter, je ne fais pas de ma minceur un triomphe. Euh... ma maigreur! C’est vrai, je m’épuise à faire des kilomètres de marche la nuit quand je ne dors pas. Je me vide la tête en l'emplissant, apprenant quasiment par cœur des pages entières d'une encyclopédie au nom de la culture générale. Je deviens dépendante de mes affectifs limite parasite. Mon besoin de manipulation me taraude pourtant je ne le fais qu’en dernier ressort. Je me trouve inventive, mais pas menteuse. J'ai été obligé de fonctionner ainsi par le passé afin de survivre à ses règles de malade.
    En lisant le contrat de soins, j'ai grillé un plomb.   
    Ce n’est pas de m’enfermer seule dans une chambre à m’ennuyer comme un rat mort qui va me ramener dans le monde des gros, ce n’est pas en m’empêchant de passer une demi-heure de plus à ma toilette qui me donnera l’envie de vivre avec le sempiternel automatisme de trois repas par jour et ce n’est pas le gain de deux kilos qui va faire de moi une personne en meilleure santé. 
    Je serais reformaté pour entrer dans le moule du 38 /40 au lieu du 34, mais c’est tout. Je vais devoir me peser trois fois par semaine afin de constater que le petit ''cochon'' engraisse bien. Prendre quelques kilogrammes, faire le yoyo sur la balance, c'est mieux? 
    Question convivialité, ce sera le pied puisque les repas seront pris dans la chambre, les toilettes fermées à clef. Dans cette prison les infirmières matonnes s’arrogent le droit de fouiller la chambre après le repas. Comme si j'avais envie de me faire une couverture à la courgette ou à la crème brûlée? Déjà que les repas vont m'être un calvaire, je vais avoir droit à des collations genre pomme de dix heures et petits biscuits de seize heures! Cela va vite me devenir insupportable! 
    Le summum? Repos complet les deux premières semaines, puis l'introduction d'un sport doux. Qu'appellent-ils sport doux? Je m'en fou. La rupture totale avec l'entourage un peu moins. Comme si avoir la visite de ceux que j'aime pouvait absorber en un temps record les kilos repris. La perm' du samedi 14 heures au dimanche quinze heures me sera accordée sur bonne conduite. Si un jour, par malheur je suis un peu chagrine je serais consigné dans ma chambre comme une gamine avec obligation de trouver meilleure estime de soi. La psy qui tient plus de Schwarzy que de Mary Poppins voudra me faire parler de mon enfance, de mes traumatismes et de ma relation à la nourriture. Beaucoup s’y sont déjà cassés les dents alors même si Schwarzy insiste, il n’aura aucune réponse.
    Je suis mal barré, mais il paraît que c’est pour mon bien. Ce soir Bébé ce sera la teuf au village -vodka pour tous- puis demain je vais me recroqueviller sur moi-même et attendre que cela passe. Je pense que n'ayant pas la totalité des atouts en main, il est difficile pour mes amis de concevoir que l'on puisse m'imposer la dureté d'un tel traitement. Ce ne sont pas des sanctions, mais je ne suis plus gérable au quotidien alors il faut bien que quelqu'un prenne les bonnes décisions! Bébé est hors de lui car les heures passées sur ma messagerie me feraient plus de mal que de bien. Dominique, toi si intuitif tu ne l'as pas compris? D'où me vient cette réticence à t'approcher? 

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