• FaNTaiSie D'HaLLoWeeN...

     

    Il arrive parfois que ma chère Patricia me confie l'un des textes qu'elle publiait sur son ancienne page de blog. Voilà comment j'ai transformé son ''Souvenir d'Halloween''en une petite nouvelle de circonstance...

     

       ...Le bus arriva en trombe sur le passage piéton et le pauvre Franck vola façon dodo Mauricien pour atterrir comme une crêpe sur l’asphalte …côté face bien sûr pour dire de faire les choses proprement. L’ambulance le conduisit à l’hôpital local où heureusement pour lui, leur meilleur chirurgien était de garde ce soir-là ! 
    Paul Oppiller venait de finir son huitième whisky lorsque son biper se mit à vibrer, il sursauta, agacé d’être dérangé dans la contemplation éthylique d’une magnifique rousse qui commençait à s’intéresser à lui. Cette urgence tombait mal mais il devait y aller, il demanda à la jeune ménesse de l’attendre en lui glissant élégamment un billet vert entre les seins. Il promit qu’il ne serait pas long et décanilla en titubant. Il rata la porte pour aller s’écraser le nez contre la vitre de la véranda scintillante du pub. Il sourit bêtement en se retournant pour voir si son exploit avait été repérée par les rares clients du bar qui soit dit en passant était dans le même état que lui. Il héla un taxi qui le conduisit à l’hôpital où se pratiquait au rabais, les soins aux pauvres. Débagoulant tripes et boyaux dans le vestiaire des officiants bouchers, il enfila la tenue bleue réglementaire et cela lui conféra aussitôt un semblant de dignité. Les jambes flageolantes, le grand chirurgien qu’il était trouva tant bien que mal la salle d’autopsie …oups, d’opérations! 
    La face irrémédiablement pulvérisée, l’infortuné Franck, du plus profond de son anesthésie, assista au vol plané et à l’atterrissage la tête la première sur le sol clinquant de la salle d’opération de celui qui allait lui rendre figure humaine. Chapeauté de bleu, pourvu de gants blancs maintenant contaminés et imbibé d’alcool fort, Paul Oppiller allait réaliser l’œuvre de sa vie. Infirmières, internes et béjaunes le relevèrent. Aucun d’eux n'eut le temps de piper mots lorsqu’il attrapa le bistouri par la lame. Une bonne dose de désinfectant, quelques points de suture, un pansement et le voilà à nouveau prêt à opérer. Le pansement fut bientôt rouge vif, mais l'on aurait été bien incapable de dire si il s'agissait du sang du patient ou celui du chirurgien? Celui-ci avait oublié de remettre des gants! Lorsque commença le carnage, nombreux furent les assistants de monsieur Paul qui quittèrent la salle d'opération le cœur au bord des lèvres. Certains en pleuraient d'effroi. Monsieur Paul travaillait en artiste sous les yeux horrifiés de ceux qui étaient encore présents. Tailladant par ci, découpant par-là, écorchant dessus, extirpant dessous, faucardant tout ce qu’il ne savait pas remettre au bon endroit et rognant ce qui le gênait. Bientôt, le visage de Franck ressembla à une immonde bouillie. Quand enfin il se rendit compte qu'il ne pourrait faire mieux,le docteur Frankenstein se mit à recoudre le visage de son monstre! Fier de son travail, il quitta rapidement le petit atelier des horreurs. Il laissa le soin à ses assistants de nettoyer ce chantier sanglant digne du meilleur film gore. Les traînées rougeâtres et gluantes qu'avait laissé derrière lui le docteur Oppiller sur le carrelage déjà rougi de ses exploits précédents, en firent frissonner plus d'un. Sédaté, Franck, lui rêvait de ce nouveau visage qui allait attirer toutes les minettes qui s'étaient moquées jusqu'à présent de son nez en biais et de sa figure simiesque. 
    Lorsque le chirurgien se rendit au pub pour la seconde fois de la soirée, il constata, dépité, que la belle rousse sur laquelle il guignait avait disparu. Deux irréductibles piliers de bar encore présents parce qu'incapables de marcher, se moquèrent de la calotte bleue qu’il avait oubliée d’ôter. Le plus insupportable était que sa main le faisait horriblement souffrir malgré les trois analgésiques ingurgités coup sur coup dans le taxi. Un bon whisky et il n'y paraîtrait plus, mais fichue soirée que celle-ci…
    Le pauvre bougre de Franck, en dépit des doses quasi létales de morphine qu’on lui injecta, hurla de douleur du matin au soir dans son lit d’hôpital et l'inquiétude le rongeait jusqu'à l'en rendre aliéné. Cependant il n'osa exprimer ses doutes. Des semaines plus tard,lorsque vint le grand jour de l’ablation des pansements qui allait lui révéler son nouveau visage, il ne tenait plus en place, il avait repris confiance, pour avoir autant souffert, sa nouvelle apparence devait être une splendeur. Il se voyait déjà sur la couverture de magazines people au côté du grand chirurgien qui lui avait rendu figure humaine. Le regard de l'infirmière qui lui ôta ses bandages le fit soudain tressaillir. Découvrant à son tour l'étendue des dégâts dans l'éclat du miroir qu'elle lui tendit en tremblant, sa gorge en feu s’irrita à force de cris et de hurlements. Ses plaintes et ses pleurs réussirent à cacher le déclin de sa raison à ceux qui le laissèrent sortir quelques jours plus tard. Franck abandonna tout ce qu'avait été sa vie avant l'accident. Il se mit à errer de par la ville, se cachant au plus profond de caves obscures durant la journée, évitant la proximité des lampadaires la nuit. Il ne mangeait plus, ne dormait plus et ruminait une hypothétique vengeance. Il récupéra, dans les cendres de son entendement, de quoi organiser une sinistre vendetta. 
    Les uns après les autres, les assistants du chirurgien qui l’avait arrangé de si belle façon finirent leur jour d’une manière si cruelle que l’on commença à se poser des questions. La compatissante infirmière qui changeait les pansements de Franck avec tellement de dévouement en lui promettant qu’il serait beau comme un dieu fut la dernière à être retrouvée la gorge tranchée, le nez coupé et les extrémités des lèvres sectionnées jusqu’aux pommettes. Tous sans exception avaient péri de cette façon.
    Paul Oppiller ne savait plus à quel saint se vouer. Il avait compris que son tour viendrait bientôt. La terreur et le whisky qu'il ingurgitait à seaux le faisaient délirer. Il apercevait le Jack L’éventreur qu’il avait lui-même créé à chaque coin de rue. L'alcool et la terreur le transformèrent en un zombie puant et délirant. Volets clos, il se barricada dans sa belle maison, un vigile en faction à la porte de devant et un autre rivé à celle de derrière. N’ayant plus que la peau sur les os, le regard halluciné, Franck ne respirait plus que pour le dénouement de sa vengeance. Son dernier crime serait commis à visage découvert. Le salaud qui ne lui avait jamais rendu visite après son opération devait contempler son oeuvre avant de mourir. Pour une fois,Franck ferait fi de sa bouche en cul de canard, de ses joues dont certaines des lacérations étaient encore à vif et suintantes, de son nez fendu qui ressemblait à un pied de cerf et de ses yeux désorbités. D'ailleurs, il ignora les regards révulsés de ceux qu’il croisait en déambulant dans les allées du parc municipal à la recherche de l'endroit idéal où déposer sa dernière victime. Sa déchéance avait été remarquée par de nombreux témoins, mais avant que ceux-ci ne réagissent il disparut dans l'étroit boyau qui canalisait les eaux de pluie.
    Sans que les protecteurs du chirurgien déchu n’y puissent rien faire, Franck mit la main sur celui qui l’avait abominablement charcuté. Malheureusement, Paul Oppiller lui échappa inopinément. Lorsque Franck vint le chercher, le cœur de l'homme explosa littéralement dans sa poitrine tellement il était déjà mort de frayeur! Franck, terriblement dépité, hurla à la nuit noire son infortune. Un fois encore, le destin l'avait trahi. Toutefois, il prit le temps de mettre en scène la sortie qui lui accorderait une rédemption bien méritée.
    Il fallut beaucoup de volonté et un certain courage aux agents de ville pour approcher ce qui avait été le chirurgien. Il n’était plus qu’un corps sanguinolent, assis sur l’un des bancs du parc. Paul Oppiller n’avait plus de doigts, ceux-ci se trouvaient dans sa bouche. Il n’avait plus de tête non plus. Elle était déposée bien proprement sur ses genoux. Les joues et le nez du chirurgien avaient été découpées façon aiguillettes ce qui le faisait ressembler à présent à l'ébauche d'un atroce portrait. Sous le banc, une flaque de sang s’allongeait au fur et à mesure que gouttaient les dernières perles de son sang presque figé. Ils découvrirent le corps de Franck sur le banc d’à côté. L’homme s’était tranché la gorge et il avait attendu la mort calmement. Dans sa main droite, un scalpel brillait tel un diamant au soleil alors que le ciel était obscurci par d’épais nuages. 
    Comme par miracle, le visage de Franck était redevenu humain. Toutes les scarifications avaient disparu et l’on distinguait clairement l’ébauche d’un sourire sur ses lèvres restaurées… 

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  • Commentaires

    1
    C4you
    Jeudi 1er Novembre à 09:52

    Comme tu es douée ma chérie^^smileyeswink2

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