• HéLie...


       ...( I )...Sa tasse de thé brûlant dans la main droite, Aeydan s’était accoudé au bastingage du yacht pour apprécier le ballet des bateaux de pêche au loin. Il était
    très tôt, six heures trente à peine. Les épais nuages qui obscurcissaient le ciel maintenaient le port dans une semi-obscurité bienfaisante. Même en vacances,
    celui-ci aimait se lever aux aurores afin de profiter de la quiétude des lieux. Paix toute relative, car, du vol de mouettes qui suivait les pêcheurs s'échappait des
    piaillements stridents. Au loin, les moteurs diesel des embarcations emplissaient la baie de leurs grondements. Et les premiers klaxons résonnaient déjà au cœur
    de la ville. Malgré tout, Aeydan se ressourçait en toute sérénité aux fragrances salées que la brise marine lui renvoyait du large. Détendu et relaxé, il réfléchissait
    à certains dossiers en suspens. Il ne parvenait jamais à décrocher totalement. Parfois, son esprit vagabondait à des milliers de kilomètres, là où résidaient famille
    et amis. Il y avait si longtemps qu'ils les avait quitté que l'éloignement transformait petit à petit ses souvenirs en douce rêverie.
    Alors qu'il portait sa tasse encore fumante à ses lèvres, Aeydan aperçut une frêle silhouette qui avançait mécaniquement le long du quai. La démarche incertaine,
    une jeune femme se déplaçait péniblement en zigzags. Encore une qui ressortait ivre du Seagull pensa-t-il. La boîte de nuit du port avait très mauvaise réputation
    car, malgré la loi stricte, l'on y servait de l'alcool aux très jeunes et quelques drogues illicites y circulaient souvent à l'arrière. Malheureusement, le patron était
    le neveu d'un député très médiatique, alors...
    Médecin-administrateur d'un service d'urgences, Aeydan accueillait régulièrement des femmes dans le même état que celle-ci lors de ses gardes. Il ne lui était
    pas possible de porter toute la misère du monde sur ses épaules, mais incapable de détourner le regard, il se mit à observer attentivement sa progression.
    Il comprit qu'il y avait bien plus qu'une soirée arrosée en découvrant la tenue de la jeune femme. Celle-ci se rapprochait dangereusement du bord du ponton aux
    amarres. Maintenant, il distinguait clairement les sanglots désespérés qui s'échappaient d'entre ses lèvres. Le peu de tissu qui la couvrait encore était en lambeaux,
    et l'un de ses pieds n'était plus chaussé. D’une main couverte de sang, elle protégeait son visage tuméfié d'un agresseur invisible. De vilaines griffures striaient
    ses bras et l'une de ses épaules. Dans un dernier sursaut d'énergie, Hélie se projeta en avant, se laissant choir dans le ressac où l'eau glacée l'aspira en quelques
    secondes. Elle n'avait pas essayé de lutter contre le courant. Aeydan avait deviné ses intentions, mais le temps qu'il pose sa tasse sur la rambarde et ôte ses
    chaussures, la jeune femme avait déjà sauté.
    D’un plongeon impeccable, il fendit la vague. Il rejoignit en quelques brasses l'endroit où Hélie avait coulé. Après plusieurs essais, il parvint à crocheter celle-ci par
    un poignet et la remonta à la surface. Aidé de l'un de ses marins, il la hissa sur la jetée. Elle toussait en recrachant l’eau salée qu’elle avait avalé et entre deux
    quintes, elle insultait ses sauveteurs d'une voix essouflée. Hystérique, elle repoussa la couverture dans laquelle on voulait la réchauffer. Elle se releva en gesticulant,
    frappant à l'aveuglette tous ceux qui tentaient de la calmer. Aeydan comprit qu'il allait falloir être brutal s'il voulait la maitriser. Il la gifla le moins cruellement possible.
    Soudain inerte, elle s'écroula contre Aeydan qui la souleva sans difficulté.
    Une fois sur le BIRBAL, elle se laissa doucher comme une enfant, acceptant même que son sauveteur l'ausculte. Celui-ci avait découvert qu'un nombre impressionnant
    d'ecchymoses et de griffures recouvrait le corps émacié de la jeune femme. Horrifié, il constata qu'une poignée de ses cheveux avait été arrachée juste derrière
    son oreille droite. S'était-elle fait agresser sur le parking? L'état de la robe que portait Hélie lui donna à penser qu'il pouvait s'agir d'un viol. Pourtant, cela n'expliquait
    pas la maigreur, ni les hématomes anciens qui parsemaient les cuisses et le bas du dos de sa patiente.
    En état de choc, revêtue de l'une des chemises d'Aeydan, Hélie, immobile et le regard vide, contemplait sans la voir, la tasse de chocolat chaud qu'on lui avait servi.
    Le médecin se décida finalement à lui injecter un léger lénitif afin de la soulager. Sédatée, mais surtout épuisée, elle s'endormit tranquillement.
    Affolée, celle-ci se réveilla en pleine mer. Une terrible crise d'angoisse la submergea lorsque Aeydan refusa de la reconduire à terre. Il tenta de la réconforter en
    lui expliquant qu'elle serait mieux sur le yacht que dans un service bondé en psychiatrie. Parce que c'est ce qui allait lui arriver après une tentative de suicide.
    Révoltée, elle hurla et implora. Puis, prostrée, elle s'imposa un mutisme total durant plusieurs jours, refusant même de se nourrir.
    Sans pouvoir expliquer pourquoi, Aeydan avait pris en main la destinée de cette inconnue, et à force de patience, il parvint à briser la carapace qu'elle s'était forgée.
    S'apprivoisant enfin, par bribes, elle lui livra le calvaire journalier auquel la soumettait un compagnon brutal. Elle s'était enfuie après la dernière correction qu'il lui
    avait infligé. Comme elle ne trouvait d'aide nulle part, elle avait eu l'idée de mettre fin à ses jours. Aeydan était sonné à chacune de ses confessions et enfin en
    confiance, elle lui révéla son nom de famille.
    Dégouté, il se rendit compte en les contactant, que la plupart des membres de la famille de la jeune femme était au courant de sa situation. Pourtant aucun d'eux
    ne lui avait proposé d'aide. Poussant plus loin ses recherches en tant que praticien, il découvrit qu’une douzaine de mains courantes pour mauvais traitements
    avaient été déposé à l'encontre du compagnon d'Hélie. Il obtint les rapports de trois médecins urgentistes pointant du doigt les nombreux passages d'Hélie dans
    leur service. Les dossiers avaient été classés sans suite. Il comprenait à présent le geste désespéré de sa patiente.
    Les jours suivants, Aeydan eut à jongler entre angoisse, ataxie et crises de colère. C'est là qu'il se rendit compte que la jeune femme était en manque. Se droguait-elle
    pour supporter son calvaire? C'est avec un regard innocent qu'elle lui affirma n'avoir jamais pris de stupéfiants. Aeydan en doutait réellement...
    Irritable et agressive lors de ses crises, elle exigeait D'Aeydan qu'il la reconduise à terre. Elle recommença à refuser toute nourriture et menaça de se jeter par
    dessus bord. Le médecin comprit qu'il devait traiter Hélie comme l'une de ses patientes. Pour cela, une halte au prochain port s'imposait. Elle avait besoin de
    médicaments qu'il ne possédait pas sur le yacht. Hélie devrait aussi se soumettre à un examen médical, Aeydan souhaitant l'avis de l'un de ses confrères.
    Un magnifique sourire éclaira le visage de la jeune femme lorsqu'il lui annonça qu'ils allaient à terre, mais elle se renfrogna bien vite en comprenant qu'il l'accompagnerait.
    Il demanda à être présent dans le cabinet du médecin de la “clinique du parc”. Il s'avéra qu'Hélie n'avait de séquelles en dehors des marques de coups. Le praticien
    recommanda l’aide d’un professionnel pour lui faire évacuer les traumatismes qui provoquaient ses cauchemars. Il la trouva d'une extrême maigreur aussi, lui prescrit-il une ampoule de vitamine D tous les quinze jours pendant deux mois, ainsi qu'un anxiolytique léger au coucher. En confidence, il laissa sous-entendre que la protégée d'Aeydan souffrait d'un manque, mais sans analyses sanguines, il ne pouvait se prononcer. Celle-ci refusa catégoriquement le prélèvement. Le clinicien jugea inutile de la solliciter plus qu'elle n'en pouvait supporter. Sur le trajet de retour au BIRBAL, Aeydan offrit quelques vêtements plus seyants qu'un t-shirt de marin et
    un legging à la jeune femme. Elle le remercia en lui promettant de le rembourser dès qu’il la ramènerait au pays.
    Après une courte promenade, ils revinrent au BIRBAL. Prétextant un mal de tête naissant, la jeune femme alla s'isoler dans sa cabine. Au moment où le capitaine
    allait lever l'ancre, Aeydan s'aperçut de la disparition d'Hélie.
    Avec l'aide de son personnel et de la police, Aeydan passa une partie de l'après-midi à rechercher la jeune femme. Finalement, l'un des marins la retrouva dans l'un
    des petits bars du port ouest de l'île. Aeydan comprit immédiatement de quel manque souffrait Hélie lorsqu'il entra dans le débit de boissons. Installée à l'écart
    des autres clients, léthargique, les yeux clos et un sourire béat sur les lèvres, la jeune femme était adossée à la banquette, les jambes posées sur le siège.
    Devant elle, un verre et une bouteille de vodka vides. Ivre morte, elle avait encore la force d'ingurgiter à même la bouteille qu'elle tenait dans sa main droite, force
    rasades d'alcool.
    Aeydan fondit sur elle, et, malgré ses protestations, il la souleva brutalement, et la déposa comme un vulgaire sac de pommes de terre sur ses épaules.
    - Qui va payer ses consommations? Hurla le barman en se précipitant à la suite d'Aeydan qui sortait de l'établissement.
    - Estimez-vous heureux que je ne prévienne pas les autorités! Répondit celui-ci sans prendre le temps de se retourner.
    Hélie se débattait en protestant vigoureusement, mais le médecin la maintenait solidement. Il la déposa sans ménagement sur le siège arrière de la jeep et prit
    place à ses côtés. Le chauffeur démarra en trombe. Excédé par les cris et les gesticulations désordonnées de la jeune femme, Aeydan l'extirpa manu militari de
    la jeep à leur arrivée au port. Une fois à bord, il ordonna au capitaine d'appareiller immédiatement.
    En pleine crise d'hystérie, Hélie détruisait tout ce qui trouvait sur son passage dans la cabine où Aeydan l'avait enfermé. Celle-ci vociférait menaces et insultes
    à son encontre. Elle s'égosilla bien inutilement, car Aeydan employa les grands moyens pour modérer ses excès. Il activa l'eau froide de la douche et la maintint
    toute habillée sous le jet. Interloquée, elle suffoqua un bref instant, puis elle se mit à hurler de plus belle. Mais le médecin tint bon. Tout aussi trempé qu'elle, il la
    plaqua contre lui pour l'apaiser. Alors ses cris se transformèrent en pleurs et elle laissa enfin échapper sa colère.
    Une heure plus tard, vêtue seulement d'un t-shirt et emmaillotée dans une couverture en polaire, dans la grande couchette de la cabine d'Aeydan, Hélie dormait
    profondément. À ses côtés, rassurant, il l'aida à surmonter le premier cauchemar. Aux suivants, il décida de lui administrer Stilnox et aotal.
    Trois semaines plus tard, Aeydan avait repris son travail aux urgences. Il gardait précieusement en mémoire les rares sourires d'Hélie et surtout le doux souvenir
    de cette étreinte sauvage qui les avait brièvement unis. La jeune femme s'était abandonnée à de voluptueuses douceurs entre ses bras pour finalement s'apaiser
    au terme de douloureux sanglots. Grâce à lui, admise dans une clinique spécialisée, celle-ci commença une cure de désintoxication et l'un de ses amis avocat accepta
    de prendre en charge le dossier d'Hélie dès que celle-ci irait mieux.
    Pourtant, deux jours plus tard, on lui apprit que la jeune femme avait disparu du centre sans explications. Jamais il ne la revit...

    ...( II )...Après quelques jours d'errance, Hélie était finalement rentrée chez elle. Elle expérimenta le plaisir des retrouvailles, ce qui se solda par la mise en détention
    de son compagnon violent. Moins privilégié, Hélie dut passer par la case soins intensifs puis par un service de rééducation fonctionnelle. Totalement détruite,
    elle envisagea une fois encore le suicide. Finalement, elle opta pour l'expatriation. L'Amérique du Sud lui procura cette paix tant recherchée pendant un temps. Au
    cours de ce voyage, elle avait empli son esprit de tonnes de souvenirs. Entre expériences inoubliables et rencontres extraordinaires, elle n'aurait qu'à piocher
    dans son entrepôt mémoire pour se replonger au cœur des bons moments.
    Immobile sous le panneau Gate 28 de l'aéroport, son sac à ses pieds, Hélie observa une dernière fois la fourmilière des voyageurs le regard bien à l'abri derrière
    les énormes lunettes noires qui lui mangeaient le visage. Elle se rendit au "service" pour signaler son retour, puis elle disparut dans la masse des anonymes.
    Le quotidien reprenait ses droits, les coups en moins.
    Habituée à sa liberté, elle ne ferait que passer au foyer dans lequel on lui avait trouvé une place, car elle devait y partager une chambre.
    Lorsque Sonia entra dans la pièce, Hélène la salua d’un signe de tête, ne voyant pas l’intérêt de se lier avec une personne qu’elle ne côtoierait que quelques jours.
    Jours qui devinrent des mois. Alors que Sonia reprenait emprise sur son destin, Hélie s’enfonçait, refusant de s’intégrer à une société qui l’avait abandonnée
    aux griffes d’un monstre à l’aurore de ses vingt ans. Petit à petit, sa détresse s'insinuait sur son corps et dans son esprit. Elle ne fréquentait que très rarement
    le foyer à présent, lui préférant la chaleur toute relative d'un squat de quartier. Au sein de cette petite communauté, elle s'était fait des amis, et elle se sentait
    en famille parmi eux. Elle retrouvait un semblant de sérénité devant un thé à la menthe en compagnie de Fortunée, Misa, Brigitte, Grégoire et quelques autres.
    Parfois, Fortunée leur confectionnait des gâteaux au miel ou de bons petits plats de son pays natal sur la vieille cuisinière récupérée aux encombrants. Lamine
    se procurait les bouteilles de gaz exceptionnellement tombées du camion. Hélie affectionnait le lieu, mais de temps en temps elle prenait le chemin du FAHRENHEIT.
    Un bar lounge dont l'annexe faisait office de night-club. L'on y accédait par un tunnel naturel et les places étaient très demandées.
    Hélie parvenait sans peine à y accéder, car son admission dépendait de son amitié avec l'un des videurs. Un coup de tampon fluorescent dans la paume gauche,
    un baiser prometteur et elle franchissait le portique sans encombre.
    Ce soir-là, la salle était bondée, ce qui était normal pour un samedi soir. L'alcool et la musique lui permettaient de se vider rapidement la tête. Les premières heures
    de la nuit, lui étaient toujours très pénibles. Désinhibée après quatre ou cinq vodkas, elle pouvait se lâcher sur le dance floor. Hélie attirait les regards autant par
    sa vitalité que par sa tenue vestimentaire. Elle mettait autant d’énergie dans sa gestuelle que dans l'obstination à refuser tout cavalier. Il était impossible de
    ne pas remarquer sa silhouette gainée de noir qui virevoltait aux rythmes endiablés des tubes à la mode. Tantôt lascive les bras levés au firmament, tantôt se
    trémoussant sans retenue. L'homme la couvait des yeux depuis un bon moment déjà lorsqu'il se décida enfin à l'aborder. Il parvint à l'approcher au moment où le
    DJ, prenant sa pause, casa le premier slow de la soirée. Ashankar attrapa la jeune femme par la taille et s’empara de son poignet avec douceur. Hélie sursauta,
    prête à frapper celui qui s'imposait ainsi à elle. Pourtant, quelque chose dans le regard de l'homme la dissuada de rosser l'indésirable.
    S’ensuivit un ballet torride où soudés l’un à l’autre, Ashankar et Hélie oublièrent tout ce qui n’était pas eux. Le reste de la nuit se passa en rocks fougueux ainsi
    qu'en chorégraphies savantes. À l'heure de la fermeture, Ashankar ne put se résoudre à quitter sa cavalière. D'autant que celle-ci avait de plus en plus de mal
    à se maintenir sur ses jambes. Difficile de ne pas remarquer l'addiction à la vodka de sa cavalière. Lorsqu'il lui proposa de la raccompagner, elle accepta immédiatement. Ashankar lui plaisait beaucoup. Il était poli, cultivé, drôle, beau garçon qui plus est. Il lui sembla même que sa voix, virile et suave à l'oreille, assoupissait ses maux. Sans doute l'alcool qui brouille mon jugement pensa-t-elle en souriant bêtement.
    Elle s'installa sans appréhension sur le siège passager du véhicule de luxe de son cavalier d'un soir. Elle se moquait de savoir si l'homme qui la raccompagnait était
    un tueur en série ou un fervent pratiquant de séances SM. La raccompagner où d'ailleurs? Au centre? Au squat? À vrai dire, elle n'avait qu'une envie, c'était se
    rendre dans un bar de nuit afin de se saouler à mort pour oublier qu'au matin, ce serait un autre jour.
    Les mains sur le volant, Ashankar lui demanda où il devait la déposer. Hélie ne put s'empêcher de rire, elle se pencha sur lui pour l’embrasser sur la joue.
    - Où tu veux beau gosse! Sereine, elle se laissa aller contre le cuir du dossier en poussant un long soupir de satisfaction, puis elle ferma les yeux et l'alcool fit son
    office. Elle se laissa glisser dans un mauvais sommeil d'où ses démons viendraient bien assez tôt la tirer.
    Devant le désarroi de sa passagère, Ashankar sut ce qui lui restait à faire.
    Ni le ronronnement du moteur, ni le rehausseur de sécurité à l'entrée du garage ne la réveillèrent. Il se gara trois étages plus bas. Hélie dormait à poings fermés.
    Il dut se résoudre à la porter jusqu'à l'ascenseur de service non loin de son véhicule, puis traverser le palier pour accéder à la porte de son appartement.
    Il déposa la jeune femme sur le lit dans la chambre d'amis, lui ôta ses chaussures et la recouvrit d'un plaid en mohair. Le lever du jour étant proche, il actionna le store électrique afin que la lumière ne perturbe pas son sommeil.
    Il venait à peine de s'endormir lorsqu'il entendit les cris d'Hélie. Ses hurlements déchirants entrecoupés de sanglots convulsifs lui firent craindre le pire. Celui-ci
    se précipita dans la chambre. Il trouva Hélie en panique, recroquevillée contre le mur, tremblant de tous ses membres. Il s'en approcha lentement pour ne pas l'effrayer.
    De grosses larmes roulaient sur les joues de la jeune femme tandis qu'elle psalmodiait des mots sans suite. La voix d'Ashankar la calma peu à peu, et à force de
    persuasion, elle retourna s'allonger. Elle était parcourue de frissons et grelottait sans pouvoir se contrôler. Il l'enveloppa d'une épaisse couverture et s'allongea
    tout contre elle afin de la protéger de ce cauchemar qu'elle ne parvenait pas à faire disparaître même une fois éveillée. Ses larmes semblaient ne jamais vouloir
    se tarir. Alors il la berça d'un conte hindou ou il était question du vent, d’un oiseau et d’un homme sage qui les apprivoisait. Elle n'en comprenait pas les paroles,
    mais les intonations savoureuses de la langue natale d'Ashankar l'apaisèrent enfin. Finalement, elle parvint à se rendormir.
    Ashankar savait qu'il ne se rendormirait pas aussi alla-t-il prendre une bonne douche. Une fois habillé, il décida de préparer un copieux petit-déjeuner. Son invité
    avait bien besoin de vitamines pour se remettre. Ce n'est pas le poids plume qu'il avait soulevé quelques heures auparavant qui allait le contredire. La petite épicerie
    de quartier de la rue était ouverte alors il décida d'aller y chercher des agrumes.
    À son retour, une demi-heure plus tard, Hélie s'était volatilisée...

    ...( III )...Parfois, son instinct de survie reprenant le pas sur sa raison, Hélie quittait le foyer sans prévenir. Elle chaussait ses grosses lunettes noires, puis disparaissait
    dans la foule des badauds du centre-ville. Il lui arrivait de sauter dans un bus, ignorant qu’elle en était sa destination. Bus qu’elle désertait dès qu’elle apercevait
    le contrôleur. Malheur à ceux qui la dévisageaient plus qu'il n'était nécessaire, elle devenait un petit animal sauvage, griffant et mordant si on la serrait de trop
    près. Au hasard de ses pas, elle rapinait des fruits sur les étalages ou provoquait les vigiles de l’hyper marché du centre. Elle réussissait toujours à échapper
    aux agents de sécurité. Elle aurait aimé renouveler l'expérience détention, mais quelque part elle comprenait que là aussi elle ne serait pas forcément en sécurité.
    En fin de compte elle finissait toujours par traverser l’ancien parking à ciel ouvert encombré de gravas, de ronces, de planches et de vieux matériaux du bâtiment
    D des barres HLM désafectées. Ainsi elle rejoignait la coure des miracles, SA coure des miracles. Elle y était acceptée avec bienveillance et chaleur.
    Bienveillance, car elle s'était adaptée sans problème au petit groupe malgré sa jeunesse et son éducation. Tous s'étaient rendu compte quelle n'était pas de leur
    milieu. Ils accueillaient parmi eux la seule SDF capable de leur payer une consultation chez un médecin ou une nuit à l'hôtel à l'aide d'une carte bancaire. Au fil des
    semaines, elle s'échappa de plus en plus souvent de la maison d'accueil pour errer le long des rues désertes la nuit.
    Sa meilleure amie, son double, Sonia la rejoignait parfois au squat. Elle la suppliait de regagner le foyer d'où elle serait renvoyée si elle ne suivait pas le règlement
    à la lettre. On ne la renvoya pas, elle quitta d'elle-même ce refuge pour retrouver sa famille du squat. Avoir sous les yeux, ces hommes et ces femmes que la vie
    avait molesté la renvoyait à sa propre déchéance. Mais la petite communauté se serrait les coudes afin de garder un semblant de dignité.
    Sonia était sa bouée, sa confidente, son infirmière, mais elle devenait trop sérieuse à son goût. Elle ne la voyait plus que le week-end. Deux jours pendant lesquels
    sa douce se laissait tenter par ses folies urbaines. Lamine, chien parmi les chiens aux yeux d'Allah, lui apprit quelques trucs pour échapper à la dureté de la rue,
    à savoir comment se défendre.
    Hélie plongea alors dans un univers où elle se sentait enfin à l’aise. Des semaines durant elle arpenta le pavé, se nourrissant d'un rien, dormant à la belle étoile,
    et utilisant les bains-douches municipaux lorsqu'elle se sentait trop sale. Le pire, c'est qu'elle avait les moyens de s'offrir une chambre d'hôtel, mais non, il lui fallait
    toucher le fond pour remonter à la surface. Une fois ou deux, elle répondit aux avances amicales d'une relation d'un soir, uniquement pour avoir le plaisir de faire
    sa toilette sans avoir à faire le pied de grue dans une file d’attente. Hélie la SDF savait rester coquette malgré les aléas de son existence. Les échantillons de la
    parfumerie du centre commercial dans laquelle elle zonait parfois lui permettait d'entretenir sa peau et son moral. Les mauvais jours s'annonçant, elle réintégra
    la chaleur du squatt. Par ennui elle s'essaya aux herbes folles d'Anne et Myriam. Comme il lui sembla qu'elle faisait moins de cauchemars en augmentant la dose,
    elle doubla sa consommation. L'enfer qui s'ensuivit la conduisit droit aux urgences. De retour au squat, elle tint bon une quinzaine de jour puis replongea de plus
    belle, pour finalement se retrouver sans savoir comment elle était arrivée là, dans une ville inconnue. Hagarde, la mémoire défaillante, elle resta deux jours sur un
    banc du jardin de ville avant qu'on ne la remarque. Son ange gardien se préoccupa de sa santé chancelante et la fit admettre dans un centre de soins.
    Patricia lui laissa sa liberté, mais dorénavant, elle veillerait de loin sur elle. En regagnant le squat, Hélie avait compris la leçon. Le DRINK’IES venait d'ouvrir ses portes,
    aussi décida-t-elle qu'il était temps de se changer les idées. Hélie déroba un petit flacon de Guerlain à la parfumerie, mais deux boutiques plus loin, elle s'acheta
    une tenue hors de prix pour l'occasion. La brune piquante et la blonde pimpante entrèrent dans la bar, bien décidées à s'amuser. Sonia trouva rapidement chaussure
    à son pied tandis qu'Hélie, malgré les nombreux verres ingurgités, ne parvenait pas à se détendre. Agitée, nauséeuse, angoissée, elle sentait venir la crise.
    Elle fit signe à Sonia qu'elle sortait un moment puis elle se dirigea vers la sas. C'est alors qu'elle l'aperçut au bar, devisant agréablement avec des amis un verre
    à la main. Indécise, elle hésita puis elle opta pour la fuite, bousculant celles et ceux qui ne s'écartaient pas assez vite de son chemin. Lorsque le vent glacial lui
    fouetta le visage, elle put enfin respirer normalement. Elle reprit lentement le contrôle d’elle-même. Ses mains cessèrent de trembler, mais son corps entier fut
    parcouru de longs frissons. Elle avait oublié de revêtir son manteau. Elle avait son sac en bandoulière et n'avait aucune envie de repasser par le bar. Tant pis, pour
    son manteau, en marchant vite elle se réchaufferait, d'autant qu'elle connaissait un raccourci pour se protéger du froid. Les deux passages des traboules qui
    lui servaient parfois de chambre conduisaient directement à l'allée du chantier désert près du squat. Elle s'éloigna du DRINK’IES pour se fondre dans l'obscurité
    de la ruelle adjacente au bar. Des pas rapides se firent entendre derrière elle, une main se posa sur son épaule. Elle poussa un cri strident et se retourna prête
    à se défendre.
    - Je ne commettrais pas l'erreur de te laisser partir cette fois! Soulagée, elle reconnut Ashankar. Celui-ci lui tendit son manteau qu'il avait récupéré.
    - Sonia sait que tu es avec moi, alors je t'enlève! Boudeuse, elle monta dans la voiture de son ravisseur et celui-ci la conduisit dans la rue qui menait au terre-plein
    jouxtant le squat.
    - Hélie, tu vas me faire le plaisir de récupérer ton balluchon! Je te donne un quart d'heure! La jeune femme allait protester, mais elle se retint. Celle-ci venait de
    réaliser qu'il avait toujours su où la trouver. Ce qu'il confirma quelques instants plus tard en lui offrant la sécurité de son appartement.
    Toute les possessions d'Hélie tenaient dans un grand fourre-tout de l'armée, quant à ses richesses, elles se bornaient à un portefeuille Guess dans lequel ses
    papiers d'identité côtoyaient carnet de chèque et carte bancaire. SDF, mais nanti. Lorsqu'elle remonta auprès d'Ashankar, celui-ci lui confia qu'il était au fait de
    toutes ses péripéties, de tous ses débordements ainsi que de son hospitalisation. Il lui révéla aussi la nature de sa profession, ce qu'elle encaissa sans broncher.
    Un quart d'heure durant, il lui expliqua ce qu'il attendait d'elle, déclarant qu'il avait confiance en elle. Les dérapages seraient acceptés à l'unique condition que ce
    soit elle qui les assument. À cet instant, la jeune femme prit conscience que pour la première fois depuis des lustres, on lui parlait comme à une adulte. Ash n'avait
    pas employé ce ton protecteur que prenaient avec elle tous ceux qui étaient censé la soutenir et l'épauler. Il ne lui fit pas de promesses extraordinaires, mais
    en son for intérieur, elle était certaine qu'il prendrait soin d'elle. La caresse de sa main sur sa joue et le baiser léger qu'il déposa sur ses cheveux en étaient la preuve.
    Ce n'est que lorsque qu'il lui donna la clef de l'appartement qu'elle réalisa la chance qu'on lui offrait. Son sac traîna dans l'entrée plusieurs jours durant, puis elle
    laissa Ash le remiser dans la penderie. Entre ses cours, la préparation de ses plaidoyers et sa formation, Ashankar était absent une partie de la semaine. Toutefois
    celui-ci consacrait tous ses week-end à Hélie. Au cours de l'un d'eux, il lui fit une belle surprise en la conduisant chez la personne qui l'avait recueillit quelques mois
    auparavant. L'apprentissage du vivre à deux se passait mieux qu'Hélie ne l'aurait espéré. Et elle se sentait enfin protégée de la bête qui, bientôt, chercherait à l'atteindre...

    ...( IV )...Lorsque les cauchemars survenaient, elle avait toujours la solution de se rendre au squat. Lorsque Ashankar était présent, il la soulageait en lui rapportant
    les contes et légendes de son pays, parfois, il la berçait de son peu de souvenirs d'enfance. Il la rassurait sur son avenir. Au fil des semaines, Hélie se délesta de
    son trop-plein de malheurs ainsi que des souffrances qu'elle avait endurées. Les gifles, les coups, les sévices, les corrections et le harcèlement moral qu’elle
    subissait quotidiennement l'avaient laissé meurtrie, et couverte d’ecchymoses. Terrorisée à l'idée que son bourreau et quasi meurtrier sorte un jour de prison,
    Hélie refusait la vie. Le pire était lorsque la jeune femme se revoyait quelques années en arrière, au pays de ses racines qu'elle avait du quitter pour être protégée.
    Le choix avait été extrêmement douloureux, et elle avait abandonné une partie d'elle-même en se soustrayant à la vindicte de ceux qui lui voulaient du mal. Pour
    échapper au monstre qui la poursuivrait dès sa sortie de prison, il le lui avait promis devant le juge, elle se terrait comme un animal. D'autant que son dangereux
    compagnon avait de nombreux amis qui auraient volontiers appliqué leur propre justice envers elle. La peur au ventre, Hélie retrouvait le scélérat dans ses pires
    cauchemars, et les menaces proférées faisaient le reste. Elle s'obligeait à se coucher à heures régulières comme le lui avait recommandé sa thérapeute, pourtant
    elle passait des nuits entières éveillée, essayant vainement de vaincre ses terreurs, puis au petit matin elle s'écroulait, heureuse d'être encore là.
    Ashankar lui fit la promesse d’être toujours là pour elle. Cela même si un jour leur chemin se séparait. Jour après jour, il la guida, l'encouragea, l'aida à affronter ses
    peurs, la protégea de ses erreurs et sauvegarda le peu d’estime qu’elle avait encore pour elle. Il n'imposait rien. Il ne se mettait jamais en colère, ou alors si peu,
    lorsque les extravagance d'Hélie se multipliaient. Aucun reproche ne franchissait ses lèvres lorsqu’il apprenait qu’elle était sortie en pleine nuit, pas de remontrances
    quand il devait la récupérer au squat, il ne haussait jamais le ton quand, en pleine crise de colère, elle éclatait les verres contre les murs et jamais il ne fit une
    seule remarque sur les journées où elle restait prostrée après ses coups de folie. Ce qui aurait pu passer pour de l'indifférence n'était que l’expression de sa totale
    confiance en elle. Elle se devait de faire ses propres choix, des expériences plus ou moins heureuses et quelques erreurs pour pouvoir commencer à se reconstruire.
    Il le lui avait affirmé. Pendant un temps, Ashankar se coupa totalement de ses amis pour se consacrer à elle, ce qui la fâcha. Alors il lui offrit un portable, ainsi, elle
    aurait la possibilité de s’ouvrir au monde tout en restant en retrait. Peu à peu, elle accepta les soirées pizza/ jeux vidéos et les veillées poker entre collègues, puis
    elle s'autorisa les sorties au grand jour en compagnie d'Ash. Vinrent ensuite les tendres week-ends au creux du lit douillet d'Ashankar qu'il lui ouvrit définitivement
    dès le premier câlin. Il se révéla un amant doux et attentionné. Hélie apprit ainsi que faire l'amour était une façon d'offrir plutôt que de prendre. Elle se laissa porter
    par ses attentions, promesses d'affection véritable et de jouissances.
    Les absences répétées d'Ashankar la laissait livrer à elle-même. Elle avait sa famille du squat qu'elle invitait parfois à l'appartement. Ils vidaient le chauffe-eau
    en un temps record et transformaient aussitôt la salle-de-bains en étuve. En sauna et en champ de bataille aussi, car telle une nuée de sauterelles, ils prenaient
    vraiment possession des lieux. À leur départ, tout était remis en place par une Maddy furibonde qui aspirait et récurait à tout vat. Á ses retours, Ashankar
    faisait semblant de ne s'apercevoir de rien, seule la disparition de quelques-uns de ses cigares de qualité l'exaspérait.
    Nonobstant une vie commune sans heurts, elle gardait toujours en tête qu'Ashankar n'était qu'un homme avec ses imperfections et ses qualités.
    Elle installa une messagerie privée sur son portable, par le biais de laquelle elle se confia à un ami virtuel. Un ami, qui au fil des mois devint de plus en plus présent
    à son esprit. Elle envisagea de le rencontrer et, un "peut-être que" se profila à l'horizon. Petit à petit, elle commença à se détacher d'Ash s'en s'en rendre compte.
    Hélie et Ashankar se tinrent côte à côte une année durant. Elle dut réapprendre tous les gestes du quotidien et se faire à l'idée qu’un jour elle arpenterait les
    chemins de la liberté sans appréhension. En attendant, il lui imposa la présence de Maddy afin de limiter ses débordements et surtout de veiller sur sa santé
    devenue chancelante depuis peu. Hélie eut encore à subir une épreuve cruelle, sa magnifique Sonia ne l‘accompagnerait plus dans ses délires. Sa douce amie, la
    belle brune l‘avait définitivement quitté. Déchirée par cette disparition soudaine, Hélie tomba vraiment malade. Épuisée, déprimée, découragée, elle se laissa sombrer
    dans une dépression à la suite d'une pneumonie récoltée au squat où elle s'était réfugiée à la perte de Sonia. Rejoindre celle-ci lui avait paru la meilleure des solutions.
    Hélie se refusait obstinément à perturber le sacerdoce prenant d'Ashankar, car, une fois, une seule, elle lui fit négliger son travail et ruiner un dossier. Il ne l’en
    avait aucunement blâmé, mais elle se jura que jamais plus cela ne se produirait. Et elle tint parole. Mais la vodka rôdait encore et toujours dans son cercle d'intimes.
    Ils leur arrivaient parfois de rester des heures silencieux. Elle, derrière son petit écran à papoter sur sa messagerie, et lui, assis à même le sol, calé confortablement
    contre l’un des grands coussins posé sur la mezzanine, ses livres disposés çà et là. Unis et solidaires, pourtant, ils étaient déjà bien loin l'un de l'autre. Il étudiait,
    tentant de se rappeler parfaitement, le contenu des cinq livres du code pénal et les décrets en conseil d‘état. Souvent Hélie l’épiait discrètement, se demandant
    pourquoi un homme tel que lui, intelligent et pourvu de tant de gentillesse et de bonté, l'avait choisi elle, le vilain petit canard? La concentration d'Ashankar était
    très relative. Celui-ci aussi espionnait sa compagne qui, sereine et reposée, retrouvait figure humaine. Il aimait tellement ses sourires si rares. Il aurait voulu la
    garder prisonnière de ses caresses, il aurait voulu qu'elle abandonne ses peurs, il aurait voulu qu’elle soit heureuse tout simplement.
    Sans s'en rendre compte, attirée par un lointain mirage, Hélie s'éloignait toujours plus d'Ashankar.
    Parce qu’il lui était plus facile d'exprimer sa colère, ses peurs et son mal-être à ce quasi inconnu, Hélie se sentit tellement en phase avec cet homme qu'elle osa
    un jour lui avouer les sentiments qu'elle éprouvait à son égard. Déstabilisée par la possible remise en liberté de son bourreau, elle se sentait protégée à distance.
    Sans pouvoir se l'expliquer, les heures passées en compagnie de cet amant virtuel l'apaisaient. Leurs dialogues coquins la rassuraient. Un jour, il lui suggéra de
    quitter Ashankar, elle ne se sentait pas prête à cela, elle le fit pourtant. Malheureusement pour elle, elle perdit le yin en tentant de rejoindre le yang. Ses deux
    piliers étaient complémentaires, lorsqu'elle en abandonna un, elle se sentit mutilée.
    Elle eut à subir encore bon nombre d'épreuves, parmi lesquelles la plus terrible fut la libération de celui qui la maltraitait. Sa famille du squat évolua et elle vécut
    la dissolution de leur communauté comme une trahison. De maison de repos en centre de soins, de sauts d'humeur en accalmies, des Apidies aux lavandes, de
    Charybde en Scylla, ce qui devait arriver, arriva. Leurrée par trois années d'illusions, elle fut abandonnée par son second pilier. Elle ne put résister ni à la tristesse
    ni à la colère qui l'envahirent. Pendant longtemps, elle se débattit entre ses deux sentiments puis un jour elle s'aperçut qu'enfin elle parvenait à avancer et à reconstruire sur les ruines de son passé. Ashankar n'avait jamais cessé de prendre soin d'elle. Dorénavant, ils avancent de concert et Hélie a retrouvé son équilibre. Elle n'est pas encore prête à arpenter les chemins de la liberté, mais elle a enfin en sa possession la topographie du parcours. L'espoir est bien présent...

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  • Commentaires

    2
    L/baroudEUR
    Dimanche 17 Décembre 2017 à 11:21

    En mode prise de risques gamine winktongue Si vous vous ennuyez sommes à g. bises

      • Lundi 18 Décembre 2017 à 10:03

        Serons à G. tongue ce soir si le temps le permet! Je suis totalement d... dans le flou, ça me G. he

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