• Je Me PeRMeTs...

    ...En accordant la grâce présidentielle totale à madame S., une belle bévue a été commise.

    C'est un cas de jurisprudence qui va compliquer sérieusement l'expérience judiciaire des femmes à qui viendrait l'idée de se libérer de leur compagnon violent. Je ne conteste pas le fait que madame S. ait souffert pendant de longues années et qu'elle ait ressenti soudainement le besoin de mettre un terme à son calvaire. Comme beaucoup d'entre nous, il lui a été impossible de se présenter dans un commissariat pour porter plainte, mais cela ne lui pas le droit de faire justice elle-même. Toutefois je conseille vivement à certain(e)s de chercher dans le dictionnaire la signification du mot emprise. La justice a condamné un geste qui ne pouvait passer pour de la légitime défense. Cette justice-là a ignoré l'enfer que son mari brutal lui faisait vivre jour après jour, année après année. Je conçois qu'elle ait fini par craquer. Cependant son geste est interprété comme celui d'une criminelle car elle a tiré dans le dos de son bourreau, un geste lâche aux yeux de tou(te)s. En quarante-sept ans de maltraitances et de menaces sur ses enfants, le cerveau de madame S. lui a ordonné de supprimer son bourreau à un instant précis. Elle n'allait pas sauver sa vie, mais reprendre le contrôle d'une vie qui n'avait été faite que de châtiments. Je ne sais pas si je me fais suffisamment comprendre. Toutes ces femmes cruellement déchirées dans leur chair n'ont plus la force de réagir et durant des années elles acceptent un sort abominable. Puis, tout à coup, dans un éclair de lucidité elle commette l’irréparable. Le mari de madame S n'a jamais été inquiété et cela malgré les coups qu'elle recevait et les attouchements que ses filles subissaient. Elle a vécu l’enfer…
    Afin de remettre les choses à leur place, je tiens à préciser que loin de donner des ailes, la peur paralyse. Madame S. a trouvé le courage d’assassiner son mari parce qu’il lui tournait le dos. Cela se discute, se comprend, mais cela reste de la préméditation pour la justice. Les médias ont fait monter "la sauce" afin qu’on la prenne en pitié et cela a eu l’effet contraire. Tirer dans le dos de quelqu’un est indéfendable du point de vue de la loi. Je comprends la réaction des magistrats, métier ô combien frustrant. Lors d’un procès en assise, les jurés et le juge s'appuient sur des faits rapportés et établis par témoignages et sur le dossier judiciaire de l'accusée. Les médias n'ont certainement pas eu connaissance de toutes les pièces dudit dossier, autrement ce serait inique. S’il n’y avait pas eu tout ce battage et cette pression populaire, ses avocates auraient pu négocier une condamnation en toute sérénité.
    De là à en faire l'icône deux mile seize des femmes battues, je dis NON. Madame S. a affronté tardivement sa terreur, mais elle n’était en rien en péril lorsqu’elle a tiré. Je lui souhaite une vie rassérénée auprès de sa famille, quant à ce qui est de se pardonner je suis intimement convaincu qu'elle ne se sent pas coupable! Et moi je ne lui jette pas la pierre. Ses défenseurs ont essayé de faire comprendre à des gens obtus la logique qui l’a poussé à tuer son mari. Malheureusement…
    Depuis une dizaine d’années le dossier brûlant des "femmes battues" est récupéré par tous les politiques et aucun ne sait le gérer. Cela fait si longtemps que les uns, les autres nous -mènent en bateau- promettent des lois, des aides et du changement que personne n’y croit plus. Dix longues années pendant lesquelles j'ai lutté pour me reconstruire, dix longues années où des tergiversations stériles ont bloqué toute espoir de légiférer correctement sur le sujet. Combien de temps attendront-elles encore?
    Par chance j’ai rencontré des gens qui m'ont soutenu jour après jour pour commencer à me remettre. Je dis bien commencer. Bébé, qui pourtant était l'un de ces magistrats qui se refusait à mêler justice et tolérance, m'a toujours dit se sentir démuni pour gérer de tels cas. Comment rester impartial lorsqu'en face de vous se tient une femme brisée et couverte d'ecchymoses. Là a été le seul tort de Madame S. Elle était trop "propre" lors de son arrestation, trop calme…
    Messieurs de la justice, reprenez les choses à la base, à savoir refondre ce code pénal obsolète dont vous vous servez comme d’une Sainte Bible! Créez des services de gendarmerie où le personnel qui accueillera les victimes sera compétent et non ayant l’air suffisant qui décourage les victimes dès le premier contact. Allez à la rencontre des associations qui œuvrent efficacement à l'accompagnement de ces pauvres femmes parfois lamentablement stigmatisées. Cela dit certain(e)s intervenant(e)s sont pleins de bonne volonté, mais leur manque de formation se ressent dans l'aide qu'ils-elles tentent d'apporter aux victimes. Ils ne possèdent pas toujours la diplomatie requise pour recevoir des personnes en état de choc. Dire à une femme martyrisée que son mari est un salaud -même si cela est vrai- cela ne se fait pas. Moi la première j'ai mis des mois à l'admettre. Horriblement maltraitées et meurtries par leur conjoint, certaines ne seront jamais prêtes à l'entendre. Dans le cas de madame S., la justice n'avait pas à être chaperonner par une population qui ne détenait pas tous les tenants et les aboutissants de ce terrible drame. La médiatisation à outrance a fait que le système judiciaire n'a pas fonctionné en toute objectivité. Quand des personnalités people y ont apporté leur grain de sel, cela n’a contribué qu’à fausser le verdict. Je ne condamne pas madame S pour son geste car sa vie était en danger. Je ne connais que trop cette emprise dont elle était victime, mais à partir du moment où elle a tiré dans le dos de son mari ce n'est plus de la légitime défense. C’est ce qui a été retenu. Tant qu’à condamner madame S, du sursis aurait été suffisant! Le syndrome post-traumatique dans lequel elle se trouvait était la réalité par laquelle ses défenseurs auraient dû amener les débats. Je sais qu’elles ont tentées. Cela aurait peut-être été mieux perçu et accepté si cela avait été compris. Ces dix ans de condamnation sont de trop, je vous le concède...

    Qu’Alexandra Lange, Jacqueline Sauvage, Leïla Hasmine et bien d’autres trouvent enfin la paix…

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