• La PéTuLaNCe DeS SeNTiMeNTS...

    Certains des textes de cette rubrique seront nouveaux tandis que d'autres,retravaillés, encore et encore. Ceux-ci apparaîtront dans l'opus II de CHouQueTTe & BéBé.

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    Bébé m’encourage souvent à me dépasser. Et maintenant, que j’ai suivi ses conseils, j’ai l’impression d’avoir fait une grosse bêtise! Sur un coup de tête, par le biais d’une nouvelle que je dévoile ci-dessous «Aylinn & Danyel» j’ai présenté ma candidature à une prépa dans un cours privé de littérature. Je viens d’obtenir la réponse, je suis admise pour la rentrée de septembre. En complément, je vais devoir suivre quelques heures par semaine de travaux pratiques en FAC. Cela m’a paru une très bonne idée, mais à présent que cela se précise, je suis inquiète. Comment vais-je gérer les commentaires que l’on ne manquera pas de faire sur ma voix d’outre-tombe? Je suis réaliste, il me faudra à un moment ou un autre participer aux débats, commentaires et examens oraux des professeurs. Cela m’angoisse profondément. La plupart des étudiants auront dix ans de moins et une expérience restreinte de la vie. Que vont-ils penser de moi? Fier de sa psychologie inversée sournoise, Ma Canaille me dirait, ‘’pauvre petite Mylhenn, encore ta crainte de décevoir, toujours ton envie de fuir face à la difficulté’’. Le pire est que ses piques sont généralement justifiées. Ma thérapeute m’a complimenté, selon elle mes progrès sont stupéfiants. Je ne m’en aperçois pas, je lui fais confiance. J’ai déjà surmonté le premier obstacle en proposant l’un de mes textes alors je me dis que rien ne peut être pire que cela, il me faut assumer la suite. C’est seulement en travaillant très dur, que je ferais des progrès. C’est dit, je suis prête…


    « …Aylinn Baumelles avait posé ses valises au grand hôtel "LAS STORIA" depuis plus d’un mois déjà. Il n’y avait nul mérite à cela car l'établissement est propriété de son oncle et elle en est l’invitée permanente depuis la fin de ses études. La somptueuse construction édifiée dans la vieille ville compte de nombreuses fenêtres aux voussures sculptées, disposées harmonieusement sur les trois façades ocres du bâtiment. Un enchevêtrement de loggias, de ruelles d’intérieur, de balcons à colonnes, d’escaliers aux marches généreuses et d'allées aérées aux végétaux entretenues à l'identique des couvents d'autrefois, donne à l’édifice un air de déjà-vu. C'est la réplique parfaite, à un parpaing près, des tableaux de Guy Gantner Choi, ce peintre, dont la majorité des créations prend source en Provence. Il met en scène des espaces confinés, contenus par des murs de pierres verticaux aux couleurs lumineuses et ombragées à la fois. L'imposant escalier qui conduit à l'accueil de l'hôtel est une représentation parfaite de l’une des œuvres de l'artiste.
    Au sous-sol, la clientèle dispose d'une salle de sport bien équipée, d'un salon de massages en tous genres, de plusieurs jacuzzis luminescents et de baignoires que l'on peut utiliser en toute intimité entre les quatre murs de boudoirs imprégnés de senteurs d'orient. Le "LAS STORIA" est un véritable labyrinthe et les employés nouvellement en place mettent plusieurs jours à se repérer. Les habitués du lieu apprécient la sensation d’isolement ouaté et bienfaisant qui leur est offerte. Certains réservent leur suite d’une année sur l’autre afin d’être certains de pouvoir renouveler l’expérience. Autant dire que les quarante chambres de l’établissement ne restent jamais inoccupées bien longtemps.
    Agrémentée d’une jolie terrasse, la chambre d'Aylinn dispose d’une porte-fenêtre à deux battants s’ouvrant côté cour. Le contrefort des fortifications qui constitue le quatrième pan de mur du bâtiment, protège la pièce à vivre du mistral et abrite des bacs ornés de fleurs odorantes et multicolores. Meublée sobrement, l'ensemble est cependant très confortable. Un grand lit à baldaquin paré de draperies provençales aux tons chauds trône côté salle d'eau. Une armoire spacieuse dont la corniche est richement sculptée, accueille effets et bagages désemplis. Un sofa deux places moelleux ainsi qu'une table basse sont disposés sur un tapis coco, non loin de la terrasse. Rustique au possible, la salle de bain ne possède qu’un simple bac à douche en grès teinté auquel est accolé un petit meuble soutenant une vasque en pierre de rivière. Aylinn apprécie ce style dépouillé, presque austère. Cela démontre le goût certain du propriétaire pour une simplicité efficace. En été, la fraîcheur naturelle des lieux, est due à l’épaisseur des murs, mais aussi au sol façonné, dans tout l'imposant bâtiment, de tomettes hexagonales couleur noisette. Lors de la saison des frimas, en plus du chauffage électrique, quatre monumentales cheminées diffusent une douce chaleur à toute heure de la journée et de la nuit, sur tous les étages…
    …Au terme de quatre années passées à étudier consciencieusement ce à quoi elle se destinait, Aylinn avait enfin regagné sa chère Provence. Le secteur électronique et informatique offrait de vastes débouchés et opportunités de carrières. Celle-ci s'y était investi avec cœur une fois son choix fait. La jeune femme adorait la terre accueillante qui l'avait vu naître et peu lui importait le cliché cigales-lavande-oliviers et peintre fou qui s'y rattachait. Le dépaysement était présent à chaque fois que ses pas la portaient sur les sentiers sinueux de la garrigue. Elle appréciait l'accent du terroir, rude et musical, des habitants de la région. Tout cela lui avait tellement manqué, alors, en attendant de décrocher le poste de sa vie, elle se ressourçait au berceau de son enfance. De temps en temps, son oncle la rejoignait au "FOUGALOU" afin d'y siroter un apéritif à la gentiane en sa compagnie. Ils se régalaient ensuite d'un plateau de fruits de mer en conversant gaiement. Puis, tandis qu'Augustin Baumelles regagnait le "LAS STORIA" pour y reprendre ses fonctions, Aylinn se rendait au petit troquet situé en bord de canal. Elle aimait observer les eaux tumultueuses de la rivière qui s'apaisaient soudain en se déversant entre les rives de béton armé. Des parasols aux couleurs vives donnaient une allure d'éternelle fête foraine à l'endroit. Comme à son habitude, assise derrière l'une des deux colonnes massives qui consolidaient la terrasse couverte, à l'abri des regards, Aylinn observait ses commensaux installés aux tables voisines. Un couple accompagné de leurs enfants dégustait des glaces au chocolat. Une femme, son diabolo menthe en équilibre entre deux doigts, insultait copieusement un interlocuteur invisible avant de balancer son I. phone sur la table. Cela fit sourire Aylinn. Des jeunes gens manifestaient bruyamment leur joie en célébrant la fin des cours devant leur coca. La serveuse s'approcha et leur demanda gentiment de la mettre en sourdine. Elle prit la commande d'Aylinn et dans la foulée, alla débarrasser les tables désertées par leurs occupants. Sirotant lentement son thé citron, perdue dans ses pensées et bercée par le brouhaha ambiant Aylinn perdit la notion de l'heure. Soudain, celle-ci se rendit compte que les tables s'étaient vidées et qu'il devait déjà se faire tard. Sa montre indiquait dix-sept heures et elle avait rendez-vous à dix-sept trente avec un éventuel employeur dans le hall de l'hôtel. Celle-ci se traita mentalement de cruche tout en posant le prix de sa consommation dans la soucoupe que l’on avait discrètement déposée quelques minutes plus tôt. Se faufilant entre les tables en direction de la sortie, Aylinn remarqua alors l’épais filofax gris qu'avait oublié un étourdi sur l'une d'elles. En feuilletant le porto folio, la jeune femme y découvrit l'adresse de son propriétaire. Elle se promit d'aller le lui rendre dès le lendemain matin…
    …Ā neuf heures tapantes, Aylinn franchit les portes coulissantes de l'institut de recherches en informatique. La réception du groupe INFORMATICS RESEARCHS HALL était réduit à l'essentiel: l'accueil. Un long comptoir blanc, derrière lequel officiaient deux jeunes femmes, était scellé sous une immense verrière aux vitres colorées. Deux ascenseurs, surveillés par un vigile armé en uniforme, conduisaient aux étages. Accroché au mur situé à l'arrière de la banque, un immense panneau lumineux indiquait, photo d’identité à l’appui, les noms des employés, leur profession et l'étage où se trouvait le bureau correspondant à leur fonction. Intimidée, Aylinn y jeta un bref coup d'œil avant de s'avancer.
    Danyel HAMRIT-EKBOTT - Directeur général - 12 e étage y lut-elle. L'information clignotait en vert ce qui voulait dire que le directeur était présent dans les locaux. Les deux hôtesses la dévisagèrent avec suspicion.
    Aylinn les salua poliment, mais celles-ci lui accordèrent tout juste un signe de tête.
    - Bonjour Mesdemoiselles! Je souhaiterais rencontrer monsieur Hamrit-Ekbot s'il vous plaît?
    - C'est pour quoi? Aboya la plus proche.
    - Monsieur Amrit-Ekbott est très occupé, il ne reçoit que sur rendez-vous ! Renchérit la seconde.
    - Euh... j'ai quelque chose qui lui appartient! Je... je désirerais le lui remettre en mains prop... propres!
    La jeune femme bégayait comme une enfant prise en faute.
    - Alors prenez rendez-vous! De mauvaise grâce, l'une des cerbères s'empara d'un carnet qu'elle ouvrit à grand bruit.
    - Jeudi vingt-deux, donc après demain! Onze heures quarante-cinq! Ça ira pour vous? Votre nom, je vous prie?
    - Baumelles Aylinn! Elle avait répondu machinalement, mais elle se ravisa soudain.
    - Non, je ne veux pas de rendez-vous! Donnez-lui ceci puisque c'est si compliqué de rencontrer ce monsieur!
    Aylinn déposa calmement le filofax sur la banque.
    - Faites savoir à monsieur Hamrit-Ekbott que j'ai retrouvé son agenda au "Cabadis".
    Stupéfaites les deux femmes la virent tourner les talons et se diriger vers la sortie.
    - Qu'elle pimbêche! Souffla l'une d'elles en s'emparant du combiné du téléphone.
    - Comme si le patron n'avait que cela à faire! Elle appuya trois fois sur le même chiffre du cadran.
    - Amye? Géraldine de l'accueil! On vient de ramener le filofax du patron, envoyez quelqu'un le récupérer, je vous prie!
    Trois minutes plus tard la sonnerie de l'ascenseur retentissait et les battants à peine ouverts Monsieur Hamrit-Ekbott en personne s'en éjecta. Géraldine et Typhaine se figèrent. Monsieur le directeur descendait rarement à l'accueil une fois sa journée commencée.
    - Où est la personne qui a rapporté mon agenda? Demanda-t-il en tournant la tête de droite et de gauche. En voyant la mine déconfite des deux hôtesses, il comprit immédiatement que sa providence ne s'était pas attardée.
    - Avez-vous pensé à demander son nom de cette personne? Un numéro de téléphone peut-être?
    Les deux femmes se regardaient sottement, semblant ignorer ce que leur patron attendait d'elles.
    - Réveillez-vous mesdames, j'attends une réponse! Elles retrouvèrent la parole comme par magie.
    - Non pas de téléphone monsieur! Elle nous a seulement dit l'avoir trouvé au "Cabadis"!
    - Rappelle-toi! Tu lui as demandé son nom pour le rendez-vous? Géraldine réfléchit quelques instants puis elle se souvint.
    - Ah oui! Quelque chose comme Daucelles? Baucelles? Daumelles? Je ne sais plus c'est un nom comme cela!
    - Tâchez de vous rappeler bon sang! Danyel commençait à s'impatienter.
    - J'ai trouvé! Baumelles! Aylinn Baumelles!
    - Merci mesdemoiselles! Son précieux filofax à la main, Danyel disparut dans l'ascenseur…
    …L'interphone grésilla.
    - Vous êtes ici Amye?
    Sa secrétaire particulière était toujours là. La question lui parut soudain absurde. Il sourit.
    Celle-ci fataliste haussa les épaules. Cela ne faisait que trois quarts d'heure qu'elle avait pris son service et déjà Danyel la dérangeait pour un oui ou un non. Fataliste elle répondit.
    - À votre service monsieur!
    - Amye, je voudrais que vous me trouviez des renseignements sur Mademoiselle Aylinn Baumelles! C'est la personne qui m'a ramené mon agenda!
    - Oui monsieur! Je vois cela immédiatement! À peine avait-elle terminé la rédaction d'un courrier sur son PC, que son patron se manifesta à nouveau.
    - Amye, avez-vous reçu des réponses pour l'annonce de la semaine dernière?
    - Non Monsieur! Rien de concret! Je pense que vous allez devoir réviser certains termes du contrat monsieur! Ils effrayent les futures candidates! Monsieur Hamrit-Ekbott recherchait une assistante. Sa demande était particulière, et les jeunes femmes qui se présentaient renâclaient dès le deuxième entretien avec le DRH. Amye trouvait elle aussi que son patron y allait un peu fort.
    - Nous verrons bien! Et pour mademoiselle Baumelles?
    - Je n'ai pas encore eu le temps de m'en occuper monsieur! Toutefois, si je puis me permettre, cela vous suffirait-il pour l'instant de savoir que ce nom est très connu en ville! Monsieur Augustin Baumelles est le propriétaire du "LAS STORIA", peut-être est-ce un parent de cette personne?
    - Le cinq étoiles de la cité médiévale? Parfait, je me renseigne! Merci Amye!
    Trois diagrammes et un café plus tard la sonnerie de l'interphone vibra à nouveau. Amye leva les yeux au ciel, la journée allait être longue.
    - Oui Monsieur, que puis-je faire pour vous? Danyel ressentit l'agacement de la secrétaire, mais il préféra l'ignorer.
    - Pourriez-vous commander une composition florale chez "Gardenies" et la faire livrer au "LAS STORIA" au nom de mademoiselle Aylinn Baumelles!
    - C'est comme si c'était fait monsieur!
    - Merci Amye! Veuillez m'apporter les dossiers candidatures de notre chasseur de têtes, je vous prie?
    - Ils sont dans le coffre de votre bureau monsieur! Dans la chemise trieur bleu!
    - Parfait, reportez mon rendez-vous de fin de matinée à demain et faites savoir que je ne veux pas être dérangé!
    - Tout de suite monsieur! Amye soupira, elle allait pouvoir s'avancer dans son travail. Elle appela le fleuriste puis elle s'appliqua à rattraper le temps perdu.
    Danyel se plongea dans la lecture des profils que lui avait préparé son recruteur. De la vingtaine de fiches qu'il consulta avec attention, il n'en conserva que trois.
    - Amye la transaction Devallon est close, veuillez faire le nécessaire pour concrétiser le contrat. Et pourriez-vous venir chercher les dossiers des personnes que j'ai sélectionnées? Nulle réponse ne lui parvint.
    - Amye? L'interphone grésilla une nouvelle fois dans le vide.
    Il jeta un œil à sa montre. Douze heures quarante-cinq. Sa secrétaire l'avait sans doute prévenu qu'elle allait déjeuner, mais il n'y avait pas prêté attention. Soudain, il bondit de son siège, attrapa sa veste de costume et se précipita vers la sortie. Tout en nouant sa cravate, il maugréait contre la lenteur de l'ascenseur.
    Au premier sous-sol, rutilante, l'E550 attendait son propriétaire. Celui-ci démarra en trombe. Monsieur Hamrit-Ekbott avait failli oublier le déjeuner d'affaires avec l'un de ses plus gros clients…
    …Désappointée, Aylinn avait marché sans but précis dans les rues de la ville nouvelle. En prenant connaissance du nom du propriétaire du filofax, celle-ci s'était imaginée pouvoir proposer sa candidature à l'un des nombreux postes qu'offrait la société qu'il dirigeait. Elle y avait postulé de nombreuses fois, mais son jeune âge et l'obtention récente de son diplôme la renvoyaient toujours à une fin de non-recevoir. Elle concevait facilement que le directeur d'IRH soit très pris, toutefois un remerciement de vive voix ne lui aurait pas coûté grand-chose sur son temps. D'autant que l’agenda contenait de précieux renseignements sur l'entreprise, il avait dû être soulagé de l'avoir récupéré. Une fois encore, l'entretien de la veille au soir n'avait rien donné. Certes, aux dires de son interlocuteur, celle-ci possédait d'indéniables qualifications, mais ses vingt-trois printemps l'avaient, comme à chaque fois, pénalisé. Personne ne tenait jamais compte de sa dernière année de stage, laquelle avait été consacrée à la création d'un logiciel d'aide à l'installation et dépannages de programmes en équipements automatisés. Elle avait reçu un prix d'honneur, cela ne comptait donc pas? Comment pourrait-elle faire ses preuves si personne ne lui donnait sa chance? Perdue dans ses réflexions, ses pas le dirigèrent jusqu'au petit parc Miremont. L'endroit, souvent désert, la réconfortait. De belles statues, disséminées aux détours des allées végétales, apportaient un certain cachet à l'ensemble. Cette fois-ci encore, elle en ressortit stimulée, prête à une nouvelle bataille.
    Elle se procura des revues spécialisées en offres d'emploi puis s'accorda une pause chocolat chaud avant de regagner l'hôtel. En poussant la porte de sa chambre, déposé sur la table basse, un superbe bouquet attira son regard…
    …Célibataire, la petite quarantaine, Danyel Hamrit-Ekbott gérait son entreprise d'une main de fer. Malgré cela, ses employés lui vouaient un attachement sans bornes. Chacun d'eux se mettaient en quatre pour être toujours disponibles et compétitifs. Ainsi, le groupe était conduit au succès de façon innovante. Toutefois, il arrivait que certaines des idées du boss soient pour le moins déconcertantes. La dernière en date en avait offusqué plus d'un, puis les avait fait sourire. Monsieur le Directeur recherchait ce qu'il nommait pudiquement une assistante de proximité.
    Outre superviser le service recherches, contrôler les contrats avant signature et mener à bien ses propres travaux, la future recrue devrait se tenir à l'entière disposition de monsieur le directeur. Cela sous-entendait que celle-ci devrait l'escorter intimement dans un cadre strictement professionnel. Sans attaches familiales, Danyel ressentait un impérieux besoin de stabilité. Il était las des aventures d'un soir et la sensation d'abandon qu'il ressentait lors de ses nombreux voyages d'affaires commençait à lui peser. Sur le papier, trouver une personne compétente qui le délivrerait d'une volumineuse charge de travail et romprait sa solitude lors de ses déplacements, lui avait paru un bon compromis. Toutefois, au fil des semaines, il s'était rendu compte que ce ne serait pas aussi facile que cela. Certes, on l'avait informé que plusieurs jeunes femmes dont le dossier était fort honnête avaient postulé pour l'emploi, mais leur implication dans la partie accompagnement n'avait rien de satisfaisant.
    Aylinn était tombée sur cette annonce attrayante diffusée dans l'une des revues qu'elle avait achetées quelques jours auparavant. Très intelligente, celle-ci avait compris immédiatement ce que cet éventuel employeur attendait de sa future collaboratrice. Le principe ne la choquait pas plus que cela si elle avait à faire à quelqu'un de distingué et de courtois. Cet homme ne la forcerait en rien, elle en était persuadée. Pour une question d’impartialité, les rendez-vous des DRH de grandes entreprises se tenaient dans les bureaux locatifs de la maison des métiers. Les postulants n'étaient informés de l'identité de leur employeur que le jour où celui-ci se présentait à eux. Aylinn hésita longuement avant de donner suite. Pesant le pour, un emploi bien rémunéré qui correspondait à son cursus, et le contre, un statut de gigolette aux mœurs faciles comme aurait dit son oncle. Elle avait finalement décidé de se rendre en heure et lieu au rendez-vous soumis à son attention. Tout se déroula dans une correction totale, et on ne lui cacha pas que son profil était des plus intéressants. La personne qui la reçu n’évoqua à aucun moment son manque d'expérience et sa jeunesse. Plusieurs fois lors de l'entretien, l'on insista sur ce que seraient les tâches à accomplir dans le cadre de ses fonctions. Lorsqu'elle confirma pouvoir en satisfaire toutes les conditions, elle décrocha l'entrevue finale. Le poste d'assistante de proximité lui serait attribué si elle le désirait toujours, après un tête-à-tête avec le boss. Bien qu'explicite, le terme proximité la faisait sourire à chaque fois qu'on l'employait devant elle, mais qu'en dirait son oncle?
    …D'un volume disproportionné pour l‘usage qui en était fait, le salon de réception de la maison des métiers était lumineux et joliment décoré. Pour l’instant il servait de salle d'attente à quatre jeunes femmes et deux hommes qui, tout comme Aylinn, étaient là pour rencontrer leur futur employeur. Les sièges disséminés çà et là dans le grand espace, permettaient aux postulants de se concentrer. Les hommes, droits comme des i, semblaient méditer tellement ils étaient impassibles et vissés à leur siège. Les femmes, toutes vêtues d’ensembles griffés mettant leur plastique en valeur, n'avaient qu'une idée en tête, faire bonne impression. Une extrême nervosité en poussait certaines à vérifier plusieurs fois un maquillage pourtant parfait dans la glace de leur poudrier de poche. D'autres s'exerçaient à des poses distinguées afin d'être aussi appréciées pour leur maintien. Ravissante, dans un tailleur haute couture élégant, Aylinn serrait précieusement son dossier de présentation contre sa poitrine. Grande, un corps parfait, de longs cheveux blonds, un visage fin qu'illuminaient des yeux d'un bleu presque translucide, elle ne comptait pas sur son physique pour réussir. Seule son intelligence serait mise en avant. Nullement carriériste, elle désirait juste prouver ses compétences. Diplômée d'une école prestigieuse, dotée d'un relationnel parfaitement au point et bilingue, elle avait toutes ses chances pour devenir un atout performant au sein de l'entreprise qui allait l'employer. Lorsque l'on vint la chercher, elle se leva calmement puis se laissa conduire derrière les battants d'une épaisse porte capitonnée. Elle toqua fermement sur l'huis.
    Derrière un immense voilage, la large baie vitrée du bureau offrait une vue imprenable sur le quartier des affaires. Meublée avec simplicité, la pièce dégageait une ambiance accueillante et feutrée. Les mains dans le dos, un homme se tenait face à la baie vitrée. Celui-ci se retourna lentement. Grand, athlétique, des cheveux bruns coupés courts et des yeux verts pétillants faisaient qu'il portait sa petite quarantaine avec charme et élégance. Aylinn ressentit un sentiment de puissance et de tranquillité en lui lorsqu'il s'approcha d'elle.
    - Bonjour! Mon nom est Danyel Hamrit-Ekbott, directeur général d'INFORMATICS RESEARCHS HALL. Ravi de faire votre connaissance mademoiselle Baumelles!
    - Bonjour, monsieur! Elle serra la main qu'il lui tendit sans rien montrer de son trouble. De tous les dirigeants d'entreprises spécialisées en informatique, il avait fallu qu'elle tombe sur lui. Les présentations faites, ils allèrent prendre place. Lui derrière un bureau imposant, elle lui faisant face sur une chaise confortable.
    - Bien! Je vais être direct mademoiselle Baumelles! Comment allez-vous me convaincre que mes collaborateurs et moi-même choisissons la bonne personne? Aylinn lui tendit son dossier qu'il déposa sans le regarder sur le bureau.
    - Je veux des mots, pas une relecture de ce que je sais déjà! Son regard était déterminé et encourageant à la fois.
    - Ayant lu mon CV, vous devez savoir que ce sera ma première expérience professionnelle! Se lança-telle courageusement.
    - Vous n'êtes pas aussi novice que cela mademoiselle Baumelles si je m'en réfère à ce logiciel que vous avez créé! dit-il d'un ton péremptoire.
    - C'est exact monsieur, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de prouver mes compétences en recherches et…!
    - Vous ne vous vendez pas à cet instant, vous vous dénigrez! la coupa-t-il brutalement.
    Alors Aylinn se lança dans un panégyrique de ses qualités et de son potentiel. Elle mit en avant sa crédibilité, ses ressources intellectuelles et elle développa pratiquement une soutenance sur ses facultés d'adaptation. Monsieur Hamrit-Ekbott sembla enfin satisfait.
    - C'est parfait, j'aime que mes employés aient une âme de conquérant! Il la gratifia d'un sourire éclatant. Aylinn éructa un discret soupir de soulagement.
    - Maintenant, venons-en à la deuxième partie du contrat! Sachez que je me déplace fréquemment, disons deux à quatre jours par semaine! Puis-je compter sur votre disponibilité?
    Aylinn s'était préparée à cette conversation, aussi, ce fut avec aisance qu'elle répondit.
    - J'ai cru comprendre monsieur, que certaines de vos exigences seraient de nature plus personnelle et je ne vois pas d'inconvénients à vous escorter lors de vos soirées!
    - Ce sera plus qu'un accompagnement voyez-vous! Saisissez-vous bien mes propos mademoiselle Baumelles? Insista-t-il.
    - Je vais me permettre d’être plus direct afin d’éviter tout malentendu éventuel. Le poste que je vous offre est assorti d’une rémunération très élevée car supposant que vous acceptiez des contacts intimes entre nous Aylinn! Permettez-vous que j'use de votre prénom?
    Les choses ainsi dites, celle-ci comprit clairement qu’ils partageraient la même chambre et le même lit lors de leurs voyages d'affaires. La jeune femme avait accepté ce rendez-vous, et maintenant au pied du mur elle songea que cette partie de son activité serait comme un défi à relever.
    - Je devrais pouvoir me conformer à vos exigences monsieur! répondit-elle clairement en le regardant droit dans les yeux.
    - Danyel! Vous pouvez m'appeler Danyel! Elle acquiesça d'un signe de tête.
    - Parfait, une dernière question ! Êtes-vous mariée? Ailynn s’y attendait, aussi répondit-elle sans hésitation.
    - Non monsi... euh Danyel! Je confirme ma totale disponibilité!
    - Bien! Avant de conclure cet entretien, je souhaiterai vous demander quelque chose de... d'assez particulier? Il semblait embarrassé et indécis.
    - Je vous en prie mons... Danyel! L’encouragea-t-elle.
    - Puis-je vous voir nue? Sa requête avait été directe. Le regard franc, il observait sa réaction.
    Comme l’homme qui lui faisait face était certainement habitué à être entendu et satisfait, elle se leva avec grâce. Nulle concupiscence ne brillait dans les yeux de Danyel. Pour lui, ce n'était qu'une formalité.
    Bien campée sur ses jambes, Aylinn déboutonna la veste de son tailleur gris perle qu’elle déposa soigneusement sur le dossier de la chaise. Comme elle n'était pas ici pour offrir un strip-tease à son patron, elle ôta rapidement son chemisier en soie crème qui rejoignit illico la veste. Un sous-vêtement raffiné aux dentelles délicates enveloppait sa poitrine parfaite. En cédant le brevet de son logiciel à une filiale, elle s'était vu remettre un joli pécule. Aussi, Aylinn se permettait-elle quelques folies dans l'acquisition de sa lingerie. Son regard croisa celui de monsieur Hamrit-Ekbott. Il restait de marbre. Il sembla cependant à Aylinn que la respiration de celui-ci s'était accélérée plus qu'il ne voulait le laisser paraître. Évitant toute provocation, elle fit glisser le zip de la fermeture éclair puis se débarrassa de la jupe avec dextérité. À son tour, le vêtement fut disposé soigneusement sur le reste de ses effets. Le cuir anthracite de ses bottines ajourées contrastait avec le gris argenté de ses ongles parfaitement manucurés lorsqu'elle ôta ses chaussures. Il aurait été de mauvais goût de les garder ainsi que ses bas. Maintenant troublée par le regard fixe que portait Danyel sur sa personne, Aylinn résista à l'envie qui s'était brièvement emparée d'elle. Fuir le plus loin possible. Mais en être arrivé là et tout abandonner aurait été ridicule et lâche. Ses sous-vêtements une fois retirés, celle-ci se tint immobile, les bras le long du corps. Elle riva ses yeux à ceux de monsieur Hamrit-Ekbott. Un sourire furtif barra ses lèvres, puis très professionnel, il la complimenta.
    - Je vous remercie, vous êtes ravissante! Si vous souhaitez toujours le poste, il est à vous! L'acceptez-vous? Au ton de sa voix, la question ressemblait plus à une supplique qu'à une interrogation.
    - Oui, je l’accepte! répondit-elle simplement.
    - Parfait! Il avait l'air soulagé.
    - Je vais demander à ma secrétaire de préparer votre contrat immédiatement! Vous viendrez le signer demain matin au siège d'INFORMATICS RESEARCHS HALL je vous prie! L'entretien venait de s'achever. Aylinn se rhabilla sans précipitation. Elle n'avait plus qu'à se soumettre à un examen médical et elle ferait partie de l'entreprise.
    - Bien monsieur, j'espère que notre collaboration sera des plus productive! Elle le vit soudain froncer les sourcils et se rappela alors qu'il l'avait autorisé à l'appeler par son prénom.
    - Je m'excuse, mais j'ai encore du mal à utiliser votre prénom, cela viendra naturellement avec le temps! Souriant, il scella l'entrevue d'une poignée de main ferme et lui donna congé.
    - Je suis inexcusable mademoiselle, j'ai failli oublier de vous remercier pour votre bonne action! Elle venait de franchir le seuil de la porte. Surprise, elle stoppa net.
    - Mon agenda Aylinn! Insista-t-il croyant qu'elle n'avait pas compris. Celle-ci se retourna lentement.
    - Vous saviez qui j'étais dès le début de cet entretien n'est-ce pas? Cela a-t-il eu une incidence sur votre impartialité? Est-ce pour cela que je vous m’avez reçu avant les deux candidates qui me précédaient? Elle hésitait entre courroux et hilarité, seule la raison l'emporta. D'ailleurs, ses questions restèrent sans réponse.
    - Je vous remercie pour les fleurs monsieur Hamrit-Ekbott! Je vous souhaite une bonne soirée! Et elle était sortie dignement sans se retourner. Une fois dans la rue, le rire de son patron résonnait encore à ses oreilles…
    …De retour à l'hôtel, elle se doucha longuement avant de rejoindre Ida, la responsable du spa de l’hôtel. Celle-ci lui fit un massage bienfaisant qui la délivra des tensions de la journée. Lorsqu'elle regagna sa chambre, elle se sentait revigorée et prête à assumer ses nouvelles fonctions. Elle serait avant tout l'assistante personnelle de monsieur Hamrit-Ekbott, PDG d'une grande société spécialisée en informatique. Et c'est ce qu'elle avait confié à son oncle. Uniquement cela et la somme faramineuse qui lui serait versée chaque début de mois sur son compte en banque. Les rapports privilégiés qu'elle entretiendrait avec son patron, ne regardaient qu'elle et elle seule. L'espace d'une minute, celle-ci s'était demandé si monsieur Hamrit-Ekbott n'avait pas des goûts particuliers ou des penchants vicieux. Il était bien temps d'y penser. Elle se rassura en faisant confiance à sa perspicacité. L'homme l'avait vu nue et elle n'avait rien décelé de pervers ou de malveillant dans son regard. Avant de se coucher, elle vérifia une dernière fois sa garde-robe et, satisfaite elle se glissa entre les draps parfumés, s'endormant du sommeil du juste en quelques minutes. Elle rêva qu'elle s'offrait un superbe appartement où elle se sentirait enfin chez elle…
    …Enthousiaste, le lendemain matin à huit heures tapantes, elle se présenta à l'accueil d'INFORMATICS RESEARCHS HALL. Elle avait passé un tailleur de même coupe que celui de la veille, mais vert pâle perlé cette fois-ci. Ses escarpins couleur crème lui conférait une élégance authentique.
    Fidèles à leur poste, Géraldine et Typhaine, vêtues de leur uniforme gris à col mao, la regardèrent s'approcher, une moue un rien envieuse vissée sur les lèvres. Aylinn les salua poliment puis se dirigea vers l'ascenseur principal. Le vigile était déjà à son poste.
    - Mais où croyez-vous donc aller mademoiselle? On n’entre pas ici comme dans un moulin! Cela avait le mérite d'être clair, ces pestes ne la lâcheraient pas facilement.
    - Mon nom est Aylinn Baumelles! Je suis l'assistante personnelle de monsieur Hamrit-Ekbott! Les deux cerbères eurent du mal à contenir leur hilarité.
    - À ma connaissance, Monsieur le directeur n'a pas d'assistante, Je vais appeler, veuillez attendre ici que l'on vien...!
    - Aylinn? Soyez la bienvenue! Danyel venait de faire son apparition dans le hall. Prévenant, il conduisit Aylinn près de l'ascenseur.
    - Cinq minutes de patience et je suis à vous!
    - Bien monsieur! Aylinn ne se fit pas prier, car soudain le regard de Danyel s'était durci. Il revint au desk en quelques pas.
    - Mesdemoiselles, j'attends de vous que vous changiez rapidement de comportement! Celui que vous avez adopté n'est pas professionnel! Il leur laissa un bref temps de réflexion avant de poursuivre.
    - Sinon je me verrais dans l'obligation de me passer de vos services!
    La mine contrite, les deux femmes restèrent silencieuses.
    - Me suis-je bien fait comprendre?
    - Oui monsieur! Il n'y avait rien d'autre à ajouter.
    Au douzième étage, Amye venait de terminer les photocopies des graphiques et des schémas que devait étudier Aylinn quand son patron vint lui présenter sa jeune collaboratrice à laquelle elle souhaita sincèrement la bienvenue. Mademoiselle Baumelles lui sembla avenante et tellement gracieuse.
    - Vous aurez toutes deux le temps de faire connaissance plus tard! Venez Aylinn!
    Danyel conduisit son assistante à l'extrémité d'un long couloir qui se terminait par une rotonde confortablement aménagée d'un énorme sofa circulaire. Contre le mur, trônaient un distributeur de boissons chaudes dernier cri ainsi qu'une fontaine à eau. Il y avait aussi un meuble qui lui sembla être un réfrigérateur habillé.
    Notre salle d'attente commune! Annonça-t-il. Aylin était sans voix.
    - Venez visiter votre royaume Aylinn! Prévenant, il appuya sur la poignée d'une porte en chêne massif et poussa le battant.
    Ils pénétrèrent dans une pièce ouatée, aux tons pastel. Sur une table de travail en verre, derrière laquelle était disposé un siège ergonomique en cuir, se trouvaient un ordinateur portable à côté duquel était posé un téléphone ultra moderne.
    Une pile impressionnante de dossiers attendait déjà Aylinn sur le sous-main également en cuir. Sa première tâche serait de les numériser sur l’Apple pro qui lui serait personnel. De nombreux meubles de rangement en bois clair complétaient l’ensemble. Une immense baie à la vitre légèrement obscurcie offrait une vue panoramique sur toute la ville. Aylinn n'en revint pas, elle disposait de son propre bureau.
    - Vous pourrez bien sûr aménager et décorer cette pièce selon votre envie! Je vous laisse vous installer, Amye va vous faire parvenir tous les codes nécessaires à l'ouverture des dossiers confidentiels qui vous seront attribués! N'hésitez pas à solliciter son aide! Il renouvela ses vœux de bienvenue. Alors qu'il s'apprêtait à quitter le bureau, il se retourna et demanda à brûle-pourpoint:
    - Puis-je me permettre un compliment mademoiselle Baumelles? Surprise, Aylinn le dévisagea en rougissant.
    - J'apprécie énormément vos tenues! Vous savez mettre en valeur votre silhouette, ce sera parfait pour nos déplacements!
    Embarrassée par cette délicate répartie, Aylinn ne répondit pas, mais elle lui sourit poliment. Cherchait-il à la séduire? Le pire était qu'elle le savait sincère…
    …La masse de travail qui l'attendait la fit se mettre à l'ouvrage immédiatement. Elle prit connaissance de chacun des dossiers qu'on lui avait confié avant de les scanner puis elle leur attribua un code personnel dont elle seule aurait la clef. Parcourant les feuillets, elle s'était rendu compte qu'elle manipulait du lourd aussi lui fallait-il être prudente. Elle annota de ses conclusions des documents aux schémas compliqués et rédigea un courrier de réclamation pour le chef de projet de l’atelier de fabrication des composants. Vers quatorze heures trente, ce furent les grondements furieux de son estomac qui la rappelèrent à la réalité. Elle avait négligé ce détail. À part un thé, elle n'avait rien avalé depuis le matin. Elle devait absolument trouver quelque chose à grignoter, sous peine que ces gargouillis n'alertent tout l'étage. Aylinn se risqua dans la rotonde déserte. À défaut d'avaler quelque chose de solide, elle boirait un chocolat chaud. S'étant aperçu qu'elle n'avait pas assez de monnaie, elle allait regagner son bureau. Soudain, elle vit Amye qui se rendait auprès de monsieur Hamrit-Ekbott dont le bureau se situait juste en face de celui d'Aylinn.
    - Mademoiselle Baumelles puis-je faire quelque chose pour vous? S'inquiéta aussitôt la secrétaire en la découvrant.
    - Non merci! Enfin si je…! Elle hésitait à accaparer la secrétaire du patron pour une demande aussi stupide.
    - Je vous en prie mademoiselle, je dois pouvoir vous aider?
    - Je suis ridicule, j'ai laissé passer l'heure du déjeuner et maintenant mon estomac crie famine! Amye se dirigea vers le meuble tout près du distributeur, elle ouvrit celui-ci en grand. Aylinn y découvrit la caverne d'Ali baba. Des salades, des fruits et des jus de fruits garnissaient deux des quatre larges étagères du réfrigérant.
    - Monsieur tient à ce que l'on s'absente le moins possible alors chaque matin, un traiteur vient renouveler le stock à chaque étage! D'habitude, il y a des sandwiches, mais là, vous arrivez trop tard!
    - Vous me sauvez la vie Amye, une salade fera l'affaire. Je vous remercie infiniment!
    - Mais je vous en prie mademoiselle Baumelles!
    Une salade au poulet et un thé à la menthe plus tard, Aylinn était d'attaque pour poursuivre sa tâche.
    Vers dix-huit heures, épuisée, Aylin venait d'éteindre son ordinateur. Elle se préparait à sortir lorsque Danyel la convoqua dans son bureau pour faire le point de cette première journée. Elle ne pouvait se permettre de refuser.
    - Je suis conscient qu'il vous faudra un peu de temps pour prendre vos marques, mais je suis stupéfait par vos capacités d'adaptation Aylinn! Il s'était levé pour l'accueillir, posant une main sur l'avant-bras de celle-ci afin de la conduire au sofa disposé près de la baie vitrée. Décontracté, il s'assit à l'autre extrémité, un bras négligemment posé sur le dossier. Mis à part le sofa, la pièce était meublée à l'identique de son propre bureau.
    - Cela a été intense n'est-ce pas? Malgré le léger trouble qui s'était emparé d'elle, Aylinn acquiesça d'un signe de tête affable.
    - Vous ne devez pas vous inquiéter! Dès que vous connaîtrez toutes les affaires en cours, vous passerez certainement plus de temps à contrôler des brevets aux ateliers que devant l’écran de votre ordinateur!
    - J'ai encore beaucoup de choses à appréhender, mais je pense pouvoir être totalement opérationnelle d'ici une semaine monsieur! affirma-t-elle confiante.
    - Cela me convient tout à fait! Mais ce sera pour la semaine prochaine! Dit-il d'un air mystérieux. Aylinn était fatiguée et elle n'avait pas envie de jouer aux devinettes, cependant, elle adopta un air intéressé.
    - Je désirerais que vous m'accompagniez pour un périple de trois jours afin de rencontrer plusieurs de mes clients! Nous partirons demain matin pour Londres. Un déjeuner est prévu à treize heure trente avec monsieur Brighton. En soirée, nous rejoindrons monsieur Carrington mon client australien. Le lendemain, ce sera Berlin et nous serons de retour vendredi en fin de journée après une visite éclair à Paris où je dois récupérer des composants! Monsieur Hamrit-Ekbott fixait intensément son assistante tandis qu'il lui faisait part de leur emploi du temps.
    - Je souhaite que vous vous fassiez conduire par un taxi à cette adresse pour dix heures trente demain matin! Cela vous ira? dit-il en lui tendant un carton où était inscrit le lieu du rendez-vous qu'il lui fixait. Un aéroport privé en l'occurrence. Aylinn comprit que son patron n'attendait pas de réponse précise, c'était un ordre. Elle accepta l'invitation sans sourciller.
    - Une dernière chose Aylinn! Nos clients et moi-même apprécierions que vous conserviez cette fraîcheur vestimentaire qui vous va à ravir!
    - Oui monsieur, certainement! Elle se leva, comprenant que leur débriefing était terminé.
    - Bonne soirée Aylinn!
    - Bonne soirée monsieur! Euh pardon... Danyel! Celui-ci transforma sa moue de désapprobation en un charmant sourire.
    - Oui, Danyel, j'y tiens! J'oubliais, en passant dans le hall, jetez un œil au tableau numérique! Il la gratifia d'un clin d'œil complice avant de lui donner congé.
    La sonnerie de l'ascenseur retentit au rez-de-chaussée. Aylinn s'avança vers le desk désert à en fin de journée. Elle leva les yeux et, malgré la fatigue, un grand sourire éclaira son visage.
    Aylinn BAUMELLES – Collaboratrice Ingénieure en Informatique - Section Recherche - 12 e étage. Son nom était inscrit juste en dessous de celui de monsieur Hamrit-Ekbott. Elle se sentait comme sur un petit nuage en franchissant les portes coulissantes donnant sur la rue…
    …Aylinn se détendit dans un bain parfumé aux huiles essentielles, puis elle se fit servir un copieux dîner, elle était morte de faim. Être l'invitée permanente d'oncle Augustin avait quand même ses avantages pensa-t-elle. Certes elle bénéficiait de moins d’intimité que dans un appartement, mais le service était irréprochable. En fin de soirée, elle sortit son bagage de l'armoire afin de préparer ce dont elle aurait besoin. Anxieuse et ravie à la fois, Aylinn calcula qu'il lui faudrait au moins trois de ces tailleurs dont monsieur Hamrit-Ekbott approuvait la coupe. Sa garde-robe étant conséquente, elle avait largement de quoi satisfaire son boss. Elle déposa minutieusement les chemisiers en soie, les bas à couture puis deux tenues de soirée simples, mais d'un grand couturier. Oncle Augustin les lui avait offertes lors de l'obtention de son diplôme. Certes, elle en possédait de magnifiques, mais moins pratiques. Elle glissa ensuite deux paires d'escarpins dans une pochette qu'elle cala contre son Vanity souple. Deux superbes nuisettes longues trouvèrent une place dans l'une des sacoches à clapets de son bagage, puis des sous-vêtements raffinés dans l'autre. Elle évita de penser à ce que cela impliquait. Sa valise bouclée, elle se sentit plus confiante.
    Le vol n'eut rien d'un voyage d'agrément. Monsieur Hamrit-Ekbott passa en revue les divers produits que son client se procurait chez IRH. Il confia le dossier des nouveautés à Aylinn. Ce serait à elle de négocier un éventuel contrat. Bien que celui-ci conserva des manières irréprochables, certains des gestes de Danyel devenaient plus familiers. Pour souligner un point de détail important, il posait parfois une main sur son bras, son épaule ou son genou.
    - Avez-vous bien compris Aylinn? Insistait-il. Ces légères pressions la troublaient plus qu’elle ne voulait se l’avouer. Elle découvrait un homme raffiné et charmeur. Elle avait mémorisé un maximum d'informations lorsqu'ils se posèrent à Heathrow. Une voiture avec chauffeur les attendait pour les conduire au Grand Hôtel Regency où Danyel avait réservé une suite donnant sur un célèbre monument londonien. Le luxe régnait dans l'agencement des trois pièces. Un salon confortable, un immense lit à baldaquin encombrait une bonne partie de la chambre, et la salle de bains en marbre avait des proportions démesurées. Cela avait le mérite d'être clair, elle partagerait le lieu avec son patron. Malgré elle, elle laissa paraître son trouble. Celui-ci s'en aperçut.
    - Cette suite est pour vous et moi, mais si vous trouvez ceci précipité, je peux m’arranger différemment? Proposa-t-il prévenant. Aylinn sursauta lorsque Danyel posa sa main sur son avant-bras, mais elle se reprit aussitôt.
    - Non... je suis surprise de... tout va bien, je vous assure! Bafouilla-t-elle.
    - Bien! Alors installez-vous, prenez un bain pour vous détendre si vous le désirez,! Je reviens vous chercher pour déjeuner avec notre premier client dans une heure!
    Aylinn eu le temps de réfléchir à sa situation. Les entretiens avec la DRH et Danyel n’avaient pas été assez clairs pour elle? Bien sûr que si! Elle était là pour exécuter un travail, mais aussi pour partager le lit de son boss. Une rémunération conséquente lui était versée en contrepartie. Elle devait honorer ce contrat correctement. Elle prit un bain, se maquilla légèrement et se coiffa avec soin. Elle se para de quelques gouttes de son parfum préféré puis passa un tailleur pêche à la veste cintrée qui mettrait sa taille et sa poitrine en valeur.
    - Vous êtes magnifique Aylinn, je crois que notre hôte va vous apprécier autant que moi! La complimenta Danyel. Comme promis, une heure plus tard Danyel avait conduit sa collaboratrice dans la salle de restaurant de l'hôtel. Monsieur Brighton y fit son apparition en même temps qu'eux. Aylin se retint difficilement de pouffer.
    Se faire séduisante pour cet homme avait été peine inutile. L'homme était efféminé dans sa mise et délicat dans ses gestes. L'hypothèse de la jeune femme se confirma rapidement. Pourtant très attentif et intéressé à la conversation, monsieur Brighton observait de temps en temps, mais avec discrétion, les fesses d'un des clients du bar, moulées dans un jean de luxe. Cela n'échappa pas à Aylinn. Le repas fut très agréable, l'entrevue productive et monsieur Brighton félicita
    monsieur Hamrit-Ekbott d'avoir convié une personne aussi compétente qu'Aylinn à leur table. À aucun moment il n'avait prononcé les mots charmante et élégante pour qualifier Aylinn. Que la clientèle de son patron la trouve perspicace et érudite lui convenait parfaitement…
    …Ses escarpins pointus à bride claquèrent sur le parquet du sol du salon lorsqu'Aylinn le rejoignit. Monsieur Hamrit-Ekbott sut qu'il avait fait le bon choix. Non seulement sa jeune collaboratrice était très intelligente, mais d'une élégance naturelle rare. Pantois, il approuva une fois de plus la tenue seyante qu'elle s'était choisie. Il s'agissait d'une tunique cintrée. Les pans du vêtement étaient retenus entre eux par de fins boutons brillants en spinelle. Celle-ci était dans les mêmes tons de gris argenté que le pantalon fluide qui couvrait le bas de son corps. À chacun des pas d'Aylinn, les minuscules paillettes parsemant le tissu lançaient des éclairs. Il était temps pour eux de rejoindre la demeure de leur hôte.
    Une voiture les conduisit à l'hôtel particulier de monsieur Carrington où ils se retrouvèrent en compagnie d’une vingtaine d'invités dont la plupart étaient des clients d'IRH. La réunion débuta par de nombreux discours et elle se poursuivit par une séance de travail très productive. Puis une somptueuse réception récompensa les participants. Danyel et Aylin prirent congé de leurs hôtes à une heure très tardive. Courtois, monsieur Hamrit-Ekbott précéda Aylinn dans la limousine que monsieur Carrington avait mis à leur disposition pour le retour. Il lui tendit la main afin de l'aider à franchir le marche pied du véhicule. Une lumière tamisée éclairait l'habitacle passager. Danyel s'assit en face d'elle, rapprochant son siège afin d'instaurer entre eux, l'intimité à laquelle il aspirait. Le chauffeur claqua la portière.
    - Êtes-vous bien installée Aylinn?
    - Oui merci Danyel! Soudain, embarrassée par la proximité de son patron dans cet espace restreint, elle frissonna légèrement.
    - Voyons Aylinn, je ne suis pas un sauvage! Profitez du déplacement pour goûter à une détente bien méritée! L’encouragea celui-ci qui s'était aperçu de son trouble.
    - Je m'excuse, la fatigue sans doute! Je ne voudrais pas vous paraître impolie! Se défendit-elle faiblement. Chaque tour de roues les rapprochait de l'hôtel et elle appréhendait le moment où ils s'allongeraient côte à côte dans le grand lit à baldaquin.
    - Je voudrais vous remercier Aylinn! D'abord pour votre parfaite connaissance de nos produits et ensuite pour votre diplomatie envers la clientèle! Soulagée par la tournure de la conversation, la jeune femme se détendit légèrement. Néanmoins, sa réponse laissa paraître un rien de nervosité.
    - C'est juste que je n'aime pas faire les choses à moitié monsieur! Je m'emploie à faire ce pourquoi je suis rémunéré, et correctement!
    Danyel s'empara aussitôt de sa main et y déposa un baiser appuyé.
    - Je crois comprendre ce qui vous chagrine! Il n'est rien que je ne vous contraindrais à faire, comprenez-vous bien cela? Aylinn aperçut brièvement de la tendresse dans le regard de son patron.
    - Peut-être... je ne sais pas vraiment... oui certainement monsieur! Bafouilla-t-elle.
    - Je suis un homme de bonne compagnie, vous savez! Faisant face à la jeune femme, d'une main délicate, il releva son menton, et approchant son visage du sien, il posa ses lèvres sur celles d'Aylinn, les pressant avec douceur. Surprise par la chaleur agréable qui l'envahit, elle se laissa faire sans réagir.
    - Voilà qui est mieux! dit-il en apercevant le timide sourire qui éclairait le visage d'Aylin. Il s'écarta posément de la jeune femme pour s'adosser au siège.
    - Parlez-moi de vous mademoiselle Baumelles! J'aimerais en savoir plus! Demanda-t-il tout à coup.
    Après quelques secondes de réflexion, elle prit une longue inspiration et se lança:
    - Je crains malheureusement qu’il n’y ait pas grand-chose de très intéressant à raconter!
    - Une enfance heureuse puis la disparition de mes parents lorsque j'avais douze ans. Ensuite une adolescence tranquille au grand désespoir de mon oncle Augustin qui s'était préparé à un cataclysme. Une fois mon bac en poche, je me suis consacrée aux études et...! Elle hésita:
    - Comme je le disais, rien de vraiment extraordinaire! Elle s'excusait presque d'un parcours aussi banal.
    - Pardonnez-moi mon indiscrétion, mais, avez-vous un petit ami? Aylinn se figea pendant une fraction de seconde, consciente qu'elle devait en passer par là, elle se confia à Danyel.
    - Je suis célibataire par choix si c'est ce que vous voulez savoir monsieur Hamrit-Ekbott! Cela ne veut pas dire que je n'ai pas eu d'histoires d'amour, juste de petites aventures sans lendemain, car la totalité de mon temps était consacré à mes études! Et aujourd'hui me demanderez-vous? Elle le fixait intensément de ses grands yeux bleus.
    - J'ai toujours aussi peu de temps à investir dans une liaison! Poursuivit-elle. Je préfère me bâtir une carrière! Avoua-t-elle en rougissant.
    - Les opportunités de rencontrer le prince charmant sont rares, et combien même, je n'aurais pas la possibilité de construire une relation stable! Conclut-elle.
    - Votre détermination vous fait honneur Aylinn, mais pensez à regarder parfois la multitude qui vous entoure! Celui qui vous est destiné pourrait s'y dissimuler!
    Pour la seconde fois, Danyel se pencha en avant, ses lèvres caressèrent celles de la jeune femme qui cette fois-ci n'en éprouva aucune gêne ni tension. Il l'embrassait avec une telle délicatesse qu'Aylinn se laissa aller à répondre à ses baisers.
    Danyel sut, sans se l'expliquer, qu'il devait interrompre cet instant magique entre eux. Il le fit à regret, mais certain que cela serait payant par la suite.
    - Nous partons pour Berlin vers onze heures trente ce matin! Peut-être devrais-je vous laisser vous reposer Aylinn!? Suggéra-t-il avec tact.
    - Comme vous... je pense que c'est vous qui... oui bien sûr! Balbutia-telle.
    Désorientée, en proie à des émotions complexes et puissantes, les battements de son cœur se modéraient lentement. Elle venait de comprendre que pour lui permettre de se reposer, Danyel renonçait à ce qu'il était en droit d'exiger d'elle de par le contrat qui les liait.
    Sans en saisir la raison, un pesant sentiment de déception envahit Aylinn…
    …Le carillon discret de la pendule du salon avait résonné huit fois depuis un quart d'heure déjà lorsque Aylinn ouvrit les yeux. Assis sur le sofa, Danyel, en peignoir, préparait son emploi du temps pour les heures à venir sur son portable. Il émanait de sa personne un charme indéniable, à la fois empli de douceur et teinté de force. En dressant son bagage, Aylinn avait omis d'y déposer un saut-de-lit. Ce fut donc en nuisette longue qu'elle rejoignit son patron. Celui-ci se leva pour l'accueillir.
    - Bonjour Aylinn! Avez-vous pu vous reposer? S'enquit-il avec sollicitude.
    - Bonjour Danyel! Oui merci! Je crois que le monde aurait pu s'écrouler sans que cela ne me réveille! Il n'est pas très tard au moins? demanda-t-elle soudain soucieuse.
    - Ne vous inquiétez pas! Le jet ne décollera pas sans nous! La rassura-t-il.
    Ils s'installèrent à la table du salon où avait été servi un copieux petit déjeuner. Aylinn et Danyel y firent honneur en devisant tranquillement des dossiers en cours. Lorsqu'ils eurent terminé, Danyel se leva et s'approcha d'elle.
    - Comme nous avons encore du temps devant nous, je me suis permis de faire couler un bain dans le spa! Voyez-vous un inconvénient à ce que nous le partagions?
    L'homme savait ménager ses effets. Aylinn sentit un frisson la parcourir des pieds à la tête.
    - Je... euh, croyez vous que... oui avec plaisir! Balbutia-t-elle embarrassée.
    - Je ne vous oblige à rien Aylinn! Insista-t-il.
    - Je le sais monsieur euh... Danyel! Elle se leva à son tour. Il lui tendit la main et la guida vers la salle de bains. Le cœur d'Aylinn résonnait sourdement dans sa poitrine. Quatre personnes auraient pu se détendre à l'aise dans le jacuzzi. Libérant de grosses bulles d'air, l'eau chaude bouillonnait, promesse de détente et de délassement. Monsieur Hamrit-Ekbott ôta son peignoir qu'il déposa sur le rebord du lavabo. Nu et sans complexe, il gravit les marches pour entrer dans le jacuzzi.
    - Venez Aylinn, la température de l'eau est parfaite! Troublée, la jeune femme détournait les yeux du corps nu de son patron. Elle se déshabilla d'un geste puis, évitant de croiser son regard, elle le rejoignit dans l'eau qui lui arrivait à mi-cuisse. Aussitôt, une agréable chaleur l'enveloppa.
    - Ne soyez pas affecté par votre nudité, vous êtes magnifique Aylin! Instinctivement, Danyel l'enlaça et pressa doucement son corps ferme contre le sien. Aylinn comprit qu'il n'y avait aucune ambiguïté dans le sens que donnait Danyel au mot relaxation. Il parcourut son visage de tendres petits baisers, sillonnant avec délicatesse son dos de la pulpe de ses doigts. Aylinn frémissait sous le velouté de ses caresses. Elle se pressa un peu plus contre lui.
    J'ai accepté d'être rémunéré pour ceci, j'ai accepté d'être rémunéré pour ceci, j'ai accepté d'être rémunéré pour ceci. Tel un mantra, la jeune femme se récitait mentalement ces quelques mots. Mais, pour être honnête avec elle-même, elle admit que cela n'avait rien de désagréable. Les lèvres de Danyel abandonnèrent son visage pour la naissance de sa nuque et le lobe de son oreille qu'il agaça de la pointe de son apex. Ses doigts s'étaient posés sur ses fesses, les effleurant de ses paumes. De son épaule, ses lèvres descendirent vers ses seins, s'y attardant longuement, jouant avec ses mamelons érigés. Jamais son corps ne s'était embrasé sous des caresses aussi délicieuses. Elle avait eu des amants, mais aucun de leurs attouchements n’avaient été aussi convaincant. Le plaisir qu'elle ressentait l'obligea à se suspendre aux épaules de Danyel. Elle avait l'impression qu'elle allait chuter dans le bain tant la tête lui tournait. Celui-ci s’appuyant contre son ventre, il lui était impossible d'ignorer l'érection qui tendait le membre viril de son patron, Son trouble augmenta, d'autant que Danyel continuait son exploration. Il s'accroupit dans l'eau, laissant ses mains sur les fesses d'Aylinn qui posa inconsciemment ses doigts sur ses épaules musclées. Elle laissa échapper un profond soupir lorsqu'il flatta son nombril de sa langue. Anticipant la réaction de celle-ci, Danyel la saisit fermement par la taille, puis d'un frôlement léger, ses lèvres se posèrent sur la toison impeccable de la jeune femme, il fit courir sa langue avec une infinie douceur le long de son intimité détrempée. Aylin frissonna violemment et, pantelante elle s'abandonna au plaisir. Par réflexe, elle écarta les jambes, réclamant plus. Les yeux clos, enivrée, elle succomba à la robuste étreinte de Danyel qui s’était redressé. Avec douceur il effleura l'intérieur de sa cuisse puis noua sa langue à la sienne en un baiser langoureux. La pression impérieuse de son bassin qui ondulait malgré elle, les forcèrent à s'allonger dans l'eau bouillonnante s'ils ne voulaient pas tous deux perdre l'équilibre. Aylinn oublia la notion du temps. Ce n'est que lorsque cessèrent les spasmes de l'orgasme qu'elle revint à la réalité.
    - Vous êtes... surprenante Aylinn! Je crois n'avoir jamais ressenti une telle jouissance avec une femme que celle que vous venez de me procurer! La complimenta Danyel. Elle se sentir rougir et ne sut que répondre.
    - Nous allons devoir nous préparer, mais je vous laisse vous détendre encore quelque minutes! Il y avait comme du regret dans sa voix. Aylinn le regarda entrer sous la douche, puis elle ferma les yeux, goûtant au massage savoureux des bulles chargées d'air du jacuzzi. Curieusement, elle ne se sentait, ni dégradée ni salie en quittant l'hôtel en compagnie de son patron…
    …Ils décollèrent de Gatewick à dix heures trente précises. Deux heures plus tard, ils étaient à Berlin. Aylin passa la totalité du vol à compulser les dossiers clients. Elle allait devoir convaincre ceux-ci que le dernier logiciel créé par IRH était le meilleur sur le marché. Il possédait un système d'exploitation novateur, des programmes intégrés qui permettaient d'en permuter les applications et cerise sur le gâteau, un code de sécurité y était intégré. Aylinn en avait déchiffré les diagrammes et la méthode en une heure de temps. Maintenant elle était en mesure d'en vanter les mérites à chacun des clients qu'ils allaient rencontrer. Plus pour se donner une contenance qu'autre chose, Danyel lui, avait lu une revue technique sur laquelle il apposait de temps en temps des annotations. En réalité, il réfléchissait à la tournure que prenait sa collaboration avec la jeune femme assise à ses côtés. Compétente, érudite et sexy en diable, elle correspondait tout à fait au profil type de la partenaire qu'il recherchait. En à peine trois jours elle avait acquis l'une après l'autre les procédures et marches à suivre nécessaires au bon fonctionnement de l'entreprise. Aylinn Baumelles anticipait chacune de ses demandes tout en se ménageant un temps de présence pour gérer les imprévus. Outre le fait qu'elle ait réussi à combiner recherches et contrôles afin d'être disponible pour leurs voyages d'affaires, elle avait planifié son emploi du temps en fonction du sien. Et cela en à peine trois jours. L'on ne pouvait pas faire plus efficace pensa-t-il. Quant à leur soirée privée, il avait pu se rendre compte qu'elle était réservée et pudique tout en s'employant à le satisfaire avec aisance. Pourquoi alors avait-il le sentiment qu'il passait à côté de quelque chose? Ils franchirent la porte de Brandebourg pour rejoindre les abords de Potsdamer Platz, le quartier d'affaires où ils devaient se rendre. Ce fut le seul des nombreux monuments de Berlin qu'ils aperçurent ce jour-là. Après une rapide collation au buffet de l'hôtel, ils s'étaient rendus au premier rendez-vous. Ensuite, plusieurs réunions s'étaient succédées jusqu'à tard dans la soirée. Le directeur d'IRH n'avait eu qu'à présenter, non sans fierté, sa jeune collaboratrice à chacun de ses partenaires pour qu'aussitôt, captivés par les explications accessibles et concises d'Aylinn, ceux-ci saturent le carnet de commandes déjà chargé d'IRH. Au terme de la dernière conférence, menée à bien elle aussi, Danyel Hamrit-Ekbott ratifia trois contrats. Il accepta de prendre l'apéritif avec ses clients, mais déclina l'invitation au restaurant sous prétexte qu'il devait se rendre le soir-même en région parisienne. Pieux mensonge qu'il utilisa à des fins personnelles.
    - Aylinn, nous allons célébrer ce succès en un lieu que j'ai réservé avant notre départ! Vous êtes partante? Danyel se réjouissait par avance de ce tête-à-tête.
    - Avec grand plaisir Danyel! Un large sourire éclaira le visage d'Aylinn, flattée que son boss choisisse de sortir avec elle plutôt qu'avec ses clients.
    - Il s'agit d'un cabaret qui se nomme "Le Python Vert"! L'on y sert une cuisine exotique raffinée, et à ce que l'on m'a affirmé, le spectacle proposé procure un total dépaysement! Pendant tout le trajet de retour, Danyel laissa paraître son enthousiasme pour le divertissement spectaculaire auquel ils allaient assister…
    …L'un après l'autre, ils prirent une douche rapide afin de faire disparaître la tension de la journée. Danyel endossa un smoking tandis qu'Aylinn se coiffait et se maquillait. En début d'après-midi, juste avant de quitter l'hôtel, Aylinn avait demandé qu'on lui rafraîchisse sa robe de soirée et, le vêtement qu'elle venait de revêtir était digne d'une princesse. Subjugué, monsieur Hamrit-Ekbott dévorait la jeune femme du regard. Non seulement la robe bustier longue, en mousseline de soie rose cendré, modelait parfaitement sa silhouette, mais le plastron ethnique ras-du-cou qui ornait sa gorge, l’unique parure qu’elle s’autorisait pour la soirée, la transformait en déesse de la mythologie grecque. Elle avait relevé ses cheveux en un chignon haut ce qui allongeait encore son cou gracile.
    - Vous êtes... je vous trouve particulièrement... Aylinn, je ne saurais trop vous...! Sans doute pour la première fois de sa vie, Monsieur le Directeur fut incapable de s'exprimer clairement.
    - Les mots me manquent Aylinn! Troublée, celle-ci rougit sous le compliment, toutefois, elle exécuta une courte révérence pour son admirateur qui la gratifia d'un baise-main courtois. Ils pénétrèrent dans un décor fastueux aux couleurs chatoyantes. L'ambiance tamisée du cabaret était intime grâce au nombre restreint de convives qu'il pouvait accueillir. Le show se révéla tel qu'il avait été décrit par Danyel. Une comédie pleine de fantaisie, de danses et d'acrobaties aux contorsions incroyables. Du pur music-hall. Quant au repas, cela avait été une explosion de saveurs jusque-là inconnues de leur palais. L'expérience du lieu avait été un franc succès. Au retour, ils s'attardèrent pour un dernier verre. La terrasse du bar, situé au dixième étage d'un immeuble moderne, offrait une vue imprenable sur la City West. Ils se seraient crus plongés en plein Manhattan grâce aux lumières fascinantes qui retraçaient les contours des gratte-ciels. Certainement à cause du Moscow Mule, étourdie, Aylinn se surprit à souhaiter que l'instant s'éternise.
    - Et si nous rentrions? Susurra-t-il à son oreille.
    Lorsque Danyel s'était penché sur son épaule par-dessus le dossier du siège qu'elle occupait, la jeune femme, presque somnolente, avait sursauté.
    - Je suis impardonnable, vous devez être harassée Aylinn!
    - Ce n'est pas exactement le terme que j'emploierai, mais j'avoue que j'apprécierai un brin de quiétude! Tout en se levant posément de sa chaise, elle apaisa les craintes de son hôte d’un magnifique sourire.
    Blottie dans les bras de Danyel, Aylinn s'endormit rapidement. Trop fatigué l'un et l'autre pour des prolongations divertissantes, monsieur Hamrit-Ekbott avait jugé plus raisonnable de s'en tenir à une bonne nuit de sommeil. Aylinn, sans se l'avouer, en avait ressenti comme de la déception…
    …Un contretemps les obligea à rester en région parisienne une journée entière. Ils déjeunèrent dans un quatre étoiles puis Danyel fit découvrir divers endroits pittoresques qu'il connaissait de la capitale à sa collaboratrice. Ce n'est que très tard dans la soirée que monsieur Hamrit-Ekbott récupéra les composants qu'il était venu chercher. Par prudence, il décida qu'ils passeraient la nuit à l'hôtel, mais qu'ils décolleraient très tôt le lendemain matin.
    - Aylinn, seriez-vous ennuyée si nous restions au calme ce soir? Lui demanda-t-il. En entendant la question, Aylinn avait immédiatement compris qu'elles étaient les intentions de son patron.
    - Non pas du tout! Nous avons parcouru des kilomètres à pieds, et j'avoue que cela me ferait plaisir de me poser un peu! Elle ne ressentait pas le besoin de se soustraire aux étreintes de son boss. Elle se surprenait même à les désirer. L'air enjoué avec lequel elle lui répondit fit prendre conscience à Danyel qu'il n'exigeait rien, mais que c'était Aylinn qui offrait. Ils prirent tranquillement leur dîner dans la chambre puis avec égards, il l'invita à partager cette familiarité voluptueuse qu'elle souhaitait autant que lui.
    - Me Laisseriez-vous vous déshabiller? Lui demanda-t-il avec gentillesse. Aylinn n'y vit aucun inconvénient. Elle frissonna au souvenir de la délicieuse étreinte par laquelle il l'avait comblé l'avant-veille. Debout, dans une semi-obscurité apaisante, Danyel ôta la veste de tailleur d'Aylinn avec une lenteur calculée. Il la posa sur le dossier du fauteuil tout près d'eux.
    Puis, il dégrafa délicatement les boutons de son chemisier en soie, effleurant son épiderme, attache après attache, du bout des doigts. Comme elle ne portait pas de bustier, ce faisant il frôlait la pointe de ses seins du dos de la main. Ces simples caresses électrisaient Aylinn. Elle se mordit les lèvres, retenant ainsi un gémissement. Danyel déposa de légers baisers sur son visage avant d'abaisser la fermeture de la jupe qu'il fit glisser le long de ses jambes. Elle s'en dégagea prestement d'un pas de côté. Il posa tendrement ses mains sur ses hanches. Enfin, s'agenouillant devant elle, il la débarrassa de son cheeky en dentelles, une cheville après l'autre. Le corps d'Aylinn vibrait, envahit par d'intenses sensations. Avec son chemisier ouvert, ses bas lui couvrant les jambes jusqu'à mi-cuisses et ses escarpins aux talons aiguilles démesurés elle était encore plus torride que si elle avait été totalement dénudée. Toujours à genoux, Danyel contempla longuement Aylinn avant de lui ôter ses escarpins puis ses bas. Elle en fut soulagée, car elle ne se voyait pas jouer la scène de la vamp se laissant posséder sur le rebord du lit. Il se redressa, et lui ôta son chemisier qu’il déposa soigneusement sur la veste de tailleur. Se retrouver entièrement nue alors que Danyel était toujours vêtu, faisait frissonner Aylinn d’un désir impérieux. Une mouillure fiévreuse envahit soudain son intimité. Prévenant, Danyel passa un bras autour de sa taille, et la guida vers le lit. D'un regard, il l'invita à s'allonger, ce qu'elle fit de bonne grâce. Il se déshabilla et s'approcha d'elle. Il l'enlaça tendrement, posant ses lèvres sur celle de la jeune femme qui répondit à son baiser par un autre tout aussi langoureux et enjôleur. D'une main experte, il effleura l'intérieur de sa cuisse, caressa son ventre avec légèreté, frôla son genou et remonta sur sa hanche tandis que de l'autre, il maintenait fermement sa taille comme s'il avait peur qu'elle ne lui échappe. Elle sentait la chaleur du corps de son amant contre le sien. Et lorsqu’il laissa ses doigts folâtrer un instant sur le délicat duvet de sa toison avant d'aller batifoler au cœur de son sexe détrempé, une onde de plaisir la traversa. Elle s’offrit instinctivement, ondulant du bassin, l'invitant à poursuivre plus rudement son exploration. L’intensité de la tempête qui ravageait ses sens la poussa à se saisir de l'érection de Danyel. Surpris, celui-ci grogna mais l’encouragea aussitôt à poursuivre ses caresses aguichantes. L'excitation intense qui les enveloppa tous deux les firent frissonner encore plus. Elle enroula ses bras autour de sa taille pour l’accueillir en elle. Il pressa doucement son corps chaud contre le sien, dévorant ses lèvres de baisers gourmands. Aylinn se laissa emporter par le plaisir puissant qui la submergeait. Elle ne retenait plus ses plaintes, ni ses cris, répondant ainsi aux spasmes de béatitude qui agitaient Danyel. Il la pénétra avec douceur, s'enfonçant plus profondément en elle à chacune des contractions de son ventre. Il démarra une danse lascive qui ébranlait son bassin d'avant en arrière, déclenchant des vagues de plaisir en elle. Lorsqu'il accéléra le rythme, elle haleta sous les prémices de la jouissance. Danyel s'immobilisa et elle sentit son membre palpitant se tendre dans sa chair. Il s'oublia en elle, noyant son intimité d'un élixir brûlant qui les conduisit au sommet. Violent, intense et puissant, l'orgasme les foudroyèrent. Tandis qu'ils reprenaient tous deux leur souffle, Danyel déposa un chaste baiser sur le front d'Aylinn.
    - Vous êtes un don du ciel mademoiselle Baumelles! Immobile, les yeux fermés, celle-ci n'eut que la force de sourire.
    La tête posée sur l'épaule de Danyel qui l'enlaçait tendrement, Aylinn s'endormit profondément. Elle ne vit pas le regard tourmenté de son patron…
    …Les vagissements de Sonya et Gabryel s'entendaient de la cuisine. La nurse avait beau tenir prêt les biberons, les jumeaux avaient toujours une longueur d'avance sur elle et manifestaient leur impatience par de puissants braillements. Monsieur et madame Hamrit-Ekbott étaient partis célébrer leur un an de mariage dans le Berlin by night qu’ils avaient tant appréciés lors d’un voyage d’affaires. Il avait suffi de quelques déplacements en sa compagnie pour qu’Aylinn prenne une grande place dans toutes les pensées du directeur d'IRH. Au retour de leur premier voyage d'affaires, tout lui avait été prétexte à la convoquer dans son bureau. Il lui avait fallu cinq mois pour se décider et finalement, il avait épousé sa jolie collaboratrice. Aylinn travailla d'arrache-pied à l'élaboration d'un nouveau logiciel qu'elle baptisa H-E 001, le premier qu'elle créa pour les entreprises Hamrit-Ekbott. Ce fut aussi le dernier. À présent, Aylinn Hamrit-Ekbott prend part aux conseils d'administration, dirige le service recherches de la société et accompagne son époux dans chacun de ses itinéraires Européens.
    Un fabuleux cocktail à base de vodka, de jus de citron vert et de bière de gingembre emplissait le verre qui se trouvait devant eux, mais aucun des deux ne pensait à boire en cet instant. Mains dans mains, les yeux de l'un rivés dans ceux de l'autre, ils réitéraient silencieusement les vœux qu'ils avaient prononcés solennellement en toute intimité dans la petite chapelle Notre-Dame, avec pour seul témoin l'oncle d'Aylinn. Une fois ce cérémonial terminé, ils s'embrassèrent tendrement puis avalèrent une gorgée de Moscow Mule frais.
    - Aylinn ma chérie, je souhaite vous rendre heureuse pour les cent prochaines années à venir et au-delà si cela se révèle possible! Déclara-t-il le plus sérieusement du monde.
    - Danyel, mon cœur est à vous et le restera à jamais! Répondit-elle sur le même ton. Entre eux, le vouvoiement sonnait comme un pacte qui les liait. Il était aussi le signe de l’amour infini qu’ils se portaient… »

    De l’imagination, du travail, de la persévérance et une bonne dose d’enthousiasme, je viens de donner le ton…


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  • ( II ) - Á L’auTRe…

    Le cœur lourd, Myrella songeait qu’une fois encore, Dante payait au prix fort cette escapade en pleine nature. Les yeux embués, le front appuyé contre l’une des vitres froides du compartiment, la jeune femme regardait défiler le paysage. Comme si celui-ci avait pouvoir de la rendre plus clairvoyante, elle serrait «Pouf» contre sa poitrine. Elle était plongée en plein dilemme et aucune solution ne lui venait à l’esprit.
    Auprès D’Aschyanno, elle se languissait de retrouver Dante, et lorsqu’elle se trouvait en compagnie de celui-ci, Aschyanno lui manquait horriblement. L’un était son yin et l’autre son yang, pour son bonheur, ils étaient indissociables l’un de l’autre.
    Une pluie glaçante tombait à verse lorsque le train entra en gare. Hors de question qu’elle se mêla aux gens pressés qui rentraient sur le tard par le métro. Ni à ceux, coincés comme des sardines dans les tramways, baignant dans des odeurs désagréables de chiens mouillés. Le taxi la déposa en bas de la copropriété où habitait Aschyanno, et elle n’eut plus qu’à s’engouffrer dans l’ascenseur. Avec appréhension, elle introduisit la clef dans la serrure. Aschyanno l’avait-il fait changer en son absence? Le petit bout de métal tourna sans difficulté.
    Soulagée elle pénétra dans l’entrée. Comme à son habitude, elle se délesta de son sac au milieu du couloir. Encore ruisselante d’une bonne douche brûlante, elle passa l’une des chemises d’Aschyanno. Impeccable, la cuisine semblait n’avoir jamais servie. Le réfrigérateur confirma l’hypothèse. Après avoir avalé trois grains de raisins et le quart d’un pain au lait, elle alla s’installer sur le canapé, un mug de thé au jasmin en main. Son regard se posa sur le bar. Un peu de vodka l’aiderait à se détendre. Elle y renonça. Elle s’en était passée pendant quatre semaines, elle pouvait encore faire un effort ce soir.
    Myrella déposa son mug sur le visage papier glacé de maître Vergès, qui l’instant d’après s’enorgueillit d’une superbe auréole flavescente. Aschyanno déposait ses revues çà et là, et la table basse n’échappait pas à l’envahissement. Myrella alluma la chaine stéréo, Aschyanno ne connaissant que le surround, les baffles vibrèrent, Haendel n’était pas top pour bruit de fond, mais elle baissa le son sans changer d’ambiance. Comme il était hors de question qu’elle alla s’allonger dans le lit d’Aschyanno, elle se laissa choir sur les coussins moelleux du canapé. Quelques notes plus tard, ses yeux se fermèrent. Curieusement ce fut le silence qui la réveilla. Elle découvrit l’attaché-case de son compagnon posé à côté de la table basse, le mug avait disparu et Vergès faisait bien triste mine. Elle se leva d’un bon, mais ses jambes refusèrent de la porter. Quant à son cœur il faisait de tels bons qu’il allait bientôt quitter sa poitrine.
    Aschyanno, son adorable sourire aux lèvres, se tenait dans l’encadrement de la porte.
    - Tu fais fort pour ton retour ma Chouquette, le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne s’ennuie jamais avec toi!
    Sa voix chaude fit fondre Myrella. Il vint s’asseoir près d’elle et la gronda gentiment.
    - J’ai bien failli me viander dans le couloir à cause de ton sac qui trainait en plein milieu, tu m’as saccagé la revue dont j’ai besoin pour le briefing demain, et… depuis quand ma Cerutti te sert-elle de nuisette? Il énuméra la liste de ses exploits sans aucune animosité dans le timbre de sa voix. Machinalement, il glissa tendrement sa main sous la gorge de Myrella afin de lui donner un baiser. Celle-ci savait qu’elle n’avait rien à craindre de lui, mais elle tressaillit violemment au contact de ses doigts, elle s’écarta vivement. Il comprit que ce simple geste de tendresse rappelait des moments douloureux à la jeune femme, et il s’en voulu de ne pas s‘en être souvenu.
    D’un bras protecteur, il la saisit par la taille avec infiniment de douceur et la jucha sur ses genoux. Elle passa un bras derrière sa nuque, se pelotonna contre son torse, puis l’embrassa sur la joue.
    - I’m so sorry darling! Pardonne-moi! S’excusa-t-il. Il déposa un léger baiser sur ses lèvres.
    - Ce n’est rien Dante je ….! Myrella stoppa net sa phrase, mordillant sa lèvre inférieure. Elle sentit les muscles d’Aschyanno se contracter tandis qu’il la repoussa doucement.
    - Je suis très tolérant Myrella, mais aie au moins la décence de le laisser en dehors de cet appartement. Tu veux bien? Il plongea ses yeux noirs dans ceux, noyés de larmes, de Myrella. Certes il était mécontent, l’amertume se devinait dans sa voix, mais nulle colère.
    Elle se sentait tellement sotte qu’elle essaya de se justifier.
    - Mais bébé je ne l’ai pas fait exprès! Dévastée, elle posa timidement une main sur le bras d’Aschyanno. Celui-ci ne s’en dégagea pas.
    - Assume Chouquette, je sais que tu n’es pas en mesure de faire un choix pour le moment! En attendant, j’ai droit au respect et je ne veux plus t’entendre prononcer son nom en ma présence! Elle acquiesça d’un signe de tête, ne sachant quel comportement adopter. Il l’attira tout contre lui et la serra fort dans ses bras. Le visage de Dante traversa fugitivement l’esprit de Myrella.
    Celle-ci avait énormément manqué à Aschyanno et il en fut maladroit. La soulevant dans ses bras, il emporta son précieux fardeau dans la chambre où il la laissa choir doucement sur le lit. Il s’installa près d’elle et glissa ses doigts sous la chemise, couvrant son visage de tendres baisers. Il câlina délicatement ses seins, mais elle n’eut aucune réaction, pas plus qu’au baiser langoureux qu’il lui donna. Le regard fixé au plafond, elle demeurait de marbre. Paupières closes, elle le laissa vagabonder à son gré. La passivité de Myrella lui fit comprendre que son rival occupait encore toutes les pensées de la jeune femme.
    - Ok chouquette les parties à trois ça n’est pas pour moi! Tu te poses en martyre du devoir conjugal là et j’apprécie moyennement!
    Irrité et vexé il s’éclipsa dans la salle de bains en claquant la porte qu’il rouvrit pour la refermer silencieusement. Elle ne put s‘empêcher de sourire en songeant que même hors de lui, Aschyanno veillait à ne pas l’inquiéter.
    - Et retire ma chemise bon sang, ce n’est pas un vêtement de nuit! Vociféra-t-il à travers la porte. Là, il était réellement en colère…
    Rageuse, Myrella ôta ladite chemise et la jeta sur la moquette. Elle s’allongea sous les draps, tournant le dos à la porte de la salle de bains. En rejoignant la chambre, Aschyanno s’abstint de tous commentaires. Il plaça sa Cerutti sur un cintre dans le dressing. Elle ne remarqua pas le regard furieux qu’il lui lança pour la bonne raison qu’elle s’obstinait à garder les yeux clos. Aschyanno s’étendit près d’elle, avec tendresse il déposa un baiser sur son épaule nue puis il éteignit.
    Agenouillée, la cuisse de Dante entre les siennes, Myrella choyait son membre turgescent de ses doigts délicats. Ses lapements de chaton et le mouvement de balancier qu’elle infligeait à leurs corps, le faisait tressaillir. Lui, effleurait tendrement la poitrine de Myrella de ses paumes, puis s’intéressait, par petites touches, au délicat fanion soyeux qui dissimulait joliment son intimité. Les yeux dans les yeux, attentifs au plaisir de l’autre, ils prenaient leur temps. Lorsqu’elle le sentit tout près de la jouissance, elle s’allongea sur son torse, savourant un interminable baiser qui apaisa un temps les battements de son cœur et les vibrations de sa chair gonflée.
    La patience ayant ses limites, il crocheta ses hanches avec vigueur et la fit rouler sous lui. Elle ronronna d’un plaisir anticipé qui lui inspira aussitôt l’envie d’un jeu plus élaboré que la simple position du missionnaire. Il s’enfonçait déjà avec béatitude dans la torride miellée de son intimité lorsqu’elle le délogea d’un brutal coup de rein. Surpris il poussa un cri rauque, mais il comprit de suite que sa fougueuse partenaire l’invitait à quelque chose de bien plus ludique lorsque, s’installant à genou, elle lui présenta son joli postérieur. Instinctivement, les mains de Dante agrippèrent la taille de Myrella, et il la posséda rudement. Ils n’eurent pas besoin d’une longue chevauchée pour atteindre le firmament.
    Myrella se sentit comme aspirée à l’intérieur d’une tornade, un violent sursaut l’éveilla. Son rêve était si réel, qu’elle mit un moment avant de réaliser que c’était Aschyanno qui dormait à ses côtés. Elle adorait cet homme, alors pourquoi rêver d’étreintes torrides avec un autre?
    Comme s’il avait deviner qu’elle songeait à leur situation, Aschyanno vint, dans un demi-sommeil, appliquer étroitement son corps chaud contre celui de la jeune femme. Celle-ci cala sa tête contre son épaule, frôla sa joue d’une main affectueuse et déposa un bisou léger sur la peau couleur épices de son torse. Il replongea aussitôt dans un profond sommeil.
    Ayant beaucoup de mal à se rendormir, Myrella gardait les yeux grands ouverts sur l’obscurité ambiante. Ses pensées vagabondèrent à nouveau loin des bras affectueux qui l’enserraient, loin de ce cœur qui battait sourdement sous son oreille, loin d’Aschyanno qu’elle aimait beaucoup trop pour continuer à le faire souffrir ainsi. Bien vite ses éclats de rire résonnèrent aux abords de la crique aux galets bleus. Enlacée telle une liane au corps de Dante, elle se vautrait dans les herbes folles.
    Le réveil bourdonna plusieurs fois, suffisamment fort pour réveiller Aschyanno. Myrella, étendue au-dessus des couvertures, avait posé sa tête contre son flanc et l’un de ses bras sur son ventre. Il vit les traces des larmes qui barbouillaient ses joues et il en déduisit que son sommeil avait dû être agité. Il se dégagea de son étreinte, se pencha un très court instant au-dessus d’elle, juste le temps d’un baiser furtif au creux de ses reins. Ignorant la soudaine érection naissante et l’envie d’une chevauchée fantastique comme elle seule savait le faire, il se précipita sous la douche. Les encouragements aux allures de mantra de sa Chouquette résonnaient à ses oreilles.
    - Encore Bébé! Encore, encore, je t’aime tellement!
    Lorsqu’il sortit de la salle de bains, Myrella n’était plus dans le lit. Tout en s’habillant il songea à la toute première fois où elle était allée rejoindre Dante. Troublée et l’air coupable, elle lui avait avoué éprouver de tendres sentiments pour cet homme. D’un choix impossible entre eux deux. Et elle lui avait demandé pardon. Conscient que s’il s’était agit d’une autre personne, il l’aurait rapidement expédié., mais Myrella était son petit rayon de soleil et il ne se voyait pas la quitter. Quitte à la partager avec un autre. Il récupéra ses dossiers dans son bureau et une fois son attaché case verrouillé, il rejoignit Myrella dans la cuisine. Celle-ci, les cheveux en bataille, le visage ravagé par la fatigue et vêtu de son peignoir, trouvait encore le moyen d’être sexy en diable. Elle livrait un combat acharné contre le presse-agrume, n’obtenant que quelques gouttes de jus de pamplemousse malgré ses efforts. Il l’attira à lui et l’embrassa tendrement. Elle répondit à son baiser avec entrain. Lascive elle apprécia lorsque glissant ses doigts sous le peignoir, il effleura ses seins. Elle se suspendit à sa nuque et… la bouilloire se mit à siffler, les faisant sursauter tous deux. L’instant magique était derrière eux.
    - Je dois y aller, je suis presque en retard! Dit-il en l’embrassant sur le front tandis qu’elle se rajustait.
    - Je serais là de bonne heure ce soir, promis! Il s’empara de sa mallette et sortit rapidement de l’appartement.
    Le regard de Myrella s’était éteint. Elle expédia sans ménagement le verre de jus de pamplemousse qui se brisa dans l’évier. Le presse-agrume allait suivre quand elle remarqua le panache de fumée gris et malodorant qui se dégageait de la bouilloire. Agacée, elle déposa celle-ci sur la plaque froide, maudissant toute la gent masculine pour sa stupidité. Il fallait qu’elle prenne l’air avant de devenir totalement cinglée.
    Aschyanno dévala les marches trois par trois, Pourquoi l’avait-il quitté aussi rapidement? Il se traita mentalement d’idiot en réalisant que cette boisson elle ne la préparait pas pour elle, mais pour lui. Il déverrouilla la portière de sa voiture, lança son attaché-case sur le siège passager et s’apprêta à s’installer derrière le volant. Au lieu de cela, il claqua la portière, verrouilla le véhicule et partit en courant en direction de la cage d’escaliers. Il gravit rapidement les volées de marches, se jeta sur la porte, puis la referma d’un coup de talon.
    Assise sur le canapé, Myrella le vit débouler tel un diable hors de sa boîte. En sous-vêtements et bas prune, la jeune femme liait les attaches de ses bottines. Sa robe en laine épaisse occupait l’un des bras du sofa. Une telle sensualité se dégageait d’elle qu’il hésita, presque intimidé, à s’approcher.
    - Tu as oublié quelque chose Bébé? Un sourire emplit de malice illumina ses yeux. Elle décocha ses chaussures au milieu du salon. Il n’attendait qu’un signe de sa part et elle venait de le lui donner. Il fondit sur elle tandis que son blouson atterrissait sur la bibliothèque et que ses chaussures à lui, pulvérisèrent le grand vase posé sur la console. L’un comme l’autre ignora le fracas des morceaux qui s’éparpillaient sur le parquet. Nus come au jour de leur naissance, à une exception près, Myrella avait gardé ses bas prune, ils grognaient de plaisir. Tels deux animaux, en rut, ils se rudoyaient violemment. Myrella s’abandonnait sans retenue aux chocs puissants de son bassin qui cognait contre le sien. Couverts de sueur, ébouriffés, les sens exacerbés, il ne leur fallut pas longtemps avant d’atteindre le premier orgasme, puis un second tout aussi cataclysmique. La peau de Myrella s’était teintée d’un délicieux rose et elle avait du mal à reprendre son souffle. Qu’à cela ne tienne, blottie contre Aschyanno elle se laissa glisser dans une douce torpeur.
    - Tu me rends fou Chouquette! Je t’aime, je t’aime, je t’aime! Il couvrait son visage de baisers, l’étouffant pratiquement sous la pression de ses bras.
    - Je t’aime aussi Bébé! Elle n’avait plus assez de force pour le lui prouver, mais ses yeux brillaient de milles feux.
    Elle prit soudain conscience qu’à aucun moment son esprit ne s’était évadé auprès de Dante. La réponse s’imposa d’elle-même. Elle aimait les deux hommes, de cela elle était certaine., mais de façon différente.
    Dante était un artiste qui se nourrissait de rencontres et de lectures, il l’apaisait par son érudition et le sexe était ludique avec lui. Pourtant il manquait quelque chose à leurs ébats. Aschyanno lui, était un être pragmatique emplit d’idéaux qui recherchait la perfection dans chacune de ses actions. Il lui permettait les erreurs et les grains de folie sans en faire toute une histoire. Leurs joutes amoureuses étaient empreintes de brutalité tendre qu’il savait doser avec délicatesse.
    - N’avais-tu pas une réunion importante ce matin? Elle se risqua à lui rappeler ceci alors qu’il venait d’exprimer le désir de poursuivre leurs retrouvailles dans la chambre. Il ignora la question, se contentant de la soulever sur son épaule comme un sac de pomme de terre. Une fois auprès du lit, il la catapulta sur le matelas. Ses rebonds la firent rire aux éclats. Il se demanda alors depuis combien de temps il ne l’avait pas entendu rire d’aussi bon cœur? Ses yeux brillants d’excitation et ses longues jambes gainées de prune l’incitèrent à renouveler la farandole des sens qu’ils venaient à peine de conclure. Un brin lubrique avec un soupçon de paillardise, il entama la gamme des caresses érotiques qui les conduirait bientôt au bonheur. Leurs langues exécutèrent un long ballet sensuel au cours duquel Myrella et Aschyanno, peau contre peau, s’exerçaient à souffrir sous le joug du plaisir. Ses hanches ondulaient chaque fois qu’il passait vigoureusement sa langue sur son intimité ruisselante. Quand ce fut son tour, elle lui rendit ses caresses avec savoir-faire et lorsqu’il s’insinua en elle, Myrella le remercia par un grand cri de satisfaction. Dante fut relégué à des années-lumière de leurs ébats. Elle se retrouva à califourchon sur Aschyanno, jouissant d’intenses sensations. Elle le chevaucha, joignant ses mains aux siennes, s’agitant et hurlant comme la plus redoutable des walkyries. Les bras levés au ciel elle entama une radieuse cavalcade comme si cela devait être la dernière. Toutes tensions apaisées, Myrella s’endormit d’un sommeil de plomb car elle avait compris qu’Aschyanno serait toujours auprès d’elle à chacun de ses réveils. Quant à Aschyanno, l’espoir s’était insinué dans en lui. L’espoir qu’un jour viendrait, proche, où Myrella oublierait jusqu’au souvenir de Dante…


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  • ( I ) - De L’uN…

    Un soir de fin Février, Myrella grimpa résolument dans le T.G.V. Elle avait jeté pêle-mêle quelques vêtements chauds, un nécessaire à toilette -se limitant à une brosse à dents et une gamme de produits de la marque à l’olivier- une vieille chemise usée jusqu’à la trame, cadeau d’Aschyanno, dont elle ne se séparait jamais, et Pouf, sa peluche mi chien mi Pokémon, dans un petit bagage. Elle avait claqué la porte d’entrée aussitôt déposée une brève missive sur la table du salon, à l’adresse de son compagnon. «Je t’aime, mais il me manque! Je sais que tu m’auras pardonné à mon retour! Mille baisers de ta Chouquette» Ainsi il saurait que ce n’était rien de plus que l’une de ses escapades d’où elle rentrerait penaude et embarrassée. Rien n’était prémédité, mais depuis sa rencontre avec Dante, elle ressentait parfois le besoin impérieux de rejoindre celui-ci. Elle avait croisé Dante au détours d’une rue à Aix-en-Provence, et le soir même , elle s’était abandonnée à la chaleur de ses bras. Elle adorait Aschyanno, son compagnon depuis quatorze mois déjà, mais elle avait un tel besoin d’amour qu’elle n’avait pas penser à mal en se donnant à un inconnu. Dante était ce que l’on nomme un être solaire, et il avait été immédiatement conquis par cette jolie jeune femme de vingt ans sa cadette. Á l’un comme à l’autre, elle n’avait pas caché que son cœur battait simultanément pour deux hommes. Aschyanno était son yin, une force brute qui lui faisait découvrir sa féminité longtemps mise de côté, tandis que Dante, son yang, lui insufflait la force de se révéler. Ces deux hommes étaient devenus complémentaires et nécessaires à son équilibre, Myrella ressentait un besoin viscéral d’étreindre Dante pour se persuader qu’il était bien réel. Et, trop longtemps loin d’Aschyanno, elle s’étiolait et se morfondait. Celui-ci aurait pu tout simplement la rejeter en apprenant sa trahison, mais un brin de culpabilité causé par ses nombreux déplacements, le poussa à accepter les excursions sentimentales de sa Chouquette. D’ailleurs, elle ne restait jamais partie bien longtemps…
    Lorsqu’elle descendit du train, Myrella chercha Dante du regard. Elle le vit qui attendait patiemment adosser à l’un des grands piliers du hall d’entrée. Il regardait, sans réellement les voir, les voyageurs qui pressaient le pas pour rejoindre les quais de départs. Elle se hissa sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur la joue. Il sursauta, surpris en flagrant délit de rêveries. Dante enserra la taille fine de Myrella d’un bras ferme et posa ses lèvres en un doux baiser qui s’éternisa sur celles de la jeune femme. Puis, le chaud ballet de leurs langues emmêlées aimanta leurs corps et les transporta si loin qu’ils en oublièrent où ils se trouvaient.
    - «Tout de même il y a des chambres d’hôtel pour cela!» entendirent-ils prononcer d’une voix furieuse tout près d’eux. Ils s’écartèrent l’un de l’autre en souriant à la femme qui avait prononcé ces paroles acerbes. Dante récupéra le sac de voyage de Myrella, et main dans la main ils se dirigèrent vers le parking
    Myrella frissonnait, mais ce n’était pas la température extérieure qui l’embarrassait ainsi. D’autant que sa coquette veste longue, bleue, en mohair, lui tenait bien chaud. Myrella s’était vêtue sagement car la température n’était pas forcément très clémente en cette saison dans le Sud, et cela même si le soleil se montrait généreusement. Des leggings gris perle assortis à ses bottines fourrées parachevaient sa tenue. Pourtant, la jeune femme avait la chair de poule. Le baiser de Dante l’avait bouleversé jusqu’au tréfonds de son ventre.
    - Tu vas devoir patienter petite friponne! Dante savait parfaitement ce qui tourmentait sa compagne puisqu’il se trouvait dans les mêmes dispositions. Une fois derrière le volant, Dante démarra, la main de Myrella posée sur la sienne actionna le levier de vitesses…
    Le voyage ne fut pas long, mais très fatigant car cette fois-ci Dante avait loué un petit refuge perdu dans un des profonds vallons jouxtant le Garlaban. Entre nationale et départementale, seul un chemin de terre bosselé sur trois kilomètres y conduisait. Isolés au plus près de la nature et bercés par le murmure discret des minces filets d’eau de sources oubliées qui se révèlent seulement la nuit, les deux amoureux, d’un commun accord avaient choisi l’option Provence pour se retirer de la multitude.
    Le chalet était certes petit, mais fonctionnel et confortable au possible. Il s’ouvrait sur une grande pièce à vivre dont la cheminée occupait les trois-quarts d’un pan de mur. La chaleur qui régnait dans la salle principale était digne d’un après-midi de juillet, cela était même trop. Ils se mirent à l’aise avant de poursuivre la visite. Une banquette repas recouverte d’épais coussins était disposée sous un abri terrasse vitré qui devait donner l’impression de se retrouver en pique-nique sous les pins à chaque repas. Le grand sofa, devant la cheminée, était plus qu’accueillant avec ses trois édredons d’assises. Une cloison en briques, dans laquelle plusieurs niches servaient de buffet, dissimulait la cuisine. Le mobilier de la chambre était spartiate, mais largement adapté au peu que leur bagage contenait. Quant à la salle-de-bains, elle se limitait à une vasque et une douche à l’italienne. Le matelas leur parut très confortable. Si confortable, qu’à peine la literie installée ils se laissèrent choir sur la couette recouverte d’une housse sur laquelle étaient imprimées des branches de pins.
    Myrella se laissa rouler au-dessus de Dante et commença à l’embrasser langoureusement. Celui-ci caressa ses fesses et la fit culbuter sous lui, l’écrasant de toute sa vigueur. Le baiser qu’il lui rendit la laissa pantelante.
    - Serait-ce une invitation ma chipie?
    Myrella s’abstint de toute réponse, mais elle mordilla doucement les lèvres de Dante par petites pressions de ses dents. Leur langue se joignirent. Avec des exercices dignes des plus habiles contorsionnistes ils ôtèrent tout ce qui les gênait. Myrella adorait ce moment d’intense passion où il se faisait brutal et tendre à la fois. Le ventre en feu, elle se laissait rudoyer gentiment tandis qu’il écartait ses cuisses du plat de la main avec tendresse. Il caressa lentement chaque centimètre de peau, lui interdisant tous mouvements sous peine d’être fessée comme une enfant turbulente. Lorsque ses halètements devinrent trop soutenus, il la retourna sur le ventre et la chevaucha de tout son poids, lui murmurant des mots passionnés à l’oreille. Les plaintes rauques de la jeune femme furent le signal qu’il attendait pour la faire jouir une première fois. Elle rampait à chacun de ses violents coups de reins, criant son plaisir dans l’épaisseur de la couette. Il retenait ses épaules avec force, allant à chaque fois plus profondément en elle. Tétanisée par le plaisir qui la submergea, le corps de Myrella se détendit en de violentes convulsions. Elle avait à peine repris son souffle qu’elle se retourna et se mit à flatter de sa langue et de ses doigts le membre turgescent de Dante. Après quelques minutes de cet intense traitement il hoqueta bien prêt de la jouissance. Elle l’enfourcha avec grâce et se laissa glisser sur son sexe douloureux. Il gémissait sourdement, faisant osciller son bassin malgré lui. La force de ses baisers leur meurtrissait les lèvres, mais elle poursuivit longuement ce châtiment avant de lui permettre de se mouvoir en elle. Dans un râle animal il s’abandonna à la volupté, entraînant Myrella dans les flammes ardentes de ce brasier qui les consuma tous deux. Moites de sueur et humides de leurs spasmes, ils s’endormirent du sommeil du juste. Privés de dîner la veille au soir, le petit-déjeuner fut pantagruélique. Ainsi commença ce qui s’annonçait comme une agréable villégiature.
    Pendant près de trois semaines, les amoureux se saoulèrent des rayons de l’astre lumineux qui s’exerçait pour la belle saison, des senteurs que la terre exhalait aux prémices du printemps et des couleurs contrastées que leur offrait la végétation qui ébauchait son renouvellement. Indifférents à l’hiver qui s’effritait, ils profitèrent de l’air frais des collines, des champs d’oliviers en dormance, et des villages perchés le long des à-pics vertigineux de la montagne. Les futurs champs de lavande violettes dont les feuilles reverdissaient déjà, l’éternuement des marmottes se dissimulant dans les bosquets touffus, et le chant tonitruant des cigales aux heures chaudes, viendraient plus tard. Ils crapahutèrent dans le massif de la Sainte-Baume puis ils allèrent visiter la crypte de la basilique gothique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume où se trouve le sarcophage attribué à Marie-Madeleine, épouse de Jésus-Christ ressuscité. Dante et Myrella avaient des journées bien remplies et des soirées paisibles passées à cuisiner de solides repas pour récupérer l’énergie brûlée au cours de leurs excursions. Exténués ils s’endormaient blottis l’un contre l’autre jusqu’au lendemain. Au petit matin, leurs joutes amoureuses leur apportaient la touche de sensualité dont ils nourrissaient leur unité. Les jours se succédant les uns aux autres, il en vint un où Dante surprit une grande tristesse dans le regard de Myrella. Alors qu’elle se croyait seule, elle laissa échapper un long soupir et deux larmes roulèrent sur ses joues. Il fit comme s’il n’avait rien vu. Accablé par le doute, les jours qui suivirent, il se rendit compte que sa compagne devenait de plus en plus taciturne et réservée. Un soir où il la trouva plus silencieuse et morose que d’habitude, redoutant la réponse, Dante se risqua tout de même à poser la question.
    - Il te manque autant que cela?
    Myrella sursauta au son de sa voix. En une fraction de seconde, un beau sourire barra ses lèvres et ses yeux s’illuminèrent.
    - Je suis bien ici avec toi, mais trop longtemps loin de la ville je m’étiole un peu tu sais! Dante traduisit sa phrase par un «loin d’Aschyanno je suis malheureuse» et cela l’affecta.
    - J’ai besoin de mon coiffeur, de faire du shopping, de me perdre dans la foule et ma minette va bientôt ressembler à la fourrure de ce plaid! Myrella cherchait à se justifier en plaisantant, mais cela sonnait faux. Son dilemme était insurmontable car elle ne se voyait pas quitter Aschyanno pour Dante qui lui était pratiquement aussi indispensable que l’air qu’elle respirait. Celui-ci avait saisis depuis bien longtemps qu’il devait la laisser partir s’il voulait conserver la relation privilégiée qu’il entretenait avec la jeune femme.
    Ce soir-là, pour la première fois depuis leur arrivée Dante alla se coucher sans Myrella. Celle-ci avait ressenti le besoin de s’isoler alors qu’elle aurait voulu se blottir entre les bras de Dante afin de lui prouver qu’elle l’aimait de tout son cœur.
    Allongée sur le ventre à l’extrême bord du lit -comme si elle cherchait à s’interdire tous contacts avec lui- ses longs cheveux blonds cachant en partie son visage et ses épaules se soulevant légèrement au rythme de sa respiration, c’est ainsi qu’il la découvrit le lendemain matin. Le drap avait glissé et dévoilait un peu plus que la cambrure de ses reins. Dante observa longuement Myrella. Il était heureux de la voir aussi paisible alors il hésita à la réveiller. Mais ses doigts, comme dotés d’une vie propre, furent attirés malgré lui par la douceur de la peau nue de Myrella. Ils y dessinèrent de petites circonvolutions allant lentement du haut de son dos à la rondeur de ses fesses. Le corps alangui de sa jolie maitresse lui était un si beau spectacle qu’il en devint imaginatif. Ses caresses se firent plus appuyées, tous comme les baisers dont il couvrait sa nuque. Myrella soupira d’aise, mais n’ouvrit pas les yeux. Un sourire malicieux se dessina sur ses lèvres. Elle appréciait tout particulièrement ses tendres instants où il quémandait, par d’affectueux effleurements, son approbation avant de passer aux choses sérieuses. Une fois la déferlante de leurs sens, apaisée ils se maintinrent peau à peau, les yeux dans les yeux. Ils ne parlaient pas. Elle répondit à ses questions muettes par un torrents de larmes qui empourpra ses joues.
    Sur le quai de la gare, les yeux embués, Dante regardait le train s’éloigner. Il n’avait pas la force d’agiter la main comme le faisait Myrella derrière l’une des vitres du compartiment B102. Elle décocha un dernier baiser de sa paume ouverte en soufflant dans sa direction. Le convoi s’ébranla et elle ne fut bientôt plus qu’une silhouette indistincte. Au mépris du qu’en dira-t-on, les hoquets se transformèrent en sanglots douloureux qu’il livrait à ceux qui le croisaient dans le grand hall de la gare. Son cœur venait de se briser...


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    ... Son APN en bandoulière, Dorhn musardait au gré des ruelles du vieux quartier de la ville. Par ce bel après-midi d'été, il était à l’affût du cliché qui ferait la différence parmi ceux de ses collègues lors du briefing. Les jets bouillonnants de la fontaine couverte de mousse produisaient d'imperceptibles arcs-en-ciel qu'il immortalisa pour la forme. Les jeux d'ombres et de lumière qui se dessinaient sur les façades recouvertes de vigne rouge de la maison des vétérans pourraient éventuellement lui façonner un panneau pour son salon dont il n'avait pas encore commencé la décoration. Dorhn venait de déménager depuis peu à la suite d'une douloureuse rupture. Depuis son arrivée dans ce petit village de Provence, il n’était pas encore parvenu à mettre de l’ordre dans ses pensées. Peu de livres, de vêtements et de vaisselle avaient été déballés. Et si les meubles étaient en place, c'était uniquement parce que les déménageurs y avaient contribué. Dorhn avait besoin de cette transition pour évoluer. L’éditorial du magazine pour lequel il travaillait allait être consacré au lieu de naissance d’une star du moment. La ville où il venait de s’installer en l’occurrence. Il joignait l’utile à l’agréable en perpétuant le souvenir de découvertes extraordinaires. C’était la raison pour laquelle il cheminait le long des allées piétonnières en pleine canicule. Soudain, à l'extrémité d’une ruelle, la silhouette gracieuse d'une jeune femme attira son regard. Il se figea.
    Appréciant la démarche plaisante de celle-ci, un léger sourire se dessina sur ses lèvres et il se mit à l'observer sans retenue. Progressant nonchalamment dans sa direction, l'attrayante créature était vêtue d'une robe légère dont le corsage ajusté enveloppait ses charmes et la jupe virevoltait au rythme de ses déhanchements. Elle dépassa Dorhn, laissant planer un délicat parfum dans son sillage. Il reconnut une fragrance aux senteurs d'orient mêlées de fleurs de citronnier, qu'utilise l'une de ses collègues. Cette rencontre le mit de bonne humeur. Il se retourna un bref instant pour la suivre des yeux, le temps de la voir disparaître au bout de l'allée. Puis il reprit sa marche.
    Dorhn, la petite quarantaine, un corps qu'il entretenait avec soin, appréciait les jolies femmes. C'est sans doute pour cela que Maïra avait mis un terme à leur relation. Elle en avait eu assez d'entendre toujours la même excuse lorsqu'elle surprenait le regard appuyé de son compagnon sur l'une de ses congénères. "C'est professionnel ma chérie, je ne vois cette personne que comme un éventuel modèle!" Maïra croyait en la sincérité de Dorhn, mais un jour, il y eut le premier dérapage, puis le second …et la belle Annie avait été celle de trop. Cela avait précipité le départ de Maïra. Dorhn comprit, mais trop tard, qu'il tenait vraiment à elle. Le retour à la réalité fut violent.
    Sa déambulation le conduisit sur le sentier menant au donjon en ruine de la forteresse qui surplombait le vieux bourg. Séduit par l'assemblage des vieilles pierres qui résistaient encore au temps qui passe, il ajouta plusieurs clichés à sa carte mémoire. Il se risqua sur un pont branlant et découvrit que la rivière en-dessous était asséchée depuis bien longtemps. Pourtant, en observant attentivement le sol, il aperçut un mince filet d'eau qui courait entre les rochers et les broussailles. Il devait certainement y avoir une source, d'où le nom du village. Ses pas le ramenèrent au centre de l'agglomération dont les rues désertes étaient dévorées par la flamme incandescente de l'astre solaire. Il emprunta une rue où les immeubles modernes jouxtaient des bâtiments anciens. Deux statues démesurées, gardiennes de l'entrée du parc verdoyant au centre-ville, luisaient d'un éclat presque fluorescent.
    Son APN crépita plusieurs fois. Seulement couvert d'un short cargo et d'une chemisette sans manches, Dorhn commençait à trouver la chaleur insupportable. Le besoin de s'hydrater lui devenait plus que nécessaire. Il repéra un charmant petit troquet à la terrasse ombragée vers lequel il se dirigea immédiatement.
    Sirotant une boisson fraîche à petites gorgées, il s'adossa confortablement au fauteuil bistrot sur lequel il était assis. Après une dizaine de minutes de détente, il se saisit de son APN posé sur la table, et entreprit de faire défiler les nombreux clichés qu'il avait réalisé. Concentré sur sa tâche, il ne remarqua pas celle qui était venue s'installer à la table voisine. Un effluve citronné taquina ses narines, il releva la tête. À quelques centimètres de lui, assise avec grâce, le regard perdu dans ses songes, se tenait l'inconnue de l’allée. Détaillant les éclats dorés de sa chevelure aux mèches rebelles, il la trouva réellement séduisante. Le bleu, quasi gris-perle, de ses yeux l'envoûta aussi sûrement que les incantations d'un maître vaudou. Il trouva si sensuelle la façon dont elle porta son verre à ses lèvres qu'il aurait presque qualifié cela d'érotique. Les mots passion et concupiscence traversèrent son esprit. Il maîtrisa à grand peine la pulsion qui avait failli le pousser à aborder la jeune femme à des fins inavouables.
    Interceptant le regard du photographe, la jeune femme le fixa à son tour. Elle le salua d’un imperceptible clignement de paupières puis celle-ci porta un toast silencieux dans sa direction en levant son verre devant elle. Dorhn qui ne savait quel comportement adopter lui sourit tout simplement. Les battements de son cœur s’accélérèrent dans sa poitrine tandis qu’une agréable sensation de chaleur envahissait tout son être. Il fut très déçu lorsqu’il la vit se lever. En passant près de lui, la promiscuité des tables lui donna l’occasion de frôler de sa cuisse le bras de Dorhn. Un frisson le traversa des pieds à la tête. Elle s’excusa machinalement d’une voix douce puis se dirigea vers les abords du canal. Dorhn la perdit de vue une fois les frondaisons passées.
    Sans réfléchir, il se leva à son tour. Ses pas le propulsèrent en direction du chenal où de nombreux saules tire-bouchon faisaient une haie d’honneur aux rares promeneurs qui osaient se risquer le long de la berge par cette extrême chaleur. Dorhn aperçut enfin celle qu'il suivait. Elle venait de se faufiler à travers le feuillage épais d'un saule ancestral. Pour se donner contenance, il fit un rapide cliché de l’arbre avant de rejoindre la jeune femme sous la cathédrale de verdure. Il y faisait frais grâce aux longues lianes vrillées qui tombaient en ramures. Celles-ci formaient un rideau touffu qui protégea naturellement Dorhn et l’inconnue des regards indiscrets des autres flâneurs. Elle se tenait nonchalamment adossée au tronc court et noueux. Dans ses prunelles, on ne lisait aucune peur, seulement un brin de fantaisie et de souhaits inavoués mêlés. Il réalisa alors qu'il ne devait pas être le premier qu'elle invitait ainsi à ses jeux espiègles. Les branches basses du salix babylonica offraient de nombreuses possibilités et elle entendait bien les lui faire découvrir. Dorhn voulut se présenter, mais elle plaça un doigt en travers de sa bouche lui intimant ainsi l'ordre de se taire. Ravissante, enjouée, elle s'approcha de lui et entreprit adroitement un déboutonnage en règle de la chemise en lin de Dorhn. Ses doigts délicats effleuraient la peau de son torse et il frissonnait au contact léger qu'elle prolongeait délibérément à chaque boutonnière. Lentement, elle lui retira son vêtement, le déposant sur l'une des branches basses à sa portée. D'une œillade, elle quémanda la permission de poursuivre. Sans attendre la réponse, elle fit courir la pulpe de ses doigts sur les flancs sensibles de celui qu'elle avait choisi pour amant. Quasi hypnotisé, Dorhn tressaillit et émit un gémissement rauque lorsque, glissant ses doigts sous la ceinture de son short, du bout des ongles, sa séductrice flatta ses reins. Il l'attira tout contre lui, noyant son visage dans son épaisse chevelure. Elle le repoussa gentiment, et toujours sans un mot, elle dégrafa sa robe puis l'ôta. Celle-ci rejoignit la chemise de Dorhn sur la penderie improvisée. Impudique et sûre d'elle, elle le brava du regard. Le corps dressé en un i parfait, elle tendit légèrement son pied droit devant elle. Tels deux tentacules, elle leva ses bras progressivement au-dessus de sa tête tout en faisant danser ses poignets en de légers mouvements circulaires. Son regard toujours fixé à celui de Dorhn, elle se mit à ondoyer habilement du bassin comme le font les danseuses orientales, puis elle descendit ses bras devant son visage et les croisa avec élégance sans stopper le mouvement de ses poignets. Le mouvement lascif de son ventre hypnotisait Dorhn qui avait bien du mal à réprimer l'envie de poser ses paumes sur les hanches de la danseuse.
    Lorsque les bras de celle-ci se trouvèrent à hauteur de ses cuisses, elle renouvela son envolée. Les rares rayons de soleil qui parvenaient à traverser l'épaisseur du feuillage les enveloppait d'un halo mordoré et le corps presque nu de la jeune femme ressemblait à une créature échappée des champs Élysées. Elle maîtrisait parfaitement l'art difficile qu'elle avait choisi pour le fasciner. Au lieu d'un vulgaire strip-tease, elle lui offrait un véritable spectacle de danse. Bien campée sur ses pieds, elle écarta légèrement les jambes, puis détendue, elle joua de ses genoux, les bras encadrant ses hanches en parenthèses, générant les tremblements caractéristiques de cette chorégraphie compliquée. Son corps entier se mit à vibrer sous le regard admiratif de Dorhn. Cela faisait bien longtemps que celui-ci n'avait pas ressenti l'appel de la chair avec une telle intensité. La démonstration de la jeune femme se termina en apothéose, le laissant tout comme elle, hors d'haleine. Ayant repris son souffle, elle rapprocha son visage du sien, puis de ses lèvres elle effleura ses paupières et ses joues. Elle pinça délicatement le lobe de son oreille de ses dents et cela le mit carrément en transe. Elle plaqua avidement son corps contre celui de Dorhn, caressant lentement ses épaules dénudées et le bas de sa nuque. Puis elle joignit sa langue à celle du bougre pantelant qu'il était devenu. Il tentait désespérément de dissimuler l'érection qui rendait son boxer bien trop étroit. N'y tenant plus, les sens exacerbés, Dorhn enlaça sa partenaire. Il l'embrassa avec passion, flattant des paumes ses fesses couvertes d'une lingerie arachnéenne. Malicieuse, celle-ci pressa son ventre contre la virilité douloureuse de Dorhn. La respiration saccadée de la jeune femme faisait écho aux pulsations de son cœur, rapides, débridées, passionnées.
    Comprenant qu’il hésitait malgré un désir puissant à lui prouver son ardeur, elle prit l'initiative de diriger leurs ébats. Avec douceur, elle le délesta de ses habits d’été. Elle se dépouilla prestement des petits bouts de tissu qui recouvraient encore ses charmes. Ainsi nus, ils auraient pu paraître triviaux, mais leur nudité n'avait rien de choquant. Tendrement, elle se pelotonna contre lui. Gémissant d'impatience elle releva haut sa cuisse, revendiquant avec force le besoin qu'elle avait de cette étreinte, l’envie de se soumettre à cette délicieuse caresse. La brûlure exquise des sens qui se propagea en eux multiplia leurs sensations charnelles. Lorsque Dorhn s'agrippa à ses hanches, le désir qui la consumait la fit instinctivement se cambrer. Elle s'empala d'elle-même sur le sexe turgescent de son compagnon. De lents, ses va-et-vient se transformèrent en de puissantes poussées qui les conduisirent rapidement à l'ivresse d'un fabuleux orgasme. Blottis l'un contre l'autre, ils en oublièrent où ils se trouvaient. Des voix se firent entendre, ce qui les fit sursauter. Ils se rhabillèrent en hâte. Non loin d’eux, au travers des branchages qui les abritaient, ils distinguèrent les derniers promeneurs de l’après-midi.
    - Je me prénomme Lyleth! Lui dit-elle simplement. Cette révélation sonna comme un cadeau d'adieu. Dorhn la vit disparaître au travers du feuillage sans qu'il n'ait eu le temps de répondre. Mélancolique, il récupéra son APN suspendu à l'une des branches du saule, réalisant qu'à part ce prénom, il ne savait rien d'elle.
    Cette rencontre éphémère lui avait fait prendre conscience qu’il était temps pour lui d’avancer. De retour à son appartement il défit ses cartons jusqu’à tard dans la nuit. Son travail l’aida aussi à se reconstruire. À ses moments libres, il longeait le canal avec le secret espoir de tomber sur celle qui l'avait marqué plus qu’il n’osait se l’avouer. Bon nombre de fois il aperçut la silhouette gracile de la jeune femme. Au détour d’une allée du parc, dans la rue commerciale, à la terrasse du café Paul ou dans le magasin de fruits et légumes dans lequel il s'approvisionnait. Croyant la reconnaître, Dorhn devenait tout sourire, puis l’instant d’après, dépité, il s'apercevait de son erreur. Il exécuta de fabuleux clichés dont il fit des tirages noir et blanc. Son esprit créatif était revenu. Encadrés avec esthétisme, il dissémina les photographies sur les murs blancs de son appartement. Lyleth passa au second plan.
    Fabien Jacquet était le journaliste en vogue du moment. Sa série d'articles sur certains clubs libertins sulfureux de la côte l’avait propulsé sur le devant de la scène. Séduit par le travail de Dorhn lors d’une exposition d’objets artisanaux, il s'assura de sa coopération par l'intermédiaire de la maison de presse qui les employait tous deux.
    Rendez-vous fut donné au "Boudoirs & Bougeoirs", un club échangiste, sélect celui-ci, où seuls les habitués avaient droit d'entrée. Les nouveaux adhérents devaient obligatoirement être parrainés par un membre ayant au moins deux ans d’ancienneté au club. Après un briefing succinct au cours duquel le propriétaire des lieux expliqua à Dorhn et Fabien qu'ils devaient observer une totale discrétion envers les clients, ceux-ci déambulèrent librement dans les couloirs ouatés de l’établissement. Le dress code et l'ambiance feutrée qui régnaient n'avait rien à voir avec ce que s’était imaginé Dorhn. Jacquet connaissait bien son sujet et restait très professionnel. Il n'y avait rien de malsain dans ses questions. Deux couples acceptèrent de s'isoler un moment pour lui apporter quelques réponses. Se faisant discret, le photographe joua de son APN pour immortaliser le décorum moelleux ainsi que l'ambiance polissonne et mesurée qui régnait dans le grand salon. Rien de vicieux ni d'obscène ne vint agresser son objectif. Les hôtes du journaliste lui confièrent qu'eux venaient là pour assouvir un fantasme commun et raviver la flamme du désir. Ils expliquèrent, qu'avides de sensations nouvelles, certains conjoints tentaient la première fois sans grande conviction. Puis, mis en confiance par des procédés conviviaux, ils se laissaient guider vers les alcôves coquines et devenaient de fervents pratiquants. Certains couples illégitimes étaient là pour y vivre leurs fantaisies en toute quiétude sans risquer une rencontre malheureuse qui les aurait exposés au qu’en dira-t-on. D'autres, amants d’un moment, venaient enrichir leur expérience en découvrant de nouveaux plaisirs inédits. En terminant l'entretien, Sacha désigna un homme d'une quarantaine d'années à ses interlocuteurs en précisant que celui-ci ne venait au "Boudoirs & Bougeoirs" que deux ou trois fois par an, s'offrant ce qu'il appelait des voyages exotiques. Fabien remercia chaleureusement ses interlocuteurs. Ayant largement de quoi étoffer son article, il s’apprêtait à quitter les lieux en compagnie de Dorhn.
    La musique d'ambiance cessa et le tintement léger d'une clochette attira les regards en direction de la scène modeste du club. Un homme, micro en main, attendait que cesse le brouhaha.
    - Chers hôtes, accueillons chaleureusement les élèves de l'école de danse de mademoiselle Grenna! Le show de ce soir est intitulé Malice et Délice!
    L'animateur attendit que cesse les applaudissements puis il poursuivit d'une voix enjouée.
    - Soyez attentifs, vous y découvrirez certainement l'inspiration pour une fin de soirée agréable! Je vous souhaite un bon divertissement! Il se retira derrière l’épais rideau pourpre que l’on avait descendu. Dorhn et Fabien se consultèrent du regard, et d'un commun accord décidèrent de profiter du spectacle. Après tout, la soirée leur était offerte. Le tintement de clochette résonna une nouvelle fois, puis une musique langoureuse et envoûtante s'échappa des haut-parleurs. Le rideau remonta lentement et les projecteurs révélèrent sept danseuses orientales placées au centre de l’estrade. Elles étaient vêtues d'un costume semblable en tout point. Un bustier à paillettes vert et or bordé de grappes de perles de verres, rondes. À chaque extrémité des grappes, un sequin de métal doré lançait des éclairs sous la lumière des projecteurs. Une jupe longue, faite de plusieurs épaisseurs de mousseline, de la même couleur que le bustier, fendue sur les côtés, était maintenue à la taille par une large ceinture ornée de motifs géométriques brillants de mille feux. Un bijou de tête et des bracelets fins complétaient la tenue de scène. Féminines par excellence, dès que se firent entendre les premières notes de la mélodie exotique, les exécutantes entamèrent de gracieuses arabesques des bras et du corps. La chorégraphie, parfaitement adaptée au lieu, honorait la fluidité des déplacements qui eux-mêmes étaient une invitation au cœur de la sensualité. Chaque partie de leur corps était mise à contribution. Cela devint un réel plaisir pour toute la salle que d'admirer ce ballet, tantôt saccadé et rythmé, tantôt ondulant et fluide puis enjoué et dynamique. Dorhn observait le spectacle avec attention. Une impression de déjà vu s'imposa à lui, mais il ne parvint pas à se rappeler à quel moment il avait déjà assisté à un tel spectacle? Trente minutes plus tard, sous les applaudissements nourris des spectateurs, les danseuses disparurent dans l'obscurité.
    - Mesdames et Messieurs, j'ai l'immense joie de vous présenter l'instigatrice de ce show! Applaudissez mademoiselle Grennaaaa! Émoustillé par les danses érotiques qui l’avait auparavant distrait, ce public de choix fit une ovation à la danseuse professionnelle. La lumière se ralluma. Tous découvrirent une splendide jeune femme, affublée d'un costume flamboyant. Ses cheveux blonds, lissés, encadraient son visage et retombaient de chaque côté de ses épaules. Elle ne portait aucun bijou si ce n'était le foulard incrusté de minuscules petit grelots qui enserrait sa taille. Tous se turent dès qu'elle eut salué l'auditoire d'une courte révérence. Une douce pénombre baigna alors la scène, puis, magique et lancinante, la musique se fit entendre. Le corps tendu à l'extrême, la séduisante artiste leva avec grâce son pied droit devant elle tout en remontant ses bras au-dessus de sa tête. Le mouvement sensuel de ses poignets captivait l'assistance. Elle tenait son regard fixé droit devant elle, un charmant sourire éclairait ses lèvres. Elle agita lentement son bassin de gauche et de droite puis d'avant en arrière, évitant de cambrer ses reins pour une imitation parfaite de la danse du cobra. Les sonnailles de sa ceinture faisaient écho à la mélodie qui guidait ses ondoiements. Elle prit assise sur ses pieds, les jambes légèrement écartées. Ses genoux entamèrent un vibrato époustouflant jusqu'à ce qu'elle ne soit plus que trémulations...
    Sonné, comme s'il avait reçu un violent coup de poing dans la poitrine, Dorhn le regard fixe n'en croyait pas ses yeux. Son sang emprunta l'accélérateur à particules qu'étaient devenues ses artères et son cœur se mit à battre la chamade. En pleine confusion, il sentit qu'il allait perdre l'équilibre, et ce n'est qu'au prix d'un terrible effort de volonté qu'il réussit à faire disparaître la sensation de vertige qui l'avait envahi. Ses tremblements ne cessèrent que lorsqu'il porta enfin les yeux sur la jeune femme qui se tenait sur la scène.
    Mais pourquoi diantre, ne l'avait-il pas reconnu immédiatement?
    Celle qui se produisait devant ses yeux médusés, n'était autre que Lyleth. SA Lyleth. Celle qu'il avait recherchée durant des semaines. Le costume de scène, l'ambiance et le rayonnement multicolore des spots réglés au minimum avait masqué l'identité de celle qu'il croyait ne jamais revoir. Mais, comment oublier ses courbes parfaites qui l'avait séduit dès le premier regard qu'il avait porté sur elle. Dorhn réarma son APN et alla s'asseoir au sol tout près de la scène, dans un angle mort afin de ne pas déranger les autres spectateurs.
    En virtuose qu'elle était, la danseuse évoluait avec un charme fou, elle donnait une vie propre à ses épaules qu'elle remuait avec élégance, puis les trémoussements qu'elle infligea à son buste échauffèrent les esprits. Le ballet de ses bras et de ses mains ne faisait qu'accentuer le côté lascif de son art. Et enfin, oscillant d'avant en arrière, Lyleth fit bouger son ventre au rythme de la musique. Ce déhanché dont l'amplitude dépassait tout entendement pour les novices, provoquait le tintement des minuscules clochettes accrochées à sa taille. Sa démonstration se termina sur un tonnerre d'applaudissements.
    À peine essoufflée, celle-ci s'inclina dans une pose respectueuse puis disparut aux yeux du public transporté.
    Encore subjugué par sa découverte et par le spectacle auquel il venait d'assister, Dorhn ne réagit pas à la disparition de Lyleth. Ce ne fut que lorsqu'il prit conscience que les hôtes du club reprenaient là où ils en étaient restés avant le show qu'il revint à la réalité. Sa première réaction fut de chercher la jeune femme des yeux, mais il ne la vit nulle part. Il repéra Fabien en charmante compagnie. Celui-ci serrait de près une petite rousse en bas résille et body couin qui le couvrait de caresses avenantes. Sans remords Dorhn l'abandonna à son sort.
    Se déplaçant d'alcôves en niches, de boudoirs douillets en salons confortables, il finit par découvrir Lyleth entourée d'une cour d'admirateurs, celle-ci était tout sourire. Une coupe de champagne rosé en main, elle portait un toast en l'honneur de l'assemblée. Dorhn s'approcha presque avec timidité. Lyleth le repéra immédiatement. Son sourire se fit radieux et elle leva son verre dans sa direction.
    - Oserais-je vous demander de venir trinquer à cette belle soirée avec moi monsieur …Monsieur?
    - Dorhn! Dorhn Grémont, pour vous servir! Vous acceptez donc ma compagnie? D'un signe de tête, elle lui signifia qu’elle adhérait à sa requête. Déçus, ses prétendants les abandonnèrent à leur tête-à-tête. Il était bien établi que lors de ces réunions, jamais une présence non désirée n'était imposée. Tous avaient compris que la jeune femme désirait s'isoler avec cet homme. Sûre d'elle, Lyleth conduisit Dorhn à l'étage, dans une douillette alcôve dont elle referma avec soin les rideaux épais derrière elle.
    - Ainsi personne ne viendra nous déranger, c’est la règle! Dit-elle avec un regard espiègle. Dorhn songea que celle-ci devait être une habituée des lieux. Il ne savait trop qu'en penser. Toutefois, il comprenait à présent le comportement détendu de la jeune femme lors de son approche sous le saule. Après tout, peu lui importait qu'elle soit une adepte du libertinage, du moment qu'elle accepte de l'initier. Peut-être que, si Maïra et lui avaient connu cette possibilité, leur chemin ne se seraient pas séparé? L'heure n'était plus aux regrets, il avait Lyleth près de lui et il entendait bien lui devenir indispensable même si pour cela il devait faire face à l’envie qu’elle avait de vivre le grand frisson avec d’autres partenaires. Et s'il avait bien compris le principe, lui aussi aurait le droit de regarder ailleurs. Tout à ses réflexions, il ne se rendait pas compte que la jeune femme le fixait intensément.
    - Mon style de vie vous choque Dorhn? Demanda-t-elle soudain soucieuse.
    - Je crois que je vais très vite l'adopter chère Lyleth! Répondit-il avec un large sourire. Elle posa une main sur la poitrine de Dorhn et le gratifia d'un tendre baiser que celui-ci lui rendit avec la même tendresse.
    - Cher partenaire, je vais vous apprendre quels sont nos codes! Le regard ensorcelant, elle l'attira près d'une banquette recouverte de coussins moelleux. Dorhn s'abandonna à son enseignement avec délectation.
    - Tout d'abord mon ami, il faut se vouvoyer! Vous vous rendrez vite compte, que cela accroît le désir! Tout en s'exprimant, elle se dévêtit avec aisance, ne gardant pour se couvrir qu’un léger voile de son costume de scène.
    - Ensuite, il faut abandonner tout embarras face à la nudité! Avec prévenance, elle entreprit alors un effeuillage empreint d'érotisme en ôtant adroitement ses vêtements à Dorhn. Il n'y avait rien de vulgaire dans ses gestes et nulle concupiscence ne se lisait dans son regard.
    - Pour terminer cette première leçon, sachez qu'en ces lieux tout est respect de l'autre! Observez les règles de convenances et vous serez apprécié! Voyant que Dorhn ne comprenait pas l'allusion, elle le poussa gentiment sur le siège confortable derrière eux, puis elle se laissa glisser à son tour sur les coussins. Elle se débarrassa du voile.
    - Puis-je espérer monsieur un peu de votre attention? Tout à coup, il saisit la nuance. Le libertinage n'était en rien de la perversion. Certes, il était question de sexe, mais surtout de partage. Personne n'obligeait à rien, et si l'on essuyait un refus, l'on s'adressait à celle ou celui qui accepterait enfin de s'abandonner aux affres de la volupté dans un recoin discret. Cela pouvait aussi se décliner en celles et ceux. Nul besoin de revisiter sauvagement le Kâmasûtra, parfois, il suffisait de quelques attentions délicates ou de baisers langoureux pour parvenir à la félicité. Dorhn enlaça Lyleth, et lui donna enfin le baiser passionné qu'elle attendait.
    - Je crois madame avoir découvert les mantras du libertinage grâce à vous! Lyleth scruta son visage avec intérêt.
    - Je vous écoute monsieur!
    - Cela se résume en trois phrases! Elle resta silencieuse, attendant qu'il poursuive.
    - Tout est permis, rien n'est obligatoire!
    - Ne jamais forcer son ou sa partenaire!
    - Et ne pas se vexer en cas de refus! Énuméra-t-il fier de lui.
    - Vous êtes un excellent élève Dorhn! Mais arrêtons de philosopher! Souvenez-vous combien vous étiez fougueux sous le saule? J'attends de vous à l’instant monsieur, que vous me transportiez au faîte du plaisir! Tout était dit. Il venait d’obtenir une permission qu’il lui était impossible de refuser. Ils naviguèrent longuement entre jouissance et euphorie et ils flirtèrent avec passion et extase. Impatiente, elle l'avait accueilli avec bonheur pour finalement atteindre l'ivresse d'orgasmes quasi sismiques. À présent, encore cambrée sous la puissance de l'ancre de vie de Dorhn, Lyleth haletait, incapable d’apaiser son souffle. Puis, la virilité de Dorhn détendue, le feu de leurs sens assouvi, ils goûtèrent avec ravissement à la torpeur dans laquelle ils baignaient. Épuisée, Lyleth s'assoupissait lentement dans le nid douillet qu’il lui confectionnait de son corps. Peau contre peau, ils ne faisaient plus qu'un, soudés par l'onctueux velouté d'amour qui les avait projetés au sommet de la vague.
    Le dialogue silencieux de leurs corps les berçait avec complaisance, les propulsant au-delà des étoiles, au-delà de l’avenir qui les attendait…


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