• La TaNièRe DeS GueuX…


       …Je me demande s’ils me laisseront me reconstruire un jour?
    Je suis morte en dedans et pourtant je m’accroche à la vie. J’ai trop souffert des coups de mon bourreau pour qu’une mort dans la douleur ne m’effraie pas. Hier, lorsque j’ai aperçu Thierry au café bleu, je me suis figé instantanément. Lui, c’était le plus virulent de la bande à ma sortie du tribunal. Avec Daniel et Jean-Claude ils ont écopé d’une belle amende pour menaces et harcèlement. J’étais terrifiée par leurs propos haineux. Du coup, l’on m’a envoyé loin de chez moi pour un temps. Depuis, moi la fille du soleil je me meurs dans le brouillard et la pluie. Je ne pense pas qu’il m’ait vu et je sais que depuis que Christian est en cage ils ont tous été mutés dans diverses régions. Manque de bol pour moi, il a fallu que ce soit en région Lyonnaise que ce connard atterrisse. Je doute, peut-être est-ce un séjour d’agrément tout simplement. En attendant d’en savoir plus, je me félicite d’avoir découvert une tanière où me faire oublier.
    Ma Sonia me fait la tête, elle voudrait que ce soir je renonce à rejoindre le squat. Il paraît que ma toux l’inquiète. Elle devient trop sérieuse ma chérie. Quelques verres de vodka et tout ira bien. Ça n’est pas pour la rassurer.
    Vu le temps gris d’aujourd’hui, la nuit est tombée rapidement et pire encore, il gèle déjà à moins deux, il est à peine dix-neuf heures trente.
    Je me suis faufilée hors du foyer dès que le sempiternelle repas du soir a été bouclé. Ce n’est pas une prison, mais le couvre-feu est à vingt-trois heures. Cette nuit les sentinelles ne veilleront que pour des prunes. Je vais finir par me faire renvoyer à force, mais cela ne serait pas une catastrophe en soi. Je n’en peux plus de ces chuchotements sur mon passage -quoi ma voix, qu’est-ce qu’elle a ma voix?- et des regards condescendants des aides médicale et des assistantes qui n’imaginent pas le quart de ce qu’a été mon calvaire. Je reconnais que nous sommes cocooner, mais je ne supporte pas cela. Pour moi il y a anguilles sous roche. Une bruine glaciale s’échappe d’un brouillard à couper au couteau. Tant pis.
    Je m’arrête chez Amhed pour quelques achats et pour une fois je passe en caisse. C’est chargée comme une mule que je croise Éric qui rentre se mettre à l’abri. En plus de quelques invendus que m’a donné Amhed je ramène du lait, du café lyophilisé, deux grosses brioches, des sachets de soupe, du liquide vaisselle et un litre de vodka. Nous sommes accueillis à bras ouvert.
    Il y a quelque chose de changé, je n’ai pas encore bu et pourtant j’ai l’impression qu’il y a plus de place ce soir au campement?
    Ils ont commencé la fête à ce que je vois. Les gamines sont allées faire provisions d’herbe, elles planent déjà. Misa n’a pas l’air bien, elle dort la tête posée sur les genoux de Victor. Son petit cœur balance entre Éric et son oreiller du moment, et suivant ses humeurs elle papillonne de l’un à l’autre. Cela nous vaut parfois d’épiques engueulades. Dépistée séropositive ses parents l’ont carrément jeté à la rue. C’est pour cela qu’il lui est beaucoup pardonné. Grégoire et Brigitte jouent aux cartes avec André et Lamine. Le cubi est bien entamé si je m’en réfère à leur voix pâteuse. Ça y est Lamine commence à me tourner autour. Il sait pourtant que je ne lui ferais pas le plaisir de visiter le minuscule réduit qui lui sert de chambre d’hôtel quand il ramène l’une de ses nombreuses conquêtes, mais il essaie encore et toujours. Ce cochon pousse le vice jusqu’à noter ces demoiselles sur le mur du cabanon. D’ailleurs, je me demande s’il lui est déjà arrivé de faire zizi panpan dans un lit? Quel chien celui-là, mais le cœur sur la main. Fortunée, fidèle à son poste auprès de la cuisinière, découpe un énorme chou vert dans une cocotte-minute flambant neuve. Et cela sent la saucisse me semble-t-il? C’est bombance ce soir dites donc les copains. Je suis quand même intriguée pour l’ustensile, c’est hors de prix ces machins.
    Évidemment, j’aurais dû m’en douter! Devant ma mine déconcertée, qui d’autre que le roi des voleurs pouvait me dire comment l’objet avait atterri sur la vieille cuisinière poussive. Lamine me narre avec fierté son larcin dans un chariot sur le parking de l’hyper. Une inconsciente avait paraît-il laissé ses courses de côté pour manœuvrer sa voiture. Un pilier la gênait pour accéder à son coffre. Franchement madame, sérieux?
    Le chou et les pommes de terre n’ont pas été lavés, les saucisses sont grillées, les oignons caramélisés, mais de les voir tous ainsi, heureux de partager un repas consistant, ils me font chaud au cœur. Moi c’est la vodka qui me réchauffe. En parlant de chaleur, Éric a dégoté une immense banne de camion sur la place. Purée, le routier qui l’a oublié là va s’en ramasser une! Pas perdue pour tout le monde. Du coup, elle a été arrimée tant bien que mal avec des morceaux de cordes le long de la façade et cela agrandit nettement notre abri. Un peu trop, j’ai peur qu’on l’aperçoive de la rue. Je n’avais donc pas rêvé, notre abri est bien plus grand. Demain les garçons vont frotter la bâche avec des cendres froides afin qu’elle prenne la couleur du ciment. Il gèle à moins six lorsque nous décidons d’aller nous coucher et ce sera la première fois que notre abri restera chaud comme un cocon après que le feu ce sera éteint. Cette nuit j’ai très mal au dos, sans doute l’humidité.
    Merci ami, grâce à toi je reste optimiste, Thierry à de la famille en région Lyonnaise, il n’est donc pas là pour moi…

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