• LeS CHoSeS à LeuR PLaCe...

    ...Aujourd'hui, malgré le mistraou, il fait un temps superbe. Pourtant, je vais devoir rester en pyjama, au coin du feu, toute la journée!

    Une fois de plus, j'ai fait ma quiche aux poireaux! Celles et ceux qui me suivent depuis mes débuts, savent que j'ai besoin de séances de kinésithérapie à domicile pour soulager des douleurs chroniques. Entre deux séances avec les professionnels, j'exécute des exercices de gymnastique douce afin d'entretenir la souplesse de mes articulations. Pour cela, j'utilise parfois un gymball sur lequel je m'enroule afin d'atténuer la souffrance permanente qui irradie ma nuque, ma colonne et mes lombaires. Pour les étirements, je m'assoie en équilibre, bien calé sur la plante des pieds. Ce sont mes kinés qui m'ont indiqué toutes sortes d'exercices visant à me procurer un travail musculaire et articulaire doux. C'est mon petit quart d'heure de pur bonheur. Un moment d’abandon bienfaisant où je me sens vivante!
    Cela fait bon nombre d'années que ma maladie évolue et jamais je n'ai ressenti le besoin de partager les solutions qui m'ont été proposées afin de me soulager car chaque personne réagit différemment. Depuis qu'il est à mes côtés, Bébé s'est investi dans la recherche de thérapies pouvant m'apporter un certain confort de vie. Jamais il ne me venait à l'idée de l'en remercier (je ne l'ai fait que récemment). J'ai même eu tendance à penser que ce qu'il me proposait n'était pas très efficace. D'ailleurs à ce propos, l'on m'avait largement décrié ces méthodes qui n'étaient soi-disant pas faites pour m'apaiser. Pourtant, mes séjours en maisons de soins n'ont pas été inutiles, car ensuite, j'ai pu accéder à des cures de relaxation et de détente-apaisements sensoriels (genre yoga-thalasso). Il n'y a pas de miracle, être bien dans sa tête aide à entretenir son corps, tout est dit!
    Donc, ce matin, je me suis rétamé en beauté sur le carrelage (je n'avais pas déplié mon tapis de sol évidemment). Je crois bien m'être assommé, car je voyais plein de petits papillons noirs en me relevant. Le pire, c'est mon coude... repos total a dit le médecin.
    Puisque cet après-midi je suis condamné à off, je vais en profiter pour faire une petite mise au point quant à mon séjour en centre de détention.
    Lorsque le post dans lequel j'en parlais brièvement a été lu, j'ai reçu un certain nombre de messages d'incompréhension, aussi vais-je m'expliquer sur cette période de ma vie dont je n'ai aucune raison d'avoir honte. Sans doute ai-je été un peu enthousiaste en me racontant, aussi vais-je remettre les choses à leur place. Mon expérience personnelle ne m'a pas laissé que des souvenirs impérissables.
    J'avais vingt-et-un ans, mon équilibre mental vacillait, devenant de plus en plus fragile à cause des mauvais traitements que l'on m'infligeait. Croyant m'octroyer quelques jours de répit, je me suis essayé plusieurs fois au vol à l'étalage. Certes, je passais une heure ou deux au poste et ces "messieurs" demandaient à mon mari de venir me chercher. Ensuite, Christian parvenait toujours à convaincre le commerçant d'abandonner sa plainte sous prétexte que j'étais une "Pichoun un peu fada", une simplette en gros. Je ne vous parle même pas de la danse que je recevais à mon retour à la maison!
    De mes passages éclair sur les bancs de la "cage", j'ai appris que plusieurs récidives pouvaient entraîner des poursuites et une courte détention, d'où l'idée géniale de subtiliser des chéquiers. Je n'entrerai pas dans les détails, mais reconnaissant les faits à chaque fois, le juge en a eu marre je pense et j'ai écopé de six mois... fermes!
    À cela, Christian n'a rien pu y faire!
    De cette détention, je ne garde pas de souvenirs réellement traumatisants. Cela ne m'est pas facile à avouer, mais je désirais cet enfermement. Dire que j'ai apprécié n'est pas le terme que j'emploierai, toutefois cela m'a permis de m'éloigner de celui qui m'agressait quasi quotidiennement. Juste le temps que disparaissent ecchymoses et insomnies. J'ai à nouveau perdu le sommeil un mois avant ma sortie tellement j'angoissais de devoir retourner chez moi. M'a-t-on proposé de l'aide? À vous de deviner?
    Faute de psychologues, car rien ne prépare à l'immersion dans l'univers carcéral, j'ai fait la connaissance des sieurs psychotropes! Si mon cher mari avait déjà bien œuvré à la perte de mon autonomie intellectuelle, anti-dépresseurs et anxiolytiques ont, eux aussi, largement contribué à mettre à mal ma santé mentale. Bon nombre de fois, j'ai expliqué que,"stabilisé", j'ai dû réapprendre à écrire et à me concentrer sur une lecture. Un comble lorsque l'on a terminé correctement un cycle d'études secondaire! Humeur instable, crises de colère, cauchemars et autres joyeusetés du genre m'ont poursuivi des années durant, et cela n'avait pas tout à voir avec mon incarcération! J'ai su bien plus tard que les causes en étaient les substances médicamenteuses que l'on m'avait administré! Alors imaginez dans quel état ressortent celles qui passent une dizaine d'années en détention. Cela dit, le harcèlement moral que Christian me faisait subir avait bien contribué à me rendre fragile.
    La rencontre avec un flic génial qui faisait parfois des conférences auprès de femmes qui donnaient dans l'usage et la vente de stupéfiants m'a rasséréné. Je ne juge pas le parcours atypique de celles que j'ai, pendant un temps restreint côtoyé, mais il est des délits que je ne cautionne pas, la vente de drogue entre autre. Cet homme reconnu pour son professionnalisme, s'est porté garant pour moi à des conditions qui n'ont pas lieu d'être expliquées ici, et cela m'a permis d'avoir accès à un système d'études et toute une panoplie de tests visant à me diriger vers une formation à ma sortie. Seulement personne n'a pris en compte mon statut de femme maltraitée, personne n'a rien voulu voir serait plus exact.
    Conditions? Ses attentes étaient saines, car, malgré toute la boue qui lui a été déversée, ce policier est intègre, mais a été bien... imprudent!
    Pas de quoi en faire autant de séries télévisées, le greffe procède à l'écrou, vous établi une fiche de détention, puis c'est vestiaire et fouille. Jouissif la fouille. Cela dit, l'on ne tombe pas forcément sur une adepte des camps nazis! Douche, visite médicale et enfin chez soi! Euh... cohabitation. Lisette, à peine vingt ans, "prostitution aggravée" (moi non plus je n'ai jamais compris, mais rien demandé) noire comme l'ébène, dépressive et prostrée sur son matelas jour et nuit. Elle hurlait quand on l'emmenait à la toilette. Vu la diplomatie de certaines surveillantes pénitentiaire, vous imaginez comment cela se terminait.
    Bonjour le choc des cultures! Quant aux racistes de base, elles sont illico remises dans le droit chemin lors de la toilette collective. Traumatisme, pas réellement pour moi. Lorsque l'on sait que mon cher et tendre me "lavait" parfois au jet d'eau glacé, nue dans l'arrière-cour! Et je ne suis pas raciste alors on me laissait tranquille.
    Malgré mon jeune âge, je me suis immédiatement rendu compte que le système était pourri. Maintenant? Je n'en ai aucune idée, mais à rencontrer Christian lors de sa deuxième demande de mise en liberté, il n'avait pas l'air d'avoir souffert, lui.
    Celles qui comme moi n'étaient là que pour des broutilles subissaient un rite d'initiation afin de juger le degré de tolérance de la "bleusaille". Un bizutage quoi! Le mieux c'est de laisser venir, car autrement, c'est sans fin. Normalement, les longues peines ont leurs "appartements" dans un bâtiment à part, mais le manque de places dans les maisons d'arrêt se faisant ressentir, les "vols avec effraction" se retrouvent à partager une cellule avec un "meurtre sans préméditation". Ah oui, je précise que dans ce genre de club med, les collègues vous nomment par le délit commis et les surveillantes par votre nom de famille. Ajouté à ceci, la honte et la culpabilité de se retrouver en un tel lieu provoquent bien d'autres dégâts.
    Christian m'a appris ceci très tôt, il faut savoir se taire et ne pas poser de questions. Donc, à ce point de vue, je n'ai pas été dépaysé.
    Ce sont ma thérapeute actuelle et Bébé qui m'ont aidé à dépasser tout ceci. Auparavant, ma Canaille en avait passé des comptines hindoues, des caresses ayurvédiques de paroles et des mots tendres!
    Je ne sais pas comment exprimer ce ressenti, toujours est-il que mes cauchemars ne m'ont quitté que récemment. Ceux-ci et ceux que le "monstre" avait imprimés au fer rouge dans mon esprit et ma chair. Je précise que je n'ai jamais été maltraité ni prise en grippe par mes co-détenues. Le personnel m'a toujours traité avec respect. Alors? Je serais tenté de dire que le premier choc auquel je ne m'attendais pas a été celui du confinement. Certes, Christian m'isolait, mais parfois, il me permettait de retrouver lavandes et garrigue. Si je veux être honnête, souvent même. Avec une cellule pour deux, aussi grande qu'un mouchoir de poche, j'ai développé une claustrophobie qui me handicape encore. Je me moque de Bébé pour l'avion, mais moi, les ascenseurs me terrifient au-delà du dixième étage!
    La promiscuité générationnelle m'a ébranlé. Je savais que je serais rapidement "sortante", toutefois lors d'activités communes, je rencontrais des femmes condamnées à des peines très lourdes. Âgées de cinquante, voir soixante-cinq ans, ces personnes étaient... éteintes. Marquées cruellement par des années de négligences corporelles, d'automutilations pour certaines et de prises d'anxyolitiques à outrance. Régine, je me souviens encore de son prénom, la pauvrette, avait fait déjà trois tentatives de suicide. Je suis certaine que cette femme aurait eu sa place en HP plutôt qu'en détention. Déjà douze ans d'une peine de vingt-cinq ans, sans possibilité de remise! La seule réponse des médecins de garde était la prise d'anxyolitiques.
    Quant à celle des surveillantes, c'était mitard direct! Non ce n'est pas une légende urbaine... Celui-ci sert à régler bon nombre de complications internes.
    Un désespoir sanctionné devient vite torture mentale. Tout est déshumanisé. La perte de liberté exacerbe avec intensité la perception des élans chez l'autre. Un regard trop appuyé et cela ressemble à la foire d'empoigne. Il est bien loin le monde des bisounours lorsque l'on se retrouve à l'infirmerie pour un tube de dentifrice ou une revue people! Les "liens affectueux" qui se nouent parfois entre deux détenues provoquent généralement plus de catastrophes que de réconfort. Le manque de diplomatie de certain personnel pénitentiaire fait que cela est impossible à gérer. Mitard et encore mitard...
    Brutalement propulsées dans cet univers inquiétant, car elles n'ont pas anticipé que cela pouvait arriver, certaines femmes tombent gravement malades. Qui se soucie de celles qui deviennent anorexiques? De celles qui souffrent de troubles digestifs? Un immodium et c'est reparti. De celles qui sont bizutées? Personne n'en parle de celles-là! Elles sont ignorées, mises à l'écart et méprisées pour trois fois rien quelquefois. Personne ne leur adresse la parole sous peine de représailles. "Traffic de stupéfiant et détention d'arme à feu", Chloé, n'avait plus de cycle menstruel depuis dix-huit mois. Qui cela inquiétait-il?
    Passives, cloîtrées depuis ce qui leur semble une éternité, alors que nuls plaisirs de la société de consommation ne leurs sont accessibles, ces femmes n'ont pas la possibilité de se projeter dans leur retour à une vie normale. Sans soins, cela est pratiquement impossible, d'où les récidives. Les délits se font plus importants et ainsi, a chaque condamnation elles se sentent en sécurité dans ce qui au départ leur était insupportable. De "commerce illicite de stupéfiants" à "agression à main armée" il n'y a qu'un pas!
    J'aurais encore beaucoup à dire, mais je préfère vous laisser quelques illusions. Rien n'est bénin dans une prison et mes poils se hérissent lorsque j'entends des benêts affirmer que tout détenu bénéficie d'un traitement agréable aux frais de la princesse lorsqu'il se retrouve en cellule.
    Certes, jamais je n'ai été frappé ou harcelé entre les murs du centre de détention, mais le désespoir profond qui y régnait et auquel j'ai été confronté me poursuit encore à diverses occasions. Je vous rassure, cela s'atténue avec le temps et l'aide efficace d'une thérapeute. Depuis ma sortie, je n'étais jamais parvenu à mettre un mot sur les terribles angoisses qui me laissaient désemparé et épuisé faute d'un sommeil réparateur. Comprendre qu'il n'y a pas que la maltraitance physique qui peut entraîner des séquelles, n'a pas été à la portée des soignants qui, les uns après les autres m'ont pris en charge. Mon passé de femme battue faussait leurs analyses. Christian n'avait eu qu'une seule permission de visite au cours de laquelle il n'a été que menaces, insultes et mises en garde de ce qui m'attendait à ma sortie. Alors l'entrecroisement de mes traumatismes avait de quoi dérouter ceux qui me suivaient médicalement.
    Ils ont été absous au jour d'aujourd'hui! Grâce à un petit coup de pouce du hasard, j'ai fait la connaissance d'une thérapeute formidable. Dès les premières séances, celle-ci a compris que la source de mes maux n'était pas "l'accident" en lui-même. Mise en confiance, j'ai commencé à lui expliquer quel mal me rongeait. Lors de ma libération, j'étais censé jouir de ma liberté retrouvée alors que j'étais encore prisonnière d'un enfermement domestique. Personne n'a pris cela en compte, mon cerveau a buggé... Je comprends que cela puisse prêter à sourire, mais des mois durant, voire des années, j'étais persuadé de ne pas mériter ma libération et d'avoir trahi celles qui n'ont plus la perspective d'une vie normale dans l'avenir. Nadège, ma psy a osé poser le mot à voix haute -narcissisme- et je crois que j'ai immédiatement été sur sa longueur d'onde. L'estime de soi et l'amour que l'on nous porte sont deux choses bien différentes. En gros, il s'agit de réussir à se connaître intimement sans se juger. Et en ce qui me concerne, question jugement, il y aurait matière à débattre. Bla-bla-bla de psy me direz-vous? Oh que non, croyez-moi!
    S'efforcer de s'apprécier sans être persuadé qu'on en vaut la peine ne sert à rien, mais dès qu'il y a acceptation de nos défauts et de nos erreurs de parcours tout est possible. Du moment où je me suis pardonné et remise en question, le poids qui m'oppressait s'est fait plus léger. Et je dis bien "plus léger", il n'a pas totalement disparu. Le drame que j'ai vécu avec mon ex-mari s'est mué en mésaventure sur laquelle j'ai emprise à présent. Mon séjour en cellule est devenu une marche de plus franchie plutôt qu'une détresse insurmontable. Cela dit, en contradiction, s'écouter et s'aimer, tient plus de la faute que du mérite. J'ai enfin appris à estimer ce que je suis, qui je suis, et en accord avec moi-même, je me réincarne peu à peu.

    Dix-sept heures trente? Il est temps pour moi de clore le chapitre "maison d'arrêt" pour me diriger vers d'autres horizons plus agréables...

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  • Commentaires

    1
    L/baroudEUR
    Vendredi 23 Février à 11:04

    dix-sept heures trente déjà wink2

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