• LeS PeTiTS BoNHeuRS...

    …Aujourd’hui c’est papa qui m’a amené. Mon papa! Et si tu disais bonjour minot? 

    Le petit bout a débarqué au jardin d’enfants en pétant le feu. Personne n’a pu ignorer qu’Ash était son père. Odile et Christelle ont eu toutes les peines du monde à tempérer le petit monstre. Étienne, le petit camarade de Yad a dû en prendre pleins les oreilles du papa mon papa. Déjà que mon poussin insiste pour lui donner des cours particuliers d’anglais. Rude professeur paraît-il. Yad ne maîtrise pas encore l’art des convenances, à savoir ne pas bassiner ses petits camarades, pourtant la collectivité il connaît. Si on le remet à sa place, Rudyard reviendra à la charge. Je ne m’inquiète pas, il va bien c’est l’essentiel. J’ai eu plusieurs journées difficiles où il m’a fallu utiliser mon FTT. En expliquant correctement à mon fils de quoi il retournait, je me suis sentie rassurée moi-même. Le petit ne prend pas cela avec tristesse. Il m’a expliqué qu’à la structure Hugo ne peut pas marcher mais qu’il n’est pas malheureux parce que tout le monde l’aide. «On fera pareil pour toi mumy» me réconforte-t-il. La première chose qu’il fait en rentrant du jardin d’enfants, c’est de me câliner et de me dire que je suis la maman qu’il aime le plus. Je ne sais pas comment je dois le prendre, mais ce qui est certain c’est que le petit bout a de l’affection pour moi et cela ravage mes certitudes. Pendant longtemps je me suis imaginée que je ne serais jamais mère, jamais une bonne mère. J’ai un fils, nous avons un fils adorable. Une cure intensive d’anti-inflammatoires et ça repart. La S.A, pas que! J’ai dépensé sans compter -comme dirait un certain John Hammond- de mon temps et de mon énergie pour le bien-être de Rudyard. Un moment ou à un autre je devais bien rendre des comptes à ma frêle carcasse. D’accord, je reconnais que j’ai perdu beaucoup de poids ces derniers temps. Rien d’alarmant, mais à surveiller. Bébé fait la sentinelle alors rien de grave ne peut m’arriver. Euh …je parle trop vite là! Les deux canailles que nous sommes, mon mari et moi, sont un peu restreintes dans leurs amusements coquins. Certes Yad dort à poings fermés toutes les nuits, mais pour ce qui est de la journée c’est autre chose. Le jardin d’enfants nous rend un créneau bienvenu pour nos bêtises. Il est vrai que le slow mousse et la walkyrie sauvage qui s’ensuit commençait à nous manquer. Parents d’accord, mais rester fripons est essentiel pour la bonne marche d’un couple. Bébé n’a pas perdu la main. Oups, le choix de l’expression est pour le moins évocateur. Dix heures trente et je me retrouve en tenue d’Ève sur le divan. Mon Fripon est en forme et les prolongations sont fort plaisantes. Toute à nos délires, j’ai oublié de prévenir Ash de la venue de Marceau. Bébé a dû mettre trois secondes pour ajuster sa chemise et passer un pantalon. Moi je suis allée me cacher dans la salle de bains, un sourire banane sur les lèvres. L’amour n’a pas d’âge, je confirme. Papa a désherbé le jardin et le voisin devait récupérer les tas d’herbes sèches pour son compost de fumier. Il a juste choisi le jour où Bébé et moi refaisions connaissance.
    Ash m’a appris que son frère, Hylam, a avoué sa liaison passée avec Amy à son épouse. Je ne suis pas tout à fait convaincue du bien-fondé de la confession. Il y a du bon en chacun finalement, ou de la stupidité. Le temps nous le dira. Depuis cet aveu, le pauvre Hylam se retrouve servi d’une sacrée soupe à la grimace. Hailie et lui filaient le parfait amour depuis l’été dernier, ils avaient même envisagé d’agrandir la fratrie. Hailie a été conquise par Meryl et Evelyn, les jumelles qu’elle accueille parfois. Là tout est remis en question. Madame fait chambre à part le temps de la réflexion lui a-t-elle dit. Éventuellement du pardon. Il manquerait plus que Mumy soit mise au courant, le pauvre garçon voudrait passer un sale quart d’heure. Cela dit je pense que c’était ce qu’il avait de mieux à faire car il vivait depuis trop longtemps avec cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Tout se sait un jour dans leur milieu. D’autant qu’Hailie s’est toujours posée de nombreuses questions. Elle a longtemps fait l’autruche, mais son instinct de femme lui lançait des appels et j’étais très mal à l’aise lorsqu’elle me questionnait. En même temps je suis de parti pris. J’en veux encore un peu à Hylam de m’avoir mêlé malgré moi à ses fredaines. Je souhaite juste qu’Hailie ait assez de ressource en elle pour prendre la bonne décision. Hylam a été honnête après tout. Avec retard, je le concède.
    Ma chère Pat. Comme elle est heureuse pour nous. Elle en avait les larmes aux yeux en me voyant avec le petit sur les genoux. Marcel et elle revenaient d’une excursion en camping-car dans les Landes et ils se sont arrêtés pour un jour ou deux au camping voisin de ‘‘Phébus’’. Il y a peu de monde, le temps ne s’y prête pas, alors ils seront tranquilles. Tandis qu’Ash et Marcel se rendent au port entre deux averses, Pat et moi refaisons le monde devant un thé sur la terrasse. Je ne peux que rougir et avoir moi aussi la larme à l’œil lorsque ma gentille Pat me dit qu’elle est très fière de moi. Fière du chemin que j’ai parcouru à la force de mon courage. Elle n’a pas oublié d’où je reviens, ni mes doutes, ni mes erreurs, ni mes années virtuelles qui m’ont un temps fait régresser plus qu’elles ne m’ont véritablement encouragé à déployer mes ailes de confiance. Me conforter dans le fait que j’étais incapable de progresser seule, oui. Il m’arrive de penser à cette époque -rarement- et cela me fait encore mal. Les sentiments se sont envolés, mais le malaise est toujours là. Je me sens méprisable au possible. Mon manque d’honnêteté se limitait à des non-dits, mais cela a suffi à flétrir pour longtemps le peu d’estime que j’avais déjà de moi-même. Mon mentor avait le même âge que Pat et je comprends à présent pourquoi cette relation l’inquiétait tellement. Vingt-cinq ans d’écart. Ma thérapeute m’a laissé entendre que je recherchais le père que je n’avais plus. Possible, mais pour moi les sentiments amoureux éprouvés étaient bien réels. Le conseil que je donnerai -si tant est que l’on m’en demande un- ce serait de bien réfléchir avant de se lancer sur les applis de rencontres, parce que l’on ne maîtrise rien. J’ai l’impression de rabâcher alors je n’y reviendrais pas, mais je me suis brûlée et cela met un temps infini à cicatriser. Bébé me dit que c’est parce que j’ai une conscience. Patricia me trouve radieuse et c’est le plus important. Je fais partie intégrante de sa famille, elle a été ma balise et est devenue une seconde mère. Yad est un bonus pour elle, un petit-fils de plus.
    En parlant de petit-fils, Yad a accompagné son grand-père aux maraîchages. Il nous a rapporté une barquette de radis qu’il a cueilli lui-même. Il n’en est pas peu fier. Les asperges, les petits pois et les pommes de terre primeur sont dans sa chambre? Yad veut apprendre avec Florence à prononcer leur nom correctement avant de nous les donner. Il a du caractère ce petit. Nous avons de la chance Flo est attendue pour le lendemain de la cueillette. Je suis émerveillée de la capacité d’adaptation à toutes situations de ce bambin. Il a adopté notre famille avec une facilité déconcertante. Sa famille, celle qu’il représente au moins trois fois par jour sur son bloc à dessins où il me faut noter chaque nom correspondant. Tante Madeleine ressemble à une cacahuète, oncle Richard à un Pokémon et papa à tout l’air d’un animal -je ne sais pas lequel- sur les œuvres de mon poussin, mais ce sont les plus beaux dessins du monde. Flo vient de me délivrer d’un gros souci. Grâce à son association, pour les jours où je serais ‘‘cassée’’, elle vient de trouver une nounou pour mon petit garçon. Giselle, en fin de vingtaine, sera parfaite pour me seconder dans le quotidien de Rudyard. Giselle est parfaitement écrit. La maman de cette jeune femme adore le ballet du même nom, d’où l’orthographe de son prénom. Je mets parfois cette mélodie en musique de fond lorsque j’écris. C’est un bijou.
    Les petits bons que m’a offert Bébé pour mon anniversaire pimentent à merveille nos désœuvrements. Puisque Yad vit sa vie de son côté, j’ai choisi l’option virée en amoureux, où tu veux quand tu veux. Et je n’ai pas été déçue. Ce fut un petit intermède joyeux au moment du déshabillé-habillé. Ma Canaille est un chenapan. Un échange de petite culotte s’est avéré nécessaire juste avant le départ car Bébé avait encore réussi à me convaincre de laisser place à nos bas instincts. Il est vraiment doué pour cela. Bref, c’est pimpante avec ma belle robe à fleurs couleur pastel que je me suis présentée chez les tantines accompagnée d’un grand voyou. Notre éducation nous a fait nous plier aux exigences de la bienséance pendant une dizaine de minutes avant de pouvoir nous asseoir. Et encore, parce que bébé a payé une ‘‘tournée’’ aux habitués du bar. Pour nous faire patienter Mamaiette nous a offert l’apéritif et c’est là que mon regard s’est posé sur …Christian! Cette fois-ci, même surprise, ma peur n’a pas pris le dessus, juste de la curiosité. Les ravages de ses années prison ont disparu. Je n’irais pas jusqu’à dire que je le trouve beau, mais il a retrouvé de sa prestance et de son arrogance aussi, car il ne me quitte pas des yeux pendant de longues minutes. Je crois que le fait d’oser l’affronter enfin du regard le déstabilise et c’est lui qui cède le premier. Mon sourire est triomphant et Ash se demande ce qui m’arrive. J’ai toutes les peines du monde à l’empêcher de se retourner lorsque je lui apprends la présence de mon ex-mari. Un dernier coup d’œil sur mon passé et je me concentre brièvement sur la présence féminine à ses côtés. Marine me paraît en pleine forme, aucune ecchymose ne couvre ses bras et elle a de quoi manger dans son assiette. Le loup a perdu ses belles dents apparemment. Je me désintéresse totalement d’eux, j’ai tourné la page. Merci Bonne Mère.
    Comme à leur habitude mes tantes ont cherché à nous engraisser pour que l’on serve de dinde de Noël. Ratatouille-jambon à l’os pour moi et lapin-gratin de courgettes pour ma tendre moitié. Bébé a droit à sa bassine d’île flottante avec des tonnes de caramel effilé que nous avons partagé. C’est vrai que la vanille bourbon fait toute la différence. Nous avions à peine terminé, que mon père nous a rejoint avec Rudyard qui, avec la discrétion qui caractérise un bambin de trois ans et demi, se jette dans mes bras en hurlant mumy mumy à pleins poumons. Les clients ont tous souri, mon poussin doit être irrésistible dans l’affection qu’il me porte. Je suis incapable de m’expliquer pourquoi mon regard a cherché celui de Christian. Il m’a été impossible de définir ce qu’exprimaient vraiment ses yeux, mais dès cet instant j’ai su que c’est moi la grande gagnante. Ash et papa sont allés prendre un café au bar et offrir une glace à Yad, j’en ai profité pour aller prendre l’air dans la cour près du parking. J’avoue que la présence, aussi sereine soit-elle, de Christian m’a bouleversé. Je ne l’ai jamais connu ainsi, sauf au début de notre relation, aussi détendu et paisible. Pacifique je dirais. Je rêvassais en regardant le massif de rosiers nains des tantines lorsque j’ai entendu des pas derrière moi. J’ai sursauté en reconnaissant ceux de Christian et mon cœur s’est mis à battre la chamade.
    - Désolé si je t’ai fait peur. Je devais te parler, mais tu as toujours ton cerbère qui te suis!
    Désolé? Christian n’a jamais été désolé de sa vie. L’homme qui se trouve face à moi n’est pas celui que j’ai connu et quelque part cela me fait mal. Marine a réussi à en faire un être humain alors que moi j’en ai été incapable.
    - Voilà, Sam a dû te dire que je suis une thérapie depuis plusieurs mois?
    J’ai juste la force d’acquiescer d’un signe de tête et je tremble comme une feuille.
    - La psy m’a conseillé de m’excuser pour mon comportement alors je te demande pardon Mylhenn! Pardon pour tout ce que je t’ai fait. Je n’ai pas obligation à te le dire, mais la rage que j’ai déversée sur toi était dirigée contre quelqu’un qui m’avait fait à moi aussi des horreurs. Je ne sais pas si tu pourras un jour me regarder autrement qu’avec du dégoût, mais je t’assure que je regrette sincèrement!
    J’ai envie de rire et de pleurer, les deux à la fois, pourtant je ne sais pas comment me comporter. Je suis anéantie en prenant conscience du gâchis d’une quinzaine d’années de nos vies. Mes larmes coulent malgré moi. Quelque chose vient de se dissoudre, moi probablement, l’ancienne Mylhenn qui souhaitait tellement entendre cet homme me demander pardon. Il vient de le faire et je suis à ramasser à la petite cuillère. Ma thérapeute avait raison. L’amour est difficile à tuer. Je n’aime plus Christian, ça c’est clair, mais il subsistera toujours en moi une émotion. Et cette culpabilité de n’avoir pu le changer ne s’effacera jamais non plus. Pourquoi Marine y est-elle parvenue?
    - Tu sais, il y a autre chose. Toutes les conneries que j’ai récemment dites à Sam et bien c’était mes dernières cartouches, de cela aussi je m’excuse! Je me sens moche Mylhenn! Tu vas bondir en entendant cela, mais je t’autorise à me haïr à vie!
    Je vois bien qu’il cherche mon absolution et je ne suis pas prête à la lui donner maintenant. Pas tout de suite. Le pire c’est que je suis loin de le haïr. Nous sommes face à face comme deux benêts à nous dévisager sans pouvoir bouger. Je ne suis pas en mesure de parler. Il le sait et il en profite pour passer sa main sur ma joue. Malgré moi j’esquisse un pas de recul. L’habitude.
    - Excuse-moi, je n’aurais pas dû! Il recule à son tour.
    - Ce gamin a bien de la chance de t’avoir pour mère! Je n’ai pas vu Christian s’éclipser, mais je l’ai parfaitement entendu me reconnaître en tant que mère et c’est cela qui m’a achevé. J’ai nourri une telle haine contre cet homme qui m’a infligé tant de souffrances que ses excuses ma laisse vide soudain. Creuse. Laisser partir ce qui a été, durant des années, mon principal moteur ne sera pas une mince affaire. Aversion, haine et rancœur sont des poisons addictifs. Comme pour mon père, un jour j’accorderai ce pardon que mon ex-mari me demande. Là c’est trop tôt. Le cerbère comme il dit m’a trouvé en larmes sur le parking, je sanglotais devrais-je dire. Je n’ai pas eu à m’expliquer, Bébé venait de croiser Christian. Ses velléités de représailles ont cessé lorsque je lui ai appris que celui-ci s’était excusé. Pour Ash, mes larmes sont celles du soulagement alors pour ce qui est de ma culpabilité, je m’en arrangerai seule. Ma petite pomme n’a pas remarqué mes yeux rouges. À peine douché et restauré, il s’est endormi quelque part entre ‘‘Il était une fois’’ et ‘‘un prince viking’’. Bébé me certifie que mes yeux sont pailletés d’étoiles ce soir. Mon cœur déborde d’amour pour Ash et Yad, c’est pour cela.

    Yad va faire connaissance avec le domaine familiale. Pourvu qu’il apprécie…

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  • Commentaires

    2
    Mercredi 22 Mai à 07:43

    Oh !!! J'ai loupé des épisodes...c'est sur,  mais quel bonheur !!! Je savais que tu serais une maman formidable....et comme je suis une véritable éponge à émotions...enfin quand je suis seule, peu de gens le savent !!!

    Tu devrais bientôt pouvoir mettre un point final à Littchy ??? Si ce n'est déjà fait !!!

     

    Bisous Miss Chouquette..... bisous à vous trois !! Avec en prime un gros câlin pour le petit Yad....

      • Mercredi 22 Mai à 13:33

        Hello! Oui je n'ai pas annoncé cela trop en avance car nous n'avions pas de réponse définitive encore. Il est certain que notre vie est changée et c'est un réel bonheur...  Ce n'est pas ce qui lui manque les câlins, mais je le lui ferais aussi. J'ai énormément travaillé sur Litchy wink2 et mon écriture n'étant plus la même cela n'est point simple lol! Un peu de patience et je publie le XIX chapitre, c'est promis. J'ai un petit farceur à mes côtés et ce n'est pas simple pour me concentrer... Bisous à toi

         

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