• LiLi ( II )...

       ...Lili frissonnait de la tête aux pieds. Jamais son angoisse ne l'avait autant dominé. Immobile, soutenue pas le battant de la porte, la jeune femme n'osait plus faire un pas. Tout d'un coup son foyer lui apparut comme l'antichambre de l'enfer. Lorsque enfin, elle cessa de trembler, une bonne demi-heure s'était écoulée. Dès que ses jambes acceptèrent de lui obéir, elle dégrafa son manteau puis alla ranger calmement ses achats dans le réfrigérateur. Par habitude, elle déposa la viande et le poisson dans la petite glacière prévue à cet effet. Encore par habitude, elle remisa le cabas à roulettes dans la grande penderie du couloir, et en profita pour suspendre son vêtement en lainage sur un cintre. Toujours par habitude, elle jeta un œil au carillon qui régissait chacune des heures de ses longues journées de labeur. Elle découvrit avec effroi qu'elle n'aurait pas assez de temps pour préparer la purée de patates douces. Dans tout au plus une heure, son cher Cleary serait là. Anéantie, Lili se dirigea vers l’escalier qui conduisait à l’étage. Elle se sentait si lasse qu‘elle s‘assit quelques instants sur l'une des marches et resta là, prostrée, ne sachant pas par quoi commencer. Puis à pas pesants elle se dirigea vers sa chambre. Des larmes inondaient déjà ses joues lorsqu'elle ouvrit la grande armoire où son cher Cleary rangeait ses "jouets". Si elle ne se pliait pas au rituel, ce serait encore pire. Celle-ci se réconforta un instant en se demandant si des pâtes ne feraient pas l'affaire. Elle savait bien que non. En voyant sa mine contrite, Cleary saurait immédiatement que quelque chose clochait et son poing s'abattrait avant même de savoir ce que s'était. 

    - Ma chérie aurait-elle fait une bêtise? Dans ce cas, je dois la punir!

    Lili s'apprêtait à sortir la lourde ceinture lorsque ses yeux se portèrent sur le sac informe qui servait à Cleary lors de ses parties de chasse. Sans réfléchir, partagée entre peur et libération, elle y jeta pèle-mêle tous les vêtements qui tombaient sous ses doigts. Elle courut à la salle de bains et attrapa quelques affaires de toilette qui rejoignirent le désordre du fourre-tout. Elle le referma d'un geste brusque. Ses vêtements lui semblèrent déplacés pour ce qu'elle allait enfin oser faire. Elle les arracha sans précaution, tirant sur les boutons et les laissant roulés en boule sur le lit. Elle passa un vieux jean, bien trop large pour elle après toutes ses années de privations. Elle l'avait choisi, car il possédait de grandes poches munies chacune d’une fermeture éclair. Son cher Cleary détestait ce pantalon. Le temps lui était compté, alors elle empila t.shirt, chemise et pull épais sur son corps décharné qu'elle ne reconnaissait plus depuis longtemps déjà. Lili se chaussa d’une vieille paire de baskets, oubliant d’enfiler des chaussettes. Elle attrapa le sac au vol et descendit au salon en courant au risque de se fracasser au bas des marches. Allait-elle vraiment oser? Elle se pencha. Sous le linteau en pierre de la cheminée, se trouvait une cache dans laquelle son cher Cleary dissimulait une fortune. La grande enveloppe contenait une carte bancaire et une vingtaine de liasses de billets bleus qu'elle avait étalé sur la table du salon. Elle hésita puis elle prit la carte bancaire et l'une des liasses qu'elle glissa dans sa poche à fermeture. Machinalement, elle remit une bûche sur les chenets, récupéra le sac et se dirigea vers la porte d'entrée. Si elle voulait partir ce devait être tout de suite, car Cleary serait là dans une demi-heure. Alors qu’elle posait la main sur la poignée de la porte, la vanne des souvenirs céda. Pâle, terrifiée, mais déterminée, Lili retourna auprès de la table basse. Les larmes avaient séché sur ses joues et le sourire qui déformait ses lèvres n'avait rien de gracieux. Cleary serait fou de rage en s'apercevant qu'elle avait dérobé son pactole. Pour la correction qui lui avait valu une fracture de la clavicule, elle se saisit de deux liasses. Pour la vision de son corps baignant dans le sang de sa première fausse couche, Lili empocha deux liasses de plus. Sa seconde fausse-couche et trois côtes cassées lui octroyèrent trois liasses de plus. Ensuite, elle rafla le reste des billets au souvenir des gifles, de la privation de nourriture, des volées gratuites et des mauvais traitements dont seul son cher Cleary avait le secret. Satisfaite, elle déposa une coupure de vingt euros sur l'enveloppe vide, Cleary ne pourrait pas lui reprocher d'avoir tout pris. Elle referma une à une, les poches gonflées de son pantalon. 

    Son cœur battait à tout rompre, ses jambes étaient de plomb, mais courageusement, elle s'engagea dans le couloir apparemment désert. Lili n'avait plus beaucoup de temps avant le retour de son cher Cleary.

    - Vous tombez bien Madame Célestine! Si vous apercevez Monsieur Cleary pouvez-vous lui dire de ne pas s'inquiéter, j'ai oublié le pain, je fais juste un aller-retour à la boulangerie! La concierge était apparue, venant de nulle part comme à son habitude, rôdant dans les couloirs à l'affût du moindre déplacement des occupants de l'immeuble. Le regard suspicieux de la vieille femme sur le sac qu'elle tenait serré contre elle, força immédiatement Lili à se justifier. 

    - Je dépose ceci aux encombrants en sortant! Elle fit un grand sourire à la concierge. Celle-ci acquiesça d'un signe de tête puis s'en alla tranquillement en direction de sa loge. Lili poussa un soupir de soulagement discret et sans un regard en arrière, elle s'empressa de quitter les lieux. À peine avait-elle passé le coin de la rue, que le véhicule de police stoppa devant la ruelle. Cleary était toujours ponctuel pour le déjeuner...à suivre.

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 23 Novembre 2016 à 07:26

    BRAVO Lili, cours, cours....



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