• LiTCHy ( IV )...

       ...Juché au sommet du monumental escalier qui occupait la partie centrale du casino, le maître des lieux observait avec satisfaction les pauvres naïfs qui se bousculaient à ses tables de jeux. Fenzhar Difenzo avait revêtu un smoking blanc crème dont la coupe épousait impeccablement sa silhouette musclée. Sa chevelure abondante, noir de jais, était retenue par une pince donc le pic en ivoire valait à lui seul le prix d’un diamant quatre carats. Le rubis en forme de goutte qui ornait son oreille gauche scintillait de tous ses feux. Ce look était sa façon de montrer sa toute-puissance. Il balayait l’immense salle d’un regard suffisant et le sourire qu’il arborait n’avait rien de bienveillant. La salle était bondée et toutes les machines à sous de l’étage avaient été prises d’assaut dès l’ouverture. Il se savait la personnalité la plus influente de la côte. Il ne lui manquait plus que le rachat d’un établissement et il en serait le maître absolu. Ce soir encore, Fenzhar Difenzo avait toutes les raisons d’être satisfait. La multitude qu’il contemplait dédaigneusement l’enrichissait et bien peu de ses hôtes avaient grâce à ses yeux.
    La princesse Lyna qui, en fin de soirée, essaierait de lui refiler sa verroterie en échange d’une dizaine de plaques supplémentaires afin de se refaire. Le jeune héritier des cosmétiques Donorant qui claquait allègrement les rallonges que lui donnait papa pour ses études de droit. Le vieil industriel Jean De Soubris qui puisait dans la caisse de l’entreprise par peur des représailles de son épouse. Si celle-ci apprenait où il passait la plupart de ses soirées, elle ferait illico ses bagages et expédierait le bonhomme loin du domicile conjugal. Rodney Finch, le célèbre jet-setteur qui voulait impressionner une énième midinette de trente ans sa cadette en risquant jusqu’au souvenir de sa pâle fortune. Justine, à peine vingt ans, un grand sourire illuminait son visage. La jeune femme, en échange de trois plaques pour tenter de regagner son année de fac, venait de lui faire une fellation digne d’une professionnelle il n’y avait pas vingt minutes. D’ailleurs il trouvait dommage qu'elle ait du jeu, il aurait bien aimé essayer autre chose avec elle. Il la chassa rapidement de ses pensées, il ne se passait pas une soirée sans qu’une petite dinde de son genre ne viennent lui demander l’aumône et elles étaient prêtes à tout pour obtenir la misère qu’il leur octroyait.
    Monsieur Max était présent lui aussi. Il ne ratait jamais une occasion de venir se distraire au Maliana. Il s’y sentait comme chez lui. Fenzhar éprouvait de la considération envers cet homme. Il ne sollicitait jamais de prêts, même lorsqu’il perdait des sommes considérables. Cela lui arrivait peu et il réglait rubis sur l’ongle chaque lendemain de poisse. Ses largesses en matière de pourboire attisaient les convoitises. Les hôtesses du casino se crêpaient le chignon pour être admise à sa table. Il n’était pas rare qu’il laisse un billet de deux cent euros sur le plateau de celle qui lui servait son whisky. Monsieur Max, qui n’aimait que les garçons, était toujours accompagné de son harem lorsqu’il déboulait au casino. Tous ses protégés étaient jeunes, très beaux et immensément riches comme lui. Les anonymes se réjouissaient d’un petit gain et eux aussi étaient en nombre ce soir. Satisfait, Fenzhar jeta un dernier regard sur ses bénéfices, puis il descendit une marche, une autre et soudain il stoppa net. Contrarié, il grimaça. Il venait de repérer un groupe de jeunes gens euphoriques à la table dix-sept. Ils criaillaient leur bonne fortune à qui voulait l’entendre. Plus riches de quinze mille euros, un sacré pactole pour cette jeunesse qui devenait bruyante, exubérante et démonstrative au point d'en être gênante pour les autres joueurs. Un claquement de doigts dans la bonne direction, et déjà le service d’ordre se dirigeait vers les importuns.
    Á la manière d'une star de cinéma, Fenzhar amorçait à nouveau la descente des marches. Il se figea. Celle qui venait de susciter son attention était une très belle jeune femme installée à la table quatorze, juste au bas de l’escalier. Souriant et affable, un homme élégant d‘âge mûr se tenait à ses côtés. Six lustres gigantesques ornaient le faîte du dôme en verre qui recouvraient la structure du bâtiment et celle que Fenzhar scrutait des yeux semblait irréelle sous la lumière vive des cristaux. Elle avait coiffé ses cheveux en un chignon austère afin de se vieillir, mais les mèches blondes rebelles qui s’en échappaient lui rendaient justice, elle ne devait pas avoir bien plus de vingt ans jugea Fenzhar. Certainement griffée, la robe de soirée qu’elle portait était simple et de bon goût. Elle sculptait ses galbes à la perfection sans pour autant la désigner comme une fille facile. L’inconnue réservait ses sourires à son chaperon, ignorant les approches grossières des autres joueurs. Sans comprendre pourquoi, Fenzhar appréciait ce comportement. Où avait-il déjà vu de semblables yeux? Ils irisaient de mille facettes bleutées et en observant la jeune femme, il lui revenait en mémoire de s’être déjà englouti dans un tel océan. Cependant, il lui était impossible de se souvenir à quel moment. Amant, père, mentor, garde du corps, peu lui importait qui était son compagnon, mais Fenzhar Difenzo venait de décider que cette personne méritait qu’il s’intéresse à elle.
    Litchy ne se divertissait pas à la table de jeu, elle était en repérage. Elle avait guetté l’apparition de Fenzhar et à présent qu’elle l’avait sous les yeux, elle doutait de ses capacités à aider Lukas. Elle pensait avoir à se mesurer à une hyène, mais finalement l'homme tenait plus de l'insecte venimeux que du charognard. Elle avait remarqué son regard glacial et sans âme et cela lui avait donné la chair de poule. Cruauté et sadisme se dégageaient de sa personne, s’en était presque palpable. Les sens en éveil, Litchy ignora sa présence. Il avait marqué un fugace temps d’arrêt en la frôlant puis il s’était dirigé vers les tables VIP. Le sentiment de dégoût qui avait envahi la jeune femme à cet instant fut bien près de prendre le dessus sur sa raison. Son cerveau lui dictait impérativement de ne pas approcher Fenzhar. À présent celui-ci paradait parmi ses clients fortunés, souriant à pleines dents aux riches héritières, offrant du vin de Champagne à leur époux et proposant des plaques gratuites à celles et ceux qui le flattaient. Cette proximité mettait Litchy de plus en plus mal à l’aise d’autant qu’elle avait remarqué que l’homme trouvait moyen de la conserver dans son champ de vision à chaque fois qu’il se déplaçait. Elle avait capté ses coups d’œil furtif et cela ne lui disait rien qui vaille. Elle ne se sentait pas encore prête à affronter Fenzhar Difenzo. Son angoisse était un avertissement qu’elle ne pouvait ignorer. Madame Djanhä allait devoir avoir recours à l’hypnose à nouveau. Heureusement pour Litchy, Charles veillait au grain. Grimé à l’extrême, le majordome de Lukas Delmont s’appliquait à suivre les ordres de son patron. Ne pas lâcher Litchy d’une semelle. L’attitude tourmentée de sa protégée le poussa à prendre très vite la direction de la sortie.
    L'allée qui conduisait au grand hall de sortie était aménagée en un vaste salon. Un bar et des fauteuils moelleux permettaient aux gagnants d'attendre confortablement leur tour pour aller récupérer leurs gains à la caisse centrale située en retrait du bar. C’était la seule issue possible pour quitter le Maliana.
    Litchy et Charles comprirent trop tard qu’ils s'étaient faits piégés. Pour atteindre le perron, ils ne pouvaient faire autrement que de contourner les fauteuils où étaient confortablement installés Fenzhar Difenzo et sa cour. Une demi-douzaine de personnes qui l'adulait en lui faisant des courbettes, fières d’être vues en sa compagnie. Un sourire sardonique barra ses lèvres en voyant s’approcher Litchy. Sans s’excuser auprès de ses hôtes, il se leva d’un bond pour aller à sa rencontre.
    - Mademoiselle, je ne crois pas vous connaître? Fenzhar ne remarqua pas le tressaillement de la jeune femme lorsqu’il se saisit d’autorité de sa main pour y déposer un léger baiser.
    - Je me présente, mon nom est Fenzhar Difenzo. Je suis le propriétaire de cet établissement! Se présenta-t-il avec fierté. Il en profitait pour détailler effrontément Litchy des pieds à la tête.
    - Bonsoir monsieur Difenzo. Mon nom est Lucien Naubert et je vous présente ma nièce Litchy! Par le biais d’une politesse des plus commune, Charles s’interposa entre Litchy et Fenzhar. Celui-ci accorda à peine un signe de tête au raseur. Il alla jusqu’à presser Charles de l’épaule afin de se rapprocher de Litchy qu’il dévorait des yeux sans vergogne à présent.
    - Je suis impressionnée par ce que j’ai découvert ce soir. Je pense que d’’ici peu vous pourrez me compter parmi vos habitués monsieur Difenzo! Ce disant, Litchy dirigeait lentement ses pas vers la sortie.
    - Fenzhar, vous pouvez m'appeler Fenzhar si vous le souhaitez Litchy! Sournoisement il lui avait barré le passage. Litchy était à deux doigts de le repousser violemment, mais elle parvint de justesse à garder son calme. Charles s’était rapproché et l’apaisait de sa présence.
    - Je vous remercie Monsieur Difenzo, je m'en souviendrai! Mais il est tard, je dois rentrer! Dit-elle avec fermeté. Il lui tardait de s’éloigner de cet homme.
    - Ou alors vous pourriez vous joindre à nous pour un dernier verre? Insista Fenzhar. Il appuya sa demande en lui montrant le groupe de ses admirateurs qui les observait avec curiosité.
    - Avec votre oncle, cela va sans dire! Se reprit-il en jetant un regard méprisant à Charles.
    Elle déclina posément l'invitation, s’entendant promettre que ce serait pour une fois prochaine. Elle adressa un grand sourire à Fenzhar avant de disparaître rapidement. Elle aurait eu une meute de loups à ses trousses qu’elle n’aurait pas été aussi empressée. Charles eut toutes les peines du monde à la rattraper. Fenzhar les regardait s’éloigner à regret et la mémoire lui revint. Cette beauté ressemblait traits pour traits à Amélia. SON Amélia. Celle qui lui avait brisé le cœur.
    Le regard vide, Litchy ne prononça pas un seul mot de tout le trajet du retour. Charles n’avait pas encore coupé le moteur que celle-ci s’éjecta du véhicule et qu’elle se précipita dans la grande maison. Elle grimpa les marches de l'escalier, trois par trois, tout en libérant ses cheveux qui tombèrent en cascade dans son dos. Elle passa devant Lukas sans le voir. Une fois dans sa chambre, elle ôta ses vêtements comme s'ils lui brûlaient la peau puis elle se réfugia sous la douche. Alors seulement elle se laissa emporter par l’aversion que lui inspirait Fenzhar Difenzo. Elle sanglotait, impuissante à combattre ce qu’elle avait ressenti par empathie au contact de Fenzhar. Il était le mal en personne. Malgré la fragrance de son eau de toilette de luxe, l’homme puait le vice par tous les pores de sa peau.
    Lukas entra en trombe dans la chambre. Une vapeur épaisse envahissait déjà la salle de bains lorsqu’il s’y précipita. Lukas arracha Litchy du déluge bouillant qui l’inondait. La jeune femme était rouge comme une écrevisse bouillie, elle avait oublié de se servir du mitigeur. Il l’enveloppa dans une serviette et la porta sur le lit. Agitée par de violents spasmes, elle ne parvenait pas à se calmer. Sa rencontre avec le plus puissant malfrat de la région l’avait tellement déstabilisé que cela avait mis à jour sa vulnérabilité. Elle n’était pas encore prête à se mesurer à lui nonobstant les longs mois de préparation qu’elle s’était imposée. Presque trois ans de travail intense, et elle en était encore à douter d’elle. Lukas était furieux contre lui-même, jamais il n’aurait dû autoriser ce premier contact, il était trop tôt. Avec les derniers hoquets vinrent les explications. Litchy lui assura que ce n’était pas de la peur qu’elle ressentait, mais un immense dégoût. Enjôleur et pervers, Fenzhar avait une extraordinaire capacité à tromper son monde. C’était cette capacité à se faire passer pour ce qu’il n’était pas qui avait effrayé Litchy. L’homme semblait dépourvu d’humanité. Enfin remise de ses émotions, elle se laissa border comme une enfant et épuisée, elle s’endormit rapidement. Elle ne s’était même pas rendu compte qu’il lui avait ôté la serviette humide qui la couvrait avant qu’elle ne se glisse entre les draps.
    Lukas se traita de toute sorte d'épithètes fleuris en descendant rejoindre Charles à la cuisine.
    - Je peux être utile à la petite? Elle se sent mieux? S’enquit-il dès que Lukas passa la porte.
    - Merci Charles, tout va bien, elle s’est endormie! Rassuré le majordome pouvait enfin goûter à un repos bien mérité. Il allait souhaiter une bonne nuit à son patron lorsque celui-ci s’empara de la salière en cristal et dans un élan de colère dévastateur, il lança l’objet qui alla se fracasser au sol.
    - Je suis un imbécile, un triple idiot Charles!
    - Je suis de votre avis Monsieur! Imperturbable, Charles sortit deux tasses pour le thé et seulement lorsqu'il eut versé l'eau bouillante sur le Twinning, il lorgna du côté de son patron. Celui-ci, immobile, le considérait, dubitatif. Son majordome venait-il de le traiter d’imbécile?
    - Pardon, je me permets, car moi aussi, j'ai laissé Difenzo l'approcher! Mais nous n'avons pas pu l'éviter, il s'est posté vers la sortie et je suis pratiquement certain qu'il attendait tranquillement Litchy! Charles déposa les tasses sur l'îlot central et s'installa sans cérémonie auprès de son patron.
    - Vous rendez-vous compte Charles combien elle était bouleversée? Elle ne s’attendait pas à un tête-à-tête avec cette ordure! J’en suis malade de lui avoir fait vivre cela! La culpabilité rongeait Lukas.
    - Écoutez monsieur, je crois pouvoir dire que Litchy est beaucoup plus forte que vous ne le pensez! Laissez-lui le temps de contrôler ses émotions et tout ira bien! Elle a seulement besoin de réajuster sa part des choses! Par ses mots, Charles se voulait rassurant, mais tout comme Lukas il se demandait si cela en valait vraiment la peine. Afin de faire correctement son deuil, il était primordial pour Lukas de mettre Fenzhar Difenzo sous les verrous. Toutefois ce serait sa jeune protégée qui serait en première ligne, mais aurait-elle la force de supporter ce qui lui serait infligé? De son côté, se serait-il vraiment engagé dans cette vendetta s’il n’avait pas croisé le chemin de Litchy? Il n’était plus très sûr de vouloir connaître la réponse à présent.
    Un silence total régnait lorsque Litchy rouvrit les yeux. Elle devait avoir dormi une bonne quinzaine d’heures car elle constata à la lumière ambiante que la journée était déjà bien avancée. Après une bonne douche elle alla retrouver ses hôtes sous le kiosque de verdure, près de la piscine où elle savait les y trouver.
    Le buffet froid rangé dans la glacière qu’avait déposé Charles près de la table basse en osiers rappela à Litchy que c’était le jour de la partie d’échec des deux hommes. Ce jour-là le majordome faisait relâche en soirée et tous trois se contentaient de pain complet, de légumes crus tranchés, de fromages à pâte cuite ou cru, de salade de fruits frais, de smoothies et de thé glacé. Dans ces moments-là, le sol pouvait bien s’effondrer qu’aucun des joueurs ne s’en serait aperçu. Ses hôtes s'affrontaient amicalement, oubliant leur statut social. Avec une stratégie qui avait déjà prouvé plusieurs fois son efficacité, ce fut Charles qui remporta la partie. Ils ne se rendirent compte de la présence de Litchy que lorsque celle-ci se mit à applaudir vigoureusement la performance du majordome. Elle s’était installée silencieusement sur la balancelle pour les regarder jouer. Aussitôt Charles redevint professionnel.
    - Litchy! Allez-vous bien ma petite? Voyant la mine inquiète de Charles, la jeune femme s’empressa de le rassurer. Le regard que Lukas portait sur elle était soucieux lui aussi. Le sourire serein qu’elle lui adressa ne sembla pas apaiser ses craintes. Elle avait communiqué ses doutes aux deux hommes, il lui fallait à tout prix les rasséréner.
    - Je comprends que vous soyez préoccupés par ma réaction de cette nuit, mais je vais bien, je vous l’assure! Son regard allait de l’un à l’autre et elle se rendit compte qu’ils ne la croyaient pas totalement.
    - Je m’en sortirai très bien avec Difenzo, c’est seulement que je n’avais jamais encore ressenti une telle cruauté chez un être humain. S’en était palpable! Je vais devoir revoir ma façon d’appréhender cette charge d’émotions, mais croyez-moi, je peux poursuivre ma mission! Faites-moi un peu confiance bon sang! Lukas et Charles croisèrent une dernière fois leur regard et ils acquiescèrent d’un signe de tête aux propos de Litchy. Il était inutile de l’agacer plus qu’elle ne l’était déjà par leur suspicion.
    Maître d'hôtel dans l'âme, Charles reprit ses fonctions.
    - Mademoiselle veut que je lui prépare quelque chose de plus consistant en cuisine?
    - Je vous remercie Charles! Ce sandwich à la mozzarella m’ira très bien, rajoutez-y quelques tranches de tomate et ce sera parfait! Je peux débarrasser si vous désirez vous éclipser!
    - Merci mademoiselle, profitez de la douceur de la soirée! Un verre de thé glacé? Charles, pourtant conscient que la proposition de Litchy n’était pas qu’une formule de politesse refusa son aide. Son service impeccable était ce qui le caractérisait. Il servit donc un grand verre de thé à la pêche à la jeune femme, puis il rejoignit les restes de l’en cas dans la glacière et disparut dans la maison par la porte de l’office.
    - Comment te sens-tu réellement? Lukas avait attendu le départ de son majordome pour reprendre les hostilités. Madame Djanhä lui avait conseillé de pousser Litchy dans ses derniers retranchements à chaque fois que celle-ci aurait été brisée pas ses émotions. Il devenait nécessaire qu’elle admette qu’elle n’était pas encore prête à affronter Fenzhar Difenzo sinon ce serait la catastrophe assurée.
    Tout sourire, Litchy dévisagea longuement Lukas avant de lui répondre.
    - Et un petit débriefing, un! Je m’attendais à la présence de madame Djanhä pour cela! À celle de l’un de vos lieutenants aussi, je suis déçue! Le regard noir que lui lança Lucas la fit immédiatement taire.
    - Je t’interdis de plaisanter avec cela! Sérieux? Ce comportement est du n’importe quoi! Litchy baissa la tête et laissa passer l’orage.
    - Tes retours émotionnels sont de l’ordre de trente pour cent du succès de ta mission, tu le sais ça non? Comment te sens-tu vraiment? Il réitéra sèchement sa question en fixant froidement Litchy. Celle-ci se garda de faire de nouveaux traits d’humour.
    - Aussi curieux que cela puisse paraître, je me sens bien à présent! Mais, j’admets que j’ai eu un doute quant à ma capacité à poursuivre! Voilà, vous êtes content monsieur le procureur, c’est ce que vous vouliez entendre? Décidée à fuir les yeux inquisiteurs de Lukas, elle se leva d’un bond. Alors qu’elle passait près du banc sur lequel il était assis, il la retint, attrapant in extrémis son poignet. Elle tenta de lui résister, mais il la força à s’asseoir près de lui.
    - Je suis désolé de devoir te bousculer, mais tu vas entrer dans un cirque où rares sont les gladiateurs qui en ressortent sur leurs deux jambes! Des larmes inappropriées, une crise de nerfs, montrer de la compassion pour une victime et tu seras foutue ma belle! Lukas avait modéré le ton de sa voix au fur et à mesure qu’il parlait, mais la gravité de son regard subsistait.
    - Cela suffit! Je me sens prête à me mesurer à cette fripouille! C’est vous qui ne me faites pas confiance! Elle avait presque hurlé. Exaspérée, elle se propulsa hors du siège. Lukas se précipita à sa suite et, comme deux animaux sauvages ils se firent front. Iris sombre contre iris bleu, leur regard était rivé l’un à l’autre. Sans s’en rendre compte, Litchy humecta ses lèvres d’un coup de langue sensuel. Il n’en fallut pas plus à Lukas pour qu’il cède à ses pulsions. Il attira sauvagement Litchy à lui et ses lèvres dévorèrent celles de la jeune femme. Totalement déconcertée, celle-ci se garda bien de protester. Ses jambes flageolaient tellement que lorsqu’il cessa de l’embrasser, elle dut se retenir en posant ses mains sur le torse de Lukas.
    - Il semblerait que monsieur le procureur ait changé d’avis à mon sujet! Mutine, elle se souleva sur la pointe des pieds en se retenant aux solides épaules de Lukas, puis elle lui déposa un léger baiser en-dessous de l’œil. Elle le sentit frissonner. Silencieux, toujours abasourdi par ce qu’il venait de faire, Lukas n’osait plus faire un geste.
    - Je sais à présent que je ne vous suis pas indifférente! Et cela me réconforte dix fois plus que toutes les séances avec madame Djanhä! Lukas resta silencieux. Le rire cristallin de Litchy résonna longtemps à ses oreilles avant qu’il ne se décide enfin à rentrer à son tour.
    Entre le bol de céréales complètes et le jus d'orange, Charles déposa un mug de thé au jasmin sur le set de table. Les pains au lait doraient progressivement sous le grill et les œufs brouillés étaient prêts à être servis. Lukas s'oubliait rarement, mais ce matin il allait rater un rendez-vous important s'il ne descendait pas prendre son petit-déjeuner promptement. Charles gravit les escaliers qui conduisaient à l'étage et alla frapper à la porte de la chambre de son maître. Il toqua plusieurs fois à l'huis. Ne recevant aucune réponse il appuya sur la poignée. Sans doute préoccupé par un dossier compliqué, monsieur avait-il veillé très tard? Ce ne serait pas la première fois qu’il aurait zappé la sonnerie du réveille-matin. Le battant céda et Charles entra dans la pièce.
    - Monsieur, il est tard, il faut vous lev..! Stupéfait devant le tableau qui s'offrait à ses yeux, il ne termina pas sa phrase. Attendrit il contempla quelques instants la scène avant de s'éclipser discrètement. Il n'avait plus qu'à prévenir l'agence que monsieur serait très en retard. Enlacés pour ne pas dire enchevêtrés, Litchy et Lukas dormaient profondément...

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