• LiTCHy ( XVIII )...

       ...Les gyrophares des voitures de police lançaient des éclairs, illuminant, par intermittence de leurs lueurs rouge et bleue les façades de l'entrepôt quatre. Les véhicules stationnaient sur le quai, le long du ponton d’amarrage où venait accoster en souplesse le « Lady of Heart » Découvrant un tel déploiement des forces de l’ordre, de nombreux badauds s’étaient agglutinés derrière les barrières de sécurité. Les conversations allaient bon train, mais ceux qui élaboraient des scénarios extravagants n’étaient pas plus informés que les policiers qui attendaient patiemment à l’appontement pour investir le yacht. Un bref communiqué de la capitainerie leur avait appris qu’il y avait eu du grabuge sur le yacht du millionnaire. Il y aurait plusieurs morts. Dès que la passerelle proue du yacht fut arrimée, les agents vinrent se positionner de façon à ce que personne n’échappe aux mailles du filet.
    Á terre, il se murmurait à présent que l’un des hôtes de Monsieur Difenzo, propriétaire du yacht, avait été abattu. Sujet à d’horribles hallucinations après avoir ingurgité un cocktail composé d’alcool et de drogue, l’homme aurait assassiné son compagnon de plusieurs coups de couteau. Force fut à Fenzhar d’obtempérer lorsqu’on lui demanda de rester dans sa cabine. Exaspéré, celui-ci ne tenait pas en place. L’interpellation de ses hôtes ne l’inquiétait pas outre mesure, ils avaient le même intérêt que lui à dissimuler aux policiers ce qui s’était réellement passé dans la cabine de cet imbécile de Lausard. Quel besoin avait-il de toujours se faire accompagner par cette petite crapule de Gerhart? Et Litchy? Elle avait été déjà bien ébranlée par le suicide de la noiraude, et le décès de ces deux abrutis n’avait pas arrangé les choses. Aurait-elle assez de cran pour résister à un interrogatoire poussé? Il avait pris le temps de la briefer correctement, mais il n’était pas certain qu’elle exécute ses ordres à la lettre. La demoiselle allait devoir tempérer son caractère impétueux où il se verrait obligé de le faire lui-même.
    Les gardes en poste de surveillance avaient bien du mal à canaliser le flot des curieux qui augmentait considérablement depuis que le navire avait accosté. L’escalier de poupe s’était automatiquement déplié lorsque le moteur du yacht se trouva à l’arrêt. Mais il était inaccessible aux agents. Heureusement, personne n’eut l’idée de l’emprunter pour monter sur le yacht. S’en apercevant soudain, l’un des policiers alla se hisser prestement au faîte des marches. Pourtant, le temps qu’il fasse le tour du bastingage, une frêle silhouette escalada la rambarde et dégringola les marches deux par deux. Une enveloppe épaisse alourdissait la poche intérieure de la saharienne de grand couturier qui l’enveloppait, col relevé. Trop heureuse de s’en tirer à si bon compte, Marielle s’éclipsa promptement en se fondant parmi les spectateurs. Fenzhar lui avait accordé une grande faveur en échange de son silence : Il avait annulé sa dette. Par ailleurs il conseilla à Marielle de se faire oublier. Pour cela elle avait reçu une somme plus que rondelette. En outre, ce que la jeune femme avait vécu dans la cabine de maître Lausard avait été si dégradant qu’elle ne se voyait pas raconter ceci aux autorités.
    Sous le regard flamboyant de Fenzhar, impuissant à la soustraire aux autorités, Litchy fut une des premières à être isolée. Elle fit un compte-rendu détaillé des faits survenus sur le yacht au second du capitaine Montel. Le dossier de son témoignage serait capital pour que Fenzhar Difenzo rejoigne prochainement le quartier de haute sécurité de la maison d’arrêt. Ironie du sort, le bâtiment pénitencier se trouvait à deux kilomètres à peine du «Matiaba », l’un des casinos appartenant au malfrat. Tous les passagers du yacht furent questionnés, mais comme il fallait s’y attendre ils avaient tous la même version, à savoir que Sonia, dépressive s’était suicidée. Et quant à Lausard et Gerhart, il était de notoriété publique qu’ils abusaient de drogue et de boissons fortes. Sous les effets dévastateurs des stupéfiants et des alcools, il devenait évident que ceux-ci s’étaient entretués. Personne ne parla des enchères, ni de Marielle. Faute de preuves évidentes, la garde à vue de Difenzo fut ajournée. Exaspéré, Lukas le laissa partir en compagnie de Litchy,
    Fenzhar ne décolérait pas depuis le décès de son avocat. Il avait été entendu dans les bureaux de la DPI (Direction de la Police Internationale) par un certain Capitaine Luc Montel, et son audition n'avait pas pris l'orientation escomptée. En s'installant dans la salle des interrogatoires, monsieur Difenzo ne s'attendait qu'à une joute verbale sans conséquence. Dès les premières minutes, il se rendit compte que la personne qui menait l'entretien ne s'en laisserait pas compter et cela tourna carrément à la procédure. Ce con de Lausard avait bien choisi son moment pour se faire descendre pensa-t-il furieux. Il soupçonna immédiatement l'homme qui lui faisait face d'en savoir beaucoup plus sur lui que ce qu'il désirait apprendre en lui posant les questions d'usage inhérentes à l'enquête sur les incidents survenus sur le "Lady of heart".
    - Monsieur Difenzo voulez-vous m'expliquer pourquoi vous n'avez pas prévenu les autorités immédiatement après avoir constaté le décès de mademoiselle Sonia Nago-Siaré? demanda le capitaine Montel en fixant Difenzo droit dans les yeux.
    - Je l'ai fait, mais plus tard! Le capitaine du Lady m'a affirmé que nous étions trop éloignés des côtes pour une intervention rapide des autorités! Et les garde-côtes avaient certainement autre chose à faire que de venir constater le décès d'une dépressive? Non? La réponse de Fenzhar se voulait un rien ironique.
    - Cela est à l'appréciation des services de police et certainement pas à celle du capitaine d'un yacht privé! Déclara Luc Montel le plus sérieusement du monde.
    - D'ailleurs nous aimerions entendre monsieur Gontrand Lebois si cela était possible? Veillez à ce qu'il se présente rapidement à l'accueil!
    - Le capitaine de mon yacht n’est pas à vos... ! Fenzhar se reprit en se rendant compte qu’il allait trop loin.
    - Je ne suis pas le seul client du capitaine Lebois, je vais voir ce que je peux faire! Plus qu’agacé par la tournure que prenait l'investigation, Difenzo insistait lourdement sur la fonction dudit Gontrand Lebois. Ignorant ce rappel, l'officier poursuivit:
    - Revenons à mademoiselle Nago-Siaré! Pouvez-vous m'en dire plus? Qu'elle était son statut sur le yacht? Qui est l'homme pour qui elle a mis fin à ses jours? Qui l'a découvert? Qui a fait les premières constations? Son ex compagnon était-il parmi vos invités?
    Décontenancé par cette rafale de questions, Fenzhar resta muet pendant de longues minutes, Il réfléchissait à la meilleure façon de clouer le bec à ce petit flicaillon qui le harcelait avec un plaisir évident. Lausard lui aurait demander de couper court s’il avait été à ses côtés. Aussi riposta-t-il sèchement, éludant les questions qu’on lui posait.
    - Je pensais que vous m'aviez convoqué comme témoin pour l'assassinat de mon avocat et celui de son compagnon? Suis-je suspecté de quelque chose?
    - Je vous prie de répondre à mes questions monsieur Difenzo!
    Pendant une fraction de seconde, Luc Montel rappela au malfrat ce roquet de procureur qu'il avait muselé par le passé. Lukas Delmont. Il l'avait bien baisé celui-là. Voilà qu'à présent un autre avait la prétention de prendre la relève? Il n’en aurait donc jamais fini avec la flicaille, c'était bien sa chance.
    - Je ne peux vous répondre! Ce n'est pas de la mauvaise volonté, mais les invitations sont lancées à partir des secrétariats des casinos que je gère. Je ne fais que recevoir mes hôtes. Aussi, voyez avec mes employés pour obtenir les informations qui vous sont nécessaires pour l'enquête! Il se leva et s'apprêtait à quitter la pièce.
    - Asseyez-vous monsieur Difenzo! Ordonna fermement Luc Montel.
    - Je ne crois pas, non! rétorqua Fenzhar avec aplomb.
    - Je n'ai rien à me reprocher dans cette sordide histoire! Dorénavant adressez-vous à mes avocats! Il en sera de même pour ce qui concerne maître Lausard et Gerhart Leepstein! Il avait déjà la main sur la poignée de la porte lorsque Luc Montel le provoqua.
    - Très bien, je prends note de votre manque de coopération monsieur Difenzo! Nos enquêteurs vont dorénavant travailler sur le dossier Nago-Siaré avec une requalification des termes de procédure. Il ne s'agira donc plus d'un suicide, mais d'un assassinat et d'une dissimulation avérée de preuves. Vous pouvez y aller, je vous souhaite une bonne journée monsieur Difenzo! Fenzhar hésita, puis il s'élança hors de la pièce négligeant de refermer la porte. Ceci n'était qu'une demi victoire, mais l'officier Montel était satisfait. Celui-ci voulait pousser Difenzo à la faute et le meilleur moyen d'y parvenir était de laisser en suspend l'enquête sur le décès de l'avocat véreux de Fenzhar et de son petit ami. Lukas était mitigé. Il avait trouvé Litchy très perturbée et il commença à se demander si tout cela valait bien la peine de sacrifier l’intégrité de sa jeune maîtresse. Fenzhar pressentit que si ennuis à venir il y avait, ceux-ci viendraient de cet enquêteur. Il chargea le commissaire Choltont de se renseigner discrètement sur ce probable fouteur de merde. Choltont fut incapable de lui fournir le moindre renseignement. Il avait seulement appris que le capitaine débarquait dans la région à la suite d'une promotion. Toutefois, son dossier était verrouillé en raison de ses états de service. Il avait été impossible d'en savoir plus. Cela mit Fenzhar dans une rage folle. Depuis la disparition de Lausard, monsieur Difenzo se sentait vulnérable et il abhorrait cette faiblesse. Pour couronner le tout, Litchy était partie rejoindre son oncle dans la propriété familiale en Argentine. Elle lui avait dit avoir besoin d'oublier l'épouvantable tragédie qui s'était déroulée sous ses yeux. Une lingerie blanche en soie ultra sexy, des baisers langoureux et un lit dévasté avait convaincu Fenzhar qu'il pouvait la laisser entreprendre le voyage. Maintenant il le regrettait amèrement. Celui-ci s'en mordait d'autant plus les doigts qu'il n'avait aucune chance de rejoindre Litchy sans invitation à l'estancia qu'occupait la famille de la jeune femme. La résidence faisait partie d'une réserve protégée lui avait-on dit. Seuls les autochtones possédaient un pass. Les personnes désirant être reçues par la famille Naubert devaient montrer patte blanche et rares étaient ceux qui franchissaient les grilles de la propriété. Monsieur Naubert refusait catégoriquement toutes incursions étrangères. Fenzhar ayant atteint les limites d'une patience quasi inexistante, décida que désormais Litchy serait accompagnée, qu'elle le veuille ou non, à chacun de ses voyages en Amérique du Sud.
    Sans savoir encore pourquoi, l’instinct de prédateur de Fenzhar Difenzo prenait le dessus. Il y avait trop d’interdits dans la vie privée de Litchy. Trop de secrets. Trop de déplacements qu’il ne contrôlait pas. Il concevait que la famille de sa tigresse adopte une certaine discrétion teintée de réserve sur les activités à l’IRCRN, mais jamais Litchy ne l’avait présenté officiellement à son oncle en l’invitant au sein de la famille. Chaque fois qu’il le lui demandait, elle trouvait toujours un prétexte pour se dérober. Toutes les recherches que son webmaster avait menées s’étaient révélées infructueuses. Tout était verrouillé et codé, à par le site officiel de la société qui, en vérité était lui aussi très restreint. Certes, les travaux de l’institut étaient classés confidentiels et réservés uniquement aux professionnels de santé. Pourtant Fenzhar avait l’intime conviction que quelque chose clochait. Il n’y avait pas si longtemps de cela, Litchy ramenait des documents confidentiels au manoir. Fenzhar les consultait dès qu’elle avait le dos tourné, puis soudain, plus rien. La gamine l’avait-elle manœuvré afin que ses recherches n’aboutissent pas? Son comportement de femme soumise ne collait pas avec la personnalité de femme d’affaires aguerrie qui apparaissait dans la conduite des dossiers qu’il avait lu. Il la savait très maligne, mais il était prêt à parier gros que jamais elle n’oserait divulguer ce qu’elle savait sur ses transactions compromettantes. L’homme était assailli de doutes, mais bien trop orgueilleux pour admettre qu’une femme puisse le berner. Mademoiselle Naubert le faisait grimper aux rideaux, mais il n’en devenait pas idiot pour autant. Si la présence de Litchy aux abords de la suite de Lausard était suspecte, sans doute n’était-ce qu’une coïncidence? Pourquoi avait-elle abattu Lausard alors qu’il lui aurait suffi de le blesser pour le maîtriser? Cette question taraudait son esprit à tel point qu’il en venait à regretter d’avoir statué du sort de Marielle aussi rapidement. Richard aurait pu facilement la faire parler. Il était hors de question pour Fenzhar de s’en prendre directement à Litchy. Son chaton avait été suffisamment convaincante dans sa détresse alors tant que ses soupçons envers elle n’étaient pas avérés, il lui laisserait le bénéfice du doute. Il trouvait que la crise avait été gérée avec efficacité, mais il ne pouvait faire autrement que de se repasser en tête le déroulement des faits, encore et encore.
    - Je…je n’ai rien…rien pu faire! Litchy hoquetait. Fenzhar immobile dans l’encadrement de la porte ne répondit pas. D’un coup d’œil, il évalua les dégâts et comprit que cela allait lui attirer de sérieux ennuis avec la police. Il ne pourrait pas y couper cette fois-ci. La disparition soudaine de l’avocat et de son chérubin serait hyper médiatisée si l’on perdait toutes traces d’eux du jour au lendemain. Trop de témoins à terre les avait vu monter à bord, il ne pouvait se permettre de se débarrasser des corps en pleine mer. Il y avait songé un bref instant. Poings serrés, le regard noir il fixait Litchy intensément.
    - Je suis desc… descendu dans la coursive, je… je m’inquiétais pour la fille ! Litchy savait qu’en admettant qu’elle rôdait sur le « Lady of Heart », son amant risquait de très mal le prendre. Fenzhar restait silencieux. Elle tenta alors de s’approcher de lui, mais le regard glacial de l’homme l’en dissuada.
    - J’ai… j’ai entendu des cris alors je voulais te prévenir que… cela tournait mal ! Poursuivit-elle en essayant de se maîtriser.
    - Je sais, je n’au… n’aurais pas dû entrer, je suis désolée! Fenzhar demeurait de marbre. Il détestait les larmes.
    - J’ai entendu crier alors je me suis précipité et… et je l’ai tué! J’ai tué un… un homme Fenz, je suis désolée, tel… tellement désolée! Son trouble n’était pas feint ni son bégaiement. Elle hésita longuement avant de se jeter dans les bras de Fenzhar car il était évident que celui-ci bouillait de colère contenue. Elle inonda sa chemise en soie de ses larmes en se blottissant contre lui. Le sachant très tactile, elle pensait que cela détournerait un peu son attention. Mais celui-ci ne la maintint que quelques secondes, caressant machinalement ses épaules, puis il la repoussa avec fermeté.
    - A quoi pensais-tu bondieu? Tenir tête à ces deux enragés? Lausard est incontrôlable lorsqu’il est chargé! Aboya-t-il en la bousculant plusieurs fois d’une main fébrile. Litchy tremblait de tous ses membres.
    - Et l’arme que tu as utilisée, elle sort d’où? Où est-elle d’ailleurs? Litchy se servit du peu de force morale qu’il lui restait, elle sortit lentement le revolver de la poche de la robe de chambre de Fenzhar et le lui tendit en gardant les yeux baissés. Incrédule, Fenzhar vit immédiatement qu’elle n’avait pas repositionné le cran d’arrêt.
    - Crétine! Tu te promènes avec une arme chargée dans ta poche sans l’avoir sécurisée! Donne-moi ça! Litchy fut incapable de réagir à ses cris. Il lui arracha l’arme des mains, ôta les balles du chargeur puis glissa le tout dans l’une des poches de sa veste.
    - Pourquoi Éric s’en est-il pris à toi? Litchy resta silencieuse.
    - Réponds! Hurla-t-il. Ses yeux lançaient des éclairs.
    - Il n’a pas apprécié que tu te mêles de ses affaires? C’est ça? Il est devenu menaçant? Plus Litchy restait silencieuse, plus sa colère augmentait.
    - Tu vas dire quelque chose ou je t’en colle une? Litchy sursauta, elle hocha lentement de la tête.
    Voulant éviter un geste qu’il regretterait plus tard, il se mit à déambuler dans la pièce, comme un fauve en cage.
    - Oui il nous menaçait toute les deux! La fi…fille, euh Marielle avait blessé mortellement Gerhart et et… ! Oppressée, Litchy s’exprimait en chuchotant.
    - Il avait ra…ramassé le poignard pour la….! Fenzhar stoppa net sa ronde infernale.
    - Et tu n’as rien trouvé de mieux que de lui tirer dessus? Pourquoi n’as-tu pas essayé de l’amadouer? Lâcha-t-il suspicieux.
    - Que veux-tu que je te di.. dises? J’ai f… fait une bêtise ! Litchy tremblait de tous ses membres s’attendant à recevoir une correction lorsqu’il vint près d’elle. Fort heureusement pour elle, Fenzhar avait plus pressant à parer. Les corps inertes d’Éric Lausard et de Gerhart Leepstein étaient étendus au sol dans des positions tellement ridicules que cela en aurait été risible dans d’autres circonstances. De larges taches de sang rougissaient la moquette. C’est en suivant des yeux ces traces ensanglantées que Fenzhar découvrit Marielle prostrée contre la cloison de la cabine. Le regard hagard, elle était à demi-nue et couverte de sang des pieds à la tête. Le poignard qui avait causé la mort de Gerhart Leepstein était près de la main de son amant. Il avait dû le lâcher en poussant son dernier soupir. Cela renforça Fenzhar dans l’idée que les deux hommes c’étaient bien entretués. Fenzhar s’avança vers elle, puis il la releva brutalement.
    - Si jamais tu dis un mot de tout ceci à qui que ce soit, je m’occuperai personnellement de toi! Menaça-t-il. Je vais être généreux, tu oublies ce que tu as vu, tu disparais pour de bon et j’efface ta dette, capice? Incapable de parler, Marielle approuva machinalement d’un signe de tête et retomba aussitôt dans un profond abattement.
    - Vas te laver tu es couverte de sang! Habille-toi de façon à être dissimulée le plus possible et prépare-toi à quitter le yacht rapidement, nous allons bientôt accoster! Il entraîna rudement Marielle hors de la cabine et referma la porte.
    Il vérifia les lieux une dernière fois, puis à l’aide de son portable il ordonna au capitaine de prévenir les autorités par radio ainsi que de rentrer au port le plus rapidement possible. Entre-temps les employés auraient fait le ménage.
    Alors seulement il s’inquiéta de Litchy, il l’attira à lui et l’embrassa tendrement. Toutefois son esprit restait en éveil.
    - Vas aider cette pétasse à se préparer! Donne lui soixante mille euros! J’ai assez dans le coffre de la cabine, il est ouvert! Litchy se laissait bercer par la voix de Fenzhar qui se faisait enjôleuse.
    - Tu as été très courageuse ma petite chatte sauvage! Ses baisers qui se voulaient délicats ne trompaient pas la jeune femme. Derrière les louanges se dissimulaient les soupçons et les représailles qu’il réprimait avec difficulté.
    - Il ne va pas m’être facile de faire passer ce fiasco pour une querelle de camés! Je vais dire que Lausard a poignardé son chéri et que leurs hurlements ont attiré l’un des agents de sécurité. Celui-ci a été obligé d’abattre Lausard car il menaçait de poignarder une seconde fois son compagnon. Ça tiendra la route je pense! Il était dubitatif, mais il n’avait pas mieux. Malgré elle Litchy fut admirative de Fenzhar. En un rien de temps et avec aplomb, celui-ci avait imaginé des explications acceptables pour la police.
    - Allez files! Tu étais vraiment obligé de l’abattre, le blesser ne te suffisait pas? Demanda-t-il calmement. Litchy sentit ses muscles se durcir, il redevenait le fauve qu’il était. Le visage bouleversé, elle haussa les épaules. Comment aurait-elle pu dire à son terrible amant que Lausard la soupçonnait de renseigner les services de police et que c’était elle et non son avocat qui avait porté le coup mortel à Gerhart. Fenzhar, se contentant de cette réponse qui n’en était pas une, entraîna la jeune femme en direction de la porte.
    - Il va falloir que tu cesses d’emprunter mes vêtements jeune fille! Tu ressembles à un épouvantail! C’était dit sur le ton de la plaisanterie et d’une voix doucereuse, mais Litchy avait compris qu’elle devait rapidement passer une tenue plus seyante. Il ne l’avait jamais brutalisé, à présent elle le sentait au bord de la rupture.
    Elle sortit de la suite en laissant à Fenzhar le soin de préparer un alibi en béton pour chacune des personnes qu’il voudrait bien protéger. D’ores et déjà, ses empreintes n’apparaissaient plus sur la crosse de l’arme avec laquelle elle avait abattu maître Lausard. Elle passa une robe habillée, se recoiffa rapidement puis elle rejoignit Marielle. Celle-ci était déjà prête à descendre à terre. Cette femme aurait vendu père et mère pour de l’argent. Litchy lui conseilla de se faire discrète, puis elle lui remit l’enveloppe épaisse contenant le prix de son silence.
    - Monsieur Difenzo a pensé que ceci pourrait vous être utile! Marielle, soulagée, n’alla pas jusqu’à en vérifier le contenu devant elle. Elle fit disparaître le pli dans la poche de la saharienne qu’elle avait revêtu.
    - Savez-vous où vous rendre pour éviter les mauvaises rencontres? Demanda Litchy sur le ton de la conversation.
    Aussitôt Marielle la dévisagea froidement.
    - Vous êtes la maîtresse d’un homme dangereux mademoiselle, croyez-vous que je puisse me laisser aller à vous confier ma destination?
    - Pardonnez-moi, je n’aurais pas dû vous poser la question! Litchy s’excusa-t-elle promptement. Elle avait tenté, cela aurait pu marcher, mais ce n’était pas le cas.
    Le regard de Marielle s’adoucit un peu et quelque chose semblait encore la tracasser.
    - Mademoiselle…! Hésita-t-elle.
    - Que faites-vous en compagnie de cet homme? Vous n’êtes pas comme lui, cela se sent!
    - Est-ce vrai ce qu’a dit maître Lausard? Poursuivit-elle.
    - Êtes-vous réellement… un policier? Est-ce pour cela que vous l’avez abattu? Je ne dirais rien vous savez! Vous m’avez protégé de ces deux porcs, ils m’auraient tué j’en suis convaincue. ! Litchy l’était aussi. Et Lausard se serait fait un plaisir de la torturer elle aussi. Litchy accusa le coup mais elle ne laissa rien paraître de son trouble en entendant Marielle exposer ses certitudes.
    - Non Marielle, je ne suis pas un agent des forces de l’ordre! Voyez-vous, monsieur Difenzo est un homme trop intuitif pour que qui que ce soit se risque à ce petit jeu! Elle s’efforça d’être convaincante et elle dut y réussir car Marielle n’insista pas.
    - Alors vous devriez quitter cet homme, il est dangereux il vous fera du mal! Ses paroles paraissaient véritablement sincères
    - Fenz… euh monsieur Difenzo n’est pas le genre d’homme que l’on quitte Marielle, vous savez cela aussi bien que moi ! J’attends qu’il se lasse! Marielle approuva d’un mouvement de tête.
    - Remerciez monsieur Difenzo pour sa générosité, au revoir mademoiselle! Elle sortit silencieusement de la pièce tandis que Litchy, épuisée nerveusement se mit à pleurer. Elle était parfaitement consciente qu’elle risquait très gros en espionnant les faits et gestes de. Fenzhar, les rapportant ensuite à Lukas. Si l’on découvrait sa trahison, elle ne donnait pas cher de sa vie.
    Les experts ne remarquèrent rien de suspect. Chaque preuve, ainsi que tous les témoignages des invités à bord du yacht confirmèrent les déclarations de Difenzo. Seules les empreintes des deux occupants de la suite furent décelées sur les lieux. Henri Nallet, agent de sécurité assermenté, expliqua que lors de sa ronde il avait entendu les cris des protagonistes et qu’après s’être annoncé, il était entré dans la cabine, découvrant maître Lausard, poignard en main, accroupi auprès de son amant. Refusant d’obéir aux injonctions de poser l’arme blanche et de s’allonger qui lui étaient faites, l’agent Nallet avait été obligé de tirer plusieurs fois sur le suspect qui le menaçait à son tour. Lors de l’autopsie le légiste constata que les balles de l’arme du vigile correspondaient parfaitement à celles extraites du corps de Lausard. Il en était de même pour la lame qui avait servi à exécuter son compagnon. Le nom de Litchy n’apparut nulle part dans les minutes d’audition. Le dossier fut rapidement clos et Fenzhar organisa l’enterrement de l’avocat et de son petit ami comme la fête où il fallait être vu.

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 14 Juin 2018 à 12:48

    La suite, la suite....Toujours aussi pertinent et passionnant...

     

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