• MoTiVée & iMPaTieNTe…


    …Finalement elles m’ont eu à l’usure. Ce sont les tantines qui organiseront le vin d’honneur!

    Ce n’est pas une si mauvaise idée que cela, le traiteur aura plus de temps à consacrer à la mise en place de la réception. Papa J a lancé de nouvelles invitations à mon insu. Ses anciens «collègues» gradés, nos employés -c’était déjà fait, que croit-il?- quelques amis et des voisins proches! Gardons un œil sur la concurrence -rires- Il a tout compris lorsque je lui ai expliqué que la foule m’angoissait. Bref, le connaissant, cela risque de prendre des allures de brunch! J’espère qu’il n’a pas oublié que le banquet fait suite au vin d’honneur? J’admets, je suis l’unique fille qu’il mariera! Il a l’air vraiment heureux -il l’est- de m’avoir au domaine, et je ne suis pas loin de lâcher prise. J’ai laissé perdre tellement de belles années que maintenant je m’en sens un peu coupable. Les tantines ont raison, il paraît dix ans de moins. Cela dit, nous nous parlons encore souvent comme chiens et chats, mais il paraît que c’est normal. J’ai beaucoup de querelles père-fille à rattraper, m’a dit Bébé un soir que nous évoquions de mes rapports houleux avec mon père. De toute façon, avec ma voix éraillée ce n’est plus moi qui crie le plus fort. Cependant une part de moi-même reste sur sa réserve, effrayée d’être déçue une fois encore. Jeudi nous avons eu droit à la visite de Jocelyne. Son infirmière était au bord de la crise de nerfs tellement cette chameau l’a fait tourner en bourrique par ses nombreux caprices. Monsieur J s’en rendait bien compte, mais il faisait celui qui ne voyait rien. Lorsque pour la troisième fois, au cours du dîner la pauvre fille -une jeunette sans trop d’expérience des vieilles peaux- les larmes aux yeux, dut lui changer son verre, j’ai montré les dents, calmement. Paraît-il que des moucherons surnageaient dans le thé glacé de madame. J’ai demandé à la jeune femme de rester à sa place, je me suis levé pour prendre le verre de la Joce avec un grand sourire. Celle-ci piaillait comme une bartavelle -j’avoue, j’ai récemment regardé La Gloire de mon Père- J’ai vidé son verre sur la pelouse et je l’ai rincé avec un peu d’eau. Je l’ai resservi en thé et je me suis assise sans un mot. Jamais papa J n’a trouvé les étoiles aussi attractives qu’à ce moment-là. Nous avons été tranquille pour le reste du repas. Enfin tranquille c’est vite dit, elle s’est mise à renifler comme une gosse que l’on a privé de dessert. Cela va être formidable si elle s’amuse à faire ce genre de pitreries le jour de notre mariage. Maman, même au plus mal, n’a jamais été insupportable à ce point. Certes je suis partiale, mais tout de même...

    Je croise les doigts pour qu’il fasse un temps superbe le jour de notre cérémonie car ils se donnent tous à fond en notre honneur et un repli aux hangars de séchages en cas de pluie serait la cata. Je n’ai plus trop à me fatiguer, ma famille a pris le relais pour la suite des préparatifs, surprises inclues je suppose? Ça y est l’escalier qui conduit à l’étage est reluisant après le deuxième passage des employés de la société de nettoyage. Pendant qu’ils opéraient au rez-de-chaussée, mes oncles et mes cousins ont installés deux gigantesques photophores muraux en fer forgé côté opposé de la rampe. Ils contiennent une vingtaine de godets chacun, godets dans lesquels nous avons disposé des bougies à la citronnelle et à la lavande. Ainsi, suivant l’heure de la journée, nous allumerons ces petits lumignons pour parfumer entièrement notre demeure. Les faireparts et les cartes de remerciements m’ont été livrées au domaine hier par l’imprimeur, les cartons et les enveloppes sont sublimes m’affirment mes cousines. L’effigie dorée et discrète d’un couple en habits de mariés sur fond lavande fait bien son petit effet. Quant aux enveloppes, elles sont scellées à nos initiales avec un petit ruban. C’est top mignon. Les photographies de l’avancée des travaux pour la maison de Sam et Édith me sont parvenues par mail. Ils pensent pouvoir aménager fin septembre. Tout est de plein pied, finalement ils ont abandonné l’idée du rooftop. Sam n’aurait pu y accéder que par un monte-charge du genre de celui que j’ai fait installer à la «Petite Paix» mais cela leur aurait pris une partie de la surface du dressing de leur chambre. Et monsieur a besoin d’espace pour se préparer le matin. Pour tout en fait. Les plans ont été remaniés et l’architecte a élaboré une petite salle qui peut s’apparenter à ce que l’on nomme un atrium. Le plafond -invisible de l’extérieur- aux vitres teintées protège une pièce faite de pierres sèches récupérées sur les cloisons vétustes de l’ancien bâtiment. Un petit bassin intérieur, identique à ceux des anciennes casbahs marocaines, accroche la lumière du toit, c’est très beau. Plus tard, Sam et Édith comptent y déposer de belles plantes grasses. Ils rêvent d’un mur végétal. L’ensemble est moderne et original, j’aime bien, mais ce ne serait pas mon premier choix si j’étais en quête d’un nouveau domicile. Je devine que sous peu la maison de «roulette» va faire sensation au sein du nid de commères des environs! Déjà que son retour au pays fait jaser…

    En règle générale, mon père ne rate jamais le défilé du quatorze juillet à Paris. Il y retrouve ses compagnons d’armes pour une journée souvenir. Cette année d’autres impératifs l’ont contraint à rester au domaine -nous l’avons soigneusement évité car il a été grognon une bonne partie de la journée- et il a passé sa matinée à bougonner devant le téléviseur. Je n’ai pas immédiatement compris de quoi il s’agissait, mais heureusement que papa n’est plus en service car selon lui, le malheureux trouffion qui a foiré le chargement des cartouches, aurait dû être fusillé pour haute trahison. Perso, j’ai trouvé cela amusant. Pour celles et ceux -très rares- qui n’ont pas vu le défilé télévisé, sachez que cette année notre drapeau national a été quelque peu ridiculisé de façon originale. L’un des fumigènes de la patrouille de France a été inversé et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec une bande rouge et deux bleues, trois bandes blanches et trois rouges. Les médias en ont fait leurs choux gras! Dimanche, en fin d’après-midi les hommes de la famille ont regardé la finale de la coupe du monde de foot avec Guillaume et Gilles. Papa J a convié les saisonniers au spectacle. Mon estime pour lui remonte encore d’un barreau d’échelle. Dès le premier but ça braillait et lorsque les adversaires ont marqué à leur tour, je me suis isolé car cela devenait grossier. En fait, je désirais fouiller les vieilles malles ou ont été reléguées les affaires de maman. Je suis ressorti complètement cassé du grenier, sale comme un pou et riche de trésors que je croyais perdus à jamais. Vieux, bleu et emprunté me semble-t-il avoir lu quelque part? Là je pense avoir trouvé tout ce qu’il faut à mon bonheur. Deux à un, on ne les tenait plus, et au quatre à deux, c’est devenu très remuant. Après une bonne douche nécessaire, je suis allé rejoindre les cousines et les tantines à l’arrière de la maison où il faisait plus frais. C’était plus calme aussi. Je commence à apprécier ce cocon familial qui cicatrise mes blessures les plus profondes. Nous avons feuilleté les vieux albums photos que j’ai redescendus du grenier. Maman était si belle. Je ressemble au vilain petit canard à côté d’elle. La marâtre avait certainement raison à l’époque, j’étais le poussin ébouriffé de la couvée. En même temps je me rends compte à présent que je lui ressemble, mais je n’ai pas ce plus -la grâce?- qu’elle possédait. Comme à chaque fois que je me dévalorise, Bébé aurait vite fait de me traiter de «tiny brain» -petite cervelle- s’il était là. Et l’écriture dans tout cela me direz-vous?

    Je dois répondre, à ma grande honte, que ce n’est pas tout à fait ma priorité en ce moment. Je travaille une heure tout au plus par jour et cela est insuffisant, je le sais. Je «tape à la babasse» -mots sortis tout droit du vocabulaire imagé de Pappey- sur mon clavier uniquement pour vous livrer l’avancement de l’organisation de ce qui sera -j’ai encore un brin d’appréhension- le plus beau jour de ma vie. L’on m’implore de prendre quelques jours de repos car je suis blanc coton et j’ai l’air épuisé m’a-t-on dit. Il est vrai que je dors mal. Je le savais, l’absence de Mon Fripon est insupportable. Ce n’est pas la même angoisse que lorsqu’il travaille. Au Sri Lanka les membres de certaines ONG sont malmenés. Il faut comprendre ces pauvres gens, ils sont à bout. Je m’en retourne dans le refuge douillet de ma «Petite Paix». Je l’ai énormément délaissé ces derniers temps. Aux dires de mes tantes, Palavas est une véritable fourmilière ou il ne fait pas bon poser le pied. Je rejoindrais donc «Phébus» lorsque mes loulous et les frères de Bébé seront là. Nous remonterons au domaine en convoi. J’appréhende la venue -enterrement de vie de garçon oblige- d’Hylam et encore plus celle de Sodishan, car je devrais les accueillir seule. Bébé ne sera de retour que le lendemain de leur arrivée. Ce n’est pas non plus la fin du monde, toutefois j’espère qu’ils seront bien lunés. Bébé est vraiment celui des trois qui est le plus adorable, voilà c’est dit. Je suis chagriné par le fait que Mum’ et papily ne soient pas là le jour du mariage de leur fils. Ash prend ceci très bien apparemment, il vit les obligations qu’ont ses parents depuis son enfance et il respecte. N’empêche…

    Hailie désirait confier les enfants à leur nurse afin d’être totalement disponible au cas où nous aurions besoin de son aide. Et Hylam? Pourquoi ne s’occuperait-il pas des enfants pendant une heure ou deux? C’est trop facile de faire des minots si l’on compte sur les autres pour les élever. Bonne nouvelle en soi, je crois qu’il y a de l’eau dans le gaz avec Amy. La belle rousse désirerait que son fringant quadra officialise leur liaison et Hylam n’est pas tout à fait prêt à passer au confessionnal. Comme je le comprend. Mumy va faire une attaque après avoir démoli son aîné si elle apprend ses frasques. En grande dame, Hailie jouera à Lady di un temps. Pourtant je crois que cela risque de faire très mal si la tempête se déchaîne. Juste une chose, qu’ils ne règlent pas leurs compte le jour de notre mariage. Aucune raison, Hailie dort profondément et pour longtemps sur le matelas de sa naïveté. Elle est incapable de reconnaître les signes qui lui permettraient de voir que l’on se joue d’elle. Cette situation me navre. Cool Mylhenn, reprends-toi et arrêtes de ragoter! Au contact de mes cousines je suis devenu un véritable poison. Rusé, Ma Canaille a trouvé une parade imparable pour qu’au moins Terry soit présent. Souvenez-vous, Ash l’adore. Celui-ci sera donc le dépositaire de nos alliances et le témoin de son oncle. Il est franc fou le petiot depuis qu’il le sait. J’apprécie réellement le neveu de Bébé, mais je souhaiterais que Ma Canaille ait un fils bien à lui. Lapsus linguae énorme, un fils bien à nous! Serais-je capable d’être mère? Je n’ai jamais eu de modèle jusqu’à présent. Si, ma Pat! Nous verrons cela plus tard voulez-vous? Papa a conduit son SUV avec la lenteur d’un escargot, cela me change de Bébé. J’ai apprécié la clim, croyez-moi. Pendant le trajet, monsieur J m’a confié sa joie de me voir enfin heureuse au domaine, entouré des miens. Tout comme grand-mère Lynette je serais le ciment qui maintiendra notre famille unie. Depuis ma réapparition, ils en prendraient plus volontiers le chemin. S’il avait pu lire mes pensées, il se serait tu immédiatement.

    «Ne rêve pas trop, mon ami, j’éprouve encore beaucoup de peine. Beaucoup trop de ressentiment pour laisser couler librement l’eau sous le pont. Le dossier Jocelyne n’est pas clos et je désire y mettre fin à ma façon. Pourquoi n’as-tu jamais pris ma défense? Cet encensement me fait chaud au cœur, mais lorsque je pleurais dans mon lit à cause de ta femme, tu n’étais jamais là pour essuyer mes larmes. Présent tu la soutenais elle, pire tu m’ignorais. À l’époque tu accordais plus d’attention et d’affection à tes nouvelles recrues qu’à moi. POURQUOI? Pour l’instant je reconstruis avec la bénédiction de Bébé qui, sans que je comprenne pourquoi, t’apprécie énormément. J’ai confiance en ses capacités à cerner ta véritable nature. Tu es quelqu’un de bon m’a-t-il affirmé. Toutefois, ce qui est certain, c’est que je reviendrais prochainement à la charge. Je compatis sincèrement à la souffrance qui t’habite depuis que Jocelyne est mal en point. Seulement je ne peux m’empêcher de songer aux derniers instants de maman. L’as-tu seulement consolé une seule fois ? Elle avait si peur! L’on nous avait éloigné de sa chambre, mais nos oreilles étaient à l’affût de la moindre information. Miriette et moi prions pour que tu viennes lui rendre visite une dernière fois, elle te réclamait chaque jour que la bonne mère faisait se lever. Te pardonner ceci? J’en suis incapable pour l’instant. Peut-être dans quelques années, lors du baptême de mes jumelles. C’est mon désir le plus cher. Deux blondinettes pendues à mon jean et qui m’appellent maman. Je ne pourrais pas leur donner la vie moi-même, mais, dans la mesure du possible, je leur ferais une vie dépourvue d’embûches. C’est un beau rêve, c’est tout. La vérité est que mes griefs ressortent dès que tu dépasses ma ligne de sécurité. Laisse-moi le temps d’apprendre à te connaître papa. Le temps de me connaître aussi. Je suis perdu. Notre union à Ash et moi est un commencement, j’ai zappé sur le fait que lui et moi allions devoir nous bâtir un avenir commun.»

    J’ai bien choisi mon moment pour me prendre la tête avec de telles pensées alors que Bébé imite Albert Schweitzer au bout du monde et que ma psy fait de la plongée sous-marine au-dessus des bancs de coraux d’une île lointaine. Papa J s’est rendu à Palavas, il a des soucis avec l’agence de location qui gère les appartements de l’avenue. Cette année nous cumulons les désagréments. La semaine que j’ai passée aux sources m’a été très riche en émotions et je suis épuisé au moral comme au physique. Triomphante et privilégié également d’avoir repris une routine comme si rien ne s’était passé ces dernières années. C’est ce qui me perturbe je crois. Une fois dans le bain on nage, moi j’ai carrément été flirter avec les fonds, forte d’une confiance que je suis loin de ressentir! Me ferais-je bourgeoise? Fortunée va vite me remettre à ma place à son arrivée si j’attrape la grosse tête. Je voudrais que tout soit parfait pour le grand jour, alors oui je distribue les tâches -donne beaucoup d’ordres- d’un ton péremptoire. Encore cinq minutes sur mon tapis champ de fleurs et ça devrait le faire. Une longue douche tiède parfumée à la poire, un thé blanc brûlant, deux tranches de melon et un bon livre, voilà qui devrait me réconforter.

    Je suis sans nouvelles depuis jeudi dernier. En l’absence de Bébé, j’ai l’impression d’être incomplète…

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 19 Juillet 2018 à 07:41

    Tu me fais plaisir Miss  Chouquette !!!  Ignore la mégère, elle ne peut plus de faire de mal !! Ne t'inquiétes pas tout se passera bien j'en suis certaine....

    Et si tu en profitais pour écrire la suite et fin de  Litchy ???winktongue....bah je comprends c'est pas le moment...

    Bisous Chouquette.....

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