• MoTS iNTeRDiTS…

       …Il est encore des soirs où ses paroles venimeuses résonnent dans ma tête! 

    Depuis longtemps, je vous dévoile par bribes ce qu’a été mon calvaire entre les griffes de Cricket -joli surnom pour un monstre- mais je n’ai jamais été capable de mettre les bons mots sur ce qui m’est arrivé. Jamais voulu serait plus exact! Bien enfouies profondément dans ma tête, les cicatrices de mon âme tentent de guérir par elles-mêmes. Je crois qu’il est temps pour moi d’exprimer ma colère et ma frustration de n’avoir pas été secouru et protégé efficacement lorsque je demandais de l’aide. Ici je me permets de parler de ma petite personne, mais sachez que tous les trois jours une femme meurt sous les coups de son compagnon. Ce que j’ai vécu est mon enfer, pourtant je sais que certaines ont subi des sévices encore plus terribles que les miens. Récemment j’ai lu ‘‘Acquittée’’ d’Alexandra Lange et visionné ‘‘L’emprise’’, le film tiré du livre. Je crois pouvoir dire que si une personne a bien mérité son acquittement, c’est elle. Il ne suffit plus de penser à celles nombreuses -ceux- qui souffrent et tentent d’échapper à l’être malfaisant qui les torture. Il faut agir, mais apparemment nos politiques ont toujours d’autres chats à fouetter!

    Or donc Mylhenn vous disiez? La toute première fois -et l’unique- où j’ai essayé de m’éloigner de lui, c’est notre chère puterelle -ce n’est pas une tourterelle- de voisine qui lui a indiqué où je me trouvais. Ensuite… je me suis bien gardé de recommencer croyez-moi. Je vous épargne les détails sordides, mais il possédait une ceinture en cuir véritable dont mes reins se souviennent encore. Je ne viens pas me raconter ici pour faire pleurer dans les chaumières. Ma page est lue et je voudrais que ceux qui la lisent prennent conscience que le drame qui se joue dans ces foyers ne devrait plus -moins- apparaître dans la chronique faits-divers des journaux. C’est en se mobilisant et non pas en se voilant la face que ce fléau diminuera.

    Mylhenn vous vous éparpillez! Non je retarde l’instant où il va me falloir poser par écrits le jour où j’ai failli mourir, le jour où une partie de moi est morte. Ma thérapeute m’a permis d’estomper les stigmates du passé, mais nul ne parviendra à les effacer totalement. Pas même Bébé je le crains. Il est présent à mes côtés, pétri d’empathie et empli d’amour les jours où l’orage gronde dans ma tête. Cela me suffit. Par hasard l’écriture m’est devenu thérapie: elle m’a empêché de sombrer et libéré ma parole. Grâce à cela j’ai pu enfin confier mon parcours chaotique à ma psy. Je reconnais n’avoir pas le talent d’un écrivain confirmé -tu as raison Bébé, je suis une tiny brain- toutefois il ne se passe pas un jour sans que je flatte mon clavier. Je travaille encore et encore car il fut un temps où le champ sémantique et le champ lexical me rendaient dingue. -Oooops, je crois bien l’avoir écrit ‘‘chant’’ quelque part maintenant que j’y pense- A mes débuts, j’ai été encouragé par un maitre -de l’illusion- et je l’en remercie. Son envie pressante de me saut… connaître l’obligeait à m’encenser à chacune des nouvelles créations que je publiais ce qui m’a poussé à me dépasser. Je m’appliquais pour lui faire plaisir -de la daube sera toujours de la daube et j’en étais bien consciente- puis peu à peu, de vulgaires et décousus, mes textes sont devenus corrects et étoffés. Alors que j’avais obtenu mon bac mention AB avec un an d’avance, ma chère Patricia, avec tout son amour de mère, a été obligé de me servir d’institutrice lorsqu’elle m’a recueilli. Je n’avais plus aucune notion de ce qu’était la conjugaison et la grammaire. Mon vocabulaire s’était tellement appauvri qu’à vingt-cinq ans elle me força à lire une série de livres pour enfants. (Alice) J’avoue que cela a été un grand choc pour moi.

    Allons Mylhenn un peu de courage voulez-vous? D’accord allons-y! 

    ‘‘Cricket’’ était la douceur même. Plein de bonnes intentions, il lui arrivait de me boucler dans le réfrigérant pendant une dizaine de minutes afin de me rafraîchir les idées disait-il. Au fil du temps, ses punitions devinrent plus rudes et le pervers qu’il était, poussait la mise en scène jusqu’à me frapper sur la mélodie de l’adagio d’Albinoni. Le moins que je puisse dire c’est qu’il n’a jamais manqué d’originalité dans sa cruauté. Ses crises étaient imprévisibles. J’étais tranquillement assise à réviser mes cours et soudain il arrivait par derrière et il me soulevait par les cheveux et je devais lui demander pardon. J’ignorais pourquoi, mais je le faisais et cela lui donnait l’occasion de m’accuser de tout et n’importe quoi. Après ma mise en détention l’on était parvenu à me faire obtenir une injonction d’éloignement. Seulement qu’est-ce que cela vaut contre une arme chargée que l’on dépose sur ma tempe? Le ‘‘si tu me quittes, je t’explose ta belle petite gueule’’ résonne encore dans ma tête. C’était très dissuasif. Je suis persuadé qu’il aurait trouvé l’alibi parfait afin de se dédouaner. Le jour où il ma marqué au fer -à repasser-
    personne ne s’est posé de question, alors une balle dans la tête cela aurait passé aussi. ‘‘Ma pauvre chérie était souvent dépressive et suicidaire’’…
    Il est certain que j’avais compris depuis longtemps que si je voulais survivre à ma belle histoire je devais m’éloigner de cet amour toxique mais j’étais terrorisé et tétanisé. Et comme cela ne se commande pas, j’ai aimé Christian de tout mon cœur. Je vais écrire le pire, bien que je m’en sois longtemps défendu, une miette de ma petite personne gardera à jamais de l’affection pour celui qui a été mon bourreau. C’est terrible à admettre et j’ai mis des années à en convenir. Son physique s’est un rien alourdi -si peu- mais ses yeux sont toujours les mêmes et je comprends que les femmes s’y laissent encore piéger. Bébé a toujours été conscient qu’une infime partie de mes sentiments subsiste à l’égard de mon ex-mari. Toutefois il sait que je ne suis plus qu’aversion, amertume et ressentiment envers celui que je qualifiais de monstre. Mon monstre. Quelque part je suis encore chagriné de n’avoir pu le changer, ce n’était pourtant pas faute d’avoir essayé. Les nombre de fois où j’ai versé des larmes de sang -Mylhenn, cherchez dans le dictionnaire ce que veux dire pervers narcissique- parce que cela échouait, je ne les compte plus! Christian m’aimait de tous ses coups. Entre morsures, ecchymoses, fractures, gifles, œil poché, côtes cassées, coup de pieds et autres humiliations, il y aurait eu de quoi en écrire tout un poème. Certains lendemains j’aurais été bien incapable de tenir un stylo…

    Pour clore une bonne fois pour toute la ronde des souvenirs, venons-en au jour fatidique où mon tendre ‘‘Cricket’’ a voulu se débarrasser de moi. Lors du procès les avocats a basé la défense sur le fait que mon ex-mari était un sanguin et non pas un meurtrier en puissance. Je vous laisse en juger. A son regard glacial quand il est rentré ce jour-là, j’ai immédiatement su que j’allais souffrir, vraiment souffrir. Sans un mot, il m’a attrapé par les cheveux et m’a jeté au sol puis il m’a roué de coups de pieds. Il s’est mis à m’insulter et répéter que je méritais ce qui m’arrivait. Je suis parvenu à me relever avec peine car j’étais déjà bien sonné. Il aimait me voir pleurer -çà le calmait m’avait-il dit plusieurs fois- alors la souffrance aidant mes sanglots et mes larmes sont devenues intarissables. Mes cris aussi, je voulais me faire entendre des voisins. Pour la peine j’ai reçu deux coups de poing dans la trachée, cette fois-ci mes pleurs énervaient monsieur. La douleur ressentie est imprimée à jamais dans mes neurones. Ma frayeur aussi, en constatant que je ne pouvais plus émettre un seul son. Juste des borborygmes ensanglantés qui m’étouffaient car des caillots de sang obstruaient ma trachée. Du sang j’en étais couverte des pieds à la tête. Je crois qu’à un moment il a tenté de m’étrangler en répétant sans cesse qu’il me rendait au centuple, comme promis, ce qu’il avait reçu -à ce moment-là je ne savais pas de quoi il parlait- Mon instinct me criait de me protéger tant que je le pouvais car cette fois-ci était la bonne: j’allais y passer. Espérant lui faire croire que j’avais perdu connaissance, je me suis laissé choir lourdement au sol. J’ai senti comme une explosion quand mon crâne a touché le carrelage. J’étais sonné mais encore consciente. Ma ‘‘diversion’’ n’a pas calmé Christian, au contraire, il s’est mis à me rouer de coups de pied dans le ventre et j’ai perdu connaissance au moment où son quarante-cinq a explosé mon arcade sourcilière. Il n’avait même pas réalisé que j’étais inconsciente. Comme je l’espérais, les voisins avaient composé le dix-sept et lorsque les policiers et le SAMU sont arrivés il a été surpris qu’ils se déplacent pour si peu. Il a eu le cran de dire que ce n’était pas la première fois qu’il me corrigeait, et que d’habitude je ne faisais pas ce cinéma. J’étais inanimé et je baignais dans mon sang, mais il attendait tranquillement que je me relève. Il paraît qu’il insultait tout le monde, ne comprenant pas pourquoi on lui avait passé les menottes. J’ai appris ceci bien plus tard car l’on m’a maintenu une bonne semaine dans le coma pour résorber un hématome. Lors de mon réveil, c’est en soins intensifs que l’on m’a appris que j’avais échappé de justesse au pire. Mes cordes vocales étaient définitivement détériorées sans espoir d’opération, j’aurais parfois d’épouvantables migraines à cause de la fracture du crâne sévère qui m’avait clouée au sol et jamais je n’aurais d’enfant car une hystérectomie avait été pratiquée afin d’endiguer l’hémorragie interne qui me vidait de mon sang. Je crois me souvenir avoir pleuré pendant plusieurs heures. Le plus tragique dans tout cela, c’est que je m’inquiétais encore de ce qui allait arriver à mon ex-mari alors que moi je risquais de rester paralysé. J’ai pris conscience de mes blessures lors de la première douche -assise- que l’on m’a fait prendre, c’était comme si j’étais passé sous un rouleau compresseur -la stroumphette et la créature du Dr Frankenstein réunies- là le déclic s’est produit, j’ai haï mon cher Cricket de toute mon âme. Alors, avec cette voix démente qui serait désormais mienne, je me suis mise à hurler comme un animal blessé. Mais même cela m’était interdit, il ne sortait de ma gorge que des gémissements désespérés. C’est ce qui m’a été le plus long a accepté. Il est vrai que grâce à l’orthophonie j’ai récupéré un timbre de voix plus gracieux mais je ne suis toujours pas à l’aise lorsque je dois m’exprimer devant des inconnus. La bonne mère m’a évité une vilaine cicatrice à l’arcade sourcilière aussi je m’estime heureuse de n’avoir que des ‘‘empreintes’’ de la folie de Christian dans le bas du dos et sur mon omoplate. Un jour, je pense trouver le courage d’aborder le sujet avec mon agresseur, mais je suis encore trop bouleversé lorsque je le croise sur ma route. Il n’a été condamné qu’à quinze ans de détention, dont cinq avec sursis, Celui-ci n’a effectué que six ans de sa peine. Bravo la justice. Lors de sa récidive -giflé violemment une ‘‘amie’’- il n’a même pas fait le sursis, ils lui ont mis un bracelet électronique avec la reprise de ses obligations de soins. Monsieur J serait venu une fois me rendre visite quand j’étais dans le coma, ensuite… rien! Un brin de culpabilité? Je ne veux pas me prononcer, mais comprenez-vous à présent pourquoi je ne puis faire l’impasse sur cette partie de ma vie? Selon Ash, mon père mérite l’amnistie, pourtant je ne suis pas encore prête à effacer toutes ses années qui certes ont forgées mon caractère, mais ruinées mon enfance et mon adolescence. Le pardon? Il s’insinue lentement dans mes veines. Dans moins d’un mois, je serais l’épouse d’un homme extraordinaire de bonté, d’amour et de compréhension -beau comme un jour de printemps ce qui ne gâche rien- alors je viens de clore le dernier chapitre de ce qui a été ma vie antérieure! Cette partie malheureuse de mon existence n’a plus lieu de paraître dans mes narrations futures. Reset…

    Sachez que suivant l’heure d’été ou l’heure d’hiver, le décalage horaire avec le Sri Lanka n’est pas le même. Il est de trois heures trente en ce moment. Arrivé la veille au soir, Bébé m’a appelé samedi des locaux de l’ONG vers quatre heures trente -heure locale où il se lève habituellement m’a-t-il dit- ce qui fait qu’à une heure du matin, la douce sonnerie -j’ai le sommeil léger- de ‘‘skypie’’ m’a prévenu de la visite virtuelle de Bébé. Nous avons pu papoter longuement. Il a beaucoup de travail, mais il lui arrive de prendre du temps pour lui. Ses interventions ne sont pas répétitives, mais il doit compter avec la chaleur et les pluies diluviennes qui s’invitent sans crier gare! C’est pour cela que ses journées débutent tôt. Vers quatorze heures il n’est plus possible de rester sur cible. Sa famille d’accueil est très attentive à son bien-être m’a-t-il dit. Je suis rassuré. Il a fait la connaissance d’un ingénieur en assainissement, Pierre-Jean, qui participe à la conception du réseau sanitaire des nouveaux villages -dont l’édification n’a débuté que cinq ans après le tsunami qui a décimé des milliers de personnes- situés sur la côte. Celui-ci est plein de ressources et Bébé a plaisir à lui demander quelques tuyaux -sans jeu de mot- pour avancer dans son relationnel avec la population. Ces gens ont énormément souffert et ils deviennent carrément agressifs parfois. Il faut dire que beaucoup d’argent s’est ‘‘volatilisé’’ au moment de la distribution. Par chance Mon Fripon a la bonne couleur de peau. Cela dit entre Sri Lankais et Indiens il arrive que ce soit un peu comme entre chien et chat. Je suis rassuré sur son sort maintenant, alors la seule chose qui me préoccupe réellement, c’est que Bébé soit rentré pour la mi-août!

    Je dois encore réfléchir à la façon dont je vais nourrir mes hôtes du lendemain…

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  • Commentaires

    2
    Lundi 23 Juillet à 18:04

    J'espères de tout coeur que Monsieur Pain d'épices finira par effacer tout cela et partagera avec toi toute la bonté qu'il semble avoir....tu es un fille bien Miss Chouquette et tu as droit au bonheur !!!yes

    Mes compliments n'attendent rien en retour.....

    Bisous Miss Chouquette...

      • Lundi 23 Juillet à 19:49

        Ils sont peu nombreux comme lui smile je crois que la bonne mère a réparé les erreurs de l'autre là-haut en mettant Bébé sur ma route! Tes visites me sont précieuses...

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