• My FaReWeLL…

       …Alitée dès mon retour de Rhône-Alpes, je reste philosophe après deux jours sous perfusion. Menteuse! 

    Il y a longtemps que je ne m’étais pas fondue d’une grippe aussi sévère, mais bon ce n’est pas le covid-19. C’est seulement que j’étais épuisée à un point tel que j’en ai produit une bassine de larmes, sans pouvoir les retenir. Rien à voir avec un quelconque découragement, c’est uniquement la fatigue du circuit fort en émotions que nous avons effectué en France avec Bébé. Et surtout la certitude que ce dont je souffrais était bien plus grave que ce que l’on voulait bien m’en dire. C’est tout moi ça. Oui et bien j’étais effrayée à l’idée de contaminer les enfants. Comme d’aucuns l’ont deviné, me trouvant à ses portes, il m’a été impossible de ne pas aller respirer les fragrances de ma chère Provence. À la vitesse d’une comète, mais cela a suffi. Le contraste entre la douceur ambiante du Sud de la France et la température vivifiante des Aspidies, je n’ai pas échappé au refroidissement. Et il a été carabiné comme ils disent chez ma Pat.
    Heureusement, les effluves entêtants des quelques branches de mamosi -la version Yad du mimosa- que j’ai ramené dans mon sac me redonnent espoir en mes capacités respiratoires. Quelle horreur cette toux! J’ai tellement gambergé que je me voyais déjà expédiée en sanatorium dans les Highlands écossais. Cela dit, selon mes beaux-parents, il y a largement de quoi se cultiver dans la région de Glenfinnan. J’ai assez voyagé messieurs-dames. Si je fais le récapitulatif de mes crises les plus violentes de S.A, elles se produisent souvent vers la fin de l’hiver. Vais-je devoir compter avec la grippe à présent? Pas de quoi me mettre martel en tête. La toux a dérangé le samouraï qui s’est aussitôt manifesté. Perfusion prophylactique et ma forme est de retour.
    Dès la mi-avril j’entamerai ma dernière transhumance car à la rentrée prochaine, notre poussin intégrera la grande école et là, pas question de manquer deux ou trois mois du programme. J’apprécie de plus en plus de vivre dans l’Herds alors je me dis qu’ainsi nous profiterons au maximum de nos vacances d’été. D’ailleurs, rien ne nous empêchera d’occuper Phébus ou la Petite Paix lors des congés courts.
    C’est en partie ma faute si je me suis retrouvé au bord de l’épuisement. Sitôt arrivés à l’aéroport j’ai réussi à convaincre Bébé de louer une voiture convenable. Le vol m’avait été éprouvant et le transfert en train ne me disaient rien. De plus cela évitait un long trajet à Marcel qui devait nous récupérer à Saint-Exupéry. D’ordinaire il ne m’est pas facile de faire fléchir Ma Canaille, mais il a vu que cela me tenait à cœur alors pour me faire plaisir son dévouement a pris le pas sur son bon sens. C’est plus que cela, ce sont ses sentiments pour moi qui ont parasité sa perception de mon état. Je suis très bonne comédienne lorsque mes envies en dépendent. Juste avant le départ j’ai pris des anti-inflammatoires sans lui en parler car je ressentais déjà de petites douleurs. Il aurait immédiatement annulé s’il l’avait appris. Patricia nous a reçu avec panache comme à son habitude, les petits plats dans les grands et la famille au complet. Jules, Arthur, Lilou, quatre ans déjà, Flore-Lys et Loren le dernier né de Juju. Nous avons fêté ses un mois le jour de la Saint-Valentin. Les petits-enfants de ma Pat sont adorables et ses enfants me considèrent comme un membre à part entière de leur fratrie. Je suis en mesure d’apprécier pleinement à présent. Je comprends ce que ma chère amie éprouve lorsqu’elle est entourée de ses petits. L’absence de Yad et de notre cacahuète s’est fait ressentir au sein du foyer chaleureux que nous offre Patricia. J’aime notre poussin à un point tel que je ne sais pas comment je réagirais s’il venait à disparaître. Quant à la petite cacahuète, cela en prend aussi le chemin.
    Jérémy et Ash ont disparu un après-midi entier. Ils avaient énormément à se raconter et cela s’est terminé à l’estaminet du coin. Pas de quoi leur chanter Manon à leur retour, je dirais juste qu’ils étaient les ravis de la crèche avant de passer à la soupe. Privés d’apéro. Durant notre agréable séjour, nous nous sommes rendus à l’appartement de Bébé en région Lyonnaise. Rien n’a bougé. Je suppose que c’est l’employé de maison de William et Typhaine qui prend grand soin des lieux. Oui, Bernard aime les odeurs de popotes et de cire, il n’y a pas de sots métiers. En passant la porte, que de souvenirs me sont remontés. L’expérience d’un parcours chaotique, qui des années plus tard s’est révélé m’avoir été bénéfique. Cela nous a été plaisir à Bébé et à moi de reprendre certaines de nos habitudes pour quelques heures. Tandis que Mon Fripon retrouvait ses anciens collègues pour un déjeuner-débat interminable, je suis allée rendre visite à Marc car j’ai appris il y a peu que son compagnon est décédé des suites d’une longue maladie. Il est accablé, mais il ne se laisse pas abattre. Il entretient avec cœur ce qu’ils ont construit ensemble et le moins que je puisse dire c’est que leur établissement est resté prospère. Afin de redonner de l’allant au commerce, ils avaient réussi à surfer avec élégance sur la nouvelle tendance du moment. Question libertinage, l’affaire de Marc possède largement de quoi inspirer mes contes canailles. Je n’en révèle pas plus. Je me suis réservée un matin shopping afin de faire provision de présents pour remercier Patricia et sa famille de leur accueil. Une dernière journée en leur compagnie et mon Pain d’Épice et moi avons pris la route du Sud de la France.
    En immersion au milieu d’une végétation envahissante, ma Petite Paix attend patiemment le printemps. Les ronciers sauvages, les feuilles sèches en putréfaction et les herbes folles la font ressembler au château de la Belle au Bois Dormant avant l’arrivée du Prince Charmant. Peu m’importe, c’est chez moi. Flo et les tantines doivent y venir régulièrement car à l’intérieur tout est propre comme un sou neuf et sent l’encaustique comme au temps de Maë Lynette. Pas que. Un énorme bouquet de mimosas parfume toutes les pièces, celles de l’étage également. Si j’en avais le pouvoir, je hâterai le retour de la belle saison pour m’y installer dès à présent. Bébé a trouvé ce petit pèlerinage fort plaisant. J’ignore si ce sont nos ébats langoureux du soir sur le coussin xxl placé devant le foyer de la cheminée ou le petit déjeuner soudrillard d’avant notre exode qui l’ont rendu nostalgique, mais tout comme moi il a eu du mal à quitter ce havre de paix. Un rapide bisou aux Palavasiens et nous rentrons aux Aspidies. C’est à ce moment que les choses ont un peu dégénéré et que je me suis retrouvée avec une fièvre de cheval. Afin d’écarter de mon esprit mes membres qui vibraient de douleur à chaque quinte de toux, Bébé m’a offert une série tirée d’un roman de mon auteur préféré. À cause des dernières injections de précaution, je suais comme bœuf au labeur en suivant péniblement l’épopée époustouflante des héros. Je dois reconnaître qu’il m’a été difficile de me concentrer. J’ai revisionné l’intégral des huit épisodes quand la tourmente s’est calmée. Certes un bon divertissement, mais c’est sans appel, le livre est bien meilleur.
    Tu sais ce que je suis? Un chien qui coure après les voitures, aucune idée de ce que je ferais si j’en attrapais une! dit le joker dans The Dark Knight. Cela résume assez ce que j’ai été durant des années. Je cavalais pour des chimères dont je me désintéressais aussitôt les avoir approchées. Approchées, j’insiste bien sur le mot. Je dois admettre que ce mode de fonctionnement m’a souvent protégé contre les énormes bourdes que je commettais. Une dont je me souviens en particulier me fait encore honte quelquefois. Elle aurait pu me coûter mon véritable bonheur. Cinq ans après le terme de ce sordide événement j’en suis encore tracassée. Seul mon instinct m’a fait réagir. Mon instinct et surtout sa patience mise à rude épreuve trop longuement. Je le réécris, les mots blessent plus que les coups parfois et le regret n’y change rien.
    Dans le chapitre précédent j’écrivais tradition, et faire perdurer celle des contes en est une à ne jamais négliger. Depuis qu’il est papa, Sodishan se révèle plus volontiers à moi et je reconnais que cela me touche. Dernièrement il s’est invité au Mushroom alors que je gardais ma filleule. Anaïs était à Londres en compagnie de belle-maman qui, tout comme elle l’a fait pour moi, désire la relooker pour ses soirées huppées. Ce n’est pas gagné avec leur fort tempérament à toutes deux et Anaïs est encore moins malléable que moi. Ces derniers temps ma pauvre cousine fait le difficile apprentissage d’être une compagne à temps partiel. Sodishan, qui a repris ses déplacements entre Suisse, Pays Nordiques et Allemagne, l’a confié à Mumy pour les trois semaines restantes avant son retour en Provence et ce n’est pas une sinécure pour la maman de Margaret. Le temps est venu pour Anaïs de reprendre le travail. Ma filleule va faire connaissance de ses tantes, grands-tantes, oncles et petites cousines, futures nourrices sans agréments. Nous en sommes tous passés par là et personne n’en a souffert alors malgré les objections émises par Madam’ quant à ce système de garde, Margaret va s’imprégner de la fantaisie familiale. Son père n’y voit aucun inconvénient, il apprécie le petit grain de folie qui nous caractérise. Je crois surtout qu’il se trouve plus à l’aise en compagnie de notre famille. Attention, je ne dis pas qu’il mésestime les siens, mais que l’attention que lui porte en permanence Mumy commence à lui peser depuis qu’il est chef de famille. Résider même irrégulièrement parmi l’entourage d’Anaïs ne peut qu’être bonus pour lui.
    Bien qu’à mes yeux il ne parvienne pas à concurrencer celui de Ma Canaille, Shere Khan, c’est ainsi que je surnomme mon beau-frère, possède un sourire à la Lucifer. Il fut un temps où il en avait l’âme, dans sa partie c’est un requin cet homme. Je m’égare, c’est devenu une boutade entre lui et moi à présent. Or donc, imaginer Sodishan petit garçon ensommeillé sur les genoux de Madam’, écoutant sagement une histoire est assez émouvant. Je ne mets aucunement en doute l’instinct maternel de Mumy, mais je reconnais que j’ai du mal à visualiser la scène. Aux pires de mes affrontements avec sa mère, Bébé m’a toujours affirmé qu’ils avaient tous trois été choyé et gâté dans leur prime enfance. C’est l’essentiel. Ce ne doit être qu’au terme de leurs années collège que leur mère a façonné à la dure les fondations de leur vie d’homme. Cela dit ils n’ont pas l’air d’en avoir trop souffert. À présent c’est au tour de Sodishan de raconter à la petite courgette les contes traditionnels du folklore de Grande-Bretagne. Sodishan possède -presque- la même voix envoutante que Bébé et Margaret le dévisage de ses grands yeux en l’écoutant religieusement. J’en suis déconcertée.
    « Un soir d'hiver, dans une forêt glacée, un petit oiseau était bien ennuyé. Il avait pris froid pendant la journée et commençait à se sentir très fatigué. Il alla voir le bouleau et lui dit :
    - S’il te plaît, bouleau, pourrais-tu m'abriter pour la nuit ? je crois que j'ai pris froid et je me sens fatigué!
    Le bouleau, d'un air dédaigneux lui répondit :
    - J'héberge une famille de mésanges, bien jolies et bien colorées, je n'ai que faire d'un vulgaire petit oiseau, passe donc ton chemin!
    Dépité le petit oiseau continua son chemin dans le vent glacial. Il commençait à éternuer puis à tousser et ses forces diminuaient rapidement. Il alla donc se réfugier près du grand chêne et il lui demanda :
    - S'il te plaît, grand chêne, j'ai pris froid et j'ai besoin d'un abri. Je ne me sens pas très bien et il faut que je me repose. Peux-tu, s'il te plaît, me laisser m'abriter sous ton feuillage?
    - Tu plaisantes? gronda l'arbre centenaire.
    - Je n'ai que faire d'un banal petit oiseau. Moi j'héberge une famille de bergeronnette grise d'une élégance magnifique. Vas donc voir ailleurs!
    Le petit oiseau qui avait de plus en plus mal à la gorge, à n'en plus pouvoir parler, et qui sentait monter la fièvre, continua son chemin jusqu'au châtaigner le plus proche.
    - S'il te plaît, Châtaigner, dit-il difficilement, tant sa gorge le brûlait, pourrais-tu me protéger du froid ce soir, car je suis malade et j'ai besoin de me reposer?
    Le châtaignier, d'un air méprisant, lui dit :
    - Je garde à l'abri, sous mon feuillage, une famille de chardonneret. Ils sont mélodieux et leur plumage est magnifique. Pourquoi veux-tu que je perde mon temps avec un petit oiseau triste et malade. Passe ton chemin, je n'ai que faire de toi!
    Triste, fiévreux et à bout de forces, le petit oiseau continua sa route. Il arriva près d'un sapin qui lui dit :
    - Bonjour petit oiseau. Tu as l'air bien triste et mal en point. Que fais-tu à errer encore à cette heure?
    - Je cherche un abri répondit le petit oiseau malade.
    - Je suis fiévreux, à bout de forces et j'aimerai me reposer!
    - Viens te mettre à l'abri sous mes modestes aiguilles. Je te protégerai du froid comme je peux et tu pourras rester le temps que tu veux. Ainsi tu pourras guérir et reprendre des forces!
    Tout heureux et joyeux d'avoir trouvé un abri, le petit oiseau se posa sur les branches du sapin et s'endormit paisiblement. Il était rassuré et serein. L'esprit de la forêt, qui avait tout entendu, se mit en colère. Il alla voir le bouleau, le chêne et le châtaigner et leur dit :
    - Vous êtes des prétentieux, vous n'avez pas voulu prendre soins du petit oiseau sous prétexte qu'il était terne, banal et qu'il ne savait pas chanter. Désormais, quand viendra l'hiver, vous perdrez tous vos feuilles et, pour vous punir, vous passerez la froideur de l'hiver sans protection!
    C'est pourquoi, quand vient l'automne, les arbres perdent leurs feuilles alors que le petit sapin, lui, garde ses aiguilles pour le protéger du froid hivernal. Ainsi l’a voulu l'esprit de la forêt. Quant au petit oiseau, l'esprit lui a permis de garder sa jolie gorge rouge en souvenir de son courage »
    Ma filleule n’a pas quitté une seule fois son père des yeux. Ni ne s’est endormie. Je les ai trouvés tellement attendrissants. J’avais devant moi la preuve qu’il n’existe aucune différence entre un papa biologique et un papa d’adoption. Yad nous regarde avec la même intensité dans les yeux que Margaret pour son père. L’amour que donne un enfant à ses parents est le bien le plus précieux que l’on puisse posséder au monde. Oui, c’est bien moi qui l’affirme après des années à me tourmenter pour la descendance de Bébé.
    Sam m’a envoyé un mail dans lequel il me fait part du mariage de Christian avec Marine. Il y a assisté car mon ex-mari l’a choisi comme témoin. Visiblement le loup s’est fait agneau et il est déterminé à prouver sa bonne volonté. Je m’en réjouis, mais pour Marine uniquement. Mon généreux Samuel n’a jamais lâché son ami et je ne me permettrais à aucun moment de lui en vouloir. Sam ignorait le côté noir de son copain à l’époque. C’est surprenant, mais lui et moi nous ne nous sommes jamais rencontrés du temps de mon union avec Christian. Pas tant que cela en fait car mon ex-mari me séquestrait plus ou moins. Sam aurait pu couper les ponts avec Christian lorsqu’il a appris le calvaire que m’avait fait vivre celui-ci, mais il a préféré l’arracher à ses démons plutôt que de le blâmer ad vitam aeternam. C’est aussi grâce à Sam si mes relations avec mon ex-mari violent se sont apaisées ces deux dernières années. Je lui en suis reconnaissante. Toutefois Sam comprend que je n’éprouve aucune émotion, seulement un total manque d’intérêt à l’annonce de l’événement. Je déclare officiellement que je suis définitivement passée à autre chose. Je ne peux achever mon itinéraire de reviviscence sans y inclure cette citation d’un anonyme :
    Ne cherche pas le chemin du bonheur, car le bonheur EST le chemin...

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