• ReQuieSCaT iN paCe …

     

    …C’est sous un ballet de parapluies et de feuilles mortes que nous l’avons honoré!

    La vie poursuit son œuvre, et parfois elle est très injuste envers ceux que l’on aime.
    Nous venions à peine de nous installer dans le taxi pour rejoindre la gare lorsque la sonnerie du portable de Bébé a retenti. L’on nous prévenait du décès de la marâtre ...euh, de ma belle-mère, l’épouse de papa. Dans la nuit, celle-ci avait fait deux AVC à quelques heures d’intervalle puis finalement son cœur a lâché à quatre heures cinquante du matin. Å peine sommes-nous descendus du train que nous avons été ‘‘capturés’’ par mon oncle Richard. Me connaissant parfaitement, clin d’œil à l’appui, il me recommande l’empathie. Il paraîtrait que cela fonctionne mieux que le rentre dedans. Je prends note. Nous arrivons à la ‘‘Petite Paix’’ sous un bel orage accompagné d’une pluie battante. Il fait frisquet, c’est l’été qui se casse les reins aurait dit ma grand-mère. Je ne veux pas me précipiter, nous monterons rejoindre papa demain matin. Je compatis à sa douleur, mais je me débats entre antipathie et affliction.
    Je suis infiniment triste pour mon père, cependant je n’avais pas d’affection pour cette personne. D’aussi loin que je me souvienne Jocelyne n’a été que blessante, abjecte, et méchanceté envers moi. Je ne suis pas de marbre non plus, je conçois que papa pleure sa disparition, il l’aimait réellement. L’amour est aveugle dit-on…
    Il serait déplacé à présent, de poursuivre la ‘‘Joce’’ de mon ressentiment. Je suis juste peiné pour elle car elle a quitté ce monde bien seule. Certes Papa était présent et accompagné de ses sœurs, trop respectueuses de son chagrin pour ne pas le soutenir. L’épouse de papa avait très peu d’amies, de bonnes amies voulais-je dire. Rien ne la rendait heureuse. Si. Médire était son loisir favori lorsqu’elle ne se plaignait pas d’être fatiguée. J’admets volontiers que ce dont elle souffrait ne devait pas simplifier son quotidien, mais elle oubliait délibérément de suivre son traitement chaque fois qu’elle ressentait un léger mieux. C’est inhérent à cette maladie paraît-il. J’ai fait les frais de ses crises d’euphorie avant de la voir déprimer pendant des jours à en rester cloîtrée dans l’obscurité de sa chambre. Mon neurologue a eu beau m’expliquer que les patients souffrants de bipolarité ont tendance à perdre la mémoire, cela ne m’a pas consolé pour autant. Il lui est arrivé de ‘‘m’oublier’’ en ville, je devais marcher pour rentrer car la ligne de bus n’existait pas encore. Sept kilomètres à la nuit tombante… Elle avait du mal à dormir et cela ne lui faisait rien de regarder la télévision jusqu’à point d’heure. J’étais fraîche pour mon contrôle de maths le lendemain… Anxieuse, colérique, irritable, je ne savais jamais sur quel pied danser avec elle. Cela lui donnait-il pour autant le droit de passer ses frustrations sur moi? J’ai appris un nouveau mot: comorbidité. C’est-à-dire que d’autres troubles se greffent à la maladie. D’où ses problèmes cardiaques. Papa a essayé plusieurs fois de lui faire comprendre qu’elle mettait sa vie en danger en ne se faisant pas suivre régulièrement, mais elle s’en moquait éperdument. Il est heureux que l’on ne m’ait pas demandé de faire son oraison funèbre, je n’ai aucun souvenir heureux de sa présence dans ma vie. En fait elle se complaisait dans sa mélancolie, son peu d’énergie, ses multiples menaces de suicide -je n’ai appris cela que très récemment- son manque de sommeil, sa boulimie, ses cauchemars qui lui faisaient dire qu’elle était médium, ses TOC. La liste est trop longue pour que je continue, mais tout cela faisait qu’on la plaignait et elle adorait se plaindre. Je suis désolé d’écrire ceci, mais les seuls moments de paix que j’ai connu avec cette femme, c’est lorsqu’elle était hors d’état de nuire. De ME nuire. J’ai souvenir de la fois où elle s’est fracturée la jambe. J’y ai gagné quarante-cinq jours de tranquillité car elle n’a pas quitté la chambre durant tout le temps du plâtre. Malheureusement nos domestiques de l’époque, eux, ont vécu l’enfer…
    Bébé est fâché contre la tête de mule que je suis. Il ne comprend pas mon refus à déposer les armes maintenant que ‘‘l’ennemie’’ est vaincue. Il est plus déconcerté qu’en colère à vrai dire. Ses parents ont fait livrer une magnifique gerbe avec un carton réconfortant au domaine. Et la fille indigne que je suis est incapable de faire un petit effort à son tour. Oui, je n’ai pas très envie d’écouter le sermon d’une heure que nous prépare Ernest l’ami prêtre de mon père. Un adieu digne d’une grande dame avec l’hommage affectueux de la famille, fleurs et musique céleste… Ni les uns ni les autres n’appréciaient vraiment Jocelyne et ils vont l’encenser le temps d’une cérémonie religieuse? Je suis la seule à rester fidèle à ma rancune. Cela ne me soulage pas pour autant. Et puis, quelque part, le respect que j’éprouve à présent pour mon père qui, je dois le reconnaître a toujours été fidèle à ses sentiments -même s’il n’a jamais exprimé correctement ceux qu’il ressentait pour moi, sa fille- me donne à réfléchir. Il est inconcevable que je ne sois pas présente le jour des funérailles de ma belle-mère. Au nom du ‘‘qu’en dira-t-on?’’ celle-ci a encore gagné. Je vais donc faire profil bas le temps d’un adagio. J’accepterais les condoléances que l’on me présentera avec un masque de circonstance. C’est promis, mon visage sera… oh et puis zut, je lâche prise! Cette vendetta stérile est ridicule, et surtout elle n’est pas digne du soutien que je désire apporter à mon père. Je ne suis plus une petite fille, il est temps pour moi de tourner la page. Le trajet jusqu’au domaine a été agité. Sur le tronçon d’autoroute, entre les bourrasques de vent et le déluge, nous nous serions crus dans l’un des manèges du Luna Park. C’est vraiment une météo de circonstance. Å notre arrivée, j’ai trouvé mon père livide et anéanti. Ma tante m’apprend qu’il n’a rien mangé depuis le décès de Jocelyne. Il est temps pour moi d’être la fille dont il a besoin. Une omelette à la ciboulette et un bon café plus tard, papa est allé prendre une douche et se reposer un peu. Pendant ce temps je vérifie si tout est OK pour les pompes funèbres. Registre de condoléances, fleurs, déroulement de la cérémonie, textes à lire, ambiance musicale et …merci, tu es l’efficacité personnifiée tantine. ‘‘Seigneur, nous tournons vers toi notre regard à l’heure où va disparaître l’enveloppe charnelle de Jocelyne, enfant de Dieu, cher à toute l’assemblée présente’’ Le père Ernest est bien brave, mais qui pleure à part mon père? Moi! Je trouve soudain lamentable ma façon d’agir. Je dépose les armes, mes larmes, à l’enterrement de ma belle-mère. Je suis empathique au chagrin de papa et surtout je pense qu’en cet instant de tristesse maman a définitivement trouvé la paix. J’ai trouvé la paix. Ne me demandez pas pourquoi il m’est venu ceci à l’esprit, mais je suis enfin prête à passer à autre chose. Bébé est en mode respect. Le voile qui obscurcissait mon jugement s’est enfin déchiré…
    Il pleut et l’eau bénite se mêle aux pleurs du ciel, ainsi mes larmes passent pour des gouttes de pluie suspendues à mes cils. Comme il est triste de prendre place autour d’un cercueil près d’une sépulture ouverte, en pleine averse. La présence de la famille, des amis et de la presque totalité des habitants du village réconforte mon père dans la terrible épreuve qu’il traverse. Anaïs à mon côté, je lis le texte que les sœurs de papa ont préparé. ??? Comment ont-elles réussi à me convaincre? Le regard d’abord médusé et incrédule puis empli de tendresse que papa me lance récompense cet effort. Une couverture de fleurs en guise d’adieu et la queue au registre de condoléances. Le père Ernest raccompagne papa qui a pris dix ans en trois jours. La réflexion assassine qui va suivre n’est pas de bon goût, mais dites-vous que c’est ‘‘l’hommage’’ personnel et définitif que je rends à ma belle-mère. Jocelyne, paix à son âme, aura comme dernière demeure un jardin d’éternité confectionné par Serge, un paysagiste en sépulture. Elle qui était incapable de garder une plante verte plus de huit jours sans la faire périr va dorénavant disposer d’une tombe à l’entourage de granit bleu sur laquelle des végétaux seront repiqués au printemps. Sera-t-elle un bon terreau? Je suis ignoble, j’assume, c’est mon chant du cygne!
    Cette fin de journée est lugubre. Notre famille soudée par ce deuil est sous le choc. Quant aux amis présents ils n’osent pas briser la forteresse de désespérance dans laquelle s’est réfugié papa. Bébé reste placide et égal à lui-même. Ce soir sa quiétude ne me soulage pas, je ressens le besoin de m’isoler. Je ne parviens pas à exprimer ce qui me contrarie. Qui vais-je accuser d’avoir gâché mon enfance à présent que la ‘‘Joce’’ n’est plus là? En perpétuelle révolte du jour où maman nous a quitté, je pense avoir largement contribué à l’élaboration du parcours chaotique qui a fait de moi une écorchée vive. Je réalise que j’ai encore besoin de ma thérapeute pour qu’enfin je cesse de me sentir coupable. Coupable de n’avoir jamais ne serait-ce qu’essayer de percevoir Jocelyne autrement que comme un danger, une adversaire maléfique. Dans un avenir apaisé, je demanderais à papa de me révéler qui était SA Jocelyne.
    En attendant, il fait peine à voir et je tente d’atténuer son chagrin de ma présence silencieuse. Cela n’est pas suffisant, mais je suis incapable de trouver les bons mots pour le soulager.

    I will not say, do not weep for not all tears are an evil…

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  • Commentaires

    3
    BrunoonurB
    Vendredi 12 Octobre à 11:21

    je viens de lire ton article... je suis désolé de ne l'avoir lu qu'après t'avoir écrit et je te présente mes condoléances sincères chère Mymy.

    2
    BrunoonurB
    Vendredi 12 Octobre à 11:16

    bonjour Mymy,je fais une courte intrusion en ton univers après quelques mois d'abstinence... glasses... je pense qu'entre temps, tu as convolé en justes noces avec ton chéri. si tel est le cas, je te présente mes félicitations tardives.

    de mon côté, j'ai eu la chance de partir quelques semaines (voire quelques mois) "ailleurs"...

    j'espère en tout cas ne pas t'importuner en t'écrivant et surtout, j'espère que tu es toujours aussi heureuse.

    bisouilles Mymy !!

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