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    ...Aylinn Baumelles avait posé ses valises au grand hôtel "LAS STORIA" depuis pas mal de temps déjà. Elle n'a pas grand mérite à cela, l'établissement cinq étoiles
    appartient à son oncle et elle en est l'invitée permanente depuis la fin de ses études.
    La somptueuse construction édifiée dans la vieille ville compte de nombreuses fenêtres aux voussures sculptées, disposées harmonieusement sur les trois façades
    ocres du bâtiment. Un enchevêtrement de loggias, de ruelles d’intérieur, d'allées aérées aux végétaux entretenues à l'identiques des couvents d'autrefois, d'escaliers
    aux marches généreuses et de balcons à colonnes, donne à l’édifice un air de déjà vu. C'est la réplique parfaite, à un parpaing près, des tableaux de Guy Gantner
    Choi. Ce peintre, dont la majorité des créations prend source en Provence, met en scène des espaces confinés et contenus par des murs de pierres verticaux aux
    couleurs lumineuses et ombragées à la fois. L'imposant escalier qui conduit à l'accueil de l'hôtel est une représentation parfaite des œuvres de l'artiste.
    Au sous-sol, la clientèle dispose d'une salle de sport bien équipée, d'un salon de massages en tous genres, de jacuzzis luminescents et de baignoires que l'on peut
    utiliser en toute intimité entre les quatre murs de boudoirs imprégnés des senteurs de l'orient. Il suffit de les réserver à l'accueil.
    Le "LAS STORIA" est un véritable labyrinthe ou les nouveaux employés mettent parfois plusieurs jours à se repérer, mais les habitués y ressentent une sensation
    d'isolement feutré et bienfaisant. Ne pouvant accueillir qu'une quarantaine de clients à la fois, les réservations se font très longtemps à l'avance. Certaines
    parfois à l'année.
    Agrémentée d’une jolie terrasse, la chambre d'Aylinn dispose d’une porte-fenêtre à deux battants s’ouvrant côté cour. Le contrefort des fortifications qui constitue
    le quatrième pan de mur du bâtiment, protège la pièce à vivre du mistral et abrite des bacs ornés de fleurs odorantes et multicolores. Meublée sobrement, l'ensemble
    est cependant très confortable. Un grand lit à baldaquin paré de draperies provençales aux tons chauds trône côté salle d'eau. Une armoire spacieuse dont la corniche
    est richement sculptée, accueille effets et bagages désemplis. Un sofa deux places moelleux ainsi qu'une table basse sont disposés sur un tapis coco, non loin de
    la terrasse. Rustique au possible, la salle de bain ne possède qu’un simple bac à douche en grès teinté auquel est accolé un petit meuble soutenant une vasque en
    pierre de rivière. Aylinn apprécie ce style dépouillé, presque austère. Cela démontre le goût certain du propriétaire pour une simplicité efficace. En été, la fraîcheur
    naturelle des lieux, est due à l’épaisseur des murs, mais aussi au sol façonné, dans tout l'imposant bâtiment, de tomettes hexagonales couleur noisette. Lors de
    la saison des frimas, quatre monumentales cheminées diffusent une douce chaleur à toutes heures de la journée et de la nuit, sur tous les étages...
    ...Au terme de quatre années passées à étudier consciencieusement ce à quoi elle se destinait, Aylinn avait enfin regagné sa chère Provence. Le secteur électronique
    et informatique offrait de vastes débouchés et opportunités de carrières. Celle-ci s'y était investi avec cœur une fois son choix fait. La jeune femme adorait la
    terre accueillante qui l'avait vu naître et peu lui importait le cliché cigales-lavande-oliviers et peintre fou qui s'y rattachait. Le dépaysement était présent chaque
    fois que ses pas la portaient sur les sentiers sinueux de la garrigue. Elle appréciait l'accent du terroir, rude et musical, des habitants de la région. Tout cela lui avait
    tellement manqué, alors en attendant de décrocher le poste de sa vie, elle se ressourçait au berceau de son enfance.
    De temps en temps, son oncle la rejoignait au "FOUGALOU" afin d'y siroter un apéritif à la gentiane en sa compagnie. Ils se régalaient ensuite d'un plateau de fruits
    de mer en conversant gaiement. Puis, tandis qu'Augustin Baumelles regagnait le "LAS STORIA" pour y reprendre ses fonctions, Aylinn se rendait au petit troquet
    situé en bord de canal. Elle aimait observer les eaux tumultueuses de la rivière qui s'apaisaient soudain en se déversant entre les rives de bétons.
    Des parasols aux couleurs vives donnaient une allure d'éternelle fête foraine à l'endroit. Comme à son habitude, assise derrière l'une des deux colonnes massives
    qui consolidaient la terrasse couverte, à l'abri des regards, Aylinn observait ses commensaux installés aux tables voisines.
    Un couple accompagné de leurs enfants dégustait des glaces au chocolat. Une femme, son diabolo menthe en équilibre entre deux doigts, insultait copieusement
    un interlocuteur invisible avant de balancer son I.phone sur la table. Cela fit sourire Aylinn. Des jeunes gens manifestaient bruyamment leur joie en célébrant la fin
    des cours devant leur coca. La serveuse s'approcha et leur demanda gentiment de la mettre en sourdine. Elle prit la commande d'Aylinn et dans la foulée, alla débarrasser les tables désertées par leurs occupants. Sirotant lentement son thé citron, perdue dans ses pensées et bercée par le brouhaha ambiant Aylinn perdit la notion de l'heure. Soudain, celle-ci se rendit compte que les tables s'étaient vidées et qu'il devait déjà se faire tard. Sa montre indiquait dix-sept heures et elle avait rendez-vous à dix-sept trente avec un éventuel employeur dans le hall de l'hôtel. Tout en déposant le prix de sa consommation sous la soucoupe, elle se traita mentalement de cruche. Se faufilant entre les tables en direction de la sortie, Aylinn remarqua alors un épais filo fax gris qu'avait oublié un étourdi sur l'une d'elles.
    En feuilletant le porto folio, la jeune femme y découvrit l'adresse de son propriétaire. Elle se promit d'aller le lui rendre dès le lendemain matin...
    ...Ā neuf heures tapantes, Aylinn franchit les portes coulissantes de l'institut de recherches en informatique. La réception du groupe INFORMATICS RESEARCHS
    HALL était réduit à l'essentiel: l'accueil. Un long comptoir blanc, derrière lequel officiaient deux jeunes femmes, était scellé sous une immense verrière aux vitres
    blindées. Deux ascenseurs, surveillés par un vigile armé en uniforme, conduisaient aux étages. Accroché au mur situé à l'arrière de la banque, un immense panneau
    lumineux indiquait les noms des employés avec leur photo, leur profession et l'étage où se trouvait leur bureau. Intimidée, Aylinn y jeta un coup d'œil avant de s'avancer.
    Danyel HAMRIT-EKBOTT - Directeur général - 12 e étage y lut-elle. L'information clignotait en vert ce qui voulait dire que le directeur était présent dans les locaux.
    Les deux hôtesses la dévisagèrent avec suspicion.
    Aylinn les salua poliment, mais celles-ci lui accordèrent tout juste un signe de tête.
    - Bonjour Mesdemoiselles! Je souhaiterais rencontrer monsieur Hamrit- Ekbot s'il vous plaît?
    - C'est pour quoi? Aboya la plus proche.
    - Monsieur Amrit-Ekbott est très occupé, il ne reçoit que sur rendez-vous ! Renchérit la seconde.
    - Euh... j'ai quelque chose qui lui appartient! Je... je désirerais le lui remettre en mains prop... propres!
    La jeune femme bégayait comme une enfant prise en faute.
    - Alors prenez rendez-vous! De mauvaise grâce, l'un des cerbères s'empara d'un carnet qu'elle ouvrit à grand bruit.
    - Jeudi vingt-deux, donc après demain! Onze heures quarante-cinq! Ça ira pour vous? Votre nom, je vous prie?
    - Baumelles Aylinn! Elle avait répondu machinalement, mais elle se ravisa soudain.
    - Non, je ne veux pas de rendez-vous! Donnez lui ceci puisque c'est si compliqué de rencontrer ce monsieur!
    Aylinn déposa calmement le filo fax sur la banque.
    - Faites savoir à monsieur Hamrit-Ekbott que j'ai retrouvé son agenda au "Cabadis".
    Stupéfaites les deux femmes la virent tourner les talons et se diriger vers la sortie.
    - Qu'elle pimbêche! Souffla l'une d'elles en s'emparant du combiné du téléphone.
    - Comme si le patron n'avait que cela à faire! Elle appuya trois fois sur le même chiffre du cadran.
    - Amye? Géraldine de l'accueil! On vient de ramener le filo fax du patron, envoyez quelqu'un le récupérer, je vous prie!
    Trois minutes plus tard la sonnerie de l'ascenseur retentissait et les battants à peine ouverts Monsieur Hamrit-Ekbott en personne s'en éjecta.
    Géraldine et Typhaine se figèrent. Le patron descendait rarement à l'accueil en journée.
    - Où est la personne qui a rapporté mon agenda? Demanda-t-il en tournant la tête de droite et de gauche. En voyant la mine déconfite des deux hôtesses, il comprit
    immédiatement que sa providence ne s'était pas attardée.
    - Avez-vous pensé à demander son nom de cette personne? Un numéro de téléphone peut-être?
    Les deux femmes se regardaient sottement, semblant ignorer ce que leur patron attendait d'elles.
    - Réveillez-vous mesdames, j'attends une réponse! Elles retrouvèrent la parole comme par magie.
    - Non pas de téléphone monsieur! Elle nous a seulement dit l'avoir trouvé au "Cabadis"!
    - Rappelle-toi! Tu lui as demandé son nom pour le rendez-vous? Géraldine réfléchit quelques instants puis elle se souvint.
    - Ah oui! Quelque chose comme Daucelles? Baucelles? Daumelles? Je ne sais plus c'est un nom comme cela!
    - Tâchez de vous rappeler bon sang! Danyel commençait à s'impatienter.
    - J'ai trouvé! Baumelles! Aylinn Baumelles!
    - Merci mesdemoiselles! Son précieux filo fax à la main, Danyel disparut dans l'ascenseur...
    ... L'interphone grésilla.
    - Vous êtes ici Amye?
    Sa secrétaire particulière était toujours là. La question lui parut soudain absurde. Il sourit.
    Celle-ci fataliste haussa les épaules. Cela ne faisait que trois quarts d'heure qu'elle avait pris son service et déjà Danyel la dérangeait pour un oui ou un non.
    - Amye, je voudrais que vous me trouviez des renseignements sur Mademoiselle Aylinn Baumelles! C'est la personne qui m'a ramené mon agenda!
    - Oui monsieur! Je vois cela immédiatement! À peine avait-elle terminé la rédaction d'un courrier sur son PC, que son patron se manifesta à nouveau.
    - Amye, avez-vous reçu des réponses pour l'annonce de la semaine dernière?
    - Non Monsieur! Rien de concret! Je pense que vous allez devoir réviser certains termes du contrat monsieur! Ils effrayent les futures candidates!
    Monsieur Hamrit-Ekbott recherchait une assistante. Sa demande était particulière, et les jeunes femmes qui se présentaient renâclaient dès le deuxième entretien avec le DRH. Amye trouvait elle aussi que son patron y allait un peu fort.
    - Nous verrons bien! Et pour mademoiselle Baumelles?
    - Je n'ai pas encore eu le temps de m'en occuper monsieur! Toutefois, si je puis me permettre, cela vous suffirait-il pour l'instant de savoir que ce nom est très connu
    en ville! Monsieur Augustin Baumelles est le propriétaire du "LAS STORIA"! Peut-être est-ce un parent de votre inconnue?
    - Le cinq étoiles de la cité médiévale? Parfait, je me renseigne! Merci Amye!
    Trois diagrammes et un café plus tard l'interphone ronronna à nouveau. Amye leva les yeux au ciel, la journée allait être longue.
    - Oui Monsieur, que puis-je faire pour vous? Danyel ressentit l'agacement de la secrétaire, mais il préféra l'ignorer.
    - Pourriez-vous commander une composition florale chez "Gardenies" et la faire livrer au "LAS STORIA" au nom de madamoiselle Aylinn Baumelles!
    - C'est comme si c'était fait monsieur!
    - Merci Amye! Veuillez m'apporter les dossiers candidatures de notre chasseur de têtes, je vous prie?
    - Ils sont dans le coffre de votre bureau monsieur! Dans la chemise trieur bleue!
    - Parfait, reportez mon rendez-vous de fin de matinée à demain et faites savoir que je ne veux pas être dérangé!
    - Tout de suite monsieur! Amye soupira, elle allait pouvoir s'avancer dans son travail. Elle appela le fleuriste puis elle s'appliqua à rattraper le temps perdu.
    Danyel se plongea dans la lecture des profils que lui avait préparé son recruteur. De la vingtaine de fiches qu'il consulta avec attention, il n'en conserva que trois.
    - Amye la transaction Devallon est close, pourriez-vous venir chercher les dossiers des personnes que j'ai sélectionné! Nulle réponse ne lui parvint.
    - Amye? L'interphone grésilla une nouvelle fois dans le vide.
    Il jeta un œil à sa montre. Treize heures quarante-cinq. Sa secrétaire l'avait sans doute prévenu qu'elle allait déjeuner, mais il n'y avait pas prêté attention.
    Soudain, il bondit de son siège , attrapa sa veste de costume. Il maugréa contre l'ascenseur qui était trop lent en nouant sa cravate.
    Au premier sous-sol, rutilante, l'E550 attendait son propriétaire. Celui-ci démarra en trombe.
    Monsieur Hamrit-Ekbott avait failli oublier le déjeuner d'affaires avec l'un de ses plus gros clients...
    ... Désapointée, Aylinn avait marché sans but précis dans les rues de la ville nouvelle. En prenant connaissance du nom du propriétaire du filo fax, celle-ci s'était imaginé pouvoir proposer sa candidature à l'un des nombreux postes qu'offrait la société qu'il dirigeait. Elle y avait postulé de nombreuses fois, mais son jeune âge et l'obtention récente de son diplôme la renvoyaient toujours à une fin de non-recevoir. Elle concevait facilement que le directeur d'IRH soit très pris, toutefois un remerciement de vive voix ne lui aurait pas coûté grand chose sur son temps. D'autant que l''agenda contenait de précieux renseignements sur l'entreprise, il avait du être soulagé de l'avoir récupéré. Une fois encore, l'entretien de la veille au soir n'avait rien donné. Certes, aux dires de son interlocuteur, celle-ci possédait d'indéniables qualifications, mais ses vingt-trois printemps l'avaient, comme à chaque fois, pénalisé. Personne ne tenait jamais compte de sa dernière année de stage, laquelle avait été consacrée à la création d'un logiciel d'aide à l'installation et dépannages de programmes en équipements automatisés. Elle avait reçu un prix d'honneur, cela ne comptait donc pas? Comment pourrait-elle faire ses preuves si personne ne lui donnait sa chance? Perdue dans ses réflexions, ses pas portèrent Aylinn jusqu'au petit parc Miremont.
    L'endroit, souvent désert, la réconfortait. De belles statues, disséminées aux détours des allées végétales, apportaient un certain cachet à l'ensemble.
    Une heure plus tard, cette fois-ci encore, elle en ressortit stimulée, prête à une nouvelle bataille.
    Elle se procura des revues spécialisées en offres d'emploi puis s'accorda une pause chacolat chaud avant de regagner l'hôtel.
    En poussant la porte de sa chambre, déposé sur la table basse, un superbe bouquet attira son regard...
    ...Célibataire, la petite quarantaine, Danyel Hamrit-Ekbott gérait son entreprise d'une main de fer. Malgré cela, ses employés lui vouaient un attachement sans
    bornes. Chacun d'eux se mettaient en quatre pour être toujours disponibles et compétitifs. Ainsi, le groupe était conduit au succès de façon innovante. Toutefois,
    certaines des idées du boss étaient parfois déconcertantes.
    La dernière en date en avait offusqué plus d'un, puis les avait fait sourire. Monsieur le Directeur recherchait ce qu'il nommait pudiquement une assistante de proximité.
    Outre superviser le service recherches, contrôler les contrats avant signature et mener à bien ses propres travaux, la future recrue devrait se tenir à l'entière
    disposition de monsieur le directeur. Cela sous-entendait aussi que celle-ci devrait l'escorter intimement dans un cadre strictement professionnel. Sans attaches
    familiales, Danyel ressentait un impérieux besoin de stabilité. Il était las des aventures d'un soir et la sensation d'abandon qu'il ressentait lors de ses nombreux
    voyages d'affaires commençait à lui peser. Sur le papier, trouver une personne compétente qui le délivrerait d'une volumineuse charge de travail et romprait sa solitude
    lors de ses déplacements, lui avait paru un bon compromis. Toutefois, au fil des semaines, il s'était rendu compte que ce ne serait pas aussi facile que cela. Certes,
    on l'avait informé que plusieurs jeunes femmes dont le dossier était fort honnête avaient postulé pour l'emploi, mais leur implication dans la partie accompagnement
    n'était pas totalement satisfaisant.
    Aylin était tombée sur cette annonce attrayante diffusée dans l'une des revues qu'elle avait acheté quelques jours auparavant. Très intelligente, celle-ci avait compris
    immédiatement ce que cet éventuel employeur attendait de sa future collaboratrice. Le principe ne la choquait pas plus que cela si elle avait à faire à quelqu'un de
    distingué et de courtois. Cet homme ne la forcerait en rien, elle en était persuadée. Afin de rester impartial, les rendez-vous des DRH des grandes entreprises
    se tenaient dans les bureaux locatifs de la maison des métiers. Les postulants n'étaient informés de l'identité de leur employeur que le jour ou celui-ci se présentait
    à eux. Aylinn hésita longuement avant de donner suite. Pesant le pour, un emploi bien rémunéré qui correspondait à son cursus, et le contre, un statut de gigolette aux
    mœurs faciles comme aurait dit son oncle. Elle avait finalement décidé de se rendre au rendez-vous de la DRH. Tout s'était déroulé dans une correction totale, et
    on ne lui avait pas caché que son profil était des plus intéressants. Pour une fois, son manque d'expérience et sa jeunesse n'avaient pas été un obstacle. Plusieurs fois
    lors de l'entretien, l'on insista sur ce que seraient les tâches à accomplir dans le cadre de ses fonctions. Lorsqu'elle confirma pouvoir en satisfaire toutes les
    conditions, elle décrocha l'entrevue finale. Le poste d'assistante de proximité lui serait attribué si elle le désirait toujours, après un tête-à-tête avec le boss.
    Bien qu'explicite, le terme proximité la faisait sourire à chaque fois qu'on l'employait devant elle, mais qu'en dirait son oncle?
    ... D'un volume disproportionné pour l‘usage qui en était fait, le salon de réception de la maison des métiers était lumineux et joliment décoré. Il servait de salle
    d'attente à quatre jeunes femmes et deux hommes qui, tout comme Aylinn, étaient là pour rencontrer leur employeur.
    Les sièges disséminés çà et là dans le grand espace, permettaient aux postulants de se concentrer. Les hommes, droits comme des i, semblaient méditer tellement
    ils étaient impassibles et vissés à leur siège. Les femmes, toutes vêtues d’ensemble griffé mettant leur plastique en valeur, n'avaient qu'une idée en tête, faire
    bonne impression. Une extrême nervosité en poussait certaines à vérifier plusieurs fois un maquillage pourtant parfait dans la glace de leur poudrier de poche. D'autres s'exerçaient à des poses distinguées afin d'être aussi appréciées pour leur maintien.
    Ravissante, dans un tailleur haute couture élégant, Aylinn serrait précieusement son dossier de présentation contre sa poitrine.
    Grande, un corps parfait, de longs cheveux blonds, un visage fin qu'illuminaient des yeux d'un bleu presque translucide, elle ne comptait pas sur son physique
    pour réussir. Seule son intelligence serait mise en avant. Nullement carriériste, elle désirait juste prouver ses compétences. Diplômée d'une école prestigieuse,
    dotée d'un relationnel parfaitement au point et bilingue, elle avait toutes ses chances pour devenir un atout performant au sein de l'entreprise qui allait l'employer.
    Lorsque l'on vint la chercher, elle se leva calmement puis se laissa conduire derrière les battants d'une épaisse porte capitonnée. Elle toqua fermement sur l'huis.
    Derrière un immense voilage, la large baie vitrée du bureau offrait une vue imprenable sur le quartier des affaires. Meublée avec simplicité, la pièce dégageait une ambiance accueillante et feutrée. Les mains dans le dos, un homme se tenait face à la baie vitrée. Celui-ci se retourna lentement.
    Grand, athlétique, des cheveux bruns courts et des yeux verts pétillants faisaient qu'il portait sa petite quarantaine avec charme. Aylinn ressentit un sentiment
    de puissance et de tranquilité en lui lorsqu'il s'approcha d'elle.
    - Bonjour! Mon nom est Danyel Hamrit-Ekbott, directeur général d'INFORMATICS RESEARCHS HALL. Ravi de faire votre connaissance mademoiselle Baumelles!
    - Bonjour, monsieur! Elle serra la main qu'il lui tendit sans rien montrer de son trouble. De tout les dirigeants d'entreprises spécialisées en informatique, il avait
    fallu qu'elle tombe sur lui.
    Les présentations faites, ils allèrent prendre place. Lui derrière un bureau imposant, elle lui faisant face sur une chaise confortable.
    - Bien! Je vais être direct mademoiselle Baumelles! Comment allez-vous me convaincre que j'ai choisi la bonne personne? Aylinn lui tendit son dossier qu'il déposa
    aussitôt sur le bureau.
    - Je veux des mots, pas une relecture de ce que je sais déjà! Son regard était déterminé et encourageant à la fois.
    - Ayant lu mon CV, vous devez savoir que ce sera ma première expérience professionnelle! Se lança-telle courageusement.
    - Vous n'êtes pas aussi novice que cela mademoiselle Baumelles si je m'en réfère à ce logiciel que vous avez créé! dit-il d'un ton péremptoire.
    - C'est exact monsieur, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de prouver mes compétences en recherches et...!
    - Vous ne vous vendez pas à cet instant, vous vous dénigrez! la coupa-til brutalement.
    Alors Aylinn se lança dans un panégyrique de ses qualités et de son potentiel. Elle mit en avant sa crédibilité, ses ressources intellectuelles et elle développa
    pratiquement une soutenance sur ses facultés d'adaptation. Monsieur Hamrit-Ekbott sembla enfin satisfait.
    - C'est parfait, j'aime que mes employés aient une âme de conquérant! Il la gratifia d'un sourire éclatant. Aylinn éructa un discret soupir de soulagement.
    - Maintenant, venons-en à la deuxième partie du contrat! Sachez que je me déplace fréquemment, disons deux à quatre jours par semaine! Puis-je compter sur votre
    disponibilité?
    Aylinn s'était préparée à cette conversation, aussi, ce fut avec aisance qu'elle répondit.
    - J'ai cru comprendre monsieur, que certaines de vos exigences seraient d'une nature plus personnelles et je ne vois pas d'inconvénients à vous escorter lors de
    vos soirées!
    - Ce sera plus qu'un accompagnement voyez-vous! Saisissez-vous bien mes propos mademoiselle Baumelles? Insista-til.
    - Je vais me permettre d’être plus direct afin d’éviter tout malentendu éventuel. Le poste que je vous offre est assorti d’une rémunération très élevée supposant
    que vous acceptiez des contacts intimes entre nous Aylinn! Vous permettez que j'use de votre prénom?
    Les choses ainsi dites, celle-ci comprit clairement qu’ils partageraient la même chambre et le même lit lors de leurs voyages d'affaires.
    La jeune femme avait accepté ce rendez-vous, et maintenant au pied du mur elle songea que cette partie de son activité serait comme un défi à relever.
    - Je devrais pouvoir me conformer à vos exigences monsieur! répondit-elle clairement en le regardant droit dans les yeux.
    - Danyel! Vous pouvez m'appeler Danyel! Elle acquiesça d'un signe de tête.
    - Parfait, une dernière question ! Êtes-vous mariée ? » Ailynn s’y attendait aussi répondit-elle sans hésitation.
    - Non monsi... euh Danyel! Je confirme ma totale disponibilité!
    - Bien! Avant de conclure cet entretien, je souhaiterai vous demander quelque chose de... d'assez particulier? Il semblait contrarié, et hésitait.
    - Je vous en prie mons... Danyel! L’encouragea-t-elle.
    - Puis-je vous voir nue? Sa requête avait été directe. Le regard franc, il observait sa réaction.
    Comme l’homme qui lui faisait face était certainement habitué à être entendu et satisfait, elle se leva avec grâce. Nulle concupiscence ne brillait dans les yeux de
    Danyel. Pour lui, ce n'était qu'une formalité.
    Bien campée sur ses jambes, Aylinn déboutonna la veste de son tailleur gris perle qu’elle déposa soigneusement sur le dossier de sa chaise. Comme elle n'était pas
    ici pour offrir un strip tease à son boss, elle ôta rapidement son chemisier en soie crème qui rejoignit illico la veste. Un sous-vêtement raffiné aux dentelles délicates
    enveloppait sa poitrine parfaite. En cédant le brevet de son logiciel à une filiale, elle s'était vu remettre un joli pécule. Aussi, Aylinn se permettait-elle quelques folies
    dans l'acquisition de sa lingerie. Son regard croisa celui de monsieur Hamrit-Ekbott. Il resta de marbre. Il sembla cependant à Aylinn que la respiration de celui-ci
    s'était accélérée plus qu'il ne voulait le laisser paraître. Évitant toute provocation, elle fit glisser le zip de la fermeture éclair puis se débarrassa de la jupe avec dextérité.
    À son tour, le vêtement fut disposé soigneusement sur le reste de l'ensemble. Le cuir anthracite de ses bottines ajourées contrastait avec le gris argenté de ses
    ongles parfaitement manucurés lorsqu'elle ôta ses chaussures. Il aurait été de mauvais goût de les garder ainsi que ses bas. Maintenant troublée par le regard
    fixe que portait Danyel sur sa personne, Aylinn résista à l'envie qui s'était brièvement emparée d'elle. Fuir le plus loin possible. Mais en être arrivé là et tout abandonner serait ridicule et lâche. Ses sous-vêtements une fois retirés, celle-ci se tint immobile, les bras le long du corps. Elle riva ses yeux à ceux de monsieur Hamrit-Ekbott.
    Un sourire furtif barra ses lèvres, puis très professionnel, il la complimenta.
    - Je vous remercie, vous êtes ravissante! Si vous souhaitez toujours le poste, il est à vous! L'acceptez-vous? Au ton de sa voix, la question ressemblait plus à une supplique qu'à une interrogation.
    - Oui, je l’accepte! répondit-elle simplement.
    - Parfait! Il avait l'air soulagé.
    - Je vais demander à ma secrétaire de préparer votre contrat immédiatement! Vous viendrez le signer demain matin au siège d'INFORMATICS RESEARCHS HALL
    je vous prie! L'entretien venait de s'achever. Aylinn se rhabilla sans précipitation. Elle n'avait plus qu'à se soumettre à un examen médical et elle ferait partie de l'entreprise.
    - Bien monsieur, j'espère que notre collaboration sera des plus productive! Elle le vit soudain froncer les sourcils et se rappela alors qu'il l'avait autorisé à l'appeler
    par son prénom.
    - Je m'excuse, mais j'ai encore du mal à utiliser votre prénom, cela viendra naturellement avec le temps! Souriant, il scella l'entrevue d'une poignée de main ferme et
    lui donna congé.
    - Je suis inexcusable mademoiselle, j'ai failli oublier de vous remercier pour votre bonne action! Elle venait de franchir la porte. Surprise, elle stoppa net.
    - Mon agenda Aylinn! Insista-t-il croyant qu'elle n'avait pas compris. Mais celle-ci se retourna lentement.
    - Vous saviez qui j'étais dès le début de cet entretien n'est-ce pas? Cela a-t-il eu une incidence sur votre impartialité? Elle hésitait entre courroux et hilarité, mais la
    raison l'emporta. D'ailleurs, ses questions étaient restées sans réponse.
    - Je vous remercie pour les fleurs monsieur Hamrit-Ekbott! Je vous souhaite une bonne soirée! Et elle sortit dignement sans se retourner.
    Une fois dans la rue, le rire de son patron résonnait encore à ses oreilles...
    ...De retour à l'hôtel, elle se doucha longuement avant de rejoindre Ida. Celle-ci lui fit un massage bienfaisant qui la délivra des tensions de la journée. Lorsqu'elle
    regagna sa chambre, elle se sentait revigoré et prête à assumer ses nouvelles fonctions. Elle serait avant tout l'assistante personnelle de monsieur Hamrit-Ekbott,
    PDG d'une grande société spécialisée en informatique. Et c'est ce qu'elle avait confié à son oncle. Uniquement cela et la somme faramineuse qui lui serait versée
    chaque début de mois sur son compte en banque. Les rapports privilégiés qu'elle entretiendrait avec son patron, ne regardaient qu'elle et elle seule. L'espace d'une
    minute, celle-ci s'était demandé si monsieur Hamrit-Ekbott n'avait pas des goûts particuliers ou des penchants vicieux. Il était bien temps d'y penser. Elle se rassura
    en faisant confiance à sa perspicacité. L'homme l'avait vu nue et elle n'avait rien décelé de pervers ou de malveillant dans son regard.
    Avant de se coucher, elle vérifia une dernière fois sa garde-robe et, satisfaite elle se glissa entre les draps parfumés, s'endormant du sommeil du juste en quelques
    minutes. Elle rêva qu'elle s'offrait un appartement bien à elle...
    ...Enthousiaste, le lendemain matin à huit heures tapantes, elle se présenta à l'accueil d'INFORMATICS RESEARCHS HALL . Elle avait passé un tailleur de même
    coupe que celui de la veille, mais vert pâle perlé cette fois-ci. Ses escarpins couleur crème lui conférait une élégance authentique.
    Fidèles à leur poste, Géraldine et Typhaine, vêtues de leur uniforme gris à col mao, la regardèrent s'approcher, une moue un rien envieuse vissée sur les lèvres. Aylinn les salua poliment puis se dirigea vers l'ascenseur principal. Le vigile était déjà à son poste.
    - Mais où croyez-vous donc aller mademoiselle? On entre pas ici comme dans un moulin! Cela avait le mérite d'être clair. Ces pestes ne la lâcheraient pas facilement.
    - Mon nom est Aylinn Baumelles! Je suis l'assistante personnelle de monsieur Hamrit-Ekbott! Les deux cerbères eurent du mal à contenir leur hilarité.
    - À ma connaissance, Monsieur le directeur n'a pas d'assistante, Je vais appeler, veuillez attendre ici que l'on vien...!
    - Aylinn? Soyez la bienvenue! Danyel venait de faire son apparition dans le hall. Prévenant, il conduisit Aylinn près de l'ascenseur.
    - Cinq minutes de patience et je suis à vous!
    - Bien monsieur! Aylinn ne se fit pas prier, car soudain le regard de Danyel s'était durci. Il revint au desk en quelques pas.
    - Mesdemoiselles, j'attends de vous que vous changiez rapidement de comportement! Celui que vous avez adopté n'est pas professionnel! Il leur laissa un bref temps
    de réflexion avant de poursuivre.
    - Sinon je me verrais dans l'obligation de me passer de vos services!
    La mine contrite, les deux femmes restèrent silencieuses.
    - Me suis-je bien fait comprendre?
    - Oui monsieur! Il n'y avait rien d'autre à ajouter.
    Au douzième étage, Amye venait de terminer les photocopies des graphiques et des schémas que devait étudier Aylinn quand son patron vint lui présenter sa
    jeune collaboratrice à laquelle elle souhaita sincèrement la bienvenue. Mademoiselle Baumelles lui semblait avenante et tellement gracieuse.
    - Vous aurez toutes deux le temps de faire connaissance plus tard! Venez Aylinn!
    Danyel conduisit son assistante à l'extrémité d'un long couloir qui se terminait par une rotonde confortablement aménagée d'un énorme sofa circulaire. Contre
    le mur, trônaient un distributeur de boissons chaudes dernier cri ainsi qu'une fontaine à eau. Il y avait aussi un meuble qui lui sembla être un réfrigérateur habillé.
    Notre salle d'attente commune! Annonça-t-il. Aylin était sans voix.
    - Venez visiter votre royaume Aylinn! Prévenant, il appuya sur la poignée d'une porte en chêne massif et poussa le battant.
    Ils pénétrèrent dans une pièce ouatée, aux tons pastels.
    Sur une table de travail en verre, derrière laquelle était disposé un siège ergonomique en cuir, se trouvaient un ordinateur portable à côté duquel était posé un téléphone ultra moderne.
    Une pile impressionnante de dossiers attendaient déjà Aylinn sur le sous-main également en cuir. Sa première tâche serait de les numériser sur l'apple pro.
    De nombreux meubles de rangement en bois clair complétaient l’ensemble. Une immense baie à la vitre légèrement obscurcie offrait une vue panoramique sur toute
    la ville. Aylinn n'en revenait pas. Elle disposait de son propre bureau.
    - Vous pourrez bien sûr aménager et décorer cette pièce selon votre envie! Je vous laisse vous installer, Amye va vous faire parvenir tous les codes nécessaires
    à l'ouverture des dossiers confidentiels qui vous seront attribués! N'hésitez pas à solliciter son aide! Il renouvela ses vœux de bienvenue. Alors qu'il s'apprêtait
    à quitter le bureau, il se retourna et demanda à brûle-pourpoint:
    - Puis-je me permettre un compliment mademoiselle Baumelles? Surprise, Aylinn le dévisagea en rougissant.
    - J'apprécie énormément vos tenues! Vous savez mettre en valeur votre silhouette, ce sera parfait pour nos déplacements!
    Embarrassée par cette délicate attention, Aylinn ne répondit pas, mais elle lui sourit poliment. Cherchait-il à la séduire? Le pire était qu'elle le savait sincère...
    ...La masse de travail qui l'attendait la fit se mettre à l'ouvrage immédiatement. Elle prit connaissance de chacun des dossiers qu'on lui avait confié avant de les scanner puis elle leur attribua un code personnel dont elle seule aurait la combinaison. Parcourant les feuillets, elle s'était rendu compte qu'elle manipulait du lourd aussi lui fallait-il être prudente. Elle annota de ses conclusions des documents aux schémas compliqués et rédigea un courrier de réclamation pour le chef de projet
    du neuvième étage où se situait les ateliers de fabrication des composants. Vers quatorze heures trente, ce furent les grondements furieux de son estomac qui
    la rappelèrent à la réalité. Elle avait négligé ce détail. À part un thé, elle n'avait rien avalé depuis le matin. Elle devait absolument trouver quelque chose à grignoter,
    sous peine que ses gargouillis n'alertent tout l'étage.
    Aylinn se risqua dans la rotonde déserte. À défaut d'avaler quelque chose de solide, elle boirait un chocolat chaud. S'étant aperçu qu'elle n'avait pas assez de monnaie,
    elle allait regagner son bureau. Soudain, elle vit Amye qui se rendait auprès de monsieur Hamrit-Ekbott dont le bureau se situait juste en face de celui d'Aylinn.
    - Mademoiselle Baumelles puis-je faire quelque chose pour vous? S'inquiéta aussitôt la secrétaire en la découvrant.
    - Non merci! Enfin si je...! Elle hésitait à accaparer la secrétaire du patron pour une demande aussi stupide.
    - Je vous en prie mademoiselle, je dois pouvoir vous aider?
    - Je suis ridicule, j'ai laissé passer l'heure du déjeuner et maintenant mon estomac crie famine! Amye se dirigea vers le meuble tout près du distributeur, elle ouvrit
    celui-ci en grand. Aylinn y découvrit la caverne d'Ali baba. Des salades, des fruits et des jus de fruits garnissaient deux des quatre larges étagères du réfrigérant.
    - Monsieur tient à ce que l'on s'absente le moins possible alors chaque matin, un traiteur vient renouveler le stock à chaque étage! D'habitude, il y a des sandwiches,
    mais là, vous arrivez trop tard!
    - Vous me sauvez la vie Amye, une salade fera l'affaire. Je vous remercie infiniment!
    - Mais je vous en prie mademoiselle Baumelles!
    Une salade au poulet et un thé à la menthe plus tard, Aylinn était d'attaque pour poursuivre sa tâche.
    Vers dix-huit heures, épuisée, Aylin venait d'éteindre son ordinateur. Elle se préparait à sortir lorsque Danyel la convoqua dans son bureau pour faire le point de cette première journée. Elle ne pouvait se permettre de refuser.
    - Je suis conscient qu'il vous faudra un peu de temps pour prendre vos marques, mais je suis stupéfait par vos capacités d'adaptation Aylinn! Il s'était levé pour
    l'accueillir, posant une main sur l'avant-bras de celle-ci afin de la conduire au sofa disposé près de la baie vitrée. Décontracté, il s'assit à l'autre extrémité, un bras
    négligemment posé sur le dossier. A part le sofa, la pièce était meublée à l'identique de son propre bureau.
    - Cela a été intense n'est-ce pas? Malgré le léger trouble qui s'était emparé d'elle, Aylinn acquiesça d'un signe de tête affable.
    - Vous ne devez pas vous inquiéter! Dès que vous connaîtrez toutes les affaires en cours, vous passerez certainement plus de temps à contrôler des brevets aux
    ateliers que devant l’écran de votre ordinateur!
    - J'ai encore beaucoup de choses à appréhender, mais je pense pouvoir être totalement opérationnelle d'ici une semaine monsieur! affirma-t-elle confiante.
    - Cela me convient tout à fait! Mais ce sera pour la semaine prochaine! Dit-il d'un air mystérieux. Aylinn était fatiguée et elle n'avait pas envie de jouer aux devinettes,
    cependant, elle adopta un air intéressé.
    - Je désirerais que vous m'accompagniez pour un périple de trois jours afin de rencontrer plusieurs de mes clients! Nous partirons demain matin pour Londres. Un
    déjeuner est prévu à treize heure trente avec monsieur Brighton. En soirée, nous rejoindrons monsieur Carrington mon client australien. Le lendemain, ce sera Berlin
    et nous serons de retour vendredi en fin de journée après une visite éclair à Paris où je dois récupérer des composants! Monsieur Hamrit-Ekbott fixait intensément
    son assistante tandis qu'il lui faisait part de leur emploi du temps.
    - Je souhaite que vous vous fassiez conduire par un taxi à cette adresse pour dix heures trente demain matin! Cela vous ira? dit-il en lui tendant un carton où était
    inscrit le lieu du rendez-vous qu'il lui fixait. Un aéroport privé en l'occurrence. Aylinn comprit que son patron n'attendait pas de réponse précise, c'était un ordre. Elle
    accepta l'invitation sans sourciller.
    - Une dernière chose Aylinn! Nos clients et moi-même apprécierions que vous conserviez cette fraîcheur vestimentaire qui vous va à ravir!
    - Oui monsieur, certainement! Elle se leva, comprenant que leur débriefing était terminé.
    - Bonne soirée Aylinn!
    - Bonne soirée monsieur! Euh pardon... Danyel! Celui-ci transforma sa moue de désapprobation en un charmant sourire.
    - Oui, Danyel, j'y tiens! J'oubliais, en passant dans le hall, jetez un oeil au tableau numérique! Il la gratifia d'un clin d'œil complice avant de lui donner congé.
    La sonnerie de l'ascenseur retentit au rez-de-chaussée. Aylinn s'avança vers le desk désert à cette heure de la journée. Elle leva les yeux en direction du panneau
    numérique. Aylinn BAUMELLES - Collaboratrice-Ingénieure en Informatique - Section Recherche - 12 e étage. Son nom était inscrit juste en dessous de celui de
    monsieur Hamrit-Ekbott. Elle marchait sur un petit nuage en franchissant les portes coulissantes qui donnaient sur la place...
    ...Aylinn se détendit dans un bain parfumé aux huiles essentielles, puis elle se fit servir un copieux dîner. Elle s'était rendu compte qu'elle était morte de faim. Être
    l'invitée permanente d'oncle Augustin avait quand même ses avantages pensa-t-elle. Certes peu d'intimité, mais un service irréprochable.
    En fin de soirée, elle sortit son bagage de l'armoire afin de préparer ce dont elle aurait besoin. Anxieuse et ravie à la fois, Aylinn calcula qu'il lui faudrait au moins trois
    de ces tailleurs dont monsieur Hamrit-Ekbott approuvait la coupe. Sa garde-robe étant conséquente, elle avait largement de quoi satisfaire son boss. Elle déposa
    minutieusement des chemisiers en soie, des bas à couture puis deux tenues de soirée simples, mais d'un grand couturier. Oncle Augustin les lui avait offertes lors de
    l'obtention de son diplôme. Certes, elle en possédait d'autres, mais moins pratiques. Elle glissa ensuite deux paires d'escarpins dans une pochette qu'elle cala contre
    son vanity souple. Deux superbes nuisettes longues trouvèrent une place dans l'une des sacoches à clappet de son bagage, puis des sous-vêtements raffinés dans
    l'autre. Elle évita de penser à ce que cela impliquait. Sa valise bouclée, elle se sentit plus confiante.
    Le vol n'eut rien d'un voyage d'agrément. Monsieur Hamrit-Ekbott passa en revue les divers produits que son client se procurait chez IRH. Il confia le dossier des
    nouveautés à Aylinn. Ce serait à elle de négocier un éventuel contrat.
    Bien que conservant des manières irréprochables, certains des gestes de Danyel devenaient plus familiers. Pour souligner un point de détail important, il posait
    parfois une main sur son bras, son épaule ou son genou.
    - Avez-vous bien compris Aylinn? Insistait-il. Ces légères pressions la troublaient plus qu’elle ne voulait se l’avouer.
    Elle découvrait un homme raffiné et charmeur. Elle avait mémorisé un maximum d'informations lorsqu'ils se posèrent à Heathrow. Une voiture avec chauffeur les
    attendait pour les conduire au Grand Hôtel Regency. Danyel avait réservé la suite donnant sur un célèbre monument londonien. Le luxe régnait dans l'agencement
    des trois pièces. Un salon confortable, un immense lit à baldaquin encombrait une bonne partie de la chambre, et une salle de bains démesurée en marbre. Cela avait le mérite d'être clair, elle partagerait le lieu avec son boss. Malgré elle, elle laissa paraître son trouble. Celui-ci s'en aperçut.
    - Cette suite est pour vous et moi, mais si vous trouvez ceci précipité, je peux m’arranger différemment? Proposa-t-il prévenant.
    Aylinn sursauta lorsqu'il posa sa main sur son avant-bras, mais elle se reprit aussitôt.
    - Non... je suis surprise de... tout va bien, je vous assure! Bafouilla-t-elle.
    - Bien! Alors installez-vous, prenez un bain pour vous détendre si vous le désirez,! Je reviens vous chercher pour déjeuner avec notre premier client dans une heure!
    Aylinn eu le temps de réfléchir à sa situation. Les entretiens avec la DRH et Danyel n’avaient pas été assez clairs pour elle? Bien sûr que si! Elle était là pour exécuter
    un travail, mais aussi pour partager le lit de son boss. Une rémunération conséquente lui était versée en contrepartie. Elle devait honorer ce contrat correctement.
    Elle prit un bain, se maquilla légèrement et se coiffa avec soin. Elle se para de quelques gouttes de son parfum préféré puis passa un tailleur pêche à la veste cintrée qui mettrait sa taille et sa poitrine en valeur.
    - Vous êtes magnifique Aylinn, je crois que notre hôte va vous apprécier autant que moi! La complimenta Danyel. Comme promis, une heure plus tard Danyel avait
    conduit sa collaboratrice dans la salle de restaurant de l'hôtel. Monsieur Brighton y fit son apparition en même temps qu'eux. Aylin se retint difficilement de pouffer.
    Se faire séduisante pour cet homme avait été peine inutile. L'homme était efféminé dans sa mise et délicat dans ses gestes. L'hypothèse de la jeune femme se confirma
    rapidement. Pourtant très attentif et intéressé à la conversation, monsieur Brighton observait de temps en temps, mais avec discrétion, les fesses d'un des
    clients du bar, moulées dans un jean de luxe. Cela n'échappa pas à Aylinn. Cela dit, le repas fut très agréable, l'entrevue productive et monsieur Brighton félicita
    monsieur Hamrit-Ekbott d'avoir convié une personne aussi compétente qu'Aylinn à leur table. À aucun moment il n'avait prononcé les mots charmante et élégante
    pour qualifier Aylinn. Que la clientèle de son patron la trouve perspicace et érudite lui convenait parfaitement... 
       ...Ses escarpins pointus à bride claquèrent sur le parquet du sol du salon lorsqu'Aylinn le rejoignit. Monsieur Hamrit-Ekbott sut qu'il avait fait le bon choix. Non
    seulement sa jeune collaboratrice était très intelligente, mais d'une élégance naturelle rare. Pantois, il approuvait une fois de plus la tenue seyante qu'elle s'était
    choisie. Il s'agissait d'une tunique cintrée. Les pans du vêtement étaient retenus entre eux par de fins boutons brillants en spinelle. Celle-ci était dans les mêmes
    tons de gris argenté que le pantalon fluide qui couvrait le bas de son corps. À chacun des pas d'Aylinn, les minuscules paillettes parsemant le tissu lançaient des
    éclairs. Il était temps pour eux de rejoindre la demeure de leur hôte.
    Une voiture les conduisit à l'hôtel particulier de monsieur Carrington où ils se retrouvèrent en compagnie d’une vingtaine d'invités dont la plupart étaient des clients
    d'IRH. La réunion débuta par de nombreux discours et elle se poursuivit par une séance de travail très productive. Puis une somptueuse réception récompensa les
    participants. Danyel et Aylin prirent congé de leurs hôtes à une heure très tardive.
    Courtois, monsieur Hamrit-Ekbott précéda Aylinn dans la limousine que monsieur Carrington avait mis à leur disposition pour le retour. Il lui tendit la main afin de l'aider à franchir le marche-pied du véhicule. Une lumière tamisée éclairait l'habitacle passager. Danyel s'assit en face d'elle, rapprochant son siège afin d'instaurer entre eux, l'intimité à laquelle il aspirait. Le chauffeur claqua la portière.
    - Êtes-vous bien installée Aylinn?
    - Oui merci Danyel! Soudain, embarrassée par la proximité de son patron dans cet espace restreint, elle frissonna légèrement.
    - Voyons Aylinn, je ne suis pas un sauvage! Profitez du déplacement pour goûter à une détente bien méritée! Celui-ci s'était aperçu de son trouble.
    - Je m'excuse, la fatigue sans doute! Je ne voudrais pas vous paraître impolie! Se défendit-elle faiblement. Chaque tour de roues les rapprochait de l'hôtel et elle
    appréhendait le moment où ils s'allongeraient côte à côte dans le grand lit à baldaquin.
    - Je voudrais vous remercier Aylinn! D'abord pour votre parfaite connaissance de nos produits et ensuite pour votre diplomatie envers la clientèle! Soulagée par la
    tournure de la conversation, la jeune femme se détendit légèrement. Néanmoins, sa réponse laissa paraître un rien de nervosité.
    - C'est juste que je n'aime pas faire les choses à moitié monsieur! Je m'emploie à faire ce pourquoi je suis rémunéré, et correctement!
    Danyel s'empara aussitôt de sa main et y déposa un baiser appuyé.
    - Je crois comprendre ce qui vous chagrine! Il n'est rien que je ne vous contraindrais à faire, comprenez-vous bien cela? Aylinn aperçut brièvement de la tendresse
    dans le regard de son patron.
    - Peut-être... je ne sais pas vraiment... oui certainement monsieur! Bafouilla-t-elle.
    - Je suis un homme de bonne compagnie, vous savez! Faisant face à la jeune femme, d'une main délicate, il releva son menton, et approchant son visage du sien, il posa ses lèvres sur celles d'Aylinn, les pressant avec douceur. Surprise par la chaleur agréable qui l'envahit, elle se laissa faire sans réagir.
    - Voilà qui est mieux! dit-il en apercevant le timide sourire qui éclairait le visage d'Aylin. Il s'écarta posément de la jeune femme pour s'adosser au siège.
    - Parlez-moi de vous mademoiselle Baumelles! J'aimerais en savoir plus! Demanda-t-il tout à coup.
    Après quelques secondes de réflexion, elle prit une longue inspiration et se lança:
    - Je crains malheureusement qu’il n’y ait pas grand chose de très intéressant à raconter!
    - Une enfance heureuse puis la disparition de mes parents lorsque j'avais douze ans. Ensuite une adolescence tranquille au grand désespoir de mon oncle Augustin
    qui s'était préparé à un cataclysme. Une fois mon bac en poche, je me suis consacrée aux études et...! Elle hésita:
    - Comme je le disais, rien de vraiment extraordinaire! Elle s'excusait presque d'un parcours aussi banal.
    - Pardonnez-moi mon indiscrétion, mais, avez-vous un petit ami? Aylinn se figea pendant une fraction de seconde, consciente qu'elle devait en passer par là, elle se
    confia à Danyel.
    - Je suis célibataire par choix si c'est ce que vous voulez savoir monsieur Hamrit-Ekbott! Cela ne veut pas dire que je n'ai pas eu d'histoires d'amour, juste de petites
    aventures sans lendemain, car la totalité de mon temps était consacré à mes études! Et aujourd'hui me demanderez-vous? Elle le fixait intensément de ses grands
    yeux bleus.
    - J'ai toujours aussi peu de temps à investir dans une liaison! Poursuivit-elle. Je préfère me bâtir une carrière! Avoua-t-elle en rougissant.
    - Les opportunités de rencontrer le prince charmant sont rares, et combien même, je n'aurais pas la possibilité de construire une relation stable! Conclut-elle.
    - Votre détermination vous fait honneur Aylinn, mais pensez à regarder parfois la multitude qui vous entoure! Celui qui vous est destiné pourrait s'y dissimuler!
    Pour la seconde fois, Danyel se pencha en avant, ses lèvres caressèrent celles de la jeune femme qui cette fois-ci n'en éprouva aucune gêne ni tension. Il l'embrassait
    avec une telle délicatesse qu'Aylinn se laissa aller à répondre à ses baisers.
    Danyel sut, sans se l'expliquer, qu'il devait interrompre cet instant magique entre eux. Il le fit à regret, mais certain que cela serait payant par la suite.
    - Nous partons pour Berlin vers onze heures trente ce matin! Peut-être devrais-je vous laisser vous reposer Aylinn!? Suggéra-t-il avec tact.
    - Comme vous... je pense que c'est vous qui... oui bien sûr! Balbutia-telle.
    Désorientée, en proie à des émotions complexes et puissantes, les battements de son cœur se modéraient lentement. Elle venait de comprendre que Danyel renonçait
    pour cette fois, à ce qu'il était en droit d'exiger d'elle de par le contrat qui les liait.
    Soudain, sans en saisir la raison, un pesant sentiment de déception l'envahit...
       ...Le carillon discret de la pendule du salon avait résonné huit fois depuis un quart d'heure déjà lorsque Aylinn ouvrit les yeux. Assis sur le sofa, Danyel, en peignoir,
    préparait son emploi du temps pour les heures à venir sur son portable. Il émanait de sa personne un charme indéniable, à la fois empli de douceur et teinté de force.
    En dressant son bagage, Aylinn avait omis d'y déposer un saut-de-lit. Ce fut donc en nuisette longue qu'elle rejoignit son patron. Celui-ci se leva pour l'accueillir.
    - Bonjour Aylinn! Avez-vous pu vous reposer? S'enquit-il avec sollicitude.
    - Bonjour Danyel! Oui merci! Je crois que le monde aurait pu s'écrouler sans que cela ne me réveille! Il n'est pas très tard au moins? demanda-t-elle soudain soucieuse.
    - Ne vous inquiétez pas! Le jet ne décollera pas sans nous! La rassura-t-il.
    Ils s'installèrent à la table du salon où avait été servi un copieux petit déjeuner. Aylinn et Danyel y firent honneur en devisant tranquillement des dossiers en cours.
    Lorsqu'ils eurent terminé, Danyel se leva et s'approcha d'elle.
    - Comme nous avons encore du temps devant nous, je me suis permis de faire couler un bain dans le spa! Voyez-vous un inconvénient à ce que nous le partagions?
    L'homme savait ménager ses effets. Aylinn sentit un frisson la parcourir des pieds à la tête.
    - Je... euh, croyez vous que... oui avec plaisir! Balbutia-t-elle embarrassée.
    - Je ne vous oblige à rien Aylinn! Insista-t-il.
    - Je le sais monsieur euh... Danyel! Elle se leva à son tour. Il lui tendit la main et la guida vers la salle de bains. Le cœur d'Aylinn résonnait sourdement dans sa poitrine. Quatre personnes auraient pu se détendre à l'aise dans le jacuzzi. Libérant de grosses bulles d'air, l'eau chaude bouillonnait, promesse de détente et de délassement.
    Monsieur Hamrit-Ekbott ôta son peignoir qu'il déposa sur le rebord du lavabo. Nu et sans complexe, il gravit les marches pour entrer dans le jacuzzi.
    - Venez Aylinn, la température de l'eau est parfaite! Troublée, la jeune femme détournait les yeux du corps nu de son patron. Elle se déshabilla d'un geste puis,
    évitant de croiser son regard, elle le rejoignit dans l'eau qui lui arriva à mi-cuisse. Aussitôt, une agréable chaleur l'enveloppa.
    - Ne soyez pas affecté par votre nudité, vous êtes magnifique Aylin! Instinctivement, Danyel l'enlaça et pressa doucement son corps ferme contre le sien. Aylinn
    comprit qu'il n'y avait aucune ambiguïté dans le sens que donnait Danyel au mot relaxation. Il parcourut son visage de tendres petits baisers, sillonnant son dos
    de la pulpe de ses doigts, avec délicatesse. Aylinn frémissait sous le velouté de ses caresses. Elle se pressa un peu plus contre lui.
    - J'ai accepté d'être rémunéré pour ceci, j'ai accepté d'être rémunéré pour ceci, j'ai accepté d'être rémunéré pour ceci! Tel un mantra, elle récitait mentalement
    ces quelques mots. Mais, pour être honnête avec elle-même, elle admit que cela n'avait rien de désagréable.
    Les lèvres de Danyel abandonnèrent son visage pour la naissance de sa nuque et le lobe de son oreille qu'il agaça de la pointe de son apex. Ses doigts s'étaient posés
    sur ses fesses, les effleurant de ses paumes. De son épaule, ses lèvres descendirent vers ses seins, s'y attardant longuement, jouant avec ses mamelons durcis
    par l'excitation qui montait en elle. Jamais encore son corps ne s'était embrasé sous des caresses aussi délicieuses. Elle avait eu des amants, mais aucun d'eux
    ne lui avait produit un tel effet par leurs attouchements. Le plaisir qu'elle ressentait l'obligea à se suspendre aux épaules de Danyel. Elle avait l'impression qu'elle
    allait chuter dans le bain tellement la tête lui tournait. Il lui était impossible maintenant d'ignorer l'érection qui tendait le membre dur et chaud s'appuyant contre
    son ventre. Son trouble augmenta, d'autant que Danyel continuait son exploration. Celui-ci s'accroupit dans l'eau, laissant ses mains sur les fesses d'Aylinn qui
    posa inconsciemment ses doigts sur ses épaules musclées. Elle laissa échapper un profond soupir lorsqu'il flatta son nombril de sa langue. Anticipant la réaction
    de celle-ci, Danyel la saisit fermement par la taille, puis d'un frôlement léger, ses lèvres se posèrent sur la toison impeccable de la jeune femme, puis il fit courir sa
    langue avec une infinie douceur le long de son intimité détrempée. Aylin frissonna violemment et, pantelante elle s'abandonna au plaisir. Par réflexe, elle écarta les
    jambes, réclamant plus. Les yeux clos, enivrée, elle sentit Danyel l'enlacer de nouveau. Tandis que d'une main, il effleurait l'intérieur de sa cuisse, il noua sa langue à la sienne dans un baiser langoureux. La pression impérieuse de son bassin qui ondulait malgré elle, les forcèrent à s'allonger dans l'eau bouillonnante s'ils ne voulaient
    pas tous deux perdre l'équilibre. Aylinn oublia la notion du temps. Ce n'est que lorsque cessèrent les spasmes de l'orgasme qu'elle revint à la réalité.
    - Vous êtes... surprenante Aylinn! Je crois n'avoir jamais ressenti une telle jouissance avec une femme que celle que vous m'avez procuré! La complimenta Danyel.
    Elle se sentir rougir et ne sut que répondre.
    - Nous allons devoir nous préparer, mais je vous laisse vous détendre encore quelque minutes! Il y avait comme du regret dans sa voix. Aylinn le regarda entrer sous
    la douche, puis elle ferma les yeux, goûtant au massage savoureux des bulles chargées d'air du jacuzzi.
    Curieusement, elle ne se sentit, ni dégradée ni salie en quittant l'hôtel en compagnie de son patron...
    ...Ils décollèrent de Gatewick à dix heures trente précises. Deux heures plus tard, ils étaient à Berlin. Aylin passa la totalité du vol à compulser les dossiers clients.
    Elle allait devoir les convaincre que le dernier logiciel créé par IRH était le meilleur sur le marché. Il possédait un système d'exploitation novateur, ses programmes
    intégrés permettaient d'en permuter les applications et cerise sur le gâteau, un code de sécurité y était intégré. Aylinn en avait déchiffré les diagrammes et la
    méthode en une heure de temps. Maintenant elle était en mesure d'en vanter les mérites a chacun des clients qu'ils allaient approcher.
    Plus pour se donner une contenance qu'autre chose, Danyel lui, avait lu une revue technique sur laquelle il apposait de temps en temps des annotations. En réalité,
    il réfléchissait à la tournure que prenait sa collaboration avec la jeune femme assise à ses côtés. Compétente, érudite et sexy en diable, elle correspondait tout
    à fait au profil type de la partenaire qu'il recherchait. En à peine trois jours elle avait acquis l'une après l'autre les procédures et marches à suivre nécessaires au
    bon fonctionnement de l'entreprise. Aylinn Baumelles anticipait chacune de ses demandes tout en se ménageant un temps de présence pour les gérer les imprévus.
    Outre le fait qu'elle ait réussi à combiner recherches et contrôles afin d'être disponible pour leurs voyages d'affaires, elle avait planifié son emploi du temps en fonction
    du sien. L'on ne pouvait pas faire plus efficace pensait-il. Quant à leur soirée privée, il avait pu se rendre compte qu'elle était réservée et pudique tout en s'employant
    à le satisfaire avec aisance. Pourquoi alors avait-il le sentiment qu'il passait à côté de quelque chose?
    Ils franchirent la porte de Brandebourg pour rejoindre les abords de Potsdamer Platz, le quartier d'affaires où ils devaient se rendre. Ce fut le seul des nombreux
    monuments de Berlin qu'ils aperçurent ce jour-là. Après une rapide collation au buffet de l'hôtel, ils s'étaient rendus au premier rendez-vous. Ensuite, plusieurs réunions s'étaient succèdées jusqu'à tard dans la soirée. Le directeur d'IRH n'avait eu qu'à présenter, non sans fierté, sa jeune collaboratrice à chacun de ses partenaires pour qu'aussitôt, captivés par les explications accessibles et concises d'Aylinn, ceux-ci saturent le carnet de commandes déjà chargé d'IRH. Au terme de la dernière conférence, menée à bien elle aussi, Danyel Hamrit-Ekbott ratifia trois contrats. Il accepta de prendre l'apéritif avec ses clients, mais déclina l'invitation au restaurant sous prétexte qu'il devait se rendre le soir-même en région parisienne. Pieux mensonge qu'il utilisa à des fins personnelles.
    - Aylinn, nous allons célébrer ce succès en un lieu que j'ai réservé avant notre départ! Vous êtes partante? Danyel se réjouissait par avance de ce tête-à-tête.
    - Avec grand plaisir Danyel! Un large sourire éclaira le visage d'Aylinn, flattée que son boss choisisse de sortir avec elle plutôt qu'avec ses clients.
    - Il s'agit d'un cabaret qui se nomme "Le Python Vert"! L'on y sert une cuisine exotique raffinée, et à ce que l'on m'a affirmé, le spectacle proposé procure un total
    dépaysement! Il commenta le divertissement qui les attendait avec emphase, pendant tout le trajet de retour à l'hôtel...
    ...L'un après l'autre, ils prirent une douche rapide afin de faire disparaître la tension de la journée. Tandis qu'Aylinn se coiffait et se maquillait, Danyel endossait un
    smoking. En début d'après-midi, juste avant de quitter l'hôtel, Aylinn avait demandé qu'on lui rafraîchisse sa robe de soirée et le vêtement qu'elle venait de revêtir
    était digne d'une princesse. Subjugué, monsieur Hamrit-Ekbott dévorait la jeune femme du regard. Non seulement la robe bustier longue, en mousseline de soie rose
    cendré, modelait parfaitement sa silhouette, mais le plastron ethnique ras-du-cou qui ornait sa gorge, son unique bijou, l'avait transformé en déesse de la mythologie
    grecque. Elle avait relevé ses cheveux en un chignon haut ce qui allongeait encore son cou gracile.
    - Vous êtes... je vous trouve particulièrement... Aylinn, je ne saurais trop vous...! Pour la première fois de sa vie, Monsieur le Directeur fut incapable de s'exprimer clairement.
    - Les mots me manquent Aylinn! Troublée, celle-ci rougit sous le compliment, toutefois, elle exécuta une courte révérence pour son admirateur qui la gratifia d'un
    baise-main courtois.
    Ils pénétrèrent dans un décor fastueux aux couleurs chatoyantes. L'ambiance tamisée du cabaret était intime grâce au nombre restreint de convives qu'il pouvait
    accueillir. Le show s'était révélé tel qu'il avait été décrit à Danyel. Une comédie pleine de fantaisie, de danses et d'acrobaties aux contorsions incroyables. Du pur
    music-hall. Quant au repas, cela avait été une explosion de saveurs jusque-là inconnues de leur palais. L'expérience du lieu avait été un franc succès. Au retour, ils
    s'attardèrent pour un dernier verre. La terrasse du bar, situé au dixième étage d'un immeuble moderne, offrait une vue imprenable sur la City West. Ils se seraient
    cru plongés en plein Manhattan grâce aux lumières fascinantes qui retraçaient les contours des gratte-ciel. Certainement à cause du Moscow Mule, étourdie, Aylinn
    se surprit à souhaiter que l'instant s'éternise.
    - Et si nous rentrions? Susurra-t-il à son oreille.
    Lorsque Danyel s'était penché sur son épaule par-dessus le dossier du siège qu'elle occupait, la jeune femme, presque somnolente, avait sursauté.
    - Je suis impardonnable, vous devez être harassée Aylinn!
    - Ce n'est pas exactement le terme que j'emploierai, mais j'avoue que j'apprécierai un brin de quiétude! Elle s'était levé de sa chaise et d'un beau sourire elle avait
    apaisé les craintes de son hôte.
    Blottie dans les bras de Danyel, Aylinn s'endormit rapidement. Trop fatigué l'un et l'autre pour des prolongations divertissantes, monsieur Hamrit-Ekbott avait
    jugé plus raisonnable de s'en tenir à une bonne nuit de sommeil. Aylinn, sans se l'avouer, en avait ressenti comme de la déception...
    ...Un contretemps les obligea à rester en région parisienne une journée entière. Ils déjeunèrent dans un quatre étoiles puis Danyel fit découvrir divers endroits
    pittoresques qu'il connaissait de la capitale à sa collaboratrice. Ce n'est que très tard dans la soirée que monsieur Hamrit-Ekbott récupéra les composants qu'il
    était venu chercher. Par prudence, il décida qu'ils passeraient la nuit à l'hôtel, mais qu'ils décolleraient très tôt le lendemain matin.
    - Aylinn, seriez-vous ennuyée si nous restions au calme ce soir? Lui demanda-t-il. En entendant la question, Aylinn avait immédiatement compris qu'elles étaient
    les intentions de son patron.
    - Non pas du tout! Nous avons parcouru des kilomètres à pieds, et j'avoue que cela me ferait plaisir de me poser un peu! Elle ne ressentait pas le besoin de se soustraire aux étreintes de son boss. Elle se surprenait même à les désirer. L'air enjoué avec lequel elle lui répondit fit prendre conscience à Danyel qu'il n'exigeait rien, mais que c'était Aylinn qui offrait. Ils prirent tranquillement leur dîner dans la chambre puis avec égards, il l'invita à partager cette familiarité voluptueuse qu'elle  souhaitait à présent.
    - Me Laisseriez-vous vous déshabiller? Lui demanda-t-il avec gentillesse. Aylinn n'y vit aucun inconvénient. Elle frissonna au souvenir de la délicieuse étreinte par laquelle il l'avait comblé l'avant-veille.
    Debout, dans une semi-obscurité apaisante, Danyel ôta la veste de tailleur d'Aylinn avec une lenteur calculée. Il la posa sur le dossier du fauteuil tout près d'eux.
    Puis, il dégrafa délicatement les boutons de son chemisier en soie, effleurant son épiderme, attache après attache, du bout des doigts. Comme elle ne portait pas
    de bustier, il frôla la pointe de ses seins du dos de la main. Cette simple caresse électrisa Aylinn. Elle se mordit les lèvres, retenant ainsi un gémissement de plaisir.
    Danyel déposa de légers baisers sur son visage avant d'abaisser la fermeture de la jupe qu'il fit glisser le long de ses jambes. Elle s'en dégagea prestement d'un
    pas de côté. Il posa tendrement ses mains sur ses hanches, puis s'agenouillant devant elle, il la débarrassa de son cheeky en dentelles, une cheville après l'autre.
    Le corps d'Aylinn vibrait, envahit par d'intenses sensations. Avec son chemisier ouvert, ses bas lui couvrant les jambes jusqu'à mi-cuisses et ses escarpins aux
    talons aiguilles démesurés elle était encore plus torride que si elle avait été totalement dénudé. Toujours à genoux, Danyel contempla longuement Aylinn avant de
    lui ôter ses escarpins puis ses bas. Elle en fut soulagée, car elle ne se voyait pas jouer la scène de la vamp se laissant posséder sur le bord du lit.
    Il se redressa, et déposa soigneusement son chemisier sur le fauteuil. Aylinn était entièrement nue devant Danyel toujours habillé. Son corps frémissait d'un désir
    qui progressait impérieusement en elle. Une mouillure fiévreuse envahit soudain son intimité. Prévenant, Danyel passa un bras autour de sa taille, et la guida vers
    le lit. D'un regard, il l'invita à s'allonger, ce qu'elle fit de bonne grâce. Il se déshabilla et s'approcha d'elle. Il l'enlaça tendrement, posant ses lèvres sur celle de la jeune
    femme qui répondit à son baiser par un autre tout aussi langoureux et enjôleur. D'une main experte, il effleura l'intérieur de sa cuisse, caressa son ventre avec légèreté,
    frôla son genou et remonta sur sa hanche tandis que de l'autre, il maintenait fermement sa taille comme s'il avait peur qu'elle ne lui échappe. Elle sentait la chaleur
    de son corps contre le sien quand soudain, les doigts de Danyel se firent explorateurs. Il folâtrèrent un instant sur le délicat duvet de sa toison avant d'aller batifoler au cœur de son sexe détrempé. Une onde de plaisir la traversa. Instinctivement, elle écarta ses cuisses, ondulant du bassin, l'invitant à poursuivre plus rudement son exploration.
    Le plaisir qu'elle ressentait à ses caresses la poussa à se saisir de l'érection de Danyel qu'elle se mit à flatter tendrement. Surpris, celui-ci grogna puis il la laissa
    caresser son membre viril avec douceur. L'excitation intense qui les enveloppait tous deux les faisait frissonner.
    Elle ouvrit les jambes pour l’accueillir, enroulant ses bras autour de sa taille pour l’inviter en elle. Il pressa doucement son corps chaud contre le sien, dévorant ses
    lèvres de baisers gourmands. Aylinn se laissa emporter par le plaisir puissant qui la submergeait. Elle ne retenait plus ni plaintes, ni cris, répondant ainsi aux spasmes
    de béatitude qui agitaient Danyel. Il la pénétra avec douceur, s'enfonçant plus profondément en elle à chacune des contractions de son ventre. Il démarra une danse
    lascive qui ébranlait son bassin d'avant en arrière, déclenchant des vagues de plaisir en elle. Lorsqu'il accéléra le rythme, elle haleta sous les prémices de la jouissance.
    Danyel s'immobilisa et elle sentit son membre palpitant se tendre dans sa chair. Il s'oublia en elle, noyant son intimité d'un élixir brûlant qui la conduisit au sommet.
    Violent, intense et puissant, l'orgasme la foudroya. Tandis qu'ils reprenaient tous deux leur souffle, Danyel déposa un chaste baiser sur le front d'Aylinn.
    - Vous êtes un don du ciel mademoiselle Baumelles! Immobile, les yeux fermés, celle-ci n'eut que la force de sourire.
    La tête posée sur l'épaule de Danyel qui l'enlaçait tendrement, Aylinn s'endormit profondément. Elle ne vit pas le regard tourmenté de son amant...
    ...Les vagissements de Sonya et Gabryel s'entendaient de la cuisine. La nurse avait beau tenir prêt les biberons, les jumeaux avaient toujours une longueur d'avance
    sur elle et manifestaient leur impatience par de puissants braillements. Monsieur et madame Hamrit-Ekbott étaient partis célébrer leur un an de mariage là où
    leur amour s'était révélé. Il avait suffi de ces quelques jours en sa compagnie pour que celle-ci prenne place dans toutes les pensées du directeur d'IRH. Au retour
    de leur premier voyage d'affaires, tout lui avait été prétexte à la convoquer dans son bureau. Il lui avait fallu cinq mois pour se décider et finalement, il avait épousé
    sa jolie collaboratrice. Aylinn travailla d'arrache-pied à l'élaboration d'un nouveau logiciel qu'elle baptisa H-E 001, le premier qu'elle créa pour les entreprises Hamrit-Ekbott. Ce fut le dernier aussi. À présent, Aylinn Hamrit-Ekbott prend part aux conseils d'administration, dirige le service recherches de la société et accompagne son époux dans chacun de ses déplacements en Europe.
    Un fabuleux cocktail à base de vodka, de jus de citron vert et de bière de gingembre emplissait le verre qui se trouvait devant eux, mais aucun des deux ne pensait
    à boire en cet instant. Mains dans mains, les yeux de l'un rivés dans ceux de l'autre, Danyel et Aylinn réitéraient silencieusement les vœux qu'ils avaient prononcé
    solennellement en toute intimité dans la petite chapelle Notre-Dame, avec pour seul témoin l'oncle d'Aylinn. Une fois ce cérémonial terminé, ils s'embrassèrent
    tendrement puis avalèrent une gorgée du Moscow Mule frais.
    - Aylinn ma chérie, je souhaite vous rendre heureuse pour les cent prochaines années à venir! Déclara-t-il le plus sérieusement du monde.
    - Danyel, mon cœur est à vous et le restera à jamais! Répondit-elle sur le même ton.
    Entre eux, le vouvoiement sonnait comme un pacte qui les liait. Il était aussi le signe d'une infinie tendresse... 
     


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    ...Les lanternes et les lampions illuminaient la cour de la citadelle de milliers de petites lumières de toutes les couleurs. Jeunes gens et jeunes filles dansaient au son des violons, des guimbardes, des violes et des tambourins. Assis sur des bancs, autour de tables disposées en demi-cercles, les parents, hommes et femmes chacun de leur côté, chaperonnaient leur progéniture en profitant du spectacle. Ils avaient devant eux, à profusion, des mets succulents qui provenaient directement des cuisines du château. Ce soir-là, Monseigneur Gilles De Joncquourt célébrait ses fiançailles avec Mademoiselle Asceline de Thérouanne. Pour associer ses gens à son bonheur, Monsieur Gilles régalait, chacun de leur côté comme il se devait, nobles et roturiers. Tandis que les grands s'abreuvaient de cidre, d'hydromel, de vin blanc ou d'hypocras, les croquants, eux, se désaltéraient de piquette ou de bière d'orge germé, parfumée aux fleurs de houblon. Cela les rendait de plus en plus joyeux au fur et à mesure que les gobelets s'ajoutaient aux gobelets. Grâce au nouveau maître-coq de Monsieur, ils bénéficiaient d'un repas pantagruélique. Plusieurs serviteurs du château le leur avait apporté en début de soirée, et certains étaient même restés afin de les servir. C'est ainsi que tourtes aux légumes de saison, salade de mesclun aux gésiers de volailles, volailles aux noix et amandes, choux farcis, à la viande de sanglier, fruits frais, oranges confites et beignets aux pommes accompagnés de fraises au miel leur avaient été présentées dans des plats en argent sur les tréteaux recouverts de belles nappes blanches. Pour l'occasion, aucun des convives n'oublia son couteau qui servait pour tout, même de fourchette. Les tranchoirs de pain dur avaient été disposé de chaque côté des tables improvisées, afin qu'ils fassent office d'assiette. Le lendemain, ils seraient distribués aux mendiants qui avaient élu domicile aux abords de la place du marché, et les restes jetés aux porcs qui engloutissaient la plupart des déchets de cuisine des occupants de la forteresse de Taillefer. En dehors de ce somptueux repas, Gilles de Joncquourt leur avait fait porter généreusement une boisson populaire fort appréciée. L'hypocras. Le matin même, les bâtons de cannelle, le gingembre frais, les clous de girofle et les gousses de cardamome avaient été broyés et déposés dans une toile propre. Ensuite, les épices avaient macéré pendant cinq heures dans un mélange de vin rouge et de miel. Aussitôt filtré, un tonneau entier du breuvage avait été livré à la population venue nombreuse pour faire honneur à leur maître en cette soirée de liesse.

    Le plancher de danse avait été installé sous le chêne ancestral qui occupait le centre de la place par tous les artisans de Taillefer. Les bottes aux semelles en bois des jeunes gens couvraient parfois la mélodie des violons tellement le bruit en était assourdissant. Certains, de condition modeste ne portaient pas de chaussures, mais ils n'en étaient pas moins bruyants pour autant. Les ballerines à lacets des jeunes filles étaient légères, et leurs robes virevoltaient au rythme endiablé d'une farandole au son des gigues. Cette première danse était réservée aux cadets qui ouvraient officiellement le bal. Enlacements et tournoiements étaient accompagnés des cris perçant de la jeunesse pour montrer à tous la satisfaction qu'elle éprouvait à ce divertissement. Parfois, apparaissait les dentelles impeccables d'un jupon ou l'éclair blanc d'une cheville fine. Les hommes applaudissaient et sifflaient pour exprimer leur joie. Les coiffes, pourtant bien ajustées, libéraient des mèches entières de cheveux, barrant les joues rosies des jeunes danseuses. Essoufflées, à la fin de la farandole, elles regagnèrent les tables des mères qui les complimentèrent pour leur vivacité. Les jeunes gens, eux, allèrent s'installer en compagnie des messieurs. À la prochaine danse, les anciens prouveraient qu'ils étaient toujours capables de mener sarabande. Pour l'instant, il était l'heure de faire ripaille. Pour protéger épouses et enfants qui ignoraient tout de la situation, aux tables des hommes, s'échappaient à mots couverts des commentaires graves sur les récents événements qui avaient lieu à la frontière du pays, à deux jours de marche de Taillefer. À celles des femmes, les propos étaient plus légers. Seuls les derniers ragots importés directement des cuisines du château s'y propageaient. Les commères s'en donnaient à cœur joie et l'anecdote la plus courue était l'arrivée de Meyranne Jacquemin aux cuisines seigneuriales. Ce fut Marie, la doyenne des lingères qui ramena la conversation sur le sujet.

    - Cette Meyranne, de quel village avez-vous dit qu'elle venait? demanda à la cantonade la vieille, la bouche pleine.

    - Saint-Jouc, c'est à plusieurs lieues d'ici! répondit Rosemonde assez fort pour que toutes profitent de la conversation.

    - Ses parents sont aubergistes là-bas! poursuivit-elle.

    - Encore une ingrate! Elle abandonne sa famille pour prendre ici le travail de nos filles! Finalement, elle se tut voyant que personne ne renchérissait. Après quelques minutes de silence, ce fut au tour de Frenegonde de s'interroger.

    - Est-elle bien sérieuse cette petite? Le Fortunat prétend l'avoir vu avec l'Alazaïs? Elle attrapa le pichet de bière et s'en servit une bonne rasade.

    - Mon Flavien m'a dit que c'était des histoires! Elle a bien trop à faire pour se rendre chez le tavernier! Celle qui osait les contredire, était l'épouse dudit Flavien, commis boucher au château. Ce qui tracassait ces dames, c'était la mauvaise réputation de la serveuse de la taverne. Alazaïs servait les pichets et proposait parfois aux clients du père Frajou un peu plus que du vin.

    - Moi, on m'a dit que la gamine envoyait tous ses écus à ses parents, oui, c'est ce qu'on m'a dit! La Léceline semblait sûre d'elle.

    - Maître Éloi doit avoir perdu l'esprit pour confier autant de responsabilités à une fillette de dix-neuf ans, non? Frenegonde l'avait mauvaise, car sa fille n'avait pas été désigné pour entrer au service de la future épouse de Monseigneur.

    - Et puis elle a de bien jolies toilettes pour une cuisinière! Insista-t-elle.

    - Tu as raison Frenegonde! Vous avez vu la façon dont Monseigneur ne la quittait pas des yeux le soir de la présentation des artisans? Le ton suspicieux de la vieille Marie provoqua quelques hochements de têtes approbateurs.

    - Oui, moi j'en était gêné pour elle, c'était tellement indécent! Ansegarde, comme la plupart des filles de ferme, aurait bien voulu attirer le regard de Monsieur, mais sa condition ne le lui permettait pas. Le vin et la bière aidant, les propos acerbes disparurent et la fête battit son plein. Les musiciens, repus et joyeux, reprirent leur poste sous le vieux chêne. Dès que les premières notes entraînantes résonnèrent, jeunes et moins jeunes furent attirés sur le parquet. Bientôt le tonneau d'hypocras serait mis en perce et l'on allait leur apporter la farandole des desserts. Cela les mettait en joie, alors en attendant, tous les convives profitaient des réjouissances et l'on s'accorda pour louer les talents culinaires de Meyranne Jacquemin.

    Depuis l'âge de vingt-deux ans, maître Éloi occupait le poste envié de cuisinier du château. Lorsque son aîné, maître Aganon avait libéré la place, il lui avait tout naturellement succédé. Apprécié de son seigneur et de tous les habitants de la forteresse, l'homme était généreux et sa renommée s'étendait bien au-delà des murs de Taillefer. S'apercevant que le poids des ans se faisait parfois lourdement sentir, à son tour, il se mit à la recherche de celui qui le remplacerait. Aucun de ses commis ou des aides de cuisine n'avaient carrure et expérience pour endosser la lourde charge qu'était la sienne. Sa quête resta infructueuse pendant des mois. Puis un jour, il rencontra le charpentier de Taillefer à la taverne et celui-ci lui parla du repas exquis qu'on lui avait servi "Au Bon Coq", l'auberge des Jacquemin à Saint-Jouc, l'un des villages environnants. Il affirma que c'était Meyranne, la fille aînée des aubergistes qui menait cuisine. À ses dires, celle-ci ne devait pas avoir plus de vingt ans, mais son savoir-faire n'avait rien à envier à celui des plus grands maîtres-queux. Intrigué et n'ayant rien à perdre, maître Éloi décida d'aller se rendre compte par lui-même à l'heure du déjeuner, des dires de l'artisan. Aussitôt arrivé à l'auberge, il fut séduit par la propreté du lieu, par l'ordonnance pratique des ustensiles et par l'aspect rutilant des écuelles et des gobelets qui étaient utilisés par les clients. Les Jacquemin étaient des gens simples qui avaient élevés leurs deux filles dans l'amour du travail bien fait. Cela se sentait dans chacun des gestes d'Eliette, la cadette, occupée à disposer avec goût, tranchoirs, gobelets et écuelles sur les tables de la grande salle. À son entrée, elle salua maître Éloi poliment puis repris son ouvrage. La mère Jacquemin vint à sa rencontre et l'installa non loin de l'âtre où rôtissait à la broche un cochon de lait. Le fumet de la viande embaumait la pièce entière. Trois clients arrivés après lui le rejoignirent à la table. Chacun des convives disposaient d'une cuillère large pour la soupe et les fruits au miel. Le père Jacquemin vint poser un pichet de bière brune auprès de chaque gobelet. C'est alors qu'Éloi vit celle dont on avait vanté les talents.

    Meyranne Jacquemin était aussi belle que les grandes dames représentées sur les tableaux qui couvraient les murs du château. Sa chevelure auburn, nouée en tresse, pendait sagement jusqu'à ses reins. Le tablier attaché à sa taille était d'une blancheur impeccable malgré le travail salissant auquel elle se livrait. Elle incorporait les épices avec énergie, dans un grand chaudron, aux légumes qui allaient être servis avec le porc. Celui-ci, grâce au miel de châtaigner dont la mère Jacquemin venait de le badigeonner, avait une couleur brune fort appétissante. D'un signe du menton, Meyranne indiqua à sa sœur qu'il était temps de servir les écuelles de soupe, les tourtes, les pâtés et saucisses au vin à la cardamome ainsi que les fruits secs qui composaient l'entrée. En un rien de temps, la salle s'était remplie d'ouvriers et de notables de passage. Parmi les convives, maître Éloi reconnut le chirurgien-barbier du bourg de Gaillon. Eliette servit ensuite les légumes tandis que Meyranne découpait d'épaisses lamelles de viande odorante qu'elle présentait à chaque tablée sur des tranchoirs en bois recouverts de feuilles sèches de romarin, de laurier ou de sauge. Pour les plus gourmands, elle proposait une sauce à base de miel, verjus et condiments divers. Le père et la mère Jacquemin déposaient rondement devant les convives, bière, pain, figues, raisins et mestriers avec un sourire et un mot aimable pour chacun. Pendant une bonne heure, un brouhaha incessant régna, puis les uns après les autres, les clients quittèrent les lieux, repus et satisfaits. Modeste, la jeune fille acceptait en rougissant les compliments des clients sans pour autant cesser sa besogne. Elle nettoyait à grande eau ses ustensiles, laissant à sa sœur le soin de récurer les chaudrons. Éloi avait pris sa décision. Il attendit le départ du dernier client avant d'aborder les parents de Meyranne. Il sut être convaincant car dès le lendemain, la jeune fille serait affectée à ses côtés aux cuisines du château en tant qu'apprentie afin de la préparer à la rude tache qu'était celle de maître-queux de la maison De Joncquourt. Eliette promut première cuisinière à l'auberge, jura à sa sœur de tout faire comme elle le lui avait appris. Et elle tint parole, car l'année suivante, "Au Bon Coq" devint "La Marmite d'Eliette". Les Jacquemin étaient fiers de leurs deux filles.

       ...Gilles de Joncquourt, comme tous les ans, honora de sa présence les festivités organisées par les artisans qui œuvraient à la citadelle de Taillefer. Pour l'occasion, anciens et nouveaux venus venaient se présenter à lui. Tous saluaient respectueusement leur seigneur et le remerciaient pour sa protection. En retour, Monsieur leur servait un discours reconnaissant pour leur attachement envers sa maison, pour l'assiduité qu'ils accordaient à leurs tâches et pour le dévouement avec lequel ils le servaient. Ensuite, Monseigneur prenait une collation en compagnie de tout ce beau monde et s'éclipsait discrètement dès que la fête était lancée. Ce soir-là, son apparition se prolongea bien au-delà des premières farandoles. Il suivait des yeux Maître Éloi. Celui-ci, accompagné d'une gracieuse jeune femme, évoluait parmi l'assemblée, saluant longuement les uns et complimentant les autres. 

    Gilles de Joncquourt avait découvert la ravissante Meyranne parmi la vingtaine de jeunes apprentis, jouvencelles et jouvenceaux, qui lui avaient
    été présentés une heure plus tôt. Les yeux verts, la chevelure flamboyante et la silhouette gracile de la jeune femme étaient restés gravés à ses pupilles.
    Meyranne accompagnait Maître Éloi avec discrétion comme à son habitude. Son sourire en avait déjà conquis plus d'un et sa gentillesse était mise
    en avant dans la plupart des compliments qui la récompensaient. Les grouillots la vénéraient avec dévotion, car en quinze jours de temps, elle avait
    réorganisé le travail en cuisine et offert plusieurs emplois à des jeunes gens de condition misérable qui, jusque là, croupissaient au cœur des ruelles
    sinistres de la citadelle. Ils étaient maintenant logés, nourris et protégés par la garde armée de Monseigneur.
    Monsieur avait encore en mémoire le premier repas que Meyranne avait préparé pour lui. Alors qu'il voulait féliciter son maître queux des excellents
    mets servis à ses hôtes, celui-ci lui avait appris qu'il s'agissait du travail de son apprentie, une jeune femme de surcroît. Le seigneur des lieux avait
    hâte de rencontrer la jeune protégée de Maitre Éloi tant le chapon aux herbes, les soupes au vin, le rôti en gelée à la crème sucrée, les pâtés de chapons
    nappés de sauce froide à la sauge, l'épaule de mouton farcie et la queue de sanglier aux écrevisses avaient subjugué ses papilles ce soir-là.
    C'était chose faite et il ne quittait plus Meyranne du regard. Ignorant ce qui se passait autour de lui, pendant une heure Gilles de Joncquourt observa
    discrètement les allées et venues de sa belle cuisinière. Il honora longuement le buffet de sa présence tout en accordant son attention à celles et ceux
    qui se permettaient de lui adresser un mot. Gilles de Joncquourt persuada ainsi son petit peuple qu'il possédait une immense noblesse de cœur envers
    lui. Certes, il aimait ses gens, mais ce soir-là ce n'était pas leur présence qu'il recherchait. Lorsque Renaude, la favorite d'une soirée, lui demanda
    la permission de se retirer, Monseigneur compris qu'il était temps pour lui d'en faire de même.

    Aeyris vantait les mérites de sa maîtresse à qui voulait bien l'écouter. La gamine s'était attachée à Meyranne dès leur première rencontre sur le marché
    de la place-forte. Aeyris avait à peine treize ans, mais elle était vive, intelligente, courageuse et toujours prête à rendre service ce qui lui attirait
    parfois d'énormes déboires. Elle avait risqué le cachot et la mutilation de sa main droite en volant des pommes pour le petit Milon qui mourrait
    lentement de faim. Meyranne avait payé les fruits à la condition que la petite la suive pour la rembourser par son travail. Elle serait nourrie et aurait
    un coin près de l'âtre pour y dormir. Depuis ce jour-là, Aeyris servait exclusivement Meyranne à laquelle elle vouait une adoration sans bornes.
    Le pauvre Éloi lui, était totalement dépassé par la nouvelle organisation que Meyranne avait mise en place. Il se contentait d'apprécier cette aide
    efficace qui lui était venue du ciel. Se faisant un jour pâtissier, l'autre saucier, l'homme se reposait maintenant entièrement sur les compétences de
    Meyranne. Il se permettait même un ou deux après-midis de pêche par semaine à la rivière Boncoul. L'endroit, situé non loin des remparts de
    la forteresse, grouillait de petites écrevisses qu'il ramenait à paniers pour Meyranne afin de se faire pardonner de son absence. Quant aux truites
    saumonnées, elles servaient à nourrir la meute d'affamés sur laquelle veillait la jeune femme. Enfants abandonnés et mendiants étaient rassasiés
    des restes de la table de Monseigneur, mais rien n'était gratuit. Tantôt ceux-ci lavaient le parvis de la chapelle, taillaient les arbres fruitiers en
    saison, nettoyaient les étables et les écuries ou participaient aux travaux des jardins.
    Depuis que la petite Jacquemin, comme la nommaient les commères, avait pris en charge les cuisines du château, le duvet léger des volailles que
    l'on plumait ne saupoudrait plus les mets en préparation. Les volaillèrès avaient une pièce qui leur était réservée, tout comme le boucher et ses commis.
    L'eau qui servait à rincer fruits et légumes n'était plus utilisée pour la vaisselle. Raimbert, aidé de son âne, allait plusieurs fois par jour à la fontaine
    située au centre de la grand-place afin d'y emplir tonnelets et brocs à lait pour les ramener aux cuisines. Hersent et Barbe avaient appris à confectionner
    une décoction de plantes afin que la vaisselle de réception de Monsieur soit toujours rutilante. Chacun des ustensiles, des poêlons et des faitouts
    dont se servait Meyranne étaient désormais entretenus correctement. Disparu le coup de torchon entre deux sauces, Elvide lavait et essuyait avec
    application chacun des récipients qui avait été souillés. Le cellier regorgeait de victuailles en tous genre, car le jeudi de chaque quinzaine, Maître
    Éloi se rendait à la foire d'Arembert pour négocier de beaux produits à un bon prix. Meyranne ne laissait cette tâche à personne d'autre qu'Éloi.
    Diplomate, celle-ci s'octroyait ainsi les bonnes grâces du vieux maître queux.
    Certains soirs, lorsque tout le monde était déjà endormi, Meyranne repensait avec nostalgie à la petite auberge de ses parents. Selon le bouche à oreilles
    local, sa sœur avait repris le flambeau "Au Bon Coq" avec talent et cela faisait énormément plaisir à Meyranne.

    La forteresse était un modèle d'architecture qui faisait la fierté de ses occupants. Taillefer, édifiée sur quatre niveaux à flanc de montagne, était fortifiée à revers par les tonnes de rochers du mont Hurlevent. L'érection de trois tours dont le sommet disparaissait parfois dans les nuages à la saison des brumes, avait été nécessaire pour consolider les larges remparts de l'avant. Ainsi, le château construit sur un tumulus de roches graniteuses était en sûreté en cas d'éventuelles attaques de pillards. En cas d'alerte, la population paysanne pouvait s'abriter sans crainte d'y être délogée et massacrée. On accédait à la cour intérieure de la citadelle grâce à quatre solides passerelles gardées jour et nuit par une soldatesque aguerrie. Monseigneur en personne entraînait ses soldats au combat. Les accès aux chemins de ronde étaient eux aussi parfaitement surveillés. Les sentinelles mettaient beaucoup de cœur à l'ouvrage, car si l'une d'entre elle était surprise à sommeiller, voir, dormir, elle était immédiatement cadenassée au pilori de la grand-place. Trois jours et trois nuits durant, sans manger ni boire, celui qui avait failli, était vilipendé et méprisé. L'homme recevait de nombreux projectiles répugnants. Cela pouvait être les intestins encore chauds d'un porc qui venait d'être abattu, un rat mort en décomposition découvert le long d'un mur, ou des excréments brouettés des écuries seigneuriales pour l'occasion. La colère des habitants les rendait très imaginatifs pour punir ce manquement à leur sécurité. Après avoir goûté à ce redoutable châtiment, aucun des condamnés ne récidivait.Taillefer possédait également une terrasse suspendue, véritable refuge aménagé à l'orée des rochers surplombant le vide. En principe, seul Monseigneur de Joncquourt avait accès à ce promontoire. Cependant, les courageux qui gravissaient les deux cents marches de la tourelle permettant d'atteindre la plateforme étaient tolérés, à la condition qu'ils ne troublent pas la quiétude de Monsieur. Par endroits, la végétation reprenait ses droits, et des branchages envahissaient un bon quart du terre-plein. La brise, fréquente à cette altitude, faisait bruisser branches et feuillages en les agitant. Lorsque le soleil était à son apogée, l'ombre bienvenue de la frondaison procurait une sensation agréable de fraîcheur, car malgré l'à-pic impressionnant, les rayons du soleil frappaient forts aux belles saisons. Une fois son devoir de seigneur accompli, Gilles de Joncquourt gagnait la place à la faveur de l'obscurité naissante. Cela favorisait ses réflexions, et il était sûr de ne pas croiser de visiteurs importuns. Chaque jour, il recevait ses maîtres de guerre. Il édifiait des stratégies pour les futures batailles qui s'annonçaient. Il traçait des plans sûrs, expliquant à ses soldats comment se frayer des passages qui les maintiendraient hors de danger si retrait était nécessaire. Le reste de son temps, il le consacrait à l'instruction des jeunes recrues, initiant celles-ci aux passes d'armes qui leur sauveraient la vie lors des futurs combats auxquels ils prendraient part.

    La chaleur épouvantable qui régnait dans la petite mansarde qu'occupait Meyranne dans le castel des domestiques, poussa celle-ci à s'aventurer
    hors des murs. Le mois de juin avait été suffocant, mais le mois de juillet promettait d'être torride. À peine vêtue, comptant sur l'heure tardive pour
    n'avoir pas à faire de rencontre indésirable, la jolie maître queux laissa ses pas la guider vers les premières marches de la tourelle. Une fois l'ascension
    commencée, elle entreprit tout naturellement de se rendre sur la terrasse. Au sommet, il n'y aurait aucun risque pour elle de tomber sur un passant
    à plus de minuit. Comme la plupart des serviteurs de Monsieur, elle connaissait le détour qui permettait de contourner les postes de garde. Certes,
    l'escalade était dangereuse, mais elle éviterait les regards concupiscents des soldats en faction. Toute menue, la jeune femme s'était facilement frayée
    un chemin sur le sentier escarpé. Au prix d'un rétablissement périlleux, elle profita enfin du courant d'air presque frais. Elle s'accota à la rambarde
    rocheuse en fermant les yeux puis Meyranne s'abandonna au souffle grisant de la brise.
    Gilles de Joncquourt appréciait les rares instants de solitude qu'il s'accordait sur le terre-plein, tutoyant la voûte céleste quasiment à portée de main.
    Ce soir-là, la pureté laiteuse de la lune rivalisait de beauté avec le scintillement des étoiles. Des éclairs de chaleur barraient l'horizon au lointain.
    Monsieur était préoccupé. Des querelles intestines à la frontière Est menaçaient de s'étendre plus avant. Pour maintenir la paix sur ses terres, Gilles
    de Joncquourt s'était résolu à épouser la fille du Seigneur Chilpéric de Thérouanne, car la révolte grondait déjà à la frontière des deux provinces.
    Cette union de convenance scellerait une alliance qui renforcerait la solidité des limites communes des deux territoires.
    Bien que pulpeuse, Asceline était agréable au regard. Elle portait des toilettes qui mettaient sa silhouette en valeur et ses coiffures recherchées faisaient
    ressortir son teint lumineux. Cependant, si l'allure d'Asceline était attrayante, son comportement était celui d'une enfant gâtée à qui tout était dû.
    Celle-ci était cruelle, acariâtre et venimeuse envers quiconque se mettait en travers de son chemin. Dépourvue de compassion, elle considérait ses sujets
    tels des esclaves. Sa méchanceté envers les serviteurs avait déjà fait le tour du castel et nombreux étaient ceux qui redoutaient son arrivée.


  •  


       ...Plongé dans ses pensées, Gilles ne remarqua pas immédiatement la présence de Meyranne. Soudain, il sursauta. Il venait d'apercevoir un fantôme
    lactescent dont le suaire ondulait, soulevé par les salves répétées de la brise. Effectivement, l'astre de la nuit enveloppait malicieusement Meyranne
    d'un halo immaculé. Celle-ci n'était pas consciente que le souffle du vent plaquait la fine percale de sa chemise de nuit sur ses rondeurs délicieuses.
    Ni que la lune révélait sa sensualité à celui qui l'observait secrètement.
    Habituées à l'obscurité ambiante, les pupilles de Monsieur discernèrent plus clairement celle qu'il avait prise pour un spectre. C'était une belle jeune
    femme qui profitait, tout comme lui, de la solitude et de l'air frais de la place. Il reconnut Meyranne. La jeune maître queux n'était pas de celles qui
    cherchent à attirer l'attention sur sa personne, mais là, elle avait fait fort. Elle s'adressait toujours à lui avec déférence et respect. Certes, elle se savait
    belle, mais elle ne jouait pas de ses charmes pour obtenir des faveurs. Et chose qu'il appréciait tout particulièrement chez la petite Jacquemin, c'était
    son travail irréprochable.
    Un sourire mâtin barra les lèvres de Gilles de Joncquourt puis il s'approcha silencieusement. Meyranne ne perçut sa présence que lorsqu'il fut près
    d'elle. Son instinct lui dictait la prudence, mais en son for intérieur, elle était persuadée qu'elle ne courait aucun danger. Toutefois, son humiliation
    était grande d'avoir été découverte en chemise de nuit au faîte de la forteresse et par Monseigneur qui plus est.
    - Bonsoir demoiselle Jacquemin! Il n'est pas très prudent de gravir les marches de la tour en pleine nuit et sans lanterne encore! Gilles déposa sobrement
    un baiser sur le dos de la main de Meyranne dont il s'était emparé d'autorité.
    Pendant un court instant, ils se toisèrent du regard puis la jeune femme plongea dans une révérence impeccable. Surprise par le geste de Monsieur,
    réservé habituellement aux dames nobles, celle-ci en aurait presque oublié de saluer correctement son Seigneur.
    La tenue de Meyranne ne se prêtant pas à un exercice de maintien, Monseigneur apprécia le spectacle du décolleté plongeant de son vêtement de
    nuit lorsque celle-ci se releva. Il ne fit aucun commentaire, mais ses yeux parlaient pour lui.
    Quinze minutes plus tard, Meyranne et Gilles se retrouvèrent au pied de l'escalier. Monseigneur avait tenu à raccompagner la jeune femme, prétextant
    que les marches de la tourelle étaient plus dangereuses en descente qu'en ascension, surtout dans la pénombre. Seulement, ce n'était pas la raison
    première qui l'avait poussé à lui emboîter le pas. Celui-ci n'avait tout simplement aucune envie de la voir s'en aller. Sa promise arrivait dans une
    semaine et Monsieur venait de rencontrer celle vers qui les élans de son cœur le propulsait inexorablement.
    Meyranne, elle, ne savait quelle attitude adopter. Devait-elle disparaître rapidement au risque de passer pour une personne grossière ou devait-elle
    attendre que Monsieur l'autorise à se retirer? Et pourquoi, tout à coup, avait-elle autant de difficulté à s'éloigner de Monseigneur de Joncquourt?
    Un léger courant d'air agitait les mèches rebelles qui s'étaient échappées de la tresse qu'elle se faisait pour dormir. Par jeu, Gilles en captura une entre
    ses doigts. Ce faisant, il effleura la joue de Meyranne qui, troublée, frissonna au contact de sa main sur son épiderme. Les yeux rivés à ceux de l'autre,
    tels deux aimants, ils furent incapables d'échapper à l'attraction qui les poussa à joindre leur corps en une délicieuse étreinte. Gilles emprisonna
    tendrement la taille de Meyranne de ses bras protecteurs, puis il posa ses lèvres sur celles de la jeune femme. Comprenant qu'elle ne le repousserait
    pas, il l'embrassa d'abord avec douceur puis s'enhardissant, ses lèvres se firent exigeantes. Pantelante, Meyranne s'agrippa aux épaules de Gilles et
    se laissa emporter par la vague de bien-être qui la submergea. Un gémissement de satisfaction s'échappa d'entre ses lèvres.
    Gilles la lâcha instantanément et elle faillit s'effondrer sur les dalles du parvis. Surprise, celle-ci dévisagea Monsieur pleine d'appréhension.
    - Ai-je fait quelque chose de mal? Demanda-t-elle avec inquiètude.
    - Non chère petite! C'est moi qui me suis oublié! Cela n'arrivera plus! Il prit rapidement congé de Meyranne, comme si son intérêt pour elle avait brusquement
    disparu. Immobile, les bras ballants et la mine déconfite, celle-ci ne parvenait pas à comprendre la réaction de Monsieur. Ses jambes flageolaient
    et elle ressentait encore la chaleur des mains de Gilles sur sa taille au travers de la percale de son vêtement de nuit lorsqu'elle se décida à regagner
    sa couche. Meyranne eut du mal à s'endormir. Elle était inquiète, car son comportement avec Monseigneur était inadmissible et cela lui attirerait
    des ennuis, elle en était convaincue. Puis, l'orage avait éclaté avec violence vers quatre heures du matin, libérant des trombes d'eau. D'étouffante,
    l'atmosphère était devenue irrespirable. N'ayant pu se rendormir, Meyranne entreprit d'aller en cuisine afin de s'avancer dans son travail. D'autant
    que celle-ci appréciait ses moments de solitude où elle pouvait se renouveler dans ses créations culinaires.
    De la vapeur d'eau s'élevait des flaques disséminées dans la grande cour et elle resta un instant à se recueillir devant le spectacle que lui offrait
    mère nature. Ces quelques minutes de contemplation permirent à Monseigneur, qui se levait toujours tôt, d'apercevoir la silhouette gracile de la
    cuisinière qui s'acheminait vers l'office. Sans percevoir le bien-fondé de cette décision, celui-ci décida de rejoindre la jeune femme.
    Meyranne faillit se trouver mal en voyant apparaître celui qu'elle ne pouvait extirper de ses pensées depuis la nuit dernière. Elle le salua d'une courte
    révérence puis alla se placer devant l'un des fourneaux à bois qu'elle ralluma avec dextérité. Elle attrapa un chaudron sur une étagère et le déposa
    sur le poële qui crépitait déjà. Vaquant à ses occupations, celle-ci ignorait complètement la présence de Monsieur et celui-ci en fut agacé.
    - Ne pourriez-vous pas vous poser quelques instants? Vous me donnez le tournis! Elle cessa de vider son broc dans le récipient et elle se retourna vers
    Gilles de Jocquourt.
    - Je vous prie de m'excuser, mais mon travail n'attend pas! Désirez-vous quelque chose de particulier Monsieur? Il y avait presque de la colère dans
    sa voix. Gilles, faisant fi de l'humeur maussade de son interlocutrice, vint de placer tout près d'elle. Il se lança alors dans un discours auquel Meyranne
    ne s'attendait pas.
    - Demoiselle Jacquemin sachez que je me suis inquiété pour votre personne après que nous nous soyons quittés! Stupéfaite, Meyranne le dévisagea fixement.
    - Je vais me permettre de vous donner un petit conseil! Poursuivit-il.
    - Je pense que lors de vos escapades nocturnes, il serait plus judicieux de passer un saut-de-lit! Une lueur coquine traversa le regard de Gilles.
    Meyranne n'osa pas interrompre son maître, mais elle n'en pensait pas moins. Elle se remit au travail, désemplissant entièrement le broc qu'elle n'avait
    pas posé depuis le début de la conversation.
    - Je serais en peine si je venais à apprendre que vous avez fait une mauvaise rencontre! Voyez-vous belle jouvencelle, vous séjournez dans une place
    forte et certains des hommes qui la protègent ne sont pas toujours bien intentionnés envers les jolies filles! Surtout si celles qui se promènent en pleine
    nuit vêtue seulement d'une chemise transparente! Meyranne resta silencieuse. Elle savait avoir été imprudente, mais par chance, il ne lui était rien
    arrivé de désastreux. Pourquoi Monsieur se permettait-il ces remontrances? Voyant qu'elle resterait muette, il se risqua à une dernière mise en garde.
    - Je n'émets aucune critique, mais ayant moi-même faillis démontrer cet état de fait par mon comportement...! Il se tut, abandonnant sa diatribe
    en s'apercevant combien Meyranne était soudain mal à l'aise.
    Celle-ci avait rougi jusqu'à la racine des cheveux en saisissant tout à coup le pourquoi de la fuite précipitée de Gilles à l'issue de leur tête-à-tête en
    pleine nuit. Ce qu'elle avait pu être idiote. Se jeter dans les bras de cet homme à moitié nue démontrait à quel point elle pouvait être stupide parfois.
    Si Monsieur n'avait pas coupé court à leur étreinte, Dieu seul savait ce qui aurait pu arriver.
    Elle prit conscience à cet instant qu'elle était irrémédiablement attirée par son Seigneur. Comme mordue par un serpent par cette révélation, celle-ci
    se recula vivement, croyant ainsi se débarrasser du tendre sentiment qui menaçait d'envahir sa personne entière et son cœur tout particulièrement.
    Surpris, Gilles la dévisagea avec attention, et déconcerté, il s'enquérit des raisons de son trouble apparent.
    - Que vous arrive-t-il Meyranne? Mes propos vous ont effrayé? Loin de là, mon intention! Ce disant, il se rapprocha d'elle.
    - Non, non Monseigneur! Seulement, je prie de m'excuser, j'ai beaucoup de choses à penser pour la réception de bienvenue de notre future Altesse. Je
    n'ai que très peu de temps pour voir aboutir la réalisation de mes sauces et mener ma tâche à bien! Meyranne en profita pour s'éloigner à nouveau.
    Elle saisit une cuillère en bois et entreprit de touiller le brouet d'herbes odorantes qu'elle avait mis chauffer à gros bouillons tout en écoutant Gilles.
    - Très bien, je vois que votre besogne vous accapare entièrement! Cependant, je souhaiterai votre venue à mes appartements dans la soirée afin que
    nous puissions mettre au point le fil des réjouissances gustatives de vendredi prochain! Cet ordre était sans appel et Meyranne savait ne pas pouvoir
    s'y soustraire. Elle acquiesça d'un signe de tête et se concentra sur sa recette. Gilles s'éloigna à regret en percevant les pas des premiers serviteurs qui
    prenaient leur service à cette heure matinale. Gilles de Joncquourt avait compris, que tout comme lui pour elle, Meyranne Jacquemin nourrissait de tendres
    sentiments à son égard. Cependant, dans deux semaines jour pour jour, celui-ci deviendrait l'époux d'Asceline de Thérouanne.
    Le reste de la journée, Meyranne chevaucha un petit nuage tant son désir de rejoindre Monsieur était grand. Combien même cela n'était que pour
    recevoir ses ordres.
    Muni de quatre cylindres de parchemins et de quelques feuilles vierges, la maître-coq gravit allègrement les marches qui conduisaient à l'étage qu'occupait
    Monseigneur. Ces petits rouleaux lui étaient très précieux, car ils contenaient une partie des recettes que lui avait légué sa grand-mère maternelle,
    ainsi que celles qu'elle-même avait mis au point. Elle ne s'en séparait jamais et ce soir, elle désirait impressionner Monseigneur en lui proposant des
    menus fabuleux, dignes des plus grandes tables. Elle avait déjà sa petite idée sur la question, mais il lui fallait l'approbation du maître des lieux.
    À mesure qu'elle approchait des appartements de Monsieur, les battements de son cœur s'accéléraient. Elle mit cela sur le compte de l'anxiété car tout
    devait être parfait pour la cérémonie.
    La sentinelle de garde la fit patienter dans la chambre de parement. Cette petite pièce servait d'antichambre et Gilles de Joncquourt y recevait ses
    visiteurs lorsque celui-ci se retirait de la salle commune. La jeune femme venait à peine de s'asseoir sur l'un des nombreux bancs qui longeaient les
    épaisses cloisons, que Monsieur sortit tel un diable de sa boîte du tournanvent. La petite loge protégeait la chambre des grands froids provenant des
    couloirs en hiver et atténuait le bruit des conversations des indésirables qui accaparaient la chambre de parement dans l'espoir de gagner son attention.
    Meyranne se redressa si vivement, que deux de ses rouleaux lui échappèrent des mains. Gilles plongea pour les récupérer et les lui tendit avec un grand
    sourire.
    - Je guettais votre arrivée avec impatience demoiselle Jacquemin! Suivez-moi, nous serons mieux dans la chambre! Il y fait plus frais grâce aux
    plantes de la terrasse suspendue! Meyranne traversa l'ostevent à sa suite, puis elle pénétra dans le domaine de Monseigneur. L'endroit était bien plus
    qu'une pièce dédiée au repos. De larges fenêtres à coussièges offraient une vue circulaire sur l'ensemble de la citadelle. Des nattes humides, confectionnées
    en paille de seigle, garnissaient murs et sols pour isoler la chambre de la chaleur que la pluie du matin n'avait pas réussie à atténuer.
    Des tapisseries champêtres rehaussaient ce décor somptueux qui se révélait à ses yeux éblouis.
    Une crédence, disposée tout près de la porte qui conduisait directement sur la terrasse, accueillait une légère collation. Meyranne était bien placée
    pour savoir que Monseigneur adorait les sucreries. Dans des coupes frappées aux armoiries des De Joncquourt, étaient joliment présentées pâtisseries
    et coulis de fruits. Dans un pichet, le vin de sauge qu'elle avait créé récemment attendait d'être servi dans les deux magnifiques verres en cristal gravés
    aux initiales de Monseigneur. Elle était maintenant convaincue que Monsieur avait donné des ordres à son intention. Un bref sourire étira ses lèvres.
    Impressionnant, l'encadrement en bois du châlit était sculpté de scènes de chasses et de combats, il disposait d'une tête de lit plaqué à même la pierre
    isolant ainsi l'ensemble du froid et de la chaleur. Ciel de lit et courtines soutenaient d'épaisses tentures, celles-ci préservant l'intimité du dormeur.
    Une coute de plume posée sur le matelas de laine devait en faire un moelleux couchage. Des draps de chanvre brodés aux initiales du maître des
    lieux complétaient la garniture de lit. Le traversin ainsi que les oreillers et la courtepointe fourrée n'étaient pas luxueux, mais très corrects pour
    une personne de sa condition. Meyranne remarqua les sachets de fleurs séchées que les servantes avaient glissées entre les oreillers. Sans doute des roses
    à cette époque de l'année. Au pied du lit, deux gigantesques coffres à linge et à habits, sculptés eux aussi de scènes champêtres, servaient d'assise. Bancs
    et coffres de secours étaient rangés le long des murs. Meyranne remarqua alors une chaire de dimension réduite recouverte d'épais coussins. Jamais
    encore elle n'avait vu un tel meuble. Devançant sa question, Monseigneur la couvait du regard depuis son entrée dans la pièce, Gilles lui expliqua
    que c'était un bon compromis entre une couche et un siège normal pour peu que l'on sache s'adonner à un repos plaisant. Toutefois Meyranne, pourtant
    vive d'esprit, ne saisit pas l'allusion grivoise que lui adressait Monsieur par ses propos.
    Son regard se porta sur la cheminée monumentale qui occupait entièrement l'un des murs de la vaste chambre. Les soirs d'hiver, elle devait dispenser
    chaleur et lumière à la fois. En plein mois de juillet, seules les bougies fichées sur des candélabres en argent éclairaient l'endroit.
    Dans un renfoncement près de la cheminée, Meyranne découvrit du regard un cuvier muni d'un drap impeccable. Le dais en toile, une fois tiré sur
    son rail, conservait chaleur et intimité pour celle ou celui qui prenait un bain. Ingénieux, Gilles de Joncquourt avait fait confectionner une citerne
    qui collectait les eaux de pluie sur la terrasse adjacente à la chambre, juste derrière la cheminée. Ainsi, les servantes ne s'épuisaient pas à porter
    de lourds seaux à longueur de temps, parcourant les couloirs en enfilade du château. Elles n'avaient qu'à débonder une vanne qui s'écoulait directement
    dans le cuvier. Le même principe était appliqué pour le vider. Il suffisait d'ôter le bouchon de cette baignoire rustique, et le liquide souillé s'écoulait
    dans un étroit canal qui aboutissait aux gargouilles du château. Tout comme les eaux de pluie, cela finissait dans les douves.
    Meyranne et Gilles s'installèrent sur l'un des coussièges et ils purent, tout en appréciant le panorama et la collation, mettre au point un feu d'artifice gustatif.
    Gilles trouva Meyranne géniale et approuva totalement ses suggestions. Une fois les menus des festivités inscrits sur les feuillets, l'instant se prêta aux
    confidences. Gilles et Meyranne se tenaient si près l'un de l'autre que leur souffle se mêlait. Monsieur, une fois encore ne pu résister à la tentation de
    goûter aux lèvres de Meyranne. Sa main s'égara sous le jupon de celle-ci et des milliers de papillons se répandirent au creux de son ventre. Cette fois-ci,
    il ne la repoussa pas lorsqu'elle soupira d'aise. Il réalisa un peu tard que la jeune femme allongée sous lui ne portait plus que son blanchet de fine
    toile. Ajouré à cause de la chaleur estivale, le vêtement ne cachait plus grand chose des courbes gracieuses de Meyranne.
    La couche était un véritable nuage sur lequel Meyranne se soumettait aux divines caresses de Monsieur. Dévêtu entièrement, Gilles quémandait plus
    encore. Pour poursuivre cette joute amoureuse qui s'annonçait mémorable, il avait besoin de l'approbation de la jeune femme. Cela dit, il aurait
    été bien embarrassé si celle-ci s'était soudain dérobée. Serait-il parvenu à se contrôler? Il n'en était pas certain. Haletante, Meyranne gémissait de
    désir. Elle répondait à ses baisers avec passion et guidée par son instinct, elle se livrait à lui sans retenue. Elle l'encourageait en se cambrant. Elle
    pressait langoureusement son ventre contre celui de Gilles, recherchant la friction exquise de son membre dur, gorgé de sève, contre sa chair humide.
    Ses plaintes se faisaient roucoulements tant sa voix se cassait sous l'effet du plaisir qu'elle ressentait. Ce n'est que lorsqu'il du y mettre du sien pour
    rendre réellement hommage à cette adorable Aphrodite qui se donnait à lui, que Gilles de Joncquourt réalisa que celle-ci venait de lui faire don
    de sa virginité. Intense et brutale, la jouissance les faucha tout deux au même moment. Meyranne se maintint dans une félicité presque palpable
    tandis qu'accoudé sur l'oreiller, Gilles la contemplait avec tendresse. La pose lascive de sa jeune maîtresse lui procurait un sentiment d'intense satisfaction.
    Meyranne qui s'était laissé couler dans un demi-sommeil s'éveilla en sursaut. Se rendant compte que sa chemise n'avait pas résisté aux assauts robustes
    de son amant, elle s'empressa de se couvrir.
    - Pourquoi tiens-tu tant à te cacher? Tu es superbe! Il retira lentement le drap dont elle s'était recouverte, effleurant sa poitrine au passage. Parcourue
    de frissons, Meyranne tenta de se lever afin de récupérer son jupon.
    - Pas question de te défiler! Tu restes ici! Monsieur l'emprisonna de ses bras puissants, la faisant rouler sous lui. Il glissa ses mains sous les fesses de
    la jeune femme. Vaincue, celle-ci succomba aux doux tourments qu'il lui infligea puis étendus sur les draps froissés, Meyranne et Gilles s'abandonnèrent
    à la torpeur bienfaisante qui les gagna.
    Meyranne ouvrit les yeux la première. L'homme allongé à ses côtés était beau comme un dieu grec. Elle détaillait sans vergogne celui qui lui avait
    fait connaître ces instants d'ivresse voluptueuse. Un sourire concupiscent étira les lèvres de la jeune femme. Sans réfléchir, elle s'agenouilla, puis avec
    précaution pour ne pas le réveiller, elle dispensa de légers baisers sur toutes les parties du corps de Gilles qui étaient à portée de ses lèvres. La pointe
    de ses longs cheveux frôlait la peau nue du torse de Gilles chaque fois qu'elle se penchait sur lui et cela finit par l'éveiller. Cependant, il garda les yeux
    fermés. Il parvint de justesse à contenir une plainte lorsqu'elle se concentra sur ses tétons. Sa langue était magique.
    Elle poursuivit sa distribution de baisers sur son ventre puis entreprit un parcours beaucoup plus risqué. Elle posa ses lèvres sur l'organe charnel endormi
    de Gilles puis elle y fit glisser sa langue sur toute sa longueur. Surpris par sa hardiesse, Gilles sursauta et ouvrit grand les yeux.
    - Héééé! Petite effrontée! Explosa-t-il. Monsieur découvrit une Meyranne quelque peu embarrassée. Celui-ci s'installa plus confortablement contre son
    oreiller.
    - Serais-tu capable d'être plus... insolente? suggéra-t-il. Meyranne était rouge comme une pivoine, cependant elle acquiesça d'un battement de cils.
    Sa friandise avait gagné une bonne taille à la suite de son initiative.
    D'une main douce, elle s'empara du sexe de Gilles et se pencha jusqu'à ce que ses lèvres puissent le tourmenter par d'innombrables chatouillis. Prenant
    confiance en elle, Meyranne en lécha lentement l'extrémité sensible. Gilles hoqueta lorsqu'elle simula une pénétration, comprimant son organe entre
    sa langue et son palais. Le va-et-vient qu'elle lui imposa ensuite le fit crier de plaisir. La tiédeur de l'élixir douceâtre qui gouttait sur sa langue, lui
    transmit une pulsion qui la poussa à le chevaucher. Déchainée Meyranne y allait de toute sa fougue. Peu lui importait qu'il la rejette ensuite,
    mais à cet instant, seule l'union bestiale de leurs deux corps la préoccupait. Fulgurant l'orgasme les propulsa dans un tourbillon de secousses, à la
    limite des convulsions. Gilles fut incapable de remuer ne serait-ce qu'un doigt. Il grogna lorsque essoufflée Meyranne se laissa choir sur son torse.
    Á son réveil, tôt dans la matinée, Meyranne s'était volatilisée.
    Dans la grande cuisine, celle-ci chantonnait en commençant la préparation des sauces et des soupes qui agrémenteraient le repas de fête prévu en
    l'honneur de la future dame de Joncquourt.
    Meyranne n'ignorait pas qu'elle devrait s'effacer au profit d'Asceline de Thérouanne, mais elle escamotait cette sombre vérité en ne gardant en mémoire
    que les merveilleux moments qu'elle venait de passer en compagnie de Monseigneur...


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  •    ...L'onglet RoMaNCeS est destiné à accueillir une série de nouvelles dont j'ai publié quelques extraits il y a plusieurs mois.

    * Les collines rouges
    - Oui! Je le veux! L'homme qui se tenait aux côtés de la jeune mariée n'avait pas hésité une seconde et répondu d'une voix forte et décidée.
    Cette fois-ci, ce fut une ovation, et les applaudissements durèrent de longues minutes. Le cœur de Myriheil battait la chamade et sa main trembla
    lorsqu'à son tour elle glissa une superbe alliance à l'annulaire de son époux. Elle venait de sceller son destin à celui qu'elle n'avait qu'entre aperçu
    la veille. L'appréhension qui l'habitait se faisait de plus en plus pesante.
    Undine et kurt Dieter étaient ravis en contemplant le couple. Ils étaient magnifiques. Ravis et soulagés, car la cérémonie s'était déroulée à la perfection.

    * Le temps d'une croisière
    Pendant que le gardien du parc de stationnement supervisait l'inscription des berlines, leurs occupants se dirigeaient vers la passerelle d'embarquement.
    "Ma Princesse" était le dernier yacht sorti des chantiers navals de l'armateur Lucian Avihlar. Fleuron de la flotte qui en totalisait déjà vingt-huit,
    ce yacht de quatre-vingt-deux mètres de long était LA création de Lucian. Ayant la finesse d'un félin en pleine course, une silhouette racée et un yacht construit sur mesure, le "Ma princesse" alliait plaisir de la navigation et confort d'utilisation.
    Plus que ses prouesses techniques, l'armateur vantait les trente cabines grand luxe avec terrasse au confort inégalable, les cinq jacuzzis et la salle
    de cinéma qui à elle seule valait bien un détour.

    Je travaille actuellement Meyranne lors de mes cours. J'en publierai la rédaction afin de vous faire profiter mes progrès.
    Merci de votre fidélité...