• Se MeTTre au VeRT( III )...

       ...Tu verras, ils sont impatients de faire ta connaissance! Pappey est ronchon, mais ce n'est pas un mauvais bougre! 

    C'est avec ces mots que Pat l'encourage. Mylhenn ne possède que son portefeuille, heureuse qu'on ne le lui ait pas dérobé lorsque la notion du temps l'a quitté. Pendant sa perte de connaissance, Pat, sa Pat veillait déjà au grain. Comment celle-ci a-t-elle réussi à la convaincre de venir s'installer quelques jours à la ferme? Elle qui déteste la bouse de vache sur les chemins de campagne, elle qui tord le nez chaque fois qu'elle sent une odeur de fumier, elle qui trouve triste la décomposition des feuilles en automne et encore elle qui s'ennuie à mourir chaque fois qu'elle s'éloigne de sa terre natale! Elle a si mal du manque de ses garrigues qu'elle en a perdu l'accent qui va avec. Et surtout comment Pat a-t-elle convaincu les médecins de la lui confier? Une ordonnance, l'adresse d'un centre de soins, des encouragements de convenance et la voilà sur le trottoir.
    Pat est là, elle lui ouvre la portière de la petite clio qui semble avoir déjà parcouru trois fois le tour de la terre. Mylhenn, habillée de neuf, des pieds à la tête aux bons soins de Pat, regarde défiler le paysage. Pat conduit avec dextérité! En un rien de temps, la ville a laissé place aux champs.
    La jeune femme serre très fort les sangles d'un fourre-tout que lui a confié Patricia en montant dans la voiture.
    - Ce n'est pas grand chose, tu verras ma grande! Quelques affaires de toilette, un pyjama, un pull, un T-shirt et un pantalon. Dans le sac blanc ce sont tes... vieux vêtements! Elle hésite, ne voulant pas vexer Mylhenn en qualifiant ses oripeaux de guenilles bonnes à jeter. Celle-ci acquiesce d'un léger mouvement de tête.
    - Pour le reste, tu iras faire des emplettes avec les filles! Si tu as besoin d'argent...! Mylhenn remercia la conductrice d'un sourire. Oui, elle irait faire des courses, les vêtements qu'a choisi sa bienfaitrice sont confortables et chauds pour la saison. D'un bon cuir, les bottines fourrées lui plaisent réellement. Mais question sous vêtement c'est du n'importe quoi! À défaut d'affection, l'argent est la seule chose qu'on lui donne sans avoir à quémander et elle se refuse à vivre aux crochets de sa chère Pat. Cependant il lui manque deux objets indispensables. Elle ne les retrouvera qu'en se rendant au squat. Elle ne doit pas y retourner, pas maintenant. Pouf et sa couverture en polaire soulagent ses peines et absorbent les larmes brûlantes de son désespoir. Les gamins des pueblos se moquaient d'elle en la voyant parfois câliner un doudou d'enfant. Et aujourd'hui, si ses pas la portent au squat, jamais elle n'ira chez Pat. Les champs rendus pitoyables par les frimas de l'hiver se succèdent aux forêts squelettiques et sinistres. Les fermes éparpillées çà et là tendent à prouver que ce paysage décourageant est fréquenté autre que par des corbeaux. Encore des champs à l'aspect miséreux puis enfin un village réconfortant.
    - J'en ai pour cinq minutes! Pat s'arrête devant la boulangerie.
    - J'ai oublié le pain pour ce soir! Pat a vanté sa soupe de légumes pendant une partie du trajet, et pour qu'elle soit réussie elle doit être accompagnée de croûtons à l'ail. Ça promet!
    - Il te faut des vitamines pour redonner des couleurs à tes joues ma petite Mylhenn! Encore un kilomètre entre une rivière et de gigantesques tas de bois et elles sont au portail.
    - Voilà, nous y sommes ma grande! Une belle et imposante bâtisse s'offre à ses yeux. Pas de vaches, ni de poules! Juste une biquette blanche et noire qui s'est échappée de son enclos. Ses phalanges sont blanches tellement elle sert fort les sangles du sac. Elle hésite puis ouvre la portière. Les battements de son cœur sont assourdissants à ses oreilles, heureusement elle est la seule à pouvoir les entendre. Pat ne la ramène pas chez elle comme un trophée qu'elle aurait reçu pour bonne conduite, mais en tant qu'invitée de marque. Et c'est en cette qualité qu'elle lui a préparé une chambre. C'est aussi en cette qualité que Jérémy, Géraldine et Juliane viennent l'accueillir affectueusement comme s'ils la connaissaient de toujours. Le son de sa voix les déconcerte à peine une minute.  
    Le Pappey est là lui aussi, gauche dans son hospitalité, mais débonnaire et tout aussi généreux que Pat. Une cheminée monumentale occupe la moitié d'un mur du salon, dans le foyer des bûches crépitent, dévorées par les flammes. Pourtant, la chaleur que ressent Mylhenn à cet instant ne vient pas du brasier et son cœur n'est pas loin de voler en éclats. Cette famille aimante qu'elle désire plus que tout, elle vient de la découvrir chez des inconnus. La richesse n'est pas le point fort de ces gens accueillants, mais ce qu'ils lui offrent est mille fois plus précieux que tous les diamants de la terre. Elle essuie ses larmes en cachette tout en essayant de faire bonne figure. Mérite-t-elle leur affection?
    Pat n'avait pas tort, sa soupe est une tuerie comme ils disent dans la région, elle est digne de paraître au menu des meilleurs bouchons Lyonnais! Mylhenn se sent vraiment chez elle dans ce qui est désormais sa chambre. Une fois seule, elle s'y abandonne aux sanglots purificateurs. Pat lui a fait une promesse et elle sait qu'elle la tiendra.
    Les cauchemars sont tapis pour l'instant. Elle ne peut leur permettre de sortir car elle n'a pas d'herbes pour les combattre. Et si elle retournait au squat? 

    « UN îLoT D'aMouR ( II )... CaMP CHaRLie... »

    Tags Tags : , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :