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    Trente-deux ans! Où sont passées ces dix dernières années?
    Mon vieux fourre-tout est encore à portée de mains, il est pratiquement vide et je n’y accorde que peu d’intérêt à présent. Toutefois j’y conserve encore quelques reliques dont je suis incapable de me séparer. Entre autres une couverture polaire élimée qui me sert de pense-bête afin de ne jamais oublier ce à quoi j’ai échappé. Je veux me défaire de ces images qui parasitent ma reconstruction, mais je tiens à conserver certains morceaux de ma jeunesse martyrisée. La haine a disparu, l’oubli ne sera jamais au rendez-vous. Témoins de mes souffrances puis de mes errances, ces objets me conservent en mémoire la lâcheté des hommes.
    Ce lâche parmi les lâches qui n’a jamais tenté de me tirer des griffes de son fils savait, il a toujours su, et le seul réconfort qu’il m’a apporté a été cette couverture en polaire dans laquelle je m’enveloppais après chaque passage dans le congélateur de son détraqué de fils! Dix années m’ont été nécessaires pour redevenir cohérente, pour évacuer l’atroce, le cruel et l’odieux. Je suis parvenue à faire la part entre réalité et cauchemar, mes mauvais rêves sont moins violents, un peu moins. Parfois je ressens encore les coups dans ma chair et ce sont mes pleurs qui me réveillent. Bébé, autant que faire se peut, est à mes côtés, il éloigne le monstre en me protégeant de la citadelle imprenable que sont ses bras. Pendant un temps j’ai quitté Ma Canaille pour entreprendre une quête du meilleur, pour ma liberté, mais cela s’est avéré complètement utopique car celui qui me tendait la main avait autant de problèmes à régler que moi. À présent j’avance doucement d’une force tranquille qui balaie avec tendresse mes doutes et mes peurs. Mes joies et mes victoires Bébé les salue, enthousiaste, m’encourageant encore et toujours.
    Je souhaiterai vraiment retrouver la paix. Ce sera chez moi, là-bas, en marchant dans le champ bleu sans avoir à me retourner sur mes pas, en m’asseyant à la terrasse, chez Marinette, sans surveiller alentours et en ignorant les regards suspicieux de ceux qui m’ont connu ‘‘avant’’. Justice ne m’a jamais été réellement rendue, mais cela aussi je l’oublierai forcément un jour.
    Je n’ai pu résister, j’ai ouvert la boîte de Pandorre…
    Ce pauvre sac ‘‘in the army now’’ est défraîchi au possible, mais il tient encore le coup. J’ai fui bons nombres de fois, alors forcément ils s’y trouvent encore quelques vêtements à l’intérieur. La robe noire en lurex dont j’étais vêtue la première fois que Bébé a posé les yeux sur moi. L’écharpe Burberry qu’il m’avait laissé lors d’un départ, une serviette de toilette Betty Boop et le gant qui va avec, des ballerines à sequins, un pull qui a gardé dans ses mailles les effluves entêtants du Sexy Graffiti, un parfum que j’adorais en des temps immémoriaux.
    Tiens un CD de Robbie Williams? Qu’est-ce donc que ces échantillons de …ah oui, poubelle. Bon sang, le choc! Je viens de tomber sur ma trousse de toilette. LA trousse de toilette. Je ne suis pas matérialiste mais c'est une véritable Vuitton de Los Angeles s’il vous plaît! Mon cher Cricket l’avait commandé à un ami qui s’était rendu aux States. Le cadeau de la douleur. J’ai hésité, mais il m’est impossible de la mettre dans la poubelle avec les échantillons Dior. Des chaussettes tennis neuves, un cintre, une revue, des fleurs de lavande ensachées, et l’inestimable trésor: la photographie de Sonia sur laquelle j’avais collé sa médaille. Ça me fait mal. Elle doit rester avec le passé et ce fatras aussi, pourtant….
    Il fut un temps où ma vie entière tenait dans ce grand fourre-tout. De ville en campagne, entre France et UK, du soleil à la grisaille et de l’ombre à la lumière ce sac m’accompagnait dans chacun de mes déplacements. Sur le dessus trônaient mon ‘‘Pouf’’, ma couverture en polaire blanche et l’unique, mon précieux comme dit Gollum. Un T-shirt jaune poussin, qui pendant des années m'a consolé après les orages. Repue d’amour, couverte d’ecchymoses et secouée de sanglots je passais ce vêtement après une douche brûlante. Cela s’appelle soigner la douleur par la douleur. Une vie de galère, de mauvais choix, de rencontres douteuses, de coups du sort, de coups, tout court et de belles opportunités. Un parcours fait de maison familiale, maisons de repos, maisons de soins, maison d'arrêt. Il ne me manque que la maison close! Égarée et confuse Bébé m'a repêché in extrémis une seconde fois. Je trimballais tout et n’importe quoi dans ce sac. Des DVD, un MP3, un livre de français de terminale aussi épais qu’un bottin, la trilogie de Tolkien, et le " Marche ou crève " -j'en ai fait ma devise- de S.King. Bourré jusqu’à la fermeture, ma garde-robe ne consistait pourtant qu’en en deux ou trois guenilles fripées genre jeans troués, pulls étirés et sous-vêtements propres. Pour ma lingerie, il me restait encore un peu d’orgueil. Des baskets poussives et un jogging qui tenait debout tout seul complétait mon dressing. Malgré ce bric à brac, je crois me souvenir qu’il n’était pas très lourd ce sac!

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