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       …En contemplant papa dans son costume, seule une onomatopée me vient à l’esprit: Waouh!

    Prestance et élégance, il a sorti le grand jeu. Veste, gilet et pantalon l’ont métamorphosé. Durant toute mon enfance et ma jeunesse je ne l’ai vu qu’en uniforme ou en treillis. Revenu à la vie civile, il fait comme les autres: jeans et t-shirt. Une veste de camouflage les jours de pluie. Alors là, c’est comme apercevoir un crapaud qui s’est changé en prince charmant. Même le jour de mon mariage il n’était pas aussi resplendissant. Pragmatique, Ash me laisse entendre que c’est parce qu’il est heureux, c’est l’un des plus beaux jours de sa vie. Oui, et moi le jour du mien, je ne regardais pas particulièrement mon père me semble-t-il. Évidemment cela coule de source, papa a de quoi flotter sur son petit nuage, Lise est ravissante dans sa robe rose pastel à manches de tulle. La coupe ajustée du vêtement souligne la belle silhouette de ma nouvelle belle-mère. Il forme un couple magnifique et le regard que mon père pose sur son épouse est un véritable baume qu’il verse sur mes dernières craintes. Papa a fait le bon choix et je me devais d’être là. Cela fait tout juste un an que Jocelyne est partie pour de meilleurs auspices. Toutefois personne n’a osé faire la moindre réflexion. Moi moins que quiconque car je sais que, malgré les sentiments qu’il éprouvait pour ma première belle-mère, monsieur J. n’a jamais connu le véritable bonheur. Là, je le vois redevenir jeune homme. D’accord, le ciel n’a pas vraiment été de notre côté. Il nous a juste laissé le temps de faire les photographies pour l’album et la pluie s’est invitée. Mais, l’adage dit: mariage pluvieux, mariage heureux, alors cela ne nous a pas empêcher de faire la fête.
    Je commence à préparer nos bagages pour la transhumance d’automne et cela me fou le bourdon. J’aurais aimé être là pour l’accouchement d’Anaïs, mais ce n’est que dans un mois et Bébé et moi devons impérativement rentrer aux Aspidies avant fin octobre. Je commence à paniquer. Une grande réception est organisée par les ‘‘têtes pensantes’’ du service. Les conjoints de ses messieurs-dames y sont généreusement conviés. Je déteste ce genre de soirée. En plus, Bébé étant lui-même le dirigeant d’un bureau, je me vois déjà au centre des regards et ma présence sera largement commentée. Cela m’effraie. Je n’ai aucun moyen d’y couper cette fois-ci, Ma Canaille a été catégorique, je dois être présente. Smoking et robe de soirée seront de mise. Comme s’il était nécessaire de me le rappeler. Ma cousine est très fatiguée, ce qui, je pense est normal pour un neuvième mois de grossesse. Elle est inquiète aussi. Tout se passe bien, mais elle s’angoisse pour la venue au monde de Margaret. Son Sodishan a repris le travail, il gère ses dossiers de la ‘‘Petite Paix’’ et ne prévoit ses entretiens et réunions qu’après la naissance de sa fille. Cela me donne plutôt à penser qu’Anaïs a peur de se retrouver seule avec le bébé. Je pense que c’est normal, la petite courgette va occuper une partie de son temps, tout son temps. Ma cousine et son compagnon ont récemment élaborer leur binôme, mais il est déjà solide. Tant bien que mal je suis parvenue à la rassurer en lui expliquant qu’un vol direct pour Genève deux fois par mois n’est pas la fin du monde, aller-retour dans la journée, emballé c’est pesé!
    Je conçois qu’elle appréhende les futures absences de son chéri, mais il va lui falloir gérer et vite. S’il est aussi organisé que son frère, Sodishan sera tout de même un papa bien présent. Je me suis fait à la vie de pigeon voyageur de mon mari, Anaïs en est tout aussi capable pour Sodishan. Il est vrai que ma relation avec Bébé s’est construite sur la longueur et je n’ai jamais vraiment eu besoin de lui pour me précipiter dans toutes les galères possibles. Pour ce qui est de mes progrès, Ma Canaille était là pour me soutenir. De toute façon, les frangins ont été élevés ainsi et ce n’est pas maintenant qu’ils vont se sédentariser. Hylam a la bougeotte et connaît l’Europe comme sa poche, l’Allemagne est une troisième patrie pour Ash, et Sodishan lui, fait souvent route entre la Suisse, l’Angleterre, La Principauté et les pays Scandinaves. C’est aussi une question de confiance je pense. Monaco a souvent été le terrain de chasse de Sod, et récemment, il a commis la bêtise de raconter quelques-unes des anecdotes -frasques- de sa vie de célibataire, alors depuis, les hormones de ma cousine s’affolent. Elle est toujours aussi magnifique mais elle ne se sent moins féminine à trois semaines de l’accouchement. Elle doit avoir la vue basse car les regards que pose Sodishan sur elle sont de véritables mignardises. Cela dit je n’ai rien à lui envier. Mon Fripon est une vraie glue ces jours-ci.
    Grâce à l’aide efficace de Flo, mon petit royaume a été entretenu à la perfection. Cela dit, Sod et Anaïs n’ont occupé que le rez-de-chaussée. Leurs cartons et le nécessaire pour Margaret ont été entreposés sous la varangue pendant leur séjour et ce week-end, le plus gros du déménagement a été fait. Mon oncle leur a trouvé une petite maisonnette à quelques kilomètres de la famille et à un quart d’heure de l’aéroport. Que demander de plus? Les amoureux sont fous de joie à l’idée d’emménager dans leur première maison et quand la petite sera née, ils pourront se rendre chez ses grands-parents régulièrement. Mais oui on peut prendre l’avion avec un nourrisson, le tout c’est d’être prévoyant. C’est terrible à dire, mais Sodishan n’a pas encore coupé le cordon avec Mumy. Certes il ne se laisse plus influencer, mais son attachement pour elle est maladif. Bon j’admets que le grave accident qui l’a alité pendant dix-huit mois l’année de ses neuf ans a dû tisser de solides liens affectifs autres que ceux de ses frères. Sod est âgé de quarante ans et Madam’ le surnomme toujours le petit: cherchons l’erreur. Ma belle-mère aime tous ses fils de la même affection, il n’y a aucun doute là-dessus, mais Sod a une relation privilégiée avec elle, relation qu’Hylam et Ashlimd n’ont jamais désapprouvé. De toute façon cela ne me regarde pas et Anaïs devra mener son combat comme je l’ai fait. Tout n’est pas parfait, mais Mumy a compris à qui elle avait à faire et par accord tacite nous avons signé l’armistice. Anaïs porte l’enfant de Sodishan, elle a toutes ses chances si elle s’y prend correctement.
    Je n’ai pas suivi les conseils de ma thérapeute et le ciel ne m’est pas tombé sur la tête. Selon Nadège, Christian et moi avons besoin de poser nos valises de concert pour tirer définitivement un trait sur notre passé commun. J’ai longuement hésité avant de me décider. En sachant que la violence conjugale passe par le désir de contrôler l’autre, je me suis demandée si son besoin d’être confronté, yeux dans les yeux, à la maltraitance qu’il m’a fait subir n’était pas une manipulation de plus? Je fais suffisamment confiance à Sam pour croire qu’il ne me dit pas de bêtises lorsqu’il m’affirme que Christian a réellement changer. À l’épiderme et au visage nickels de Marine aussi. Alors j’ai fait le choix de recevoir mon ex-mari à la Petite Paix, là où je me sens en sécurité. Nadège était furieuse, selon elle je détruisais deux ans de thérapie. C’est dire que lorsque je me suis retrouvée seule, face à mon ex dans le salon, j’ai flippé une dizaine de seconde. Mais c’était mon choix, mon dernier combat et je devais assumer. Ash a emmené notre fils chez les tantines, il ne semblait pas inquiet pour moi. Curieusement, les premières minutes d’embarras passées, je ne me suis plus sentie en danger en la présence de Christian. Je ne vais pas rapporter notre conversation en intégralité, cela n’apportera rien de plus aux pages que je noircis depuis plusieurs années. Je peux juste confirmer que mes années calvaire resteront présentent à jamais à ma mémoire. Par la faute de Christian, la vodka était devenue de l’amnésie en bouteille pour moi et ensuite je n’ai plus pu m’en passer. C’est irrémissible. Il est hors de question que je pardonne à mon bourreau les mutilations qu’il m’a infligé. Mon incapacité à procréer est une brûlure ardente qui me blessera encore et encore sans espoir d’un quelconque soulagement. Comment Christian pourrait-il un jour s’exonérer de cela? Il en est conscient à présent, mais cela n’efface en aucun cas la responsabilité de ses actes. Il poursuit sa thérapie et ses excuses sont sincères alors pourquoi m’acharner à souffrir? Je ne me sens pas encore prête à passer outre après cet entretien, mais je reconnais que de savoir Christian apaisé pour l’avenir me soulage. Un peu. Nous ne deviendrons jamais amis c’est certain, mais je vais laisser toute cette noirceur derrière moi et avancer la tête haute. Aujourd’hui je viens de lire qu’une cent vingt et unième femme est morte sous les coups de son mari. Ne serions-nous pas en passe cette année de battre un abominable record malgré toutes les promesses du trois septembre? Juste pour information, en deux mille trois, dans le Nord, une expérience a été tentée. Les hommes violents sont extraits du domicile par la justice à la moindre gifle et sont placés en foyers. Cela a permis de réduire le taux de récidive de cinq pour cent, contre trente pour cent dans le reste du pays. Ce dispositif, efficace semble-t-il n'a jamais été généralisé. Voilà, tout est dit!

    Happiness is the road. Le chemin est difficile, mais il en vaut la peine…

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