• ToNiGHT i CRieD...

    ...Bébé est remonté en région parisienne où l’attendaient ses nouvelles missions. Ce qui fait que chaque soir je me glisse de très bonne heure sous la couette. Oui bon, vingt-deux heures tout de même! Chaque jour Bébé vient aux nouvelles et il est bavard et taquin comme cela n'est pas permis. Vive skyppie! De longs palabres ont conduits à ce que je demeure chez les tantines. Monsieur a organisé la poursuite de mon traitement en main de maître puis il m’a abandonné aux bons soins de Mamaiette et Mamadeine.
    J'avais à peine cinq ans quand j’ai commencé à nommer mes tantes ainsi et ces surnoms leurs sont restés. Mémé Lynette, ma grand-mère, n'est plus là, mais à elle trois, elles ont fait de leur mieux pour remplacer ceux qui aurait dû reconstruire ma jeune vie après le drame. Elles ont apporté un semblant de stabilité dans ma vie.
    Cela faisait pratiquement une quinzaine d'années que je n'avais pas poussé la porte de ma chambre de gosse chez Maë Lynette. Depuis le départ de ma sœur, je n’étais jamais remontée à l’étage. Pour dormir, je m’installais dans la salle à manger sur la banquette qui servait à mémé pour faire sa sieste. Il fut un temps où je venais me réfugier chez elle à chaque fois que ma terreur était à ce point insupportable que je me serais glissée dans un trou de souris pour échapper aux salauds qui me poursuivaient de leur haine. Ma grand-mère me poussait à affronter mes peurs car, à juste raison, elle se voyait vieillir et prétendait qu’elle ne serait pas toujours là pour me soutenir. Je n’étais jamais allée à l’étage.
    Sincèrement, j’ai toujours préféré la maison de Palavas où j'y ai bien moins de souvenirs désagréables. Ceux du domaine n’aimaient pas s’y rendre et ils se débarrassaient de moi en m’envoyant chez ma grand-mère qui elle, rendait souvent visite aux tantines. J’aimais ces journées plage et surtout j’adorais faire bisquer les autres enfants en leur montrant où j’habitais. La plupart allait au camping ou à l’hôtel alors que moi je vivais au bord de la mer. Déjà peste Mylhenn…
    Actuellement je vis en Grande-Bretagne où je me suis installée pour un temps dans la famille de Bébé qui m’accueille sans conditions.
    Ici, en Provence, la maison de ma grand-mère n'est pas tout à fait un havre, mais elle me permet de me poser, me reposer sans trop être inquiète.
    Je m’y sens moins oppressée sur la terre de mes racines. Trop de gens ont assisté à mon enfer et aucun d'eux n'a levé le petit doigt pour m'en sortir. Même pas eux, là-haut bien à l’abri au domaine. Les tantines, ce n'est pas pareil. Il leur était impossible de faire plus et elles sont bien les seules à aller "rendre visite" à Miriette. Moi, je ne le peux pas, c'est trop éprouvant, j'aurais l'impression d'être devant ma propre tombe. Obligatoirement, lors des soirées que je passe en leur compagnie, il nous arrive de débattre sur les belles années que l'on m'a volées. Lorsque nos points de vue divergent de trop, je ne me laisse pas aller à la chamaillerie, je coupe cours.
    Celui qui hante mes pensées, est toujours dans les environs et elles le savent. Cependant, aucune des deux n'ose prononcer son nom en ma présence. Il est peu probable, comme on me l’a plusieurs fois suggéré, que je tienne encore à celui qui m’a autant maltraité.
    Sam m'a rendu visite à Palavas et il m’a dit que Christian lui demande parfois de mes nouvelles. Je suis effrayée de savoir qu’après tout ce temps il ait encore ma petite personne en tête. Ayant été officiellement "déportée" je n'ai plus le droit de me plaindre s'il m'arrive quelque chose. Cela passerait pour de la provocation si je reprenais contact, mais... j'aimerais lui dire combien j'ai la haine, et le nombre de fois où j'ai souhaité sa mort.
    Les années de prison n’ont rien changé. Je l'ai lu dans ses yeux au moment du procès de révision. Certains de ses collègues, lorsque j'étais à Lyon, se sont chargés de me faire savoir qu'il ne s'en tiendrait pas au coup d’essai si je ne me faisais pas toute petite à sa sortie de prison! Le pire, c'est lorsque vous expliquez ceci à un avocat. Celui-ci met Sainte Justice en avant et affirme haut et fort que vous êtes protégé. Je me suis protégée moi-même et j'ai essayé d'en faire de même pour ma Sonia, mais elle n'a pas voulu m'écouter. Résultat, à présent, chaque fois que je le peux, je lui rends visite dans le champ d’oliviers...
    Je n'attends plus rien de ces gens payés à faire du vent et encore moins de ceux qui ne comprennent pas pourquoi je n'arrive pas à avancer. J'ai appris récemment à mes dépens qu'il ne faut compter que sur soi-même. Je ne me laisse plus approcher et quitte à passer pour quelqu'un de méprisable, seul mon choix fait loi. Bref, je compte sur les doigts de la main ceux à qui je fais vraiment confiance.
    Or donc, cela faut plusieurs jours que j’ai sous les yeux de vieilles photos punaisées aux murs salis par le temps, des poupées arlésiennes vieillottes dont l'une est démembrée -il m’est impossible de me souvenir pourquoi on l’a gardé- mes cahiers d'école à la couverture impeccable et un journal que je tenais déjà à onze ans en rêvant du prince charmant. Je barbouillais les lettres de son prénom sur des pages entières. Aujourd'hui, ma mémoire me fait défaut, impossible de me souvenir du visage de ce Kévin. Dans un carton, sous le bureau, j’ai découvert mes cours de fac. J'ai pleuré, je ne le cache pas, en en relisant certains. C'était l’avenir que je m’étais choisi.
    Quant à l’armoire, jamais plus je ne l’ouvrirais. Toutes les affaires de Miriette y sont entreposées. Je redoute le moment où mon esprit va se rebeller aussi ai-je demander à venir passer la nuit chez Mamaiette.
    Cette nuit, il est revenu! Je me doutais que cela arriverait, Bébé étant loin de moi. Des cris, des pleurs, des coups, du chantage et des câlins-pardon à sa merveille comme me nommait mon bourreau. C'était lui qui me pardonnait. Il me donnait son pardon pour l'avoir poussé à me frapper, obligé à me dresser et bien d'autres horreurs que je tairais ici. Je me suis réveillée en hurlant, mon oreiller était trempé de mes larmes, je ressentais encore la douleur des sévices infligés. Ce cauchemar était tellement réel que je n'ai pas pu me rendormir. Le chat m'a tenu compagnie sur le canapé jusqu'aux aurores. Mamaiette m'a exhumé des coussins avec un bon thé chaud vers neuf heures, juste avant l'arrivée de l'infirmière…

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