• TWo FoR a TRiP...

       …Un anneau pour les gouverner tous,
        Un anneau pour les trouver,
        Un anneau pour les amener tous et, dans les ténèbres les lier(Tolkien). Nous y sommes enfin!

    En résumé, deux îles, des kilomètres de paysages époustouflants. D’immenses étendues verdoyantes, des villes, des montagnes, des bords de mer où le mouton est partout. Chaud froid, combo coups de soleil et anorak dans la même heure. Bizarrerie de la nature qui fait que les étendues d’eau y sont vertes, jaunes, oranges, violettes, blanches ou parfois arc-en-ciel, les couleurs s’y côtoyant joliment. Des bassins de boue aux geysers, des lacs aux volcans, nous en avons pris plein la vue. À toutes fins utiles, si un jour vous êtes tentés de vous baigner dans les piscines naturelles vertes, évitez. C’est de l’arsenic. Mon niveau d’anglais, troisième redoublante, n’a pas épargné ma dignité. J’étais dans l’incapacité de communiquer. Quelques difficultés de compréhension pour Ash aussi, ce qui est un comble pour un anglais. L’accent kiwi est indéniablement le pire de l’univers. L’élocution Dalek et klingon est cent fois plus compréhensible. J’ai goûté au très populaire Flat White, un café noir nappé d’une mousse de lait chaud, et moi qui n’aime pas trop le café, j’ai apprécié. Quant aux petits hobbits stupides et joufflus comme les qualifiait Gollum, j’aurais adoré étendre mes jupons blancs sur fond d’herbe verte à côté de leurs modestes vêtements. Certes le lieu de tournage est intéressant, mais sans ses habitants modèles réduits il perd beaucoup de sa magie. Bienvenue en Nouvelle-Zélande.
    Mes ennuis de santé nous ont souvent contraint à reporter la date de notre voyage, mais nous y sommes enfin. Nous avons un temps envisagé de partir la première quinzaine de janvier, mais les fêtes de fin d’année s’annoncent chargées et consacrées en partie à la famille. Et faire partie de cette famille implique que nous devons consentir à certaines obligations auxquelles je me prête plus volontiers à présent. Hailie et moi allons devoir accueillir officiellement les hôtes de marque de Mumy qui a organisé un jubilé en l’honneur de Phillip. Cinquante ans d’un engagement sans failles au service d’une communauté reconnaissante. Ce sera joyeux et chaleureux.
    Alors, forts d’une opportunité bienvenue, nous nous sommes envolés pour un dépaysement haut en couleur. Bébé et moi avons atterri dans la version anglo-saxonne du pays. Dès notre arrivée nous avons ressenti l’ambiance copie conforme de nos Aspidies. Tea time et scones inclus dans le forfait. Je me moque un peu. Un peu moins de onze heures de décalage horaire pour se retrouver dans une ville où quinze pubs s’alignent dans la même rue, il faut le faire. La bière y coule à flots, je crois qu’ils en sont encore plus fans que nos Irlandais. Ils ont la passion du rugby, du cricket et du yachting pour qui le syndrome du plus gros y est autant d’actualité qu’à Southampton. Les écoliers que nous avons croisé dans les rues portent tous un uniforme. Durant un bref instant j’ai bien cru que nous avions fait un bond dans l’espace et que nous étions revenus à Londres sans nous en rendre compte. Notre Queen Elisabeth a bien essaimé ses traditions au pays kiwi. Ceci est le terme par lequel les Néo-zélandais sont nommés familièrement. Toutefois, le ratite, emblème national du pays, est nettement moins apparent aux yeux du commun des mortels. C’est un oiseau forestier qui vit dans les troncs, les broussailles ou les fougères, parfois même allant jusqu’à s’enfouir dans des terriers. La menace d’extinction pèse lourdement sur eux à cause de la déforestation causée par l’agriculture extensive nous a-t-on dit. Hantz notre guide nous a expliqué que fort heureusement, ces dernières années, de vastes zones protégées leurs sont dédiées. Cela dit, à part en photos, nous n’en avons pas vu un seul, sans doute parce qu’ils ne sortent que la nuit.
    Bébé n’est pas dépaysé pour la conduite puisqu’elle se pratique à gauche, mais pas question d’ignorer les vitesses autorisées, sinon gare. Le cinquante obligatoire en ville, c’est restrictif, pratiquement un crime de lèse-majesté pour monsieur mon mari. Il devrait élire domicile ici, cela lui ferait faire des économies, je me comprends. Quoi qu’il se passe, la sainte trinité des routes est, priorité, priorité et priorité. Il existe très peu d’autoroutes et nous n’en avons pas besoin puisque Hantz nous entraine dans des lieux pratiquement déserts dont les voies d’accès sont très bien entretenues, mais pas encore goudronnées. Ma Canaille qui aime concurrencer Fangio au volant de son bijou étoile à Londres, me certifie pouvoir compter les papillons en se laissant conduire par Hantz au volant du dévoreur de kilomètres qu’il utilise pour les longues randonnées de ses clients. Tant mieux, le paysage est magnifique et nous sommes conquis.
    Hantz nous signale un motel tous les dix kilomètres, mais Bébé et moi préférons ce qu’ils nomment ici les Holiday Parks, genre de campings à multiples options allant jusqu’au chalet individuel. Il y en a pour tous les budgets. Il faut reconnaître que le coût de la vie est onéreux dans le pays. Nous avons donc emménagé dans un chalet collectif, quatre chambres et une cuisine commune ainsi qu’un équipement luxe très douillet. Tout est très propre et d’un prix vraiment abordable. Comme le monde est petit, deux de nos co-locataires sont des allemands arrivants tout droit de Cologne, Ash a pu frimer devant Hantz. Ce que nous ignorions lors du barbecue festif de bienvenue en soirée, c’est que nous allions acquérir notre premier souvenir de voyage, impérissable et cuisant. Dans le guide, l’on nous assurait qu’il n’existe que des bêbêtes totalement inoffensives dans le pays, pas même de serpents.
    Mensonge par omission me suis-je exclamée lorsque Hantz nous a indiqué les sticks apaisants à la benzocaïne que proposent tous les supermarchés. Trop tard, nous venions juste de faire connaissance avec la sandfly, ce petit moucheron noir qui de prime abord semble pacifique, mais auprès duquel notre moustique passe pour quelqu’un de très sympathique. Personnellement je compare la bestiole à un taon tellement l’après piqûre est douloureux. L’on se retrouve avec un volcan écarlate et irrité sur l’épiderme, voire carrément le Puy de Dôme et sa chaine de Puys sur les jambes, les bras ou, pour ce qui est mon cas, le haut de la poitrine. Comme je portais des sandalettes, ils m’ont piqué entre les gros orteils et ses compagnons de route, c’est une véritable torture. Les bras et les cuisses de Bébé leurs ont aussi servi de festin. Ça le démange à s’en arracher la peau, mais monsieur étant zen se contrôle à la perfection. Le gérant du Holiday Park m’informe gentiment qu’il existe divers répulsifs que l’on ne trouve que dans le pays dont un se présente sous forme d’huile. Un spray se trouve à l’office. Permettez-moi monsieur de vous dire que cela me fait une belle jambe maintenant que je suis défigurée. J’ai failli l’exprimer à haute voix. Ces saletés ont attaqué en meute. Elles savaient qu’elles allaient se faire démonter, mais elles avaient l’instinct kamikaze. Nous en avons exterminé le plus possible avec les moyens du bord. Carte routière, journal, casquette, et en dernier ressort avec mon étui à lunettes. Cela a été douloureux pour tous les protagonistes. Du coup nous nous sommes repliés sous une tente moustiquaire, mais le mal était fait. Cette première nuit l’écho du clapotis de la ravine qui jouxte l’établissement a bercé agréablement notre peu de sommeil, et nous avons constaté l’ampleur des dégâts dès le lendemain matin. C’était phénoménal. Des boutons si énormes que j’ai presque peur d’être refoulé à l’aéroport pour le retour. Et je ne parle même pas des démangeaisons. D’aucuns feront remarquer que je n’ai rien de mieux à raconter que mes piqûres de moustiques, mais non M’sieurs-Dames, pas de moustiques, de sandflies. J’aurais dû lire plus attentivement le guide du routard, Hantz a raison, eux en parle de cette vermine. Cela m’a mis un brin de mauvais poil, il me faut bien l’admettre. Mais j’ai rapidement retrouvé ma bonne humeur.
    Ma Canaille m’a offert un vol panoramique en hélico au-dessus d’une montagne hallucinante, j’en ai encore les larmes aux yeux chaque fois que j’y repense. Je suis reconnaissante à la Bonne Mère de m’avoir accordé santé et énergie tout au long de ce voyage. Dix jours de dépaysement et je ressemblais à une écrevisse passée au court bouillon. Ici en novembre c'est le milieu du printemps et les températures sont clémentes. C’est en partie vraie car certaines nuits étaient bien fraîches. Certes le soleil était éclatant, mais sans trop de chaleur. J’ai réussi à attraper des coups de soleil. Entre ceux-ci et les piqûres des kamikazes, j’en suis certaine, ils ne me laisseront jamais passer le portail de sécurité à l’aéroport.
    Paysages fascinants, rencontres surprenantes et cuisine déroutante.
    L’agneau à la menthe et à la sauce Worcestershire est à pratiquer au moins une fois dans sa vie et surtout ne plus jamais y revenir. Tout comme les cœurs de côtelettes à la gelée de groseille. Moutons, pensez moutons. Et comme leurs légumes sont croquants -pas cuits- je me suis vengée sur le poisson-patates euh… le Fish & Chips. Sur le pain cela ne risquait pas non plus vu que j’avais le choix entre pain de mie et pain de mie. J’ai dû boire une quarantaine de litres d’eau durant notre séjour et il ne m’est pas venu une seule fois à l’idée de goûter à l’ambroisie locale, pourtant nous avons longés de nombreux vignobles d’exception. Hantz nous a fait visiter l’un d’eux à la suite de quoi Ash a été plus que satisfait de son ballon du soir. Je ne suis pas abstinente, seulement consciente que si une seule gorgée d’alcool franchit à nouveau mes lèvres, je ne répondrais de rien. Je me suis donc contentée d’apprécier la couleur rubis du breuvage.
    Parce qu’il fallait bien que le périple se termine un jour, Ash et Hantz m’ont réservé une dernière surprise et de taille. Boostée aux anti-inflammatoires et à la vitamine D, j’ai atterri à Tauranga direction Hobbiton. Impossible pour moi d’être en Nouvelle-Zélande sans me rendre dans le village de Bilbo Sacquet. Une campagne quasi déserte où se ressent déjà l’ambiance des terres de la Comté. On aperçoit au loin des collines bien vertes et des moutons un peu partout, qui l’eut cru? Il nous a fallu prendre un bus depuis l’accueil du parc pour nous rendre au village des Hobbits. J’y étais déjà. Cependant les exclamations de bonheur de mes congénères, le thème du Seigneur des anneaux qui tourne en boucle dans ledit bus et la présentation en anglais du site que nous allons visiter sont un peu rabat joie. À l’arrivée, une quinzaine de minutes plus tard, nous avons droit à un énième débriefing sur le déroulement de la visite par la guide. Il est évident qu’une horde de touristes ne peut pas déambuler librement dans le village et certains ne le comprenant pas commencent déjà à râler. Heureusement, les récalcitrants se calment rapidement. Le décor est planté et la luminosité donne un côté magique au lieu. Nous entrons dans le village par un sentier, celui emprunté par Gandalf sur sa calèche au tout début de la trilogie du Seigneur des anneaux. Je dois admettre que le travail est remarquablement bien fait et le niveau de précisions et de détails des décors est hallucinant. Un régal pour les yeux de la fan que je suis. Véritable magie lorsque le village se dévoile sous mes yeux avec ses maisons construites un peu partout sur la colline, ses jardins fleuris et un potager au centre. J’ai failli battre des mains comme une enfant lorsque j’ai vu la maison de Bilbo Sacquet. On la reconnait facilement avec ses escaliers, ses fleurs, sa porte jaune et l’arbre géant qui la surplombe. C’est un grand arbre artificiel, mais cela est invisible à l’œil nu. Oui bon l’ambiance est un peu cassée lorsque la guide nous apprend que les feuilles viennent tout juste d’être repeintes. J’ai demandé à Bébé de me traduire ses explications pour être sûre d’avoir bien compris. Je m’en moque, c’est fabuleux, je suis dans la comté. La guide nous explique que les légumes des potagers sont changés chaque matin et lorsque nous approchons des maisonnettes, les détails du décor donnent l’impression qu’elles sont réellement habitées. De petites fenêtres laissent entrapercevoir des rideaux brodés et de la vaisselle, des fruits et des légumes sont disposés sur le rebord, des vêtements sèchent sur des étendages, des boîtes aux lettres et des fleurs donnent un charme fou à ces maisonnettes aux portes arrondies et aux façades colorées. J’en suis émerveillée. Une fois sortie du village, nous sommes dirigés vers l’auberge du Dragon Vert. Scène magnifiquement reconstituée avec ses tables, ses lanternes, sa calèche et un énorme tonneau à l’entrée. La précision des détails à l’intérieur est tout aussi cohérente. La guide nous explique que des banquets y sont organisés une fois par semaine, mais que la liste des réservations est complète dès la première heure d’ouverture. Un familier des lieux -vingt-troisième visite si je me souviens bien- nous laisse entendre que le prix est exorbitant. De l’ordre des cent cinquante dollars NZ ce qui correspond à quatre-vingt euros par personne si je convertis correctement. Les simples touristes que nous sommes avons tout de même droit à une boisson offerte avant de prendre le chemin du retour. J’avais des étoiles dans les yeux malgré le commercial de la chose, mais surtout l’impression d’avoir réalisé l’un de mes rêves. Je ne suis pas entrée dans la boutique de souvenirs dans laquelle les fans du Seigneur des Anneaux et du Hobbit s’en donnent à cœur joie. Un Gollum en peluche, un porte clé Gandalf ou un mug Frodon, bôf c’est moyen. Allez, j’avoue que j’ai été tenté par un poster de la comté, juste tentée.
    Le lendemain nous sommes partis de Matamata direction Tauranga pour un vol en direction de l’aéroport de Wellington où les voyageurs du monde entier peuvent admirer Gollum en train d’attraper un poisson et Gandalf chevauchant un aigle suspendu au-dessus de l’une des salles d’embarquement. Le dragon Smaug a lui aussi investi les lieux. Franchement? Cela ne m’a pas fait rêver. Grâce à Hantz notre guide, ce bref séjour, il faut bien plus qu’une douzaine de jours pour découvrir toutes les merveilles que recèlent les deux îles, a été d’une saveur extrême. Ash et moi avons ressenti un véritable coup de cœur pour ces paysages spectaculaires à la nature préservée de toutes pollutions. Le seul bémol serait peut-être une météo capricieuse, encore que la diversité des éléments soit en elle-même un plus. Ce pays est joyau brut.

    Il a été pourri gâté lors de son séjour chez Papily et Mumy…

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