• UN îLoT D'aMouR ( II )...

       ...Avez-vous de la famille chez laquelle vous pourriez vous installer à votre sortie?

    Mylhenn est bien incapable de répondre. Tout s'emmêle dans sa tête. Des visages, des cris, des pleurs, des rires, de la douleur, et un prénom qui lui semble être le sien, jusqu'à ce qu'elle en soit sûre. MylhennMylhenn et Christian se souvint-elle. Mylhenn sans Christian, pourquoi? Pourquoi ces cicatrices sur son corps? Qu'ont-ils tous à la dévisager ainsi chaque fois qu'ils passent la porte de sa chambre? Sa voix? L'état misérable dans lequel elle est arrivée? Une énorme migraine, et soudain tout lui revient! Elle a vraiment abusé cette fois-ci. De la curiosité dans leur regard? De la compassion? Elle est juste une patiente "Jane Doe" qui soudain retrouve une identité. Ils désirent prévenir sa famille, mais elle menace de s'enfuir. Elle refuse tout rapprochement. De colère, elle arrache sa perfusion et hurle après le psy qu'ils lui ont assigné. Un nouveau cauchemar et elle passe la nuit à trembler. Elle doit prévenir son amie qu'elle va bien à présent. Elle aimerait ses herbes folles. Elle devient folle! Assommée par les médicaments, elle somnole...
    Un parfum délicieux embaume soudain la petite chambre. Comme aucune des infirmières ne se parfume en service, Mylhenn entrouvre les yeux lentement. Elle découvre alors le regard bienveillant de sa visiteuse sur elle. Celle-ci se tient au pied du lit. 
    - Je ne voulais pas vous réveiller! Mylhenn cherche désespérément à se rappeler d'où elle connaît cette personne. Elle la dévisage attentivement, mais rien ne lui vient. 
    - Le médecin m'a permis de vous rendre visite mademoiselle! Je me nomme Patricia! La voix est agréable, mais elle ne lui rappelle rien. 
    - Vous sentez-vous mieux? Le mutisme de la jeune femme ne gêne pas sa visiteuse qui s'approche d'elle. Un sourire engageant orne ses lèvres et son attitude est paisible. Elle caresse doucement son bras, non sans lui avoir auparavant montré que sa main est inoffensive. Mylhenn admire l'intuition que possède cette femme.
    La rue, le banc? L'ambulance? Oui c'est ça! Mylhenn reconnaît celle qu'elle a brièvement aperçu avant de sombrer dans l'inconscience. 
    - Bonjour madame! Patricia sourit, le contact est établi. 
    - Pas madame voyons, Patricia suffira! Mylhenn acquiesce d'un signe de tête et soudain cette chambre d'hôpital devient un îlot d'amour pour la jeune femme. 
    Le cliquetis du tensiomètre qui rythme ses longues heures d'ennui s'atténue et le va-et-vient des chariots dans le couloir disparaît. Même le téléphone du poste de garde, proche de sa chambre, semble s'être tu. L'odeur de désinfectant a laissé place à un bouquet de chèvrefeuille qu'elle aspire à plein nez. Elle se rend compte qu'il serait temps qu'elle accepte de prendre la douche qu'on lui propose matin et soir. Tout à coup, sans comprendre pourquoi, elle a honte. Les draps ne sont pas d'un confort exceptionnel, mais ils lui servent de cocon dans lequel elle se laisse vivre. Elle se sent repoussante dans cette chemise blanche qui couvre son côté face et laisse admirer son côté pile chaque fois qu'on la fait marcher un peu. Ce n'est pas pire que les loques dans lesquelles on l'a retrouvé. Cela faisait presque une semaine qu'elle se livrait au jeu dangereux de qui resterait stone le plus longtemps. Six longs jours pendant lesquels elle néglige repas et toilette. Elle ne sait toujours pas comment elle a pu se retrouver à trente kilomètres de son squatt? Un flash, une angoisse soudaine, des hallucinations et il n'en faut pas plus pour qu'elle se jette dans le premier autobus venu! Des coups de frayeur elle en a connu et elle sait qu'elle en connaîtra encore et encore.
    Elle sombre de plus en plus. Son quotidien ressemble à une fuite éperdue où drogue et frayeur l'accompagnent. Elle espère ainsi échapper au monstre qui un jour la retrouvera! Pourtant, quelqu'un veille sur elle, elle en a la certitude à présent grâce à cette belle personne qui lui tient la main. Pour la première fois depuis des lustres, quelqu'un prend soin d'elle sans en attendre de retour. Sans la menacer des pires représailles, sans exiger de contrepartie ou guetter le moindre faux pas. En l'occurrence la faiblesse d'accepter la douceur du moment. Ses larmes coulent malgré elle en ouvrant la bouche à chaque cuillerées que Pat l'encourage à prendre pour se nourrir, pour dépasser ses peurs. Cette Patricia apparue comme un miracle dans sa vie, Pat qui, en quelques minutes a compris que c'était une peur irrépressible qui guidait les pas de Mylhenn depuis très longtemps. Bien plus qu'une compote de pêches, la jeune femme accepte enfin de laisser une place à la vie dans son pauvre corps. Elle accepte la douceur de cette mère, sa mère réincarnée. 
    Pendant deux heures, ce qu'elle n'est jamais parvenue à faire dans le bureau d'un psy, elle se livre à cette inconnue. Patricia pleure avec elle et décide que cette petite sera "sa" petite. Demain. Demain encore et toujours. Mylhenn remet à chaque fois au lendemain ce qu'elle doit faire, car cela prouve qu'elle sera encore là lorsque l'aube va se lever. Demain donc, elle appellera Maë Lynette et Sonia pour rassurer celles-ci. Demain un petit espoir se glisse entre les larmes de son avenir incertain.

    En attendant, elle se réchauffe au soleil de cette heureuse rencontre...

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