• CHouQueTTe & BéBé...

    ITiNéRaiRe D'uNe ReViViSCeNCe

    MyLHeNN                                         

                                           

                                                                                                     …Mylhenn est en deuxième année de FAC lorsqu'elle fait la connaissance de Christian. C’est le coup de foudre et elle accepte de l'épouser quelques semaines après leur rencontre. Selon les contrariétés ou les délires du pervers narcissique qu'est son mari, la vie de Mylhenn devient un enfer façonné de coups, de lubies et de harcèlement moral. Une dernière et cruelle agression la laisse pour morte. Au terme d'un douloureux séjour en centre de rééducation, totalement perdue et désarmée, Mylhenn s'expatrie en Amérique du Sud. Son parcours initiatique est jalonné d'errances et d'extravagances risquées. Arrachée à sa Provence natale à son retour pour des raisons de sécurité, elle est placé dans un foyer. Il lui arrive d'adoucir son mal-être récurrent auprès des gens de la rue parmi lesquels elle finira par s'installer définitivement. Un hasard bienveillant lui fait croiser la route de celle qui devient son âme sœur, sa jumelle de cœur. De drames en heureuses rencontres, Mylhenn reprend courage et se découvre une réelle passion pour l'écriture. Malgré le diagnostic inquiétant qui assombrit soudain son avenir, elle se lance courageusement dans un cycle d'études littéraires. Puisant la force nécessaire à sa reconstruction dans un passé tourmenté, elle reprend goût à la vie sous l’œil bienveillant de son ami Sam qui, tel un grand frère, veille sur elle avec patience et philosophie. Mylhenn commence alors un journal intime virtuel dans lequel elle se libère de ses maux en se confiant régulièrement aux anonymes qui suivent sa page. Ses compositions lui deviennent indispensables. Aidée d'un langage écrit qui lui est bien particulier, elle partage avec ses lecteurs un quotidien fait de doutes, d'espoir, de réminiscences chagrines et de situations cocasses. Peu à peu, sa nouvelle unité psychologique se façonne. Bébé, son complice des bons et des mauvais jours la conduira-t-il vers cette sérénité à laquelle elle aspire tant? Le parcours atypique de cette jeune femme pourra-t-il confirmer qu'inévitablement la vie reprend ses droits, quelles que soient les blessures qu'elle nous inflige?

    P.S : Tous les textes retravaillés sont publiés en écriture Comic sans MS, ils apparaîtront tels quels dans la publication...

  • ...Il pleuvait à seaux lorsqu’elles sortirent de la fac cet après-midi là. Mylhenn, Audrey et Claire riaient aux éclats en louvoyant entre les gouttes dans la rue. Elles étaient déjà trempées rien qu’en traversant la chaussée, mais à leur âge une pluie de fin de printemps, drue et rafraîchissante, ne prêtait pas à conséquences. Claire et Audrey sautèrent dans le bus et firent un signe de la main à Mylhenn qui continua sa course à reculons pour les saluer une dernière fois. Devait arriver ce qui arriva, elle percuta violemment un passant et manqua s’étaler mais fort heureusement il la rattrapa au vol. Elle se retourna pour s’excuser et sous l’averse torrentielle, les yeux bleus de Mylhenn croisèrent les yeux noirs de Christian qui n’avait pas lâché sa main. L’éclat de son regard la subjugua et elle y accrocha le sien plus longtemps que de raison. Ils étaient dégoulinants et euphoriques lorsqu’ils entrèrent dans le petit café de la place Henry Troyat. Christian l’entraîna au fond de la salle et il commanda deux chocolats chauds. La serveuse devait le connaître car elle le tutoya en lui apportant la commande, lui proposant aussi une serviette éponge pour qu’ils se sèchent un peu. Il la tendit à Mylhenn afin que celle-ci en profite en premier. Elle remercia la jeune femme qui la regardait curieusement. Mylhenn ne vit pas passer les deux heures suivantes et elle rentra chez elle avec beaucoup de retard, mais cela avait si peu d’importance. Le samedi qui s’ensuivit, elle rejoignit Christian au square pour y louer des vélos et ils firent une balade le long de la rivière jusqu’au petit barrage. Christian était beau comme un dieu avec sa chemise sans manches. Et, son pantalon de l’armée lui faisait un arrière train très attrayant. Mylhenn n’avait pas particulièrement soigné sa toilette mais son chemisier entrouvert et son short moulant la rendait elle aussi fort agréable à contempler et il ne s’en privait pas. Ils avaient posé leurs bécanes contre un muret et ils faisaient quelques pas le long du canal lorsque Christian l’attira gentiment à lui pour lui donner le plus doux des baisers. Mylhenn ne le lui rendit pas mais elle lui sourit pour lui montrer qu’elle acceptait cette caresse. Au retour il lui offrit un magnifique bouquet de roses rouges. En reprenant les cours le lundi elle raconta à ses amies sa rencontre et elle leur avoua que ce bel homme ne la laissait pas indifférente. Il se passa deux semaines avant qu’elle ne le revoie. Christian vint l’attendre un jeudi soir, lui proposant un resto-ciné pour la soirée, il lui avoua avoir hésité longtemps avant de lancer cette invitation, mais son envie de la revoir devenant de plus en plus forte chaque jour il s’était enfin décidé. Mylhenn apporta un soin tout particulier à sa tenue. Elle avait revêtu un ensemble en soie noir dont le pantalon et la chemisette très près du corps soulignaient sa silhouette avantageusement. Et pour seules parures, ses cheveux blonds qui tombaient en cascade sur ses épaules et un peu de gloss framboise sur ses lèvres. Il ne put s’éviter de lancer un sifflement admiratif en la voyant apparaître lorsqu’elle le rejoignit au petit bar ou ils s’étaient donné rendez-vous pour un petit apéritif. Mylhenn se montra tour à tour polissonne, suggestive et cultivée au cours du repas qui suivit. Elle apprécia ce tête à tête avec Christian, il était charmant, instruit et ses réparties spirituelles finirent de la séduire. Ils décidèrent d’un commun accord qu’il serait idiot de s’enfermer dans une salle obscure pour leur première sortie aussi ils se rendirent au « LODGE », un club branché ou l’on pouvait passer un bon moment à écouter de la musique et se trémousser librement sur des pistes de dance discrètes et tamisées. Elle lui laissa alors découvrir son côté félin.
    Lascive, elle évoluait autour de lui dans une danse voluptueuse, presque charnelle. Souple comme une liane elle joignait son corps à celui de Christian, effectuant de petits mouvements tendres et sensuels. Dès que son cavalier faisait mine de la retenir par la taille, Mylhenn lui échappait et allait se nicher contre son dos, l’embrassant dans le cou et caressant ses bras nus de ses doigts délicats. Elle plaquait sa poitrine contre lui et insinuait ses mains sous le tissu de sa chemise, étreignant son ventre, frôlant de ses paumes son sexe déjà en émoi par-dessus son pantalon. Elle revenait ensuite face à lui, s’aboutait à son torse et le gratifiait d’un baiser dont elle avait le secret. Elle câlinait ses lèvres, les mordillant tendrement puis, langue contre langue elle se faisait douce entre ses bras. Elle grignotait malicieusement le lobe de ses oreilles puis recommençait son manège par une nouvelle danse torride. La coquine s’employa à le charmer de tout son savoir-faire, et ce petit jeu les entraîna jusqu’à tard dans la nuit. A la fermeture du « LODGE » Christian incita Mylhenn à le suivre pour une toute autre danse qu’elle accepta sans hésitation. Il avait compris que sa divine méritait autre chose que les draps froissés de son lit pour leur première fois et il savait où trouver le cocon idéal. Le jardin aquatique du parc était fermé au public depuis quelques semaines pour de petits travaux et seuls certains privilégiés avaient accès au lieu. Christian était de ceux-ci puisqu’il en assurait parfois la sécurité. Il conduisit Mylhenn sur le terre-plein aux herbacés et nichés au creux d’une prairie fleurie artificielle, il l’encouragea à s’assoir dans l’herbe tendre et s’assit près d’elle. A travers l’immense verrière en plexiglas ils regardaient le jour se lever mais n’échangèrent aucune parole. Le soleil dardait ses premiers rayons, fusionnant l’obscurité de sa clarté avant de la dissoudre pour illuminer graduellement la ville en contrebas. Malgré les rayons déjà chauds de l’astre doré, le fond de l’air était encore frais et instinctivement Mylhenn chercha la chaleur de Christian. Celui-ci l’attira doucement à lui, caressa délicatement sa joue, la ravissant de mille paroles affectueuses comme la plus douce des musiques. Des yeux il l’invita à un baiser qui coula dans sa bouche comme le plus fin des nectars. Elle y répondit, voulant lui rendre l’ivresse qu’il lui offrait. Il l’aida à ôter sa chemise, libérant ses seins de la pression du tissu et les câlina de sa bouche avec délicatesse lui procurant une sensation de bien-être infinie. Il couvrait de baisers chaque parcelle de sa poitrine. Mylhenn se laissait faire, délicieusement conquise. Peu à peu, Christian progressa vers son ventre. Il cessa ses caresses le temps de la déshabiller entièrement avec douceur. Puis à son tour, il ôta ses vêtements, livrant son anatomie parfaite au regard candide de la jeune vierge qu’était Mylhenn. Ses mains glissèrent sur le corps nu de la jeune fille qui se cabrait malgré elle sous les caresses. Confiante, elle se livrait sans défense à cet homme.
    Il flatta longuement l’intérieur des cuisses de la jeune femme de ses lèvres puis déposa le plus tendre des baisers là où personne n’avait encore jamais eu droit de visite. Il effleura la fine toison dorée de ses lèvres, puis sa langue entrouvrit de façon exquise les pétales intimes d’où ruisselait une abondante rosée d’amour. Il s’y attarda quelques minutes, le temps de la rendre folle de plaisir. Il abandonna la place pour remonter le long de son ventre. Atteignant les pointes bandées de ses seins, passant de l’une à l’autre, il la tortura avec ferveur de ses lèvres brûlantes. Mylhenn poussait de longs gémissements, le désirant de toute son âme. Leurs lèvres se joignirent, lorsqu’il s’allongea entre ses jambes. Ils s’embrassèrent follement tandis que Christian sombrait lentement en mylhenn. Malgré une légère douleur, celle-ci s’ouvrit à lui pour accueillir cette chair ardente qui la combla sur l’instant. Cette pénétration était comme une libération et le sentiment de plénitude qui l’envahit fut extraordinaire. Elle se laissa submerger par les vagues du plaisir qu’il lui infligeait à chaque coup de reins. La rosée brillait comme des diamants sur la verrière au-dessus des deux amants. Les rumeurs de la ville au petit matin parvenaient, lointaines, à leurs oreilles. Le chant des oiseaux accompagnait les plaintes qu’elle exhalait avec ravissement dans ce sanctuaire de la nature. Elle s’abandonnait corps et âme à son amant, se laissant envahir par la félicité de l’orgasme naissant. Christian ne lui laissait pas un moment de répit. Sans fatigue il pilonnait son intimité en dosant ses mouvements, alternant douceur et brutalité.
    Elle sentait son cœur battre dans sa poitrine, de plus en plus vite, à l'unisson de la fougue de Christian. Ses stridulations déchiraient l’espace confiné de leur cocon, et les râles de jouissance de Christian se mêlaient à ceux d’une Mylhenn bientôt comblée. Ses plaintes cessèrent lorsque tremblante elle fut emportée par la vague. Puissant l’orgasme les faucha simultanément, noyant leur bonheur dans un flot d’élixir moite. Haletants et sans force, ils tentaient de reprendre leur respiration. Il s’était légèrement écarté d’elle, mais c’était pour mieux caresser ce corps superbe qu’elle lui avait offert. Il était tôt, les ouvriers ne viendraient que dans deux heures, alors elle se blottit contre lui, enveloppé d’une douce torpeur. Mylhenn s'endormit dans les bras, de Christian, terrassée, heureuse. Elle ne vit pas le sourire de satisfaction de celui-ci. Une heure plus tard, nu, tout comme Mylhenn, allongé dans la végétation Christian s’étira. Il récupéra ses vêtements puis il secoua doucement la jeune fille afin de la réveiller. La vision de ses fesses rondes et de ses seins d’adolescente l’excita d’emblée et il fut bien prêt d’honorer ce corps lascif une seconde fois. Lorsque Mylhenn fut prête, Christian lui donna un baiser langoureux qui la laissa ébloui. Elle pensa à cet instant que l’amour s’offrait à elle…

     


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  •    ...Cela faisait à peine un mois qu’ils avaient mêlé leurs liqueurs intimes et déjà Christian l’avait convaincu de vivre avec lui. De rendez-vous en visites inopinées il se rendait indispensable. Il était aux petits soins pour elle. Il était là à la sortie de ses cours, il l’emmenait déjeuner chez Paul, le bouchon à la mode du moment, ils allaient au cinéma à la suite de quoi il la gardait un peu sur le siège arrière de sa voiture. Mais point de sexe, juste des caresses sur sa peau nue, il aimait glisser ses doigts sous son pull et mignoter ses seins tandis qu’il l’embrassait langues mêlées et salive partagée. Il mettait ses nerfs à rude épreuve et la calmait en glissant ses doigts à l’intérieur ardent de ses cuisses. Il n’avait nul besoin de lui ôter sa petite culotte, il lui suffisait de trouver le bon endroit et d’y presser sa main pour que ses attouchements la fassent gémir de satisfaction. Il arrivait parfois qu’elle jouisse. Elle mourrait d’envie de le sentir en elle, mais la condition était claire. Elle devait aménager chez lui. Il prétextait qu’elle valait mieux qu’être le coup d’un soir. Mylhenn se fit tirer l’oreille quelques semaines encore puis elle céda.

    L’appartement de Christian se situait au troisième étage d’une copropriété. Il y avait deux autres logements sur le palier. Une personne seule, fortement intéressée par l’aménagement de Mylhenn et un couple de personnes âgées très avenants. Rassurée la jeune fille s’installa dans ce qui dorénavant serait son foyer. La cuisine à elle seule aurait pu contenir entièrement le studio qu’elle avait partagé jusque-là avec ses deux colocataires. Le salon était douillet et confortable, le canapé tenait à lui seul un pan de mur. Un grand meuble bibliothèque attira son regard car un bar réfrigérant y était incorporé. Christian possédait une quantité incroyable de différentes bières. Elle ne l’avait jamais vu ivre alors elle ne s’inquiéta pas. Soudain elle pâlit, sur la table du salon était déposée l’arme de service de son compagnon. Celui-ci vit son regard et la rassura. Personne autre que lui occupait l’appartement aussi aimait-il que son outil de travail soit toujours à sa portée. Il ajouta qu’elle devrait s’y faire et le ton qu’il employa pour exprimer ce souhait dérangea Mylhenn. Il lui montra ensuite la salle de bains, tenue impeccablement. Elle se rendit compte que Christian était un maniaque du rangement et de la propreté.  Elle qui laissait facilement sa brosse à dents à même le lavabo et sa serviette de bains sur le rebord de la baignoire, se sentit piégée.

    Il ne lui montra pas la chambre et lorsqu’elle lui en fit la remarque, il sourit et l’invita à être patiente. Le repas qu’il lui avait concocté était digne des meilleurs restaurants. L’air de rien, il chercha à savoir si ses bases en cuisine lui permettaient de cuisiner correctement. Le sérieux avec lequel il l’interrogea mit Mylhenn très mal à l’aise et pendant une fraction de seconde elle eut envie de fuir. Ses appréhensions s’estompèrent dès qu’il l’invita à passer dans la chambre. Il lui demanda quelques minutes d’attente, puis il l’invita à entrer. De nombreuses bougies illuminaient la pièce, un diffuseur en porcelaine répandait des senteurs d’huiles essentielles aux agrumes et, cerise sur le gâteau, il avait répandu des pétales de roses blanches sur la couverture bleue qui recouvrait le lit.

    Mylhenn était conquise par l’ambiance. Elle le laissa défaire son chignon. Il passa ses doigts dans ses cheveux, puis il les fit courir sur ses joues, son cou et le lobe de ses oreilles. Ils se regardaient dans les yeux et il la vit frissonner. Il caressa doucement ses lèvres des siennes, en prenant son visage dans ses mains. Elle se sentit enfin aimé lorsqu’il effleura ses joues. Il l’embrassa tendrement puis il se mit à caresser ses oreilles de ses lèvres. Cela l’excita soudain. Il l’embrassa à nouveau, puis retirant sa bouche de la sienne, il passa un doigt sur ses lèvres. Il lui sourit, et il conclut ses caresses d’un baiser sensuel. Emoustillée, Mylhenn appuyait son corps contre celui de Christian. Il vint se placer derrière elle, dégagea ses cheveux sur le côté et embrassa sa nuque puis il caressa longuement ses épaules. Enfin il s’intéressa au zip de sa robe. Il fit glisser le vêtement à terre, découvrant le corps parfait de sa jeune compagne.

    - Tu es une merveille Mylhenn! Ma merveille!

    Flattée par le compliment, celle-ci appréciait la chaleur de ses paumes sur sa peau douce. Il la fit asseoir sur le lit et à genou devant elle, il fit courir sa main le long de sa cuisse. Ses doigts s’égarèrent un instant à la lisière du petit sous-vêtement de Mylhenn. Il insinua un doigt sous le fin tissu, déposa quelques baisers à l’intérieur de sa cuisse, puis il retira rapidement son doigt. Le souffle court elle regardait Christian ôter ses vêtements.

    Nu, il s’allongea sur le lit, Mylhenn comprit alors ce qu’il attendait d’elle. Elle s’appliqua à le satisfaire et lorsque de ses lèvres barbouillées elle l’embrassa fiévreusement il la fit rouler sur la couverture. Ses sous-vêtements volèrent dans la pièce. Il se plaqua contre ses fesses et agrippa sa poitrine des deux mains. Il mordilla sa nuque et d’une seule poussée, il la pénétra rudement. Elle poussa un petit cri de surprise, mais elle apprécia ce qui suivit. Il se fit brutal et doux à la fois. Ses pressions se faisaient de plus en plus fortes. Elle percevait le claquement de ses fesses contre le ventre de Christian et cela l’excita d’avantage. Elle se mit à onduler du bassin tout en encourageant son amant à la prendre plus rudement encore. Il l’attrapa par la taille et la releva de façon à ce qu’elle se retrouve à genou devant lui. Ses mains, toujours sur la taille de Mylhenn, maintinrent fermement la jeune fille et il entama cette sarabande qu’elle désirait plus que tout. Elle cria à en rendre sourd son amant. Enfin apaisés, immobiles, imbriqués l’un contre l’autre ils sommeillaient. Presque endormie, Mylhenn entendit soudain les craquettements insistants d’un grillon. Christian avait déposé son beeper sur la mini commode qui lui servait de table de nuit. Il se redressa d’un bond et alla passer son uniforme en toute hâte. Il était près de vingt heures et l’on avait besoin de ses services. Il rappela son supérieur pour connaître l’adresse de la mission puis il embrassa rapidement Mylhenn sur le front. La main sur la poignée de la porte, il se retourna vers sa jeune maîtresse.  

    - Si tu t’ennuies en m’attendant ma poupée, tu peux commencer à faire la vaisselle! Le ton était sans appel…


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  •    …Mylhenn aimait tellement sa nouvelle vie. Elle n’avait plus besoin d’attendre pour se doucher et même si Christian passait en premier, elle avait encore de l’eau chaude. Les briques de lait n’étaient pas remises vides dans le frigo et elle pouvait regarder le programme tv qu’elle désirait après ses révisions. Quoi que, Christian ne lui laissait pas souvent loisir de paresser devant le téléviseur lorsqu’il était présent. La chambre était son emplacement préféré pour batifoler. Et il l’entraînait chaque jour dans la chambre. Peu lui importait l’heure, il désirait combler Mylhenn de ses caresses lui prouvant ainsi à quel point il l’aimait. Il était charmant et tellement agréable à vivre. Elle ne l’avait pas encore vu serrer les poings lorsqu’elle oubliait l’heure pour rentrer de la BU ou qu’elle s’attardait le soir , plongée dans ses livres, à son bureau. Il venait souvent la chercher à la sortie de ses cours. Parfois il lui arrivait de râler, car il n’y en avait que pour ses livres et pendant qu’elle étudiait elle n’était pas disponible pour lui. Ce n’était pas grave, tout irait mieux lorsqu’elle aurait validé son trimestre. Peut-être même qu’elle finirait par se lasser de ses bouquins! Il râlait aussi lorsqu’elle sortait avec ses amies, qu’avait-elle besoin de les voir en dehors des cours? Il se sentait si seul quand elle n’était pas à l’appartement. Peut-être qu’elle abandonnerait ces virées s’il le lui demandait? Mylhenn se trouvait sur un petit nuage, et elle ne s’apercevait pas que peu à peu Christian grignotait de son temps.

    Un soir, il rentra tout réjoui car il venait d’obtenir les documents pour leur mariage. Mylhenn lui expliqua que c’était trop tôt, mais il ne voulut rien savoir! Alors elle accepta de devenir son épouse. Ils firent une belle fête avec leurs amis respectifs, mais aucun des parents n’étaient présents. Christian n’avait pas invité les siens, quant à Mylhenn, les relations qu’elle entretenait avec sa famille étaient très compliquées, elle prévint juste Maë Lynette, sa grand-mère, de son union avec un gentil garçon de sept ans son aîné!  Elle n’osa pas la convier à la fête. Parfois Christian rentrait très tard de ses missions. Se sentant seule l’une de ces soirées, elle invita Audrey à  dîner. Christian ne fit pas d’esclandre devant la jeune femme, mais lorsque celle-ci eut pris congé, il attrapa méchamment Mylhenn par le bras et il lui défendit à l’avenir de recevoir en son absence. Elle laissa échapper une courte plainte et il regretta aussitôt son geste.

    - Je te demande pardon ma puce, je ne sens pas ma force! Je suis désolé ma pauvre chérie! Mylhenn en avait les larmes aux yeux, mais elle ne donna pas suite.

    - Tu sais ma puce, j’aime être avec toi, je regrette ce qui vient de se passer, mais je te veux pour moi seul! Le ton de sa voix ne permettait aucun doute. Le lendemain lorsqu’elle rentra de la FAC, elle découvrit sur son bureau l’atelier de calligraphie qu’elle désirait depuis un petit moment. Elle oublia donc la vilaine ecchymose qu’avaient dessinés les doigts de Christian sur son bras. Il lui arrivait parfois, le samedi, de rendre visite à sa grand-mère et à l’une de ses tantes. Elle prenait l’autocar, un livre sur les genoux pour se donner une contenance pendant les une heure trente que durait le trajet, et profitait du paysage la plupart du temps. Elle passait une partie de la journée en famille puis elle rentrait en début de soirée. Un samedi où elle revint plus tardivement que d'habitude, Christian furieux lui fit comprendre que s’en était fini de ses excursions en solitaire.

    - C’est bien beau tes balades ma petite chérie, mais pendant ce temps qui fait le repas? Je travaille figure-toi, alors au fourneau et grouille, je commence à vingt et une heure! Il s’était servi une bière et attendait sa pizza-salade en l’observant le regard noir. Ce soir-là, Mylhenn s’abstint de dîner. D’ailleurs il lui arrivait de plus en plus souvent de sauter des repas. Quelque chose clochait chez son mari, tantôt il était doux et aimant, tantôt il devenait violent et cruel. Ce coup de poing sur son épaule parce qu’il l’avait soupçonné de flirter avec le facteur avait fait un hématome qu’elle avait gardé plusieurs jours. Il s’était confondu en excuses, prétextant avoir passé une mauvaise journée. Christian jura à Mylhenn que jamais il ne recommencerait! Une semaine plus tard, alors qu’ils étaient à table, elle lui fit part d’un souhait.

    - Je ne te donne pas assez d’argent? Il la vilipenda pendant plusieurs minutes, ses yeux lançaient des éclairs. Tout cela, parce qu’elle venait de lui dire vouloir faire un stage en entreprise pour valider son cursus. Elle lui expliqua qu’elle ne serait pas rémunérée, mais que cela ferait un petit plus dans un éventuel CV.

    - Quel besoin as-tu de vouloir toujours sortir? Tu n’es pas bien ici avec moi? Le verre claqua sur la table et explosa en plusieurs morceaux. Mylhenn éclata en sanglots et les éclats de verre s’étaient répandus sur la table. 

    - Si je comprends bien, tu envisages de bosser plus tard? Je sers à quoi moi? C’est hors de question ma puce! Et arrête de chialer, tu sais que ça m’agace! Il se leva si brusquement que Mylhenn en fut effrayée, elle recula malgré elle lorsqu’il s’approcha. Pourtant il essuya ses larmes avec douceur et l’attira à lui. Il l’enlaça tendrement puis il la souleva dans ses bras.

    - Je vais te montrer ma petite merveille ce que tu perdrais à vouloir souvent t’éloigner de notre foyer! Mylhenn eut beau protester, elle se retrouva nue sur le lit en un rien de temps. Elle se débattit pour le principe car il sut la faire rire, la câliner et il lui fit l’amour de façon remarquable.  Elle n’oublia pas pour autant l’incident, mais elle savait qu’avec tout l’amour qu’elle lui portait, elle parviendrait à le guérir de ses brutales sautes d’humeur…

    Mylhenn ne prit pas garde à ses yeux noirs lorsqu’il lui demanda de baisser le couvercle de la poubelle. Christian l’avait complimenté sur son repas et à présent elle finissait de ranger tranquillement la vaisselle au-dessus de l’évier puis elle alla étendre le torchon qui lui avait servi à l’essuyer sur le fil du rebord de la fenêtre. 

    - Les mouches vont être attirées par les déchets! Ferme cette putain de poubelle bondieu! Mylhenn sursauta, jamais Christian n’avait été aussi grossier. Alors qu’elle allait lui répondre vertement, il se leva et la gifla violemment sur les deux joues. Ses oreilles furent emplies d’acouphènes et la douleur la cloua sur place!

    - Mince je suis désolé, excuse-moi ma puce! Mylhenn le vit sortir en trombe de l’appartement. Elle pensa qu’il était trop honteux pour supporter son regard. Il revint avec un magnifique bouquet de roses rouges qu’il lui offrit en lui promettant que jamais plus il ne porterait la main sur elle. Une fois encore, Mylhenn le crut… 


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  •    ... Le micro onde n’a pas tout à fait terminé son programme.

    Les petits pains aux graines de sésame qu'elle a confectionné de ses mains dorent lentement. Ils devaient accompagner leur déjeuner. Mylhenn perçoit le léger ronronnement provenant de la cuisine et ses yeux se portent sur les débris du plat en verre fracassé sur le carrelage. Le visage tuméfié, son chemisier déchiré, elle est venue se blottir près de lui sur le canapé. Elle n'a pas d'autre choix si elle veut qu'il se calme. Celui-ci pose sa bière déjà bien entamée sur la table basse. Un sourire glacé zèbre ses lèvres. - Pourquoi tu m'obliges à faire ça bondieu! dit-il en caressant tendrement sa joue tuméfiée. Il la gratifia d'un beau sourire. Elle savait qu'elle devait le lui rendre sinon... - C'est à croire que tu aimes quand je te corrige ma merveille! Il glisse une main possessive sous la nuque de sa femme, l'attire à lui, et l'embrasse avec voracité. Comme à chaque fois qu'il lui donne une leçon, Mylhenn sait ce qu'elle doit faire pour calmer son agressivité. Soumise, elle attire son regard en remontant lentement sa jupe. Dans ses yeux il y a encore de la colère, mais son attention s'est enfin portée sur les cuisses de sa femme qui tremble de peur. Elle écarte sensuellement ses jambes, lui dévoilant peu à peu les dentelles de sa petite culotte. Mylhenn frissonne de la tête aux pieds lorsqu'il tend sa main pour effleurer l'intérieur de ses cuisses. Elle ferme les yeux tout en retenant ses larmes. Heureusement pour elle, Mylhenn avait pris un rendez-vous chez l'esthéticienne la veille, ainsi il n'aurait pas de raison de se fâcher une fois encore.
    - Je ne baise pas avec un hérisson! lui avait-il dit avec élégance un jour où la jeune femme ne s'était pas fait épiler comme il le désirait. Pour marquer sa déception, il l'avait battu comme plâtre. Il aime quand sa merveille a la peau lisse et douce comme une peau de bébé. Il lui arrive en rentrant, énervé par son travail, d'attirer sans ménagement son épouse sur le lit conjugal. Il lui arrache sa petite culotte et se délecte à la vue de son sexe glabre. Il exige d'elle qu'elle se caresse puis il l'invite à une partie de traversin au terme de laquelle elle doit le remercier pour sa tendresse. A présent elle doit se faire pardonner son oubli. Ne pas mettre de parmesan dans les cannellonis aux légumes mérite la correction de l'année.
    - Enlève ta jupe! grogne-t-il en frappant brutalement son genou. Résignée et obéissante Mylhenn se lève, elle dégrafe rapidement sa jupe et la laisse descendre le long de ses jambes. Christian disparaît pour laisser place à l'amant qui la comble de ses faveurs. Elle a retiré sa petite culotte et langoureusement elle lui offre le petit bout de tissu gris. En parfait gentleman Christian le récupère, il le hume en détaillant Mylhenn, l’œil grivois, des pieds à la tête.
    - Tu es une bonne fille ma merveille! Il jette la petite culotte sur la table basse, elle ne l'intéresse plus. Mylhenn commence à déboutonner son chemisier, oubliant pudeur et dignité.
    - Non, tu es très excitante ainsi, approches! C'était sans appel, mais au moins il ne pensait plus à se servir de ses poings. Elle roule des hanches, en le rejoignant. Délestée de ses chaussures, elle s'offre à ses caresses. S'il est une chose dont elle est sûre, c'est que son mari lui donne autant de plaisir que de coups. Pour l'instant, il passe ses mains sous le chemisier et l'embrasse tendrement. La bouche légèrement ouverte, le regard vide, Mylhenn imite le balancement d'un reptile au son de la flûte qui le guide. Elle n'a pas à feindre son plaisir lorsque les mains de Christian descendent le long de sa taille pour aller se poser sur ses fesses. Il les flatte longuement puis ses doigts s'égarent entre ses cuisses. Elle sait ce dont il a envie. Elle palpe le sexe enflé de son mari à travers l'étoffe de son pantalon. Celui-ci sursaute puis frissonne, encourageant Mylhenn à poursuivre son exploration. Tandis qu'il ôte sa chemise, elle s'empresse de le libérer de sa ceinture, celle-là même avec laquelle il la corrige de temps en temps. Elle dégrafe les pressions de son pantalon d'uniforme et se penche sur le membre raidi qui dépasse du caleçon. Tandis que ses lèvres se livrent à un délicat massage de la superbe érection qu'il lui réserve, Christian caresse ses cheveux et câline sa nuque. Il a oublié la force de ses poings, il lâche prise et la bête redevient homme. Il ôte ses vêtements sans pudeur, il est tellement fier de ses muscles. Ceux-ci ont l'air d'une menace pour Mylhenn qui obéit sagement lorsqu'il la renverse sur le canapé. Presque tendrement, il s’installe entre ses cuisses, faisant reposer les mollets de sa femme sur ses épaules. Il glisse avec douceur ses mains sous les fesses de sa jeune épouse et se penchant en avant, il laisse sa langue fouiller la chair rose et les plis délicats de son intimité. Mylhenn réagit violemment à ces doux petits coups d'apex. Elle se tord et gémit, réclamant toujours plus. Les lèvres de son mari se font câlines en aspirant le petit bouton durci par l'excitation. Christian dévore sa tendre chair en la mordillant, il fait danser sa langue avec rapidité, appréciant les gémissements de sa Merveille qui s'abandonne au plaisir. Elle n'est pas loin de la jouissance, il stoppe sa délicate torture. Maintenant à genoux entre ses cuisses, il l'observe longuement de ses beaux yeux noirs.
    - Si seulement tu n'étais pas aussi énervante, regarde ce que tu m'obliges à faire! Il détaillait chacune des griffures et des ecchymoses qu'il avait imprimées sur la peau de son épouse. Soudain, il attire Mylhenn à lui par la pliure des genoux, et la fixant intensément, sans hésitation il s'enfonce en elle. Elle place immédiatement ses jambes sur ses reins, le laissant adapter la force de ses va et vient au balancement de ses hanches. Lorsque son rodéo est bien engagé, il pose ses mains autour du cou de sa compagne. Il lui fait comprendre ainsi qu'il est toujours maître de la situation. Il lui suffit de serrer plus fort et plus longtemps... Mais, une fois encore, elle échappe au pire, grâce aux balancement de ses hanches et à l'adresse de sa langue. Mylhenn n’a même pas besoin de faire semblant, son corps est secoué de spasmes de plaisir, et les gémissements qui emplissent la pièce sont bien réels. Elle s'abandonne à ses coups de reins de plus en plus violents. Ses rudes assauts effacent pour un temps les meurtrissures, et ce bonheur parodié la satisfait. Dans ces moments-là, son homme est protecteur et attentif. Elle appuie ses pieds sur ses fesses pour qu’il se perde encore plus profondément en elle à chaque coups de reins. Lorsque sa semence chaude l'inonde, poissant son sexe et ses cuisses, elle laisse échapper une longue plainte, bandant son corps comme un arc, imitant parfaitement une véritable jouissance. - Tu es vraiment bonne ma Merveille! Par ces mots délicats, elle comprend que bientôt la bête sera de retour. En attendant, il la serre très fort contre lui, l’embrasse tendrement et se fait presque rassurant.
    - Je t’aime, ne t’inquiète pas, tout va bien, Un jour tu n’auras plus besoin de ces leçons ! Reste contre moi sans bouger!
    Repue de coups, de sexe, de caresses et d'amour, celle-ci prête une oreille attentive aux promesses de son homme. Elle aimerait tant pouvoir lui dire... qu’il comprenne qu’elle n’en a jamais eu besoin.
    Après l'amour il aime la retenir contre lui, son sexe reposé ajusté tendrement à celui de sa femme. La tête de Mylhenn repose sur le torse de Christian qui, les yeux fermés, enroule nonchalamment des mèches de ses cheveux dorés autour de ses doigts. De l’autre main, il lui pelote machinalement les seins dont les pointes encore dressées viennent griffer délicatement sa paume.
    Ce sont les mêmes mains qui, plus tôt, lui assénaient coups de poings et gifles parce que le repas ne le satisfaisait pas.
    Ce bref instant de plénitude après l’orage lui permet de supporter les baisers de Judas qu'il dépose avec affection sur son front. Évitant de songer aux délires futurs, aux coups qui se feront plus brutaux encore, elle enlace Christian avec force, ses bras autour de sa taille afin de le retenir un peu longtemps dans cet état de grâce. Une fois encore, elle est parvenue à ravaler ses larmes. Pour éviter le pire, elle a mis toute son énergie dans cette chevauchée.
    La respiration régulière de son homme lui indique qu'il s'est endormi. Il était temps pour elle de se détacher de son étreinte. Elle se rajuste silencieusement, ignorant les ecchymoses qui bleuissent sa peau. Elle n'a plus la force de fuir, elle a déjà essayé sans succès. Son arme, qu'il décharge rarement, est posée sur le meuble de l'entrée. Souvent, Mylhenn s'imagine qu'un jour elle aura le courage de s'en servir.

    Elle soupire tristement puis se dirige vers la cuisine afin de réparer les dégâts avant qu’il ne se réveille...


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  •    ...Une tasse de thé brûlant dans la main, Sohan s’était accoudé au bastingage du yacht pour apprécier le ballet des bateaux de pêche au loin. Il était encore très tôt. Les épaisses nuées de l’aube entretenaient une semi-obscurité rassurante. En vacances, Sohan aimait se lever aux aurores afin de profiter de la quiétude des lieux. Paix toute relative, car des piaillements stridents provenaient du vol de mouettes qui suivait les pêcheurs. Au loin, les moteurs diesel des embarcations emplissaient la baie de leurs grondements. Et les premiers klaxons résonnaient déjà au cœur de la ville. Malgré tout, Sohan se ressourçait en toute sérénité aux fragrances salées que la brise marine lui renvoyait du large. Détendu et relaxé, il réfléchissait à certains dossiers qu’il avait laissé en suspens.
    Il ne parvenait jamais à décrocher totalement. Toutefois, aujourd’hui, son esprit vagabondait à des milliers de kilomètres, là où résidaient famille et amis. Il y avait si longtemps qu'il les avait quittés que l'éloignement transformait ses souvenirs en une douce rêverie. Alors qu'il portait la tasse encore fumante à ses lèvres, Sohan aperçut une frêle silhouette qui avançait mécaniquement le long du quai. La démarche incertaine, une jeune femme se déplaçait péniblement en zigzags. Encore une qui ressortait ivre du Seagull pensa-t-il. La boîte de nuit du port avait très mauvaise réputation car, malgré la loi stricte, l'on y servait de l'alcool aux très jeunes et des drogues illicites circulaient souvent à l'arrière. Malheureusement, le patron était le neveu d'un député très médiatique, autant dire intouchable.
    Médecin-administrateur d'un service d'urgences, lors de ses gardes Sohan accueillait régulièrement des personnes dans le même état que celle qu’il avait sous les yeux. Il ne lui était pas possible de porter toute la misère du monde sur ses épaules, mais incapable de détourner le regard, il se mit à observer attentivement la jeune personne. À mesure qu’elle se rapprochait de lui, Sohan réalisa qu'il y avait bien plus qu'une soirée arrosée en découvrant la tenue de Mylhenn. Celle-ci avançait dangereusement en direction du ponton aux amarres. À présent, Sohan percevait clairement ses sanglots désespérés. Le peu de tissu qui la couvrait était en lambeaux et l'un de ses pieds n'était pas chaussé. D’une main couverte de sang, elle semblait protéger son visage tuméfié d'un agresseur invisible. De vilaines griffures lui striaient les bras et une épaule. Sohan comprit que cela allait mal se terminer. Il ne quittait pas des yeux la progression de Mylhenn. Se redressant lentement, il posa sa tasse sur le rebord de la rambarde.
    Un léger plouf et elle se laissa couler sans lutter dans l’eau sombre et glacée du petit matin. À peine quelques secondes plus tard, d’un plongeon impeccable Sohan fendit la surface de l’eau à peine troublée par la chute de Mylhenn. En quelques brasses, celui-ci rejoignit la position où la jeune femme avait disparu. Il plongea plusieurs fois avant de pouvoir finalement crocheter sa taille et la ramener vers la surface.
    Aidé des témoins qui avaient assisté à la scène, Sohan hissa Mylhenn sur le ponton. Il pratiqua une réanimation musclée au terme de laquelle celle-ci se mit à tousser en recrachant l’eau salée qu’elle avait avalée. Essoufflée, elle insultait ses sauveteurs et hurlait des mots sans suites entre deux quintes de toux. Rapidement hystérique elle se releva et gesticulait en frappant tous ceux qui tentaient de lui venir en aide. Repoussant même la couverture dans laquelle on voulait la réchauffer. Sohan comprit qu'elle était en état de choc et qu’il allait devoir être brutal pour la maîtriser. Il la gifla le moins cruellement possible. Elle se calma instantanément. Il l’a rattrapa de justesse lorsque celle-ci perdit connaissance.
    Une fois sur le BIRBAL, elle se laissa doucher comme une enfant par l’une des hôtesses. Apathique elle accepta que son sauveteur l'ausculte. Le corps émacié de la jeune femme était recouvert d’un nombre impressionnant d'ecchymoses et de griffures. Horrifié, Sohan constata qu'une poignée de cheveux lui avait été arrachée juste à l’arrière de l’oreille droite. S'était-elle fait agresser sur le parking? L'état de la robe que portait Mylhenn lui donna à penser qu'il pouvait s'agir d'un viol. Pourtant, cela n'expliquait pas la maigreur, ni les hématomes anciens qui parsemaient les cuisses et le bas du dos de sa patiente.
    Revêtue de l'une des chemises de Sohan, Mylhenn, immobile le regard vide, avait les yeux fixés sans le voir sur le bol de chocolat chaud qu'on lui avait servi. Le médecin se décida à lui injecter un léger lénitif afin d’apaiser sa détresse. Sédatée, elle s'endormit tranquillement quelques minutes plus tard.
    Mylhenn se réveilla alors que le voilier naviguait en pleine mer. Affolée et submergée par ses émotions, celle-ci se mit à hurler. Ses plaintes faisaient mal à entendre, mais Sohan refusa de la reconduire à terre. Il lui expliqua qu'elle serait mieux sur le yacht pendant quelques jours plutôt que dans un service bondé de psychiatrie. Il savait que c'était ce qui allait lui arriver après une tentative de suicide. Implorante puis prostrée la minute suivante, Mylhenn tenta de négocier sa reconduite à terre. Révoltée au point de vouloir encore se faire du mal, celle-ci refusa de se nourrir plusieurs jours durant…
    Ne parvenant pas à s’expliquer pourquoi, Sohan prit en main la destinée de l’inconnue. À force de patience il parvint à apprivoiser la jeune femme. Par bribes elle lui livra le calvaire quotidien qu’elle subissait auprès d’un compagnon brutal. Elle s'était enfuie à la dernière correction reçue. Désespérée car elle ne trouvait personne pour lui venir en aide, elle avait décidé de mettre fin à ses jours.
    Enfin en confiance, elle révéla son nom de famille au médecin.
    Désabusé, Sohan comprit en les contactant que personne ne lèverait le petit doigt pour venir en aide à sa patiente. Poussant plus loin ses recherches, il découvrit que plusieurs mains courantes pour mauvais traitements avaient été déposées à l'encontre du compagnon de Mylhenn. Il obtint également les rapports de trois urgentistes pointant du doigt plusieurs passages de la jeune femme dans leur service, mais cela était resté sans suite. Les jours suivants, Sohan eut à jongler entre angoisse, ataxie et crises de colère. Il diagnostiqua un manque. Se droguait-elle pour supporter son calvaire?
    Le regardant droit dans les yeux elle lui affirma n'avoir jamais pris de stupéfiants lorsqu’il lui posa la question. Sohan en douta fortement.
    Irritable et agressive elle refusa à nouveau toute nourriture et menaça de se jeter par-dessus bord. Une halte dans un port s’imposait. Sohan avait besoin de l’avis d’un confrère pour mettre un traitement médicamenteux en place et cela rapidement. Elle crut avoir obtenu gain de cause lorsqu’il lui annonça que le BIRBAL accosterait en fin de journée.
    Elle l’insulta en découvrant qu’il la dirigeait vers un centre de soins, mais elle ne put faire autrement que de le suivre. En dehors des marques de coups et d’un comportement tantôt agité, tantôt dépressif, le praticien ne découvrit aucune réelle pathologie. Il recommanda l’aide d’un professionnel pour évacuer les traumatismes anciens. En constatant la maigreur inquiétante de la jeune femme il prescrivit une cure de vitamine D. Toutefois en confidence, il laissa sous-entendre que la protégée de son confrère souffrait d'un manque, mais sans analyses sanguines, il ne pouvait se prononcer. Celle-ci refusait catégoriquement un prélèvement et le clinicien jugea inutile de la solliciter plus qu'elle n'en pouvait supporter.
    Sur le trajet de retour Sohan offrit quelques vêtements seyants à la jeune femme. Souriante, elle le remercia plusieurs fois. Il ne remarqua pas l’éclair de fourberie qui se dissimulait dans les yeux de Mylhenn.
    Elle grignota la moitié d’un churro tandis qu’ils retournaient au yacht et refusa net un repas au restaurant. Prétextant un mal de tête soudain, elle s’isola dans sa cabine.
    Sohan ne s’aperçut de la disparition de Mylhenn qu’au moment d’appareiller. Il passa une partie de l’après midi à rechercher la jeune femme avec l’aide de son personnel et de la police de l’île. L’un des membres d’équipage la découvrit dans un tripot. En le rejoignant dans le débit de boissons, Sohan comprit enfin de quel manque souffrait Mylhenn. Léthargique, installée à l'écart des autres clients, celle-ci avait les yeux clos et un sourire béat sur les lèvres. La jeune femme adossée à la banquette, avait posé ses jambes sur un tabouret. Sa tenue triviale – une tunique courte et un short au tissu pratiquement inexistant- attirait les regards, pas forcément bienveillants, d’hommes à la mine patibulaires. Sur la table devant elle, un verre et une bouteille vides tous deux, tenaient compagnie à un litre de vodka à peine entamé. Ivre morte, elle remarqua tout de même le soudain silence qui se fit dans la salle. En apercevant Sohan, par provocation, elle attrapa la seconde bouteille, la porta à ses lèvres et en avala de longues rasades. Quelques secondes plus tard, la bouteille se fracassa au sol dans un bruit sinistre. Sohan avait fondu sur elle comme un aigle sur sa proie, et malgré les protestations de la jeune femme, il la souleva et la projeta sur son épaule comme un vulgaire sac de pommes de terre. Mylhenn se débattait vigoureusement, mais il la maintenait solidement.
    - Qui va payer ses consommations? Hurla le barman en se précipitant à la suite de Sohan déjà près de la sortie. Celui-ci stoppa net son élan puis il fit lentement face au barman.
    - Considérez que c’est une bien piètre contravention pour l’alcool que vous avez servi en abondance à une jeune personne fragile! Et estimez-vous heureux que je ne prévienne pas les autorités portuaires! Sohan avait parlé posément sans élever la voix. L’autre ne répliqua pas.
    Mylhenn fut projetée sans ménagement sur le siège arrière de la jeep et Sohan s’installa auprès d’elle tant bien que mal. Le capitaine du BIRBAL qui attendait moteur en marche, démarra en trombe.
    Excédé par ses cris et ses gesticulations désordonnées durant tout le trajet, Sohan extirpa la jeune femme manu militari du véhicule à leur arrivée au port. À peine à bord il ordonna l’appareillage. Hystérique, Mylhenn détruisait tout ce qui trouvait dans la cabine où, pour sa sécurité, on l’avait confinée.
    S'égosillant bien inutilement celle-ci vociférait menaces et insultes. N’y tenant plus, Sohan se décida à employer les grands moyens. Il l’entraîna toute habillée sous le jet glacé de la douche et l’y maintint jusqu’à ce qu’elle s’en rende compte. Le souffle coupé, elle suffoqua un bref instant, puis elle se remit à hurler de plus belle. Le médecin tint bon. Tout aussi trempé qu'elle, il continuait à lui parler doucement et parvint enfin à l’apaiser. Peu à peu les cris se transformèrent en pleurs et les pleurs en plaintes.
    Vêtue d'un t-shirt, emmaillotée dans une couverture polaire, Mylhenn dormait profondément. Rassurant, Sohan l’aida à surmonter un premier cauchemar, puis un second. Au suivant il lui administra un léger sédatif. Il savait que l’excès d’alcool avait fait des ravages sur son inconscient.
    Sohan reprit son travail aux urgences.
    En dépit de l’aide qui lui était proposée, Mylhenn retourna auprès de son compagnon violent. Une fois de plus celui-ci la roua de coups, la laissant pour morte sur le carrelage de la cuisine. Son passage en soins intensifs et en rééducation fut une délivrance pour la jeune femme. Son mari était enfin en détention. Ébranlée psychologiquement, Mylhenn se remit à la boisson. On l’admit d’office en cure de désintoxication dans une clinique spécialisée. Le doux souvenir de l’étreinte sauvage qui les avait brièvement unis était encore bien présent à la mémoire de Sohan. Réaliste, il prit ceci comme un charmant remerciement qu’elle lui avait offert, mais il ne se sentait pas mieux pour autant car jamais il n’aurait dû céder aux avances de sa patiente. Peu après son admission en centre de soins, l’on appela Sohan pour lui signifier la disparition de Mylhenn.
    Jamais il ne se revirent…


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  • ...Après de longs mois d'errance en Amérique du Sud, Mylhenn avait pris le chemin du retour.

    Être dépaysée en parcourant de nombreuses contrées isolées lui apporta un semblant d’oubli. L’oubli non, mais un moment de répit. Au cours du voyage, elle avait empli son esprit de tonnes de souvenirs. Entre expériences inoubliables et rencontres extraordinaires, elle n'aurait qu'à piocher dans son entrepôt mémoire pour repartir au cœur des bons moments.
    Immobile sous le panneau Gate 28 de l'aéroport, son sac à ses pieds, Mylhenn observa une dernière fois la fourmilière des voyageurs le regard bien à l'abri derrière les énormes lunettes noires qui lui mangeaient le visage. Elle se rendit au service pour signaler son retour, puis elle se fondit dans la masse des anonymes.
    Le quotidien reprenait ses droits, les coups en moins.
    On lui trouva rapidement une place dans un foyer. Habituée à sa toute nouvelle liberté de mouvements, elle devrait faire chambre commune avec une autre rescapée. Lorsque Sonia entra dans la pièce, Mylhenn la salua d’un signe de tête. Elle ne voyait aucun intérêt à se lier avec une personne qui comme elle ne faisait que passer. Les jours devinrent des semaines, les semaines un mois puis deux.
    Sonia reprenait emprise sur son destin. Mylhenn s’enfonçait dans une mélancolie morbide qui lui interdisait de s’intégrer à une société qui l’avait abandonnée aux griffes d’un monstre à l’aurore de ses vingt ans. La détresse rongeait son corps et son esprit. Elle s’isola chaque jour un peu plus. Seule Sonia parvenait à la faire rire, vivre et tenir sur ses jambes. Au foyer Mylhenn préféra la chaleur relative d’un squat de quartier. Elle se constitua une famille au sein de la petite communauté. Un nuage de sérénité l’enveloppait lorsqu’elle se trouvait parmi eux. Fortunée et son exceptionnel thé à la menthe, Grégoire et ses mousses assommoirs, Myriam et sa beuze, et tous les autres devinrent son clan.
    Fortunée leur confectionnait parfois des gâteaux au miel ou de bons petits plats de son pays natal, l’île Maurice, sur une vieille cuisinière que Lamine avait récupéré aux encombrants. Le même Lamine qui, le soir venu allait en compagnie de Grégoire, forcer à l’aide d’une énorme pince coupante les cages à bouteilles de gaz de l’hyper. Réapprovisionnement facile. Pas toujours, il arrivait que la bleusaille vienne y faire des rondes. Mylhenn se sentait revivre en leur compagnie. Sonia l’avait accompagné plusieurs fois, mais elle avait d’autres idées en tête pour son avenir qu’être à la rue. Elle ne jugeait pas Mylhenn et le week-end celle-ci ne dédaignait pas faire les quatre cents coups avec elle.
    Mylhenn avait parfois un besoin viscéral de s’abrutir de musique et d’alcool. Pour cela elle se rendait au FAHRENHEIT, un bar lounge dont l'annexe faisait office de night-club. L'on y accédait par un tunnel étroit. Les entrées y étaient très calculées. Jolies filles à papa, bad boys, riches de préférences et quelques anonymes ayant réussis à soudoyer le cerbère de la porte. Mylhenn faisait partie de ceux-ci. Kalhil lui accordait toujours le coup de tampon fluorescent dans la paume depuis qu’elle avait été très compréhensive avec lui. Il est un des rares avec qui elle avait négocié ses charmes pour le plaisir de prendre un bain.
    Ce soir-là, la salle était bondée. Normal pour un samedi soir.
    Désinhibée, après quatre ou cinq vodkas, elle pouvait enfin se lâcher sur le dance floor. Mylhenn attirait les regards autant par sa vitalité que par sa tenue vestimentaire. Elle mettait la même énergie dans sa gestuelle que dans son obstination à refuser tout cavalier. Il était impossible de ne pas remarquer sa silhouette gainée de noir qui virevoltait aux rythmes endiablés des tubes à la mode. Tantôt lascive les bras levés au firmament, tantôt se trémoussant sans retenue. Les premières heures de la nuit lui étaient devenues insupportables depuis sa terrible mésaventure, elle s’oubliait dans le fracas des décibels.
    L'homme la couvait des yeux depuis un bon moment déjà lorsqu'il se décida enfin à l'aborder. Il parvint à l'approcher au moment où le DJ, prenant sa pause, casa le premier slow de la soirée. Rituel immuable de l’établissement pendant lequel Mylhenn en profitait pour refaire le plein de vodka au bar. Ashlimd attrapa la jeune femme par la taille et s’empara de son poignet avec douceur. Surprise, elle allait frapper celui qui osait lui imposer sa présence. Quelque chose, dans le regard de cet homme l’en dissuada. S’ensuivit un ballet torride où soudés l’un à l’autre, Ashlimd et Mylhenn oublièrent tout ce qui n’était pas eux. Le reste de la nuit se passa de rocks fougueux en chorégraphies savantes. Et elle apprécia que la conversation de ce garçon ne tourne pas autour de ses exploits sexuels. À l'heure de la fermeture, Ashlimd ne pouvait se résoudre à quitter sa cavalière. D'autant que celle-ci avait de plus en plus de mal à se maintenir sur ses jambes. Difficile pour lui de ne pas remarquer les nombreuses consommations qu’elle avait ingurgité au cours de la nuit. Lorsqu'il lui proposa de la raccompagner, elle ne se fit pas prier. Ashlimd lui plaisait beaucoup. Il était poli, cultivé, drôle, beau garçon qui plus est. Il lui sembla même que sa voix, virile et suave à l'oreille, assoupissait ses maux. Sans doute l'alcool qui brouille mon jugement pensa-t-elle en souriant bêtement. Et puis celui-ci où un autre, elle ne pouvait plus marcher alors tant pis s’il se faisait payer le trajet. Mylhenn s'installa sans appréhension sur le siège passager du véhicule de luxe de son compagnon d'un soir. Dans l’état où elle se trouvait, elle se moquait bien de savoir si cet homme était un tueur en série ou un fervent pratiquant de séances SM. Il allait la déposer où d’ailleurs? Au foyer? Au squat? À vrai dire, Mylhenn n'avait qu'une envie, se rendre dans un bar de nuit, finir de se saouler à mort pour oublier qu'au matin, un jour nouveau se lèverait. Sa perception des choses était grandement affectée par l’alcool qu’elle avait absorbé puisqu’elle ne s’était pas rendue compte qu’il faisait déjà jour.
    Les mains sur le volant, Ashlimd lui demanda où il devait la déposer. Mylhenn pouffa de façon grotesque puis elle se pencha sur lui afin de l’embrasser sur la joue.
    - Où tu veux beau gosse, je m’en fou! Elle se laissa aller contre le cuir du dossier en poussant un long soupir de satisfaction, puis elle ferma les yeux, se laissant glisser dans un sommeil réconfortant. Ses mauvais rêves viendraient l’en tirer bien assez tôt. Ashlimd sut ce qu’il lui restait à faire.
    Ni le ronronnement du moteur, ni le rehausseur de sécurité à l'entrée du garage ne la réveillèrent. Lorsqu’il se gara, Mylhenn dormait à poings fermés. Il dut se résoudre à la porter jusqu'à l'ascenseur de service, puis traversa le palier pour accéder à la porte de son appartement. Il déposa la jeune femme sur le lit dans la chambre d'amis, lui ôta ses chaussures et la recouvrit d'un plaid en laine.
    Il actionna le store électrique afin que la lumière ne perturbe pas son sommeil, le soleil était déjà haut. Il venait à peine de s'endormir lorsqu'il entendit les cris de la jeune femme. Mylhenn poussait des hurlements déchirants entrecoupés de sanglots convulsifs. Cela lui fit craindre le pire. Il se précipita dans la chambre où il découvrit Mylhenn en panique, recroquevillée contre le mur, tremblant de tous ses membres. Il approcha lentement pour ne pas l'effrayer plus qu’elle ne l’était déjà. De grosses larmes roulaient sur les joues de la jeune femme tandis qu'elle psalmodiait des mots sans suite. Peu à peu elle se laissa envouter par la voix d’Ashlimd et elle se calma. Elle était parcourue de frissons et grelottait sans pouvoir se contrôler. Il la souleva avec précaution et la déposa sur le lit. Il l'emmitoufla d’une épaisse couverture puis s'allongea tout contre elle afin de la protéger de ce cauchemar qu'elle ne parvenait pas à effacer, même éveillée. Ses larmes semblaient ne jamais vouloir se tarir. Alors il se mit à la bercer d'un conte ou il était question du vent, d’un oiseau et d’un homme sage qui les apprivoisait. Elle n’en comprenait pas les paroles, puisqu’il s’exprimait en une langue qui lui était inconnue. Les intonations savoureuses de la langue natale d’Ashlimd l'apaisèrent et elle parvint à se rendormir. Ashlimd fit l’impasse sur son propre sommeil. Il prit une douche et une fois vêtu il décida de préparer un copieux petit déjeuner pour son invité et lui-même. Le poids plume qu'il avait soulevé quelques heures auparavant avait besoin d’avaler quelque chose de solide. La petite épicerie de quartier était ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, alors il décida d'aller y chercher des agrumes pour concocter un cocktail à sa façon.
    À son retour, une demi-heure plus tard, Mylhenn s'était volatilisée...


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  •    ...Son regard se porte sur la lumière qui irrite ses yeux larmoyants. Serait-ce la lune qui la couvre d'œillades?

    Elle n'a pas la force de se lever. Ses membres sont engourdis et il lui semble qu'un picvert prend un malin plaisir à marteler ses tympans. Le banc sur lequel elle est allongée n'a rien de confortable, mais elle s'en moque, elle est trop mal en point pour s'en extraire. Avec difficulté, elle parvient à distinguer le lampadaire au lustre rond, et un pauvre sourire éclaire son visage. Elle est vraiment mal en point pour n'avoir pas fait la différence entre l'astre de nuit et un réverbère. Malgré elle, ses yeux se ferment, elle se sent engloutir dans un océan de vagues cotonneuses. Elle est gelée, mais son corps ne réagit plus aux frimas de fin novembre. Elle ne sait même plus qui elle est. Une plainte s'échappe de ses lèvres...
    Comme de nombreux passants avant elle, la ménagère qui se rend au marché couvert du dimanche, jette un bref coup d'œil à la pitoyable créature étendue sur le banc public. Juste le temps de remarquer l'état lamentable dans lequel cette malheureuse jeune femme se trouve. De même que les autres, elle va poursuivre son chemin lorsqu'elle l'entend soudain gémir. Souffrance ou détresse? Dans le doute, Patricia s'approche.
    - Mademoiselle? Puis-je vous aider? Les vêtements de la jeune personne sont d'une saleté repoussante. Ils recouvrent un corps décharné, à la limite squelettique!
    - Tout va bien? Une nouvelle fois, elle tente d'attirer l'attention de celle qui lui fait penser à un ange déchu. Peut-être ses cheveux blonds? Blonds, mais vraiment crasseux! Elle n'obtient pas de réponse et la blancheur cadavérique de la jeune femme commence à l'inquiéter sérieusement.
    - S'il vous plaît, répondez-moi? D'une main qu'elle fait le plus douce possible, elle secoue un corps inerte, ce qui ne présage rien de bon. Alors elle pose ses doigts sur la joue de Mylhenn. Aussitôt, elle comprend que ce-ci est en plus grande détresse qu'elle ne le pensait. Sa peau est glacée, ses lèvres deviennent bleues et sa respiration est à peine audible. Cette gosse est à peine plus âgée que ses filles, son cœur de mère lui ordonne de faire quelque chose, immédiatement!
    Pat compose fébrilement le numéro du samu. Ils mettent un temps infini à répondre, aussi est-elle un rien exaspérée lorsqu'ils décrochent enfin. Elle est incohérente, mais se ressaisit rapidement. Le régulateur se fait tirer l'oreille, il ne refuse pas de prendre la jeune femme en charge, mais ce serait plus facile si on lui donnait au moins un nom et une adresse! Qu'est-ce qu'il ne comprend pas dans les lettres SDF? Pat est sur le point de répliquer vertement lorsqu'enfin, il donne son aval. Quinze minutes plus tard, l'ambulance arrive. Patricia est restée pour être certaine que tout le possible sera fait pour ranimer cette pauvre fille. Malgré tous ses efforts, le médecin urgentiste ne parvient pas à stimuler le réveil de Mylhenn. Il utilise du SP tempéré pour la réchauffer, mais cela ne suffit pas. Tout de go, il annonce à Patricia que sans son appel, la jeune femme serait morte rapidement, et même là, il ne garantit rien. Elle souffre d'un dysfonctionnement cérébral sévère dû à un coma éthylique profond. Sans doute, avait-elle consommé quelques opiacés en supplément, ce qui aggrave encore le traumatisme. Quelques flocons virevoltent au-dessus du véhicule qui conduit Mylhenn au centre hospitalier le plus proche...
    Elle ouvre les yeux lentement. Près d'elle, une personne toute de blanc vêtue, vérifie les données d'un appareil qui clignote et bip de concert. L'infirmière note les informations recueillies dans un dossier posé sur la console. Soudain, elle remarque les yeux grands ouverts de Mylhenn.
    - Tout va bien mademoiselle, je vais prévenir le médecin de votre réveil! Par réflexe, elle arrange correctement le drap qui recouvre Mylhenn et se précipite dans le couloir. Mylhenn aperçoit le cathéter qui orne son bras, elle revient brutalement à la réalité. Elle se trouve dans une chambre d'hôpital, mais il lui est impossible de se souvenir comment elle est arrivée ici?

    Son regard se voile soudain lorsqu'elle comprend qu'elle a oublié jusqu'à son nom!

     


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  •    ...Avez-vous de la famille chez laquelle vous pourriez vous installer à votre sortie?

    Mylhenn est bien incapable de répondre. Tout s'emmêle dans sa tête. Des visages, des cris, des pleurs, des rires, de la douleur, et un prénom qui lui semble être le sien, jusqu'à ce qu'elle en soit sûre. MylhennMylhenn et Christian se souvint-elle. Mylhenn sans Christian, pourquoi? Pourquoi ces cicatrices sur son corps? Qu'ont-ils tous à la dévisager ainsi chaque fois qu'ils passent la porte de sa chambre? Sa voix? L'état misérable dans lequel elle est arrivée? Une énorme migraine, et soudain tout lui revient! Elle a vraiment abusé cette fois-ci. De la curiosité dans leur regard? De la compassion? Elle est juste une patiente "Jane Doe" qui soudain retrouve une identité. Ils désirent prévenir sa famille, mais elle menace de s'enfuir. Elle refuse tout rapprochement. De colère, elle arrache sa perfusion et hurle après le psy qu'ils lui ont assigné. Un nouveau cauchemar et elle passe la nuit à trembler. Elle doit prévenir son amie qu'elle va bien à présent. Elle aimerait ses herbes folles. Elle devient folle! Assommée par les médicaments, elle somnole...
    Un parfum délicieux embaume soudain la petite chambre. Comme aucune des infirmières ne se parfume en service, Mylhenn entrouvre les yeux lentement. Elle découvre alors le regard bienveillant de sa visiteuse sur elle. Celle-ci se tient au pied du lit. 
    - Je ne voulais pas vous réveiller! Mylhenn cherche désespérément à se rappeler d'où elle connaît cette personne. Elle la dévisage attentivement, mais rien ne lui vient. 
    - Le médecin m'a permis de vous rendre visite mademoiselle! Je me nomme Patricia! La voix est agréable, mais elle ne lui rappelle rien. 
    - Vous sentez-vous mieux? Le mutisme de la jeune femme ne gêne pas sa visiteuse qui s'approche d'elle. Un sourire engageant orne ses lèvres et son attitude est paisible. Elle caresse doucement son bras, non sans lui avoir auparavant montré que sa main est inoffensive. Mylhenn admire l'intuition que possède cette femme.
    La rue, le banc? L'ambulance? Oui c'est ça! Mylhenn reconnaît celle qu'elle a brièvement aperçu avant de sombrer dans l'inconscience. 
    - Bonjour madame! Patricia sourit, le contact est établi. 
    - Pas madame voyons, Patricia suffira! Mylhenn acquiesce d'un signe de tête et soudain cette chambre d'hôpital devient un îlot d'amour pour la jeune femme. 
    Le cliquetis du tensiomètre qui rythme ses longues heures d'ennui s'atténue et le va-et-vient des chariots dans le couloir disparaît. Même le téléphone du poste de garde, proche de sa chambre, semble s'être tu. L'odeur de désinfectant a laissé place à un bouquet de chèvrefeuille qu'elle aspire à plein nez. Elle se rend compte qu'il serait temps qu'elle accepte de prendre la douche qu'on lui propose matin et soir. Tout à coup, sans comprendre pourquoi, elle a honte. Les draps ne sont pas d'un confort exceptionnel, mais ils lui servent de cocon dans lequel elle se laisse vivre. Elle se sent repoussante dans cette chemise blanche qui couvre son côté face et laisse admirer son côté pile chaque fois qu'on la fait marcher un peu. Ce n'est pas pire que les loques dans lesquelles on l'a retrouvé. Cela faisait presque une semaine qu'elle se livrait au jeu dangereux de qui resterait stone le plus longtemps. Six longs jours pendant lesquels elle néglige repas et toilette. Elle ne sait toujours pas comment elle a pu se retrouver à trente kilomètres de son squatt? Un flash, une angoisse soudaine, des hallucinations et il n'en faut pas plus pour qu'elle se jette dans le premier autobus venu! Des coups de frayeur elle en a connu et elle sait qu'elle en connaîtra encore et encore.
    Elle sombre de plus en plus. Son quotidien ressemble à une fuite éperdue où drogue et frayeur l'accompagnent. Elle espère ainsi échapper au monstre qui un jour la retrouvera! Pourtant, quelqu'un veille sur elle, elle en a la certitude à présent grâce à cette belle personne qui lui tient la main. Pour la première fois depuis des lustres, quelqu'un prend soin d'elle sans en attendre de retour. Sans la menacer des pires représailles, sans exiger de contrepartie ou guetter le moindre faux pas. En l'occurrence la faiblesse d'accepter la douceur du moment. Ses larmes coulent malgré elle en ouvrant la bouche à chaque cuillerées que Pat l'encourage à prendre pour se nourrir, pour dépasser ses peurs. Cette Patricia apparue comme un miracle dans sa vie, Pat qui, en quelques minutes a compris que c'était une peur irrépressible qui guidait les pas de Mylhenn depuis très longtemps. Bien plus qu'une compote de pêches, la jeune femme accepte enfin de laisser une place à la vie dans son pauvre corps. Elle accepte la douceur de cette mère, sa mère réincarnée. 
    Pendant deux heures, ce qu'elle n'est jamais parvenue à faire dans le bureau d'un psy, elle se livre à cette inconnue. Patricia pleure avec elle et décide que cette petite sera "sa" petite. Demain. Demain encore et toujours. Mylhenn remet à chaque fois au lendemain ce qu'elle doit faire, car cela prouve qu'elle sera encore là lorsque l'aube va se lever. Demain donc, elle appellera Maë Lynette et Sonia pour rassurer celles-ci. Demain un petit espoir se glisse entre les larmes de son avenir incertain.

    En attendant, elle se réchauffe au soleil de cette heureuse rencontre...


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  •    ...Tu verras, ils sont impatients de faire ta connaissance! Pappey est ronchon, mais ce n'est pas un mauvais bougre! 

    C'est avec ces mots que Pat l'encourage. Mylhenn ne possède que son portefeuille, heureuse qu'on ne le lui ait pas dérobé lorsque la notion du temps l'a quitté. Pendant sa perte de connaissance, Pat, sa Pat veillait déjà au grain. Comment celle-ci a-t-elle réussi à la convaincre de venir s'installer quelques jours à la ferme? Elle qui déteste la bouse de vache sur les chemins de campagne, elle qui tord le nez chaque fois qu'elle sent une odeur de fumier, elle qui trouve triste la décomposition des feuilles en automne et encore elle qui s'ennuie à mourir chaque fois qu'elle s'éloigne de sa terre natale! Elle a si mal du manque de ses garrigues qu'elle en a perdu l'accent qui va avec. Et surtout comment Pat a-t-elle convaincu les médecins de la lui confier? Une ordonnance, l'adresse d'un centre de soins, des encouragements de convenance et la voilà sur le trottoir.
    Pat est là, elle lui ouvre la portière de la petite clio qui semble avoir déjà parcouru trois fois le tour de la terre. Mylhenn, habillée de neuf, des pieds à la tête aux bons soins de Pat, regarde défiler le paysage. Pat conduit avec dextérité! En un rien de temps, la ville a laissé place aux champs.
    La jeune femme serre très fort les sangles d'un fourre-tout que lui a confié Patricia en montant dans la voiture.
    - Ce n'est pas grand chose, tu verras ma grande! Quelques affaires de toilette, un pyjama, un pull, un T-shirt et un pantalon. Dans le sac blanc ce sont tes... vieux vêtements! Elle hésite, ne voulant pas vexer Mylhenn en qualifiant ses oripeaux de guenilles bonnes à jeter. Celle-ci acquiesce d'un léger mouvement de tête.
    - Pour le reste, tu iras faire des emplettes avec les filles! Si tu as besoin d'argent...! Mylhenn remercia la conductrice d'un sourire. Oui, elle irait faire des courses, les vêtements qu'a choisi sa bienfaitrice sont confortables et chauds pour la saison. D'un bon cuir, les bottines fourrées lui plaisent réellement. Mais question sous vêtement c'est du n'importe quoi! À défaut d'affection, l'argent est la seule chose qu'on lui donne sans avoir à quémander et elle se refuse à vivre aux crochets de sa chère Pat. Cependant il lui manque deux objets indispensables. Elle ne les retrouvera qu'en se rendant au squat. Elle ne doit pas y retourner, pas maintenant. Pouf et sa couverture en polaire soulagent ses peines et absorbent les larmes brûlantes de son désespoir. Les gamins des pueblos se moquaient d'elle en la voyant parfois câliner un doudou d'enfant. Et aujourd'hui, si ses pas la portent au squat, jamais elle n'ira chez Pat. Les champs rendus pitoyables par les frimas de l'hiver se succèdent aux forêts squelettiques et sinistres. Les fermes éparpillées çà et là tendent à prouver que ce paysage décourageant est fréquenté autre que par des corbeaux. Encore des champs à l'aspect miséreux puis enfin un village réconfortant.
    - J'en ai pour cinq minutes! Pat s'arrête devant la boulangerie.
    - J'ai oublié le pain pour ce soir! Pat a vanté sa soupe de légumes pendant une partie du trajet, et pour qu'elle soit réussie elle doit être accompagnée de croûtons à l'ail. Ça promet!
    - Il te faut des vitamines pour redonner des couleurs à tes joues ma petite Mylhenn! Encore un kilomètre entre une rivière et de gigantesques tas de bois et elles sont au portail.
    - Voilà, nous y sommes ma grande! Une belle et imposante bâtisse s'offre à ses yeux. Pas de vaches, ni de poules! Juste une biquette blanche et noire qui s'est échappée de son enclos. Ses phalanges sont blanches tellement elle sert fort les sangles du sac. Elle hésite puis ouvre la portière. Les battements de son cœur sont assourdissants à ses oreilles, heureusement elle est la seule à pouvoir les entendre. Pat ne la ramène pas chez elle comme un trophée qu'elle aurait reçu pour bonne conduite, mais en tant qu'invitée de marque. Et c'est en cette qualité qu'elle lui a préparé une chambre. C'est aussi en cette qualité que Jérémy, Géraldine et Juliane viennent l'accueillir affectueusement comme s'ils la connaissaient de toujours. Le son de sa voix les déconcerte à peine une minute.  
    Le Pappey est là lui aussi, gauche dans son hospitalité, mais débonnaire et tout aussi généreux que Pat. Une cheminée monumentale occupe la moitié d'un mur du salon, dans le foyer des bûches crépitent, dévorées par les flammes. Pourtant, la chaleur que ressent Mylhenn à cet instant ne vient pas du brasier et son cœur n'est pas loin de voler en éclats. Cette famille aimante qu'elle désire plus que tout, elle vient de la découvrir chez des inconnus. La richesse n'est pas le point fort de ces gens accueillants, mais ce qu'ils lui offrent est mille fois plus précieux que tous les diamants de la terre. Elle essuie ses larmes en cachette tout en essayant de faire bonne figure. Mérite-t-elle leur affection?
    Pat n'avait pas tort, sa soupe est une tuerie comme ils disent dans la région, elle est digne de paraître au menu des meilleurs bouchons Lyonnais! Mylhenn se sent vraiment chez elle dans ce qui est désormais sa chambre. Une fois seule, elle s'y abandonne aux sanglots purificateurs. Pat lui a fait une promesse et elle sait qu'elle la tiendra.
    Les cauchemars sont tapis pour l'instant. Elle ne peut leur permettre de sortir car elle n'a pas d'herbes pour les combattre. Et si elle retournait au squat? 


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  •    …La seule chose qui me rend le sourire, c’est lorsque je longe cette barrière aux planches disjointes. Je sais que là derrière je trouverai affection et sécurité. Je me méfie toujours un peu lorsque je pousse le moellon brisé qui cale la porte en bois. Il manquerait plus que la milice municipale me repère. La construction de l’immeuble de bureau qui nous sert d’abri s’est arrêtée nette le jour où le directeur de travaux s’est barré avec la caisse. Les entrées ont été cloisonnées et les fenêtres scellées par des grilles. Les imbéciles qui ont murés le bâtiment ont oublié de couper l’eau qui servait pour les travaux alors cela nous est bien utile. En été, les plus courageux se douchent à l’aide d’un tuyau d’arrosage qu’André a chouravé dans un autre chantier. La plupart des outils sont restés dans la place si bien que ceux-ci nous ont servi à percer une trouée qui donne dans le sous-sol isolé à la laine de verre. Autant dire un palace pour nous. Le problème c’est qu’il n’y a aucune aération, juste un vasistas qui s’ouvre sur un vide sanitaire, ce qui fait qu’en hiver, dans la journée, à cause des odeurs de moisi, nous restons en extérieur autour d’un feu de camp alimenté grâce aux innombrables palettes abandonnées çà et là sur le terrain. Peu importe le nombre que nous sommes, de l’aube au crépuscule nous nous abritons sous une épaisse bâche de chantier trouée qui nous protège à peine des intempéries et nous lâchons prise en attendant des jours meilleurs. Je crois pouvoir dire au nom de chacun que ce sont nos meilleurs jours depuis longtemps.
    Ces palettes, en plus de bois de chauffage nous servent d’étagères, de sièges, de sommiers et de cloisons pour soutenir la toile percée qui protège ce qui nous sert à la fois de véranda, de cuisine et de salon. Notre vie de nomade est devenue luxueuse le jour où l’on nous a ramené une gazinière toute cabossée. Il a fallu attendre pour la bouteille de gaz, mais ensuite c’était festin chaque jour. Des patates ou des pâtes cuites dans une casserole chinée aux puces du quartier. Tout comme le moule à gâteau et la bouilloire. Enfin pour eux, parce que moi je ne mange pas beaucoup et j’ai tendance à lever un peu trop le coude ces temps-ci. Je me suis faite repérée par un vigile dans une supérette en chouravant une poignée de couverts que j’ai dissimulé dans la grande poche intérieure de ma parka. Ils sont certes dépareillés, mais ce sont des couverts. J’aurais pu les payer. Mais ce n’est pas la politique de la maison. Le fric c’est pour la bouffe. Pour que chacun ait son ‘‘assiette’’ et son ‘‘gobelet’’ nous avons ingurgité des plats tous prêts immondes genre choucroute et paëlla. Nous avons aussi frisé la crise de foie avec les douze verres qu’il nous fallait! C’était soit nutella, soit moutarde, alors pas le choix. Vaisselle jetable? Argent gaspillé!
    La nuit bien avancée, nous nous serrons à l’intérieur pour nous tenir chaud sur des matelas à la propreté douteuse et sous de vielles couvertures et sacs de couchage vite crades puisque nous y dormons tout habillé, pompes y comprises. D’ailleurs, j’exige que nous les emmenions au moins une fois par mois à la laverie. C’est fou ce que l’on découvre aux encombrants et nous ne sommes pas regardants. Sur le côté de l’immeuble, les gars ont creusé une espèce de fosse qu’ils ont recouverte de planches, puis ils y ont installé un trône ébréché récupéré dans la rue. Il n’y a pas de chasse d’eau juste une bouteille en plastique que nous oublions régulièrement de remplir donc le lieu est à éviter les jours de grande chaleur…
    Tout n’est pas rose c’est certain. Les coups de gueule, l’hygiène déplorable, la promiscuité, les ronflements, les pets, les repas frugaux, la beuh, le gros rouge en cubi plastique et le blues donnent au squat une parfaite représentation de l’enfer de Dante, y compris les sept péchés capitaux. Cinq seulement. Parce que pour l’orgueil il y a longtemps que tous autant que nous sommes l’avons mis dans notre poche avec un mouchoir en papier par-dessus. Quant à l’avarice, elle en est réduite à un concept ici. Partage est le maître mot de la communauté et nous avons tellement peu que les sachets de sucre oubliés sur les tables des terrasses des cafés sont un trésor inestimable. Tout comme les fruits et légumes abimés du marché. L’épicier arabe du quartier a fait de nous son sacerdoce en nous refilant tous ses invendus. Cette vie en groupe aide mes congénères à gérer une colère à fleur de peau, une colère légitime contre ceux qui les ont poussés à la rue. Moi je me terre parmi eux. L’envie, la gourmandise, la paresse et la luxure me direz-vous? Je vous laisse imaginer les dégâts que peut provoquer l’ennui. Il stimule les mauvais penchants.
    Je dois bien être la seule SDF à posséder une carte bancaire. La peur de tomber sur les fous qui veulent me faire ma fête à cause de leur pote que j’ai envoyé en prison, me pousse à vivre ainsi. Le comble c’est que j’ai une place dans un foyer, mais que je ne m’y sens pas en sécurité. Ce que d’aucuns nomment famille est pour moi une utopie. Ils m’ignorent depuis mon enfance mais ont l’élégance de pourvoir généreusement à mes dépenses. Je n’utilise ce pactole que dans des cas extrêmes. Je ne veux rien leur devoir. Je suis bien la seule à vivre dans la rue par convenance. Aussi cette horde maudite est devenue ma famille. Ils me protègent et me donne du courage, je leur témoigne du respect… 


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  •    …Je me demande s’ils me laisseront me reconstruire un jour?
    Je suis morte en dedans et pourtant je m’accroche à la vie. J’ai trop souffert des coups de mon bourreau pour qu’une mort dans la douleur ne m’effraie pas. Hier, lorsque j’ai aperçu Thierry au café bleu, je me suis figé instantanément. Lui, c’était le plus virulent de la bande à ma sortie du tribunal. Avec Daniel et Jean-Claude ils ont écopé d’une belle amende pour menaces et harcèlement. J’étais terrifiée par leurs propos haineux. Du coup, l’on m’a envoyé loin de chez moi pour un temps. Depuis, moi la fille du soleil je me meurs dans le brouillard et la pluie. Je ne pense pas qu’il m’ait vu et je sais que depuis que Christian est en cage ils ont tous été mutés dans diverses régions. Manque de bol pour moi, il a fallu que ce soit en région Lyonnaise que ce connard atterrisse. Je doute, peut-être est-ce un séjour d’agrément tout simplement. En attendant d’en savoir plus, je me félicite d’avoir découvert une tanière où me faire oublier.
    Ma Sonia me fait la tête, elle voudrait que ce soir je renonce à rejoindre le squat. Il paraît que ma toux l’inquiète. Elle devient trop sérieuse ma chérie. Quelques verres de vodka et tout ira bien. Ça n’est pas pour la rassurer.
    Vu le temps gris d’aujourd’hui, la nuit est tombée rapidement et pire encore, il gèle déjà à moins deux, il est à peine dix-neuf heures trente.
    Je me suis faufilée hors du foyer dès que le sempiternelle repas du soir a été bouclé. Ce n’est pas une prison, mais le couvre-feu est à vingt-trois heures. Cette nuit les sentinelles ne veilleront que pour des prunes. Je vais finir par me faire renvoyer à force, mais cela ne serait pas une catastrophe en soi. Je n’en peux plus de ces chuchotements sur mon passage -quoi ma voix, qu’est-ce qu’elle a ma voix?- et des regards condescendants des aides médicale et des assistantes qui n’imaginent pas le quart de ce qu’a été mon calvaire. Je reconnais que nous sommes cocooner, mais je ne supporte pas cela. Pour moi il y a anguilles sous roche. Une bruine glaciale s’échappe d’un brouillard à couper au couteau. Tant pis.
    Je m’arrête chez Amhed pour quelques achats et pour une fois je passe en caisse. C’est chargée comme une mule que je croise Éric qui rentre se mettre à l’abri. En plus de quelques invendus que m’a donné Amhed je ramène du lait, du café lyophilisé, deux grosses brioches, des sachets de soupe, du liquide vaisselle et un litre de vodka. Nous sommes accueillis à bras ouvert.
    Il y a quelque chose de changé, je n’ai pas encore bu et pourtant j’ai l’impression qu’il y a plus de place ce soir au campement?
    Ils ont commencé la fête à ce que je vois. Les gamines sont allées faire provisions d’herbe, elles planent déjà. Misa n’a pas l’air bien, elle dort la tête posée sur les genoux de Victor. Son petit cœur balance entre Éric et son oreiller du moment, et suivant ses humeurs elle papillonne de l’un à l’autre. Cela nous vaut parfois d’épiques engueulades. Dépistée séropositive ses parents l’ont carrément jeté à la rue. C’est pour cela qu’il lui est beaucoup pardonné. Grégoire et Brigitte jouent aux cartes avec André et Lamine. Le cubi est bien entamé si je m’en réfère à leur voix pâteuse. Ça y est Lamine commence à me tourner autour. Il sait pourtant que je ne lui ferais pas le plaisir de visiter le minuscule réduit qui lui sert de chambre d’hôtel quand il ramène l’une de ses nombreuses conquêtes, mais il essaie encore et toujours. Ce cochon pousse le vice jusqu’à noter ces demoiselles sur le mur du cabanon. D’ailleurs, je me demande s’il lui est déjà arrivé de faire zizi panpan dans un lit? Quel chien celui-là, mais le cœur sur la main. Fortunée, fidèle à son poste auprès de la cuisinière, découpe un énorme chou vert dans une cocotte-minute flambant neuve. Et cela sent la saucisse me semble-t-il? C’est bombance ce soir dites donc les copains. Je suis quand même intriguée pour l’ustensile, c’est hors de prix ces machins.
    Évidemment, j’aurais dû m’en douter! Devant ma mine déconcertée, qui d’autre que le roi des voleurs pouvait me dire comment l’objet avait atterri sur la vieille cuisinière poussive. Lamine me narre avec fierté son larcin dans un chariot sur le parking de l’hyper. Une inconsciente avait paraît-il laissé ses courses de côté pour manœuvrer sa voiture. Un pilier la gênait pour accéder à son coffre. Franchement madame, sérieux?
    Le chou et les pommes de terre n’ont pas été lavés, les saucisses sont grillées, les oignons caramélisés, mais de les voir tous ainsi, heureux de partager un repas consistant, ils me font chaud au cœur. Moi c’est la vodka qui me réchauffe. En parlant de chaleur, Éric a dégoté une immense banne de camion sur la place. Purée, le routier qui l’a oublié là va s’en ramasser une! Pas perdue pour tout le monde. Du coup, elle a été arrimée tant bien que mal avec des morceaux de cordes le long de la façade et cela agrandit nettement notre abri. Un peu trop, j’ai peur qu’on l’aperçoive de la rue. Je n’avais donc pas rêvé, notre abri est bien plus grand. Demain les garçons vont frotter la bâche avec des cendres froides afin qu’elle prenne la couleur du ciment. Il gèle à moins six lorsque nous décidons d’aller nous coucher et ce sera la première fois que notre abri restera chaud comme un cocon après que le feu ce sera éteint. Cette nuit j’ai très mal au dos, sans doute l’humidité.
    Merci ami, grâce à toi je reste optimiste, Thierry à de la famille en région Lyonnaise, il n’est donc pas là pour moi…


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  • ...C'est la première fois que quelqu'un parvient à apaiser mes terreurs avec un conte pour enfants!

    J'ai rencontré Ash au club. Persuadé qu'il ne serait que la compagnie d'un soir, je ne me suis pas montré sous mon meilleur jour je crois. Pourtant je me suis retrouvé dans son appartement pour... une bonne nuit de sommeil! Il n'a pas l'air d'être mauvais garçon. Apparemment je ne l'intéresse pas pour la bagatelle. Il a fallu que mes angoisses me reprennent au cours de la nuit. Je n'en reviens pas, ce garçon est magique. J'ai aucune idée de la langue dans laquelle il s'exprime, mais mon cerveau à stoppé net ses élucubrations. La voix douce et sensuelle d'Ashlimd (aucune idée non plus de l'origine de ce prénom, je vois juste que mon bienfaiteur est halé comme le pain d'épice et qu'il s'exprime avec un charmant accent britannique.) Pourtant sa belle voix douce et sensuelle m'a bercé de mots magiques, même si je ne les comprends pas. J'ai ma réponse, Ashlimd est Indien. Waaaah, c'est la première fois que je fais la connaissance d'un homme d'une telle prestance! J'explique: Les Indiens, sont habitants et citoyens de la République de l'Inde. Le terme Hindou, (utilisé à tort, pour parler des habitants de l'Inde) fait référence aux pratiquants de la religion Hindou, l'Hindouisme. Donc mon nouvel ami serait Indien et Hindou! Cela ne se fait pas de questionner...
    Je vais tenter de vous faire partager ce conte qu'Ashlimd m'a déclamé en Hindi après une brève traduction. L'Hindi est l'une des langues officielles de l'Inde avec l'anglais.
    En fait c'est comme une lecture de poésies dans la langue natale de l'auteur, vous n'y comprenez rien, mais c'est tellement beau! Je ne sais pas comment ce garçon peut être aussi convaincant dans ses plaidoiries avec une voix pareille, (il m'a appris qu'il était avocat) mais pour ce qui est de me consoler, c'est... céleste!
    Il se peut que ma narration "abime" un peu la trame de l'histoire, mais s'en est l'idée générale!

    एक बार एक समय पर...
    Il était une fois...
    Fille d'un roi sage et puissant en Inde, Savitri était une très belle princesse hindoue. La réputation de sa grande beauté avait fait le tour du pays, voire même dépassé l'au-delà des frontières. Nombreux étaient les prétendants qui venaient tenter leur chance, mais la princesse refusait de se marier comme la tradition l'exigeait.
    Celle-ci voulait voyager de par le pays afin de trouver elle-même son mari. Le roi consentit à ce mariage d'amour, et la fit accompagner de ses meilleurs guerriers, afin de la protéger le temps de sa quête. Pendant de longs mois, la Princesse Savitri voyagea dans toute l'Inde en quête d'un homme digne de son amour, lequel deviendrait son époux. Alors qu'elle traversait une épaisse forêt, Savitri croisa la route d'un beau jeune homme. Celui-ci était fils d'un roi désargenté sans royaume. Devenu vieux et aveugle, l'ex souverain, son père, vivait dans une petite hutte avec sa femme. Le jeune et beau prince était le réconfort de ses parents. Leur soutien aussi. Afin de les nourrir, il coupait du bois qu'il allait vendre dans la campagne environnante. Malgré leur pauvreté, le bonheur et l'amour régnaient dans la petite hutte...
    Savitri comprit que sa recherche allait toucher à sa fin lorsqu'elle se sentit attirée par la quiétude de ce foyer. Elle venait de tomber amoureuse du jeune Prince déchu. Satyavan était connu dans tout le pays pour sa générosité légendaire. Les deux jeunes gens désiraient plus que tout unir leur destinée, car Satyavan, aimait déjà la jolie Princesse. Le Roi, père de Savitri, était abattu car sa fille avait choisi un Prince sans le sou, mais il n'eut pas d'autre choix que d'accepter face à la détermination de sa fille à épouser Satyavan.
    Or, l'on informa le roi que le jeune Prince était sous le coup d'une terrible malédiction. Satyavan devait mourir dans l'année qui allait suivre son mariage.
    Savitri en fut informée, mais l'amour étant le plus fort, le mariage fut célébré en grande pompe. Le cœur lourd, le roi assista aux festivités qui se prolongèrent durant des jours. Puis le couple s'en alla vivre dans la petite hutte en forêt. Une année entière se passa, ils vécurent heureux et toujours très amoureux.
    Le dernier jour de cette année sans nuages, Savitri qui s'était levée tôt, demanda à accompagner son époux dans la forêt. La hache sur l'épaule, Satyavan tenait Savitri par la main et les deux amoureux se dirigèrent vers l'épaisse frondaison.
    Lorsqu'ils parvinrent au cœur de la coupe, Satyavan installa un tapis de feuilles tendres sous un grand arbre, afin que sa belle y soit assise confortablement. Il lui cueillit des fleurs avec lesquelles elle confectionna une couronne pour ses cheveux et une guirlande pour parer son aimé. Ensuite, Satyavan se mit au travail.
    La matinée touchait à sa fin lorsque Satyavan se sentit très fatigué. Il vint poser sa tête sur les genoux de Savitri pour se reposer.
    Soudain, la forêt s'obscurcit et une immense silhouette apparut devant Savitri. C’était Yama, le Dieu de la mort.
    - Je suis venu pour chercher ton mari! dit-il en baissant les yeux vers Satyavan. Aussitôt, l’âme du jeune homme quitta son corps.
    Yama allait partir lorsque Savitri le retint en le suppliant de l'emmener elle aussi sur la terre des morts. Dans cette impossibilité il devait lui rendre la vie de Satyavan.
    - Mon enfant, ton tour n’est pas encore venu. Rentre chez toi! Répondit Yama.
    Alors Savitri supplia, implora, pria, tant et si bien que le Dieu de la mort était prêt à lui accorder n’importe quelle faveur à l’exception de celle qui consisterait à rendre la vie à Satyavan.
    - Dieu Yama faites que j'ai de beaux fils! Demanda-t-elle fièvreusement.
    -Accordé! Répondit distraitement Yama pressé de s'éloigner.
    - Mais, comment pourrais-je avoir des fils sans Satyavan mon mari? Répliqua Savitri.
    - J’ai besoin de lui pour cela. Alors je vous en prie, rendez lui sa vie! Instita-t-elle.
    Yama, piégé, ne pouvait revenir sur sa parole. Un dieu se doit d'honorer la faveur qu’il accorde. Émergeant lentement de la stupeur où il était plongé, Satyavan revint lentement à la vie, tandis que disparaissait Yama. Savitri et Satyavan repartirent vers leur hutte. Amoureux et heureux, ils y vécurent jusqu’à la fin de leurs jours, entourés de leurs enfants.

    Peut-être avez-vous trouvé cela mièvre, mais moi, niché tendrement entre les bras de ce presque inconnu, ce conte susurré à mon oreille, m'a rendu mon âme d'enfant...


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    …Son instinct de survie prenant le pas sur sa raison, il arrivait que Mylhenn quitte le foyer sans prévenir. Elle chaussait ses grosses lunettes noires, puis se fondait délibérément dans la foule d’anonymes qui déambulaient, vaquant à leurs occupations. Il lui arrivait de sauter dans un bus, ignorant qu’elle en était sa destination. Bus qu’elle désertait dès qu’elle apercevait un contrôleur. Malheur à ceux qui la dévisageaient de trop. Elle avait l’insulte facile. Au hasard de ses pas, elle rapinait des fruits sur les étals ou bousculait les commères le porte-monnaie à la main histoire de grapiller quelques pièces éparpillées sur le trottoir. ‘‘Oups excusez-moi madame, j’ai glissé’’ disait-elle innocemment son pied posé sur un billet de cinq euros lorsque la chance était au rendez-vous. Il lui arrivait de tenter l’arrestation, mais elle comprenait à temps qu’en détention elle ne serait pas forcément en sécurité. Vigiles et agents de sécurité devenaient de plus en plus efficaces, elle devait cesser de les narguer. Son parcours la conduisait inexorablement vers l’ancien parking à ciel ouvert encombré de gravas, de ronces, de planches et de vieux matériaux d’un bâtiment en construction, désaffecté pour cause d’impayés. En ce lieu, Mylhenn venait rejoindre la cour des miracles, SA cour des miracles. Elle y était acceptée avec bienveillance et chaleur. Elle s'était adaptée sans problème au petit groupe malgré sa jeunesse et son éducation. Tous s'étaient rendu compte que la jeune femme n'était pas de leur milieu. Ils accueillaient parmi eux la seule SDF capable de leur payer une consultation chez un médecin ou une nuit à l'hôtel lorsque le froid était trop mordant. Désorientée, il lui arrivait d’errer le long des rues désertes en pleines nuits puis complètement épuisée elle s’endormait sur un banc dans le hall de la gare.
    Sa meilleure amie, son double, Sonia la rejoignait quelquefois au squat. Elle la suppliait de regagner le foyer d'où elle serait renvoyée si elle ne suivait pas le règlement. On ne la renvoya pas, elle quitta d'elle-même le refuge pour retrouver sa famille du squat.
    Avoir sous les yeux, ces hommes et ces femmes que la vie avait molestés la renvoyait à sa propre déchéance. La petite communauté se serrait les coudes afin de garder un semblant de dignité. Sonia était sa bouée, sa confidente, son infirmière, mais elle devenait trop sérieuse à son goût. Elle ne la voyait plus que le week-end. Deux jours pendant lesquels sa douce se laissait tenter par ses folies urbaines. Lamine lui apprit quelques trucs pour échapper à la dureté de la rue, à savoir comment se défendre contre les chiens faits à son image. Mylhenn disparue alors dans un univers où elle se sentait enfin à l’aise. Des semaines durant elle arpenta les rues le jour et se dissimula sous les ponts la nuit. Mylhenn utilisa les bains douches municipaux lorsqu’elle se sentait trop souillon. Il lui fallait toucher le fond pour remonter à la surface disait-elle souvent à Sonia qui ne la comprenait plus.
    Une fois ou deux, elle répondit aux avances amicales d'une relation d'un soir, uniquement pour avoir le plaisir de faire sa toilette sans avoir à faire le pied de grue dans une file d’attente. Mylhenn faisait tout pour rester coquette malgré les aléas de son existence. Les échantillons de la parfumerie du centre commercial dans laquelle elle zonait parfois lui permettait d'entretenir sa peau et son moral.
    Lorsque les mauvais jours s'annoncèrent elle réintégra la chaleur du feu de camp au squat. Par ennui elle s'essaya aux herbes folles d'Anne et Myriam. Et comme il lui sembla qu'elle faisait moins de cauchemars, elle doubla sa consommation. L'enfer qui s'ensuivit la conduisit droit aux urgences. De retour au squat, elle tint bon une quinzaine de jours puis replongea de plus belle, pour finalement se retrouver sans savoir comment elle était arrivée là, dans une ville inconnue. Hagarde, la mémoire défaillante, elle resta deux jours sur l’un des bancs d’un jardin de ville avant qu'on ne la remarque. Ce jour-là, son ange gardien veillait. Elle fut admise en centre de soins et récupéra un peu de santé. Patricia, une belle rencontre, veille sur elle dorénavant. En regagnant le squat, Mylhenn avait compris la leçon.
    Il était temps pour elle de se changer les idées. Le DRINK’IES venait d'ouvrir ses portes et ce nouveau night-club en promettait. C’était l’occasion ou jamais. Avec l’aide de Lamine elle déroba un petit flacon de Guerlain dans la boutique de luxe où elle venait de s’acheter une tenue hors de prix.
    La brune piquante et la blonde pimpante entrèrent dans le lounge bien décidées à passer une bonne soirée. Sonia tomba sur un groupe d’amies et se joignit à elles tandis que Mylhenn, comme à son habitude, s’éloigna pour honorer le rendez-vous avec sa chère vodka. Il lui fallait cela pour se sentir bien parmi la multitude et une fois encore elle abusa. Agitée, nauséeuse, angoissée, elle ne parvenait pas à se détendre, Mylhenn sentant venir la crise d’agoraphobie fit signe à Sonia qu'elle sortait un moment puis elle se dirigea vers le sas. C'est alors qu'elle l'aperçut au bar, devisant agréablement avec des amis, un verre à la main. Une petite brune le serrait de très près, mais il semblait indifférent à ses avances. Son catogan aurait pu le faire passer pour quelqu’un d’efféminé, mais il en était tout autre. Mâle était le premier mot qui viendrait à l’esprit de Mylhenn si on lui demandait de qualifier la force qui émanait de l’homme qu’elle mangeait des yeux.
    Elle hésita longuement, le regard rivé sur Ashlimd, puis elle opta pour la fuite, bousculant celles et ceux qui ne s'écartaient pas assez vite de son chemin. Lorsque le vent glacial lui fouetta le visage, elle put enfin respirer normalement. Elle reprit lentement le contrôle d’elle-même. Ses mains cessèrent enfin de trembler. Mylhenn était sortie si rapidement qu’elle en avait oublié son bomber en fausse fourrure et à présent elle était parcourue de frissons. Heureusement, elle avait sa sacoche Kiss Gold en bandoulière, cela lui éviterait de repasser par le bar pour la récupérer. Tant pis, pour son vêtement chaud, en marchant vite elle atteindrait rapidement un passage aux traboules où elle serait à l’abri de la morsure du froid. Les allées semi obscures lui avaient souvent servi de chambre et elles la conduiraient rapidement près de la rue qui donnait accès au chantier. Mylhenn s'éloigna rapidement du DRINK’IES pour se fondre dans l'obscurité d’une ruelle adjacente au bar. Elle marchait depuis cinq minutes déjà lorsque des pas rapides se firent entendre derrière elle, une main se posa sur son épaule. Elle poussa un cri strident et se retourna prête à étriper son agresseur.
    - J’ai bien cru que je n’allais pas pouvoir te rattraper, tu as une foulée de marathonienne malgré tes talons! Soulagée, elle reconnut Ashlimd.
    - Sonia t’a confié à moi, alors inutile de chercher à courir un lièvre que tu n’atteindras pas! Tiens enfile ceci avant de te transformer en statut de glace! Il lui tendit son blouson et l’aida à le passer.
    - Ton amie tient vraiment à ce que tu m’accompagnes, alors écoute-là pour une fois! Elle approuva en hochant la tête, cependant elle suivit Ashlimd de mauvaise grâce. Elle boudait encore lorsqu’il lui ouvrit la portière de la voiture. Elle était restée silencieuse durant tout le trajet et elle s’apprêtait à le remercier pour l’avoir reconduite au squat mais celui-ci ne lui laissa pas le temps d’ouvrir la bouche.
    - Entendons-nous bien! Je t’ai amené vers la luxueuse copropriété que tu occupes avec tes compagnons de galère pour que tu y récupères tes affaires et uniquement pour cela!
    Mylhenn allait protester mais une fois encore il l’empêcha de répondre.
    - Si dans un quart d’heure tu n’es pas revenue, je te promets que je ferais quelque chose de très moche contre tes amis, dès demain ils seront chassés! Tu me comprends? Mylhenn acquiesça d’un signe de tête, le regard noir. Elle réalisa soudain qu’elle n’avait pas eu à lui indiquer le chemin de leur abri. Il avait toujours su où la trouver et cela depuis leur première rencontre. Ce qu'il confirma quelques instants plus tard lorsqu’elle lui en fit la remarque.
    Toutes les possessions de Mylhenn tenaient dans un grand fourre-tout de l'armée. Sa seule véritable richesse était dans sa sacoche kiss Gold. Il s’agissait d’un Guess dans lequel ses papiers d'identité côtoyaient un carnet de chèque, une carte bancaire et un biper dont par chance elle n’avait encore jamais eu à se servir. Ashlimd n’aurait pas signalé le squat aux autorités, de cela elle était sûre. Il avait simplement voulu lui donner l’impression qu’elle prenait la bonne décision pour protéger sa communauté. Avant de démarrer il lui avoua être au fait de son hospitalisation ainsi que de tous ses débordements et toutes ses pérégrinations en ville. Et pour ne pas la prendre en traître, il lui révéla la nature de sa profession, elle encaissa sans broncher.
    Le confort de l’appartement lui parut irréel et pour être sûre qu’elle ne rêvait pas, elle resta une bonne demi-heure sous la douche. Dès l’instant où Ashlimd commença à lui préciser comment se déroulerait leur cohabitation, la jeune femme fut soulagée. Pour la première fois depuis des lustres, on lui parlait comme à une adulte et on ne lui faisait pas de promesses extraordinaires. Ashlimd lui expliqua calmement ce qu’il attendait d’elle tout en lui réitérant sa confiance. Les dérapages seraient acceptés à la condition qu’elle les assume, il n’envisageait même pas qu’elle puisse être parfaite du jour au lendemain. Ashlimd termina ses propos en caressant tendrement du dos de sa main la joue de Mylhenn, accompagnant son geste d’un baiser affectueux qu’il déposa sur ses cheveux. Elle éclata en sanglots lorsqu’Ashlimd lui confia une clé de l’appartement. Quiétude et refuge se matérialisaient pour elle dans ce petit bout de fer. Pendant plus d’une semaine elle laissa son fourre-tout traîner dans l’entrée puis elle accepta que son bienfaiteur le remise une bonne fois pour toutes dans la penderie. Elle avait enfin un toit au-dessus de sa tête.
    Entre les cours, la préparation de ses plaidoyers et une formation prenante, Ashlimd était souvent absent. Livrée à elle-même, Mylhenn s’ennuyait à en mourir. Ashlimd profitait de ses congés pour lui consacrer du temps. Il lui fit une merveilleuse surprise en la conduisant chez celle qui lui avait sauvé la vie. Patricia fut soulagée en comprenant qu’elle ne serait plus seule pour prendre soins de Mylhenn.
    L'apprentissage du vivre à deux se passait mieux que Mylhenn n’avait osé l’espérer.

    Elle se sentait enfin elle se sentait enfin protégée des attaques de la bête qui quitterait bientôt sa cage....


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  • Je l'aimais de toutes mes forces...

    ~ La première fois cela a été pour la poubelle de la cuisine dont je n'avais pas remis le couvercle .... un magnifique bouquet de roses le soir même !
    ~ Jamais je n'ai remarqué le regard trop appuyé du facteur, mais selon mon Cricket j'étais une .... j'en ai gardé une ecchymose sur l'épaule pendant six jours !
    ~ Comme j'ai souffert pour l'obtenir ce beau pendentif en forme de cœur en or ...il m'aimait de tous ses coups !
    ~ Une fracture du poignet, c'est peu cher payé pour le dentifrice en dehors du verre à dents .... le médecin urgentiste n'a jamais vu un compagnon aussi prévenant !
    ~ Madame Sophia ne voulait pas briser notre couple, elle voulait juste me protéger de ma maladresse .... pourquoi est ce que c'est moi qui ai fait quinze jours en psy ?
    ~ Les policiers ont été très convaincant  avec mon cher mari.... j'y ai gagné un week-end en Italie ! 
    ~ Oups, j'ai oublié de déposer la salière sur la table ce midi .... ce soir j'ai appris ce que voulait dire le mot punition !
    ~ Être amoureux c'est avoir droit de vie et de mort sur celle qu'on aime .... je le pense, j'ai failli en mourir, il m'aimait tellement !
    ~ Je ne fais ici qu'un condensé de ma belle histoire d'amour, mais le plus dur est à venir et je ne peux pas encore en parler !
    ~ Deux mois de répit, le temps aux bleus de s'estomper, aux fractures de se ressouder, aux pleurs de se tarir et ma belle histoire d'amour a pu continuer !
    ~ Trois côtes cassées et un œil au beurre noir pour me prouver que je méritais ce beau tailleur Dior ! Qu'avais-je donc commis comme ignominie? .... ah oui, je n'avais pas eu le temps d'aller chercher le journal des sports !
    ~ Ce soir là lorsque j'ai enfin compris que ce serait ma vie, je me suis enfuie .... merci à l'assistante sociale qui m'a ramené à mon mari! Deux gifles et quelques coups de pied dans le bas du dos m'ont remis dans le droit chemin !
    ~ Des mois plus tard, dans l'ambulance, j'étais heureuse de cette fin qui m'a délivrée de cet amour à mort .... il est là, tapi derrière ses barreaux à guetter le moindre de mes faux-pas. Lorsqu'il sortira...

    Cela fait tout juste cinq ans aujourd'hui que j'ai échappé à la mort…


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  •  

    Enveloppé des parfums de l’été,
    J’entonne le chant des oliviers,
    Laissant sans fin se répandre mes larmes,
    Acceptant que ma douleur rende les armes…

    Déchiré et mélancolique, je me laisse glisser,
    Et emporté par le chant des oliviers,
    J’aspire finalement à goûter au repos,
    Bercé par la mélodie de mes sanglots…

    Maintenant de mon chagrin délesté,
    Je peux fredonner le chant des oliviers,
    Lorsque dans la ronde de mes souvenirs,
    Je perçois la force de tes éclats de rire...

    Je suis anéantie par la disparition de Ma Douce. Jeter sur ma page ce que j'endure aurait dû soulager ma peine, mais il n'en est rien...


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  •  

     

    En lisant dans mes yeux, l'on y découvre un peu des deux...
    Depuis une semaine ,ma rage se décuple de jours en jours et ne disparaîtra pas de sitôt...
    Je ne dors pas la nuit, mais je rêve que je dors...
    Mon cœur ne bat plus, mais je respire encore...
    Je ne parle plus, je réponds seulement...
    Les jours se succèdent et tout recommence...
    Tous mes rêves d'avenir sont à oublier...
    Dans le noir revient, avec la fréquence d'une rengaine, le cauchemar de chaque soir...
    Je m'étonne d'entendre encore battre mon cœur ...
    Pour toi ma belle ma douce ma tendre Sonia...
    Je t'offre ce qu'il reste de ma vie, moi, je n'en veux plus...
    Je te fais cadeau de ce petit rab qui ne me sers à rien...
    Je t'offre ce bout d'éternité, car ils n'ont pas voulu que j'aille chercher ton âme dans cette ruelle où tu nous à quitté...
    Aussi ai-je décidé aujourd'hui de te faire cadeau de ma vie...
    Ne te méprends pas ma douce, ta Bella t'ouvre les portes de son jardin secret...
    Mais que la vie est mal faite ma Sonia...
    Je suis tellement seule que mon envie remonte à la surface...
    N'ayant plus personne pour m'aider à la combattre, j'y céderai sans doute bientôt...
    Cette même envie qui ce soir là nous a séparée...
    Tu étais tellement plus forte que moi...
    Pendant que je m'éloignais toi, tu t'envolais, si seulement cela avait été moi...
    Toi, tu t'accrochais à la vie car celle qui t'a accordé ce sursis est trop tôt partie...
    J'avais deviné qu'il était tapi là, dans l'ombre à te guetter, je n'ai rien pu faire...

    Je te demande pardon ma Sonia, et finalement ton âme est sur ma main, j'en prendrai soin !


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    ...Vingt-deux jours ...et vingt et une nuit que je crève de ne pouvoir te raconter mes bêtises!

    Si tu savais ma Douce, tout ce que ta Bella a parcouru comme chemin depuis que tu es partie ...tu serais si fière !
    Fière oui, mais je me serais prise une sacrée taloche pour n'avoir pas écouté ton dernier conseil!
    Je ne peux pas faire ça Sonia, je n'y arrive pas! Le Maharajah m'a emmené au pays de mes racines le week-end dernier. C'est le plus que je puisse approcher. Ils sont là, ils guettent pour lui, je le sais. Remarque que je n'en ai vu aucun. Je me complais dans mes terreurs, que n'as-tu fais pareil?
    Tous les ''Charlies'' sont à mes côtés. Eux ne m'ont pas abandonné comme toi !
    Je me déteste pour oser penser cela de toi!
    Je ne peux m'empêcher de t'en vouloir! Je suis en colère après toi! Ma Douce, tu me manques trop!
    Mais à ce qu'on dit, tu savais qu'il était là? Tu savais et tu es allé le rejoindre. Mais qu'est-ce qui t'es passé par la tête? Rencontrer un fauve équivaut à se suicider...
    Qu'as-tu fais ma Douce? Mon fauve est derrière les barreaux, mais je ne me risquerais pas à lui rendre visite ...pas maintenant. Pas sans raisons, ni sans protection.
    J'aurais du me douter que tu n'avais qu'une envie, le défier. Tu es bien avancé maintenant! Je suis désorienté, condamné à pleurer ta perte et malheureuse comme les pierres.
    Tu me manques tellement ma Douce! Ce n'est pas bien d'être en colère contre toi. C'est plus fort que moi...
    Je suis malade du si peu de considération qu'ont eu ces jean-foutres envers toi. Ils n'ont même pas réclamé ce que j'ai obtenu sans peine alors que rien d'officiel ne nous liait. Je suis allée une seule fois dans cette ruelle maudite. Ton aura y survivait encore. Après, nous nous retrouverons ma chérie! Il y a un après, c'est juré. Je dors un peu mieux la nuit et j'ai renoncé à ces expéditions dangereuses que tu appréhendais tant. Une ou deux heures, mais je dors! Ash est souvent absent, mais je suis moins seule, j'invite les potos à son appartement. Il râle un peu évidemment. Je crois que c'est Maddy qui pousse aux cris. Elle ne m'aime pas et a raté sa vocation: garde chiourme! Non je n'accueille pas de détraqués, c'est promis! Ils ne sont pas du genre de ''Juice'', te souviens-tu de ce phénomène? Je ne me rappelle plus trop pourquoi on l'avait surnommé ainsi? Il aimait les canettes d'oasis et les collectionnait  je crois? Il en promenait des dizaines dans un chariot. Elles étaient vides et vraiment malodorantes. 

    J'ai rencontré un brave homme sur le site sur lequel je me suis inscrite. Je crois qu'il t'aurait vraiment plu.
    J'écris, il me répond et tu sais quoi ma douce?
    Je correspond avec quelqu'un qui a du vocabulaire et une syntaxe parfaite ! Il corrige même mes fautes. Il compatit sincèrement à ma douleur et à mon chagrin de ta perte. Lis le très beau texte qu'il t'a composé. Pourtant il ne te connaissait pas! Il est débordant de vie et tellement gamin.
    Question bagatelle il a l'air de s'y connaître et le Kamasutra ne semble plus avoir aucun secret pour lui. Qui vivra verra.

    J"apprécie sa vivacité d'esprit et ses invitations à peine voilées. Nous faisons les fous en messagerie et il m'arrive de le....

    Non Ma Douce, de cela je t'en parlerais sous les oliviers... 


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  • ...Assise dans l’obscurité, son sac entre ses pieds, elle retardait le départ, attendant un miracle qui ne venait pas.

    Elle se remémorait les bons moments passés en ces lieux. En quelques heures, sa vie avait basculé une fois encore, et elle devait maintenant compter avec la disparition de deux de ses amies. L’une d’elle était morte dans l’horreur et Mylhenn avait abandonné l’autre pour des raisons qui lui étaient incompréhensibles à présent. Mylhenn attrapa la lanière en cuir de son sac fourre-tout, elle se leva d’un bond, et quitta l’appartement d'un pas énergique, sans se retourner. Celle-ci se dirigea machinalement vers l’ascenseur, mais finalement, ce fut l’escalier de service qu’elle emprunta, comptant les marches une dernière fois. Trois étages en dessous, dans le hall d’entrée, assise sur le marbre froid elle hésitait encore à franchir la porte vitrée. De grosses larmes brûlantes roulaient sur ses joues, Mylhenn ne les séchait pas. Elle évacuait son chagrin une bonne fois pour toute, puis passerait à autre chose. Dès que la nuit l’enveloppa dans la ruelle, elle se sentit mieux, ici elle était dans son élément. Comme chaque soir à cette heure-ci, Ahmed était derrière son comptoir. Mylhenn le salua en entrant dans le petit bazar-épicerie.
    - Hééé, pimbêche, je croyais que tu ne devais pas sortir le soir? S’exclama-t-il l'air réprobateur. Son regard démentait son reproche, ses yeux brillaient de malice.
    - T’inquiète Ahm, c’est la dernière fois que je bafoue la loi! Lui répondit-elle en s'esclaffant. Son rire sonnait faux. Elle lui tendit alors quatre enveloppes en lui faisant promettre de les remettre à leurs destinataires.
    - C’est le grand jour Bella? Alors Inch Allah! Les mots se voulaient réconfortants, mais des larmes brillaient dans les yeux. De l’homme qui prit Mylhenn dans ses bras, la serrant très fort. Il savait que le petit papillon s’envolait pour son grand voyage. Lorsque le bus la déposa au terminus, Mylhenn se dirigea d’un pas ferme vers le squat ou l’attendaient ceux à qui il serait plus difficile de dire adieu. Eux seuls lui avaient donné amour et affection sans contrepartie. Nullement effrayée, elle s’engagea dans le terrain vague, louvoyant entre les planches et les tas de gravats qui jonchaient le sol. La cave était éclairée par des lampes à pétrole dont elle apercevait la lueur au travers des bâches trouées qui protégeaient ses amis des intempéries. Elle voulait saluer Lamine, il s’était institué d’office son garde du corps lorsqu’ils faisaient tous la tournée des squats environnants. Elle aurait dû s’en douter, à cette heure-ci il n’était pas seul. Elle reviendrait au cagibi qu’il occupait plus tard. Elle sourit malgré elle en entendant les gémissements répétitifs de l’heureuse élue. En entrant dans le réduit qui protégeait ‘‘sa famille’’ des intempéries, l'odeur de vie de ces marginaux la prit à la gorge. Cela donnait un mélange de sueur, de fritures, d’herbes défendues et …d’amour. Peu lui importait le parfum ambiant, elle avait trouvé ici l’affection que lui refusaient ceux qui auraient dû la protéger. En la voyant avec son sac, ils comprirent que le moment était venu de dire adieu au petit papillon. Personne ne chercha à la dissuader de rester. Leur ‘‘petite’’ était une naufragée comme eux, apparu d’ils ne savaient où et aussi tourmentée que les champs d’oliviers les jours de mistral. Les jours où elle allait mal, elle passait des heures à leur décrire SA vieille forteresse, les pieds de lavande qui s’étendaient à perte de vue et la méditerranée aux vagues capricieuses qui avait accueilli ses bonheurs de petite fille insouciante. Si elle voulait survivre elle devait s’y rendre sans attendre. Le réconfort que lui procurait sa cour des miracles était immense, ici était sa vraie famille, elle était chez elle. Elle resta parmi eux une bonne partie de la nuit et enfin sonna le signal du départ. Elle se leva d’un bond, les dévisageant tous longuement l’un après l’autre puis elle se décida à les saluer. Mylhenn accepta caresses, embrassades, pleurs, offrandes et mots d’amour en sanglotant.
    - Ils t’ont tous tripotés et moi je n’ai même pas eu droit à un câlin! Casanova était enfin là pour les adieux.
    - Menteur, j’ai entendu le résultat de ton savoir faire en arrivant! Renchérit Mylhenn en se jetant dans ses bras. Elle n’aurait pas aimé partir sans avoir confié Ash à Lamine. Les deux hommes ne s’appréciaient pas particulièrement, mais celle-ci savait que Lamine qui avait un faible pour elle ‘‘surveillerait’’ discrètement Ash. Il allait recevoir un sacré coup de massue en s’apercevant de son départ…
    - Crois-moi, celle-ci ne valait pas ses trois moutons! Mignone et …compréhensive! Un clin d’œil accompagna cette répartie un rien sexiste. Lamine le tombeur avait les larmes aux yeux lorsqu’il la serra contre lui. Ses mains s’attardèrent un peu trop sur les fesses de la jeune femme. Celle-ci n’y prêta pas attention, Lamine était... Lamine. Elle s’expulsa de l’abri le visage rougi et le cœur en miettes. En attrapant son fourre-tout elle avait constaté qu’il était un peu plus gonflé qu’à son arrivée, et bien plus lourd. Elle ne leur fit pas l’affront de l’ouvrir devant eux. Combien de fois s’était-elle rendue à la pharmacie pour Mina? Elle ne comptait plus le nombre de consultations qu’elle avait réglées ni le nombre de caddies emplis lors des jours de disette. Leurs présents, même chiches, étaient un remerciement qu’elle ne pouvait refuser. Un dernier adieu et elle s’enfonça dans l’obscurité, Mylhenn avait à peine fait quelques pas lorsque Lamine la rejoignit.
    - Bella, j’ai un pote qui descend sur Marseille ce matin, si cela te dit de...? Mylhenn acquiesça avant qu’il ne finisse sa phrase. Alors d’un geste énergique il s’empara de son sac et sans un mot, il la conduisit aux halles. Vingt minutes plus tard, elle s’apprêtait à monter dans la cabine d’un énorme poids lourd. Lamine savait que c’était sa dernière chance et le baiser qu’il lui donna n’avait rien de conventionnel. Elle le laissa attacher sa langue à sienne, répondant à cette envolée buccale comme si leur vie à tous deux en dépendait.
    - Tu es la pire des cochonnes que je connaisse, et j’ai jamais pu en profiter! Si c’est pas malheureux! D’une main qui se fit le plus douce possible, il cajola tendrement l’une après l’autre, les joues de Mylhenn.
    - Protège-toi Bella! Allah veillera à ce qu’un jour son souvenir ne te soit plus douloureux! Elle allait répondre lorsqu’il glissa plusieurs billets dans la poche de son jean. Il se fâcha quand elle se mit en tête de refuser. Alors, pourquoi pas? Les pas de Lamine étaient jonchés de billets, ce qui le conduisait souvent devant le juge et derrière les barreaux.
    Durant une partie du trajet elle sommeilla puis elle fouilla dans son sac, curieuse de découvrir ce dont ses amis lui avaient fait don. Il y avait un peu d’argent, et elle en eut les larmes aux yeux en repensant combien tous galéraient pour survivre. Il y avait aussi une paire de baskets neuves, un pull épais et un pack de paires de chaussettes hautes. Ils savaient qu’elle avait toujours froid, même en été. Fortunée avait emplie une boîte plastique usagée de sucre en poudre, des petits gâteaux au miel qu’elle confectionnait dans le four de l’antique cuisinière du squat. Faouzi respecta son chagrin, il resta silencieux devant ses larmes.
    Mylhenn le remercia sincèrement lorsqu’il la déposa au bord de la départementale, à quelques kilomètres de l’entrée du petit village qui abriterait l’illégalité de son retour.
    - Adésias Sonia, T’amour p’tite mère! Ces mots prononcés là où elle avait ‘‘semé’’ sa chère Sonia lui donnèrent la force de gravir la colline qui la séparait de ses racines.

    Son regard ne quitta plus la petite maison qui l’attendait, chacun de ses pas l’en rapprochait un peu plus…


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    ... Ma Pat a fait la paix avec elle même je crois! Ses soucis sont encore là mais elle fait la part des choses à présent. La vie n'a pas été facile ni tendre avec elle. Elle a eu beaucoup de peine, tu étais mon amie la plus chère. Elle a pleuré avec moi... 
    Oui ma Douce, je suis devenue plus raisonnable grâce à elle!
    T'inquiètes, mes caprices sont moins nombreux. Si tu savais comme j'entortille ce pauvre Gandhi, mais parfois j'ai l'impression qu'au final c'est lui qui gagne et de plus en plus souvent maintenant! Soit je vieillis, soit il m'a cerné sans que je m'en rende compte. Je sais tu m'as prévenu dès le jour ou je t'ai parlé de lui. C'est un finaud! Quand on est capable de résister aux verres qui traversent la pièce ou aux hurlements de bête blessée toute une nuit, l'on doit avoir un sacré tempérament.  Tu imagines bien que je vais tenter de faire un bout de chemin en sa compagnie. Je le garde celui-là! Je ressens encore beaucoup de terreur, mais il m'enveloppe à la façon d'un poisson dans sa papillote et tous mes malheurs s'estompent. Je suis une peste, j'agis comme la pire des gamines, je me comporte en tyran, il m'arrive de l'insulter, de le trouver surnaturel et pour toute réponse à mes provocations il ne sait que m'enlacer et me réconforter. 

    La plupart du temps il est dans ses tribunaux. Je crois que c'est viscéral chez lui. Ses fichus bouquins tiennent tout un pan du mur de la pièce qui lui sert de bureau et il en achète toutes les semaines. Je crois que cet homme est en train de me faire oublier toutes mes certitudes. Il est... il n'y en a as deux comme lui! Cette semaine il est en vacances. J'entends ton rire alors ne te marre pas s'il te plaît! Tu sais comment cela se passe avec lui. Le Maharajah ne sait pas déléguer, son boulot est une plaie. Évidemment qu'il y a toujours les coups de fil sans fin à son remplaçant, les dossiers où je l'entends grogner, tu sais le "rache merde quel con", à chaque ouverture de mail. Il s'énerve devant son clavier et finalement fait lui-même le travail. Je m'ennuie...

    Quand j'en ai trop marre, je l'aguiche de mes fantaisies et généralement cela se termine par des câlins très hot! Il nous trouve de beaux hôtels sympas, des ballades intéressantes et il m'emmène voir Pat aussi, mais c'est rare. Je ne suis pas malheureuse je sais qu'il veille sur moi à sa façon. Les pokers avec Stan sont toujours d'actualité. Je crois qu'après Christian, Stan est l'homme que je déteste le plus. Il se croit tout permis sous prétexte que son père est... inutile de m'attirer les foudres de ces gens pour avoir divulguer leur notoriété. La dernière fois que nous l'avons rencontré c'était sur le yacht de H. et franchement ces gens-là, je les trouve nazes. Il a rejoint la croisière d'une soirée avec une nana, j'te dis que çà,! Ma tenue de blondasse entretenue faisait oie blanche à côté d'e la sienne. Carrément cagole la nana et encore je suis poli! Talon de vingt-cinq centimètres, bas résille jupe ras des fesses et un caraco quasi transparent. Ah elle avait du succès, mais lequel?

    Viens t'asseoir près de moi sous l'olivier, j'en ai une à te raconter. Le tendoori s'y connais en soirée festives et nous en avons honoré quelques-une de notre présence. J'ai eu la stupidité de parler de mes facéties à la personne avec qui je passe mon temps sur le web et je crois bien l'avoir vexé. Dommage c'est bête qu'il ne comprenne pas que j'ai besoin de faire ma fofolle. Lors d'une soirée où j'accompagnais le tendoori,  je me suis dispensé de mettre une petite culotte. Tu devrais essayer avec ton copain, crois-moi cela embrase grave. Que je suis bête! Les anges n'ont pas de sexe. Or donc, j'ai chauffé Ash une partie de la soirée avec mes propositions graveleuses et à mon grand plaisir il a fini par me culbuter comme une catin contre le bastingage. Oh la vache, le Maharajah n'y est pas allé de mains mortes. J'avais les jambes qui tremblaient... Il faisait noir, mais je pense que des gens nous ont vu. Tant pis j'ai apprécié. Cela dit il est un peu coutumier du genre et j'adore quand il a ce regard animal. 

    J'ai rencontré Stèph, il est toujours aussi bête, non carrément un connard. Il m'a demandé pourquoi je me traînais encore ces lunettes affreuses! "Tu n'en as plus besoin, tu n'as plus rien à cacher maintenant"! Plus con que lui, tu meurs ma Douce! J'ai ouvert une page pour adultes pour celui que je surnomme crapaud. Je suis sincère avec cet homme et pourtant j'ai l'impression de les trahir tous les deux! Je crois bien que bébé se doute de mes écrits, mais tant que je suis respectueuse, il fait semblant ... Sonia arrête de rire s'il te plaît! Je ne peux pas tout lui faire lire, il me connaît pour savoir que je suis une gourgandine, alors il comprend mon besoin de me faire aimer. S'il tombe sur ma messagerie j'aurais droit à une engueulade par contre, je ne suis pas persuadée cocotte, d'avoir encore droit à poursuivre sur le site!

    Je crois savoir faire la part des choses et l'on m'y aide, ne t'inquiètes pas! C'est au cours de l'une de ces soirées que j'ai appris ta gigantesque erreur, pourquoi ma Douce as-tu fait cela? Oui, pourquoi nous as-tu fait cela ?Je viens de m'offrir une belle crise de nerfs et évidemment c'est devenu de la colère. La femme de chambre n'a pas tout compris quand mon thé brûlant lui est passée à deux centimètres de la jambe, oui, je sais, mais là, non ! On ne vient pas me dire à sept heures du matin: 
    - "Madame nous ne pourrons pas obtenir la communication etc etc" J'ai très mal pris le fait qu'elle me surprenne en pleine crise. Oui, je me suis excusée, mais là n'est pas le problème. Je mets mon bébé dans des situations pas possible! Parfois, il faut que cela parte, de moins en moins souvent rassure-toi! Ash, bôf tu sais lui, il faudrait la fin du monde pour...et encore je ne crois même pas ! Oui Sonia, combien de fois m'as tu demandé ce que l'on faisait à ces hommes dans leur adolescence pour qu'ils gardent leur sang-froid en toutes circonstances? Je n'ai pas la réponse, mais j'ai deux personnes avec ce tempérament pour me soutenir. 

    Avec le recul, je te remercie pour Dany, oui ma bouille, tu vois, je t'ai enfin pardonné! Deux Dany, l'un le yin, l'autre le yang. Mon ange et ton démon...
    Mon dieu ma belle, je m'attends toujours à te retrouver à mon retour et c'est pour cela que je me promène avec Ash d'hôtels en hôtels, pour ne pas affronter cette douleur! Je sais que dans une semaine, pendant quelques jours, je serais terrée avec ton souvenir, tes rires, ta grande gueule, tes coups de gueule et mon immense chagrin !
    Je me refuse à tout perdre en une fois, je vais trouver le meilleur endroit où je nous poserai pour les prochains mois. Je veux pouvoir aller sous mes oliviers pour te parler, je veux pouvoir rejoindre ma cour des miracles dès que j'en ressens le besoin, je veux pouvoir sortir au grand jour sans regarder sans arrêt derrière moi! La nuit c'est autre chose...
    Tu sais Sonia, je connais chaque ruelle où disparaître, chaque arrêt de bus ou courir pour m'échapper, mille façons de faire pour entortiller le premier passant venu afin de m'enfuir rapidement, alors si je pars sans bien avoir réfléchi je devrais tout recommencer ailleurs. Christian me retrouvera toujours, je le sais! Le choix n'est pas immense, mais nous arriverons à un compromis avec Ash. Il officie souvent en région Parisienne, alors il me suffit de choisir une ville en centre et nous verrons bien!
    C'est le "et" qui me terrifie ma Douce. Il souhaiterait que je fasse du bénévolat dans un foyer pour femmes battues. Je ne gère déjà pas ma propre expérience alors je ne me vois pas réconforter les autres. Cela suffit pour aujourd'hui, je te laisse reposer en paix !
    Je pars sur la pointe des pieds, mais je reviendrai...


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  • ...Depuis quelques semaines, quelque chose me tracasse et je ne sais pas comment l'exprimer?
    Le virtuel nous apporte sa part de rêves et de désillusions, mais beaucoup plus de désillusions. Je pensais avoir réussi à bien faire la part des choses, mais je me rends compte que je fais la chose la plus horrible qui soit : laisser des sentiments s'installer alors que moi, je sais parfaitement à qui vont les miens. ... Je sais sûrement, qu'ils ne pourront pas disparaître !Je ne partage pas la vie de mon compagnon actuel à cause due mon parcours chaotique dont il me protège. Il adoucit avec patience et ténacité mes jours noirs. Même s'il n'est pas toujours présent, je l'aime !

    Le virtuel est là pour nous faire faire des rencontres et parfois l'alchimie est telle que certain(e)s seraient prêt(e)s à tout quitter pour rejoindre le ou la personne qu'ils ressentent être celle qu'ils attendaient depuis longtemps. Cet être leur semble soudain paré de mille qualités, car n'ayant que le virtuel pour juger, ils sont délivrés du quotidien. L'âme sœur virtuelle devient un mirage qui attire aussi sûrement que le papillon de nuit est attiré pas la lumière bleue qui le tuera !

    Le ressenti de propos réels et sincères, fait que malheureusement le jeu de la séduction tout en finesse conduit à imaginer l'autre sans aucun défaut. Alors l'imaginaire prend le pas et l'on fait de l'objet de notre désir une personne frisant à la perfection celui ou celle qui correspond à nos envies.
    Une fois passé le cap de l'attrait et du charme, l'harmonie des dialogues subliment ces rencontres au cours desquelles les sentiments prennent l'avantage sur la raison. Oubliée alors toute retenue et l'on se livre à l'autre sans condition ! Lorsque viendra fatalement le moment de se quitter ou d'une présence moins constante, la douleur de la séparation sera d'autant plus forte que l'on se sait sincères. Que l'on croit l'autre dans de mêmes dispositions.
    Je suis l'une de celles, qui a eu la chance de s'être fait un ami fidèle, l'un de ceux qui vous soutiennent indéfectiblement. Lui, même lorsque je fais ma gourdasse, patiente et laisse passer l'orage puis revient à l'assaut de mes démons.
    Cependant, en ce moment, j'ai l'impression de le trahir chaque jour un peu plus, de lui donner l'espoir d'un avenir commun, de le conforter dans les sentiments qu'il me porte et surtout d'entretenir un cocon qui pourrait bien détruire ce à quoi je tiens par dessus tout lorsqu'il se brisera : son amitié !

    Je ne peux continuer à lui laisser croire qu'il y aura autre chose entre nous que ces délicieux apartés en messagerie instantanée. J'envisage de clore mon compte et pourtant... 


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