• D.Day ( II )...

       

     

       …L’arrière de la maison m’était interdit, à présent je comprends pourquoi!

    Bébé et moi ne tenions ni l’un ni l’autre à une cérémonie religieuse en bonne et due forme. Je n’ai plus confiance en l’efficacité du pouvoir d’une religion, peu importe laquelle. Quant à Mon Fripon, il privilégie d’autres instances pour prier. Toutefois, il nous fallait bien sanctifier nos alliances et notre union, alors pour cela nous avons imaginé un office qui satisfera tout le monde. Le prêtre du bourg, qui a usé ses culottes courtes à l’école communale puis au collège avec mon père, n’aurait pas compris s’il n’avait pas été convié le jour des noces de la fille unique de son ami d’enfance. Ernest est un prêtre moderne qui a parfaitement adhéré au thème des quatre lois dont Bébé et moi nous nous sommes inspirés. Tout comme nous, il a pensé que ‘‘l’autre là-haut’’ ne verrait pas d’inconvénients majeurs à ce que nous fassions un salmigondis de nos cultures.
    Bébé et moi nous plaçons côte à côte lorsque retentit ‘‘Love secret’’, qui est le signal de début du deuxième instant de solennité de notre journée. Je suis très émue, encore plus qu’à la mairie si cela est de l’ordre du possible. Seuls nos familles et nos véritables ami(e)s nous accompagnent lors de cette célébration. Pour moi, Ash est le plus bel homme sur terre à cet instant. Son sherwani associé à ma tenue, nous donne l’apparence d’un Maharajah et de sa Maharani. C’est un peu ce que je recherchais. Pat entoure mon poignet gauche d’une tresse de lavande et Hylam fait de même pour son frère, puis d’un pas lent nous nous rendons tous en procession au cercle d’acceptations. Le temps que se finisse la mélodie de Makis Ablianitis nous voilà hors du temps. Un immense dais a été déployé à l’arrière de notre maison. En arrière-plan j’aperçois les tables du banquet. Les étoffes tendues de cinq tentures tirées au-dessus d’une estrade modeste donnent l’impression que nous nous apprêtons à monter sur une goélette. Retenu par les pins ancestraux, l’ensemble paraît flotter. Bébé et moi grimpons les trois marches afin de nous placer au centre des voiles couleur lavande et crème tandis que familles et amis nous entourent en contrebas pour former le périmètre de consécration. De différentes façons que se tourne mon regard, chaque fois il se pose sur des centaines de fleurs blanches qui agrémentent les alentours du dais. C’est tellement beau que j’en ai les larmes aux yeux! Je ne vais pas vous imposer la totalité du cérémonial, cependant je précise juste que l’officiant à rôle de nous faire réfléchir une dernière fois, Bébé et moi, avant de conclure sa célébration. C’est à ce moment que le prêtre s’avance pour bénir nos deux alliances. Celle de Ma Canaille est plus large que la mienne, mais toutes deux sont identiques, en platine argenté avec des reflets bleutés. Je ne voulais pas d’un bijou trop ostentatoire car en principe il ne devrait plus quitter mon annulaire. Terry prend son rôle très au sérieux. Au risque de se prendre les pieds dans l’une des marches, le minot ne quitte pas des yeux le coussin où sont déposées nos anneaux. Une fois ceux-ci bénis, il tend le coussin vers l’officiant afin que celui-ci les lie à son tour par une formule de consécration. Face à face, les yeux dans les yeux, Bébé et moi ne faisons plus qu’un. Le père Ernest nous propose alors le thème de réflexion que Bébé et moi avons choisi: ‘‘Si tu veux parler à Dieu, choisis l’endroit où tu seras en mesure de ne te consacrer qu’à cet entretien. Si c’est l’instant présent, profites de ce moment pour considérer ton prochain comme un professeur de vie plutôt que de le blâmer de tous tes malheurs. Dieu comprendra que les leçons cruelles qui t’ont été inculquées par le passé sont enfin prêtes à disparaître de ton cœur pour laisser place à un renouveau bienfaisant. Dès à présent, enfants de Dieu, vous pouvez lui confier vos souhaits et votre avenir commun’’. Notre méditation se fait sur «symphony of life» de Yakuro et j’apprécie ces longues minutes où nous sommes tous en communion. Puis vient le moment où l’officiant coupe notre bracelet à l’aide d’un petit ciseau en or tandis que nous récitons plusieurs fois le mantra de notre union. J’ai dû faire un gros effort de concentration afin de ne pas laisser couler mes larmes au moment de l’échange d’alliances. Celles-ci représentant l'attachement, l'engagement, la promesse d'amour éternel, la fidélité, le soutien et le respect que se doit un couple, j’ai soudain pris pleinement conscience de la signification de ces mots. Pendant une fraction de seconde, au cœur de cet instant émouvant, il m’est venu à l’esprit que j’étais déjà passé par là et que…
    Nos mains gauches au creux des siennes, l’officiant nous rappelle les quatre principes de la spiritualité indienne. Nous répétons Ash et moi, une dernière fois, le mantra de notre union puis vient le baiser de tendresse qui scelle la promesse de nous aimer dans le respect de l’autre.
    Après les embrassades et les félicitations, place à la fête!
    Pour le banquet, les tables ont été disposées en deux demi-cercles qui se font face à ma demande. Ainsi chacun a vue sur l’assemblée. Des nappes en lin écru accueillent des compositions florales en guise de centre de table. De jolis paniers en osier emplis de filets de fleurs de lavande, de petits pots de miel, de pochettes d’herbes de Provence, de mignonettes d’huile d’olive et de petits savons à la lavande sont disposés çà et là. Des dizaines de flambeaux parfumés à la citronnelle éloigneront les moustiques à la nuit tombée. Le menu est enroulé autour de la serviette en lin et fixé par un ruban de paille. Nous prenons de temps d’aller admirer les deux cochons de lait qui rôtissent à la broche sous un feu de sarments. L’odeur en est alléchante! Tandis que nous prenons place, les serveurs apportent les kirs à la crème de lavande bien frais. Chacun y va alors de ses vœux et souhaits pour le nouveau couple que nous formons Bébé et moi. Ma chère Pat ne peut s’empêcher de verser quelques larmes. Cette femme est une belle personne qui est digne de remplacer maman pour l’occasion. Lors du vin d’honneur je les ai aperçus papa J et elle en grande conversation. J’espère qu’il a pensé à la remercier pour toutes ces années où elle a pris soins de moi à sa place. Je m’attendais à quelque chose du genre en remarquant les comiques de la troupe chuchoter en nous fixant Ma Canaille et moi. Lamine et Pierrot se sont alors approchés avec une grande corbeille à vendange emplie de petits pains en forme de cœur. Bébé et moi avons dû les distribuer à chacun des convives et en garder un pour nous. Il paraîtrait que cela préserve de la mésentente. Tandis que le service commence, Bébé et moi avons droit à un grand plateau à anses sur lequel est disposée notre entrée. Nous devons nous plier au rite du partage de l’assiette -En l’occurrence un plat de service- De belles tranches de foie gras et une verrine de compotée d’oignons accompagnés de plusieurs tranches de pain d’épice -ce sont les tantines qui l’on confectionné, merci monsieur le traiteur pour votre compréhension- et de briochettes tièdes composent la présentation. Cette coutume est… bref, nous y avons sacrifié avec plaisir. J’étais déjà calé rien qu’avec cela! Ma Canaille m’avoue que l’émotion lui coupe un peu l’appétit. Il vient de réaliser qu’à présent nous sommes unis pour le meilleur et pour le pire. Cela n’a rien à voir avec de quelconques regrets, c’est juste que tout comme moi il vit le rêve de ce que nous attendions avec impatience depuis le début de l’été. Sa main tremble dans la mienne et j’aimerais pouvoir le rassurer de mille caresses affectueuses. Cela n’a rien à voir avec la rencontre de flamboyant et câlinette, nous éprouvons simplement un besoin viscéral de nous blottir l’un contre l’autre. Un baiser fera l’affaire car nous sommes au centre de toutes les attentions. Tous les visages expriment contentement, joie et bonne humeur. Il est temps pour Fripon et Chouquette d’ouvrir le bal. Bonne excuse pour nous pelotonner l’un contre l’autre. Phillip et les frères de Bébé me font virevolter au rythme des musiques de notre playlist. Mon carnet de bal est rempli pour la soirée. Nous nous essayons tous à un call dance country ce qui nous vaut une bonne partie de rigolade. Je découvre Mum’ et Phillip sous un autre aspect. ‘‘My mother in law’’ sait s’amuser! Mon Sam est bien à l’aise, ses chorégraphies ‘‘roulent’’ aux petits oignons! Il ne s’est jamais rien interdit et même si ses deux jambes lui font défaut, il a appris à se mouvoir sur des airs entraînants. Je ne garantis rien pour les pieds des autres danseurs, mais je n’ai encore entendu hurler personne. Il est temps de passer aux plats de résistance, servis avec force criques de pommes de terre, ratatouille et légumes variés. Les minots ont droit à des frites bien croustillantes, ils sont fous de joie. Les petits cochons fourrés aux herbes et laqués aux épices barbecue remportent un franc succès avec leur peau grillée à souhait. Cependant il y a autres choix, pintades, magrets et carré d’agneau. Ce qui m’a plu chez ce traiteur, c’est qu’il proposait diverses viandes et légumes en préparation broche, plancha et barbecue professionnel. Idéal pour un repas à l’extérieur. Nous apprécions d’autant plus que cette personne manipule les épices d’accompagnement à la perfection. Le magret au miel et à la cannelle est une merveille, quant à l’agneau enveloppé de romarin c’est une tuerie! Il y en a pour tous les goûts et personne ne reste indifférent à ces préparations. Je n’ai qu’un appétit d’oiseau, mais là je me fais plaisir d’une ou deux bouchées de tout.
    Ma Canaille et moi commençons à nous détendre. Pendant que sont servies des faisselles fraîches -miel de lavande oblige- aux irréductibles gaulois qui ne peuvent se passer de laitages en fin de repas, nous effectuons à nouveau quelques tours de piste. La ronde des desserts a été installée discrètement et nos convives sont ébahis en la découvrant. Je constate que l’ambiance est à son apogée en apercevant Pat gambiller hardiment en compagnie de Lamine. Célie se trémousse avec Marcel et Lorré. Fortunée et François, le mari de Flo, ne sont plus en mesure, Forty qui doit raconter des bêtises le fait tellement rire qu’il rate un pas sur deux. Anaïs et Sodishan nous font la démonstration parfaite d’un looping acrobatique. Des applaudissements nourris saluent leur belle prestation. Mon père vient m’enlever à Ash en s’en excusant -très vieille France papa- et nous passons de très longues minutes, enlacés, sans dire un mot. Je pense que l’un comme l’autre nous sommes très émus. Il y a peu, je n’aurais pas mis un kopeck sur l’avenir d’un attachement père-fille. Je sais que la communication entre nous n’est pas encore au point, mais je suis persuadé d’une chose, c’est qu’il souhaite autant que moi créer une véritable relation. Pour preuve ces baisers affectueux et cette accolade qu’il me donne en m’abandonnant presque engourdi. J’ai senti le regard de Bébé sur moi et comme à chaque fois je me sens invincible.
    Tiens, est-ce Hylam et Hailie que je viens de voir s’embrasser? La belle rousse est-elle en passe d’être supplantée par l’épouse? Il est vrai que nous avons remarqué que ces deux-là avaient l’air plus proches, à suivre? Bébé attrape ma main et me conduit un peu à l’écart sous les pins, à l’abri des regards. Il n’apprécie pas trop les hourras chaque fois qu’il me donne un baiser, un rien réservé Ma Canaille. Ce que les débauchés appelleraient un festival de langues n’est rien à comparer des baisers langoureux qu’il me donne. Et sa façon de me nommer sa dame de cœur est émouvante…
    Il est pratiquement une heure trente lorsqu’arrive le clou du spectacle: Notre Persian Love Cake! L'histoire voudrait que ce gâteau ait été réalisé la première fois par une femme souhaitant conquérir le cœur de son prince. J’ai le mien et je n’ai pas eu besoin de sucreries pour qu’il s’attache à moi. Le gâteau se présente sous la forme de deux coussins couleur pêche où sont déposées deux petites alliances en caramel doré. Séparées par du biscuit génoise, plusieurs couches de crèmes se superposent. Crème à la rose parsemée de pistaches grillées, crème aux framboises et crème aux figues. Les ‘‘coussins’’ sont recouverts d’un glaçage au beurre qui leur donne leur effet moelleux. Ils sont décorés aux quatre coins avec de jolis pompons fait de caramel travaillé. Je suis ravi de l’effet qu’il produit. Le vin de Champagne fait son apparition, et Bébé et moi découpons les premières parts de gâteau sous la direction experte du traiteur. A partir de cet instant, je déclare officiellement que nos hôtes sont sur pilotage automatique. Ma Canaille et moi sommes désormais en mode Chouquette et Bébé. Nous profitons de la chaude ambiance qu’entretiennent nos familles et amis. Mumy est radieuse en dansant avec son fils. Papily me tape la bise une fois tous les quarts d’heure en me souhaitant la bienvenue dans la famille. Ce doit être l’effet Bruichladdich. Quoi qu’il en soit, leurs félicitations ont été sincères. Nous avons aperçu les parents de Bébé alors qu’ils discutaient longuement avec mon père et tout comme moi, Ash trouve cela apaisant. D’aussi loin que mes yeux se portent, je ne vois personne tenu à l’écart. Les fans de country se sont aménagés un parquet -pelouse- dans l’allée principale. Le club valse joue de la ballerine dans le hall. Le mélange des musiques tient de la cacophonie plutôt que de la mélodie. Bravo Sam pour avoir eu l’idée d’installer des haut-parleurs! Les larmes me viennent à nouveau aux yeux en pensant que l’endroit n’avait jamais connu autant de bonheur depuis le décès de ma chère maman. Bébé et moi, nous nous demandions dans qu’elle chambre la dream team -fine équipe pour les purs et durs du langage châtié- avaient bien pu installer celle qui nous était destinée? Nous étions loin d’imaginer ce qu’ils nous avaient réservé. Il était près de cinq heures du matin lorsque le black cab est venu nous enlever. Un joyeux chahut ainsi qu’une pluie de pétales blancs -ceux des fleurs du chemin de table je suppose- nous ont escorté, puis Anaïs et Pat ont déposé un sac de voyage dans le coffre et… direction l’inconnu? Plus tard Sam m’expliquera que certain(e)s envisageaient de nous déranger lors de notre nuit de noce, aussi sachant que Bébé et moi n’apprécierons pas forcément ce genre de pitreries, il leur a présenté les choses sous un autre angle. Mon bon Sam…

    Un sourire béat aux lèvres, nos regards endormis contemplent longuement nos alliances…

     

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 6 Septembre 2018 à 09:40

    Oh Miss Chouquette !! Pardon Me Pain d'épices ...j'ai les larmes aux yeux, que d'émotion !!

    Je suis sur Ré la Blanche....connection internet pas terrible, mais je n'ai pas pu résister au besoin de te lire.....bisous les z'amoureux....

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