• THe FaMiLy GRoWS...

       …Camilla, Terry et leurs parents connaissent un grand bouleversement dans leur quotidien!

    Le projet d’adoption d’Hailie et Hylam pour les jumelles a eu une conclusion heureuse. Hylam nous a envoyé une vidéo qu’a prise mademoiselle Annet. Les petites, Meryl blonde comme les blés et Evelyn aussi brune que le bois d’ébène, gazouillent sur les genoux de leurs parents dans leur chambre de conte de fées. Les premiers jours ont été difficiles car, tout comme pour yad, la routine de la structure leur faisait défaut. Le rituel du coucher n’est pas le même en famille qu’en collectivité. Tout s’apaise avec le temps. Avant sa rentrée au collège, Terry a pu leur souhaiter la bienvenue. Camilla elle, se fera un plaisir de les martyriser fraternellement jour après jour. Il en va ainsi pour toute fratrie, c’est quasiment un rite de passage, les plus grand forment leurs cadets. Ce sont de rudes paroles de ma part car le caractère de la peste de service s’est grandement amélioré. À sept ans il était temps. Mes neveux sont des enfants plaisants et très bien élevés, mais ils restent des enfants. Et c’est tant mieux. Quoi que? Terry est tellement sage que s’en est bizarre. Il est trop raisonnable pour onze ans. Phillip me répète souvent qu’il voit Ash en lui plutôt qu’Hylam. Je vais finir par me poser des questions? Trop sérieux, trop soigneux, trop réservé, trop de trop. Le minot m’a montré ses cahiers et ses classeurs de l’an dernier -trop parfait, il révise même pendant les vacances- je n’en suis pas revenue. Pas une lettre plus grande que l’autre, des devoirs impeccablement propres, pas une rature et aucune page cornée. Ahurissant. Sa chambre n’a rien du foutoir de celle d’un pré-ado en devenir, l’on dirait celle de Monk. Pas de désordre et tellement triste. Même ses jeux vidéo sont …pitoyables. Je m’en inquiète un peu, mais tout le monde me dit que c’est normal pour Terrence. Déjà nourrisson, il était hors norme. Branson, son amie d’école est venue passer quelques jours chez eux pendant les grandes vacances, nurse Annet m’a confié que la chambre qu’ils lui ont prêtée était dans le désordre le plus total au bout de trois jours. Voilà une enfant normale selon mes critères. Cela dit je n’ai aucune comparaison si ce n’est le souvenir de mon expérience personnelle. Miriette et moi dormions parfois par terre car nous réservions nos lits à ses poupées. C’était autre chose. Yad est le parfait exemple du petit garçon traditionnel, car je me prends les pieds une fois sur deux dans ses jouets et ses vêtements qui jonchent le tapis. Phillip et Dorothy sont comblés par la venue définitive des jumelles au foyer de leur fils. Il va y avoir une fête je suppose? Il paraîtrait que Mumy se soit libérée pour un temps des obligations de deux des associations qu’elle a créées. Pour profiter de ses six petits-enfants aurait-elle dit? Nurse Annet est là savez-vous belle-maman? Il me tarde de voir trotter les petites et comment les habille Hailie. Ma belle-sœur a su faire table rase des frasques de son cher mari pour reconstruire du solide. Hylam lui, a dû trouver la force d’exprimer ses frustrations car Ash et moi les trouvons plus démonstratifs. Mumy détourne le regard, haussant les épaules les yeux levés au ciel, lorsque son aîné se laisse aller à poulotter sa tendre moitié en société. Moi, cela m’amuse de voir rougir ma belle-sœur. J’ai bien cru que Madam’ allait s’étrangler la première fois où Bébé m’a fait basculer sur ses genoux en plein milieu d’un apéritif convivial pour m’embrasser langoureusement lors de ma toute première visite en son royaume. Pour ce qui est du langoureux, Bébé est dans une sacrée forme et s’il continue ses démonstrations je vais avoir besoin de vitamines, beaucoup de vitamines. Je pique un peu ces jours-ci car je pense à notre retour prochain aux Aspidies.
    C’est complètement idiot, je le sais, mais entre les deux mon cœur balance. Je me sens tellement bien au domaine -chose que je ne croyais jamais dire un jour- que cela me mine de le quitter, mais notre petit cocon aux Aspidies me manque vraiment. La ‘‘Petite Paix’’ aura toujours une place particulière dans mon cœur, c’est là que je me suis en partie reconstruite. L’abandonner un temps à ma cousine ne m’est pas aussi compliqué que je ne le pensais. Florence fait quelques heures supplémentaires pour son entretien, car je n’ai confiance qu’en elle. Je saurais la récompenser le moment venu. Avec son aide, Anaïs et Sodishan ont installé la chambre du bébé à l’étage. C’est un véritable petit nid douillet. Anaïs est tout en rondeur. Normal pour un huitième mois de grossesse qui commence à alourdir ses pas et augmenter ses craintes. Elle met en doute l’utilité de la méthode à l’accouchement sans douleur depuis que Patricia lui a narré ses expériences. Toutefois Sodishan et moi insistons pour qu’elle s’y rende régulièrement. La présence de ‘‘son Soddy’’ lui fait le plus grand bien. Ils ont passé l’été attaché l’un à l’autre et cela leur a été bénéfique à tous deux. Ils ont compris que la vie de couple n’est pas toujours un conte de fée. Cela dit, à voir agir mon beau-frère avec elle je n’ai aucun souci à me faire, plus collant que lui y’a pas. Je pense que celui-ci l’a mis au fait de mes réticences car Anaïs me sollicite moins pour un oui ou pour un non et elle ne m’a plus jamais fait poser ma main sur son ventre. Je me sens minable de m’être ouverte au frère de Bébé à ce sujet, mais il en allait de ma santé mentale. Ma relation avec mon beau-frère s’est grandement améliorée, même ma Pat s’en est aperçue. Elle me dit le sentir sincère dans ses sourires et ses paroles. Il est vrai que je le trouve nettement plus agréable à vivre.
    Notre petite pomme est toujours aussi enthousiaste à l’idée de se rendre à l’école. Je l’ai laissé une demi-heure en garderie une fin d’après-midi ou nous étions en courses Pat et moi et depuis il me réclame des devoirs, ayant vu les grands du CP écrire leurs mots de dictée. Pat me dit que de lui apprendre à écrire son prénom et son nom de famille serait déjà une bonne chose puisqu’il le souhaite. Pourquoi pas? Ash lui enseigne bien des rudiments de lecture. Toutefois je me refuse de faire de mon fils un singe savant. Ses acquis se feront à la vivacité de son développement. Je ne reviendrais pas là-dessus. Je suis ravie car papa et Pat m’ont ôté mes derniers doutes quant à mes capacités à être une bonne mère. Ash me le dit et redit, mais je reste dans le doute. Entendre celle qui me sert de mère depuis quelques années me le confirmer m’a fait un bien fou.
    La pluie s’est invitée, enfin. Patricia et moi avons laissé passer l’orage en regardant L’odyssée de Pi dans ma chambre. C’est mon deuxième divertissement préféré après Rani. Je connais par cœur chaque scène du film, c’est pourquoi nous en avons profité pour parler de tout et de rien. La lettre de maman l’a ému et bien entendu Gabriel s’est retrouvé sur le tapis. Quelle madame benêt je fais. J’aurais dû savoir que Patricia ne s’en tiendrait pas à ça. Comme ses attaques sont imparables, le mystère était élucidé dès le lendemain. Papa a été obligé de me donner la véritable version des faits. Il ne voulait pas briser mes souvenirs de petite fille, car j’étais trop affectée chaque fois que l’on évoquait ma mère. Pat lui a sans doute conseillé de s’adresser à moi comme à une adulte puisqu’en quinze minutes j’avais le fin mot de l’histoire. Je connais Gabriel par son nom de famille, je ne connais que lui d’ailleurs. Le ciel m’en est tombé sur la tête. Maman exigeait une politesse totale avec les invités au domaine et jamais il ne nous serait venu à l’idée à ma sœur et à moi de demander son prénom à l’un d’eux. J’ai effectivement une lointaine souvenance où monsieur B. était présent au domaine lorsque papa se trouvait en mission. Souvent. C’est pour cela que l’inconnu sur le cliché que j’ai découvert dans le coffret me semblait familier. L’innocence des enfants est telle que les adultes en profitent lâchement. La réminiscence des colères de ma grand-mère lorsque Gabriel rendait visite à ma mère me revient aussi en mémoire. Tout comme le regard triste de cet homme lorsqu’il s’adressait à maman. Ses gestes tendres comme remettre une mèche de cheveux en place, avancer sa chaise avant qu’elle n’y prenne place et ses baise-mains qui s’éternisaient. Maë Lynette grondait de fureur en les épiant parfois. Tout ceci était profondément enfoui en moi, mon esprit d’enfant ayant verrouillé ce qu’il avait compris être une faiblesse, un égarement de la part de ma mère. Je ne jetterais jamais la pierre ni à maman ni à monsieur J. qui trouve grâce à mes yeux. Cependant, je ne comprends pas comment il se pouvait que maman aime aussi maladivement mon père alors que son véritable amour était Gabriel? Pour un héritier papa a trompé Jocelyne avec ma mère et aujourd’hui j’apprends que maman trompait mon père avec son premier amour. Lorsque je vois mes parents avec mes yeux de petite fille, je me sens tellement innocente. Avec mon regard d’adulte, c’est autre chose, j’hésite entre écœurement et consternation. Beaucoup de tristesse aussi. À présent je pense qu’il aurait mieux valu que je ne cherche pas la vérité. Le mal étant fait il n’y a pas de retour possible. Je suis infiniment peinée de comprendre que mes parents n’ont jamais été totalement heureux ensemble et surtout d’avoir mis tous les torts sur mon père. Gabriel serait resté ce que l’on nomme pudiquement un vieux garçon et il n’a pas de famille. Depuis trois ans, il serait pensionnaire dans une des maisons de retraite des environs. Je regrette à présent de m’être séparée du courrier que maman, à ses derniers instants, lui destinait. Par le passé mes choix n’ont pas toujours été judicieux et celui que je fais à l’instant où j’écris ne le sera pas plus.
    L’anniversaire de Bébé a été un franc succès. Je conserverai longtemps en mémoire ce moment merveilleux que nous avons passé en famille. Ma famille. Ceci d’autant plus facilement que Sodishan s’est offert une caméra pour immortaliser les derniers mois de grossesse de ma cousine et la naissance de sa fille. En attendant le grand évènement, en dehors des misères d’Anaïs, il exerce ses talents sur tout ce qui croise son objectif. M’enregistrer en train de chanter en karaoké une vieille rengaine qu’apprécie Pat, sous l’œil hilare de mon mari, n’est pas l’idée du siècle. C’est charmant, Sod conserve ce moment d’anthologie pour la postérité me dit-il, je me vengerai. Le cadeau de Bébé a été plus sentimental qu’onéreux, il en a pleuré. Marcel et Gilles m’avaient laissé entendre qu’ils construisaient une cabane pour mon poussin aux abords de la petite pinède. Il était interdit à tous de s’y rendre pendant les travaux. En fait leur ouvrage s’est avéré être quelque chose de très élaboré. Un véritable palace pour Ash et son fils. Pour leurs soirées entre homme. Un chalet à l’aménagement uniquement masculin. Deux hamacs, deux rocking-chairs, des coussins oreillers sur une mezzanine riche en étagères. Il y a même un coin dînette avec l’emplacement pour y installer un mini réfrigérateur. L’électricité viendra plus tard. Yad n’a évidemment pas compris pourquoi son père versait des larmes, mais il a deviné que ce dévoilement n’était que pour eux. Il a entraîné Ash sur la mezzanine et nous a carrément jeter dehors. Mon grand dadais de mari était si ému en me rejoignant qu’il en avait encore les larmes aux yeux. J’aime cet homme comme jamais je n’aurais cru pouvoir le faire. Il est mon phare, mon pilier et mon amant libertin.
    Pourquoi ai-je soudain ce sentiment de voler mes instants de bonheur. Je suis effrayée à l’idée que tout cela ne puisse être qu’un rêve. Je n’ai plus la possibilité de relire ce que j’écrivais en messagerie il y a sept ans en arrière puisque j’ai tout détruit, mais il me semble que mes progrès sont bien réels et définitifs. Alors d’où me vient toujours ce sentiment d’insécurité, de manque?

    Minas Tirith. Le roi Aragorn s’agenouille aux pieds des quatre hobbits. Janvier…

    « I CoMe HeRe...ON LeaVe... »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :