• LiTCHy ( II )...

       ...Intrigué par le comportement de la toute jeune fille qu’il suivait du regard depuis un moment déjà, Lukas Delmont se demanda s’il ne rêvait pas. Celle-ci venait de substituer le porte-monnaie d’une imprudente qui l’avait laissée bien en vue au-dessus de son sac à mains. À voir son visage juvénile, la pickpocket devait être à peine sortie de l’adolescence. Toutefois Lukas était persuadé qu’elle n’en était pas à son coup d’essai. Sentant qu’on l’observait elle lâcha aussitôt la bourse et chercha dans la foule, d’un regard insolent, celle ou celui qui avait vu son geste. Elle découvrit Lukas qui la fixait avec insistance, un sourire amusé aux lèvres. Se voyant découverte, elle aurait pu s’enfuir, mais au lieu de cela elle affronta Lukas de ses beaux yeux bleus pailleté d’or. Elle se dirigea vers lui et le heurta violemment, poursuivant son chemin sans s’arrêter. Lukas avait compris son manège aussi lui agrippa-t-il le poignet avant qu’elle n’ait pu disparaître dans la foule des chalands. Elle venait de dérober son portefeuille fort adroitement. Il lui tendit son autre main dans laquelle elle déposa de mauvaise grâce son larcin. La lueur assassine qui brillait dans ses yeux dissuada Lukas Delmont de la remettre aux forces de l’ordre. Loin d’être intimidée, elle le défiait, sans crainte. Il l’examina avec attention, réalisant que la gamine qu’il avait sous les yeux était loin de s’avouer vaincue. Sans se débattre, elle attendait patiemment le bon moment pour lui fausser compagnie. Son visage était partiellement dissimulé par des cheveux blonds crasseux et elle était maigre à faire peur. Les vêtements élimés et sales qu’elle portait prouvaient qu’elle ne devait pas être à la fête tous les jours. Une grande fatigue se lisait dans la pose indolente qu’elle adopta. Agacée par l’insistance avec laquelle Lukas l’observait, elle releva une mèche de ses cheveux sur son oreille et le fixa intensément à son tour. Troublé, Lukas tressaillit de surprise lorsqu’il découvrit dans les traits de la jeune fille ceux d’une personne qui lui avait été chère. Sa décision fut prise en une fraction de seconde, la chance lui souriait enfin après trois longues années d’attente et il n’allait pas la laisser passer. Il entraîna sa captive à sa suite en direction d’une grosse berline noire garée aux abords de la place. Aux rares personnes qui s’interposèrent en entendant les cris déchirants qu’elle poussait, celui-ci déclarait avec aplomb qu’il venait de retrouver sa nièce qui avait fuguée pour la troisième fois. À présent sa prisonnière se débattait comme un beau diable et malgré ses protestations il ouvrit la portière et la propulsa sans ménagement à l’arrière du véhicule, s'y engouffrant à sa suite. Celle-ci tenta de s'échapper par l'autre côté, mais un chauffeur qu'elle n'avait pas remarqué à cause des vitres teintées verrouilla promptement l’habitacle. Lukas demanda à celui-ci de démarrer immédiatement puis il intima l’ordre de se tenir tranquille à la jeune fille, on ne lui voulait aucun mal.
    Tapie à la manière d'un animal sauvage, elle se tenait prêt à bondir hors du véhicule si l’occasion se présentait à elle. Litchy, car c’était elle, regardait fixement la route, calée contre le siège, droite comme un i, les mains bien à plat sur le cuir. Restant sur ses gardes durant tout le trajet, elle ne répondit à aucune des questions qu'on lui posait. L’automobile s’engagea dans la cour intérieure d’une grande maison bourgeoise et aussitôt le portail se referma dans un grincement sinistre. Litchy toisa son ravisseur avec appréhension. Celui-ci discerna une légère ombre dans le regard de la jeune fille qui frissonna longuement.
    Personne ne te fera de mal ici! Tenta-t-il de la rassurer en s’extrayant de la berline. Il donna quelques ordres au chauffeur avant de disparaître à l’intérieur de la maison. Litchy comprit rapidement qu'il lui serait très difficile de fausser compagnie à ses hôtes. Elle hésita longuement à mettre les pieds hors du véhicule avant de suivre Charles qui l’en avait prié de nombreuses fois. Dans la spacieuse cuisine où il la conduisit, l'homme à tout faire de monsieur Delmont lui prépara une copieuse collation sur laquelle elle se jeta, saisissant soudain que l’appétissant en-cas avait été préparé à son intention. Charles poursuivit l’interrogatoire, mais elle resta muette. Elle dévorait l’omelette aux herbes en se gavant de pain blanc tout en croquant dans une pomme granny.
    - Doucement petite, tu vas t’étouffer si tu avales tout rond! Charles se demanda alors depuis combien de temps la gamine n’avait pas pris de repas? Il se mit à l’observer attentivement. Les vêtements de l’invitée de son maître étaient si sales qu’un épouvantail n’en aurait point voulu. Elle n’avait pas dû utiliser de savon depuis bien longtemps car son visage, ses bras et ses mains étaient noir de crasse. Il trouva infect l’odeur qu’elle dégageait. Soudain il sursauta. Monsieur avait certainement perdu la tête pour s’encombrer de cette petite qui ressemblait trait pour trait à Amélia. L'espace d'une seconde il se vit couper le système de sécurité pour permettre à la gamine de s'enfuir. Mais n’étant pas certain de pouvoir affronter à la colère de son maître s’il faisait cela, Charles se contenta de servir à Litchy un grand verre de jus d'ananas sur lequel elle se jeta avec plaisir. Malgré ses encouragements à lier conversation, elle resta de marbre. Il attendit qu’elle ait terminé sa deuxième pomme pour la guider à l’étage. Litchy le suivit sans trop de difficultés. Charles la fit entrer dans une chambre vaste et lumineuse. Tandis qu’elle découvrait les lieux avec curiosité, Charles sortit un peignoir moelleux d’un immense dressing. Il le déposa sur le lit.
    - La salle de bains est par là! Il lui montra la porte en face du lit.
    - Utilise ce qui te fais plaisir petite, il y a une grande baignoire et une douche! Sers-toi des serviettes si cela te dit, elles sont sur le cintre chauffant! Comme elle ne répondait toujours pas, il s’éclipsa en fermant la porte qu’il verrouilla d’un tour de clé.
    En entendant le cliquetis de la serrure, Litchy se précipita sur le battant, actionnant vigoureusement la poignée. La porte refusa de s’ouvrir. De rage, elle asséna un violent coup de pied contre la boiserie. Elle traversa la pièce en courant et regarda par la fenêtre. Il lui était impossible de sauter par-là, car l’ouverture devait bien se trouver à cinq mètres du sol. Elle découvrit que le superbe jardin qui agrémentait l’arrière de la maison était entouré d'un haut mur grillagé sur le dessus. Elle devrait donc composer avec leurs règles du jeu. Que lui voulaient ces hommes? Son instinct lui dictait la prudence, mais elle ne se sentait pas en danger. Dépitée elle entra dans la salle de bains. Ébahie, elle admira le somptueux des faïences puis elle se dirigea vers la baignoire. Elle ouvrit les robinets en grand. Le tumulte de l’eau qui s’écoulait des robinets la rassura. Elle se déshabilla et plongea dans le bain chaud parfumé au chèvrefeuille. Elle y barbota pendant une bonne demi-heure puis elle s’enveloppa dans le peignoir. Ses cheveux avaient retrouvé leur exquise blondeur et elle en battit des mains. En sortant de la salle de bains, Litchy refit le tour de sa geôle dorée. À nouveau elle loqueta la porte mais celle-ci refusait toujours de s'ouvrir. Désappointée elle revint au centre de la pièce. Elle se mit à lorgner sur le lit, un confortable couvre-lit le recouvrait. Que risquait-elle à s’y allonger un moment? Elle ôta le peignoir humide et s’étendit de tout son long avec un soupir d'aise. Elle ne sentit même pas le sommeil la cueillir.
    Charles confia les quelques vêtements qu’il s’était procuré pour l’adolescente à son maître. Lukas toqua plusieurs fois au vantail, et n'obtenant pas de réponse il déverrouilla la serrure. Il entra silencieusement. La vision qui s'offrait à lui le cloua sur place. Nue, allongée sur le ventre, une jambe relevée sur le traversin qu‘elle tenait serrée contre elle, Litchy dormait à poings fermés, abandonnée aux bras de Morphée. Sa toison intime, aussi blonde que ses cheveux, était livrée au regard de son visiteur. La vue de cette croupe aguichante provoqua un avis de tempête dans le boxer de Lukas. Il posa le sac de vêtements près de la porte et recula précipitamment hors de la pièce.
    Litchy dormit quinze heures d'affilée. Á son réveil elle bondit hors du lit. Elle, si prudente habituellement, fut contrariée en constatant qu’elle s’était assoupie complètement nue. Elle se précipita dans la salle de bain pour récupérer ses vêtements. Leur saleté repoussante et l’odeur nauséabonde qu’ils dégageaient lui firent tordre le nez de dégoût. Elle se rappela alors du dressing d’où Charles avait sorti le peignoir. La pièce faisait quasiment la taille de son ancienne chambre. Un quart d’heure plus tard, elle en ressortit avec un slim, une très belle chemise griffée et un perfecto en jean. Tant pis pour les sous-vêtements se dit-elle. C'est alors qu'elle remarqua le sac déposé par Lukas. Charles avait vu les choses avec générosité, mais les vêtements étaient bien trop larges pour elle. Il y avait effectivement des sous-vêtements, mais les trois coordonnés que le sac contenait, se déclinaient dans la gamme couleur vitaminée. Genre fillette sage l'on ne pouvait pas faire mieux. Elle se contenta d’enfiler une petite culotte vert pomme. Elle apprécia les baskets neuves, de vraies pantoufles à comparer des rangers troués qu’elle avait dégoté dans une friperie.
    Son visage se rembrunit une nouvelle fois en songeant à la tenue dans laquelle elle s'était endormie. Qui avait déposé le sac? Au moins une chose était sûre, personne n’en voulait à sa vertu.
    Propre comme un sou neuf et vêtue correctement, elle se sentit de taille à braver l'ennemi. Comme le meilleur moyen de le combattre c'est de le connaître, elle se dirigea résolument vers la porte. Cette fois-ci le battant s'ouvrit. Un léger ronronnement lui indiqua qu’il y avait une caméra dans le couloir. Elle la repéra à l’angle du mur, mais elle l’ignora. Telle une petite souris elle commença discrètement l’exploration de l’étage. Allant d’une pièce à l’autre elle jetait un bref coup d’œil puis elle passait à la suivante. Elle n’entra pas dans celle situé près de l’escalier. Un portant sur lequel Charles avait disposé deux costumes était aligné près de la porte, contre la cloison. Litchy supposa que ce devait être la chambre de son hôte. Toujours silencieusement, elle franchit l’escalier qui mène au rez-de-chaussée. Poursuivant son investigation, elle se retrouva devant la porte d’entrée. Le voyant bleuté qui clignotait au-dessus arrêta nette sa progression. Il suffisait qu’elle pose la main sur la poignée et une alarme retentirait. Le cœur lourd elle se dirigea vers une porte entrouverte. Elle entra dans un grand bureau. Malgré les volets entre-tirés elle distingua divers objets de collection disposés sur les étagères, il y en avait pour une petite fortune. De nombreux livres étaient disposés sur un volumineux classeur, ils traitaient pratiquement tous de législation criminelle. Sur la grande table qui servait de bureau, elle découvrit un portefeuille duquel dépassait une liasse de billets. Elle recula aussitôt, ce n’était pas le moment de faire une bêtise. La jeune fille devina que l'on suivait son périple pas à pas. Elle fut à peine surprise de tomber sur Charles qui, dans la cuisine préparait le petit déjeuner en prêtant une oreille distraite à une station de radio qui débitait un air à la mode. Elle remarqua le voyant rouge de la console de réception des caméras intérieure qui scintillait par intermittence. Charles avait pu suivre chacun de ses pas sur l’écran de contrôle. En voyant Litchy vadrouiller librement dans la maison, il s’était promis de rappeler à Lukas la signification de la locution "fermer à clef". Le spectacle qu'avait surpris Lukas lui avait tout bonnement fait oublier de reverrouiller la serrure. Du regard Charles invita Litchy à entrer.
    Abandonnant enfin son mutisme, elle le salua poliment puis elle se risqua à lui demander un jus de fruits.
    - Á condition de connaître votre prénom jolie demoiselle! la taquina-t-il. Elle hésita quelques instants puis elle se décida :
    - Je me prénomme Litchy. Euh …rien que Litchy je n'ai pas de nom de famille! Surpris Charles ne fit aucun commentaire.
    - Alors Litchy rien que Litchy allez vous servir dans le réfrigérateur! Il se moquait d’elle, mais avec tellement de gentillesse qu’elle ignora le ton taquin qu’il avait employé. Elle n'avait lu que bienveillance et douceur dans ses yeux. L'homme était grand, svelte et il approchait probablement de la soixantaine. Son regard franc était lumineux. Le majordome réserva son jugement sur Litchy, mais l'attitude de la jeune fille lui donnait à penser qu'elle avait de l'éducation. Seules les vicissitudes de son parcours avaient dû lui imposer son mode de vie.
    N'étant pas de ceux qui se faisaient servir le petit déjeuner au lit, Lukas les rejoignit bientôt. Il ralentit le pas en entendant la voix de sa jeune protégée. Il sourit malgré lui, cela voulait dire que Charles était parvenu à l’amadouer. Propre, reposée, habillée décemment rien ne laissait deviner que la veille encore elle était à la rue. Placée côte à côte avec le majordome, celle-ci pressait des oranges avec dextérité. Elle lui expliquait sérieusement que pour réussir de bons pancakes il fallait rajouter un peu de fleur d’oranger. Lukas entra dans la cuisine, elle se tut aussitôt. Charles s'empressa de servir Lukas et la jeune fille put se rendre compte qu'entre eux il y avait plus qu'une relation de maître à serviteur. Une entente complice les liait et même si Charles s'adressait à Lukas avec beaucoup de déférence, une affection certaine se lisait dans ses yeux. Soudain, Litchy songea à Alfred, le majordome de Bruce Wayne. Charles en était la copie conforme. Installé devant un solide petit déjeuner Lukas s'intéressa à Litchy.
    D’une blondeur naturelle à rendre jalouse les stars de cinéma peroxydées, provocante dans sa pose et habillée de vêtements qui mettaient ses courbes en valeur, il la trouvait ravissante. Il manqua s’étouffer en reconnaissant sa chemise Gucci. D'un foulard en guise de ceinture elle l'avait transformé en haut cintré.
    Assez transparent le tissu bleu laissait deviner les rondeurs de sa poitrine. Á la détailler ainsi Lukas comprit que s’il ne se contrôlait pas sur-le-champ, il allait être obligé de prendre une douche froide.
    Il reconnut le perfecto d’Amélia, cela le fit sourire. La petite avait un goût certain. Consciente de l'examen qu'il lui faisait subir, Litchy ne s'en offusqua pas. Elle savait que sa plastique produisait cet effet sur la gent masculine. Cela ne lui avait apporté que des ennuis mais elle s'en accommodait. Par ce biais, il y aurait peut-être moyen de négocier sa liberté rapidement pensa-t-elle. Un sourire amène aux lèvres, elle vint s’asseoir en face de son hôte. Les épreuves, pas si lointaines de sa jeune existence lui avaient appris à juger les gens. Les hommes surtout. En examinant Lukas elle ne le ressentit pas comme un danger potentiel. Après un long face à face silencieux elle se risqua.
    - J’aimerais savoir pourquoi vous me retenez prisonnière? Lukas ne daigna pas lui donner de réponse. Il se contenta de sortir une photographie de la poche de sa chemise et la lui tendit. Elle la prit dans sa main sans la regarder.
    - Selon vous ce bout de papier expliquerait mon kidnapping? Le regard farouche qu’elle lui lançait le fit sourire.
    - Je me nomme Lukas Delmont, je suis procureur de la république! Dit-il tranquillement. Il posa sa main sur celle de Litchy. Son aveu l’avait rendu muette.
    - S’il vous plaît, vous voulez bien regarder cette photographie? Sa voix était douce et persuasive. Elle haussa les épaules histoire de lui faire comprendre que cela n’avait aucun intérêt pour elle. Sans conviction elle baissa les yeux sur le cliché. Charles et Lukas la virent soudain pâlir, la pièce vacilla autour d'elle. Litchy s’écroula sans connaissance. Charles la retint de justesse. 

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