• …Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus. Page six cent vingt-cinq atteinte!

    Il m’a fallu dix jours, Bébé ne m’a jamais connu aussi concentrée sur une lecture. Le Nom de la Rose m’a été une formidable thérapie. Le samouraï qui tranche mes cartilages a pris des congés à cette occasion. Ce qu’il y a de bien avec le latin, c’est que l’on peut surfer sur la traduction et l’interprétation. Lors de mes cours littéraires j’ai bénéficié d’un cursus langue morte et cela m’a bien aidé. Toutefois mon Bordas m’a été très utile aussi. À renouveler dans vingt ans!
    Des boutiques pillées, le Fouquet’s vandalisé et incendié, une banque sinistrée et bien d’autres dégradations sur Paris le week-end dernier. Mademoiselle Françoise se serait crue en pleine révolution. Elle a été bousculée autant par des gens casqués et cagoulés que par une foule apeurée qui tentait de se mettre à l’abri. Elle a entendu du tout et du n’importe quoi et elle a été mise en garde contre les forces de l’ordre. C’est un comble tout de même! Des incendies ont été allumés dans des bâtiments occupés, et il paraîtrait qu’une catastrophe a été évitée de justesse.
    L’intendante de la famille de mon mari s’est retrouvée au cœur de la dix-huitième édition de ce qu’en France est nommé acte des gilets jaunes. Si ces gens ont voulu exprimer leurs revendications par une insurrection, c’était réussi! Du coup les achats et commandes dont elle était chargée ont été reportés, la pauvrette était vraiment secouée à son retour. James va l’accompagner en semaine, ce sera plus prudent. Des Aspidies l’on ne se rend pas forcément compte de l’ampleur de ce mouvement social, mais s’il s’agit réellement d’un problème de pouvoir d’achat, certains n’ont pas dû bien intégrer la logique de la chose et perdent un peu le sens des réalités. Tout saccager entraîne des frais qui devront être remboursés tôt ou tard. Nous sommes souvent épinglés pour ce fameux Brexit qui a l’air de ne pas vouloir décoller, alors cela nous autorise à brocarder -les tabloïds ne s’en privent pas- un pays de coqs qui laissent des casseurs plonger son économie dans le rouge vif semaine après semaine. Défendre son confort de vie est permis, mais ce grand nombre de blessés, ce saccage de commerces et de biens publics devient inacceptable. Il serait temps de remettre un peu d’ordre dans tout cela et d’écouter les doléances des plus défavorisés. La colère me gagne à chaque fois que je lis les journaux que m’envoient les tantines. L’occupation des ronds-points était une magnifique idée, conviviale et contestataire mais à présent gilets jaunes il y a, mais des anges pas que. Depuis novembre l’on décompterait une dizaine de morts! Et que dire des médias? Révéler, par chaines interposées, les dispositifs policiers est d’une bêtise monumentale me dit souvent Ash et je crois qu’il n’a pas tort. Les casseurs sont renseignés et peuvent se préparer à d’autres exactions. Certaines chaînes Breaking News devraient être dans l’œil attentif des censeurs -si tant est qu’il y en ait- car elles font polémique sur d’inutiles ‘‘révélations’’, provoquant ainsi plus de ravages que d’apaisement. Faire des reproches aux policiers qui ne font que leur travail est une façon de dissimuler les véritables problèmes de la société en recherche de prospérité. De ce que m’a raconté mademoiselle Françoise, il n’est quand même pas normal que des fonctionnaires de la république soient pris pour cibles et menacés de mort par des petites frappes sans aucun sens moral.
    Ça c’est dit, mais ce n’est que mon opinion. Je me fais une joie de rentrer prochainement chez moi, pourtant quelque part je ne me sens pas réellement en sécurité. J’ai regardé par-dessus mon épaule durant de longues années et je ne me vois pas recommencer aux moindres cris de rue. Après cinq mois passés en Angleterre, je vais regretter d’en partir alors que ma Provence me manque tant. Je me suis construite un nouvel îlot de bonheur à deux et j’aurais voulu pouvoir en profiter plus longuement. Je reviendrais en septembre, je le sais, mais j’aimerais pouvoir faire un métissage de mes deux retraites. Je ne crois pas que ce soit uniquement notre ‘‘Mushroom’’ qui va me faire défaut, mais plutôt qui je vais momentanément y laisser…
    J’apprécie l’aide efficace de Céleste et Grady. D’une discrétion à toute épreuve, ces personnes me sont devenues indispensables. La cheminée est déjà allumée et le bois de la journée entreposé dans la niche prévue à cet effet lorsque je me lève. Céleste me prépare d’excellents pancakes que je dévore avec plaisir moi qui habituellement les jours d’appétit ne jure que par les pains au lait. Dévorer est un bien grand mot pour les deux galettes parfumées à la fleur d’oranger que j’ingurgite entre un jus d’orange et un lassi. Depuis que nous vivons régulièrement ensemble, je m’imprègne des deux cultures de Ma Canaille.
    - Madame ne doit pas oublier de prendre ses médicaments!
    - Madame devrait manger quelque-chose ou votre estomac fera des siennes!
    - Que désire madame pour le déjeuner?
    - Madame veut-elle que je lui prépare un Tea time pour la fin de l’après-midi?
    C’est là que le bât blesse. Madame est en guerre contre la nourriture depuis des lustres. Je ne sais pas comment faire comprendre à la brave Céleste que je ne me nourris que par intermittence, aussi certains des plats qu’elle me prépare finissent invariablement au congélateur. Mon ogre qui est content, chaque soir il a un repas complet, il va finir par prendre du poids si cela continue. Non, il est trop actif pour se laisser piéger. Certes j’apprécie les scones et les tranches de concombre sur pain de mie tartinées à la crème d’oignons, mais que diable, pas chaque jour que la Bonne Mère fait se lever. Souvent je temporise en acceptant un smoothie et une part de tarte avec un broc de thé. Je hais le petit sourire satisfait de Céleste lorsque je me laisse tenter. L’excellence de la formation des personnels de service est confirmée, ces gens-là se fondent dans le décor. Il est vrai que lorsque je suis à ma table d’écriture plus rien ne compte alentour. Céleste et Grady se partagent à notre service ainsi qu’à celui de mes beaux-parents.
    Je m’en accommode parfaitement en sachant que Grady est mon chauffeur, et qu’il peut être là en une vingtaine de minutes. Il lui arrive de me conduire chez Madam’ et je l’avoue, cela me fait plaisir de rendre visite à Mumy et Papily. Je suis autonome enfin. Le plus grand de mes petits plaisirs est d’aller seule faire mon marché au ‘‘fruits & vegetables’’. Gordon, l’un des employés, est adorable. Lorsque mon panier se fait un peu trop lourd, il me livre mes courses à domicile. Ce commerce est un émerveillement. Mon chéri est un viandausore-poissosaure(?) né alors je laisse le soin à Céleste de lui préparer ses steaks et autres pièces. Moi, j’ai trouvé mon bonheur dans les étals du petit magasin du bout de la rue. Tout ce qui peut être décliné en soupes, confitures, smoothies et jus de fruits, ils ont. Leurs fruits et légumes tranchés sont en portions dans des contenants consignés, j’adore le concept. Je viens de faire une cure d’avocats jusqu’à en être écœurée. Ceci dit, il n’y a que cela qui passe. Cela et des poires au caramel beurre salé. Quant à la gamme bio…
    Parfois, dans la journée, il m’arrive de monter à l’étage rien que pour le plaisir de lire confortablement calée dans l’un des chesterfields du bureau de Bébé. Les soirs où il ne rentre pas, généralement lorsqu’il passe au stand de tirs après le travail, je dors sur le canapé au risque de ne plus pouvoir me relever le lendemain matin. Le problème n’est pas que les coussins soient inconfortables, mais plutôt que mes vertèbres n’ont pas été soutenues correctement et qu’elles ont tendance à vouloir devenir indépendantes les unes des autres ensuite. La ménagerie est à peu près calme alors autant ne pas la réveiller.
    J’ai eu trente-cinq ans hier.
    Phillip reçoit son meilleur ami en ce moment. Ian est un homme charmant, aussi ni Ash ni moi ne voyions d’inconvénient à ce qu’il soit présent lors de ma soirée d’anniversaire familiale. C’est alors que Phillip, sans doute en manque de lumière à tous les étages à ce moment-là, a convié Finley et sa girlfriend à la fête. Finley, le fils de Ian, séjourne habituellement aux USA. Son service l’oblige à rester actuellement à Londres où il a rencontré récemment sa petite amie. Jusque-là, rien de vraiment extraordinaire. Plus nous serons de fous plus la fête sera folle. Début de soirée avec la famille proche, puis nous attendons l’arrivée des invités pour couper le gâteau. Les enfants sont impatients de me voir souffler mes nombreuses bougies. En fait ce sont surtout mes cadeaux qui les intriguent. Terrence, Camilla, Anielle, Puppy et Francis sont géniaux. Tout comme mes neveux, les petits dont Hailie à régulièrement la charge font partie intégrante de la famille. Récemment ma belle-sœur a accueilli deux petites jumelles âgées de seize mois. Autant l’une est blonde que l’autre est brune. Meryl et Evelyn ont atterri au centre à la suite d’une histoire sordide et, à moins d’être adoptées, elles n’en sortiront qu’à leur majorité. Avec ses deux petites filles, Hailie a atteint son quota de jeunes pousses à soutenir. Nurse Annet est mise à contribution à plein temps car cela fait une grande famille lorsque ma belle-sœur reçoit la petite colonie en totalité. Cela surtout à l’occasion de goûters, de promenades de qualité, de petites excursions et autres activités du genre. Activités auxquelles Hailie me fait parfois participer. J’affectionne particulièrement ces moments joyeux. La responsable du centre d’accueil aimerait tellement que ces enfants trouvent un foyer définitif, aussi les efforts d’Hailie sont très appréciés. Hier soir je n’ai eu qu’un regret, c’est l’absence de notre petite pomme à Ash et à moi. Hailie n’a pas pu amener Rudyard car l’infirmière a dit qu’il souffrait d’un gros rhume. Les autres enfants étaient en projection. Hailie ne voulait pas les priver de ce divertissement.
    Quelle probabilité y avait-il pour que sur toutes les jeunes femmes célibataires qui demeurent à Londres, Finley flashe sur une belle rousse? Intense moment de solitude pour Hylam lorsque son ex sweetheart a franchi le seuil de la maison. Amy, au bras du fils de Ian est entrée dans le salon. Il m’a semblé voir Phillip se signer, j’ai entendu Bébé glousser dans mon dos et j’ai failli rire de bon cœur à ce mauvais vaudeville. La demoiselle, imperturbable, nous a salué poliment chacun à notre tour comme il se doit et sans rien laisser paraître sur son visage. Ah les anglaises, quelles cabotines! Mumy était ravie de recevoir Finley et sa girlfriend. Elle était bien la seule à être sereine. Hylam lui, était vert de trouille et j’en ai presque eu pitié. Il gigotait sur son siège comme si sa vessie lui jouait des tours. Hailie, sans bien comprendre pourquoi, était troublée lorsqu’Amy s’adressait à elle. L’épouse d’Hylam est d’une naïveté sans bornes, et elle a eu la malchance de tomber sur le moins démonstratif des trois frères! Depuis cette malheureuse expérience, tant pis si je passe pour une dévergondée, je lui ai fait profiter de quelques-uns de mes liens d’écriture. J’admets qu’elle a un peu tiqué à la traduction de certains textes. Cela dit, sachant qu’il a grave fauté, Hylam est plus présent et affectueux avec sa tendre moitié. Bébé avait une banane pas possible et j’ai bien vu qu’il se retenait de lancer une vanne à son frère. C’était surréaliste et amusant je dirais. Je suis persuadée qu’Amy n’aurait pas risqué sa bonne notoriété pour une histoire de fesses. L’un et l’autre doivent bien reconnaître que ce n’était qu’un feu de paille. Hylam avait besoin de se prouver qu’il était apte à s’essayer à autre chose qu’à la position du missionnaire. Quant à Amy elle embellissait sa collection de quarantenaires en déniaisant ce beau parti. Je suis une langue de vipère.
    Elle s’est donc appliquée à répondre poliment à Hylam, et celui-ci l’interpellait avec correction, comme à une ancienne collaboratrice qu’elle avait été un temps. Madam’ n’y a vu que du feu. En ce qui concerne Hailie, je serais moins affirmative. Certains de mes propos anciens semblent lui avoir été salutaires dans le domaine de la réflexion-interprétation. Aïe, j’espère que cela n’ira pas plus loin.
    L’on a trinqué à mon année de plus et mon cerveau accepte de mieux en mieux qu’il n’y ait qu’un placebo d’alcool dans mon verre. Mumy est très fière de moi, Ma Canaille également. Les petits étaient fous de joie en me voyant souffler les bougies et ils m’ont offert un superbe trieur à couverture et onglets en cuir. En fait j’ai été gâté par tous, mais celui qui a frappé le plus fort est Bébé.
    En dehors de la superbe manchette ajourée en or rose –‘‘à mettre avec ta robe one shoulder’’ m’a-t-il susurré à l’oreille- j’ai reçu de lui un second présent inestimable. Il s’agit d’un petit chéquier de bons cadeaux pour des moments tendres et sexy. Ma Canaille a toujours su doser ses présents. Et je lui réserve pour bientôt celui où il est écrit: ‘‘Journée où tu seras le seul à savoir que je suis nue sous mes vêtements’’.

    Ce soir, dès son retour, j’utilise le bon ‘‘valable pour un week-end sous la couette’’…


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    …Yakuro, Zimmer, Bach ou Haendel, tous sont appropriés lorsque j’écris!

    Depuis notre installation au ‘’Mushroom’’ je travaille d’arrache-pied à la correction de mes écrits initiaux. Je me sens bien chez moi. J’ai délaissé ma toute première saga depuis si longtemps qu’il devient urgent que je poursuive ce travail. Seulement je suis confrontée à un problème de taille. Mon écriture n’est plus la même. Elle a tellement évolué en cinq ans que je ne me retrouve plus dans les premiers chapitres. Cela ne va rien changer au déroulement de l’intrigue, mais je vais devoir composer avec ces premiers tronçons. C’est idiot mais cela me terrifie. Suis-je capable de me dépasser? Oui…
    Lors de notre voyage éclair en Région Lyonnaise, tandis que Bébé participait à son marathon PPCW, j’ai rendu une ultime visite à Nadège, ma thérapeute. Afin de me prouver que j’étais tiré d’affaire, elle m’a fait écouter l’un des premiers enregistrements sonores de mes séances. C’est confirmé, j’étais totalement dépassée. Pire, je me sentais persécutée. À présent je suis libérée, délivrée, je ne mentirai plus jamais! C'est décidé, je …mince, ça c’est la reine des neiges. N’empêche que perso c’est un peu la même chose et c’est à Nadège que je le dois. Je me souviens, comme si c’était hier, de notre première séance. Ma psy m’avait recommandé un exercice qui de prime abord me paraissait complètement idiot. Pourtant en y réfléchissant ensuite, je me suis aperçue que c’est ce qui a été le déclencheur de mon mieux être. Il m’aura tout de même fallu douze ans pour me reconstruire. En faisant le bilan de mon parcours bosselé, nous trouvons d’un commun accord que je ne m’en suis pas si mal sortie. Aujourd’hui elle me demande de réitérer l’exercice, à savoir m’expédier une lettre manuscrite -c’est très important- dans laquelle je dois répondre le plus sincèrement possible à mes interrogations les plus intimes. Suis-je arrivée au terme de ma course? Ai-je réalisé tous mes vœux? Suis-je capable de me composer un mantra personnel qui restera une conduite de vie? Suis-je enfin en paix avec mon inconscient? Bref l’outil écriture m’est salutaire. Il le restera jusqu’à la fin de mes jours et j’en serais éternellement reconnaissante à ma thérapeute qui a su déceler ce qui se dissimulait en moi. PPCW? Poker, pizzas, cigares, whisky, une histoire d’hommes tous simplement. Ces messieurs adorent cela et une fois l’an ce n’est pas la mer à boire non plus! Hier soir j’ai ressenti un peu de tristesse en lisant mes mails. Décidemment j’ai souvent la larme à l’œil ces derniers temps, et pour des broutilles me semble-t-il. Les premières gariguettes de Nîmes sont présentes sur les étals des marchés avec quinze jours d’avance. Anaïs est une chipie. Pourquoi m’a-elle envoyé la photo de ce petit panier de fraises? Ma tristesse n’est pas pour ces fruits juteux mais pour ma chère Provence qui commence à me manquer viscéralement.
    Selon ma cousine, les tantines envisageraient de rouvrir aux alentours de la mi-avril si la météo persiste à être aussi clémente, soit un mois plus tôt. Ce genre de nouvelle ne soulage en rien mon spleen. La chameau occupe la ‘‘Petite Paix’’ pour réviser ses cours m’a-t-elle dit. Je n’y vois aucun inconvénient, elle est aussi maniaque que Florence qui passe tous les quinze jours afin de vérifier si rien ne se dégrade dans mon cocon en mon absence. Anaïs ignore que je suis au fait de l’emploi du temps de Sodishan grâce à Mumy. Le brigand, après un séjour d’un mois en Suisse, a atterri en principauté et il rend visite à ma cousine chaque week-end. Il est hors de question que ces deux-là batifolent dans mon lit!!! J’ai demandé à Florence de fermer la pièce à clef. Il y a un quasi appartement à l’étage en lieu et place du grenier, ils n’ont qu’à s’y installer. Franchement j’étais loin d’imaginer que cette relation allait se poursuivre. Sod avait besoin d’une coquine pour se stabiliser et je crois qu’avec Anaïs il a pioché la bonne carte. Cela fait sept mois que ces deux-là se fréquentent et selon Ash, jamais l’une des aventures du frérot n’a duré aussi longtemps. Qui vivra verra…
    Mes travaux d’écriture ne sont pas près d’avancer si je ne me motive pas plus. C’est la faute de monsieur J. aussi. C’est devenu affectueux. Depuis la disparition de sa femme, Papa s’est mis au rangement intégral dans la maison du domaine et il a retrouvé tous mes vieux livres de poche dans le cagibi du rez-de-chaussée. Il en a rempli trois cartons qu’il m’a expédiés.
    Chaque soir depuis cinq jours, en rentrant du travail, Bébé me découvre blottie dans le sofa près de la cheminée. Je suis immergée en apnée dans ‘‘il nome della rosa’’. Certes je suis érudite, mais pas encore au point de lire cet ouvrage en version originale. Gamine je recouvrais mes bouquins de papier Kraft pour être sûre qu’ils résistent aux mauvais traitements. Cela a été efficace. Je ne les classais pas par titres, mais par numéros. Je remercie mon père de me les avoir fait parvenir.
    J’étais encore bien jeunette lorsque j’ai lu Le Nom de la Rose pour la première fois. Je me rends compte qu’appréhender Umberto Eco à l’âge de seize ans était du domaine du possible puisque j’ai adoré. Ensuite Christian a fait de la gélatine de mon cerveau. Dans une semaine je vais sonner mes trente-cinq printemps, et faute de pouvoir marcher ces jours-ci, je passe le temps à la relecture de ce chef d’œuvre. Je me demande vraiment si, de nos jours, l’une des critiques de l’année de sortie du livre donnerait vraiment envie de le lire. «…Sous sa forme amusante de roman policier et savante de devinette érudite, un vibrant plaidoyer pour la liberté, pour la sagesse menacée de tous côtés par les forces de la déraison et de la nuit…» Je reconnais bien volontiers que cet ouvrage est dans mon top ten. J’ai encore en mémoire le conseil éclairé de l’un de mes professeurs de l’époque: mesdemoiselles, messieurs, si vous parvenez à lire entièrement le résumé et le sommaire de l’ouvrage, vous ouvrirez une porte que vous ne refermerez qu’à la page six cent! Et, effectivement, celles et ceux qui ont survécu à la difficile épreuve remercient affectueusement monsieur Savas pour cette recommandation avisée. Dix-neuf ans plus tard, j’ai retrouvé mon livre de poche N° 5859 dans l’un des cartons que m’a expédié monsieur J. et qu’ai-je fait? J’ai chaussé mes lunettes et tenté l’aventure une seconde fois. Le premier contact est difficile, mais avec l’interprétation correcte des clés de l’écriture -histoire avec un grand H, latin, phrases alambiquées et torture de l’esprit- c’est un véritable bonheur que d’en poursuivre la lecture. Je confirme, je suis heureuse.
    Bébé qui pensait me voir sagement peaufiner la langue de Shakespeare par le biais de Dickens, n’en revient toujours pas. D’autant qu’il n’a jamais lu ce monument de littérature. En feuilletant les premières pages, celles-ci lui ont paru, comment dire? Ardues ? Oui c’est cela, très ardues. Du coup, il est très fier de sa Chouquette mon petit mari. Il en oubli presque mon soutien en anglais par le texte. Il comprend qu’entre Umberto Eco -texte édité dans la langue de Molière ne lui en déplaise- et Charles Dickens, il n’y a pas photo, même Phillip est de mon avis. Camilla a lu Oliver Twist à l’âge de cinq ans et demi, alors c’est définitivement non pour Dickens. Je me perfectionnerais So British en lisant des livres que je choisirai moi-même. Robert L. Stevenson, tu te moques de moi Ashlimd? La bouteille endiablée? Même pas cent pages! Vendu. Mais c’est bien pour te faire plaisir mon chéri!

    Oh my good sir! Ce que Phillip a fait est encore pire que ce que nous aurions pu imaginer…


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  • …Je me sens comme Scrat qui atteint enfin son gland, et je ne connais aucun mot pour exprimer ceci!

    Depuis mon installation au ‘‘Mushroom’’ je suis sur un petit nuage. Avec un léger regret toutefois. Ma ‘‘Petite Paix’’. Ce fragment de racines me fait de plus en plus défaut à mesure que mon séjour aux Aspidies se prolonge. Le week-end de la Saint-Valentin nous a permis un rapprochement nécessaire après des mois de cohabitation avec mes beaux-parents. Nous n’avons rien à reprocher à Mumy et Papily, ils ont été très compréhensifs. Nous aussi. Plus de hauts que de bas, mais Bébé et moi étions impatients être chez nous, ce qui fait que parfois, ça partait pour une broutille.
    J’ai enfin récupéré mon tapis fleuri pour mes séances quotidienne. Recommencer n’a pas été simple, j’avais des élancements dans tout le corps. Céleste m’a proposé une boisson chaude à base de curcuma et …d’une pincée de poivre noir. Je ne suis pas loin de crier au miracle, cela m’a soulagé aussi efficacement qu’un anti douleurs. Les effets secondaires en moins. Notre aménagement a été une véritable partie de plaisir. La plupart des cartons que j’attendais étaient planqués bien au fond du garage sous des bâches abritant soi-disant une bibliothèque. Bébé est le roi des cachotiers. Le Casse-noisette de Tchaïkovski, nous offre un fond sonore pour entrer complètement en possession de notre petit paradis so british. La danse arabe, qui en réalité est une ancienne berceuse Géorgienne, est une petite merveille pour… Oups, je m’égare!
    Jour après jour, Bébé et moi prenons nos marques. Chaque matin il travaille quelques heures à son bureau -d’où l’intérêt d’être le patron- avant de me rejoindre au rez-de-chaussée pour une journée bien remplie. Grady m’a réservé une belle surprise au fond de la closerie. C’est ainsi que le mari de Céleste nomme notre modeste espace vert. Pourquoi pas? En longeant la clôture mitoyenne Grady a découvert par hasard une haie de genêts blancs qu’il a dégagé de sa gangue d’herbes folles. Leur floraison promet d’être magnifique. Les petits bourgeons explosent déjà, cela va illuminer naturellement le jardin.
    J’ai remarqué en passant devant que vieil abri de jardin se transforme jour après jour en une superbe pergola aux boiseries travaillées où il fera bon s’installer en été. Grady est une personne multi tâches qui mérite le titre d’employé du mois à vie.
    Avec l’aide de Céleste nous avons terminé le rangement de la vaisselle, posé les rideaux, les étagères flottantes à bibelots dans le patio et monté les petits meubles d’appoints. Dois-je préciser que je les regarde juste travailler vu que ces derniers jours mes doigts ont une vie propre. Ils refusent de lâcher le rat qui les grignote. L’on ne s’ennuie jamais avec une SA, j’ai pris le parti d’en rire, mais parfois je serre les dents pour ne pas pleurer. Bébé m’a installé un petit meuble à écriture près du bow-window et ma rose de la Saint-Valentin, dans un soliflore en cristal, -offert par belle maman- y est du plus bel effet. Un après midi où nous n’avions pas envie de rester à l’intérieur nous sommes allés explorer les rues environnantes. Je ne suis pas déçue. Nous avons découvert un fabuleux endroit, propice à la rêverie, au bord du chenal. C’est calme, peu fréquenté et verdoyant, green, penser green aux Aspidies. L’école primaire se trouvait sur notre chemin et pendant un bref instant j’ai eu le cœur serré en voyant jouer les enfants dans la cour. En dehors du Fruits & vegetables il y a de nombreux commerces ainsi qu’une laverie et un esthetic center, label bio. Après renseignements obtenus, il s’agit d’un institut ou les soins de beauté se pratiquent avec des produits sains à base de plantes. Le salon disposerait aussi d’un coiffeur coloriste végétale. À garder en mémoire pour quand apparaitront mes premiers cheveux blancs. De notre promenade il ressort que nous sommes au cœur d’un petit bourg plutôt sympathique et cela nous est très agréable. C’est idiot, mais ni l’un ni l’autre n’avions réfléchi à l’environnement avant de nous installer. C’est une belle surprise. Les obligations professionnelles de Bébé le conduisent une nouvelle fois à Cologne, mais, cerise sur le gâteau, dès son retour je le rejoins en Région Parisienne. Une bouffée d’air du pays ne peut pas me faire de mal.
    Pendant qu’il règle certains contretemps inhérents à sa fonction, je me fais cocooner dans notre hôtel. Consciencieux le personnel nous déconseille de nous rendre le week-end dans notre restaurant favori à cause des manifestations récurrentes qui ne se terminent pas toujours très bien paraît-il! Cela commence à être pénible pour les touristes et lassant pour les commerçants. La gérante du show-room dans lequel je me rends parfois avec Bébé m’a expliqué que toutes ces manifestations ont occasionné une diminution de trente pour cent de sa clientèle VIP. Et elle n’est pas un cas unique, beaucoup de gens sont à bout et la situation perdure. Je me rends compte que papa avait raison, le climat social est épouvantable en France. Là-haut ce n’est pas mieux, ils ne parlent que de brexit.
    Nous sommes allés rendre visite à Pat, elle était ravie. La famille s’est encore agrandie. Un petit Jules est né récemment. Gerry et Yann nagent en pleine torpeur. Entre les couches à changer, le biberon toutes les trois heures, le manque de sommeil et les caprices de Lilou la grande sœur qui voudrait que ses parents rendent le petit frère à la cigogne de la maternité, ces deux-là vivent un conte de fée. Je les envie et ma remarque n’est pas sarcastique.
    La France doit être l’un des rares pays au monde où ses habitants font d’une tragique crise sociale un art de vivre. Depuis quinze semaines les ‘‘gilets jaunes’’ comme ces personnes se font appeler ont pris en otage une population partagée entre soutien et ras le bol à ce qu’en dit Patricia. Il est vrai que Bébé et moi avions remarqué que certains ronds-points étaient encore occupés par des personnes déterminées, à la mine fatiguée. En repartant de chez Patricia, au bord de la route tout près d’une déchetterie, nous avons aperçu un campement dont les baraquements sont confectionnés en bois de palettes ainsi que d’un long marabout blanc. Accrochés à des branchages, une quinzaine de cintres sur lesquels sont déposés des gilets jaunes flottent au passage des camions et des voitures. L’on dirait des fantômes fluorescents. Le mal être de cette population en recherche du meilleur est affligeant. Je ne comprends pas que l’on puisse laisser tellement de personnes dans cette misère occultée volontairement par les politiques en place. C’est lamentable. Je conçois à présent le fait que certains ressentent le besoin de se constituer une amitié ou une famille de lutte. À défaut d’obtenir satisfaction, ils se sentent soutenus. Au son de ma voix, lorsque je lui ai demandé de me conduire à la forteresse en ruines que j’affectionne tant, Bébé a compris que je me languissais également de ma ‘‘Petite Paix’’. Il a cédé à mon besoin de Provence, de mimosas et de vagues endiablées. Certes l’écurie six cent chevaux de Mon Fripon est confortable, mais il n’empêche que ce n’est pas un Pullman sur roues et comme je devais m’y attendre, je suis épuisée par ce long voyage. Épuisée mais ressourcée et transportée. Ma ‘‘Petite Paix’’ est d’un aspect resplendissant. Je suis rassurée, Florence, papa et les tantines en prennent bien soin en mon absence. Je n’ai pas cherché à voir qui que ce soit, il m’est déjà bien assez difficile de repartir.
    C'est dans la rosée des petites choses que le cœur trouve son matin et se rafraîchit a écrit Khalil Gibran.

    C’est tout à fait ce que je ressens, je suis au premier matin…


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    When I was just a little girl
    I asked my mother, what will I be
    Will I be pretty
    Will I be rich
    Here's what she said to me
    Que será, será
    Whatever will be, will be
    The future's not ours to see
    Que será, será
    What will be, will be
    When I grew up and fell in love
    I asked my sweetheart, what lies ahead
    Will we have rainbows
    Day after day
    Here's what my sweetheart said
    Que será, será
    Whatever will be, will be
    The future's not ours to see
    Que será, será
    What will be, will be
    Now I have children of my own
    They ask their mother, what will I be
    Will I be handsome
    Will I be rich
    I tell them tenderly
    Que será, será
    Whatever will be, will be
    The future's not ours to see
    Que será, será
    What will be, will be
    Que será, será


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  • …L’on me prend certainement pour une illuminée, mais je campe sur mes positions!

    À voir, des semaines avant et quinze jours après, la profusion de suggestions fantaisistes d’annonceurs publicitaires, la Saint-Valentin a toujours été pour moi une fête commerciale.
    Gâtez votre Dulcinée avec …un épilateur? Une friteuse? Une cafetière à expresso? Bon, il est vrai qu’il y a le haut de gamme genre le manège à bijoux, le parfum Jean-Paul et le magnifique séjour à Center truc! Sorti de tout cela, le rêve est un peu limité. Au vingt et unième siècle c’est à croire que la plupart de ces messieurs sont incapables d’avoir une idée originale. C’est pour cela que des années durant, j’ai haï cette fête avec sa débauche de bottes de roses hypocrites et dégoulinantes de sentiments avariés qui, dès le surlendemain, finissent dans la poubelle faute de soins.
    Le plus beau cadeau de Saint-Valentin que l’on puisse recevoir n’est pas, à mon sens, un bijou hors de prix en forme de cœur ou un séjour ‘‘all inclusive’’ aux Seychelles. C’est encore moins la mise à sac de la carte gold d’un compagnon trop généreux. Cette fête remonte à la fin du Moyen-âge à la cour du Roi d’Angleterre. Rien de Gaulois donc! Il s’agissait d’une fête pour célibataires où les hommes tiraient au sort le nom d’une demoiselle qui devenait leur ‘‘Valentine’’ pendant une semaine. Ils envoyaient des mots doux anonymes à leur dame. Rien d’autre. Amour et amitié au sens large. Bébé a toujours respecté la tradition, me faire plaisir sans pour autant ruiner son compte en banque. Je ne supporterai pas…
    En attendant je commence à trouver le temps particulièrement long pour ce fichu déménagement. Il n’y a toujours pas de date prévue. D’ailleurs mon pigeon voyageur n’est jamais là, ce qui fait qu’aucune surprise ne m’est tombée du ciel ce matin. Comme par exemple les cartons de certains de mes trésors que j’attends depuis quatre jours. Un ‘‘j’arrive ma chérie’’ par mail signé d’un cœur animé, c’est déjà mieux que rien. Quinze heures sept, enfin là! Un bisou à la va-vite sur le front et plus ou moins l’ordre d’aller préparer un léger bagage pour nous deux. Si possible des tenues décontractées pour le week-end. Dois-je lui rappeler que nous ne sommes que jeudi. Ma Canaille ouvre la portière passager et je prends place. Je ne sais toujours pas où nous allons et il m’est interdit de poser des questions…
    Cinq mois se sont écoulés depuis que nous avons visité notre petit cottage en forme de champignon, et ce que je découvre aujourd’hui est surprenant. Je comprends mieux à présent pourquoi cela a été aussi long! Bébé a exigé que l’on ne m’informe pas de tous les travaux et il a réussi le tour de force de me tenir éloigné du chantier suffisamment longtemps pour que je ne m’aperçoive pas de ce qui se tramait à l’extérieur. Il est vrai que je commençais à trouver louche le fait que chaque fois que je désirais me rendre sur place, celui-ci ait toujours une excuse pour m’en dissuader. Mon dernier souvenir, c’est le jour où Hailie est venue me chercher pour me conduire à Londres. Un break dans un salon de thé ne peut pas faire de mal m’avait-elle convaincu. Ce jour-là, je devais aller déposer des cartons d’ustensiles et de vaisselle dans le garage de la maison avec Phillip. Je suis ébahie en découvrant ce qui a été réalisé à mon insu.
    La barrière et le petit portail sont repeints d’un vert sapin particulièrement flashy, les briques ont été nettoyées sur l’ensemble de la façade du sol au faîte de la cheminée, quant au gazon de l’enclos il a disparu au profit de pavés autobloquants nuancés en trois tons de gris. L’entrée, avec sa porte Française aux vitres colorées, est une réussite. Les piétons qui se rendent au ‘‘fruits & vegetables’’ vont admirer notre petit champignon, çà c’est certain.
    Bébé ne sait donc pas que, franchir la porte du foyer familial en portant son épouse dans les bras peut porter malheur si ledit foyer n’est pas entièrement mis en ordre et prêt à accueillir ses occupants? Cela ne le préoccupe pas outre mesure puisque comme dans les films romantiques, mon Pain d’Épices me soulève de ses bras musclés -heureusement, je pense que mes jambes ne m’auraient pas soutenu en entrant- et toque à la porte du bout de sa bottine.
    Oui, je le confesse, je pleure à chaudes larmes! Je suis si bouleversée qu’il me faut un peu de temps pour me calmer. D’ailleurs, il me semble bien avoir aperçu aussi quelques perles brillantes dans les yeux de Ma Canaille.
    Une douce chaleur règne à l’intérieur et la cheminée est rougeoyante de bûches. Qui l’a allumé? Les personnes qui ouvrent la porte pour permettre à mon cher mari d’en franchir le seuil avec sa li’le Chouquette dans les bras. Céleste et Grady nous souhaitent la bienvenue puis s’éclipsent rapidement.
    Cramponnée au moucharabieh, je contemple notre chez-nous où tout est parfaitement en place, du canapé à l’îlot de cuisine, du vaisselier au réfrigérateur américain! Ma Canaille avoue alors m’avoir menti sur ses absences des derniers jours, mais il se justifie en disant que c’était pour la bonne cause. Les meubles sont exactement là où je l’avais prévu. J’ose à peine franchir la déclivité qui conduit au salon. Bébé me couvre de baiser tous les dix pas. Il apprécie mon bonheur. En traversant la cuisine, entre la salle de bains et la volée de marches qui conduit à l’étage, j’aperçois une porte. Je suis surprise, il n’y a pas de pièce de ce côté-ci? Curieuse, j’ouvre et je découvre qu’un petit monte escalier a été insérer dans ce peu d’espace. Celui-ci est tellement réduit que l’installation d’un monte-charge n’était pas envisageable. Une table élévatrice habillée, si. J’en suis ravie. Tout est parfait, y compris le prolongement en terrasse de la cuisine et le bow-window. En jetant un coup d’œil rapide par la baie vitrée aux battants coulissants, je remarque que l’abri de jardin est en cours de rénovation. Çà aussi c’est une surprise. Décidemment, c’est un sachet de mouchoirs que j’aurais dû prendre. Je me sens comme vidée. Bébé me fait don d’une seconde ‘’Petite Paix’’. J’emploie ce terme car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ses ‘‘largesses’’, contrairement à ce que l’on a voulu me faire croire par le passé, ont toujours été totalement désintéressées. Il m’a toujours offert sans rien en attendre en retour. Son plus beau cadeau restera son dévouement envers moi. Et cela dès le premier regard posé sur la petite personne égoïste que j’étais alors. J’ai très peur parfois, peur de ne pas mériter ma métamorphose, peur de le décevoir. Avec l’aide efficace de manutentionnaires, des livreurs, de certains des employés de Mum’, de Grady et de Céleste Bébé m’a concocté une Saint-Valentin de princesse. Je suis aux anges. Je ne pouvais espérer mieux. J’ai eu plus…
    À l’étage, notre chambre est magnifique. Le dressing s’apparente plus à une boutique mixte qu’à une penderie. Oups, je crois que Bébé possède le double de vêtements que moi. Quant aux chaussures, à nous deux ce doit être une extension de ‘‘Chaussland’’, surtout lui! Mumy a dû ressentir un pincement au cœur lorsque la garde-robe de Ma Canaille a pris la route. Je compatis sincèrement -je jubile- moi je ne me suis aperçu de rien vu que l’on m’a promené dans le Londres by day & night pendant plusieurs jours. La préparation d'un bagage pour le week-end était un leurre, Canaille de mari! Toutefois, il m’avait semblé que les tiroirs à vêtements de Bébé étaient soudain bien dégarnis. Il arrive parfois que le personnel soit en congé, je n’ai pas posé de questions.
    Le royaume de Bébé -son poste de travail- est une pure merveille. Tout ce que j’avais préparé sur plan a été respecté. En résumé, cuir et bois, Ash adhère-adore. Sa cave à cigares est bien en vue sur le meuble mini bar qui accueille ses bouteilles de Bruichladdich I.B, son whisky préféré. J’ai dégoté des verres sympas que j’ai fait graver au nom d’A-Jaï -je lui fait don d’un brin de narcissisme- puisqu’il n’offre cette boisson qu’en famille. Le présent que lui a fait Phillip est très …paternel! Ce sont quelques-unes de ses figurines hindoues dont celle d’un Ganesh en bois de santal rouge. Autant dire un morceau de lui-même. Les deux Chesterfields déposés sur un tapis épais sont semblables à deux trônes. J’ai comme l’impression que tout cela donne soudain des idées à mon fripon. Selon nos codes, il est obligatoire que son bureau soit baptisé. Nous sommes le jour de la Saint-Valentin après-tout? Bref, Bébé est un coquin.
    J’ai juste jeté un œil aux deux petites chambres qui donnent côté jardin. Elles ont été refaites mais elles ne sont pas meublées. Rien ne presse. Nous accueillerons des invités dans notre nid coquet que lorsque Bébé et moi y aurons pris nos marques. Je suis épuisée moralement. Je vais me souvenir longtemps de cette Saint-Valentin.
    Le temps que je me refasse une beauté, avant de passer à table, Bébé a déposé un long écrin rouge personnalisé à mon prénom sur l’îlot. Je pensais pourtant avoir été déjà bien assez gâtée, mais c’était sans compter sur la gentillesse d’esprit de mon mari. Saint-Valentin oblige, je découvre une ravissante rose en or sur garniture de soie en ouvrant la boîte. Unique et romantique…

    Il m’arrive d’avoir envie de me pincer, mais j’ai tellement peur de me réveiller…


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  •    …Mon existence n’a rien de passionnant, alors pourquoi écrire un récit de vie?

    Il me semble que ‘‘pour qui’’ serait une meilleure formulation. Si je veux être sincère, je dois répondre que je n’ai pas des milliers de choses à raconter, mais qu’il m’est nécessaire de coucher mon quotidien sur une page afin que je puisse le relire pour m’assurer de mes progrès. Me rassurer en fait. Je saurais gré pour longtemps encore à celui qui sans le vouloir m’a guidé sur le sentier exigeant de l’écriture. Ensuite, constatant que cela m’apaisait, ce fut ma thérapeute qui me conseilla de poursuivre l’exercice. Jamais je n’ai regretté d’avoir suivi leurs conseils à l’un et à l’autre car j’y ai exorcisé mes démons. Fouiller dans mes souvenirs est une thérapie qui me permet de me libérer de mes émotions, de mes incertitudes ainsi que des chagrins révolus qui refusent de disparaître. En les déposant noir sur blanc je les laisse s’effacer, ils n’encombrent plus ma mémoire, mes rêves. Ces textes ne créeront assurément pas un best-seller, mais en attendant leur publication, ils me permettent de m’exercer régulièrement à la création. C’est ce qui, pour moi, fait la différence avec un simple journal. Je laisse une trace écrite du difficile parcours de ma reconstruction et cela me révèle en temps réel ce que je deviens. Au fil des milliers de mots qui noircissent ces pages, je donne corps à mes révoltes afin de mieux les appréhender pour les combattre efficacement. En me relisant, je constate avec un plaisir évident que mes efforts sont couronnés de succès. Cela me prouve qu’il n’y a pas de vécu aussi insignifiant ou remarquable soit-il qui ne mérite d’être rapporté. Peu à peu, tout en poursuivant mon petit bonhomme de chemin, je fais la paix avec mon passé et bientôt je tournerai définitivement la page. Il m’arrive, à présent, de sourire avec nostalgie en me remémorant les facéties de mon enfance en compagnie de Miriette. En remontant le temps, par mes écrits, je rejoins ceux qui m’ont trop tôt quitté et ils sont encore omniprésents dans mon cœur. Cette chère Miriette dont il m’a fallu des années pour pouvoir ne serait-ce que prononcer son prénom est maintenant bien en place dans mes souvenirs et elle m’accompagne dans chacun de mes sourires. Jour après jour les mots me guérissent de mes maux. Mon foyer m’a ancré à mes racines et m’a restitué mon histoire familiale. Il n’est pas nécessairement utile de narrer d’épiques récits de guerre ou de belles histoires aux passions sulfureuses pour se raconter. Mon expérience est unique. Je ne transmets pas mon parcours de vie à la postérité, mais aux enfants qui un jour viendront combler nos existences à Bébé et à moi. Me réapproprier mon passé a été un don du ciel qui me projette vers un avenir serein. Il m’aura fallu dix ans de ma vie pour me rétablir, dix années au cours desquelles j’ai avancé au gré des incertitudes, des terreurs et du souvenir des coups qui ont marqués ma chair à jamais. Cette décennie je l’ai rédigé au prix de longues nuits d’insomnie et d’une douloureuse prise de conscience. Si cela était à refaire, je recommencerais car pour avancer, j’ai bénéficié du précieux soutien de celui qui marche à mes côtés depuis le premier regard qu’il a posé sur moi. Mes confidences sont le témoignage d’un vécu ordinaire, mais elles me conduisent vers cette paix de l’âme à laquelle j’aspire tant. Aujourd’hui je suis convaincue que je dois, à parties égales, mes immenses progrès à mon journal de mémoire et à celui qui est devenu mon cher mari. ‘‘Quand les blessures sont guéries avec amour, les cicatrices sont magnifiques’’, cette citation de David Bowles est tout à fait appropriée pour mes lignes d’éternité.

    Je suis au seuil d’un univers dans lequel, aller à la rencontre de mes lecteurs est de l’ordre du possible…


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  • - Battements de cœur... (Cécile Pivot) 

    - L'affaire Rose Keller ... (Ludovic Miserole)

    - Chair de ma chair... (Helen G. carlisle) 

    - Roissy... (Tiffany Tavernier) 

    - Tenir jusqu'à l'aube... (Caroline Fives) 

    - Asta... (Jòn Kalman Stefànsson)

    Bakhita... (Véronique Olmi) 

    - Les derniers jours de Rabbit Hayes… (Anna Mc Partlin)

    - Dieu n'habite pas la Havane… (Yasmina Khadra)

    - La voix des vagues… (Jackie Copelton)

     

     

     


  •    …Nous avons eu une surprise ce matin. Une belle dentelle blanche au sol, il a neigé cette nuit! 

    Certes pas de quoi faire un bonhomme de neige, mais assez pour donner le sourire à ceux qui apprécient le fait et le tableau. Je suis assise sur le siège du bow-window. De là j’aperçois quelques rares oiseaux qui se risquent à quitter l’abri douillet des bosquets boule près de la piscine. Maladroitement, piaillant du manque d’insectes, ils sautillent dans la poudre blanche humide qui recouvre leur garde-manger habituel: le sol. Bien au chaud près de la cheminée, je me dis que je n’aimerais pas être un oiseau en hiver…
    J’ai rapporté à Bébé l’exigence soudaine de sa mère quant à mes lectures. Tout en m’assurant que je m’en tire à la perfection dans le langage parlé, il pense que ce ne serait pas une mauvaise idée de me perfectionner en syntaxe et conjugaison anglaise. Il me semble que mon cher mari est un peu en contradiction avec lui-même là! Passons. Dans ses présents de Noël, Anaïs a reçu l’un des parody books de la collection Monsieur-Madame qui connaît un énorme succès Outre-Manche. Vintage et un rien cynique, ces petits livres sont la version adulte de ce que les enfants feuillettent en maternelle. En repensant au Mme Timide drague en ligne qu’a reçu ma cousine, cela a donné une idée géniale -il en est persuadé- à Bébé. Les bandes dessinées. Aussitôt dit aussitôt fait. Ce sont des historiettes de quelques pages avec des illustrations qui te faciliteront la compréhension du texte pour commencer dit-il enjoué en me tendant trois livres. J’hérite de Green Manor - Assassins and Gentlemen. A cup of tea? A drop of milk? A spoonful of poison? Je reconnais que c’est distrayant. En gros les récits se racontent au Green Manor's club où des gentlemen de l'ère victorienne tuent le temps en échangeant sur divers meurtres irrésolus. Un mélange d'Edgar Poe et de Sherlock Holmes. J’apprécie, mais je suis peinée qu’Ash me pense inculte à ce point, moi la championne des QCM du Harrap’s. D’autant que j’ai lu plusieurs livres écrits en langue anglaise dont mother’s cry dernièrement. Parfois mon Grand Homme ne se rend pas compte à quel point il peut être blessant. Il n’est jamais là, et lorsqu’il est à mes côtés, son esprit reste souvent bloqué dans ses dossiers en cours. Comment pourrait-il se rappeler de mes lectures anciennes? Il ne le fait pas exprès, Bébé désire me hisser plus haut. Et je prends tout mal en ce moment. Vivement que nous soyons installés chez nous car je ne supporte plus la vie au joyeux pensionnat. La promiscuité bonne enfant qui règne au sein de la famille me pèse de plus en plus. J’en ai assez que le coiffeur de Mum’ m’étrille tous les trois jours sous prétexte que mes cheveux sont trop longs au goût de Madam. J’en ai marre de croiser des inconnu(e)s au détour des couloirs, je ne supporte plus l’absence de Bébé qui reste plusieurs jours sans rentrer. Je veux mon chez moi, ou je pourrais gérer ceci comme d’habitude, en écrivant. Je veux pouvoir me lever à six heures du matin sans que cela provoque un branlebas de combat parmi le personnel. Je sais me servir d’une bouilloire bon sang! Je veux faire nuit blanche si l’envie m’en prends, j’en ai besoin parfois! Si je veux manger un fruit avec un morceau de camembert ou prendre des olives noires en guise de repas c’est mon droit! Ma ‘‘Petite Paix’’ hante mes rêves et ma Provence hivernale me fait atrocement défaut. Bon, je ne tourne plus autour du pot, je suis en manque, cela me bouffe et devient une obsession. J’ai consulté le médecin de Bébé, il m’a prescrit un médicament d'aide au maintien à l'abstinence à base de plante. Le Pueraria lobata, une liane médicinale importée d’Asie. Dans la médecine traditionnelle, il paraîtrait que le kudzu peut réduire les sensations désagréables dû au manque alcoolique et surtout dégouter le patient de son péché mignon. Le processus n’ayant pas encore été élucidé, je ne ferais donc pas de cours de médecine appliqué. Ce pourrait être en relation avec le métabolisme de l'alcool et les circuits nerveux du cerveau? Cela fait quatre jours que j’ai commencé la cure à raison de cinquante gouttes trois fois par jour, mais pour l’instant, que l’on me pardonne l’expression, c’est aussi efficace que pisser dans un violon. Je n’arrive plus à aligner un mot après l’autre lorsque j’ai du temps pour écrire, c’est la catastrophe. 
    Cet après-midi, sans le vouloir, j’ai fait une belle frayeur à la compagnie. Les piafs me faisaient peine à les voir danser d’une patte sur l’autre dans la gadoue, alors j’ai pris idée, en coupant par le parc, de me rendre à la jardinerie locale dans la grande rue du bourg -à peine trois kilomètres aller-retour- afin d’y acheter des graines pour oiseaux du ciel. Seulement je suis partie sans avertir personne si bien que de retour plus tôt que prévu, Ash a mis la maison sans dessus-dessous en ne me trouvant nulle part. D’autant que personne ne m’avait vu partir. Pas un seul baiser, ni le plus petit bonjour ma chérie, direct j’ai eu droit à un sermon. Vive le monde des Bisounours dans lequel je me trouve. Un bouddha boudin et des explications plus tard, Bébé s’en veut d’avoir été aussi maladroit pour les bandes dessinées. Il n’est pas question pour lui de mettre en doute mon érudition, il est bien conscient de mes progrès. Il tient juste à s’assurer que ceux-ci me donnent accès à de grands auteurs. ‘‘Pour progresser, il te faut lire de belles écritures ma chérie’’. Je ne suis pas convaincue que des bandes dessinées soient …laisse Mylhenn, tu as besoin de fantaisies ce week-end. 
    Je ne vais pas refuser le séjour en amoureux, à l’appartement de Londres, qu’il me propose sous prétexte que j’aurais envie de faire disparaître la terre entière. 
    Dix-neuf heures, quelques courses organic fruits & vegetables-traiteur, et hop, nous voilà au cœur d’un nid confortable. Mis à part que les cousins de Bébé n’avaient pas remis la clé du portillon en place et qu’il a fallu demander au concierge de nous l’ouvrir. Une fois à l’intérieur, j’ai fait en sorte que ce cocon reste hermétique jusqu’au dimanche soir. Je me suis transformée en véritable geisha, du bout des doigts à la tasse de thé! Rideaux tirés, j’ai improvisé un jeu ludique qui consistait à prendre une collation dans le restaurant cossu d’un camp de nudiste. Cravate et string obligatoires. Non seulement nous nous sommes bien amusés, mais la dégustation sur canapé d’une mousse de mangue bio a été immédiatement bénéfique à notre libido. Lit brigand jusqu’à onze heures du matin, ensuite nous avons revisité la salle de bains façon lagon bleu. Nous sommes ressortis fripés comme des sharpeïs et il n’y avait plus d’eau chaude dans le chauffe-eau. Après un en-cas pantagruélique pour monsieur et trois pains au lait beurrés, saupoudrés d’Ovomaltine -je sais, c’est très équilibré comme repas- pour moi, nous avons fait de la spéléologie, à savoir sonder en mode studieux la profondeur des coussins du canapé, tout l’après-midi. Retour à la réalité festif jusqu’à épuisement total.

    Je dois dire que le dépaysement a été de qualité. Bébé n’a pas consulté une seule fois son portable…


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  •    …Des jours et des nuits, des semaines et des mois, et tourne le carrousel du temps! 

    Je ne maîtrise plus rien. Ecrire ne m’est pas une contrainte, c’est ma vie, mais en ce moment je n’ai plus beaucoup de temps à consacrer à mes créations. Futur déménagement oblige. J’espère combler prochainement mon retard par un travail intensif, nichée au creux du superbe canapé que Bébé et moi nous sommes choisis. De longues recherches communes, et nous avons déniché -ce n'est pas trop tôt- de superbes pièces pour le mobilier de notre ‘‘Mushroom’’. Cette fois-ci c’est définitif, nous avons l’autorisation légale d’utiliser cette dénomination pour notre foyer. Je suis tellement impatiente d’emménager que mes douleurs passent au second plan. Certes le rat grignote, le samouraï tranche et le piranha dévore mes articulations, mais pour une fois je dompte la ménagerie fantastique à coups d'anti-inflammatoires avec succès. Gare lorsque je vais me poser. Pour l’instant j’ai trop à faire, la maladie ne me détournera pas de mes objectifs, à savoir pendre rapidement la crémaillère dans notre douillet Home Sweet Home. Évidemment Mum’ veille au grain et elle m’a pressé de trancher fissa pour MON ‘‘personnel’’ de service. Une Flo locale en quelque sorte, je crois l’avoir déjà écrit quelque part. Mon choix était déjà fait et il a grandement surpris Mum’ qui a néanmoins adhérée. Cependant elle a exigé de tester elle-même les compétences de Céleste et Grady. Absolument, j’ai sélectionné un couple. Grady est polyvalent -homme à tout faire- et paysagiste à ses heures. Quant à Céleste, celle-ci possède un diplôme en soins infirmiers, une équivalence avec nos aides-soignantes en France. Bébé n’aura pas beaucoup de temps pour choyer notre petit paradis vert alors je me suis dit qu’il serait pourtant bien agréable d’avoir un endroit propret pour se détendre l’été plutôt que disposer d’une jungle amazonienne à plein temps. Et puis ils forment un couple adorable, voilà c’est dit! 
    Mumy a une façon toute particulière de tester le personnel qu’elle désire engager. Oui bon, ils seront à mon service, mais c'est plus fort qu'elle, il faut que Mum' y ajoute son grain de sel. Il est vrai qu'elle et moi partagerons les compétences de ces personnes. Céleste a dû en passer par la préparation du must du petit-déjeuner familial. Les bread rolls! Rien de bien compliqué en soit si ce n’est que le moelleux du biscuit dépend de la longueur -deux heures trente- de la préparation. Et il arrive parfois que le résultat soit incertain. Du peu qu’il me souvienne, des flocons de pomme de terre -la purée mousseline de mon enfance- sont incorporés dans la pâte et c’est ce qui donne le savoureux de l’appareil. Rien ne remplacera ma brioche au sucre ou ma baguette campagne. Oui je fais de la résistance. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas cinquante déclinaisons de la recette, mais ma belle-mère recherche toujours le plus qui fait la différence en chacun des membres de son entourage. D’un simple petit pain à la base, la pauvre Céleste s’est vu confier l’impossible tâche de confectionner un met extraordinaire. Graines de sésame avant cuisson par-ci, pincée de gingembre en poudre par-là, bref, je dois dire qu’elle s’en est fort bien sortie. J’en suis heureuse car elle est celle sur qui je compte pour me venir en aide dans les tâches courantes de mon quotidien. Dès le départ, elle possédait un net avantage sur les autres, elle parle la langue de Molière à la perfection avec un petit accent charmant. Il faut dire qu’en ce moment, prise d’une lubie, Madam ne s’adresse à moi qu’en British. Mieux, elle me ‘‘conseille’’ de lire un ouvrage en anglais ‘‘As frequently as this can be done’’, j’en déduit que cela veut dire aussi souvent que faire se peut. Tout n’est pas encore rose au royaume des Aspidies. Cela dit, je suis madame Ash, cela met définitivement les choses en place et je suis certaine qu’elle m’apprécie. Madam elle est, Madam elle restera pour moi, toutefois je crois que je commence à l’aimer. Elle m’a offert un cadre photo triptyque avec un cliché de Bébé à l’âge de vingt ans, un cliché de ma petite personne à seize ans et au centre notre photo de mariage. Tout jeune homme Bébé était déjà très …anglais. Je me contenterais de dire, coupe de cheveux rebelles au carré et une grande mèche à la Hitler. Influence germano-britannique en quelque sorte. Pour ce qui est de ma photographie, je suppose que le dragon -paix à son âme- a dû autoriser papa à garder quelques albums d’avant ma fugue et il aura confié ce cliché à Mum'. Je ne vois que cela puisqu'il ne s'est pas vraiment soucié de mon existence par la suite. Stop, let the past be the past me dirait Ma Canaille. En parlant photographies, j’ai eu l’immense privilège de feuilleter l’un des albums de Phillip de l’époque de leurs années Inde. Ce que je vais dire est idiot, mais dans sa jeunesse trentenaire, mon beau-père faisait déjà doyen, Sans doute ses fonctions? C’est comme si depuis toutes ces années, il n’avait pas vieilli. Mince, j’ai épousé le fils d’un descendant de Carlisle Cullen! Mum’ elle, inspirait déjà le respect et du jour ou les "petits’’ apparaissent à leurs côtés, je la trouve resplendissante. Comme quoi, une famille peut faire la différence. J’aimerai revenir sur les paroles assassines que je laisse échapper parfois dans mes chapitres sur la façon dont on traite les femmes en Inde. Je me dois d’être honnête, certaines provinces sont plus en avance sur leur temps que d’autres, mais les conditions de vie liées aux castes évoluent enfin. Lentement certes, mais inexorablement. Assurément à distance, mais Dorothy et Phillip y veillent encore. Le mari de Céleste lui, s’est vu confier l’insigne tâche de tailler quelques-uns des arbres du parc. Ceux-ci commençaient à se faire un peu vieillots. Maître de lui et discret, en une matinée il a prouvé qu’il maîtrisait l’art topiaire à la perfection. À présent, les trois buis poussifs de l’allée ressemblent chacun à un arbre labyrinthe, c’est superbe. Comme je préfère le dialogue au jugement, lors d’une conversation avec Grady, celui-ci m’a confié qu’il ‘‘nage’’ dans Londres comme un poisson dans l’eau. Chose que je me suis bien gardée de partager avec Mumy. Du moins pour l’instant. Ses personnes seront principalement à mon service et je ne suis plus partageuse. Na! Ainsi, grâce au mari de Céleste, je pourrai rendre quelques visites surprises à Ma Canaille. J’ai tellement hâte, comme une virginale jeune mariée, de passer la porte de notre petit palais dans les bras de Bébé.

    Le coffre du SUV de Phillip est plein à craquer d’objets que je dois déposer dans le garage…


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  •    …Faire ma princesse pendant quatre jours, c’est le présent de Noël que m’a offert bébé! 

    Nous avons joué les touristes en amoureux, main dans la main, à Londres en partant à la découverte des rues, avenues, ruelles et places de la ville. Voiture avec chauffeur s’il vous plaît, pour rendre visite à l’un des meilleurs amis de mon mari, Kunaÿ. Celui-ci m’a montré quelques-unes de ses créations pour un hôtel dans un pays nordique, c’est du domaine du fantastique. Les jours suivants, entre monuments, salons de thé, boutiques et restaurants nous avons été occupés une bonne partie de nos journées, mais dès dix-huit heures nous rejoignions notre palais. Il y a peu, Bébé m’avait promis un séjour dans l’hôtel qui se situe au trente-quatrième étage du gratte-ciel le plus haut du royaume uni. The Shard -l’éclat- quatre-vingt-treize étages, porte bien son nom. Ses baies offrent les plus belles vues sur la capitale. Tout y est luxueux et démesuré. Des bureaux aux logements en passant par un lieu d’exception, le Shangri-La. The Shangri-La at the Shard plus exactement. À notre arrivée, au rez-de-chaussée du Shard nos bagages sont passés au scanner de sûreté comme dans un aéroport et nous sommes ensuite dirigés vers l’ascenseur qui conduit à la réception de l’hôtel qui se situe au trente-cinquième étage. Dans le grand hall, près du desk, je me trouve un brin insignifiante avec mon tailleur vintage dernière mode à carreaux rouges, noirs, blancs et mes boots western à boucle argentée. Je ne le suis pas, mais le cadre somptueux des lieux m’impressionne. L’accueil se déroule dans une sorte d’amabilité attentionnée à tel point que je m’imagine déjà que bébé est un de leur client régulier. Bébé m’explique que dans ce genre d’établissement chaque client est traité respectueusement mais comme un client régulier afin que cela lui donne l’envie de revenir. Réservation confirmée, l’on nous accompagne à notre chambre. Une fois les stores remontés, la vue est à couper le souffle! Nous n’avons pas besoin de ranger nos affaires dans les dressings, une employée s’en charge pendant que l’on nous explique les fonctionnalités de la chambre. Je déteste que l’on touche à mes dentelles et frou-frous, mais pour cette fois je ne m’en plaindrai pas. Les costumes et les chemises de Bébé sont alignés au cordeau. Du cinq étoiles quoi! Un sitting d’une douzaine de personnes contre la faim dans le monde serait envisageable dans le lit tellement celui-ci est gigantesque. J’ai intérêt à me serrer contre Bébé si je ne veux pas le perdre au cours de la nuit. Le chocolat trône sur l’oreiller. Je sais déjà pour qui il va être. Dans la salle de bains, la baignoire flotte au-dessus des nuages. Étage quarante-quatre. Il ne faut pas avoir le vertige croyez-moi. C’est comme pour la piscine -dommage, trop bondée pour moi- le décor est magique. Bref, prestations étoilées avec mentions spéciales. Lit ouvert pour la nuit, majestueux festival des lumières de la ville et dodo douceur. Jus de mangues au petit déjeuner, je suis conquise. Que dire de plus? Salon de thé-restaurant service parfait, et saluons le grand professionnalisme du personnel! Je ne crois pas que j’oublierai ce séjour de sitôt. Merci Bébé… 
    Bagna cauda? Mademoiselle Françoise possède un certain don d’empathie. Depuis quelques temps, je me languis de ma ‘‘Petite Paix’’, des tantines et de mes habitudes alimentaires …décousues. Surtout depuis le départ de ma cousine en fait. En hiver j’aime énormément ce que l’on nomme la très conviviale bagna cauda. Une sauce anchoïade chaude préparée à base d’ail, d’anchois et d’huile d’olive. Les tantines mixent de la mie de pain trempée dans du lait et rajoutent ce mélange crémeux à la sauce avant de la faire chauffer. Cela sert d’accompagnement pour des gressins et des légumes taillés en bâtonnets. Ce serait mon arrière arrière-grand-mère niçoise qui l’aurait transmise aux générations qui suivaient. Or donc, notre maître des menus a voulu me faire plaisir en me proposant cette préparation et je reconnais que des cardes aux artichauds violets en passant par le fenouil et le céleri branche, tout a été parfait. Cela dit, je commence à trouver le temps long, les travaux de notre «Mushroom» traînent en longueur. Mumy et Papily sont adorables mais il nous tarde à Bébé et à moi de nous retrouver seuls chez nous. Ma Canaille a rouvert ses dossiers ce qui l’occupe beaucoup. Alors, de par le fait je me suis remise au travail. J’aime beaucoup le petit salon du haut je m’y sens comme sur une île déserte pour écrire. Je dois bien reconnaitre que c’est aussi en partie pour échapper à l’œil vigilant de Madam’. J’espère qu’elle ne s’imagine pas que, tout comme Hailie je vais la suivre dans ses activités et engagements. Mon business ce sont Bébé et mon écriture. Je veux bien participer à l’élaboration de cartons d’invitation, de plans de table, de menus calligraphiés et d’ambiance conviviale pour ses réunions, séminaires et autres associations caritatives, mais cela s’arrêtera là. Et puis, sans copiner, je suis plus à l’aise avec les domestiques qu’avec les hôtes de ma belle-mère. Les pouliches harnachées, les dandys imbus d’eux-mêmes, les Lord aux grandes ambitions ou les dames patronnesses puritaines de la vieille Angleterre commencent à me courir sur le …oups, que l’on me pardonne, mais j’abhorre ce milieu! Samedi matin, Hailie nous a fait une belle surprise en nous confiant la petite pomme pour le week end. Elle emmenait les grands sur un circuit de kart. Ce gamin est adorable. Il était radieux en pilotant la petite voiture rouge que le Père Noël, en la personne d’Ash, lui a apporté sous le sapin. Le rire de Rudyard est la meilleure des thérapies pour moi. J’aime beaucoup ce petit. Quant à Bébé, il en oublie ses rapports confidentiels en sa présence. Depuis qu’il a entendu Hylam nommer son frère A-Jaï, le minot appelle Ash ainsi. Le mot le ravit et il le répète à l’infini. Cela fait fondre mon grand benêt de mari qui aussitôt explique à Rudyard d’où lui vient ce surnom. Et moi? Mon cœur se serre quand je vois des étoiles dans leurs yeux lorsqu’ils se regardent. Il est une question que j’aimerais poser à ma belle-sœur, mais j’en suis encore incapable. J’ai trop peur que sa réponse ne soit pas celle que j’attends. Bébé, Rudyard et moi avons passé l’après-midi au parc, et pour la première fois de ma vie, j’ai entrouvert une porte que je ne désire pas refermer brutalement. À notre retour, la salle de bains a très vite ressemblé à un bain turc tellement il y avait de vapeur sur les murs, ou à une piscine, je ne saurais le dire? Après la toilette du petit, Bébé et moi étions aussi mouillés que lui. C’est Philippine qui a apprécié. Nous avons pris le repas en famille, Rudyard a voulu se mettre entre nous et j’ai eu la désagréable impression que Madam’ n’appréciait pas notre méthode d’éducation. Je la comprends. Notre protégé n’a pas mangé grand-chose alors j’ai discrètement demandé un peu de lait chaud à Steven. Hailie dépose toujours des petits pots de compote et un biberon avec de l’instantané biscuité dans le sac du petit. Au moment du coucher, James a préparé un lit d’appoint en catastrophe dans notre chambre car le minot sanglotait, disant qu’il voulait dormir avec nous. Bébé et moi ne sommes vraiment pas prêts à élever correctement un enfant. Ah bé nous ferions de sacrés parents. Aussitôt son biberon bu, Rudyard s’est endormi. Ma Canaille est restée un long moment à l’observer dans son sommeil un sourire béat aux lèvres, j’aurais aimé pouvoir lire dans ses pensées. 
    - Your cockroach is gone? Ce triste sire a le culot de se moquer de moi en plus. Mais il a raison, je n’ai pas eu un instant à moi pour m’apitoyer sur mes états d’âme. Nous sommes restés très sages et avons dormi comme des bébés cette nuit-là.

    Test réussi: Grady est compétent et d’un calme olympien. Céleste est ordonnée et minutieuse…


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  • …Saint-Sylvestre agitée, Poivre de Timut, miel liquide, jus de pamplemousse rose et curcuma!

    La potion magique de Sodishan est tout aussi efficace que celle de Bébé. Ces messieurs se sont un peu trop servis à la fontaine à whisky. Cela dit ils étaient tous bien allumés en fin de soirée, euh …début de matinée. Invités y compris. C’est d’ailleurs pour cela que Madam’ ne laisse jamais repartir personne. Les nuits au ‘‘château’’ sont obligatoires après des libations arrosées. Anaïs est triste, mais il faut bien qu’elle prenne le chemin du retour. Steven lui a confié une boite entière de mince pies. Ma cousine adore ces petites pâtisseries. J’ai, moi aussi le blues de la voir partir, elle est le lien qui me fait redécouvrir ma famille que j’ai trop délaissée par le passé. Je souhaite que son amoureux ne se comporte pas en goujat avec elle, il n’y a pas de raison, mais seul l’avenir le dira. Phillip et Mumy ont été vraiment accueillants pour elle. Je pense qu’ils ont la convivialité inscrite dans leurs gènes. Bébé m’a gentiment fait remarquer que ma cousine est beaucoup plus malléable que moi. Je suis brute de pommes, mais c’est moi qu’il a épousé. Sodishan et Ash ont raccompagné Anaïs en Région Parisienne et de là elle prenait le train pour le sud. Si Ash s’est immiscé entre eux pour le trajet, c’est parce qu’il reçoit enfin son monstre aux six cents -moins quelques crinières- chevaux! Un gamin. Il dansait la danse de la pluie autour du lit lorsqu’il a reçu l’appel du concessionnaire. Il est vrai qu’il attend ce moment depuis mi-novembre. Bébé a offert deux nuits aux amoureux dans l’hôtel où nous allons nous faire cocooner lui et moi en remerciement. Il va avoir le plaisir de fanfaronner tout comme son homologue Allemand qui le nargue avec sa Porsche depuis quatre mois. Bébé est un fidèle de Mercedes et franchement, ce ne sont pas les voitures les plus confortables question pirouettes et cabrioles. Cela dit, pour ce qui de Porsche c’est inenvisageable à moins de maîtriser les positions acrobatiques du Kâmasûtra sur le bout des doigts. Je le reconnais, c’est mesquin de ma part…
    Dans le mail où ma cousine me confirmait son retour, j’ai reçu les photographies de l’exploit de certains membres de ma famille. Ils ont fêté le nouvel an à ‘‘Phébus’’ et le matin -plutôt en fin de matinée- ces barjots ont décidé de respecter la tradition. La température de l’eau de la grande bleue était aux alentours des dix degrés, mais cela ne les a pas arrêtés, ils ont fait trempette. Revigorant? Aberrant oui!
    Les voisins les ont rejoints avec la boisson adéquate. Chocolat chaud pour tous c’est évident. Les enfants de Pat ont fait vivre ma ‘‘Petite Paix’’ pour le nouvel an. Eux aussi m’ont envoyé un compte rendu en photographies par mail des instants forts de la soirée. Ambiance sympathique et bon enfant.
    Comme chaque année après les fêtes Mumy reçoit ses amis indiens. La maison devient une véritable fourmilière parfumée aux effluves entêtants d’épices. Les deux cuisines tournent à plein régime. En tant que son épouse, Ash se devait de faire connaître sa tendre moitié aux hôtes de ses parents. Ce cérémonial officiel est de l’ordre du protocole d’introduction en société. High society! Je vieillis, tous ces salamalecs me font rire à présent. Je ne me savais pas capable de faire une révérence -plusieurs même- et cela malgré le piranha-samouraï qui grusine mes articulations. Je me surprends à apprécier ces gens. Tous comme mes beaux-parents durant de longues années, ils ont contribué à l’évolution des statuts sociaux dans les différentes sphères de la société indienne.
    «De tous les maux dont l’homme s’est fait lui-même responsable, aucun n’est aussi dégradant, choquant ou brutal que son abus de la meilleure moitié de l’humanité ; le sexe féminin (pas le sexe faible)» La triste constatation de Gandhi a servi et sert encore de cheval de bataille à de nombreuses ONG pour que s’améliore les conditions de vie lamentables des femmes en Inde. Le progrès est en marche, mais c’est tellement long. Les couples que j’ai sous les yeux semblent sortir d’un hors du temps bollywoodien et pourtant ils ont parfaitement conscience que la lutte est programmée pour de nombreuses décennies avant qu’hommes et femmes vivent enfin dans le respect l’un de l’autre dans leur pays. Heureusement, ce peuple possède une conception très élastique de la durée du temps qui passe. D’ailleurs Phillip se questionne souvent sur Ash, à savoir d’où lui vient cette patience infinie qui le caractérise. Un tel flegme dans la profession qu’il exerce, ça n’est pas humain. J’ai souvenir que l’avocate de Christian, humoriste à ses heures, l’avait surnommé monsieur sang-froid dans l’un de ses plaidoyers. Tout vient à point à qui sait attendre. Bravo Ma Canaille, c’est grâce à toi que j’ai un adorable mari, personnellement je n’aurais pas eu la patience d’attendre que je grandisse. M’ayant offert une bulle au goût de paradis comme présent de Noël, nous saluons respectueusement une dernière fois ces braves gens, puis Bébé et moi nous nous éclipsons pour nous y rendre.

    En la voyant pour la première fois, c’est le terme ‘‘sensuel’’ qui me vient à l’esprit…


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  • …Cela fait trois jours qu’Anaïs a déposé ses valises dans la chambre en face de la mienne!

    Elle a adoré le petit coin de Provence que je lui ai arrangé. Cela dit elle n’en profite pas énormément car elle rejoint Sodishan dès que Mumy est dans ses appartements. Ma cousine a eu tôt fait de saisir combien l’univers impitoyable de cette maison est un monde parallèle. Pour s’adapter il faut mémoriser les us et codes très rapidement. À ce petit jeu-là, elle est beaucoup plus douée que moi. Ce n’est pas une question d’intelligence, mais personnellement cette vie ne m’intéresse pas. J’ai besoin de liberté et de calme. Je remercie sincèrement mes beaux-parents de m’avoir accepté chez eux dès le début de ma relation avec leur fils, mais j’ai besoin d’un cadre de vie nettement plus …restreint. C’est différent pour ma cousine, elle est très amoureuse de Sodishan et elle ne veut pas lui faire honte en société. Elle a assimilé le ‘‘manuel’’ du savoir-vivre en à peine deux jours. Moi, je ne l’ai même pas ouvert! Je suis perplexe en observant le comportement de Sodishan envers elle. Comme par magie, le côté macho du frère de Bébé disparaît dès que celui-ci est en présence de ma cousine. Tant mieux en un sens, mais s’il ne se dévoile pas totalement, cela risque de fausser leur relation. Celui-ci est attentionné envers elle, bienveillant, prévenant et …totalement fou d’elle! Au point de se rebeller contre sa chère maman tout comme l’a fait Bébé pour moi. Je suis agréablement surprise de découvrir cette nouvelle facette de Shere Khan. Mumy n’en laisse rien paraître, mais je crois qu’elle aimerait volontiers tordre le cou à celle qui lui vole le dernier oisillon du nid. J’ose à peine imaginer sa fureur si elle avait connaissance du fait que les deux galapiats ont expérimenté la sensation billard. Mon mari est un polisson je l’admets, et je crois que mon beau-frère n’a rien à lui envier…
    Hylam et Hailie sont en pleine lune de miel. L’épisode belle rousse est terminé et heureusement pour Hylam, Madam’ ignore toujours les fredaines passées de son aîné. Celui-ci a eu beaucoup de chance aussi. Amy a rompu à cause de la grande réserve de ce benêt et elle a le mérite d’avoir tenu sa langue sur leur relation. Cela lui aura servi de leçon je pense. Toujours est-il qu’à présent celui-ci tripote et bisouille sa petite femme à longueur de temps. En parlant de ceci, je trouve Ma Canaille très calme, trop calme. En même temps, les gamins – le temps est exécrable- jouent à cache-cache et vont se dissimuler dans les chambres et dépendances alors ceci explique cela.
    La présence du frère aîné de Bébé et de sa petite famille créer beaucoup d’animation dans la maison pour les fêtes. Nurse Annet ne sait plus à quels Saints se vouer. Camilla est pire que le lait sur le feu dans l’attente du père Noël. L’avant-veille de Noël Terrence a invité ses camarades, Carlisle, Liam et Branson alors ce sont quatre joyeux ‘‘Musketeers’’ qui s’en donnent à cœur joie dans les couloirs et les salons de la grande maison. Il était évident pour Hailie qu’elle se devait d’offrir du rêve à ses petits protégés. Aussi, Vanity, Francis, Meredith, Anielle et Félix sont venus compléter la volière. Les rires et les cris des gamins font concurrence aux chants de Noël qui résonnent dans chaque pièce. Bébé et moi sommes un peu déçus par l’absence de la petite pomme. Je veux parler de Rudyard. Hailie nous a appris que le minot, ainsi que tous les trois-cinq ans de l’institution, était conviés à une kermesse où le père Noël apparaîtrait en fin de spectacle. Puis le lendemain les bambins iraient passer une journée au zoo. Une ferme pédagogique y est aménagée pour les enfants qui peuvent caresser et jouer avec les animaux. Il y aura aussi des spectacles mettant en scène des pingouins et des rapaces. Il était donc difficile pour Hailie de priver le petit de cette sortie. Toute la famille a participé pour offrir des cadeaux et des friandises à chacun des enfants. Nous donnerons le sien à Rudyard lors de sa prochaine visite. Hailie nous a grondé car Ash et moi nous nous sommes un peu lâchés pour le petit. Il n’a que trois ans, le père Noël peut se permettre d’être généreux tout de même.
    Réveillon de Noël improvisé par les cousines infernales sur Londres et roule la jeunesse!
    Les garçons avaient envie d’un repas indien. Aussitôt dit aussitôt fait. Balade digestive, Londres by night sur la Tamise et pub accueillant. Champagne pour tous! Euh non… moi c’était un thé vanille. Nous avons passé une excellente soirée. En compagnie d’amis proches, Mumy et Papily ont festoyé chez Lord Francis. Indépendamment du repas gourmet qui a été servi, spécialiste en scatologie, l’oncle pitre de ma belle-mère a dû régaler ses invités de ses blagues scabreuses. J’ai souvenir qu’à sa dernière visite il était parvenu à choquer l’un des hôtes marque de Mumy.
    Huit heures trente sonnantes, regroupement pour le petit-déjeuner et l’ouverture des cadeaux.
    Je remarque que les carottes, les mice pies et le verre de sherry ont disparu. Chaque année la veille de Noël, avant d’aller se coucher, les minots déposent des friandises pour le vieux bonhomme à la barbe blanche. Sans doute celui-ci aura-t-il mangé les petits biscuits et bu l’alcool pour se réconforter afin de poursuivre sa longue tournée, et il aura donné les légumes à ses fringants coursiers. Nurse Annet veille vraiment à tout. Qui à part elle aurait pu subtiliser les pièces à conviction?
    La cheminée et le sapin sont allumés et brillent de mille feux. De service, Philippine et Steven ont du mal à garder leur sérieux devant l’étendue des dégâts. Avachis devant un thé fumant, Sodishan et Anaïs finissent leur nuit. Hailie, les yeux clos, se masse les tempes dans l’espoir de faire disparaître sa migraine. Ash et Hylam se sont préparés la super mixture anti gueule de bois, mais là l’efficacité n’est pas probante. Quant à Mumy et Papily, inutile d’en parler, ils remportent haut la main le prix du meilleur fêtard, ils sont rentrés à cinq heures du matin.
    Je dois bien être la seule avec nurse Annet à ne pas sursauter à chaque fois que crie un enfant qui ouvre un cadeau et découvre le présent demandé au père Noël. Il me semble que les plus grands sont un peu jaloux de l’innocence des plus petits. La magie de Noël est toujours bien présente, mais la croyance en le vieux bonhomme fait une différence et ils comprennent que grandir est parfois douloureux. Quoi qu’il en soit, tous ont l’air satisfait. Nurse Annet nous évite de justesse l’incident diplomatique. Camilla, encore elle évidemment, est la seule à vouloir déballer le présent de Rudyard qui est, je dois le dire, très volumineux. Bébé lui a trouvé une voiture rouge à pédales. Le mécanisme intérieur est un tricycle qui peut se désincarcérer pour quand le minot sera plus grand. En parlant de grands, nous aussi nous avons été bien gâtés. Ma Canaille est un amour…
    J’approuve le regard amusé de Steven. Le matin de Noël est le seul où la famille n’a pas à se présenter vêtu impeccablement au rez-de-chaussée. Jeans, legging, pantalons écossais, pantacourts bouffants, tout est permis! Pourquoi cette tolérance? Les pulls de Noël vais-je répondre. Ces chandails en tricot où les rennes, les pingouins, les bonhommes pain d’épice ou Santa Klaus dansent sous une pluie de flocons sur fond vert ou rouge. Sur celui de Phillip, le nez rouge du petit renne clignote. C’est immonde. Je ne parviens pas à décider si c’est moche ou kitsch? Je ne critique pas car Bébé et moi n’avons rien à envier aux autres. J’ai passé un skinny avec un sweat rouge sur lequel sont brodés des sapins étoilés sous une pluie de flocons. Certes j’ai accepté de jouer le jeu, mais les photos de moi que fait Anaïs -qui n’échappe pas à l’hécatombe avec son pull rose à petits rennes bleu ciel- pour les montrer aux tantines me donnent envie de …et puis zut, je ne suis pas la plus à plaindre. Ash, le cher homme a hérité d’une ignoble chose à rayures bleues, rouges et noires sur lesquelles pompons, cadeaux, donuts oursons et sucettes dansent fièrement sur la maille. Avec son pantalon tartan Bébé est véritablement …craquant! Je tiens à préciser que c’est ma belle-mère qui, comme chaque année, ramène ces superbes atours de la ville pour chacun de nous. Elle ne s’est pas oubliée, mais sa tenue est quand même assez sobre à comparer des nôtres. Ce Noël est fort plaisant. C’est le premier auquel j’assiste sans qu’il n’y ait d’hôtes de marque et règles de savoir vivre à réviser afin de ne pas commettre d’impair. J’admets sans honte que les extraordinaires ‘’parties’’ habituellement organisées par Mumy en cette période de l’année ne me manquent pas. Le reste de la matinée se déroule dans une belle ambiance familiale. Les enfants sont enfin calmes et les adultes sommeillent sur les sofas confortables de la pièce à vivre. Seul le va-et-vient des serviteurs qui préparent la salle à manger trouble cette quiétude, et encore.
    C’est magique! Papily a sorti son antique Dickens au pages écornées de la bibliothèque et aussitôt petits et grands réclament Le Drôle de Noël de Scrooge. Ash et ses frères sont aussi enthousiastes que les minots! Ensommeillés mais attentifs, tous nous écoutons religieusement ce conte de Noël. La voix de Phillip est …non le texte est envoûtant.
    «La neige tombe à gros flocons sur Londres… les gens se bousculent pour terminer leurs achats… dans les rues animées et illuminées. L'on se réjouit ici et là de fêter Noël… sauf Ebenezer Scrooge qui, enfermé dans son bureau, râle et maudit ces fêtes… en compagnie de son assistant il termine ses comptes… le pauvre a les doigts complètement gelés, le bois n'alimentant plus le poêle»
    Il est vrai que je ne saisis pas encore totalement toutes les finesses du texte, mais j’en perçois suffisamment le contenu pour que la magie opère. Tout comme moi ma cousine se laisse bercer par la voix du conteur -et par la main Christophe Collomb aux portes de l’Amérique que discrètement Sodishan a glissé sur son ventre- et nous savourons cet instant de promiscuité familiale. Je ne parviens pas à trouver les bons mots pour décrire combien il m’est plaisant de me blottir contre mon mari. Sa force, son parfum, sa chaleur, sa tendresse, son cœur qui m’est acquis, la flamme coquine dans ses yeux, la …stop, je passerais des pages à l’énumération si l’on m’y invitait. Mon regard se pose un bref instant sur Mumy, celle-ci est rayonnante. Je n’ai plus de doute, le pilier de la famille, c’est bien elle.
    Les jacassements et les rires des enfants à la grande table familiale est une première pour moi. Rafraîchissant dirais-je.
    En cuisine, le personnel, sous la direction de mademoiselle Françoise s’est surpassé une fois encore.
    Verrine de Foie gras à la gelée de raisins blancs et verrines au velouté de panais et noix de Saint-Jacques pour la mise en bouche. Nids de sucrines rouges aux magrets de canard, quartiers de mangues et amandes effilées grillées arrosés d’une sauce au stilton cheese blue en entrée. Je n’ai déjà plus faim lorsque l’énorme dinde farcie aux foie gras apparaît. Celle-ci est accompagnée d’une purée de pommes de terre à la vanille, d’un risotto aux cranberries -parfois Mademoiselle Françoise est vraiment surprenante- et d’une farandole de carottes persillées de toutes les couleurs. Importées directement de Bretagne nous a-t-on précisé. Le tout magnifiquement présenté.
    Salade fraîche d’oranges aux noix caramélisées pour le dessert et comme la tradition l’exige nous clôturons le repas par un Plum pudding très consistant. Mieux ne vaut ne pas connaître la recette si l’on veut déguster ce gâteau dont les fruits confits ont macéré dans l’alcool durant des mois.
    Servi flambé et baignant dans un océan de crème anglaise comme il se doit. Il était devenu nécessaire de s’aérer. Malgré le froid persistant nous avons fait une longue promenade dans le parc. Nous n’étions pas seuls à avoir abusé d’un gras festin. Les palabres avec les voisins sont allées bon train, et il était déjà dix-sept heures trente lorsque nous avons rejoint le personnel au complet dans le grand salon. Phillip avait préparé quatre phrases d’un discours de remerciements, mais je pense que seul son attachement pour cette seconde famille a parlé. J’ai lu sur le visage de ces personnes un profond dévouement pour nous. Quant à Mumy et Phillip ils éprouvent une sincère reconnaissance envers leurs gens de maison. J’ai trouvé cela très surprenant la première fois où j’ai assisté à une réunion de ce genre. Chacun respecte l’autre et c’est ce qui me permet d’accepter de me faire dorloter comme une princesse. Avec les boissons chaudes Mademoiselle Françoise nous fait servir une superbe bûche exécutée de mains de maître par le pâtissier Londonien qui avait confectionné le gâteau d’anniversaire de Bébé. La bûche est tout aussi succulente. Tandis que certains se risquent au vin de Champagne, Mumy et moi avons un regard complice qui me fait chaud au cœur. Je me sens soutenu dans le difficile combat que je mène. J’admets volontiers bénéficier d’un environnement privilégié pour ma lutte contre le chat du Cheshire. C’est parfois rude lorsque mon cerveau s’obstine à me rappeler combien ma chère vodka me rendait la vie douce. C’était un leurre, c’est terminé, je ne ferais plus l’erreur de céder à son appel ni à celui d’un autre alcool. Je m’accroche, mais c’est parfois bien difficile.
    Le Pôle Express en version originale a tenu les bambins tranquilles jusqu’au soir. Tandis que Bébé, ses frères et Phillip faisaient un scrabble, je suis allée papoter avec Anaïs à l’étage. Elle est enchantée par son séjour. Réalistes, Sodishan et elle ne se font aucunes promesses, ils profitent simplement de ce que leur offre leur relation. Ma cousine trouve Madam’ charmante…
    Bouillon de légumes, fruits frais et tisanes détoxifiantes obligatoires pour toute la famille ce soir!
    Demain sera le Boxing Day. En des temps lointains la tradition voulait que, le lendemain de Noël, les gens aisés distribuent des boîtes contenant de la nourriture ou des objets de première nécessité aux plus pauvres. À présent cette pratique est bien galvaudée et fort commerciale. Mes beaux-parents eux, ont joliment détourné la coutume en offrant, en plus d’un jour de congé bien mérité, une ‘‘treasure box’’ à chacun des employés. Cette attention est très appréciée, car Mumy sait parfaitement ce qui fera plaisir à chacun.

    Malgré des journées bien remplies, je me languis un peu de ma ‘‘Petite Paix’’…


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  • …Je suis vraiment déçue. Cette année j’ai été privée et d’illuminations et de show-rooms ! 

    Nous avions donné rendez-vous à nos ami(e)s et tout est tombé à l’eau! Prudent Bébé a refusé que nous nous allions dans ces lieux pour le moins agités à cause des évènements en France. J’imagine que cela ne doit pas arranger les affaires des commerçants non plus. William a envoyé des vidéos de Lyon à Bébé et cela m’a vraiment flanqué le bourdon. Quant à notre voyage à Paris, ce sera après les fêtes! Les boutiques show-rooms elles-mêmes ont annulé leurs défilés. Je suis embêtée d’avoir raté ces évènements car il n’y a que dans ce genre d’endroit que je trouve de quoi m’habiller correctement pour les soirées de Mumy. Tant pis, je me suis faites une raison, et finalement j’ai été à Londres pour mes achats. Le temps que nous habitions chez mes beaux-parents, Bébé et moi, nous nous devons d’être présents à certaines de ces réceptions. Cela m’est tout de même pesant… 
    Samedi après-midi nous avons pris la direction de notre ‘‘Mushroom’’. Le chantier avance bien. Nous avons fait réduire le foyer de la cheminée afin d’y créer un insert double face. Grâce à un ingénieux système, l’air chaud sera dispersé dans chacune des pièces à l’étage. Nous avons fait changer aussi le revêtement du conduit. À présent, les arabesques en béton fibré coloré de la gaine se marient parfaitement avec les formes géométriques du nouveau claustra-moucharabieh de l’entrée. Le jeu des lumières d’ambiance et des ombres portées sera harmonieux et reposant. Cela commence à prendre de l’allure. Finalement, la surface au sol du garage nous a permis de repenser deux pièces. La cuisine, qui aura son îlot central et la salle de bains, qui sera plus vaste et fonctionnelle au cas où je devrais me mouvoir mécaniquement. Donc, oubliée celle du haut. Du coup, nous avons pu aménager des toilettes avec lavabo au rez-de-chaussée et à l’étage. 
    La volée de marches qui conduit à l’étage a été dégagée, et apparaît côté cuisine. Nous y avons fait enchâsser une nouvelle fenêtre au-dessus de l’escalier. Celle-ci et la baie vitrée au bow-window illumineront la cuisine et la pièce à vivre lorsque reviendront les beaux jours. Cela dit, en Angleterre, il ne faut pas s’attendre à un quatorze juillet permanent, même en été. 
    Les cloisons du couloir du haut ont été déplacées afin que celui-ci soit plus large. Nous avons conservé la disposition de l’étage et l’avons fait rénover. Et un immense dressing, un, pour nôtre chambre. Officiellement, les deux petites chambres seront réservées aux amis. J’aimerais tellement les aménager pour une autre utilité. Mon idée de bureau pour Ma Canaille à la place de la penderie suit son chemin. Il y a encore beaucoup de travail avant que nous ne puissions aménager, mais Bébé et moi sommes patients. Très heureux de partager ce projet commun aussi. Je suis très fatiguée en rentrant et gelée. Bébé m’a préparé lui-même un bon chocolat chaud qu’il m’a apporté dans la pièce à vivre familiale. Je ne peux pas non plus toujours m’isoler. D’autant que nous sommes en plein préparatifs de fêtes de fin d’année. Cette année Mumy a privilégié la famille pour Noël et depuis le début de la semaine, des chants de Noël résonnent dans toute la maison. The Christmas song et White Christmas commencent à me sortir par les oreilles, et ce n’est que le début, bientôt viendra la ‘‘Kelly family’’, et là ce sera mièvre, sirupeux, autant dire insupportable! Comme tous les ans le sapin est digne d’apparaître dans le livre des records. Bref tout est normal. Sauf que …belle-maman est dans tous ses états. Il y a eu un souci à Gatwick, ce qui fait que beaucoup de vols ont été annulés ou déportés depuis hier soir. Nous attendions Anaïs et Sodishan qui sont restés bloqués dans les airs avant que leur avion ne soit redirigé vers un autre aéroport. Du coup, les deux amoureux font du tourisme et n’arrivent que demain. 
    Le souci? Deux drones ont été aperçus en train de survoler l'aéroport mercredi soir. Le trafic aérien a immédiatement été interrompu pour des raisons de sécurité et sur quelques vols les passagers sont restés bloqués à bord durant des heures au sol avant que les autorités ne prennent la décision de les diriger vers d’autres aéroports! J’imagine sans peine la pagaille. Pour une fois Bébé n’est pas entre deux terminaux et il sera présent lorsque son frère arrivera. Anaïs stresse de rencontrer Mumy sur son terrain, je vais donc devoir veiller à ce que ce ne soit pas trop houleux. Ma cousine et les convenances… 
    J’ai préparé sa chambre de façon à ce qu’elle s’y sente bien. Un petit bout de Provence ensoleillée dans ce monde de brouillard et de bruine. Il est vrai qu’elle pourra se rendre, trois portes plus avant sur la gauche, dans celle de son chéri, lorsque Mumy aura le dos tourné. Je lui ai placé deux robes habillées dans la penderie au cas où Sod n’ait pas pensé à lui préciser le dress-code. 

    Mumy m’accorde sa confiance, j’ai choisi les personnes qui m’accompagneront dans mon quotidien… 


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    …L’on m’a longtemps reproché de ne pas avoir réagi aux violences que mon ex-mari m’infligeait. Selon ces gens-là je lui étais soumise, limite si, ils n’apparentaient pas les coups que je recevais à du sadomasochisme consenti. Pour échapper à ses raclées, pour limiter ses crises, pour attendrir l’impact de ses poings, j’ai dû m’adapter, m’imaginant qu’il m’en serait reconnaissant plus tard. J’ai une liste impressionnante de stratégies qui me permettaient de détourner son attention. Pour moi ce n’était pas de l’emprise, mais de l’amour. Oui il m’aimait et je voulais préserver les rares moments où il était tendre avec moi. Ce n’est que lorsque ses punitions se sont faites de plus en plus cruelles que j’ai pris peur. Là, il était trop tard, j’étais paralysée, incapable de m’éloigner de celui qui, j’en étais consciente, me tuerai un jour. Pas à un moment je n’ai reçu un seul mot d’excuse de sa part pour les sévices qu’il m’a infligé.
    Récemment, avant mon départ pour les Aspidies, Samuel a rencontré mon ex-mari qui faisait tôt, une livraison dans le village et il lui a offert un petit déjeuner au relais. Je n’ai jamais obligé Sam à faire un choix entre nous deux, cela ne me serait d’ailleurs jamais venu à l’esprit, mais chaque fois qu’il me confie avoir croisé Christian, j’ai comme une boule à l’estomac. Je ne sais pas comment ils en sont arrivés à la conversation surréaliste qu’ils ont eu à propos du calvaire que mon ex-mari m’a fait endurer, mais Sam s’en est trouvé fort mal à l’aise. Il m’a rapporté ce qu’il en avait été, et j’ai trouvé cela tellement hallucinant que j’ai ressenti le besoin de l’écrire.
    - Tu sais Samy la première torgnole c’est la plus difficile à donner! Mais elle se croyait tout permis!
    - Ensuite? J’ai été surpris de voir comme s’est vite parti! Un jeu de gosses!
    - Boh, m’excuser? Quelquefois oui ça m’est arrivé, pour la consoler!
    - Cette petite conne devait aimer cela puisqu’elle est restée non?
    - Si je lui faisais autant peur, elle n’avait qu’à foutre le camp fissa!
    - Elle en redemandait, c’était conneries sur conneries!
    Bien des années après notre histoire je confirme, j’étais bien tombée amoureuse d’un véritable psychopathe. Je n'avais aucune chance de le voir changer. Avant notre union, le cher homme était tendre, délicat et je dirais charmant aussi. Ensuite il est devenu peu à peu méchant puis abominable. Il s'est mis à utiliser de jolis noms d'oiseaux pour me qualifier lorsqu’il me harcelait, me rabaissait. Salope, pétasse et p’tite pute étaient ses préférés pour m'humilier devant ses copains. Il lui arrivait cependant de me considérer comme sa merveille. Dans ces moments-là j’avais un brin de répit, je retombais amoureuse.
    - P*** ça remonte à onze ans, on a quand même eu du bon temps!
    - Elle était mignonne et délurée, mais il fallait la remettre à sa place et c’est ce que j’ai fait!
    - J’ai jamais été violent, c’est elle qui m’a fait devenir comme ça! Je l’aimais moi, mais elle faisait tout pour me contrarier, elle aguichait les autres mecs, alors la première claque l’a calmé!
    - Ouais j’admets, d’autres gifles m’ont échappé parfois!
    - Elle chouinait un peu oui, mais elle me foutait la paix après!
    - Elle faisait des conneries, et quand je la questionnais elle bafouillait et chouinait encore, ça gonfle à la longue! Une torgnole n’a jamais tué personne!
    - Pour se faire respecter, mon père a souvent giflé ma mère et jamais elle n’a fait de tintouin!
    - Elle me poussait à bout alors ça partait tout seul! Elle oubliait la moitié des courses et toujours ce dont j’avais besoin moi!
    Depuis neuf mois Christian est en couple avec une petite brunette qui le mène à la baguette paraît-il, et, ô miracle, il ne s’adonne plus au catch. J’ai pourtant souvenir que peu de temps après sa sortie de prison, il a récidivé et la jeune femme qu’il a brutalisée a porté immédiatement plainte. Je n’ai jamais compris pourquoi il n’a pas effectué la totalité de son sursis – à peine quelques mois sur les cinq ans restants- qui aurait dû s’annuler automatiquement m’avait-on dit. Je crois me rappeler que la garde des sceaux de l’époque avait flanqué une belle pagaille dans l’institution.
    - Ouais j’y allais un peu fort, mais qui n’aurait pas perdu patience avec une dinde comme elle?
    - Une gifle ça porte pas à conséquence, c’est pas si grave! Elle avait peur de moi et alors je n’y pouvais rien si elle se faisait des films!
    - Ouais et ben quand ça tombait elle redevenait mignonne. Elle venait danser avec moi, elle souriait, une chatte qui ronronne, une femme normale quoi!
    - J’ai un peu déconné après et c’était plus par jeu mais cette idiote se laissait faire alors pourquoi ne pas voire jusqu’où elle allait supporter?
    - Ben oui j’ai cru qu’à un moment ou un autre elle allait se tirer!
    - Bien sûr que je l’ai récupéré, cette pouffiasse racontait n’importe quoi à mon sujet!
    - Oui j’ai viré ses copines elles lui montaient le bourrichon contre moi!
    - Son père m’avait bien chauffé et elle a eu le culot de dire qu’elle n’était pas au courant! Ça m’a énervé, tu peux le comprendre Samy?
    - Je me cherchais à l’époque, tout le monde fait des conneries!
    - Tu ne la connaissais pas avant qu’elle me mette à bout, c’était une chieuse, pourtant une nana assez sympa au début!
    - Et puis quoi encore? Elle ne veut pas que je m’excuse aussi? J’ai été condamné à quinze ans de prison à cause de cette petite couillonne!
    - Rigoles pas, une belle nana comme ça a besoin d’être surveillée sinon quelqu’un d’autre te la récupère!
    - Elle est devenue parano, elle sursautait chaque fois que je l’approchais et n’osait pas me regarder!
    - On avait toujours de bons moments, mais elle devenait ingérable!
    - J’aurais dû me tirer dès qu’elle a commencé à faire sa mijaurée!
    - Ouais j’ai tout avoué pour avoir la paix avec ses psychiatres de merde!
    - Qu’est ce que tu veux que je regrette? D’accord j’ai eu la main un peu lourde, je suis pas le seul!
    - Les copains ont fait les cons, ça lui a donné à réfléchir!
    - Je l’ai croisé plusieurs fois et je ne l’ai pas importuné!
    - Ouais ça m’arrive de penser que j’aurais pu la tuer, mais c’était pas mon intention, je ne me suis pas rendu compte que j’allais si loin!
    - C’était une petite nana bien gentille, j’aurais pas dû l’épouser! Elle aurait foutu le camp et pas besoin de tout ce cirque!
    - Ouais j’ai compris, je ne taloche plus personne, ça vaut pas le coup d’aller en tôle pour ça!
    - Marine veux que j’aille au groupe de paroles toutes les semaines, j’y vais!
    - D’accord j’ai merdé, mais les autres types ce sont de vrais salauds par rapport à moi!
    - Non je lui fou la paix, je ne m’abaisserais pas à ça!
    - Elle aussi, est passée à autre chose, elle a refait sa vie non?
    Elle, moi en l’occurrence, a encore beaucoup de mal à concevoir que l’homme qui passait son temps à me harceler, m’humilier et me frapper puisse changer de comportement d’un coup de baguette magique. Il n’a pas l’ombre d’un remord en ce qui me concerne. Quelque part je suis triste de n’avoir pas réussi ce qu’apparemment Marine est parvenue à obtenir de lui, un comportement respectueux. Certains sentiments sont difficiles à tuer et ma thérapie m’en a fait prendre conscience. Cela dit, je me sens délivrée et j’ose croire qu’il ne me fait plus peur.
    Pour conclure, je partage cette phrase magnifique lu dans un forum. C’est un homme maltraitant qui s’exprime:
    «Je suis ce qu’on nomme un homme sanguin et on veut me culpabiliser parce que je manifeste mon humeur par des gifles. Parlons de la violence des femmes, bien plus retorse. De leur refus catégorique de communiquer autrement qu’en piaillant dès qu’on lève la main ou de satisfaire nos besoins sexuels les plus légitimes»
    Tout est dit…


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  • …Mais bondieu pourquoi ils n’ont pas envoyé l’armée tout de suite? 

    Euh …calme toi papa. Je sais, cet édifice est un symbole fort de la république. La provocation des casseurs est tangible et vu leur nombre, les forces de l’ordre ne peuvent qu’être dépassées. Les malfrats savaient que cela ferait mal en s’attaquant à l’Arc de Triomphe. Cela fait supposer qu’ils auraient été guidés dans le choix du lieu de leurs exactions. Le monument de la nation a été tagué et pillé sous les objectifs des caméras, un acte fort qui révulse la population. Je conçois l’exaspération et la colère de papa, mais apparemment le conflit est plus profond que de simples revendications. Je suis une privilégiée et il m’arrive d’être honteuse de pouvoir honorer facilement mes factures. Je constate que la fracture sociale se creuse d’année en année ce qui fait que la misère exacerbe la colère. Ces émeutes étaient à prévoir. Depuis ce matin, l’un des membres de l’exécutif est traité d’incompétent? Les dirigeants des partis adverses n’y vont pas de mains mortes, mais ils n’ont pas forcément torts…
    Je vis de l’autre côté de la manche depuis quelques semaines, aussi je ne me rends pas réellement compte de ce qui se passe à Paris, mais à Londres, les débordements parisiens font les choux gras des tabloïds, toutefois, je ne pense pas qu’ils aient réellement saisi l’importance de ces manifestations. Je comprends tout à fait l’irritation de monsieur J. -c’est affectueux à présent- en visionnant sur le net les vidéos des derniers événements L’image de la France en prend un sacré coup. Ce qui a le plus choqué ici? C’est que ce sont des lieux hautement touristiques et commerçants qui ont été saccagés. Je suis triste de constater que la société Française est en train de se scinder en deux groupes, les très riches et les très pauvres. La misère des uns et le comportement dédaigneux des autres font un mélange qui ne peut qu’être détonnant. Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de heurts? Les images d’une journée de guérilla urbaine dans l’une des plus grandes capitales européennes tournent en boucle ici aussi. Je trouve ceci lamentable. Des violences telles que des voitures renversées et calcinées, des boutiques dévalisées, des vitrines éclatées, une pharmacie ravagée, une brasserie saccagée, donnent à réfléchir. Le pire est qu’un policier isolé a failli être lyncher!!!
    À quelle époque vivons-nous?
    Phillip et Mumy ont passé la journée d’hier à s’inquiéter pour Hylam qui recevait l’un de ses clients dans un cinq étoiles de la rue de Courcelles. L’établissement a été visité, mais heureusement les forcenés n’ont pas causé trop de dégâts. Dès que l’établissement a été sécurisé, il paraît qu’une partie de la clientèle a plié bagages pour se rendre à Londres ou Berlin pour terminer ses achats de Noël. Les préparatifs des fêtes de fin d’année sont bel et bien impactés à présent. Le week-end prochain, Bébé et moi avons rendez-vous pour deux show-rooms du huit décembre. Nous ne sommes pas sûrs de désirer nous y rendre, pourtant les billets d’avion et l’hôtel sont déjà réglés. Comme beaucoup de gens, l’on ne se sent plus en sécurité dans ces rues commerçantes. Il paraîtrait que dans l’avenue Kléber des boutiques de luxe ont été pillées et détruites. Au cours de ce déchainement de violences, les policiers ont arrêté des personnes malintentionnées qui utilisaient des cisailles, des marteaux, une hache, des boulons, un fusil à pompe, des aérosols fumigènes, des frondes, des parpaings et des couteaux. Il y a de quoi stresser les touristes lambda qui se retrouvent entre les casseurs et les CRS. Nous avons deux ou trois jours pour voir venir, je me fais déjà un plaisir de retrouver notre bel hôtel.
    Dix-sept heures, il pleut. Je joue aux dames avec Phillip tandis que Bébé prépare un briefing musclé pour demain matin. Son stylo court sur le papier depuis une vingtaine de minutes et il grommelle je ne sais quoi entre ses dents. La mine du stylo transperce le papier à chaque point. Si je la retournais cela ferait du braille. Je ne sais pas ce qui s’est passé exactement, mais Ma Canaille est très en colère contre l’un des membres de son staff qui a égaré une pièce d’un dossier dont il avait besoin si j’ai bien compris. Il ne va pas faire bon l’approcher demain matin au bureau. Du coup il pond un règlement draconien au sujet des documents ‘‘restricted access’’ qui voyagent de service en service sans précaution aucune.
    Je dois reconnaître que ces derniers jours Bébé est très irascible. Il traite une affaire extrêmement sensible et sa zen attitude s’en ressent. Je sais qu’à présent il est le patron donc le responsable en cas de pépin, mais ce n’est pas une raison pour céder à la pression.
    Monsieur rouspète pour des vêtements que je laisse traîner sur la banquette en bout de lit. Il bouscule le personnel pour des broutilles, et il ronchonne pour un oui ou pour un non à tout bout de champ. J’ai dû le calmer tant il braillait sur Philippine qui avait déplacé sa mallette en faisant notre chambre. Cela commence à gronder au rez-de-chaussée, d’ici à ce que les employés de Madam’ mettent un gilet jaune avec un smiley, il n’y a qu’un pas. Besoin de vacances mon chéri?
    ‘‘Ceux qui ont souillé l’arc de triomphe insultent la république’’, papa est encore très en colère ce soir. Il envisage le pire et il va finir par me rendre parano avec ses spéculations.

    Ash vient d’apprendre qu’un fusil d’assaut de la police a été dérobé par les casseurs…


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       …Hello, my name’s Mylhenn. I'm an alcoholic!

    C’est très douloureux mais je devais en passer pas là. C’est perturbant dans la mesure où je m’exprime en Anglais avec une voix tantôt criarde, tantôt sourde. Nous n’étions qu’une dizaine d’intervenants, mais je me suis sentie …médiocre. En être revenue au point de départ après avoir négligé de faire des efforts encore et toujours, me rend humble. Je ne gagnerais jamais la bataille. Cependant je résiste à nouveau de toutes mes forces. Autant dire que je suis aux portes de l’enfer. J’ai été devrais-je dire, dans un état lamentable pendant près d’une semaine. Et si je n’avais pas pris conscience que j’allais droit dans le mur, cela aurait pu être bien pire. Bébé a pris un congé exceptionnel de quelques jours afin de me soutenir et le pire c’est qu’il s’en veut car il n’a pas vu que je rechutais. Je suis immonde de lui imposer ça! Il est un aspect de la personnalité de Mummy que je ne connaissais pas. La miséricorde. Il a dû lui falloir une grande générosité d’esprit pour admettre que sa belle-fille est alcoolique. J’ai été mortifié par mon aveu, mais il était nécessaire. Elle n’a même pas eu l’air surprise, et pour cause!
    Madam’ gère une bonne demi-douzaine d’associations locales et parmi celles-ci il y a un groupe d’AA. Elle m’a proposé de m’accompagner à leur prochaine réunion et j’ai accepté.
    J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps.
    Pas sur ma misérable existence cette fois, mais pour ce que m’a accordé Mumy en me conduisant elle-même à la séance. Lorsqu’elle s’est dirigée vers le pupitre, j’ai cru à son intervention en tant que présidente qui souhaitait la bienvenue à l’assemblée. Droite dans ses bottines, avec une certaine fierté dans le regard, elle a commencé son discours par ces mots.
    - Hello, my name’s Dorothy. I’m an alcoholic ! I've been clean past twenty years and three weeks! Ses yeux ont soutenu mon regard ébahi pendant des secondes qui m’ont paru une éternité. C’est à ce moment que mes larmes ont brouillé ma vue. La première question qui m’est venue à l’esprit était tellement ridicule que cela m’a fait sourire. Qu’y a-t-il dans cette bouteille de blanc grand cru qu’elle se fait servir en toutes occasions? Je reconnais qu’il y a plusieurs boissons sans alcool proposées aux hôtes au cours des soirées et réceptions que Mummy organise, mais jamais il ne m’est venue à l’idée que c’était parce que Madam’ vit la même galère que moi. Dans alcooliques anonymes, il y a anonyme. C’est donc une immense confiance qu’elle m’accorde en m’accueillant au sein de l’association, de son association. J’ai été la dernière à prendre la parole. Juste quelques phrases timides, mais je sais qu’à présent je pourrais compter sur un appui en plus de la famille. Durant le trajet de retour Mumy m’a succinctement confié son parcours et je dois dire qu’elle a bien jonglé avant de retrouver la sérénité devant un petit verre de sherry. Avec beaucoup de volonté et un peu d’imagination je devrais moi aussi y parvenir. Ash est rassuré et nous nous sommes isolés à l’appartement de Londres afin que je puisse me remettre de tout cela. Vers la fin de la semaine dernière Ma Canaille a dû se rendre chez son concessionnaire Mercédès à Paris à cause du retard de livraison de son nouveau bolide. Moi cela ne me perturbe pas outre mesure, mais monsieur commence à trépigner et il devient un peu ronchon. Je ne l’ai pas accompagné, je suis restée à l’appartement et je me sens comme un poisson dans l’eau dans le quartier. Je passerais sous silence le fait que je me sois perdue le premier jour. Une gentille dame m’a amené au bon arrêt de bus dont le terminus est en fait à trois arrêts de notre rue. Je suis déjà allée me promener plusieurs fois en bord de Tamise et j’ai repéré quelques boutiques intéressantes dans la rue principale. J’ai découvert un salon de thé charmant et ils ont au moins une trentaine de types de thé à disposition. L’accompagnement du tea o’clock est délicieux. J’adore leurs scones fourrés à la framboise. Cela dit, je pourrais en avaler une dizaine que cela ne me ferait pas prendre un gramme. Mes analyses sont catastrophiques. Ma malnutrition devient pathologique a dit le médecin. Je serais en déficience de certains nutriments ce qui entraine une carence. Je dois rechercher d’où me vient ce besoin de me priver de nourriture. Au fond de moi je le sais, mais le temps où me laisser mourir de faim me protégeait des coups est loin à présent. Mon cerveau est ridicule, et moi donc? C’est préoccupant. Je crois que je deviens la représentation sur jambes de l’imbécilité.
    Après mai soixante-huit, il y a eu novembre deux mille dix-huit! Samedi, Bébé a vécu l’horreur en région Parisienne. Il parait que le long des champs Elysées c’était impraticable. Le restaurant qu’il nous arrive de fréquenter a été saccagé et la police utilisait des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Impensable! Mais que se passe-t-il? Sam aussi m’a raconté que tout près de chez eux il y avait des ‘‘gilets jaunes’’ -c’est ainsi que se feraient appeler les gens qui ont des revendications- qui manifestaient. Ce n’était pas brillant non plus. Des véhicules ont été abimés -pneus crevés et carrosseries rayées- et le chahut au rond-point se serait transformé en pugilat entre plusieurs automobilistes. L’un d’eux aurait sorti une machette de son coffre parait-il? C’était à prévoir j’imagine. Il y a tellement de gens qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Manifester, ils en ont le droit, mais à Paris ce serait des casseurs de l’extrême droite a dit le ministre de l’intérieur -j’espère seulement que ce monsieur est bien informé pour accuser- en conférence de presse. Si cela est avéré, c’est lamentable. Ce que j’en dit…
    Ce soir nous remontons chez mes beaux-parents, il est temps que je me mette au travail pour faire de notre ‘‘mushroom’’ un petit nid douillet. Phillip m’a dit que les travaux ont bien avancé, cela me comble de joie. Dans l’immense pagaille de ma vie ces derniers jours, il est une chose qui m’a redonné ma joie de vivre et un fou rire incontrôlable. Ash à fait un parcours de golf avec Henry et …il a aimé cela! Je crois que je l’ai un peu vexé en lui disant que c’était un sport réservé aux retraités. Il est hors de question que je l’accompagne dans la petite golfette sur le green. J’ai encore un peu de fierté moi!

    Je remercie infiniment Madam’ pour la bonté dont elle a fait preuve à mon égard…


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    …Je dois bien l’admettre, ces derniers jours ce n’est pas ça!
    L’humidité ambiante des Aspidies ne me vaut pas grand-chose. Mes douleurs sont soutenables, mais elles me freinent dans mon quotidien et cela me devient pénible. My mother in law -trop protectrice- commence à me faire flipper. J’ai appris par hasard qu’elle recevait des personnes afin qu’un personnel de maison professionnel soit à mon service lorsqu’Ash et moi serons installés dans notre ‘‘Mushroom’’. Une Flo locale en quelque sorte. Je n’ai rien demandé que je sache! Il est vrai qu’à un moment où un autre, de l’aide me sera nécessaire. Alors j’admets que cela vient d’un bon sentiment, mais cela me contrarie. Si quelqu’un doit accueillir les candidats pour juger de leur professionnalisme, ce doit être moi puisqu’ils vont être à mon service. Et ce que j’exigerai d’eux sera bien spécifique au point que je doive les questionner sur certaines de leurs compétences moi-même. Je n’ai pas envie de me heurter à la mère de Bébé tant que nous sommes hébergés chez eux, mais je vais lui faire comprendre que moi seule formulerais mes exigences et mon choix. Tant pis si cela blesse Mumy. Je suis bien consciente qu’elle fait l’effort de se rapprocher de moi, mais je ne lui demande pas non plus de m’inclure dans la fratrie des ‘‘dieux’’ qui dirigent son existence. Cela m’est insupportable d’assister jour après jour à sa façon de se mettre en quatre pour Phillip et ses enfants. Il y a une limite tout de même! Ash inclus, ils trouvent tous normal que ce soit elle qui régisse une partie de leur vie privée. Je sens qu’Anaïs va adorer! Ceci dit ma cousine est plus finaude que moi. Celle-ci a suggéré à Sod de demander à sa mère de choisir quelle soirée elle préférait qu’il partage en famille, Noël ou le jour de l’an car il envisageait un réveillon avec sa petite amie Anaïs? Et ça a été plié en deux temps trois mouvements. Belle maman ne concevant pas les fêtes de fin d’année sans la présence de ses fils a invité ma cousine illico. J’ai longtemps été celle qui semait la zizanie dans ses plans de table car Ash a toujours largement préféré passer les fêtes de fin d’année en ma compagnie. D’ailleurs, c’est la première chose que Mum’ a fait remarquer à papa lors de sa visite pour la soirée d’anniversaire de Bébé.
    - This year we'll finally have the whole family home for Christmas! Si ce n’est pas explicite ça. La deuxième étant que je ne l’avais jamais appelé mommy -maman- comme le fait Hailie! J’ai eu une mère et je n’en veux pas d’autre. Je respecte celle de Bébé, mais la familiarité n’ayant jamais été mon fort, j’estime que l’on peut aimer quelqu’un en conservant une certaine réserve. Je vouvoie certain(e)s de mes ami(e)s intimes et il-elle-s le comprennent très bien. D’aucuns diront que c’est mon esprit bourgeois qui a le dessus, peut-être est-ce vrai, mais je pense surtout que maman m’a inculqué sans le savoir certaines valeurs de nos ancêtres. Les dernières générations sont nettement plus triviales et c’est tant mieux! J’en resterais donc à Madam’ avec un sourire irréprochable. Quant à la nommer par son prénom je trouverais cela vulgaire de ma part!
    Papa? Comme je le prévoyais, certains jours il disparaît et ma tante Madeleine -sa sœur- le retrouve auprès de la tombe de Jocelyne. Il ne se rappelle généralement pas depuis combien de temps il se tient là, à lui parler comme si elle pouvait l’entendre. Je ne juge pas, je ne le peux pas, j’ai fait ceci avec mes pauvres chéries tellement de fois. Le bon côté des choses, c’est qu’il semble se rappeler à présent qu’il a eu une famille avant ‘’la Joce’’, paraît-il qu’il a fleuri la tombe de maman et Miriette pour la toussaint. Je n’ai toujours pas la force de lui parler de cette vie d’avant, lorsque son ‘‘travail’’ l’autorisait à nous laisser des mois sans visites, des semaines sans nouvelles. Il nous ignorait alors qu’il se trouvait à quelques kilomètres de nous, chez sa …il suffit. Je veux oublier tout cela! J’ai décidé que le passé doit rester au passé lors du décès de la marâtre. J’ai encore du mal à m’y tenir…
    Quelque chose me tracasse et je deviens hargneuse et désagréable avec tout le monde. Hier soir je me suis emportée contre Ash à cause d’un reportage qu’il regardait pour un dossier Je m’en suis voulu, d’abord parce qu’il n’a pas compris et puis parce que je me suis toujours promis de ne pas interférer dans son travail. Je crois que ses talents de ‘‘devin’’ le conduisent vers l’évidence.
    Pas plus papa que mon piranha-samouraï me prédisposent à l’emportement qui me submerge ces temps-ci. Cette fois, je ne ferais pas la bêtise de laisser Ash dans l’ignorance, je vais avoir besoin d’aide si je ne veux pas replonger. Je n’ai pas craqué, mais je n’en suis pas loin. Je ne me cherche pas d’excuses -je l’ai fait tellement de fois- car il n’y en a pas, c’est comme ça, c’est tout. Je suis fière d’être abstinente depuis trois ans déjà! Seulement là, ce mot magnifique ne me correspond plus. J’ai du mal à me passer du macaron et du petit verre de rosé que l’on me sert -excuse ma fille- lorsque je m’installe pour lire ou écrire auprès de la cheminée, isolée dans le petit salon. Surtout du petit verre en fait. Cela devient instinctif, tout comme autrefois pour les glaçons de ma chère amie vodka. Elle me guette au tournant, je la sens et je l’apprécie dans ce jus de tomate que j’aime tant à l’apéritif. Plusieurs fois le regard dubitatif de mon mari m’a interpellé, mais je n’en ai pas fait cas. Puis les signes m’ont enfin alerté.
    Mes mains tremblent lorsque j’écris et il m’arrive d’être en sueur alors que la pièce est à peine chauffée. J’ai toujours eu du mal à dormir la nuit, sauf quand Bébé me garde entre ses bras. Serrée contre lui, je ne ferme plus l’œil avant des trois heures du matin. Mon agitation et mes éclats de voix sans vraiment de raisons. Tout y est pourtant c’est cette anxiété qui ne me quitte pas depuis plusieurs jours qui m’a mis sur la voie, l’anxiété et les nausées à répétition. L’odeur des crêpes a révulsé mon estomac en fin de semaine. Le tilt m’a mis KO. Je suis dans une phase de dépendance et je ne contrôle plus rien. Je paie pour mes petits écarts que, bien naïvement, je croyais sans conséquences. L’abstinence est un don avec lequel on ne joue pas, c’est tout ou rien. Je me suis fait confiance, trop, et maintenant il va me falloir faire machine arrière. N’apparaître au repas qu’après l’apéritif me sera déjà très difficile car Mum’ va râler en disant que je ne cherche pas à m’intégrer à la famille. Excuse encore, c’est pour ne pas admettre que c’est le jus de ''tomates'' qui va me manquer, la vodka plus exactement. Refuser ce verre de vin que me sert James pendant le service sera encore plus éprouvant, croyez-moi. Je crois que j’en suis arrivée au point où n’importe quel alcool ferait l’affaire.
    Cela me coûte énormément, je me déçois moi-même. Tout est à recommencer…


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    …Je viens de terminer la lecture de mon roman, je suis en larmes. Quelle sotte je fais tout de même!

    Et bien non! Je ne cherche pas de prétexte pour pleurer, mais ce bouquin est une petite pépite pour laquelle il m’est impossible de rester indifférente. Ce livre est passée presque inaperçu lors de sa première publication. ‘’Chair de ma chair’’ est un ouvrage d’H.G Carlisle. Peut-être avais-je déjà écrit quelques lignes à son sujet par le passé, mais je confirme, le lire dans sa version originale change tout.
    Comme je l’écrivais dans le chapitre précédent, Hylam a appelé son frère et ils sont restés plus d’une heure trente en communication, et l’on dit que ce sont les femmes les bavardes! Le frère aîné de Bébé vient de rompre avec Amy sa maîtresse et c’est un peu chaud entre eux à présent. C’est elle qui a coupé court. Hylam n’est pas triste parce que je crois que cet idiot nous a fait sa crise de la quarantaine sans en imaginer les conséquences et maintenant, que l’on me pardonne l’expression, ça lui pète à la gueule. Il est surtout très vexé d’avoir été largué. Contrarié aussi. La belle rousse le menace de révéler leur liaison à Hailie, histoire de bien le pourrir. Bébé est désolé pour son frère, mais il lui a expliqué que généralement ce genre de situation finissait toujours mal et qu’il l’avait prévenu, et pan, c’est de la pure diplomatie! Le mieux serait encore de tout dire à sa femme et tant pis pour les pots cassés! Mon beau-frère a bien mérité cette soupe. Je me mets un peu à la place d’Amy, Hylam l’a pris pour une pomme et pour faire traîner les choses il lui promettait tout et n’importe quoi si bien que perdant patience, elle a définitivement rendu son tablier. La rupture est particulière car ils ont tous deux des transactions communes dans leur domaine d’activité. Aïe aïe aïe, je plains Hylam si cela revient aux oreilles de Mum’! Je crois que malheureusement il faudra en passer par là.
    En fait, je ne crois pas me tromper en affirmant que si récemment Hailie a rectifié le tir avec son gredin de mari c’est que ses bonnes copines ont dû faire leur boulot, à savoir l’informer de la relation extra conjugale que monsieur entretenait. Plusieurs fois elle a tenté de me tirer les vers du nez puis elle m’a laissé entendre qu’elle se doutait que quelque chose n’allait pas. Hylam s’absentait sans qu’elle sache où il se trouvait. Celle-ci gère l’agenda de son mari et rien n’apparaissait. Bizarre, bizarre se disait-elle. Cette pauvre Hailie n’est pas fine mouche pour deux sous, car le nombre de fois où Hylam ‘‘empestait’’ un parfum féminin en rentrant aurait dû l’alerter. Si, elle l’a interrogé une fois et il a répondu que l’une de ses collègues de travail avait posé son manteau sur sa veste de costume??? C’était tiré par les cheveux, mais elle l’a cru! Bref, aujourd’hui les désagréments sont à leur porte.
    Ah les frangins! Dimanche après-midi est venu mon tour de recueillir les doléances de Sodishan. Shere Khan a effectivement annoncé à sa mère qu’il avait invité ma cousine pour les fêtes et celle-ci aurait émis quelques objections qui bouleversent le petit. Non mais il a quel âge? Il n’y a pas longtemps de cela il me menait la vie dure parce que je n’étais soi-disant pas assez stable -ce sont ses mots- pour devenir l’épouse de Bébé et maintenant il vient ‘‘la queue entre les jambes’’ -désolée, mais c’est exactement ça- me demander mon aide pour gérer ses coups de cœur. Selon Ma Canaille c’est plus qu’une passade, il est accro à Anaïs pour de bon et il a même acheté une voiture plus puissante pour la rejoindre souventes fois. Ça promet! Franchement, que pourrais-je dire à belle maman pour arranger les choses? Tous filent droit devant ses exigences, c’est lassant. Un peu de rébellion que diable!
    Je compatis sincèrement, mais Bébé et moi avons réussi à imposer notre désir d’être ensemble, alors le petit gars va en faire autant car je n’ai pas envie de me faire remarquer en ce moment. Nous vivons chez ma belle mère en attendant que notre maison soit prête. Aussi, il est de bon ton d’éviter la tempête.
    J’ai apaisé les craintes de Sodishan en lui assurant que la chambre d’Anaïs serait prête pour son arrivée, que je m’en occupais personnellement. Je sais, je suis une lâcheuse, mais il n’a qu’à se montrer ferme avec sa mère. C’est vers Phillip que je me tournerai si ce benêt ne parvient pas à ses fins.
    Mon neveu, Terry, qui va avoir dix ans en janvier, a invité ses camarades de classe ce week-end. Je ne le reconnais plus après quelques semaines d’internat. Il devient un petit homme. Pendant que sa mère confectionnait les bouquets pour la soirée de lundi avec Mum’, j’ai emmené les enfants au parc qui se situe à un kilomètre de la maison pour faire de l’accrobranche. Cela s’est terminé par une bataille de feuilles et nous sommes rentrés crasseux comme charbonniers. Mais au moins tous se sont bien amusés. Tout comme Terry, Carlisle, Liam et Branson évoluent dans un milieu qui ne leur fera pas de cadeau s’ils ne réussissent pas leurs études et ces gamins sont déjà sous pression avant de commencer le collège. Branson est une petite fille, elle porte le prénom de son aïeul -allez savoir pourquoi- toutefois elle l’assume avec énergie, un vrai garçon manqué. Elle a été repérée EIP à sept ans mais ses parents désirent qu’elle ait une scolarité enfantine normale. Par ennui elle lit les ouvrages scientifiques de son père m’a dit mon neveu. Ash m’a confirmé qu’à dix ans elle maîtrise déjà certaines lois de la physique quantique. S’ils ne la poussent pas dès son plus jeune âge, ses parents laisse à son appréciation ses centres d’intérêt. Elle bénéficie du soutien d’un précepteur pour ses études extra scolaires. Je trouve cela un peu ridicule qu’ils freinent sa scolarité tout en lui donnant la possibilité de s’instruire en ‘‘candidat libre’’. Je sens venir que dès le collège cela va être une autre paire de manches pour elle et que l’on va exiger beaucoup de cette petite. ‘‘The Four Musketeers’’ comme ils se nomment, m’ont maintes fois remercié. Je n’ai pas fait de folie de mon corps depuis cette promenade tellement je suis cassée. Si j’ai tendance à oublier ma maladie, elle ne m’oublie pas elle. Bébé m’a gentiment grondé et m’a frictionné avec la quarante sept onze qu’il m’a ramené de Cologne. C’est …magique! Je viens de l’écrire, pas de folie de mon corps! Oui bon peut-être quelques petits écarts. J’avoue, la première fois où Bébé m’a déclaré me rapporter de l’eau de Cologne à son retour de Cologne -Oups, mon coach en écriture est par là?- j’ai un peu fait la grimace. J’ai immédiatement pensé aux nombreux flacons de Bien Être qui ornaient les tablettes de la salle de bains de Maë Lynette. Je n’ai rien dit mais je n’en pensais pas moins.
    L’aqua mirabilis 4711 est vivifiante et apporte une agréable sensation de fraîcheur, j’ai été bluffé. Quant au flacon cela n’a rien à voir avec ceux de mémé. Ma Canaille est un voyou, il m’a avoué plus tard avoir voulu titiller mon esprit bourgeois. Ce n’est pas un parfum, la fragrance ne tient pas des heures, mais les effluves persistent longtemps sur la peau et cela est très agréable.

    Finalement, le claustra de l’entrée se transformera en moucharabieh…


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       ...En attendant que le pavillon soit prêt à nous accueillir, Bébé et moi -depuis son retour de Cologne- sommes confortablement installés dans le petit salon de l’étage pour vaquer à nos travaux d’écritures. Dorothy est en rogne alors tout le monde s’est mis aux abris.
    Je retravaille les premiers chapitres de ‘‘Chouquette & Bébé’’ en vue de la future publication. Certaines des ‘‘pépites’’ que j’ai écrites disparaissent au fil des corrections, pour d’autres, j’en améliore le texte original de façon à ce que la lecture en soit plus décente tout en conservant l’originalité de mon style.
    Ma Canaille joue du clavier en vitupérant contre son homologue Allemand. Celui-ci a omis de lui envoyer le mail de confirmation pour la clôture de l’affectation dossiers si bien que mon petit chéri se retrouve avec tout un listing qui ne le concerne plus. J’adore lorsqu’il se laisse aller à des propos de paysans! Des grossièretés dans sa bouche c’est comme …il n’existe rien de comparable! Il lui arrive parfois d’utiliser le mot de Cambronne en Français et c’est irrésistible avec son accent. En s’apercevant du sourire moqueur que j’arbore, puis du rire franchement goguenard qui s’échappe de mes lèvres, il me promet des représailles à la juste valeur de mes railleries dès qu’il aura passé ses coups de fil dans son bureau. Ses menaces affectueuses produisent l’effet escompté. Des ailes de papillons taquinent ma tête et mon ventre. Sa présence me réconforte et me ravie jour après jour. Cela fera bientôt trois mois que nos alliances brillent de concert et rien n’est venu bouleverser nos vies. Je suis HEUREUSE et je l’exprime à qui voudra le lire. Bien que nous ayons déjà traversé plus de bons que de mauvais moments ensemble, et cela depuis sept ans, chacun des pas que je fais à ses côtés reste une marche vers l’inconnu. Toutes nos soirées -la plupart car il s’absente parfois- sont des plongeons dans un monde moelleux de quiétude. Mon tendre chéri n’est pas l’homme parfait qui transparaît dans la plupart de mes écrits, mais cela y ressemble fort. Sa mallette de tir s’égare souvent dans le meuble à chaussures, il oublie ses chaussettes sur la banquette en pied de lit, il dissimule ses dossiers aux yeux indiscrets dans l’armoire à toilette, -Barbara les repose régulièrement sur le bureau- ses costumes envahissent mon dressing et la salle de bains est en mode vide grenier après son passage tous les matins, mais pour rien au monde je ne voudrais que cela cesse. Grâce à Bébé je vis enfin sans me retourner à tout bout de champ.
    Dans une autre vie j’ai composé un texte paru sous le titre Apesanteur. Je considère cela comme de la pornographie pitoyable à présent. Fallait-il vraiment que je sois mal pour me livrer à de tels sottises. Pourtant, ce n’est pas une excuse, il y a cinq ans de cela, ces mots exprimaient un appel à la sérénité et à l’apaisement auxquels j’aspirais tant. Je n’ai rien obtenu, -que chagrin, déception et mésestime de ma personne- merci Bonne Mère, de l’homme pour qui ils avaient été écrits. Il ne les lisait pas comme il l’aurait dû et n’en retenait que la platitude et la grossièreté afin d’y trouver son plaisir. Il encourageait cette littérature médiocre en m’affirmant que par catharsis elle me soulageait de mon mal-être. Et pendant longtemps, j’ai cru pouvoir assumer ce verbiage dégradant. Comme j’ai pu être idiote!
    Je ne suis vraiment pas fière de mon comportement de l’époque. Cet épisode malheureux m’a fait plus de mal que de bien car des années plus tard j’en suis encore affectée.
    Ce mauvais assemblage de mots m’a pourtant offert une gamme de possibilités d’écriture et l’amour que j’éprouve pour mon petit mari m’a guidé vers une mélodie de douceur et de bonheur. La voici.
    …Chaque fois que Bébé me provoque de son sourire ravageur cela me fait fondre. Je reconnais la convoitise dans l’éloquence muette de son regard. Elle fait naître la tentation et le feu intense de la passion dans mon ventre. Une fois les portes de notre chambre closes, nous sommes isolés dans un monde accueillant et libérateur. Un écrin calfeutré, parfumé aux fragrances des parfums dédiés à nos polissonneries ardentes, dont la lumière est tamisée par des leds chatoyants. L’été, les fenêtres ouvertes laisse passer la brise du soir -l’air frais du matin aussi- qui nous berce de son souffle léger. En hiver, vantaux vitrés rabattus et rideaux tirés conservent une douce chaleur à nos attraits révélés. L’effeuillage à la façon d’Alice Sapritch que je lui offre n’a d’égale que son striptease à la Dany de Vito. Ce tendre moment de complicité, prémices du ballet amoureux à venir, nous tire des larmes de rire.
    J’aime la façon qu’a Bébé d’assouvir nos désirs intenses, engloutissant jusqu’à nos âmes dans la félicité que nous en retirons. Je raffole de la chaleur de ses baisers sur ma nuque devenue réceptive et tellement sensible que cela m’en fait vaciller. Je lutte de toutes mes forces contre les merveilleuses sensations qui m’envahissent, espérant ainsi retarder le moment où je m’abandonnerais à la béatitude. Afin que dure ses délicieux préliminaires, je m’esquive…
    Surpris puis comprenant qu’il s’agit d’un jeu, il se fait encore plus présent en cajolant mes courbes, en plongeant son visage dans ma chevelure, en goûtant de sa langue enfiévrée aux effluves parfumées de ma peau qui vibre sous ses douces caresses. Ce n’est pas le respect qui me fait me taire, mais uniquement la concentration dans laquelle je suis plongée pour jouir des attentions dont il me comble. Je voudrais lui exprimer avec ferveur combien j’ai envie de lui, combien mon besoin de me donner à lui est intense et combien j’ai hâte de danser de tout mon corps sous ses coups de reins. Sa respiration s’accélère et se fait rauque tandis qu’il récite les mots électriques qui enflamment définitivement mes entrailles et mon intimité. Je sens la rigidité de son membre tendu, prolongeant notre plaisir en s’attardant sur mon ventre, à la recherche du bain de miel qui soulagera notre impétuosité. Le brasier intense qui nous a consumé n’est déjà plus qu’un délicieux souvenir lorsque nous nous endormons enlacés dans une étreinte quasi éternelle…
    Histoire de chahuter Mon Fripon, j’allais lui faire lire cette envolée lyrique dans le but d’en obtenir une récompense bien méritée. Oups, pour les câlins il va falloir attendre! Phillip se livre à un cache-cache endiablé avec son épouse invivable. Mum’ est en pétard à cause de cartons d’invitation mal conçus par l’imprimeur. Ceux-ci devaient être prêts pour mardi prochain!
    Elle ne décolère pas depuis le début de l’après-midi. Á son retour, Bébé est un rien contrarié en découvrant son père assis en face de moi. Celui-ci est venu nous rejoindre dans l’espoir de se faire oublier de son épouse acariâtre. Ma Canaille avait une tout autre idée que papoter avec son père pour occuper la fin de l’après-midi, il fait bonne figure, mais son regard en dit long. Je ne comprends pas pourquoi Mumy évite le petit salon, elle s’y installe rarement, autant dire jamais, et le laisse carrément aux bons soins des employés qui comme nous en ont fait leur point de ralliement. Certes, un côté de la pièce donne sur la balustrade qui surplombe le grand escalier, mais une belle cheminée, -dont la première flambée a eu lieu mardi- des meubles cosy, deux divans hyper douillets et une ambiance chaleureuse font que cette pièce est l’une des préférées des membres de la famille. Il y a aussi un bow-window aux épais coussins en velours de soie vert sous-bois -l’endroit est génial, Ash et moi y avons fait les fripons un soir- duquel l’on aperçoit l’entrée principale du parc. Les tentures épaisses en tartan aux attaches celtes donnent de la chaleur à l’ensemble. Certains jours, esseulée, je m’y camoufle pour lire tranquillement. Des plantes vertes dont je serais bien incapable de dire de quelle espèce il s’agit croissent d’une jarre en céramique à l’autre en recouvrant la balustrade. Lors de ma première visite au sein de la famille, j’ai cru qu’il s’agissait de fleurs en plastique. Puis Ash m’a expliqué qu’une fois par semaine, Philippine fait briller les feuilles à l’aide d’un spray pour végétaux! Finalement nous avons réussi à éviter Mumy jusqu’à l’heure du diner au cours duquel elle s’est bien rattrapée.
    J'y crois pas, une heure et demi au téléphone pour réconforter son frère…


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  •    …Cette année, belle-maman s’est surpassée pour l’organisation de la fête d’Halloween! 

    Bébé et moi sommes aux Aspidies depuis vendredi dernier. Je me sens enfin chez moi dans la grande maison de Mumy. Certes je reste toujours le vilain petit canard à cause de mon refus à me laisser ‘‘dresser’’ à devenir une Lady comme Hailie. Mais à présent je fais partie de la famille à part entière. Lui et moi faisons chambre commune au grand jour et c’est ce qui fait toute la différence. Dans mon esprit aussi. Sodishan aurait annoncé à sa mère son intention d’inviter ma cousine pour les fêtes de fin d’année. Ash a vu juste, le tigre Shere Khan, surnom que je donne à Sodishan, est en passe d’être domestiqué. 
    Anaïs va récupérer mon appartement -l’on peut dire cela car les chambres comprennent un modeste salon et une belle salle de bains- et sachant ce qu’elle aime, je vais lui concocter un coin sympa pour lui souhaiter la bienvenue. Je sais qu’il est prématuré de les voir, elle et Sod, déjà convoler en justes noces, mais ce n’est pas une raison pour ne pas soigner son séjour parmi nous. 
    Persuadée qu’il va lui en faire voir de toutes les couleurs, je suis impatiente de voir comment Anaïs va gérer le dragon. Loin de moi l’idée de la rabaisser, mais elle s’exprime en anglais tel un perroquet espagnol alors que tous ici maitrisent plusieurs langues. Je ne suis pas dépaysée car mon parler français correct revient, mon espagnol se maintient et mon anglais passe d’extrêmement nul à moyen donc moi j’ai du répondant. Mais Anaïs? Elle aura un statut très inconfortable vu que Mum’ veille sur son petit comme l’aigle sur sa couvée. De toute façon si Sodishan tient réellement à elle, il fera comme Bébé, il imposera son choix. 
    En parlant famille, j’aurais dû penser à ma future signature lorsque j’ai choisi mon nouvel état-civil! J’ai paraphé une trentaine de documents officiels afin que nous soyons les uniques propriétaires de la maison que nos parents nous offrent à Bébé et à moi. Entre initiales et calligraphie incertaine, je n’en voyais plus la fin. Pourquoi ne me suis-je pas contentée d’un unique nom de famille? 
    Je vais être absente durant plusieurs mois, jusqu’à mi-janvier ce qui est sûre, aussi ai-je confié ma ‘‘Petite Paix’’ à mon père. Lorsqu’elle sera en intervention chez Hélène, Flo viendra aérer et se rendre compte si rien ne cloche. Ouvrir les volets de temps en temps afin que la maison ne passe pas pour être inhabitée car cela pourrait attirer des rôdeurs. Papa a installé des minuteurs sur certaines de mes lampes, cela devrait le faire aussi. Les enfants de Pat viendront y fêter le jour de l’an. Pour le dépaysement déjà et faire vivre mon havre le temps des fêtes. C’est tout de même avec un certain regret que je l’ai abandonné. 
    Bébé et moi sommes impatients que commencent les rénovations de notre ‘‘mushroom’’ -je crois bien que ce nom va devenir définitif- Ce sera très plaisant une fois les travaux effectués mais il va nous falloir patienter plusieurs mois en comptant l’obtention des autorisations. Nous avons décidé d’ajouter une extension à l’arrière du garage afin de créer une pièce supplémentaire. 
    J’en viens à Halloween. Le parc est …lugubre! C’est magnifique! Une sorcière sur son balai et un Jack’o lantern parent l’allée. Les citrouilles disséminées çà et là sont monstrueuses et flamboyantes à souhait. James et mademoiselle Françoise ont passé des heures à toiler les coins de murs du rez-de-chaussée -les araignées sont toutes mignonnes afin de ne pas effrayer les enfants- et mettre en place des ballons, des chandeliers, des chauves-souris, et un chaudron de sorcière empli de papiers journaux au-dessus desquels une couche d’yeux souriants en pâtes d’amande a été rajoutée. La confection des confiseries, des pâtisseries d’usage et du buffet ont occupé le personnel en cuisine tout l’après-midi. 
    Un peu avant l’arrivée des petits, le conteur d’histoires à faire peur pour enfants que Mumy a engagé s’est grimé en fantôme, l’on y croirait. Rêves ou cauchemars? Quoi qu’il en soit les minots étaient surexcités en découvrant le décor. Hailie et Hylam sont accompagnés de mes neveux ainsi que de quelques-uns des enfants qu’elle chaperonne à l’institution. Puppy, Sarah, Vanity et Rudyard. Le petit bout a couru vers Bébé dès qu’il l’a aperçu. Le plus sérieusement du monde, il lui a annoncé qu’il était un grand maintenant. Il a trois ans depuis cinq jours et ils ont fêté son anniversaire chez Hylam. Ensuite, je n’ai pas trop compris ce qui s’est passé. Il s’est précipité vers moi et a quasiment sauté dans mes bras. La plus belle princesse qu’il ait jamais vue a-t-il dit. Je veux bien reconnaître que mon costume de fée a beaucoup trop de paillettes sur les ailes, mais de là à passer ses bras autour de mon cou et me demander si je voulais être sa maman? J’en suis encore bouleversée. Ash n’a pas eu besoin d’être devin pour comprendre que cela m’a terriblement ébranlé. Plus tard lorsque nous avons regagné notre appartement, j’ai pleuré et je ne sais même pas pourquoi? Á nouveau, les doutes s’insinuent dans mon esprit. Ce petit attend quelque-chose de nous et je crois ne pas être en mesure de le lui donner. Je sais au fond de moi que Mon Fripon est déjà profondément entiché du gamin, et apparemment le minot a jeté son dévolu sur nous comme parents. Nous n’avons fait sa connaissance que cet été et je ressens cette drôle d’impression que nos chemins étaient faits pour se croiser. C’est comme une évidence. Je ne connais pas grand-chose de lui à part ce que nous en a confié Hailie. Rudyard est né à Brighton de père inconnu. La maman a longtemps été inscrite aux abonnés absents au point qu’un avis de recherches avait été lancé. Je n’en dis pas plus, mais l’histoire se termine mal. Je suis complètement désorientée…
    Cela dit la soirée a été extraordinaire, adultes et enfants ont apprécié les narrations et les jeux du conteur. Cela se voit qu’il aime son métier cet homme-là. J’ai perdu plusieurs fois le fil des histoires et Bébé me traduisait discrètement croyant que je ne parvenais pas à décrypter le langage bien particulier de ses historiettes. Puis il s’est vite aperçu que ce n’était pas un manque de compréhension de ma part. Je n’étais tout simplement pas là! Mon regard se perdait sur le petit bout qui serrait son doudou dans sa main chaque fois que les contes l’effrayaient. Ses rires, je peux les reconnaître parmi ceux d’autres enfants et cela me fait peur, résonnent dans ma tête. Plusieurs fois je l’ai vu nous chercher des yeux Ash et moi pour se rassurer au moment critique du conte et je suis déconcertée à un tel point que si j’avais été chez moi je me serais précipitée sur le téléphone pour appeler Nadège, ma thérapeute. Hailie qui surveille ses ‘‘poussins’’ comme le lait sur le feu s’est aperçu du manège de Rudyard. Le sourire étrange qu’elle avait sur les lèvres m’a interpellé. Elle avait le même lorsqu’il m’a demandé si je voulais être sa maman. Qu’ai-je répondu à Rudyard? En fait j’ai été tellement surprise que je lui ai dit une phrase du genre que plus tard, s’il était un bon petit garçon, il trouverait certainement sa maman princesse. Je sais c’est horrible, mais j’ai été prise de court. De toute façon, il n’a retenu que le bisou que je lui ai donné en le reposant au sol. 
    Le buffet a été dévasté par tous les hôtes, famille inclue. Donnez-nous des friandises ou nous vous jetons un sort, le fameux trick or treat a résonné dans la maison toute la soirée. Dans leurs crânes en matières recyclables, les minots ont collecté des friandises auprès des invités et du personnel. Cela leur permettra de tenir au moins jusqu’à la fête de l’année prochaine. Il est évident que Mum’ ne pouvait faire autrement que d’inviter également ses ami(e) proches à la soirée. Pensez-donc, certains ne me connaissaient pas encore. Minuit passé, dans un charivari pas possible, les enfants sont allés éteindre toutes les bougies, celles du parc y compris, afin que les esprits des créatures d’Halloween quittent les lieux. Les gamins étaient tellement épuisés que nous avons gardé tout ce petit monde à dormir dans le chalet au fond du parc. 
    Ce matin je suis un peu barbouillée, sans doute ai-je trop mangé d’oursons en guimauve chocolat noir hier soir? Bébé s’est enfermé dans son bureau afin de se rendre compte si tout se passe bien au service, du coup je donne un coup de mains à Hailie pour le petit-déjeuner des enfants. C’est calme car ils se sont couchés tard, ils baillent devant leur chocolat chaud et leurs tartines. Mais une fois habillés ils sont nettement plus réactifs. Au moment du départ nous nous apercevons que Sarah n’est pas là. Je la retrouve dans l’entrée devant la psyché de la petite serre. Que cette gamine me fait de la peine! Elle parlait à son reflet dans le grand miroir comme avec un interlocuteur. Suppliante elle demandait une réponse à son image et ce n’était pas un jeu, des larmes inondaient son visage. Elle n’a pas voulu me dire pourquoi ce gros chagrin. C’est Hailie qui, à part, m’a expliqué le problème de la petite. Son histoire est dramatique. Le père et la jumelle de Sarah ont disparu dans un accident de la route. La maman est en maison de soins. En ayant perdu son mari et l’une de ses filles, cela se comprend. La petite n’a pas d’autre famille que des oncles vivant en Afrique du sud. Sarah et Jane sa jumelle étaient fusionnelles alors depuis la petite fille parle à sa sœur dans tout ce qui donne un reflet. Je suis tellement en empathie avec cette gosse que cela m’est insupportable. J’ai vécu cela dans ma chair aussi. J’espère que le pédopsychiatre de l’institution sait gérer ceci correctement. Décidément je ne me ferais jamais à ce que vivent ces enfants avant d’atterrir dans ces structures. Ce qu’il y a de certain, c’est que mon beau-frère et ma belle-sœur sont de bonnes personnes. 
    Je vais me plonger dans des magazines de décorations d’intérieur en attendant que mon cher mari me conduise à mes rendez-vous à la maison médicale. C’est un premier contact avec les professionnels qui vont me suivre lors de mes longs séjours aux Aspidies. Mon piranha samouraï tente un retour en force en ce moment. C’est supportable, mais je dois prévoir le pire et il faut bien que la photocopie de mon dossier -de l’épaisseur d’un dictionnaire- médical serve à quelqu’un. Je me doutais bien qu’un jour où l’autre Ash devrait se replonger dans le boulot. Lundi, il part sur Cologne afin de présider la dernière réunion du service qu’il a mis en place. Désormais ses anciens collègues seront autonomes. Bébé va pouvoir se consacrer uniquement à son propre siège et à l’écriture de sa nouvelle thèse.

    Mother’s cry, un roman émouvant qui narre l’amour poignant d’une mère pour ses enfants…


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