• "Je m'intéresse à l'avenir parce que c'est là que je vais passer le reste de ma vie"(Charles Franklin Kettering)


  • …Tout roule, le minot est attendu dans la joie et la bonne humeur. Phew!

    Les heureux parents étaient paniqués à l’idée de rencontrer la deuxième future grand-mère. Elle les a réprimandés comme deux gamins pris le pot de confiture à la main. Anaïs était à la limite de l’apoplexie m’a-t-elle confié. Elle ne comprenait pas la moitié de ce que lui disait la mère de Soddy raconte-t-elle hilare. Ouais, n’empêche qu’elle n’en menait pas large devant sa belle-mère. Quant à Sodishan, il a écouté les morigénations de sa mère et a refusé tout net le grand mariage qu’elle leur offrait. Il remonte dans mon estime le petit! Se marier pour faire cesser le ballet des mauvaises langues aurait été la pire des bêtises. Je pense que Mumy ne s’est pas rendu compte de ce qu’elle exigeait. Une union ne se bâtit pas à la hâte. Ces deux-là ont encore du chemin à parcourir avant de se fixer. Je sais à présent que Sodishan est de la même mouture que Bébé. Il ne se défilera pas. Et combien cela aurait été? Ce n’est pas un déshonneur que d’élever un enfant, seule. Phillip est resté neutre et il est enchanté de la joyeuse marmaille qui va lui tomber dessus lorsque ses fils et leur famille seront présents aux Aspidies en même temps. Hylam et Hailie? Ça s’arrange. Doucement. Meryl et Evelyn ont de grandes chances de gagner le pot de Jack -jackpot- pour leur deuxième anniversaire. Un papa et une maman. Certes ils n’en sont pas encore au rendez-vous sous la couette pour une folle nuit d’amour, mais ils avancent. Dîner aux chandelles dans un resto gastronomique ça le fait aussi, surtout quand monsieur caresse discrètement sous la table, la cheville de madame du bout du pied. Certes, le slow mousse n’est pas encore pour demain à ce rythme, mais je pense que le bijou de chez Tiffany qu’il lui a offert va accélérer les choses. Belle maman est en stand-by, elle subodore, aïe aïe aïe! Trop de petites attentions, méfie-toi Hylam la louve est en chasse. Il faut dire qu’entre son cadet et son aîné, Mumy est bien sollicitée. J’ai de la chance Bébé est sage comme une image lui. Oui, bon, quelques échanges de SMS coquins en pleine séance de travail à la bibliothèque du palais de justice, et monsieur est rentré de très bonne heure. Cela n’a servi à rien car je devais m’occuper de mon poussin. Tarzan a poussé son cri de la victoire plus tard dans la soirée. Je ne le redirais jamais assez, je suis folle de nos instants canailles. Je réitère, le grand homme me fait grimper aux rideaux. Parfois je me demande ce qu’il en aurait été si j’avais fait l’autre choix? Tout s’est estompé. Tout a disparu. Pas tout à fait si j’en crois ce bref questionnement. Je suis mariée, j’aime ma famille alors je devrais pouvoir refermer définitivement le coffre-fort qui contient mes erreurs. Je n’ai jamais menti quant à mes sentiments, c’est ce qui me rend l’estime de moi-même et ma vulnérabilité à l’occasion.
    Je suis un peu chagrinée, j’aurais juste voulu que ma cousine soit un peu plus honnête avec moi et j’en veux un peu à Bébé qui était dans le secret. Cette grossesse est beaucoup plus avancée qu’Anaïs ne me l’avait dit. N’ayant jamais trop fréquenté de femmes enceintes, à part les filles de Pat et encore, je pensais que les nausées et la fatigue étaient naturelles, mais là je doute. D’autant qu’Anaïs est fine comme un pied de lampe. Du coup je m’inquiète à nouveau, est-ce normal? Avec retard, ils m’ont fièrement montré la première échographie. Si, une petite aubergine qui flotte dans un jacuzzi suffit à leur bonheur tant mieux. Ma cousine aurait dû savoir, nous nous sommes énormément rapprochées depuis l’an dernier, que cela me poignarderait de regarder ces clichés. J’ai fait bonne figure devant eux. Je leur donne ma bénédiction, ils sont attendrissants, je reconnais. Cependant, une fois encore je suis à ramasser à la petite cuillère. Il m’est impossible de poser les bons mots sur la souffrance viscérale qui m’assaille. Je me sens lacunaire. Cette partie disparue de mon corps restera pour moi un déchirement sans fin. Inutile de me plaindre encore et toujours, mais je ne crois pas pouvoir faire l’impasse sur ce drame de ma vie. Le pardon? Mon cul oui, Christian m’a mutilé. J’écris ce que je ressens même si cela n’est pas très poli, j’ai besoin de l’exprimer, j’ai besoin de l’imprimer, de le lire.
    Je comprends mieux pourquoi Sodishan et Anaïs sont penchés sur la difficile équation des prénoms. Ils vont suivre la tradition familiale, à savoir donner deux prénoms au minot. Un anglais associé à un indien. Terry et Camilla porte ceux des parents biologiques de la fratrie. Notre Yad restera Rudyard ad vitam aeternam, il n’a pas de racines indiennes dans le sang. Cependant, bronzé, les cheveux qui poussent comme herbe au printemps, le regard pétillant, il est la copie conforme de son papa. Chocolat-vanille comme dit ma chère Pat. Je les adore mes chéris.
    Je connais bien Madam’, elle va bientôt pouvoir jubiler. Lorsque les deux loulous vont s’apercevoir du bouleversement de leur vie que sera la venue du petit. Fini les virées à Monaco, les week-ends festifs sous la couette et autres joyeusetés qu’offrent une vie amoureuse libre de toutes contraintes. Les galipettes sur le fauteuil du salon à ‘‘Phébus’’ vont devoir se raréfier. Je suis une mauvaise langue car il y a pas mal d’options jusqu’au neuvième mois et ensuite …on s’adapte. Les achats de nécessité, les couches, le siège auto. Dans la XE? Je crois que moi aussi cela va m’amuser. Savent-ils seulement où ils vont s’installer? Tout comme ses frères, Sodishan bénéficie d’un emploi du temps assez souple. Sa tâche est limitée dans le temps, mais il peut l’effectuer où il le désire pourvu que ses documents restent en Restricted Access et qu’il participe aux assemblées bimensuelles du groupe. La compagnie qui emploie ses compétences est basée en suisse. Sod possède un charmant duplex à Genève et il ne l’abandonnera pas c’est certain. Toutefois je le pense capable de se priver de beaucoup pour sa petite frenchie. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir comment il couve des yeux ma cousine, cela me rassure. Certes ils ne peuvent s’installer en Suisse car Anaïs aurait trop à perdre si elle lâchait sa formation, mais je pense qu’entre ‘‘Phébus’’ et ma ‘‘Petite Paix’’ nous devrions pouvoir cohabiter et accueillir leur nitée. À étudier. Personnellement, si ce n’était que le domaine est trop loin de Palavas, je réfléchirais sérieusement à m’y installer auprès de papa. D’aucuns vont dire qu’il y a du progrès. Je confirme, les relations avec monsieur J sont détendues.
    Dimanche dernier c’était la fête des pères. Pendant très longtemps j’ai ignoré ce jour-là. Jusqu’à l’âge de onze ans j’ai respecté l’usage. Le cadre en pâte à sel, la boîte à mouchoirs décorée, le couvre livre en raphia tressé ou le gentillet poème -exprimant tout l’amour que je porte à mon père- calqué sur une céramique ont fait les beaux jours de cette fête. Papa doit avoir une bonne partie de ces objets en double, à moins qu’il ne les ait directement jetés à la poubelle. Puis Jocelyne est apparue dans nos vies. J’ai cessé d’aimer mon père, je l’ai même haï parfois. Or donc, dimanche matin, notre petite pomme à jailli dans notre chambre comme un diable de sa boîte, sauté dans le lit -atterri sur le ventre de son père plus exactement- et hurlé un I love you dad en embrassant Ash. Puis il lui a tendu un paquet cadeau. Du fait petites mains. Mon grand benêt de mari avait les larmes aux yeux en retirant du papier le calendrier que son poussin avait confectionné au jardin d’enfants. Sur le dessus il y a une photographie de son fils en atelier peinture. Bébé a craqué en le voyant avec son petit tablier maculé et les mains couleur schtroumpf. Les six pages de l’intérieur sont coloriées avec amour. Du moins jusqu’à novembre-décembre ou Yad a certainement dû en avoir marre. Les cosses de châtaignes sont roses ainsi que les champignons, le sapin rouge et les flocons de neige verts. J’adore ce gosse. Il va sans dire que le calendrier trône sur le bureau de son père. Ce qui nous a le plus épaté, c’est que notre petite pomme a tenu sa langue depuis le vendredi. Aux Aspidies, Terrence et Camilla ont fêté father’s day avec leur père et Phillip dans un centre équestre paraît-il. Je me fais la promesse de tous les accueillir l’an prochain. Les pères, les grands-pères et leurs enfants feront la fête ici.
    Chocolat-vanille se faisant un gros câlin pourrait être la dernière vision de ma vie et je partirai heureuse. En observant Ash et son fils, cela m’a donné à réfléchir. J’ai repensé aux années où je me jetais avec amour dans les bras de monsieur J. Je crois que pour la première fois j’ai ressenti du regret d’avoir laissé notre relation se dégrader à ce point. Il y a du mieux, merci Bonne Mère. La vie est tellement courte, j’ai assez perdu de temps comme ça. Mes batailles étaient futiles je le sais maintenant. Rien de ce que j’aurais pu faire n’aurait ramené mes chères disparues. À présent, mes rancœurs restent dans ma poche, mon mouchoir au-dessus. J’ai appelé mon père pour lui souhaiter une bonne fête. Il a été incapable de me répondre tellement cela l’a scotché. Certaines fois les silences sont plus éloquents que de longs discours. Lui ouvrir mon cœur à certainement été le plus beau des cadeaux que j’ai pu lui offrir.
    Je me sens mieux. Le rat et ses acolytes me laissent en paix depuis quelques temps. Seulement les médicaments me transforment en Kaa, le serpent du livre de la jungle. Rudyard s’est découvert une passion pour ce Disney, il regarde dix minutes du livre de la jungle chaque soir avant d’aller dormir. Et lorsque Bébé a le temps ils le visionnent ensembles. Les voir assis sur le gros coussin du salon, côte à côte, j’ai l’impression d’avoir devant les yeux la scène touchante du film Forrest Gump où Forrest et son petit garçon regarde un dessin animé.
    Oui, les médicaments. Ils me donnent des écailles tellement ma peau est sèche. Cela fait pourtant un heureux. Bébé adore me badigeonner de lotion hydratante. Des chevilles à la base du cou, aucun centimètre de ma peau n’échappe à ses soins. D’où certains dérapages. Je ne vais pas m’en plaindre, au contraire j’apprécie ses petites attentions coquines. D’autant que Mon Fripon doit repartir pour les Aspidies afin de mettre en ordre ses dossiers. Mi-juillet, il s’envole pour le Sri Lanka pour la troisième année consécutive. Il me manque déjà.
     Papa est redevenu lui-même, le papa à ses Mymy. Lise est une belle personne…


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  •    …Muffins salés, trio d’asperges, côtes d’agneau et tatin d’abricots aux amandes grillées! 

    Anaïs, assaillie de violentes nausées, a passé une partie du repas à prendre l’air sur la terrasse du restaurant des tantines. La pauvrette est épuisée. J’ai mis mon scepticisme dans ma poche et mon mouchoir par-dessus. Nous sommes allées célébrer l’heureux évènement. Je reconnais ne pas avoir réagi comme il aurait fallu à l’annonce de la nouvelle. Je me suis sentie stupide d’avoir blessé ma cousine. Pour me faire pardonner, j’ai organisé un déjeuner entre filles. Celles de la famille, ses meilleures amies et ses collègues de travail proches. Ma cousine exerce dans l’artisanat d’art. Par chance elle bénéficie d’une assise ergonomique afin de soulager son dos à cause de certaines postures de fonction. Mais à six mois de grossesse, elle risque de ne pas pouvoir se pencher sur son ouvrage six heures de temps. Stagiaire en alternance, elle apprend à maîtriser les techniques très pointues d’un artisanat qui exige cinq ans de pratique avant d’en acquérir le savoir-faire unique. Ses collègues sont adorables, elles ont déjà imaginé plusieurs solutions afin de lui faciliter la tâche. Ce jour-là, j’étais vraiment contente de m’échapper de la maison car Bébé était d’une humeur massacrante. À cause des nombreux travaux dans Paris, il n’a pas pu honorer un rendez-vous très important ce qui l’a obligé à se rendre à Cologne, un aller-retour dont il se serait bien passé. Il ronchonne pour un oui ou pour un non et je passe sous silence le vocabulaire qu’il emploie quand il est grognon. Je comprends qu’il soit exaspéré car il comptait travailler sur sa thèse, au calme, pendant une quinzaine de jours. À présent il est obligé de préparer un compte-rendu conférence en urgence afin que tous les services qui dépendent du sien aient les informations. Ma Canaille est un homme comme les autres, il lui arrive aussi de perdre son sang-froid. De péter un câble. Nous ne sommes pas fâchés, mais je me tiens éloignée de Mon Fripon grognon, le temps qu’il s’apaise. Dès que Yad part pour le jardin d’enfant, je me mets au travail. Écrire est la seule thérapie qui me convienne vraiment. Je maîtrise de mieux en mieux le futur et le futur antérieur, mais les règles de concordance des temps me sont totalement inaccessibles. Sam serait prêt à me les clouer sur le front pour me les faire rester dans le crâne. Je fais des dizaines d’exercices pratiques avec un super résultat aux corrections, mais dès qu’il s’agit de mettre en application dans mes textes, tout devient flou. Cela dit je ne pense pas m’en tirer aussi mal que ça, je progresse lentement, c’est tout.
    Nadège me reçoit de loin en loin, vraiment très loin, mais elle m’assure -me rassure- que je peux cheminer seule maintenant. Alors je fais de mon mieux. Récemment j’ai relu mes toutes premières créations et je me suis aperçue que mon évolution se remarque, même moi je le remarque. Je suis devenue la ravie de la crèche de la plume. Je ne cherche pas la reconnaissance, juste ce pourquoi je me bats depuis des années, ma résurrection. Le mot n’est pas galvaudé car je me suis considérée très longtemps comme morte. Je n’ai été suivie de façon convenable que très tardivement et j’ai perdu une partie de mon énergie à lutter contre la gangrène qui jour après jour me dévorait toute entière. S’il n’y avait pas eu Nadège, je crois qu’il y aurait bien longtemps que je ne serais plus seule dans ma tête. Il y a peu, mon ex-mari s’est excusé de toutes les horreurs qu’il m’a fait subir. C’est net, cela n’a changé en rien ma vie. Je n’ai pas su quoi faire de cette reconnaissance de ses torts, cela venait trop tard je crois. Pourtant sans en avoir conscience cela m’a fait du bien, je me dis qu’il y a du bon en tout homme. J’aimerais lui permettre de trouver l’apaisement car s’il est sincère dans sa démarche, il doit sacrément souffrir moralement. Je ne suis pas prête à pardonner totalement et sans doute ne le pourrais-je jamais. Christian a été mon premier grand amour, celui de la gamine fleur bleue que j’étais à dix-neuf ans et sa froideur, ses rosseries, l’injustice de ses reproches m’ont fait plus de mal que les coups qu’il me donnait. C’est de cela qu’il m’a été le plus difficile à me remettre. Je dois faire partie de ce faible pourcentage de femmes battues qui garderont à jamais une étincelle d’affection à leur mari maltraitant. Je m’en suis défendue très longtemps et je l’accepte à présent sans me poser de questions. Ash l’a compris dès notre première rencontre. J’en viens à admettre que son traumatisme a pu perturber mon ex-mari, mais il n’avait pas à me massacrer. Je suis libérée de cette peur qui m’étreignait douloureusement à chaque fois que je le rencontrais. Une peur que je m’étais créée, une peur dont j’avais besoin, une peur qui me permettait d’avancer. Elle m’aidait de ne pas oublier ma pauvre Sonia. Ma tendre chérie ne tombera pas dans l’oubli, elle est dans mon cœur à jamais, mais je la laisse où elle doit être, dans les souvenirs -parfois douloureux- de nos facéties de jeunes femmes. Nous nous sommes croisées au mauvais moment, elle voulait se reconstruire, moi je ne pensais qu’à me consumer dans mon résidu de vie.
    Récemment ma thérapeute m’a conseillé de relire mes écrits. La lumière n’a pas été instantanée, mais effectivement, ma détresse et ma colère, mes révoltes, toutes inutiles, sont moins apparentes dans mes lignes. Elles se dissolvent au fil du temps. Mon foyer est un bonus auquel je ne m’attendais pas, il est mon monde parfait, mon jardin d’Eden, le but ultime, mon Brahma-Loke comme dirait mon cher mari. Je vais bien, je suis bien. Chaque fois que mon poussin et Ma Canaille sont auprès de moi, je ne me sens plus une survivante, mais une battante, prête à aller de l’avant. Pourtant, dans mes moments de solitude, mon esprit s’obstine à me ramener vers les années noires. Quelque chose a changé. Au lieu de me laisser engluer dans ce passé morbide, je me bats de toute mes forces. Je ne suis pas encore parvenue à passer outre à tout, mais j’en prend bien le chemin et cela grâce aux quelques mots que m’a dit mon ex-mari. Cela ne changera en rien ce qui s’est passé, mais mes pas sont portés à la frontière du pardon. La rancœur et les désillusions s’estompent. Je dois enfin sortir le drapeau blanc, acquitter mon bourreau, signer l’armistice et passer à autre chose m’a-t-on dit. Plus facile à dire qu’à faire.
    Comme je m’y attendais, My Mother in Law est sonnée. Dorothy, dont j’utilise le prénom avec parcimonie dans mes chapitres -ainsi elle me paraît plus humaine- est tombée le cul parterre. Que l’on me pardonne l’expression. Le qu’en dira-t-on l’a submergé et pour le principe, le fis indigne a été banni -quelques heures- du palais. Phillip est mis dans le même sac évidemment alors qu’il n’était même pas dans la confidence. Quant à moi, je suis une entremetteuse. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes. Je sens que ma cousine va passer un sale quart d’heure car Madam’ désire -ordonne- sa venue. Sodishan a vraiment évolué dans son approche aux autres, car il s’est excusé du comportement verbal de mère chérie. Tout le monde en a pris pour son grade comme dirait Marcel.
    Dans l’un de mes chapitres je disais ne pas vouloir l’appeler maman, mais je me suis rendu compte que cela fait des années que je la nomme mumy. Ce n’est pas une méchante femme, mais elle a subi tellement de pression dans sa jeunesse que cela lui a façonné une force de caractère hors du commun. Je sais que sous ses airs bourrus, elle a un cœur. Elle m’a accepté dans son foyer alors que je n’avais aucun statut familial, je n’étais que la peste dont son fils s’était entiché. Je comprends qu’elle ait été ébranlée en apprenant que Sod allait devenir papa, mais était-elle vraiment obligée de poser des ultimatums? Phillip était inquiet, Mumy s’apprêtait à céder à l’appel du mauvais génie, alors c’est encore moi qui m’y colle. J’ai pris Yad sous mon bras et je suis allée la retrouver pour trois jours. J’ai confié ma petite pomme à Céleste et je me suis imposée sans carton d’invitation. Elle ne m’a pas jeté dehors, c’est bon signe, ni étreint non plus. Je suis chagrine chaque fois que l’on me parle nourrisson et je n’ai pas été enthousiaste lorsque Anaïs m’a fait part de sa grossesse, mais c’est à moi de faire un plaidoyer en faveur des deux tourtereaux. Et celui du fruit de leur amour aussi. J’ai dû trouver les bons mots puisque le dialogue s’est engagé, Sodishan me doit une fière chandelle, maintenant à lui et à sa dulcinée de défendre leur point de vue. Je suis allée chercher Yad au ‘‘Mushroom’’, il n’a pas compris pourquoi nous restions si peu. Le retour a été un rien maussade. Un petit tour à Palavas et il s’est calmé.
    Je suis vannée. Bébé est dans de meilleures dispositions, alors après pleins de câlins à notre fils, nous l’avons confié à Giselle pour un soir, et nous nous sommes octroyés une petite bulle de bonheur à deux. Pas du tout, l’on ne ressent aucune culpabilité. Pour être de bons parents, il faut aussi penser à soi de temps en temps.

    Il se pourrait que nous soyons de mariage, mais les tourtereaux ont d’autres chats à fouetter…


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  •    …Ma cousine et Sod nous on rejoint au domaine. Je suis abasourdie et consternée! 

    Je n’ai aucune idée de la façon dont je dois me comporter. Ash me dit que cela ne me regarde pas et il a certainement raison. D’ailleurs il accepte avec philosophie. Ma cousine est sur un petit nuage d’où il m’est impossible de la faire descendre. Quant à Sod je ne pense pas qu’il ait encore réalisé ce que cela implique? Anaïs me certifie qu’il est très heureux. Je ne serais rassurée que lorsque j’aurais eu une conversation privée avec lui. Le petit dernier va sur ses quarante ans cette année, il devrait quand même se rendre compte qu’un enfant n’est pas un objet que l’on peut expédier au diable vauvert lorsqu’il vous embarrasse. Et qui va annoncer cela à Madam’? J’en ai déjà la chair de poule. Mumy va péter un boulon, c’est certain. Une demoiselle J. dans la famille c’est déjà folklorique, mais si la cousine se présente à la porte du château avec le péché croissant dans ses entrailles, cela va être dévastateur. Qui vivra verra. Va-t-on survivre à la tempête?
    En fait, si j’ai du chagrin, ce n’est pas tant qu’Anaïs soit enceinte, mais qu’elle puisse donner un enfant à Sodishan. Normalement. La Bonne Mère en est témoin, Bébé et moi adorons notre poussin chaque jour un peu plus. Mais. Il y aura toujours un mais pour moi, car lorsqu’il s’agit de nourrisson je suis à la recherche de l’étincelle de regret que je voudrais surprendre dans les yeux d’Ash. Bien sûr qu’elle n’y est pas et il est vraiment heureux pour son frère c’est évident qu’il n’y a pas de jalousie. Ses parents ont su lui transmettre la flamme sacrée. Je suis la seule à souffrir à la place de mon mari pour ce qui ne sera jamais. Lui donner un enfant de chair à chair. Cette réflexion est imbécile je le sais avant même de l’écrire. Les conseils de Nadège seront les bienvenus. Je dois régler ceci une bonne fois pour toutes. D’ailleurs à propos de ma thérapeute, je dois saluer son savoir-faire. Je me suis confié sur mon alcoolisme bien des fois, et je reconnais que mon passage aux AA m’a fait un bien immense. Toutefois Nadège ne conçoit pas le problème de la même façon que ses confrères. Les réunions, le soutien, les encouragements sont nécessaires. Pourtant, le fait de récompenser la première semaine d’abstinence, puis la troisième, puis le premier mois, et ainsi de suite n’est pas à son sens une bonne approche. Et je le crois aussi. J’ai été heureuse de ‘‘tenir’’ trois années, mais cela m’a mis une terrible pression. Combien de temps me restait-il avant de me vautrer? Le comptage du temps d’abstinence réconforte certaines personnes, mais il en pousse d’autres à vouloir reprendre leur travers pour être applaudi lors de leurs efforts suivants. Depuis que je ne m’inquiète plus de savoir combien de jours me séparent de mon dernier verre, je me sens libre. Cela dit il m’arrive certaines fois de rester un peu trop longtemps devant le rayon alcools du supermarché. Il y a peu, je dois le reconnaître, j’ai ouvert une bouteille que j’ai vidé entièrement dans l’évier. Baloo et Mowgli faisait rire Yad à gorge déployée.
    Mon innocent petit garçon n’avait qu’à se blesser, ivre je n’aurais pas été capable de prendre les bonnes décisions. Cela remet bien les idées en place et m’a sevré d’un coup. Ce serait trop beau. J’ai seulement pris conscience que je n’avais plus rien à noyer dans l’alcool. Seul mon corps désirait encore ce poison. C’est là-dessus que je vais travailler lors de ma séance. Je suis heureuse que Nadège soit aussi présente lorsque cela m’est nécessaire. Sam habite à quelques kilomètres à vol d’oiseau de chez mon père, aussi suis-je allée lui rendre visite, seule. J’avais besoin de son réconfort, au lieu de cela, comme à son habitude c’est un coup de pied aux fesses qu’il m’a servi. Façon de parler évidemment puisqu’il est en fauteuil roulant. Je suis persuadée que Sam aurait pu être un formidable psy. Je me mets la pression pour tout et n’importe quoi me dit-il. Mon beau-frère et ma cousine sont des adultes, ils sont seuls responsables de leurs faits et gestes. À eux de voir la réponse qu’ils désirent rendre lors de cet évènement joyeux de principe, qu’est la grossesse d’Anaïs. Que j’en sois perturbée n’est pas leur problème, ils ont juste à choisir d’en faire un heureux moment ou un douloureux souvenir. Ce que j’en pense ne les regarde en aucune façon. Merci Sam, je te dois combien? Cela ne m’a pas vraiment rassurée. En réalité le but de ma visite était plutôt axé sur Christian. Mon ex-mari s’est excusé de la méchanceté et de l’agressivité qu’il a déversées sur moi lors de nos années de vie commune. Je l’ai senti sincère, mais j’avais besoin d’une confirmation. Sam est mitigé. Il connaît les raisons qui ont fait de Christian un monstre donc ce n’est pas en quelques mois qu’il pourra guérir de cette abomination qui s’est greffée en lui. Mais Sam est optimiste, Christian lutte de toutes ses forces pour ne plus avoir à lever la main sur une femme. Ses regrets croissent et c’est en prenant conscience de ses actes passés qu’il pourra dompter son traumatisme et les troubles qui en ont découlés. J’ai passé trois ans à ses côtés sans m’apercevoir que c’était toujours le même mode opératoire qui déclenchait ses crises. Et combien même? Il était trop en colère pour prêter l’oreille à ce que j’aurais pu dire dans ces moments-là. Je dois me mettre dans la tête que Marine n’est pour rien dans son comportement apaisé, ce sont uniquement les soins qu’il reçoit qui façonnent sa nouvelle personnalité. Maintenant je vais pouvoir passer à autre chose, mais je ne suis pas prête à l’absoudre. Un brin d’indulgence se développe en moi. Sam est une merveilleuse rencontre dans ma vie et il est certain que ses méthodes sont peu orthodoxes, mais chaque fois que je sors d’une conversation avec lui, je me sens comprise et soutenue. Cette fois-ci encore je suis repartie allégée.
    Anaïs veut ce bébé de tout son cœur, Sodishan n’a pas pris ses jambes à son cou lorsqu’elle le lui a annoncé alors pourquoi me ferais-je l’avocat du diable? Une petite voix dans ma tête persiste à me dire qu’ils ne se connaissent que depuis neuf mois. Je vais bien parvenir à la faire taire. Bon dieu que j’aimerais être présente lorsque Sod va annoncer à sa mère qu’il va être papa.
    Ce matin Papa J. a lancé l’idée du barbecue géant, comme cela, juste histoire de voir. Nous nous sommes retrouvés à vingt-cinq en train de préparer la salade niçoise avec encore et beaucoup de cafards, oups pardon, d’olives noires. Les tomates mozzarella baignent dans l’huile d’olives et les herbes de Provence et les tranches de melons croupissent -j’exagère à peine- dans un porto de douze ans d’âge. Les glaces et les fruits arrivent en service express avec les tantines. Papa a sorti ses bouteilles d’exception pour l’apéritif et le repas. Yad, sérieux comme un pape met la table avec son père et son oncle. L’oncle qui commence à flipper -il ne s’est pas enfui c’est déjà un bon début- en apprenant la venue d’Evelyne, l’une des deux futures grand-mères. L’odeur des grillades et des entrecôtes a attiré le père Ernest après l’office du dimanche, aussi l’avons-nous invité à faire ripaille en notre compagnie. D’accord, au départ il voulait juste se rafraîchir d’un petit jaune, seul plaisir terrestre qu’il s’accorde en dehors de la Lucette. C’est ce que disent les langues de vipère du village, et combien même, il ne fait de mal à personne lui. Je fais abstraction de son sacerdoce, car c’est une personne très agréable. J’ai laissé le bénéfice du doute à ma famille et je ne le regrette pas. Je me sens à ma place à présent et cela n’a rien à voir avec le décès de Jocelyne. Mylhenn tu es une menteuse. Un petit peu tout de même. Ma belle-mère a saccagé le palais de maman et je lui en veux encore. Moins. Tout se remet en place peu à peu.
    Au cours de notre séjour, Papa J. m’a plusieurs fois fait comprendre que je serais la bienvenue avec ma famille, pour de bon, au domaine. Je sais qu’il se sent seul, mais je suis encore fragile. Pas prête à devenir la châtelaine. Confier ma ‘‘Petite Paix’’ à Anaïs et Sodishan, pourquoi pas?

    Tout en doggy-style Chouquette, allez s’il te plaît? Franchement Bébé? Ma Canaille a de belles envies…


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  • …Dix kilomètres de jogging en moins de cinquante minutes. Bravo Bébé, tu es en forme!

    Mais Papa pensait que tu prendrais la voiture en te demandant d’aller chercher son journal. L’utile à l’agréable, tu n’es pas british pour rien! Depuis que nous sommes au domaine, la vigueur de Mon Fripon est plus qu’exceptionnelle. Le samouraï dort alors je me fais gourgandine et j’aime ça. Il faut dire que la petite pomme qui habituellement restreint notre libido est devenue l’ombre du quad de Gilles. L’ombre de Gilles et celle de son grand-père. Il les suit partout. Mon cœur explose de bonheur de le voir, tout comme nous le faisions Miriette et moi, pourchasser les merles et les papillons dans les allées.
    - Je peux marcher avec Gilles mumy? Ce n’est pas parfait, mais on se comprend. Tu veux aller avec Gilles, va, c’est ton père qui sera content. Rudyard ne se débrouille pas si mal que cela pour un minot qui ne parlait qu’Anglais il y à peine un mois. Le père en question est un véritable satyre qui me guette dans chaque recoin de la maison. C’est très agréable, sauf que mon père rôde lui aussi au détour des couloirs. C’est normal il est chez lui. Nous avons failli nous faire griller à la salle de bains du rez-de-chaussée. Il va me falloir apprendre à être plus discrète et ne pas glousser comme une dinde chaque fois que Bébé s’intéresse à ma petite culotte.
    Il nous a fallu quelques jours pour prendre nos marques. À présent je me rends compte combien cette maison m’a manqué. J’y retrouve l’ambiance de mes jeunes années en entendant piailler Yad du matin au soir. Cela me rend mes beaux souvenirs. Mes dernières rancœurs s’effacent au fil de ces jours heureux. J’ai été agréablement surprise en arrivant. L’intérieur est méconnaissable depuis la disparition de Jocelyne. Papa a suivi mes conseils et régulièrement il loue les services d’une entreprise de nettoyage. Les pièces fleurent bon les senteurs florales et la citronnelle. Les salles de bains sont entretenues avec soin et les chambres inoccupées sont aérées fréquemment. J’ai plaisir à revenir y séjourner. Même les fantômes de mes chères disparues se sont réconciliés avec les lieux. Je le sens. Les tensions, les peines et la colère qui m’habitaient se sont apaisées. Bébé me certifie que je ne suis plus la même. Je suis revenue à la maison. Je suis comblée. Dorénavant, je n’aurais plus ce poids sur les épaules lorsque je franchirais les grilles de notre patrimoine.
    En bons parents indignes que nous sommes, Bébé et moi paressons souvent sous la couette le matin. Yad vit sa vie et nous la nôtre. Bon j’admets que Giselle nous a accompagné, le temps de faire connaissance avec notre poussin. Mon père est gaga de ce gosse. Il en est à le réveiller pour le faire petit-déjeuner. C’est comme cela que ce matin nous les avons trouvés à se baffrer d’appétissantes gaufres dorées. Je n’en reviens pas. Yad mange. De vrais aliments et avec plaisir. C’est la pédiatre qui va être contente.
    - Gaufres de fraises avec papy! Dit Yad avant de nous rendre nos bisous. Les siens sont collants de confiture de fraises mais quel bonheur. Je me régale de son contentement.
    - Oui mon chéri, des gaufres tartinées de confiture de fraises! Le reprend Ash. Mon poussin s’exprime de mieux en mieux dans la langue de Molière, mais son phrasé mérite encore des béquilles. Le grand homme est perfectionniste et il ne peut s’empêcher de reprendre son fils. Il n’a pas tort cela dit. L’accent du petit me ravi. Je suis attendri lorsque je contemple Ash et son fils, Chocolat-Vanille comme les nomme Pat. Ils sont fusionnels, c’est peut-être excessif, mais s’il le fallait je les protégerais de ma vie.
    Un petit-dèj conséquent -une pomme et un thé- une bonne douche, des vêtements de pin-up et me voilà prête à sillonner les sentiers de mon enfance. En vérité, je veux monter au bassin pour y faire taire définitivement mes appréhensions. Monsieur J -c’est affectueux, je trouve que cela pose l’homme- m‘a fait la promesse que mon chagrin n’aura plus lieu d’être auprès de ces vieilles pierres. Ash à l’air d’être dans la confidence puisqu’il m’abandonne à mon destin. Bébé va -enfin- pouvoir travailler à sa thèse.
    La robe mi courte ample, le perfecto couleur azurelle et les bottines ajourées que j’ai passées me valent les regards indécents des saisonniers. J’ai l’impression qu’ils sont de plus en plus jeunes. Papa est en plein casting. Guillaume l’a briffé et mon père gère cela à la perfection à présent. La chaleur est muselée par le vent qui devient une véritable calamité pour les pousses nouvellement repiquées. Le ciel pommelé n’engage pas à sortir les shorts.
    Jusqu’à la lisière du petit bois de pins, le sentier est pavé de briques autobloquantes, c’est nouveau ça?
    Un grand sentiment d’ataraxie me saisit. Mon prof de philo, adepte du stoïcisme, cruciverbiste à ses heures perdues, aurait certainement pourri mon heure de cours en me demandant avec insistance à quel terme correspondait cette définition?
    - Mademoiselle, si je vous dis: appréciation exacte de la valeur des choses, que me répondez-vous?
    - Je n’en sais fichtrement rien monsieur! Ça c’était l’option. En réalité, je me serais contenté de lui sourire avec impertinence. Je me trouvais à dix mille lieues du stoïcisme à cette époque. La Joce me rendait dingue. Mes hormones aussi. Je devais à Julien, ou peut-être Kévin je ne sais plus, mes beaux rêves érotiques d’adolescente. Alors l’ataraxie me passait bien au-dessus. Aujourd’hui je la ressens.
    Je ne reconnais plus rien. Le bassin a disparu et la source est réapparue. L’eau chantonne joliment en ruisselant dans une conduite qui la promène jusqu’à un petit réservoir. Deux bories Provençaux miniatures ont été édifiés sur un tertre recouvert d’arums blancs. C’est bouleversant. Mentalement, je remercie papa pour ceci, je crois qu’il m’a enfin compris. Je l’embrasserai en rentrant. Mes chéries sont où elles doivent être, dans les souvenirs de nos jours heureux et non plus dans les ressentiments qui m’ont poursuivi toutes ces années. Je viens de décider que ce ne seront plus que de bons moments que nous vivrons au domaine et Yad est le lien qui tissera notre nouvelle histoire familiale. Je suis incapable de dire combien de temps je suis restée en ce lieu de paix. Toujours est-il qu’ensuite mes pas m’ont porté jusqu’à l’ilot aux muriers. Qu’elle n’est pas ma surprise en apercevant qu’une petite cabane y est en construction. Papa pourri ce gamin, je vais devoir lui en toucher deux mots. D’autant que c’est assez isolé ici. Ce n’est pas pire que la cabane que nous avions au bord de la rivière Miriette et moi. J’oublie un peu trop que Yad va grandir. Les ceps ont encore une fois passé l’hiver et un petit murier a été repiqué. Il dresse vigoureusement son faîte. La tradition des naissances est respectée, Rudyard fait partie intégrante de la famille. Je ne me suis pas rendue compte de l’heure ni de ma fatigue. Mon chevalier est arrivé sur sa monture juste avant que je ne m’écroule. Ash qui pilote un quad, ça vaut le coup d’œil, mais bon cela part d’un bon sentiment. J’ai bien cru qu’il allait me faire le coup de la panne derrière le mur aux framboisiers sauvages de l’ancienne maison des maîtres. Je suis déçue, il ne s’est pas arrêté. Un mince filet d’eau coule dans la rivière., Il a pas mal plu ces dernières semaines. La chapelle en ruine est toujours fidèle à son poste, tel un phare qui guide les voyageurs à bon port. J’aime ces vieilles pierres, les mêmes que celles de la forteresse nous a-t-on dit. Je suis enchantée de ma balade, mais cet après-midi je ne vais pas y couper, ce sera sieste obligatoire. Évidemment je ne peux pas dormir et cela me permet de réfléchir au calme. Mon poussin dort à poings fermés contre moi. Il y en a au moins un à qui la sieste profite. Mes pensées me conduisent vers le grand portail en bois clouté. Il va falloir que je me décide à demander à mon père de le faire restaurer. La grande arche au-dessus était magnifique à l’époque. J’aimerais revoir ses fières arabesques en fer forgé. Quant au battant descellé, un bon artisan serait capable de le remettre en place rapidement tout en donnant à l’ensemble un coup de neuf. Seulement face à monsieur J. je suis encore une petite fille et le portail risque de rester encore longtemps en décrépitude. J’ai dû m’endormir car je ne me suis pas aperçu du départ de Yad. Par contre je l’entends rire aux éclats. En me penchant à la fenêtre, je l’aperçois en train de faire une course à vélo avec son père. Mon grand benêt lui donne de l’avance et le minot est ravi. Avec le temps, je crois que cela ne me déplairait pas de rendre visite à papa plus souvent.
    Ma cousine rayonne. Elle est venue nous rejoindre au domaine pour deux ou trois jours en compagnie de Sodishan. Ils ont quelque chose de chouette – ce sont ses mots- à nous apprendre. Cela m’a l’air d’être toujours une affaire qui marche entre eux. Comment dit-on déjà? Cela se pérennise. Certes le mauvais garçon de la famille est encore bien lunatique, mais au moins il n’a plus sa XE pour unique sujet de conversation lorsqu’il daigne nous adresser la parole ses jours de foucade. Et je le crois sincère dans ses actes lorsqu’il enveloppe ma cousine dans ses bras pour l’embrasser avec …entrain. Il a confié à Bébé qu’il est vraiment ‘‘grave’’ amoureux de la petite Frenchie. Jusqu’à quel point?

    Suis-le la seule à prendre la situation en considération dans son ensemble? Je m’inquiète…


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  • …Aujourd’hui c’est papa qui m’a amené. Mon papa! Et si tu disais bonjour minot? 

    Le petit bout a débarqué au jardin d’enfants en pétant le feu. Personne n’a pu ignorer qu’Ash était son père. Odile et Christelle ont eu toutes les peines du monde à tempérer le petit monstre. Étienne, le petit camarade de Yad a dû en prendre pleins les oreilles du papa mon papa. Déjà que mon poussin insiste pour lui donner des cours particuliers d’anglais. Rude professeur paraît-il. Yad ne maîtrise pas encore l’art des convenances, à savoir ne pas bassiner ses petits camarades, pourtant la collectivité il connaît. Si on le remet à sa place, Rudyard reviendra à la charge. Je ne m’inquiète pas, il va bien c’est l’essentiel. J’ai eu plusieurs journées difficiles où il m’a fallu utiliser mon FTT. En expliquant correctement à mon fils de quoi il retournait, je me suis sentie rassurée moi-même. Le petit ne prend pas cela avec tristesse. Il m’a expliqué qu’à la structure Hugo ne peut pas marcher mais qu’il n’est pas malheureux parce que tout le monde l’aide. «On fera pareil pour toi mumy» me réconforte-t-il. La première chose qu’il fait en rentrant du jardin d’enfants, c’est de me câliner et de me dire que je suis la maman qu’il aime le plus. Je ne sais pas comment je dois le prendre, mais ce qui est certain c’est que le petit bout a de l’affection pour moi et cela ravage mes certitudes. Pendant longtemps je me suis imaginée que je ne serais jamais mère, jamais une bonne mère. J’ai un fils, nous avons un fils adorable. Une cure intensive d’anti-inflammatoires et ça repart. La S.A, pas que! J’ai dépensé sans compter -comme dirait un certain John Hammond- de mon temps et de mon énergie pour le bien-être de Rudyard. Un moment ou à un autre je devais bien rendre des comptes à ma frêle carcasse. D’accord, je reconnais que j’ai perdu beaucoup de poids ces derniers temps. Rien d’alarmant, mais à surveiller. Bébé fait la sentinelle alors rien de grave ne peut m’arriver. Euh …je parle trop vite là! Les deux canailles que nous sommes, mon mari et moi, sont un peu restreintes dans leurs amusements coquins. Certes Yad dort à poings fermés toutes les nuits, mais pour ce qui est de la journée c’est autre chose. Le jardin d’enfants nous rend un créneau bienvenu pour nos bêtises. Il est vrai que le slow mousse et la walkyrie sauvage qui s’ensuit commençait à nous manquer. Parents d’accord, mais rester fripons est essentiel pour la bonne marche d’un couple. Bébé n’a pas perdu la main. Oups, le choix de l’expression est pour le moins évocateur. Dix heures trente et je me retrouve en tenue d’Ève sur le divan. Mon Fripon est en forme et les prolongations sont fort plaisantes. Toute à nos délires, j’ai oublié de prévenir Ash de la venue de Marceau. Bébé a dû mettre trois secondes pour ajuster sa chemise et passer un pantalon. Moi je suis allée me cacher dans la salle de bains, un sourire banane sur les lèvres. L’amour n’a pas d’âge, je confirme. Papa a désherbé le jardin et le voisin devait récupérer les tas d’herbes sèches pour son compost de fumier. Il a juste choisi le jour où Bébé et moi refaisions connaissance.
    Ash m’a appris que son frère, Hylam, a avoué sa liaison passée avec Amy à son épouse. Je ne suis pas tout à fait convaincue du bien-fondé de la confession. Il y a du bon en chacun finalement, ou de la stupidité. Le temps nous le dira. Depuis cet aveu, le pauvre Hylam se retrouve servi d’une sacrée soupe à la grimace. Hailie et lui filaient le parfait amour depuis l’été dernier, ils avaient même envisagé d’agrandir la fratrie. Hailie a été conquise par Meryl et Evelyn, les jumelles qu’elle accueille parfois. Là tout est remis en question. Madame fait chambre à part le temps de la réflexion lui a-t-elle dit. Éventuellement du pardon. Il manquerait plus que Mumy soit mise au courant, le pauvre garçon voudrait passer un sale quart d’heure. Cela dit je pense que c’était ce qu’il avait de mieux à faire car il vivait depuis trop longtemps avec cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Tout se sait un jour dans leur milieu. D’autant qu’Hailie s’est toujours posée de nombreuses questions. Elle a longtemps fait l’autruche, mais son instinct de femme lui lançait des appels et j’étais très mal à l’aise lorsqu’elle me questionnait. En même temps je suis de parti pris. J’en veux encore un peu à Hylam de m’avoir mêlé malgré moi à ses fredaines. Je souhaite juste qu’Hailie ait assez de ressource en elle pour prendre la bonne décision. Hylam a été honnête après tout. Avec retard, je le concède.
    Ma chère Pat. Comme elle est heureuse pour nous. Elle en avait les larmes aux yeux en me voyant avec le petit sur les genoux. Marcel et elle revenaient d’une excursion en camping-car dans les Landes et ils se sont arrêtés pour un jour ou deux au camping voisin de ‘‘Phébus’’. Il y a peu de monde, le temps ne s’y prête pas, alors ils seront tranquilles. Tandis qu’Ash et Marcel se rendent au port entre deux averses, Pat et moi refaisons le monde devant un thé sur la terrasse. Je ne peux que rougir et avoir moi aussi la larme à l’œil lorsque ma gentille Pat me dit qu’elle est très fière de moi. Fière du chemin que j’ai parcouru à la force de mon courage. Elle n’a pas oublié d’où je reviens, ni mes doutes, ni mes erreurs, ni mes années virtuelles qui m’ont un temps fait régresser plus qu’elles ne m’ont véritablement encouragé à déployer mes ailes de confiance. Me conforter dans le fait que j’étais incapable de progresser seule, oui. Il m’arrive de penser à cette époque -rarement- et cela me fait encore mal. Les sentiments se sont envolés, mais le malaise est toujours là. Je me sens méprisable au possible. Mon manque d’honnêteté se limitait à des non-dits, mais cela a suffi à flétrir pour longtemps le peu d’estime que j’avais déjà de moi-même. Mon mentor avait le même âge que Pat et je comprends à présent pourquoi cette relation l’inquiétait tellement. Vingt-cinq ans d’écart. Ma thérapeute m’a laissé entendre que je recherchais le père que je n’avais plus. Possible, mais pour moi les sentiments amoureux éprouvés étaient bien réels. Le conseil que je donnerai -si tant est que l’on m’en demande un- ce serait de bien réfléchir avant de se lancer sur les applis de rencontres, parce que l’on ne maîtrise rien. J’ai l’impression de rabâcher alors je n’y reviendrais pas, mais je me suis brûlée et cela met un temps infini à cicatriser. Bébé me dit que c’est parce que j’ai une conscience. Patricia me trouve radieuse et c’est le plus important. Je fais partie intégrante de sa famille, elle a été ma balise et est devenue une seconde mère. Yad est un bonus pour elle, un petit-fils de plus.
    En parlant de petit-fils, Yad a accompagné son grand-père aux maraîchages. Il nous a rapporté une barquette de radis qu’il a cueilli lui-même. Il n’en est pas peu fier. Les asperges, les petits pois et les pommes de terre primeur sont dans sa chambre? Yad veut apprendre avec Florence à prononcer leur nom correctement avant de nous les donner. Il a du caractère ce petit. Nous avons de la chance Flo est attendue pour le lendemain de la cueillette. Je suis émerveillée de la capacité d’adaptation à toutes situations de ce bambin. Il a adopté notre famille avec une facilité déconcertante. Sa famille, celle qu’il représente au moins trois fois par jour sur son bloc à dessins où il me faut noter chaque nom correspondant. Tante Madeleine ressemble à une cacahuète, oncle Richard à un Pokémon et papa à tout l’air d’un animal -je ne sais pas lequel- sur les œuvres de mon poussin, mais ce sont les plus beaux dessins du monde. Flo vient de me délivrer d’un gros souci. Grâce à son association, pour les jours où je serais ‘‘cassée’’, elle vient de trouver une nounou pour mon petit garçon. Giselle, en fin de vingtaine, sera parfaite pour me seconder dans le quotidien de Rudyard. Giselle est parfaitement écrit. La maman de cette jeune femme adore le ballet du même nom, d’où l’orthographe de son prénom. Je mets parfois cette mélodie en musique de fond lorsque j’écris. C’est un bijou.
    Les petits bons que m’a offert Bébé pour mon anniversaire pimentent à merveille nos désœuvrements. Puisque Yad vit sa vie de son côté, j’ai choisi l’option virée en amoureux, où tu veux quand tu veux. Et je n’ai pas été déçue. Ce fut un petit intermède joyeux au moment du déshabillé-habillé. Ma Canaille est un chenapan. Un échange de petite culotte s’est avéré nécessaire juste avant le départ car Bébé avait encore réussi à me convaincre de laisser place à nos bas instincts. Il est vraiment doué pour cela. Bref, c’est pimpante avec ma belle robe à fleurs couleur pastel que je me suis présentée chez les tantines accompagnée d’un grand voyou. Notre éducation nous a fait nous plier aux exigences de la bienséance pendant une dizaine de minutes avant de pouvoir nous asseoir. Et encore, parce que bébé a payé une ‘‘tournée’’ aux habitués du bar. Pour nous faire patienter Mamaiette nous a offert l’apéritif et c’est là que mon regard s’est posé sur …Christian! Cette fois-ci, même surprise, ma peur n’a pas pris le dessus, juste de la curiosité. Les ravages de ses années prison ont disparu. Je n’irais pas jusqu’à dire que je le trouve beau, mais il a retrouvé de sa prestance et de son arrogance aussi, car il ne me quitte pas des yeux pendant de longues minutes. Je crois que le fait d’oser l’affronter enfin du regard le déstabilise et c’est lui qui cède le premier. Mon sourire est triomphant et Ash se demande ce qui m’arrive. J’ai toutes les peines du monde à l’empêcher de se retourner lorsque je lui apprends la présence de mon ex-mari. Un dernier coup d’œil sur mon passé et je me concentre brièvement sur la présence féminine à ses côtés. Marine me paraît en pleine forme, aucune ecchymose ne couvre ses bras et elle a de quoi manger dans son assiette. Le loup a perdu ses belles dents apparemment. Je me désintéresse totalement d’eux, j’ai tourné la page. Merci Bonne Mère.
    Comme à leur habitude mes tantes ont cherché à nous engraisser pour que l’on serve de dinde de Noël. Ratatouille-jambon à l’os pour moi et lapin-gratin de courgettes pour ma tendre moitié. Bébé a droit à sa bassine d’île flottante avec des tonnes de caramel effilé que nous avons partagé. C’est vrai que la vanille bourbon fait toute la différence. Nous avions à peine terminé, que mon père nous a rejoint avec Rudyard qui, avec la discrétion qui caractérise un bambin de trois ans et demi, se jette dans mes bras en hurlant mumy mumy à pleins poumons. Les clients ont tous souri, mon poussin doit être irrésistible dans l’affection qu’il me porte. Je suis incapable de m’expliquer pourquoi mon regard a cherché celui de Christian. Il m’a été impossible de définir ce qu’exprimaient vraiment ses yeux, mais dès cet instant j’ai su que c’est moi la grande gagnante. Ash et papa sont allés prendre un café au bar et offrir une glace à Yad, j’en ai profité pour aller prendre l’air dans la cour près du parking. J’avoue que la présence, aussi sereine soit-elle, de Christian m’a bouleversé. Je ne l’ai jamais connu ainsi, sauf au début de notre relation, aussi détendu et paisible. Pacifique je dirais. Je rêvassais en regardant le massif de rosiers nains des tantines lorsque j’ai entendu des pas derrière moi. J’ai sursauté en reconnaissant ceux de Christian et mon cœur s’est mis à battre la chamade.
    - Désolé si je t’ai fait peur. Je devais te parler, mais tu as toujours ton cerbère qui te suis!
    Désolé? Christian n’a jamais été désolé de sa vie. L’homme qui se trouve face à moi n’est pas celui que j’ai connu et quelque part cela me fait mal. Marine a réussi à en faire un être humain alors que moi j’en ai été incapable.
    - Voilà, Sam a dû te dire que je suis une thérapie depuis plusieurs mois?
    J’ai juste la force d’acquiescer d’un signe de tête et je tremble comme une feuille.
    - La psy m’a conseillé de m’excuser pour mon comportement alors je te demande pardon Mylhenn! Pardon pour tout ce que je t’ai fait. Je n’ai pas obligation à te le dire, mais la rage que j’ai déversée sur toi était dirigée contre quelqu’un qui m’avait fait à moi aussi des horreurs. Je ne sais pas si tu pourras un jour me regarder autrement qu’avec du dégoût, mais je t’assure que je regrette sincèrement!
    J’ai envie de rire et de pleurer, les deux à la fois, pourtant je ne sais pas comment me comporter. Je suis anéantie en prenant conscience du gâchis d’une quinzaine d’années de nos vies. Mes larmes coulent malgré moi. Quelque chose vient de se dissoudre, moi probablement, l’ancienne Mylhenn qui souhaitait tellement entendre cet homme me demander pardon. Il vient de le faire et je suis à ramasser à la petite cuillère. Ma thérapeute avait raison. L’amour est difficile à tuer. Je n’aime plus Christian, ça c’est clair, mais il subsistera toujours en moi une émotion. Et cette culpabilité de n’avoir pu le changer ne s’effacera jamais non plus. Pourquoi Marine y est-elle parvenue?
    - Tu sais, il y a autre chose. Toutes les conneries que j’ai récemment dites à Sam et bien c’était mes dernières cartouches, de cela aussi je m’excuse! Je me sens moche Mylhenn! Tu vas bondir en entendant cela, mais je t’autorise à me haïr à vie!
    Je vois bien qu’il cherche mon absolution et je ne suis pas prête à la lui donner maintenant. Pas tout de suite. Le pire c’est que je suis loin de le haïr. Nous sommes face à face comme deux benêts à nous dévisager sans pouvoir bouger. Je ne suis pas en mesure de parler. Il le sait et il en profite pour passer sa main sur ma joue. Malgré moi j’esquisse un pas de recul. L’habitude.
    - Excuse-moi, je n’aurais pas dû! Il recule à son tour.
    - Ce gamin a bien de la chance de t’avoir pour mère! Je n’ai pas vu Christian s’éclipser, mais je l’ai parfaitement entendu me reconnaître en tant que mère et c’est cela qui m’a achevé. J’ai nourri une telle haine contre cet homme qui m’a infligé tant de souffrances que ses excuses ma laisse vide soudain. Creuse. Laisser partir ce qui a été, durant des années, mon principal moteur ne sera pas une mince affaire. Aversion, haine et rancœur sont des poisons addictifs. Comme pour mon père, un jour j’accorderai ce pardon que mon ex-mari me demande. Là c’est trop tôt. Le cerbère comme il dit m’a trouvé en larmes sur le parking, je sanglotais devrais-je dire. Je n’ai pas eu à m’expliquer, Bébé venait de croiser Christian. Ses velléités de représailles ont cessé lorsque je lui ai appris que celui-ci s’était excusé. Pour Ash, mes larmes sont celles du soulagement alors pour ce qui est de ma culpabilité, je m’en arrangerai seule. Ma petite pomme n’a pas remarqué mes yeux rouges. À peine douché et restauré, il s’est endormi quelque part entre ‘‘Il était une fois’’ et ‘‘un prince viking’’. Bébé me certifie que mes yeux sont pailletés d’étoiles ce soir. Mon cœur déborde d’amour pour Ash et Yad, c’est pour cela.

    Yad va faire connaissance avec le domaine familiale. Pourvu qu’il apprécie…


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  • …Jour après jour, j’assiste à de petits miracles qui me réjouissent!

    Le visage barbouillé de crème d’avocat, un grissin dans une main, un bâtonnet de mozzarella dans l’autre Yad me raconte sa journée au jardin d’enfant que dirige ma cousine Odile. C’est une petite structure, tout au plus une douzaine d’enfants de deux à quatre ans. J’aurais pu inscrire Mon Poussin à l’école maternelle mais il ne s’y serait pas senti à l’aise. Ash tient à ce qu’il s’exprime en Français dans ma famille et en anglais dans la sienne. Actuellement Rudyard à un vocabulaire de quelques mots, mais il ne sait pas encore construire de phrases complètes en français et je ne veux pas que cela devienne matière à moqueries. Les enfants sont cruels entre eux. Le miracle n’est point dans son approche à l’autre, il s’est déjà fait un copain, mais dans le fait qu’avec les tantines la nourriture soit un art de vivre et qu’elles parviennent à initier mon poussin qui se laisse faire avec bonheur. Le voir ingurgiter autre chose que de la compote, un lait biscuité ou une soupe de Floraline me ravi. Yad semble apprécier la cuisine provençale. Depuis que nous sommes à Palavas, il n’utilise son biberon que pour le jus d’orange du matin. Mon poussin a avalé de bon cœur une purée de courgettes agrémentée d’œufs de cailles. J’ai applaudi mentalement ma tante Madeleine. Avec elle, pas question d’ignorer les bienfaits de l’huile d’olive. Bref, Yad a expliqué tout fier à son père sur ‘‘skypie’’ qu’il avait mangé de bons légumes ‘‘mieux que chez la maison’’ -traître- Ash était plié de rire en m’entendant protester. Mes plats de légumes sont délicieux non mais.
    Les bêtises ont miraculeusement cessé depuis que nous sommes arrivés à Palavas. Euh …pas tout à fait! Ces jours-ci Yad a appris à maîtriser les ciseaux et il n’a rien trouvé de mieux que de découper quelques pages de son livre de contes. Il voulait de grosses lettres pour écrire des ‘‘mots’’. Afin d’éviter une énième catastrophe, j’avais confisqué l’encreur à tampons de sa mallette de travaux manuels, mais j’ai oublié d’ôter les petits ciseaux à bouts ronds. Difficile de penser à tout. Déjà qu’avec la peinture, les craies grasses et la pâte à modeler je suis bien occupée. Certains soirs mes remèdes sont les bienvenus.
    Je pense aux jours où mes douleurs seront vraiment insupportables et je ne sais toujours pas comment je vais gérer ceci et je suis inquiète. Flo fera une excellente nounou occasionnelle, mais elle en fait déjà tellement pour moi. Quant à Céleste, je ne peux exiger d’elle qu’elle s’expatrie cinq mois par an loin de son mari. D’autant qu’elle gère certaines tâches chez Madam’. Je sursois comme dirait Bébé, et lui laisse en prime la prise de décision.
    «Maman elle est où la mer?» C’est ainsi que Rudyard et moi nous nous sommes retrouvés à ‘‘Phébus’’ pour une semaine. La température est estivale. Notre poussin apprécie la ‘‘Petite Paix’’, il s’y est déjà construit son petit univers, mais il est inexorablement attiré par la grande bleue. Cela me ravit. Sitôt arrivés, il se serait précipité dans les vagues hawaïennes si je ne l’avais pas retenu. La mer est déchaînée et fait concurrence à l’océan ces derniers jours. L’écume se déplace à la vitesse de petits camarguais lancés au galop. Ce que je préfère moi, ce sont les grondements des flots qui me bercent la nuit. Ash doit travailler sa thèse aussi est-il venu nous rejoindre. Grâce à Sodishan qui fend les airs et l’asphalte pour rendre visite à sa belle le plus souvent possible, Ma Canaille a adopté le même mode de déplacement. Il réserve un véhicule à l’aéroport et il se fait plaisir avec leur flotte prémium très abordable. Et surtout conforme au standing de monsieur. Je crois que si je devais faire un reproche à mon mari, ce serait son amour immodéré des belles voitures. Le comble, c’est qu’utilisant ce système location, une fois à destination Bébé ne se sert plus que de mon ‘‘dauphin’’. Le moins que je puisse dire c’est qu’il a un sacré sens pratique. Ne surtout jamais lui rappeler que ses premiers attelages n’étaient que des utilitaires! En plus, avec les années, il devient maniaque en proportion du prix déboursé pour ses joujoux. L’homme parfait n’existe pas! Aussitôt arrivé, aussitôt obligé de faire le triton avec son fils. J’étais morte de peur en les voyant plonger et disparaître sous l’écume. Leurs éclats de rire me redonnaient vie. Je suis envahie d’une chaleur incompréhensible -un halot- lorsque j’observe Ash et son fils. J’ai une famille, je possède un trésor. Je suis en vie. À des années lumières des miasmes qui agitaient mes pensées il y a si peu. Je suis enfin heureuse. En parlant d’apaisement, je crois que le cœur de mon père a cicatrisé. Son deuil fait, il est serein. Je n’ai pas obtenu de véritables excuses pour nos années tempêtes, mais il m’a offert un cessez-le feu que j’ai saisi au vol. Plus qu’un cessez-le-feu, une délivrance. Ses larmes mêlées aux miennes ont servi d’antidote au poison qui intoxiquait mon cœur et corrompait mes sentiments.
    Nous sommes allés tous deux sur la tombe de nos chères disparues. Il a fait rénover entièrement le caveau de famille et pour preuve de son pardon posthume, le nom de ce petit frère que je n’ai pas connu est gravé sur la stèle, en-dessous de celui de Miriette. ‘‘Les larmes les plus amères que l'on verse sur les tombes viennent des mots que l’on a pas dits et des choses que l'on a pas faites’’ Cette citation d’Harriet Beecher Stowe, que j’ai utilisé comme mantra durant des mois avec ma thérapeute, n’a jamais été aussi authentique. Les larmes d’amour sont douces elles. C’est presque sereine -les anciennes douleurs ont la vie dure- que je me suis rendue sur la tombe de ma belle-mère. Une prière à la Bonne Mère ne peut pas faire de mal. Même si à présent je sais qu’elle était malade, je ne peux pardonner totalement à Jocelyne. Cela ne regarde que moi. Serge, l’ami paysagiste de papa, a composé une magnifique sépulture végétale. À chaque belle saison le chèvrefeuille engloutira joubarbes et santolines puis de cycle en cycle la nature veillera à magnifier l’âme de celle qui repose en-dessous. Comme s’il nous avait accompagné, Ash savait déjà que j’avais fait la paix avec mes esprits dévoreurs à mon retour. Je l’ai compris au regard qu’il a posé sur moi, il s’y lisait une sorte de soulagement. Rudyard qui connait à peine mon père, il faut le dire, a sauté dans ses bras et lui a fait un gros câlin. J’ignore pourquoi, mais à cet instant, j’ai comme l’impression que quelque chose vient de lâcher prise, de me lâcher. C’est à la fois douloureux et plaisant de savoir que Miriette et maman sont enfin au paradis. J’en suis persuadée.
    Dans la soirée nous avons essuyé un gros chagrin. Notre petite pomme avait égaré son doudou. Celui que je lui ai offert n’avait plus grande importance. Il voulait son doudou mouton. J’en avais mal au cœur d’entendre ses pleurs déchirants. Persuadé qu’elle savait où il était, l’angelot demandait à ce que l’on appelle Abby, sa nourrice de la structure. Il faisait peine à voir. J’en étais presque à pleurer avec lui lorsqu’à vingt et une heure notre sauveur s’est présenté à la porte. Papa a fait une longue route sous la pluie pour le rapporter. Le minot l’avait oublié à ‘‘Phébus’’. Cela nous a servi de leçon, dorénavant nous surveillerons la paire. Le fiston et le doudou. Tant pis pour les bonnes résolutions, pour finir de le réconforter je lui ai préparé un biberon. Dix minutes plus tard il dormait à poings fermés. Avec ces mots d’Alex Haley, ‘‘Les grands-parents saupoudrent de la poussière d'étoiles sur la vie de leurs petits-enfants’’, tout est dit.

    Il va sans dire que j’ai retenu mon père pour la nuit. Être parents est quasiment un apostolat…


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  • …Je suis fière que mon petit garçon ait l’esprit aussi créatif. Chut! Reste modeste Mylhenn!

    Nous avons passé une heure à chercher le téléphone de Bébé. Il était caché dans le meuble porte parapluie de l’entrée. L’une de ses chemises unies Burberry ayant été agrémenté de belles fleurs multicolores Ash était vraiment colère. C’est moi qui ai essuyé l’orage. Ensuite l’angelot a refait le décor de la tapisserie de sa chambre à l’aide de mon rouge à lèvre. Cela a été une belle découverte. La tapisserie est lavable, ouf! L’appareil à glaçons du réfrigérateur est un jouet formidable et j’ai failli y laisser une cheville. Ensuite il y a eu le magnifique bouquet que m’a offert Yad après avoir cueilli les fleurs que venait de repiquer Grady. Bref tout est normal. Ce petit me rappelle quelqu’un…
    En accord avec la pédopsychiatre de notre poussin, nous venons d’opter pour une rupture nette d’avec son ancien monde. Tergiverser n’équivaut qu’à reculer pour mieux sauter. Et cela est très difficile pour les pauvres parents que nous sommes devenus. J’exprime les faits de façon légère, mais Bébé et moi avons approché le côté obscur de la force pendant plusieurs jours. Yad tient absolument à nous montrer de quoi il est capable. Il nous teste à l’extrême. Mettre son bol à l’évier n’est pas une tâche ardue me semble-t-il? Sujet de gronderie. Piocher dans mon assiette -je fais l’effort de me nourrir normalement lorsqu’il est à table avec nous- au lieu de grignoter son croque-monsieur? Sujet de gronderie. Marcher nus pieds sur le carrelage de la cuisine alors qu’il possède de belles pantoufles. Re-sujet de gronderie. Il sort ses vêtements propres de la penderie pour les fourrer dans le tambour du lave-linge. Il jardine avec Grady et collectionne les vers de terre. Les bestioles succombent tranquillement dans la baignoire. Je passe mon temps à reprendre le petit bout. Je dois bien lui inculquer certaines notions n’est-il pas? Il cumule, je me dis qu’il faut bien que jeunesse se passe. J’ai failli baisser les bras, à quelques heures du départ, lorsqu’il a fallu que j’explique à notre entourage que je n’étais pour rien dans la coupe de cheveux affreusement bizarre de notre fils. Yad s’est essayé à l’auto coiffure et résultat des courses, une frange sur le haut de la tête et des mèches tailladées n’importe comment. Très élégant. Ash était fou. D’autant que notre petite pomme a de très belles boucles qu’il devait porter en catogan comme son père. Tout à refaire. J’espère que Yad va bientôt prendre conscience que nous ne l’abandonnerons jamais malgré ses facéties.
    Ce petit se pose beaucoup trop de questions pour son âge et je serais d’avis de lui transmettre son histoire familiale dès à présent. Il est persuadé que sa maman l’a abandonné parce qu’il était trop méchant. D’un autre côté il n’a que trois ans, est-il capable de comprendre que les adultes peuvent faire de grosses bêtises sans les regretter, sans voir qu’ils font du mal à ceux qu’ils aiment? Comment faire accepter à ce petit bout que si sa mère l’a confié à des étrangers c’était par amour, pour le protéger? Personnellement je le pense en mesure de l’entendre mais cela n’engage que moi. Nous sommes ‘‘validés’’ comme parents, c’est net. Avec Bébé cela a fait tilt dès leur première rencontre l’an dernier. Avec ses mots, Yad a expliqué à sa thérapeute qu’Ash est son papa d’avant sa naissance. C’est limite flippant dans la mesure ou mon mari a plus ou moins ressenti la même chose en découvrant le petit. Il pense qu’il nous était destiné disait-il lors de nos entretiens psy en vue de l’adoption. Il m’arrive parfois de me demander si moi je suis au bon endroit. Les bisous tendres de l’un et de l’autre, leurs bras affectueux qui m’enserrent et leurs mots d’amour me font vite oublier le doute qui m’assaille. Rudyard me chantonne ‘‘i love you mumy’’ une vingtaine de fois par jour alors je ne me sens pas exclue du cocon. Lorsque bébé porte son regard sur son fils, je perçois sa fierté et toutes les attentes qu’il lit en lui. Yad est vif d’esprit et entreprenant cela devrait suffire pour l’instant. Je ne crois pas que lui lire dès à présent Les Songes D’une Nuit D’été soit absolument nécessaire. Nous n’en sommes pas là, mais l’éducation que Papily et Mumy ont donné à leur fils est pour le moins payante alors je pense qu’Ash va exiger beaucoup de ce petit. Pas trop j’espère. Notre Petite Pomme va devoir intégrer exil et disparition de son ancien monde. C’est beaucoup pour un petit bout de chou. Je compte sur ma chère Provence pour lui rendre dynamisme et enthousiasme. En effet, veille du départ il est un brin chafouin. Il réagit comme si nous n’allions jamais revenir et c’est tout à fait normal m’a-t-on dit. Ce n’est pas une raison pour ne pas dire au revoir à son père, pour bouder pendant tout le vol et refuser un sourire de remerciement à l’hôtesse qui lui apporte une briquette de jus d’orange. D’accord, tu as du caractère, et la politesse garçon?
    C’est donc à la descente de l’appareil que Rudyard a voulu appeler son père et comme de bien entendu Ash n’était pas joignable. Grand moment de solitude dans le hall de l’aéroport. Heureusement, mon oncle gère la situation comme un chef. Lorsque le minot aperçoit le véhicule de Richard, il rend les armes aussitôt. Si dans la fratrie de Bébé ils sont anneaux, étoile et félin, chez nous ce serait plutôt méhari et 2CV qui l’emportent pour le côté pratique. Papa donne dans le SUV bourgeois lui. Durant le trajet de retour je souhaite ardemment que la Bonne Mère m’accorde la grâce de passer inaperçue dans l’épave du tonton, mais avec Rudyard qui piaille comme un pinson à l’arrière cela ne va pas être possible. Ma ‘‘Petite Paix’’ est propre comme un sou neuf. Je ne trouve pas de mots pour exprimer ce que je ressens en retrouvant mon ‘‘chez moi’’! Cette maison a longtemps été le pansement qui cicatrisait mes blessures à vif, à présent elle est le cocon moelleux qui entretient ma guérison. Seule avec mon fils -je me demande parfois en quoi j’ai mérité ce petit garçon? C’est un tel bonheur- je lui parle de son arrière-grand-mère. Ce petit est curieux de tout et pour un minot de trois ans je le sens étonnamment concerné.
    Avec ravissement, Yad court d’une pièce à l’autre en hurlant sa joie. J’aimerais être rassurée, est-ce qu’un enfant sait exprimer ses satisfactions autrement qu’en criant? Près de la chambre réservée aux invités il restait un espace des combles à aménager. Papa en a fait un douillet cocon pour son petit-fils. Une petite pièce aux allures de chalet tout en lames de pins aux couleurs tendres. Le lit est incorporé dans la cloison. Je reconnais la patte de Florence pour la décoration, c’est confortable et chaleureux. Il est à peine quatorze heures, Rudyard veut déjà aller dormir dans son petit lit-maison. Une fois de retour au rez-de-chaussée il a découvert la varangue où l’attendait son vélo. Ça promet! Et pas que? Mon père a installé un portique avec une balançoire et des agrès dans le jardin, non loin de la cabane. Yad est comme fou. Il ne sait plus où donner de la tête. Je crois que bébé et moi n’auront plus droit à ladite cabane. Notre petite pomme vient de se l’approprier pour la bonne raison que mon père y a déposé deux caisses de briques multicolores aux accessoires ludiques. Il va en faire un enfant gâté et cela je ne le veux à aucun prix. Je vais devoir remettre les choses à leur place. Cela dit je pense que papa se fait pardonner par l’intermédiaire de son petit fils et je suis enfin prête à le faire.
    Show must go on…
    Florence a fait les provisions pour les deux moineaux que nous sommes Rudyard et moi. C’était bien inutile, car pour le premier repas que je prenais seule avec mon fils, nous nous sommes contentés de gaufres et de fruits découpés. Je pense pouvoir dire que c’est le meilleur de ma vie. La présence de mon petit garçon assis sur le grand tabouret près de moi était à elle seule roborative. Je combats le rat de toute mes forces et je sers les dents afin que Yad ne s’aperçoive de rien. Ce n’est pas difficile puisqu’il tombe de sommeil lorsque je le mets au lit. Ce soir mon poussin n’a pas réclamé de biberon. Il a hésité sur le terme, mais j’ai eu droit à une courte phrase spontanée en français
    - Mumy, les gaufres c’est très bon!

    Est-ce vraiment cela le bonheur? Je me précipiterai sur mon pilulier dès que mon fils sera couché…


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    …Je vais être privée de ma ‘‘Petite Paix’’ jusqu’à mi-mai, mais je ne regrette en rien mon choix!

    Je tiens à ce que notre petite pomme soit bien dans ses baskets pour émigrer dans le sud de la France. La vie de famille commence à lui plaire. Bêtises y compris, preuve qu’il s’adapte parfaitement à son nouvel environnement. Notre fils se sent comme un poisson dans l’eau au ‘‘Mushroom’’, les sottises qu’il essème sur son passage sont un vrai bonheur. Ash apprécie moins de retrouver son over size transformé en tapis de sol. Il sent bon papa. Voilà ce que le petit lui répond en toute innocence lorsque Bébé le gronde. Je suis entièrement de l’avis de Rudyard et je lui dirais bien volontiers que son père abuse du Grey Flannel, mais ce ne serait pas correct envers Ash même si je raffole des fragrances du parfum de mon mari. Le moins que je puisse dire c’est que ce petit est très imaginatif et énergique à souhait. Chaque jour est pour moi une découverte de la capacité à être créatif qu’ont les enfants. Je laisse mon poussin s’exprimer autant que possible, il a besoin de se raconter tout comme il lui est nécessaire de nous présenter, Ash et moi comme ses parents, au premier inconnu qui passe dans la rue. J’ai beau lui expliquer que cela ne se fait pas, rien n’y fait. Madame Tanner, la voisine côté jardin, sait que je suis sa maman. Le vieux monsieur qui promène son chien préhistorique a appris avec beaucoup d’intérêt que Rudyard a un gentil papa. Bonne mère que cela m’est difficile. Ce petit garçon est un cadeau du ciel, mais je suis terrorisée à l’idée de ne pas savoir le protéger. Les jours où je peux à peine marcher, il me prend la main et son regard se fait sérieux. Il m’affirme pouvoir me guérir lorsqu’il sera grand. Il a seulement trois ans. Comme je ne tiens pas à l’inquiéter plus, je l’accompagne jusqu’à la voiture et ses bisous me donnent la force de retourner au fauteuil sans aide même si j’ai l’impression de marcher sur un tapis d’aiguilles ardentes. Je garde le sourire en lui faisant un signe de la main. Il est heureux. Ash et moi ne lui avons rien caché de ma maladie. Ainsi il a compris pourquoi je ne peux le prendre dans mes bras que lorsque je suis assise les jours où mon dos me fait souffrir. Jamais je n’aurais cru possible d’aimer quelqu’un à ce point. Et je ne comprends toujours pas pourquoi Rudyard s’est attaché à nous aussi rapidement. Il n’y a sans doute rien à comprendre. Cela devait arriver, c’est tout. Bébé est radieux. Et il maîtrise l’art du chante pouille à la perfection. Un soir Céleste nous avait préparé une délicieuse purée de courgettes en accompagnement d’un poisson grillé. Ash désirait que Rudyard fasse au moins l’effort d’y goûter, mais au lieu de cela, le minot est descendu du banc sans un mot, il a pris son assiette et il a déposé celle-ci dans la poubelle en décrétant qu’elle aimait tout ce qu’on lui donnait, elle. Du coup, le grand homme a demandé calmement à son fils d’aller réfléchir à son coup d’éclat dans sa chambre. J’ai failli éclater de rire et j’ai bien vu qu’Ash se retenait à grand peine lorsque le petit lui a répondu qu’il n’était pas un gentil papa, really not. Je comprends la réaction du gamin, ma relation à la nourriture a eu été aussi compliquée qu’est la sienne. En aucun il ne faudra le forcer à manger, mais je suis d’accord avec Bébé, il doit goûter. Chez Hailie c’était bibes et compotes. À l’institution il n’avalait que de ce qui se nomme Floraline et re-compotes. Chez nous il y a quand même du progrès. Incident clos, pyjama, biberon, câlins, histoire courte et bonne nuit. Bébé est un papa adorable. Les premiers temps nous allions regarder Rudyard dormir plusieurs fois par soirée. Cela nous arrive encore évidemment. Cependant, nous avons appris à compartimenter. Il y a Ash et Mylhenn parents, puis Bébé et Chouquette fripons. La seule chose qui a changé, c’est que nous verrouillons la porte de notre chambre lorsque nous désirons être seuls au monde et entreprenants.
    Le Lion, Le Grand Maulnes, La Machine à Explorer le Temps, Les Infortunes de la belle au dormant? Bon sang, j’avais tout de même de drôles de lectures à quinze ans. Très hétéroclites c’est certain. J’espère que papa n’a pas trop détaillé ma bibliothèque d’adolescente parce que je risque d’en rougir en sa présence. D’ailleurs je ne comprends toujours pas comment tout ceci s’est retrouvé chez eux? Il est même étonnant que la marâtre, pardon, la Joce, re-pardon, la femme de mon père -c’est le mieux que je puisse faire- n’ait pas tout jeté à la poubelle. Bébé lui est plié de rire. Moi qui écris des contes légers, j’avais complètement zappé cet ouvrage. Je suis rassurée en ne trouvant que le tome un de la trilogie. Il est vrai qu’en le feuilletant je trouve certains passages assez …déroutants. Mes historiettes sont élégantes par rapport à la prose de l’auteure d’Entretien Avec un Vampire. Selon le conte traditionnel, la Belle sera tirée de son long sommeil par un chaste baiser. Ici, point de baiser, c'est en l'initiant aux délices de la chair que le Prince rompt l'enchantement. Oups, c’est confirmé, mes préceptes moraux étaient déjà de sortie. Cela dit, je pense que beaucoup de jeunes filles ne lisent pas uniquement la Comtesse de Ségur à cet âge. Bref, j’ai retrouvé pas mal de pépites dans mes cartons de livres de poche. Je ne sais pas trop ce que je vais en faire, peut-être les découvrir du kraft et organiser une planche déco au-dessus de l’escalier. Le hic c’est que Bébé a réservé la place pour sa quarantaine de Jules Verne. Au-dessus de la cheminée ceux-ci seraient du plus bel effet puisqu’il s’agit d’une collection spéciale que lui avait offert Phillip. Je vais négocier…
    En attendant le jour de notre migration saisonnière, je prépare tout ce dont nous aurons besoin et ce n’est pas une mince affaire, Rudyard veut emmener ses jouets. Tous ses jouets. J’explique et réexplique qu’il en trouvera d’autres au domaine -mon père lui a déjà acheté un vélo avec des roulettes et un casque- et chez nous, mais il campe sur ses positions. J’espère qu’Ash parviendra à le convaincre. Ash qui a été absent pendant quatre jours. Pour préparer le petit à cette séparation temporaire Bébé avait dessiné des petits bons hommes sur le tableau de la chambre de son fils. Chaque soir au moment du coucher celui-ci devait en effacer un. Quand il n’y en aurait plus ce serait le jour du retour le matin suivant. Sauf que le courageux petit Yad les a tous supprimé le premier soir et que le lendemain au coucher j’ai eu droit à ses pleurs déchirants. Il a dormi avec moi les deux soirs suivants. Oui, bon, je pressens que lors des futurs déplacements de Ma Canaille je ne serais jamais seule dans le lit conjugal…
    C’est promis, ce sera le seul chapitre où je m’étendrais aussi longuement sur les facéties de Rudyard, mais là il m’est nécessaire de partager ses exploits si je ne veux pas exploser de …fierté?
    Il adore colorier et ce faisant il chante souvent une petite comptine apprise au centre aéré. C’est du genre, «Des bisous pour ma Maman sur un tissu très doux je dessine je dessine. Sur un tissu très doux je dessine des bisous pour ma Maman. Je dessine je dessine pour ma maman je dessine en m'appliquant» C’est charmant n’est-il pas? Sauf qu’à cet instant précis l’angelot ne coloriait pas aux feutres les animaux de son album, mais les fleurs mandalas noir et blanc de mes sets de table. Le pire c’est que Céleste et moi-même étions tout près de lui. Ce petit diable nous hypnotisait de sa chanson.
    - Mumy ils sont trop tristes en tout noir! Grand moment de solitude. Il va falloir que nous ayons une explication mon poussin. Ensuite, dans la même journée, Rudyard a fait plus fort. Nous étions chez Mumy. En cuisine Céleste devait préparer une dizaine de fonds de tartes pour une réception. Le petit a voulu absolument l’aider. Qu’à cela ne tienne, elle laisse le bambin s’amuser avec une petite boule de pâte et un rouleau à pâtisserie. Dans la grande cuisine de Madam’, tous les ingrédients nécessaires aux recettes sont entreposés dans de grands contenants, genre cinq kilogrammes pour la bonbonne de farine. Les becs verseurs ont le même système que ceux du vrac en marchés bios. Autant dire à portée de compréhension d’un enfant de trois ans. Bref, le temps que ma brave auxiliaire de maison aille récupérer les plats alu dans la réserve, le minot faisait déjà des châteaux de farine sur le carrelage de la cuisine à son retour. Toute la maisonnée a entendu le hurlement de Céleste. Belle maman était verte. Phillip et les employés hilares. Yad -c’est son surnom, nous ne voulions pas de Rudy- était couvert de farine des pieds à la tête et riait aux éclats. Moi, je me suis faite toute petite en récupérant ma progéniture. Franchement il y a encore du travail question compréhension. En soirée lorsque j’ai raconté ceci à Bébé il a trouvé son petit garçon génial de créativité. Je suis atterrée, je viens de comprendre que j’ai deux enfants à la maison. Les jours qui arrivent vont être difficiles pour notre petite pomme. Nous allons devoir lui faire comprendre que d’ici une quinzaine il ne retournera plus à la pension. Bébé et moi allons piloter seuls. Surtout moi car en ce moment Ash est très occupé. Je m’inquiète car je voudrais que le minot puisse être très rapidement en contact avec d’autres enfants. Peut-être la petite école derrière notre ‘‘Mushroom’’? Ce qu’il y a de certain, c’est qu’à la ‘‘Petite Paix’’, au bourg, il y a deux garderies. Yad comprend tout ce que je lui dis en Français, mais ce ne sera pas si simple avec des étrangers. Je verrais bien, inutile de déjà me prendre la tête. Nurse Annet? Hailie m’a proposé son aide plusieurs fois car Camilla va sur ses sept ans et n’a plus vraiment besoin d’une nounou. Quant à Terrence il est en pension alors why not? D’autant que ma petite pomme côtoie régulièrement miss Annet et qu’il l’aime bien. Il est vrai que les jours où le samouraï et sa horde me dévoreront je ne pourrais pas être efficace et je ne me vois pas décemment demander à Flo de me rendre ce service. Il y a deux ans, les combles de ma maison ont été aménagés en un confortable petit appartement pour le cas où mes beaux-parents nous rendraient souvent visite. Ce serait parfait pour la nurse. Oui, à voir. Si elle ne craint pas un exil forcé, et être retirée de tout.

    Prendre un bain de pieds dans les toilettes, chaussée de baskets, ne me serait jamais venu à l’idée…


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    …Non ce n’est pas un poisson d’avril, le père Noël existe, il est passé chez nous!

    Cela me démangeait d’annoncer la nouvelle depuis très longtemps, mais aujourd’hui il me faut exprimer ce que je ressens par écrit sinon je vais exploser …de bonheur. La chambre en face de la nôtre est occupée. Elle détient notre bien le plus précieux. Écrire a toujours été mon plus cher désir et cela l’est encore. Cependant, il m’est arrivé quelque chose de bien plus fort que ma découverte de l’écriture. Tellement fort que pour concrétiser ce projet commun que nous avions Bébé et moi, j’ai dû abandonner un temps le clavier. Je n’ai aucun regret. Par contre, Chantal ma coach, trouve que ma démotivation n’est pas nécessairement une mauvaise chose en soi, mais qu’il serait temps que je m’y remette. Je dois apprendre à concilier vie de famille et travail sérieux. C’est un fait qui ne m’était jamais venu à l’esprit vu que pour moi le mot famille était devenue utopie…
    Je ne vois pas la nécessité de livrer entièrement ma vie privée dans mes lignes de vie, mais si je veux être honnête je me dois de combler les blancs. Bébé et moi nous nous sommes attachés à un petit garçon. Ce, dès sa première apparition l’été dernier à Palavas lors de notre mariage. Impossible de l’expliquer, pourtant cela a été un coup de cœur réciproque. Un véritable coup de foudre. Depuis Rudyard nous rendait régulièrement visite chez mes beaux-parents. Notre petite pomme est un gentil bambin, facile à vivre et qui ne demande qu’une chose, être aimé par des parents. Lorsque mon regard se pose sur Ash lui lisant un conte, je suis à deux doigts de pleurer. Mon grand loup se fait chaton pour ce petit garçon qui le regarde comme s’il avait l’un des héros de l’histoire sous les yeux. Pour en arriver là, il nous a fallu des mois d’entretiens, de démarches, d’audiences et d’inspections. Mumy, Papily et Hailie nous ont été d’une aide si précieuse que je pense que notre reconnaissance leur sera éternelle. Je ne crois pas que le destin de chacun soit défini dès la naissance, nous le forgeons nous-même avec plus ou moins de réussite, c’est comme une loterie me semble-t-il. Pourtant, depuis le premier regard que Bébé a porté sur moi, il m’a dit savoir que nous étions liées. Il m’aurait affirmé ceci il y a seulement trois ans en arrière que je lui aurais ri au nez. À présent je ne suis plus très sûre. Les deux personnes que je croyais censées veiller sur moi de là-haut ont toujours été maman et ma jumelle. Et encore, elles ont dû suivre une formation d’ange gardien ce qui expliquait leur absence pendant toutes mes années de galère. Mais il est certain que depuis ma rencontre avec Ash, mon devenir s’est bien amélioré. La tête brune de Bébé penchée au-dessus de la tête blonde de Rudyard me donne matière à réflexion. Je comprends maintenant la raison pour laquelle Ash souhaitait tellement que je me perfectionne en anglais. Et jamais je n’ai autant fait de progrès depuis que le petit s’esclaffe à certaines de mes locutions incohérentes. Rudyard a fait un pas de géant en français. Il sait dire papa, maman et il adore lorsque je lui lis roule galette …en français.
    Pour accueillir dignement le petit bout, nous avons mis Grady et Céleste à contribution. J’ai abusé, j’en ai honte, de leur temps libre pour que tout soit parfait. Il y a eu la pose du papier peint, puis celle du parquet aux lames colorées. Ensuite il a fallu monter le lit cabane, le bureau et son siège coordonné. C’est très réussi. Hailie et Sodishan ont offert un chesterfield à Rudyard, de la même apparence que ceux du bureau de Bébé, mais de plus petite taille. Le minot était fou de joie. Encore plus que lorsqu’il a découvert l’univers que nous lui avons créé. Je sais c’est un peu trop, mais notre petite pomme le mérite. Si Ash a vu grand dans le nombre de livre de contes, moi ce sont les albums de coloriages. Je me suis souvenue que Miriette et moi adorions cela lorsque nous étions toutes petites. J’ai été large aussi pour ce qui est des feutres et des crayons de couleur. Ash s’est fait plaisir, j’explique. Il a acheté un garage complet à deux étages avec des -une trentaine au bas mot- supers cars miniatures. Était-ce vraiment pour Rudyard? Le coffre à jouet déborde, pourtant Phillip a dévalisé un magasin spécialisé en Playmobil à Londres. Un château fort, une ferme et un bateau de pirates avec pleins de boîtes d’accessoires. Ils vont le pourrir s’ils continuent. Je suis dubitative, certaines pièces sont aussi petites qu’une cacahuète et j’ai peur pour Rudyard qui a tendance à encore porter des objets à sa bouche. ‘‘C’est ton instinct de mère qui se développe ma Chouquette’’ me dit Ash lorsque je lui fais part de mes craintes. Lui c’est sa prestance de grand homme qui perd énormément de sa superbe lorsqu’il joue au pirate des Caraïbes allongé au sol et imitant le bruit du canon pour un môme hilare. Bébé est lumineux, oui c’est le terme, dans ces moments-là. Le plus doux de mes plaisirs est de les regarder, j’y passerais des heures!
    J’ai contacté Nadège ma thérapeute. Je devais être sûre de pouvoir assumer mon statut de mère. Ce qu’elle m’a dit est assez surprenant. Je dois oublier la régression dans laquelle Christian m’a englué lors de notre union tragique. Elle est persuadée que je vais grandir émotionnellement avec notre fils. Semblable au sien, mon développement psychomoteur va se reconstituer. Et toujours selon Nadège, tous les gestes du quotidien vont me revenir naturellement. Je vais finir par la croire. Même le samouraï gardien de zoo se tient à l’écart de ce que ses animaux fantastiques grignotent habituellement à longueur de journée. À savoir mes articulations, mes os, mon autonomie…
    - I don't have a mum as I am not a nice little boy!
    Mon sang s’est soudain glacé lorsque ce petit bout m’a déclaré ceci le plus sérieusement du monde du haut de ses trois ans. Sans le faire exprès, il venait de casser mon mug en butant avec sa voiture à pédales contre la table basse sur lequel il était posé. C’est devenu comme une évidence. Nous nous sommes battus bec et ongles Bébé et moi afin d'obtenir un droit de garde et cela n’a pas été simple. Depuis, plusieurs semaines nous sommes enfin les heureux parents -en probation- de notre petite pomme. Ceci explique donc ma démission temporaire de mon activité d’écrivain. J’ai retravaillé d’anciens textes, mais je dois admettre que mon esprit est à des années-lumière de mes doigts. Ceci dit, tout n’est pas accompli d’office.
    Maman. Mumy. Ce sont des mots que je ne me lasse pas d’entendre.
    Hailie m’a proposé l’aide de nurse Annet pour les premiers temps, mais je voulais me lancer seule dans le grand bain. Bébé est fier de nous. Y’a pas de quoi! Les trois nuits suivant son arrivée, Rudyard a dormi dans notre lit. C’est à cette occasion que Ma Canaille et moi-même avons appris notre première leçon de parents: la signification du mot fermeté. Depuis, notre petite pomme dort dans sa chambre et de bonne grâce. Il suffit d’une courte histoire avec papa et maman, un petit biberon de biscuitée et la douce mélodie d’une veilleuse musicale. Enveloppé, c’est pesé…
    Mon petit angelot est aussi compliqué que moi question nourriture. Une chance, il adore mes pizzas maison. Et la purée de panais. Et les boules d’avocat sur une tranche de tomate. Quand je dis que mon fils est étonnant. Et le kiwi en lamelles. Et ses lactées-biscuitées. Et …moi j’aime ce gosse.
    Il a deux doudous. Celui qu’Abby où Janet retrouvaient chaque fois qu’il l’égarait et celui qu’il a adopté aussitôt découvert dans le tiroir de ma commode. C’est un fragment de la couverture de maman. Celle qui l’enveloppait au pire de la douleur. À son décès, Miriette et moi y camouflions nos larmes. Je l’ai retrouvé dans l’armoire de Maë Lynette et j’en ai découpé quelques morceaux. Moi aussi j’avais besoin de doudous à une époque. Je suis incapable de mettre des mots sur ce qui s’est passé, mais j’ai ressenti le besoin de parler de sa grand-mère maternelle à Rudyard. Pourquoi, de la fraîcheur de ses trois ans m’en a-t-il remercié?
    Notre poussin va faire sa rentrée dès septembre en ‘‘reception’’ ce qui correspond je crois à la moyenne section de maternelle. En attendant, je ne veux pas qu’il perde l’habitude de la collectivité aussi se rend-t-il deux jours par semaine à la structure pour participer aux activités d’éveil. Il est fier comme un paon lorsque Grady le fait monter dans le SUV. Dès la ceinture du siège auto bouclée il ne m’appartient plus. Ainsi la transition se fait plus aisément. La séparation d’avec ses petits camarades l’a rendu triste. Il a beaucoup pleuré en réalisant qu’il n’avait plus de raison de monter au dortoir puisque désormais il possédait une chambre bien à lui. La pédopsychiatre de l’établissement a beaucoup insisté sur le fait qu’Ash et moi devons lui répéter chaque jour que nous sommes ses parents et que plus jamais il ne sera abandonné. Nous sommes sa famille. Il apprécie qu’Hailie reste dans son horizon. Mumy est venue me rendre visite, seule, et nous avons passé un excellent après-midi avec le petit. Mon Fripon rentre du travail une heure plus tôt chaque jour afin de pouvoir jouer avec son fils, notre fils. Ce que je lis dans son regard est le philtre magique qui fait disparaître définitivement les années de pleurs et de souffrance qui ont fait un enfer de ma jeunesse.

    La petite voiture rouge à pédales est sagement rangée au garage à côté de l’étoile filante…


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    Moi je suis né ici pour n'être qu'avec toi
    Comme quelqu'un qui te sera et dont on parlera
    Moi je suis né ici pour n'être qu'avec toi
    Je serai quelqu'un qui sera, tu verras
    Nous irions faire la vie, réussir au moins ça
    Nous irions faire la nuit, aussi loin que tu pourras
    Moi je suis né ici pour n'être qu'avec toi
    La vie est belle et cruelle à la fois, elle nous ressemble parfois
    Moi je suis né pour n'être qu'avec toi
    La vie est belle aussi belle que toi, elle te ressemble parfois
    Moi je suis né pour n'être qu'avec toi
    J'étais pourtant si fier de vivre près de toi
    La vie va trop vite, ton cancer est le mien
    C'était pourtant si clair de finir avec toi
    Ton sang est le mien, on ne fera plus qu'un
    Et nous serions invincibles, réussir au moins ça
    Nous voulions tous les possibles, aussi loin que l'on pourra
    La vie est belle aussi cruelle que ça, elle nous ressemble parfois
    Moi j'étais né pour n'être qu'avec toi
    Nous, on y aurait cru, seuls et tristes à la fois
    Tout ne finira pas juste ici
    On y aurait vu que nos sourires et nos joies
    Moi je suis né ici pour n'être qu'avec toi
    La vie est belle mais cruelle parfois, elle nous ressent parfois
    Ma vie est belle aussi belle que toi
    La vie est belle mais cruelle parfois, elle nous ressemble toi et moi
    Moi je suis né pour n'être qu'avec toi
    Nous on y aurait cru à nos sourires à nos joies
    Moi je suis né ici pour n'être qu'avec toi


  • ( I ) - De L’uN…

    Un soir de fin Février, Myrella grimpa résolument dans le T.G.V. Elle avait jeté pêle-mêle quelques vêtements chauds, un nécessaire à toilette -se limitant à une brosse à dents et une gamme de produits de la marque à l’olivier- une vieille chemise usée jusqu’à la trame, cadeau d’Aschyanno, dont elle ne se séparait jamais, et Pouf, sa peluche mi chien mi Pokémon, dans un petit bagage. Elle avait claqué la porte d’entrée aussitôt déposée une brève missive sur la table du salon, à l’adresse de son compagnon. «Je t’aime, mais il me manque! Je sais que tu m’auras pardonné à mon retour! Mille baisers de ta Chouquette» Ainsi il saurait que ce n’était rien de plus que l’une de ses escapades d’où elle rentrerait penaude et embarrassée. Rien n’était prémédité, mais depuis sa rencontre avec Dante, elle ressentait parfois le besoin impérieux de rejoindre celui-ci. Elle avait croisé Dante au détours d’une rue à Aix-en-Provence, et le soir même , elle s’était abandonnée à la chaleur de ses bras. Elle adorait Aschyanno, son compagnon depuis quatorze mois déjà, mais elle avait un tel besoin d’amour qu’elle n’avait pas penser à mal en se donnant à un inconnu. Dante était ce que l’on nomme un être solaire, et il avait été immédiatement conquis par cette jolie jeune femme de vingt ans sa cadette. Á l’un comme à l’autre, elle n’avait pas caché que son cœur battait simultanément pour deux hommes. Aschyanno était son yin, une force brute qui lui faisait découvrir sa féminité longtemps mise de côté, tandis que Dante, son yang, lui insufflait la force de se révéler. Ces deux hommes étaient devenus complémentaires et nécessaires à son équilibre, Myrella ressentait un besoin viscéral d’étreindre Dante pour se persuader qu’il était bien réel. Et, trop longtemps loin d’Aschyanno, elle s’étiolait et se morfondait. Celui-ci aurait pu tout simplement la rejeter en apprenant sa trahison, mais un brin de culpabilité causé par ses nombreux déplacements, le poussa à accepter les excursions sentimentales de sa Chouquette. D’ailleurs, elle ne restait jamais partie bien longtemps…
    Lorsqu’elle descendit du train, Myrella chercha Dante du regard. Elle le vit qui attendait patiemment adosser à l’un des grands piliers du hall d’entrée. Il regardait, sans réellement les voir, les voyageurs qui pressaient le pas pour rejoindre les quais de départs. Elle se hissa sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur la joue. Il sursauta, surpris en flagrant délit de rêveries. Dante enserra la taille fine de Myrella d’un bras ferme et posa ses lèvres en un doux baiser qui s’éternisa sur celles de la jeune femme. Puis, le chaud ballet de leurs langues emmêlées aimanta leurs corps et les transporta si loin qu’ils en oublièrent où ils se trouvaient.
    - «Tout de même il y a des chambres d’hôtel pour cela!» entendirent-ils prononcer d’une voix furieuse tout près d’eux. Ils s’écartèrent l’un de l’autre en souriant à la femme qui avait prononcé ces paroles acerbes. Dante récupéra le sac de voyage de Myrella, et main dans la main ils se dirigèrent vers le parking
    Myrella frissonnait, mais ce n’était pas la température extérieure qui l’embarrassait ainsi. D’autant que sa coquette veste longue, bleue, en mohair, lui tenait bien chaud. Myrella s’était vêtue sagement car la température n’était pas forcément très clémente en cette saison dans le Sud, et cela même si le soleil se montrait généreusement. Des leggings gris perle assortis à ses bottines fourrées parachevaient sa tenue. Pourtant, la jeune femme avait la chair de poule. Le baiser de Dante l’avait bouleversé jusqu’au tréfonds de son ventre.
    - Tu vas devoir patienter petite friponne! Dante savait parfaitement ce qui tourmentait sa compagne puisqu’il se trouvait dans les mêmes dispositions. Une fois derrière le volant, Dante démarra, la main de Myrella posée sur la sienne actionna le levier de vitesses…
    Le voyage ne fut pas long, mais très fatigant car cette fois-ci Dante avait loué un petit refuge perdu dans un des profonds vallons jouxtant le Garlaban. Entre nationale et départementale, seul un chemin de terre bosselé sur trois kilomètres y conduisait. Isolés au plus près de la nature et bercés par le murmure discret des minces filets d’eau de sources oubliées qui se révèlent seulement la nuit, les deux amoureux, d’un commun accord avaient choisi l’option Provence pour se retirer de la multitude.
    Le chalet était certes petit, mais fonctionnel et confortable au possible. Il s’ouvrait sur une grande pièce à vivre dont la cheminée occupait les trois-quarts d’un pan de mur. La chaleur qui régnait dans la salle principale était digne d’un après-midi de juillet, cela était même trop. Ils se mirent à l’aise avant de poursuivre la visite. Une banquette repas recouverte d’épais coussins était disposée sous un abri terrasse vitré qui devait donner l’impression de se retrouver en pique-nique sous les pins à chaque repas. Le grand sofa, devant la cheminée, était plus qu’accueillant avec ses trois édredons d’assises. Une cloison en briques, dans laquelle plusieurs niches servaient de buffet, dissimulait la cuisine. Le mobilier de la chambre était spartiate, mais largement adapté au peu que leur bagage contenait. Quant à la salle-de-bains, elle se limitait à une vasque et une douche à l’italienne. Le matelas leur parut très confortable. Si confortable, qu’à peine la literie installée ils se laissèrent choir sur la couette recouverte d’une housse sur laquelle étaient imprimées des branches de pins.
    Myrella se laissa rouler au-dessus de Dante et commença à l’embrasser langoureusement. Celui-ci caressa ses fesses et la fit culbuter sous lui, l’écrasant de toute sa vigueur. Le baiser qu’il lui rendit la laissa pantelante.
    - Serait-ce une invitation ma chipie?
    Myrella s’abstint de toute réponse, mais elle mordilla doucement les lèvres de Dante par petites pressions de ses dents. Leur langue se joignirent. Avec des exercices dignes des plus habiles contorsionnistes ils ôtèrent tout ce qui les gênait. Myrella adorait ce moment d’intense passion où il se faisait brutal et tendre à la fois. Le ventre en feu, elle se laissait rudoyer gentiment tandis qu’il écartait ses cuisses du plat de la main avec tendresse. Il caressa lentement chaque centimètre de peau, lui interdisant tous mouvements sous peine d’être fessée comme une enfant turbulente. Lorsque ses halètements devinrent trop soutenus, il la retourna sur le ventre et la chevaucha de tout son poids, lui murmurant des mots passionnés à l’oreille. Les plaintes rauques de la jeune femme furent le signal qu’il attendait pour la faire jouir une première fois. Elle rampait à chacun de ses violents coups de reins, criant son plaisir dans l’épaisseur de la couette. Il retenait ses épaules avec force, allant à chaque fois plus profondément en elle. Tétanisée par le plaisir qui la submergea, le corps de Myrella se détendit en de violentes convulsions. Elle avait à peine repris son souffle qu’elle se retourna et se mit à flatter de sa langue et de ses doigts le membre turgescent de Dante. Après quelques minutes de cet intense traitement il hoqueta bien prêt de la jouissance. Elle l’enfourcha avec grâce et se laissa glisser sur son sexe douloureux. Il gémissait sourdement, faisant osciller son bassin malgré lui. La force de ses baisers leur meurtrissait les lèvres, mais elle poursuivit longuement ce châtiment avant de lui permettre de se mouvoir en elle. Dans un râle animal il s’abandonna à la volupté, entraînant Myrella dans les flammes ardentes de ce brasier qui les consuma tous deux. Moites de sueur et humides de leurs spasmes, ils s’endormirent du sommeil du juste. Privés de dîner la veille au soir, le petit-déjeuner fut pantagruélique. Ainsi commença ce qui s’annonçait comme une agréable villégiature.
    Pendant près de trois semaines, les amoureux se saoulèrent des rayons de l’astre lumineux qui s’exerçait pour la belle saison, des senteurs que la terre exhalait aux prémices du printemps et des couleurs contrastées que leur offrait la végétation qui ébauchait son renouvellement. Indifférents à l’hiver qui s’effritait, ils profitèrent de l’air frais des collines, des champs d’oliviers en dormance, et des villages perchés le long des à-pics vertigineux de la montagne. Les futurs champs de lavande violettes dont les feuilles reverdissaient déjà, l’éternuement des marmottes se dissimulant dans les bosquets touffus, et le chant tonitruant des cigales aux heures chaudes, viendraient plus tard. Ils crapahutèrent dans le massif de la Sainte-Baume puis ils allèrent visiter la crypte de la basilique gothique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume où se trouve le sarcophage attribué à Marie-Madeleine, épouse de Jésus-Christ ressuscité. Dante et Myrella avaient des journées bien remplies et des soirées paisibles passées à cuisiner de solides repas pour récupérer l’énergie brûlée au cours de leurs excursions. Exténués ils s’endormaient blottis l’un contre l’autre jusqu’au lendemain. Au petit matin, leurs joutes amoureuses leur apportaient la touche de sensualité dont ils nourrissaient leur unité. Les jours se succédant les uns aux autres, il en vint un où Dante surprit une grande tristesse dans le regard de Myrella. Alors qu’elle se croyait seule, elle laissa échapper un long soupir et deux larmes roulèrent sur ses joues. Il fit comme s’il n’avait rien vu. Accablé par le doute, les jours qui suivirent, il se rendit compte que sa compagne devenait de plus en plus taciturne et réservée. Un soir où il la trouva plus silencieuse et morose que d’habitude, redoutant la réponse, Dante se risqua tout de même à poser la question.
    - Il te manque autant que cela?
    Myrella sursauta au son de sa voix. En une fraction de seconde, un beau sourire barra ses lèvres et ses yeux s’illuminèrent.
    - Je suis bien ici avec toi, mais trop longtemps loin de la ville je m’étiole un peu tu sais! Dante traduisit sa phrase par un «loin d’Aschyanno je suis malheureuse» et cela l’affecta.
    - J’ai besoin de mon coiffeur, de faire du shopping, de me perdre dans la foule et ma minette va bientôt ressembler à la fourrure de ce plaid! Myrella cherchait à se justifier en plaisantant, mais cela sonnait faux. Son dilemme était insurmontable car elle ne se voyait pas quitter Aschyanno pour Dante qui lui était pratiquement aussi indispensable que l’air qu’elle respirait. Celui-ci avait saisis depuis bien longtemps qu’il devait la laisser partir s’il voulait conserver la relation privilégiée qu’il entretenait avec la jeune femme.
    Ce soir-là, pour la première fois depuis leur arrivée Dante alla se coucher sans Myrella. Celle-ci avait ressenti le besoin de s’isoler alors qu’elle aurait voulu se blottir entre les bras de Dante afin de lui prouver qu’elle l’aimait de tout son cœur.
    Allongée sur le ventre à l’extrême bord du lit -comme si elle cherchait à s’interdire tous contacts avec lui- ses longs cheveux blonds cachant en partie son visage et ses épaules se soulevant légèrement au rythme de sa respiration, c’est ainsi qu’il la découvrit le lendemain matin. Le drap avait glissé et dévoilait un peu plus que la cambrure de ses reins. Dante observa longuement Myrella. Il était heureux de la voir aussi paisible alors il hésita à la réveiller. Mais ses doigts, comme dotés d’une vie propre, furent attirés malgré lui par la douceur de la peau nue de Myrella. Ils y dessinèrent de petites circonvolutions allant lentement du haut de son dos à la rondeur de ses fesses. Le corps alangui de sa jolie maitresse lui était un si beau spectacle qu’il en devint imaginatif. Ses caresses se firent plus appuyées, tous comme les baisers dont il couvrait sa nuque. Myrella soupira d’aise, mais n’ouvrit pas les yeux. Un sourire malicieux se dessina sur ses lèvres. Elle appréciait tout particulièrement ses tendres instants où il quémandait, par d’affectueux effleurements, son approbation avant de passer aux choses sérieuses. Une fois la déferlante de leurs sens, apaisée ils se maintinrent peau à peau, les yeux dans les yeux. Ils ne parlaient pas. Elle répondit à ses questions muettes par un torrents de larmes qui empourpra ses joues.
    Sur le quai de la gare, les yeux embués, Dante regardait le train s’éloigner. Il n’avait pas la force d’agiter la main comme le faisait Myrella derrière l’une des vitres du compartiment B102. Elle décocha un dernier baiser de sa paume ouverte en soufflant dans sa direction. Le convoi s’ébranla et elle ne fut bientôt plus qu’une silhouette indistincte. Au mépris du qu’en dira-t-on, les hoquets se transformèrent en sanglots douloureux qu’il livrait à ceux qui le croisaient dans le grand hall de la gare. Son cœur venait de se briser...


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  • ( II ) - Á L’auTRe…

    Le cœur lourd, Myrella songeait qu’une fois encore, Dante payait au prix fort cette escapade en pleine nature. Les yeux embués, le front appuyé contre l’une des vitres froides du compartiment, la jeune femme regardait défiler le paysage. Comme si celui-ci avait pouvoir de la rendre plus clairvoyante, elle serrait «Pouf» contre sa poitrine. Elle était plongée en plein dilemme et aucune solution ne lui venait à l’esprit.
    Auprès D’Aschyanno, elle se languissait de retrouver Dante, et lorsqu’elle se trouvait en compagnie de celui-ci, Aschyanno lui manquait horriblement. L’un était son yin et l’autre son yang, pour son bonheur, ils étaient indissociables l’un de l’autre.
    Une pluie glaçante tombait à verse lorsque le train entra en gare. Hors de question qu’elle se mêla aux gens pressés qui rentraient sur le tard par le métro. Ni à ceux, coincés comme des sardines dans les tramways, baignant dans des odeurs désagréables de chiens mouillés. Le taxi la déposa en bas de la copropriété où habitait Aschyanno, et elle n’eut plus qu’à s’engouffrer dans l’ascenseur. Avec appréhension, elle introduisit la clef dans la serrure. Aschyanno l’avait-il fait changer en son absence? Le petit bout de métal tourna sans difficulté.
    Soulagée elle pénétra dans l’entrée. Comme à son habitude, elle se délesta de son sac au milieu du couloir. Encore ruisselante d’une bonne douche brûlante, elle passa l’une des chemises d’Aschyanno. Impeccable, la cuisine semblait n’avoir jamais servie. Le réfrigérateur confirma l’hypothèse. Après avoir avalé trois grains de raisins et le quart d’un pain au lait, elle alla s’installer sur le canapé, un mug de thé au jasmin en main. Son regard se posa sur le bar. Un peu de vodka l’aiderait à se détendre. Elle y renonça. Elle s’en était passée pendant quatre semaines, elle pouvait encore faire un effort ce soir.
    Myrella déposa son mug sur le visage papier glacé de maître Vergès, qui l’instant d’après s’enorgueillit d’une superbe auréole flavescente. Aschyanno déposait ses revues çà et là, et la table basse n’échappait pas à l’envahissement. Myrella alluma la chaine stéréo, Aschyanno ne connaissant que le surround, les baffles vibrèrent, Haendel n’était pas top pour bruit de fond, mais elle baissa le son sans changer d’ambiance. Comme il était hors de question qu’elle alla s’allonger dans le lit d’Aschyanno, elle se laissa choir sur les coussins moelleux du canapé. Quelques notes plus tard, ses yeux se fermèrent. Curieusement ce fut le silence qui la réveilla. Elle découvrit l’attaché-case de son compagnon posé à côté de la table basse, le mug avait disparu et Vergès faisait bien triste mine. Elle se leva d’un bon, mais ses jambes refusèrent de la porter. Quant à son cœur il faisait de tels bons qu’il allait bientôt quitter sa poitrine.
    Aschyanno, son adorable sourire aux lèvres, se tenait dans l’encadrement de la porte.
    - Tu fais fort pour ton retour ma Chouquette, le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne s’ennuie jamais avec toi!
    Sa voix chaude fit fondre Myrella. Il vint s’asseoir près d’elle et la gronda gentiment.
    - J’ai bien failli me viander dans le couloir à cause de ton sac qui trainait en plein milieu, tu m’as saccagé la revue dont j’ai besoin pour le briefing demain, et… depuis quand ma Cerutti te sert-elle de nuisette? Il énuméra la liste de ses exploits sans aucune animosité dans le timbre de sa voix. Machinalement, il glissa tendrement sa main sous la gorge de Myrella afin de lui donner un baiser. Celle-ci savait qu’elle n’avait rien à craindre de lui, mais elle tressaillit violemment au contact de ses doigts, elle s’écarta vivement. Il comprit que ce simple geste de tendresse rappelait des moments douloureux à la jeune femme, et il s’en voulu de ne pas s‘en être souvenu.
    D’un bras protecteur, il la saisit par la taille avec infiniment de douceur et la jucha sur ses genoux. Elle passa un bras derrière sa nuque, se pelotonna contre son torse, puis l’embrassa sur la joue.
    - I’m so sorry darling! Pardonne-moi! S’excusa-t-il. Il déposa un léger baiser sur ses lèvres.
    - Ce n’est rien Dante je ….! Myrella stoppa net sa phrase, mordillant sa lèvre inférieure. Elle sentit les muscles d’Aschyanno se contracter tandis qu’il la repoussa doucement.
    - Je suis très tolérant Myrella, mais aie au moins la décence de le laisser en dehors de cet appartement. Tu veux bien? Il plongea ses yeux noirs dans ceux, noyés de larmes, de Myrella. Certes il était mécontent, l’amertume se devinait dans sa voix, mais nulle colère.
    Elle se sentait tellement sotte qu’elle essaya de se justifier.
    - Mais bébé je ne l’ai pas fait exprès! Dévastée, elle posa timidement une main sur le bras d’Aschyanno. Celui-ci ne s’en dégagea pas.
    - Assume Chouquette, je sais que tu n’es pas en mesure de faire un choix pour le moment! En attendant, j’ai droit au respect et je ne veux plus t’entendre prononcer son nom en ma présence! Elle acquiesça d’un signe de tête, ne sachant quel comportement adopter. Il l’attira tout contre lui et la serra fort dans ses bras. Le visage de Dante traversa fugitivement l’esprit de Myrella.
    Celle-ci avait énormément manqué à Aschyanno et il en fut maladroit. La soulevant dans ses bras, il emporta son précieux fardeau dans la chambre où il la laissa choir doucement sur le lit. Il s’installa près d’elle et glissa ses doigts sous la chemise, couvrant son visage de tendres baisers. Il câlina délicatement ses seins, mais elle n’eut aucune réaction, pas plus qu’au baiser langoureux qu’il lui donna. Le regard fixé au plafond, elle demeurait de marbre. Paupières closes, elle le laissa vagabonder à son gré. La passivité de Myrella lui fit comprendre que son rival occupait encore toutes les pensées de la jeune femme.
    - Ok chouquette les parties à trois ça n’est pas pour moi! Tu te poses en martyre du devoir conjugal là et j’apprécie moyennement!
    Irrité et vexé il s’éclipsa dans la salle de bains en claquant la porte qu’il rouvrit pour la refermer silencieusement. Elle ne put s‘empêcher de sourire en songeant que même hors de lui, Aschyanno veillait à ne pas l’inquiéter.
    - Et retire ma chemise bon sang, ce n’est pas un vêtement de nuit! Vociféra-t-il à travers la porte. Là, il était réellement en colère…
    Rageuse, Myrella ôta ladite chemise et la jeta sur la moquette. Elle s’allongea sous les draps, tournant le dos à la porte de la salle de bains. En rejoignant la chambre, Aschyanno s’abstint de tous commentaires. Il plaça sa Cerutti sur un cintre dans le dressing. Elle ne remarqua pas le regard furieux qu’il lui lança pour la bonne raison qu’elle s’obstinait à garder les yeux clos. Aschyanno s’étendit près d’elle, avec tendresse il déposa un baiser sur son épaule nue puis il éteignit.
    Agenouillée, la cuisse de Dante entre les siennes, Myrella choyait son membre turgescent de ses doigts délicats. Ses lapements de chaton et le mouvement de balancier qu’elle infligeait à leurs corps, le faisait tressaillir. Lui, effleurait tendrement la poitrine de Myrella de ses paumes, puis s’intéressait, par petites touches, au délicat fanion soyeux qui dissimulait joliment son intimité. Les yeux dans les yeux, attentifs au plaisir de l’autre, ils prenaient leur temps. Lorsqu’elle le sentit tout près de la jouissance, elle s’allongea sur son torse, savourant un interminable baiser qui apaisa un temps les battements de son cœur et les vibrations de sa chair gonflée.
    La patience ayant ses limites, il crocheta ses hanches avec vigueur et la fit rouler sous lui. Elle ronronna d’un plaisir anticipé qui lui inspira aussitôt l’envie d’un jeu plus élaboré que la simple position du missionnaire. Il s’enfonçait déjà avec béatitude dans la torride miellée de son intimité lorsqu’elle le délogea d’un brutal coup de rein. Surpris il poussa un cri rauque, mais il comprit de suite que sa fougueuse partenaire l’invitait à quelque chose de bien plus ludique lorsque, s’installant à genou, elle lui présenta son joli postérieur. Instinctivement, les mains de Dante agrippèrent la taille de Myrella, et il la posséda rudement. Ils n’eurent pas besoin d’une longue chevauchée pour atteindre le firmament.
    Myrella se sentit comme aspirée à l’intérieur d’une tornade, un violent sursaut l’éveilla. Son rêve était si réel, qu’elle mit un moment avant de réaliser que c’était Aschyanno qui dormait à ses côtés. Elle adorait cet homme, alors pourquoi rêver d’étreintes torrides avec un autre?
    Comme s’il avait deviner qu’elle songeait à leur situation, Aschyanno vint, dans un demi-sommeil, appliquer étroitement son corps chaud contre celui de la jeune femme. Celle-ci cala sa tête contre son épaule, frôla sa joue d’une main affectueuse et déposa un bisou léger sur la peau couleur épices de son torse. Il replongea aussitôt dans un profond sommeil.
    Ayant beaucoup de mal à se rendormir, Myrella gardait les yeux grands ouverts sur l’obscurité ambiante. Ses pensées vagabondèrent à nouveau loin des bras affectueux qui l’enserraient, loin de ce cœur qui battait sourdement sous son oreille, loin d’Aschyanno qu’elle aimait beaucoup trop pour continuer à le faire souffrir ainsi. Bien vite ses éclats de rire résonnèrent aux abords de la crique aux galets bleus. Enlacée telle une liane au corps de Dante, elle se vautrait dans les herbes folles.
    Le réveil bourdonna plusieurs fois, suffisamment fort pour réveiller Aschyanno. Myrella, étendue au-dessus des couvertures, avait posé sa tête contre son flanc et l’un de ses bras sur son ventre. Il vit les traces des larmes qui barbouillaient ses joues et il en déduisit que son sommeil avait dû être agité. Il se dégagea de son étreinte, se pencha un très court instant au-dessus d’elle, juste le temps d’un baiser furtif au creux de ses reins. Ignorant la soudaine érection naissante et l’envie d’une chevauchée fantastique comme elle seule savait le faire, il se précipita sous la douche. Les encouragements aux allures de mantra de sa Chouquette résonnaient à ses oreilles.
    - Encore Bébé! Encore, encore, je t’aime tellement!
    Lorsqu’il sortit de la salle de bains, Myrella n’était plus dans le lit. Tout en s’habillant il songea à la toute première fois où elle était allée rejoindre Dante. Troublée et l’air coupable, elle lui avait avoué éprouver de tendres sentiments pour cet homme. D’un choix impossible entre eux deux. Et elle lui avait demandé pardon. Conscient que s’il s’était agit d’une autre personne, il l’aurait rapidement expédié., mais Myrella était son petit rayon de soleil et il ne se voyait pas la quitter. Quitte à la partager avec un autre. Il récupéra ses dossiers dans son bureau et une fois son attaché case verrouillé, il rejoignit Myrella dans la cuisine. Celle-ci, les cheveux en bataille, le visage ravagé par la fatigue et vêtu de son peignoir, trouvait encore le moyen d’être sexy en diable. Elle livrait un combat acharné contre le presse-agrume, n’obtenant que quelques gouttes de jus de pamplemousse malgré ses efforts. Il l’attira à lui et l’embrassa tendrement. Elle répondit à son baiser avec entrain. Lascive elle apprécia lorsque glissant ses doigts sous le peignoir, il effleura ses seins. Elle se suspendit à sa nuque et… la bouilloire se mit à siffler, les faisant sursauter tous deux. L’instant magique était derrière eux.
    - Je dois y aller, je suis presque en retard! Dit-il en l’embrassant sur le front tandis qu’elle se rajustait.
    - Je serais là de bonne heure ce soir, promis! Il s’empara de sa mallette et sortit rapidement de l’appartement.
    Le regard de Myrella s’était éteint. Elle expédia sans ménagement le verre de jus de pamplemousse qui se brisa dans l’évier. Le presse-agrume allait suivre quand elle remarqua le panache de fumée gris et malodorant qui se dégageait de la bouilloire. Agacée, elle déposa celle-ci sur la plaque froide, maudissant toute la gent masculine pour sa stupidité. Il fallait qu’elle prenne l’air avant de devenir totalement cinglée.
    Aschyanno dévala les marches trois par trois, Pourquoi l’avait-il quitté aussi rapidement? Il se traita mentalement d’idiot en réalisant que cette boisson elle ne la préparait pas pour elle, mais pour lui. Il déverrouilla la portière de sa voiture, lança son attaché-case sur le siège passager et s’apprêta à s’installer derrière le volant. Au lieu de cela, il claqua la portière, verrouilla le véhicule et partit en courant en direction de la cage d’escaliers. Il gravit rapidement les volées de marches, se jeta sur la porte, puis la referma d’un coup de talon.
    Assise sur le canapé, Myrella le vit débouler tel un diable hors de sa boîte. En sous-vêtements et bas prune, la jeune femme liait les attaches de ses bottines. Sa robe en laine épaisse occupait l’un des bras du sofa. Une telle sensualité se dégageait d’elle qu’il hésita, presque intimidé, à s’approcher.
    - Tu as oublié quelque chose Bébé? Un sourire emplit de malice illumina ses yeux. Elle décocha ses chaussures au milieu du salon. Il n’attendait qu’un signe de sa part et elle venait de le lui donner. Il fondit sur elle tandis que son blouson atterrissait sur la bibliothèque et que ses chaussures à lui, pulvérisèrent le grand vase posé sur la console. L’un comme l’autre ignora le fracas des morceaux qui s’éparpillaient sur le parquet. Nus come au jour de leur naissance, à une exception près, Myrella avait gardé ses bas prune, ils grognaient de plaisir. Tels deux animaux, en rut, ils se rudoyaient violemment. Myrella s’abandonnait sans retenue aux chocs puissants de son bassin qui cognait contre le sien. Couverts de sueur, ébouriffés, les sens exacerbés, il ne leur fallut pas longtemps avant d’atteindre le premier orgasme, puis un second tout aussi cataclysmique. La peau de Myrella s’était teintée d’un délicieux rose et elle avait du mal à reprendre son souffle. Qu’à cela ne tienne, blottie contre Aschyanno elle se laissa glisser dans une douce torpeur.
    - Tu me rends fou Chouquette! Je t’aime, je t’aime, je t’aime! Il couvrait son visage de baisers, l’étouffant pratiquement sous la pression de ses bras.
    - Je t’aime aussi Bébé! Elle n’avait plus assez de force pour le lui prouver, mais ses yeux brillaient de milles feux.
    Elle prit soudain conscience qu’à aucun moment son esprit ne s’était évadé auprès de Dante. La réponse s’imposa d’elle-même. Elle aimait les deux hommes, de cela elle était certaine., mais de façon différente.
    Dante était un artiste qui se nourrissait de rencontres et de lectures, il l’apaisait par son érudition et le sexe était ludique avec lui. Pourtant il manquait quelque chose à leurs ébats. Aschyanno lui, était un être pragmatique emplit d’idéaux qui recherchait la perfection dans chacune de ses actions. Il lui permettait les erreurs et les grains de folie sans en faire toute une histoire. Leurs joutes amoureuses étaient empreintes de brutalité tendre qu’il savait doser avec délicatesse.
    - N’avais-tu pas une réunion importante ce matin? Elle se risqua à lui rappeler ceci alors qu’il venait d’exprimer le désir de poursuivre leurs retrouvailles dans la chambre. Il ignora la question, se contentant de la soulever sur son épaule comme un sac de pomme de terre. Une fois auprès du lit, il la catapulta sur le matelas. Ses rebonds la firent rire aux éclats. Il se demanda alors depuis combien de temps il ne l’avait pas entendu rire d’aussi bon cœur? Ses yeux brillants d’excitation et ses longues jambes gainées de prune l’incitèrent à renouveler la farandole des sens qu’ils venaient à peine de conclure. Un brin lubrique avec un soupçon de paillardise, il entama la gamme des caresses érotiques qui les conduirait bientôt au bonheur. Leurs langues exécutèrent un long ballet sensuel au cours duquel Myrella et Aschyanno, peau contre peau, s’exerçaient à souffrir sous le joug du plaisir. Ses hanches ondulaient chaque fois qu’il passait vigoureusement sa langue sur son intimité ruisselante. Quand ce fut son tour, elle lui rendit ses caresses avec savoir-faire et lorsqu’il s’insinua en elle, Myrella le remercia par un grand cri de satisfaction. Dante fut relégué à des années-lumière de leurs ébats. Elle se retrouva à califourchon sur Aschyanno, jouissant d’intenses sensations. Elle le chevaucha, joignant ses mains aux siennes, s’agitant et hurlant comme la plus redoutable des walkyries. Les bras levés au ciel elle entama une radieuse cavalcade comme si cela devait être la dernière. Toutes tensions apaisées, Myrella s’endormit d’un sommeil de plomb car elle avait compris qu’Aschyanno serait toujours auprès d’elle à chacun de ses réveils. Quant à Aschyanno, l’espoir s’était insinué dans en lui. L’espoir qu’un jour viendrait, proche, où Myrella oublierait jusqu’au souvenir de Dante…


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  • …Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus. Page six cent vingt-cinq atteinte!

    Il m’a fallu dix jours, Bébé ne m’a jamais connu aussi concentrée sur une lecture. Le Nom de la Rose m’a été une formidable thérapie. Le samouraï qui tranche mes cartilages a pris des congés à cette occasion. Ce qu’il y a de bien avec le latin, c’est que l’on peut surfer sur la traduction et l’interprétation. Lors de mes cours littéraires j’ai bénéficié d’un cursus langue morte et cela m’a bien aidé. Toutefois mon Bordas m’a été très utile aussi. À renouveler dans vingt ans!
    Des boutiques pillées, le Fouquet’s vandalisé et incendié, une banque sinistrée et bien d’autres dégradations sur Paris le week-end dernier. Mademoiselle Françoise se serait crue en pleine révolution. Elle a été bousculée autant par des gens casqués et cagoulés que par une foule apeurée qui tentait de se mettre à l’abri. Elle a entendu du tout et du n’importe quoi et elle a été mise en garde contre les forces de l’ordre. C’est un comble tout de même! Des incendies ont été allumés dans des bâtiments occupés, et il paraîtrait qu’une catastrophe a été évitée de justesse.
    L’intendante de la famille de mon mari s’est retrouvée au cœur de la dix-huitième édition de ce qu’en France est nommé acte des gilets jaunes. Si ces gens ont voulu exprimer leurs revendications par une insurrection, c’était réussi! Du coup les achats et commandes dont elle était chargée ont été reportés, la pauvrette était vraiment secouée à son retour. James va l’accompagner en semaine, ce sera plus prudent. Des Aspidies l’on ne se rend pas forcément compte de l’ampleur de ce mouvement social, mais s’il s’agit réellement d’un problème de pouvoir d’achat, certains n’ont pas dû bien intégrer la logique de la chose et perdent un peu le sens des réalités. Tout saccager entraîne des frais qui devront être remboursés tôt ou tard. Nous sommes souvent épinglés pour ce fameux Brexit qui a l’air de ne pas vouloir décoller, alors cela nous autorise à brocarder -les tabloïds ne s’en privent pas- un pays de coqs qui laissent des casseurs plonger son économie dans le rouge vif semaine après semaine. Défendre son confort de vie est permis, mais ce grand nombre de blessés, ce saccage de commerces et de biens publics devient inacceptable. Il serait temps de remettre un peu d’ordre dans tout cela et d’écouter les doléances des plus défavorisés. La colère me gagne à chaque fois que je lis les journaux que m’envoient les tantines. L’occupation des ronds-points était une magnifique idée, conviviale et contestataire mais à présent gilets jaunes il y a, mais des anges pas que. Depuis novembre l’on décompterait une dizaine de morts! Et que dire des médias? Révéler, par chaines interposées, les dispositifs policiers est d’une bêtise monumentale me dit souvent Ash et je crois qu’il n’a pas tort. Les casseurs sont renseignés et peuvent se préparer à d’autres exactions. Certaines chaînes Breaking News devraient être dans l’œil attentif des censeurs -si tant est qu’il y en ait- car elles font polémique sur d’inutiles ‘‘révélations’’, provoquant ainsi plus de ravages que d’apaisement. Faire des reproches aux policiers qui ne font que leur travail est une façon de dissimuler les véritables problèmes de la société en recherche de prospérité. De ce que m’a raconté mademoiselle Françoise, il n’est quand même pas normal que des fonctionnaires de la république soient pris pour cibles et menacés de mort par des petites frappes sans aucun sens moral.
    Ça c’est dit, mais ce n’est que mon opinion. Je me fais une joie de rentrer prochainement chez moi, pourtant quelque part je ne me sens pas réellement en sécurité. J’ai regardé par-dessus mon épaule durant de longues années et je ne me vois pas recommencer aux moindres cris de rue. Après cinq mois passés en Angleterre, je vais regretter d’en partir alors que ma Provence me manque tant. Je me suis construite un nouvel îlot de bonheur à deux et j’aurais voulu pouvoir en profiter plus longuement. Je reviendrais en septembre, je le sais, mais j’aimerais pouvoir faire un métissage de mes deux retraites. Je ne crois pas que ce soit uniquement notre ‘‘Mushroom’’ qui va me faire défaut, mais plutôt qui je vais momentanément y laisser…
    J’apprécie l’aide efficace de Céleste et Grady. D’une discrétion à toute épreuve, ces personnes me sont devenues indispensables. La cheminée est déjà allumée et le bois de la journée entreposé dans la niche prévue à cet effet lorsque je me lève. Céleste me prépare d’excellents pancakes que je dévore avec plaisir moi qui habituellement les jours d’appétit ne jure que par les pains au lait. Dévorer est un bien grand mot pour les deux galettes parfumées à la fleur d’oranger que j’ingurgite entre un jus d’orange et un lassi. Depuis que nous vivons régulièrement ensemble, je m’imprègne des deux cultures de Ma Canaille.
    - Madame ne doit pas oublier de prendre ses médicaments!
    - Madame devrait manger quelque-chose ou votre estomac fera des siennes!
    - Que désire madame pour le déjeuner?
    - Madame veut-elle que je lui prépare un Tea time pour la fin de l’après-midi?
    C’est là que le bât blesse. Madame est en guerre contre la nourriture depuis des lustres. Je ne sais pas comment faire comprendre à la brave Céleste que je ne me nourris que par intermittence, aussi certains des plats qu’elle me prépare finissent invariablement au congélateur. Mon ogre qui est content, chaque soir il a un repas complet, il va finir par prendre du poids si cela continue. Non, il est trop actif pour se laisser piéger. Certes j’apprécie les scones et les tranches de concombre sur pain de mie tartinées à la crème d’oignons, mais que diable, pas chaque jour que la Bonne Mère fait se lever. Souvent je temporise en acceptant un smoothie et une part de tarte avec un broc de thé. Je hais le petit sourire satisfait de Céleste lorsque je me laisse tenter. L’excellence de la formation des personnels de service est confirmée, ces gens-là se fondent dans le décor. Il est vrai que lorsque je suis à ma table d’écriture plus rien ne compte alentour. Céleste et Grady se partagent à notre service ainsi qu’à celui de mes beaux-parents.
    Je m’en accommode parfaitement en sachant que Grady est mon chauffeur, et qu’il peut être là en une vingtaine de minutes. Il lui arrive de me conduire chez Madam’ et je l’avoue, cela me fait plaisir de rendre visite à Mumy et Papily. Je suis autonome enfin. Le plus grand de mes petits plaisirs est d’aller seule faire mon marché au ‘‘fruits & vegetables’’. Gordon, l’un des employés, est adorable. Lorsque mon panier se fait un peu trop lourd, il me livre mes courses à domicile. Ce commerce est un émerveillement. Mon chéri est un viandausore-poissosaure(?) né alors je laisse le soin à Céleste de lui préparer ses steaks et autres pièces. Moi, j’ai trouvé mon bonheur dans les étals du petit magasin du bout de la rue. Tout ce qui peut être décliné en soupes, confitures, smoothies et jus de fruits, ils ont. Leurs fruits et légumes tranchés sont en portions dans des contenants consignés, j’adore le concept. Je viens de faire une cure d’avocats jusqu’à en être écœurée. Ceci dit, il n’y a que cela qui passe. Cela et des poires au caramel beurre salé. Quant à la gamme bio…
    Parfois, dans la journée, il m’arrive de monter à l’étage rien que pour le plaisir de lire confortablement calée dans l’un des chesterfields du bureau de Bébé. Les soirs où il ne rentre pas, généralement lorsqu’il passe au stand de tirs après le travail, je dors sur le canapé au risque de ne plus pouvoir me relever le lendemain matin. Le problème n’est pas que les coussins soient inconfortables, mais plutôt que mes vertèbres n’ont pas été soutenues correctement et qu’elles ont tendance à vouloir devenir indépendantes les unes des autres ensuite. La ménagerie est à peu près calme alors autant ne pas la réveiller.
    J’ai eu trente-cinq ans hier.
    Phillip reçoit son meilleur ami en ce moment. Ian est un homme charmant, aussi ni Ash ni moi ne voyions d’inconvénient à ce qu’il soit présent lors de ma soirée d’anniversaire familiale. C’est alors que Phillip, sans doute en manque de lumière à tous les étages à ce moment-là, a convié Finley et sa girlfriend à la fête. Finley, le fils de Ian, séjourne habituellement aux USA. Son service l’oblige à rester actuellement à Londres où il a rencontré récemment sa petite amie. Jusque-là, rien de vraiment extraordinaire. Plus nous serons de fous plus la fête sera folle. Début de soirée avec la famille proche, puis nous attendons l’arrivée des invités pour couper le gâteau. Les enfants sont impatients de me voir souffler mes nombreuses bougies. En fait ce sont surtout mes cadeaux qui les intriguent. Terrence, Camilla, Anielle, Puppy et Francis sont géniaux. Tout comme mes neveux, les petits dont Hailie à régulièrement la charge font partie intégrante de la famille. Récemment ma belle-sœur a accueilli deux petites jumelles âgées de seize mois. Autant l’une est blonde que l’autre est brune. Meryl et Evelyn ont atterri au centre à la suite d’une histoire sordide et, à moins d’être adoptées, elles n’en sortiront qu’à leur majorité. Avec ses deux petites filles, Hailie a atteint son quota de jeunes pousses à soutenir. Nurse Annet est mise à contribution à plein temps car cela fait une grande famille lorsque ma belle-sœur reçoit la petite colonie en totalité. Cela surtout à l’occasion de goûters, de promenades de qualité, de petites excursions et autres activités du genre. Activités auxquelles Hailie me fait parfois participer. J’affectionne particulièrement ces moments joyeux. La responsable du centre d’accueil aimerait tellement que ces enfants trouvent un foyer définitif, aussi les efforts d’Hailie sont très appréciés. Hier soir je n’ai eu qu’un regret, c’est l’absence de notre petite pomme à Ash et à moi. Hailie n’a pas pu amener Rudyard car l’infirmière a dit qu’il souffrait d’un gros rhume. Les autres enfants étaient en projection. Hailie ne voulait pas les priver de ce divertissement.
    Quelle probabilité y avait-il pour que sur toutes les jeunes femmes célibataires qui demeurent à Londres, Finley flashe sur une belle rousse? Intense moment de solitude pour Hylam lorsque son ex sweetheart a franchi le seuil de la maison. Amy, au bras du fils de Ian est entrée dans le salon. Il m’a semblé voir Phillip se signer, j’ai entendu Bébé glousser dans mon dos et j’ai failli rire de bon cœur à ce mauvais vaudeville. La demoiselle, imperturbable, nous a salué poliment chacun à notre tour comme il se doit et sans rien laisser paraître sur son visage. Ah les anglaises, quelles cabotines! Mumy était ravie de recevoir Finley et sa girlfriend. Elle était bien la seule à être sereine. Hylam lui, était vert de trouille et j’en ai presque eu pitié. Il gigotait sur son siège comme si sa vessie lui jouait des tours. Hailie, sans bien comprendre pourquoi, était troublée lorsqu’Amy s’adressait à elle. L’épouse d’Hylam est d’une naïveté sans bornes, et elle a eu la malchance de tomber sur le moins démonstratif des trois frères! Depuis cette malheureuse expérience, tant pis si je passe pour une dévergondée, je lui ai fait profiter de quelques-uns de mes liens d’écriture. J’admets qu’elle a un peu tiqué à la traduction de certains textes. Cela dit, sachant qu’il a grave fauté, Hylam est plus présent et affectueux avec sa tendre moitié. Bébé avait une banane pas possible et j’ai bien vu qu’il se retenait de lancer une vanne à son frère. C’était surréaliste et amusant je dirais. Je suis persuadée qu’Amy n’aurait pas risqué sa bonne notoriété pour une histoire de fesses. L’un et l’autre doivent bien reconnaître que ce n’était qu’un feu de paille. Hylam avait besoin de se prouver qu’il était apte à s’essayer à autre chose qu’à la position du missionnaire. Quant à Amy elle embellissait sa collection de quarantenaires en déniaisant ce beau parti. Je suis une langue de vipère.
    Elle s’est donc appliquée à répondre poliment à Hylam, et celui-ci l’interpellait avec correction, comme à une ancienne collaboratrice qu’elle avait été un temps. Madam’ n’y a vu que du feu. En ce qui concerne Hailie, je serais moins affirmative. Certains de mes propos anciens semblent lui avoir été salutaires dans le domaine de la réflexion-interprétation. Aïe, j’espère que cela n’ira pas plus loin.
    L’on a trinqué à mon année de plus et mon cerveau accepte de mieux en mieux qu’il n’y ait qu’un placebo d’alcool dans mon verre. Mumy est très fière de moi, Ma Canaille également. Les petits étaient fous de joie en me voyant souffler les bougies et ils m’ont offert un superbe trieur à couverture et onglets en cuir. En fait j’ai été gâté par tous, mais celui qui a frappé le plus fort est Bébé.
    En dehors de la superbe manchette ajourée en or rose –‘‘à mettre avec ta robe one shoulder’’ m’a-t-il susurré à l’oreille- j’ai reçu de lui un second présent inestimable. Il s’agit d’un petit chéquier de bons cadeaux pour des moments tendres et sexy. Ma Canaille a toujours su doser ses présents. Et je lui réserve pour bientôt celui où il est écrit: ‘‘Journée où tu seras le seul à savoir que je suis nue sous mes vêtements’’.

    Ce soir, dès son retour, j’utilise le bon ‘‘valable pour un week-end sous la couette’’…


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    …Yakuro, Zimmer, Bach ou Haendel, tous sont appropriés lorsque j’écris!

    Depuis notre installation au ‘’Mushroom’’ je travaille d’arrache-pied à la correction de mes écrits initiaux. Je me sens bien chez moi. J’ai délaissé ma toute première saga depuis si longtemps qu’il devient urgent que je poursuive ce travail. Seulement je suis confrontée à un problème de taille. Mon écriture n’est plus la même. Elle a tellement évolué en cinq ans que je ne me retrouve plus dans les premiers chapitres. Cela ne va rien changer au déroulement de l’intrigue, mais je vais devoir composer avec ces premiers tronçons. C’est idiot mais cela me terrifie. Suis-je capable de me dépasser? Oui…
    Lors de notre voyage éclair en Région Lyonnaise, tandis que Bébé participait à son marathon PPCW, j’ai rendu une ultime visite à Nadège, ma thérapeute. Afin de me prouver que j’étais tiré d’affaire, elle m’a fait écouter l’un des premiers enregistrements sonores de mes séances. C’est confirmé, j’étais totalement dépassée. Pire, je me sentais persécutée. À présent je suis libérée, délivrée, je ne mentirai plus jamais! C'est décidé, je …mince, ça c’est la reine des neiges. N’empêche que perso c’est un peu la même chose et c’est à Nadège que je le dois. Je me souviens, comme si c’était hier, de notre première séance. Ma psy m’avait recommandé un exercice qui de prime abord me paraissait complètement idiot. Pourtant en y réfléchissant ensuite, je me suis aperçue que c’est ce qui a été le déclencheur de mon mieux être. Il m’aura tout de même fallu douze ans pour me reconstruire. En faisant le bilan de mon parcours bosselé, nous trouvons d’un commun accord que je ne m’en suis pas si mal sortie. Aujourd’hui elle me demande de réitérer l’exercice, à savoir m’expédier une lettre manuscrite -c’est très important- dans laquelle je dois répondre le plus sincèrement possible à mes interrogations les plus intimes. Suis-je arrivée au terme de ma course? Ai-je réalisé tous mes vœux? Suis-je capable de me composer un mantra personnel qui restera une conduite de vie? Suis-je enfin en paix avec mon inconscient? Bref l’outil écriture m’est salutaire. Il le restera jusqu’à la fin de mes jours et j’en serais éternellement reconnaissante à ma thérapeute qui a su déceler ce qui se dissimulait en moi. PPCW? Poker, pizzas, cigares, whisky, une histoire d’hommes tous simplement. Ces messieurs adorent cela et une fois l’an ce n’est pas la mer à boire non plus! Hier soir j’ai ressenti un peu de tristesse en lisant mes mails. Décidemment j’ai souvent la larme à l’œil ces derniers temps, et pour des broutilles me semble-t-il. Les premières gariguettes de Nîmes sont présentes sur les étals des marchés avec quinze jours d’avance. Anaïs est une chipie. Pourquoi m’a-elle envoyé la photo de ce petit panier de fraises? Ma tristesse n’est pas pour ces fruits juteux mais pour ma chère Provence qui commence à me manquer viscéralement.
    Selon ma cousine, les tantines envisageraient de rouvrir aux alentours de la mi-avril si la météo persiste à être aussi clémente, soit un mois plus tôt. Ce genre de nouvelle ne soulage en rien mon spleen. La chameau occupe la ‘‘Petite Paix’’ pour réviser ses cours m’a-t-elle dit. Je n’y vois aucun inconvénient, elle est aussi maniaque que Florence qui passe tous les quinze jours afin de vérifier si rien ne se dégrade dans mon cocon en mon absence. Anaïs ignore que je suis au fait de l’emploi du temps de Sodishan grâce à Mumy. Le brigand, après un séjour d’un mois en Suisse, a atterri en principauté et il rend visite à ma cousine chaque week-end. Il est hors de question que ces deux-là batifolent dans mon lit!!! J’ai demandé à Florence de fermer la pièce à clef. Il y a un quasi appartement à l’étage en lieu et place du grenier, ils n’ont qu’à s’y installer. Franchement j’étais loin d’imaginer que cette relation allait se poursuivre. Sod avait besoin d’une coquine pour se stabiliser et je crois qu’avec Anaïs il a pioché la bonne carte. Cela fait sept mois que ces deux-là se fréquentent et selon Ash, jamais l’une des aventures du frérot n’a duré aussi longtemps. Qui vivra verra…
    Mes travaux d’écriture ne sont pas près d’avancer si je ne me motive pas plus. C’est la faute de monsieur J. aussi. C’est devenu affectueux. Depuis la disparition de sa femme, Papa s’est mis au rangement intégral dans la maison du domaine et il a retrouvé tous mes vieux livres de poche dans le cagibi du rez-de-chaussée. Il en a rempli trois cartons qu’il m’a expédiés.
    Chaque soir depuis cinq jours, en rentrant du travail, Bébé me découvre blottie dans le sofa près de la cheminée. Je suis immergée en apnée dans ‘‘il nome della rosa’’. Certes je suis érudite, mais pas encore au point de lire cet ouvrage en version originale. Gamine je recouvrais mes bouquins de papier Kraft pour être sûre qu’ils résistent aux mauvais traitements. Cela a été efficace. Je ne les classais pas par titres, mais par numéros. Je remercie mon père de me les avoir fait parvenir.
    J’étais encore bien jeunette lorsque j’ai lu Le Nom de la Rose pour la première fois. Je me rends compte qu’appréhender Umberto Eco à l’âge de seize ans était du domaine du possible puisque j’ai adoré. Ensuite Christian a fait de la gélatine de mon cerveau. Dans une semaine je vais sonner mes trente-cinq printemps, et faute de pouvoir marcher ces jours-ci, je passe le temps à la relecture de ce chef d’œuvre. Je me demande vraiment si, de nos jours, l’une des critiques de l’année de sortie du livre donnerait vraiment envie de le lire. «…Sous sa forme amusante de roman policier et savante de devinette érudite, un vibrant plaidoyer pour la liberté, pour la sagesse menacée de tous côtés par les forces de la déraison et de la nuit…» Je reconnais bien volontiers que cet ouvrage est dans mon top ten. J’ai encore en mémoire le conseil éclairé de l’un de mes professeurs de l’époque: mesdemoiselles, messieurs, si vous parvenez à lire entièrement le résumé et le sommaire de l’ouvrage, vous ouvrirez une porte que vous ne refermerez qu’à la page six cent! Et, effectivement, celles et ceux qui ont survécu à la difficile épreuve remercient affectueusement monsieur Savas pour cette recommandation avisée. Dix-neuf ans plus tard, j’ai retrouvé mon livre de poche N° 5859 dans l’un des cartons que m’a expédié monsieur J. et qu’ai-je fait? J’ai chaussé mes lunettes et tenté l’aventure une seconde fois. Le premier contact est difficile, mais avec l’interprétation correcte des clés de l’écriture -histoire avec un grand H, latin, phrases alambiquées et torture de l’esprit- c’est un véritable bonheur que d’en poursuivre la lecture. Je confirme, je suis heureuse.
    Bébé qui pensait me voir sagement peaufiner la langue de Shakespeare par le biais de Dickens, n’en revient toujours pas. D’autant qu’il n’a jamais lu ce monument de littérature. En feuilletant les premières pages, celles-ci lui ont paru, comment dire? Ardues ? Oui c’est cela, très ardues. Du coup, il est très fier de sa Chouquette mon petit mari. Il en oubli presque mon soutien en anglais par le texte. Il comprend qu’entre Umberto Eco -texte édité dans la langue de Molière ne lui en déplaise- et Charles Dickens, il n’y a pas photo, même Phillip est de mon avis. Camilla a lu Oliver Twist à l’âge de cinq ans et demi, alors c’est définitivement non pour Dickens. Je me perfectionnerais So British en lisant des livres que je choisirai moi-même. Robert L. Stevenson, tu te moques de moi Ashlimd? La bouteille endiablée? Même pas cent pages! Vendu. Mais c’est bien pour te faire plaisir mon chéri!

    Oh my good sir! Ce que Phillip a fait est encore pire que ce que nous aurions pu imaginer…


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  • …Je me sens comme Scrat qui atteint enfin son gland, et je ne connais aucun mot pour exprimer ceci!

    Depuis mon installation au ‘‘Mushroom’’ je suis sur un petit nuage. Avec un léger regret toutefois. Ma ‘‘Petite Paix’’. Ce fragment de racines me fait de plus en plus défaut à mesure que mon séjour aux Aspidies se prolonge. Le week-end de la Saint-Valentin nous a permis un rapprochement nécessaire après des mois de cohabitation avec mes beaux-parents. Nous n’avons rien à reprocher à Mumy et Papily, ils ont été très compréhensifs. Nous aussi. Plus de hauts que de bas, mais Bébé et moi étions impatients être chez nous, ce qui fait que parfois, ça partait pour une broutille.
    J’ai enfin récupéré mon tapis fleuri pour mes séances quotidienne. Recommencer n’a pas été simple, j’avais des élancements dans tout le corps. Céleste m’a proposé une boisson chaude à base de curcuma et …d’une pincée de poivre noir. Je ne suis pas loin de crier au miracle, cela m’a soulagé aussi efficacement qu’un anti douleurs. Les effets secondaires en moins. Notre aménagement a été une véritable partie de plaisir. La plupart des cartons que j’attendais étaient planqués bien au fond du garage sous des bâches abritant soi-disant une bibliothèque. Bébé est le roi des cachotiers. Le Casse-noisette de Tchaïkovski, nous offre un fond sonore pour entrer complètement en possession de notre petit paradis so british. La danse arabe, qui en réalité est une ancienne berceuse Géorgienne, est une petite merveille pour… Oups, je m’égare!
    Jour après jour, Bébé et moi prenons nos marques. Chaque matin il travaille quelques heures à son bureau -d’où l’intérêt d’être le patron- avant de me rejoindre au rez-de-chaussée pour une journée bien remplie. Grady m’a réservé une belle surprise au fond de la closerie. C’est ainsi que le mari de Céleste nomme notre modeste espace vert. Pourquoi pas? En longeant la clôture mitoyenne Grady a découvert par hasard une haie de genêts blancs qu’il a dégagé de sa gangue d’herbes folles. Leur floraison promet d’être magnifique. Les petits bourgeons explosent déjà, cela va illuminer naturellement le jardin.
    J’ai remarqué en passant devant que vieil abri de jardin se transforme jour après jour en une superbe pergola aux boiseries travaillées où il fera bon s’installer en été. Grady est une personne multi tâches qui mérite le titre d’employé du mois à vie.
    Avec l’aide de Céleste nous avons terminé le rangement de la vaisselle, posé les rideaux, les étagères flottantes à bibelots dans le patio et monté les petits meubles d’appoints. Dois-je préciser que je les regarde juste travailler vu que ces derniers jours mes doigts ont une vie propre. Ils refusent de lâcher le rat qui les grignote. L’on ne s’ennuie jamais avec une SA, j’ai pris le parti d’en rire, mais parfois je serre les dents pour ne pas pleurer. Bébé m’a installé un petit meuble à écriture près du bow-window et ma rose de la Saint-Valentin, dans un soliflore en cristal, -offert par belle maman- y est du plus bel effet. Un après midi où nous n’avions pas envie de rester à l’intérieur nous sommes allés explorer les rues environnantes. Je ne suis pas déçue. Nous avons découvert un fabuleux endroit, propice à la rêverie, au bord du chenal. C’est calme, peu fréquenté et verdoyant, green, penser green aux Aspidies. L’école primaire se trouvait sur notre chemin et pendant un bref instant j’ai eu le cœur serré en voyant jouer les enfants dans la cour. En dehors du Fruits & vegetables il y a de nombreux commerces ainsi qu’une laverie et un esthetic center, label bio. Après renseignements obtenus, il s’agit d’un institut ou les soins de beauté se pratiquent avec des produits sains à base de plantes. Le salon disposerait aussi d’un coiffeur coloriste végétale. À garder en mémoire pour quand apparaitront mes premiers cheveux blancs. De notre promenade il ressort que nous sommes au cœur d’un petit bourg plutôt sympathique et cela nous est très agréable. C’est idiot, mais ni l’un ni l’autre n’avions réfléchi à l’environnement avant de nous installer. C’est une belle surprise. Les obligations professionnelles de Bébé le conduisent une nouvelle fois à Cologne, mais, cerise sur le gâteau, dès son retour je le rejoins en Région Parisienne. Une bouffée d’air du pays ne peut pas me faire de mal.
    Pendant qu’il règle certains contretemps inhérents à sa fonction, je me fais cocooner dans notre hôtel. Consciencieux le personnel nous déconseille de nous rendre le week-end dans notre restaurant favori à cause des manifestations récurrentes qui ne se terminent pas toujours très bien paraît-il! Cela commence à être pénible pour les touristes et lassant pour les commerçants. La gérante du show-room dans lequel je me rends parfois avec Bébé m’a expliqué que toutes ces manifestations ont occasionné une diminution de trente pour cent de sa clientèle VIP. Et elle n’est pas un cas unique, beaucoup de gens sont à bout et la situation perdure. Je me rends compte que papa avait raison, le climat social est épouvantable en France. Là-haut ce n’est pas mieux, ils ne parlent que de brexit.
    Nous sommes allés rendre visite à Pat, elle était ravie. La famille s’est encore agrandie. Un petit Jules est né récemment. Gerry et Yann nagent en pleine torpeur. Entre les couches à changer, le biberon toutes les trois heures, le manque de sommeil et les caprices de Lilou la grande sœur qui voudrait que ses parents rendent le petit frère à la cigogne de la maternité, ces deux-là vivent un conte de fée. Je les envie et ma remarque n’est pas sarcastique.
    La France doit être l’un des rares pays au monde où ses habitants font d’une tragique crise sociale un art de vivre. Depuis quinze semaines les ‘‘gilets jaunes’’ comme ces personnes se font appeler ont pris en otage une population partagée entre soutien et ras le bol à ce qu’en dit Patricia. Il est vrai que Bébé et moi avions remarqué que certains ronds-points étaient encore occupés par des personnes déterminées, à la mine fatiguée. En repartant de chez Patricia, au bord de la route tout près d’une déchetterie, nous avons aperçu un campement dont les baraquements sont confectionnés en bois de palettes ainsi que d’un long marabout blanc. Accrochés à des branchages, une quinzaine de cintres sur lesquels sont déposés des gilets jaunes flottent au passage des camions et des voitures. L’on dirait des fantômes fluorescents. Le mal être de cette population en recherche du meilleur est affligeant. Je ne comprends pas que l’on puisse laisser tellement de personnes dans cette misère occultée volontairement par les politiques en place. C’est lamentable. Je conçois à présent le fait que certains ressentent le besoin de se constituer une amitié ou une famille de lutte. À défaut d’obtenir satisfaction, ils se sentent soutenus. Au son de ma voix, lorsque je lui ai demandé de me conduire à la forteresse en ruines que j’affectionne tant, Bébé a compris que je me languissais également de ma ‘‘Petite Paix’’. Il a cédé à mon besoin de Provence, de mimosas et de vagues endiablées. Certes l’écurie six cent chevaux de Mon Fripon est confortable, mais il n’empêche que ce n’est pas un Pullman sur roues et comme je devais m’y attendre, je suis épuisée par ce long voyage. Épuisée mais ressourcée et transportée. Ma ‘‘Petite Paix’’ est d’un aspect resplendissant. Je suis rassurée, Florence, papa et les tantines en prennent bien soin en mon absence. Je n’ai pas cherché à voir qui que ce soit, il m’est déjà bien assez difficile de repartir. C'est dans la rosée des petites choses que le cœur trouve son matin et se rafraîchit a écrit Khalil Gibran.

    C’est tout à fait ce que je ressens, je suis aux premiers matins…


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    When I was just a little girl
    I asked my mother, what will I be
    Will I be pretty
    Will I be rich
    Here's what she said to me
    Que será, será
    Whatever will be, will be
    The future's not ours to see
    Que será, será
    What will be, will be
    When I grew up and fell in love
    I asked my sweetheart, what lies ahead
    Will we have rainbows
    Day after day
    Here's what my sweetheart said
    Que será, será
    Whatever will be, will be
    The future's not ours to see
    Que será, será
    What will be, will be
    Now I have children of my own
    They ask their mother, what will I be
    Will I be handsome
    Will I be rich
    I tell them tenderly
    Que será, será
    Whatever will be, will be
    The future's not ours to see
    Que será, será
    What will be, will be
    Que será, será


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  • …L’on me prend certainement pour une illuminée, mais je campe sur mes positions!

    À voir, des semaines avant et quinze jours après, la profusion de suggestions fantaisistes d’annonceurs publicitaires, la Saint-Valentin a toujours été pour moi une fête commerciale.
    Gâtez votre Dulcinée avec …un épilateur? Une friteuse? Une cafetière à expresso? Bon, il est vrai qu’il y a le haut de gamme genre le manège à bijoux, le parfum Jean-Paul et le magnifique séjour à Center truc! Sorti de tout cela, le rêve est un peu limité. Au vingt et unième siècle c’est à croire que la plupart de ces messieurs sont incapables d’avoir une idée originale. C’est pour cela que des années durant, j’ai haï cette fête avec sa débauche de bottes de roses hypocrites et dégoulinantes de sentiments avariés qui, dès le surlendemain, finissent dans la poubelle faute de soins.
    Le plus beau cadeau de Saint-Valentin que l’on puisse recevoir n’est pas, à mon sens, un bijou hors de prix en forme de cœur ou un séjour ‘‘all inclusive’’ aux Seychelles. C’est encore moins la mise à sac de la carte gold d’un compagnon trop généreux. Cette fête remonte à la fin du Moyen-âge à la cour du Roi d’Angleterre. Rien de Gaulois donc! Il s’agissait d’une fête pour célibataires où les hommes tiraient au sort le nom d’une demoiselle qui devenait leur ‘‘Valentine’’ pendant une semaine. Ils envoyaient des mots doux anonymes à leur dame. Rien d’autre. Amour et amitié au sens large. Bébé a toujours respecté la tradition, me faire plaisir sans pour autant ruiner son compte en banque. Je ne supporterai pas…
    En attendant je commence à trouver le temps particulièrement long pour ce fichu déménagement. Il n’y a toujours pas de date prévue. D’ailleurs mon pigeon voyageur n’est jamais là, ce qui fait qu’aucune surprise ne m’est tombée du ciel ce matin. Comme par exemple les cartons de certains de mes trésors que j’attends depuis quatre jours. Un ‘‘j’arrive ma chérie’’ par mail signé d’un cœur animé, c’est déjà mieux que rien. Quinze heures sept, enfin là! Un bisou à la va-vite sur le front et plus ou moins l’ordre d’aller préparer un léger bagage pour nous deux. Si possible des tenues décontractées pour le week-end. Dois-je lui rappeler que nous ne sommes que jeudi. Ma Canaille ouvre la portière passager et je prends place. Je ne sais toujours pas où nous allons et il m’est interdit de poser des questions…
    Cinq mois se sont écoulés depuis que nous avons visité notre petit cottage en forme de champignon, et ce que je découvre aujourd’hui est surprenant. Je comprends mieux à présent pourquoi cela a été aussi long! Bébé a exigé que l’on ne m’informe pas de tous les travaux et il a réussi le tour de force de me tenir éloigné du chantier suffisamment longtemps pour que je ne m’aperçoive pas de ce qui se tramait à l’extérieur. Il est vrai que je commençais à trouver louche le fait que chaque fois que je désirais me rendre sur place, celui-ci ait toujours une excuse pour m’en dissuader. Mon dernier souvenir, c’est le jour où Hailie est venue me chercher pour me conduire à Londres. Un break dans un salon de thé ne peut pas faire de mal m’avait-elle convaincu. Ce jour-là, je devais aller déposer des cartons d’ustensiles et de vaisselle dans le garage de la maison avec Phillip. Je suis ébahie en découvrant ce qui a été réalisé à mon insu.
    La barrière et le petit portail sont repeints d’un vert sapin particulièrement flashy, les briques ont été nettoyées sur l’ensemble de la façade du sol au faîte de la cheminée, quant au gazon de l’enclos il a disparu au profit de pavés autobloquants nuancés en trois tons de gris. L’entrée, avec sa porte Française aux vitres colorées, est une réussite. Les piétons qui se rendent au ‘‘fruits & vegetables’’ vont admirer notre petit champignon, çà c’est certain.
    Bébé ne sait donc pas que, franchir la porte du foyer familial en portant son épouse dans les bras peut porter malheur si ledit foyer n’est pas entièrement mis en ordre et prêt à accueillir ses occupants? Cela ne le préoccupe pas outre mesure puisque comme dans les films romantiques, mon Pain d’Épices me soulève de ses bras musclés -heureusement, je pense que mes jambes ne m’auraient pas soutenu en entrant- et toque à la porte du bout de sa bottine.
    Oui, je le confesse, je pleure à chaudes larmes! Je suis si bouleversée qu’il me faut un peu de temps pour me calmer. D’ailleurs, il me semble bien avoir aperçu aussi quelques perles brillantes dans les yeux de Ma Canaille.
    Une douce chaleur règne à l’intérieur et la cheminée est rougeoyante de bûches. Qui l’a allumé? Les personnes qui ouvrent la porte pour permettre à mon cher mari d’en franchir le seuil avec sa li’le Chouquette dans les bras. Céleste et Grady nous souhaitent la bienvenue puis s’éclipsent rapidement.
    Cramponnée au moucharabieh, je contemple notre chez-nous où tout est parfaitement en place, du canapé à l’îlot de cuisine, du vaisselier au réfrigérateur américain! Ma Canaille avoue alors m’avoir menti sur ses absences des derniers jours, mais il se justifie en disant que c’était pour la bonne cause. Les meubles sont exactement là où je l’avais prévu. J’ose à peine franchir la déclivité qui conduit au salon. Bébé me couvre de baiser tous les dix pas. Il apprécie mon bonheur. En traversant la cuisine, entre la salle de bains et la volée de marches qui conduit à l’étage, j’aperçois une porte. Je suis surprise, il n’y a pas de pièce de ce côté-ci? Curieuse, j’ouvre et je découvre qu’un petit monte escalier a été insérer dans ce peu d’espace. Celui-ci est tellement réduit que l’installation d’un monte-charge n’était pas envisageable. Une table élévatrice habillée, si. J’en suis ravie. Tout est parfait, y compris le prolongement en terrasse de la cuisine et le bow-window. En jetant un coup d’œil rapide par la baie vitrée aux battants coulissants, je remarque que l’abri de jardin est en cours de rénovation. Çà aussi c’est une surprise. Décidemment, c’est un sachet de mouchoirs que j’aurais dû prendre. Je me sens comme vidée. Bébé me fait don d’une seconde ‘’Petite Paix’’. J’emploie ce terme car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ses ‘‘largesses’’, contrairement à ce que l’on a voulu me faire croire par le passé, ont toujours été totalement désintéressées. Il m’a toujours offert sans rien en attendre en retour. Son plus beau cadeau restera son dévouement envers moi. Et cela dès le premier regard posé sur la petite personne égoïste que j’étais alors. J’ai très peur parfois, peur de ne pas mériter ma métamorphose, peur de le décevoir. Avec l’aide efficace de manutentionnaires, des livreurs, de certains des employés de Mum’, de Grady et de Céleste Bébé m’a concocté une Saint-Valentin de princesse. Je suis aux anges. Je ne pouvais espérer mieux. J’ai eu plus…
    À l’étage, notre chambre est magnifique. Le dressing s’apparente plus à une boutique mixte qu’à une penderie. Oups, je crois que Bébé possède le double de vêtements que moi. Quant aux chaussures, à nous deux ce doit être une extension de ‘‘Chaussland’’, surtout lui! Mumy a dû ressentir un pincement au cœur lorsque la garde-robe de Ma Canaille a pris la route. Je compatis sincèrement -je jubile- moi je ne me suis aperçu de rien vu que l’on m’a promené dans le Londres by day & night pendant plusieurs jours. La préparation d'un bagage pour le week-end était un leurre, Canaille de mari! Toutefois, il m’avait semblé que les tiroirs à vêtements de Bébé étaient soudain bien dégarnis. Il arrive parfois que le personnel soit en congé, je n’ai pas posé de questions.
    Le royaume de Bébé -son poste de travail- est une pure merveille. Tout ce que j’avais préparé sur plan a été respecté. En résumé, cuir et bois, Ash adhère-adore. Sa cave à cigares est bien en vue sur le meuble mini bar qui accueille ses bouteilles de Bruichladdich I.B, son whisky préféré. J’ai dégoté des verres sympas que j’ai fait graver au nom d’A-Jaï -je lui fait don d’un brin de narcissisme- puisqu’il n’offre cette boisson qu’en famille. Le présent que lui a fait Phillip est très …paternel! Ce sont quelques-unes de ses figurines hindoues dont celle d’un Ganesh en bois de santal rouge. Autant dire un morceau de lui-même. Les deux Chesterfields déposés sur un tapis épais sont semblables à deux trônes. J’ai comme l’impression que tout cela donne soudain des idées à mon fripon. Selon nos codes, il est obligatoire que son bureau soit baptisé. Nous sommes le jour de la Saint-Valentin après-tout? Bref, Bébé est un coquin.
    J’ai juste jeté un œil aux deux petites chambres qui donnent côté jardin. Elles ont été refaites mais elles ne sont pas meublées. Rien ne presse. Nous accueillerons des invités dans notre nid coquet que lorsque Bébé et moi y aurons pris nos marques. Je suis épuisée moralement. Je vais me souvenir longtemps de cette Saint-Valentin.
    Le temps que je me refasse une beauté, avant de passer à table, Bébé a déposé un long écrin rouge personnalisé à mon prénom sur l’îlot. Je pensais pourtant avoir été déjà bien assez gâtée, mais c’était sans compter sur la gentillesse d’esprit de mon mari. Saint-Valentin oblige, je découvre une ravissante rose en or sur garniture de soie en ouvrant la boîte. Unique et romantique…

    Il m’arrive d’avoir envie de me pincer, mais j’ai tellement peur de me réveiller…


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  •    …Mon existence n’a rien de passionnant, alors pourquoi écrire un récit de vie?

    Il me semble que ‘‘pour qui’’ serait une meilleure formulation. Si je veux être sincère, je dois répondre que je n’ai pas des milliers de choses à raconter, mais qu’il m’est nécessaire de coucher mon quotidien sur une page afin que je puisse le relire pour m’assurer de mes progrès. Me rassurer en fait. Je saurais gré pour longtemps encore à celui qui sans le vouloir m’a guidé sur le sentier exigeant de l’écriture. Ensuite, constatant que cela m’apaisait, ce fut ma thérapeute qui me conseilla de poursuivre l’exercice. Jamais je n’ai regretté d’avoir suivi leur conseil à l’un comme à l’autre car j’y ai exorcisé mes démons. Fouiller dans mes souvenirs est une thérapie qui me permet de me libérer de mes émotions, de mes incertitudes ainsi que des chagrins révolus qui refusent de disparaître. En les déposant noir sur blanc je les laisse s’effacer, ils n’encombrent plus ma mémoire, mes rêves. Ces textes ne créeront assurément pas un best-seller, mais en attendant leur publication, ils me permettent de m’exercer régulièrement à la création. C’est ce qui, pour moi, fait la différence avec un simple journal. Je laisse une trace écrite du difficile parcours de ma reconstruction et cela me révèle en temps réel ce que je deviens. Au fil des milliers de mots qui noircissent ces pages, je donne corps à mes révoltes afin de mieux les appréhender pour les combattre efficacement. En me relisant, je constate avec un plaisir évident que mes efforts sont couronnés de succès. Cela me prouve qu’il n’y a pas de vécu aussi insignifiant ou remarquable soit-il qui ne mérite d’être rapporté. Peu à peu, tout en poursuivant mon petit bonhomme de chemin, je fais la paix avec mon passé et bientôt je tournerai définitivement la page. Il m’arrive, à présent, de sourire avec nostalgie en me remémorant les facéties de mon enfance en compagnie de Miriette. En remontant le temps, par mes écrits, je rejoins ceux qui m’ont trop tôt quitté et ils sont encore omniprésents dans mon cœur. Cette chère Miriette dont il m’a fallu des années pour pouvoir ne serait-ce que prononcer son prénom est maintenant bien en place dans mes souvenirs et elle m’accompagne dans chacun de mes sourires. Jour après jour les mots me guérissent de mes maux. Mon foyer m’a ancré à mes racines et m’a restitué mon histoire familiale. Il n’est pas nécessairement utile de narrer d’épiques récits de guerre ou de belles histoires aux passions sulfureuses pour se raconter. Mon expérience est unique. Je ne transmets pas mon parcours de vie à la postérité, mais aux enfants qui un jour viendront combler nos existences à Bébé et à moi. Me réapproprier mon passé a été un don du ciel qui me projette vers un avenir serein. Il m’aura fallu dix ans de ma vie pour me rétablir, dix années au cours desquelles j’ai avancé au gré des incertitudes, des terreurs et du souvenir des coups qui ont marqués ma chair à jamais. Cette décennie je l’ai rédigé au prix de longues nuits d’insomnie et d’une douloureuse prise de conscience. Si cela était à refaire, je recommencerais car pour avancer, j’ai bénéficié du précieux soutien de celui qui marche à mes côtés depuis le premier regard qu’il a posé sur moi. Mes confidences sont le témoignage d’un vécu ordinaire, mais elles me conduisent vers cette paix de l’âme à laquelle j’aspire tant. Aujourd’hui je suis convaincue que je dois, à parties égales, mes immenses progrès à mon journal de mémoire et à celui qui est devenu mon cher mari. ‘‘Quand les blessures sont guéries avec amour, les cicatrices sont magnifiques’’, cette citation de David Bowles est tout à fait appropriée pour mes lignes d’éternité.

    Je suis au seuil d’un univers dans lequel, aller à la rencontre de mes lecteurs est de l’ordre du possible…


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  • - Battements de cœur... (Cécile Pivot) 

    - L'affaire Rose Keller ... (Ludovic Miserole)

    - Chair de ma chair... (Helen G. carlisle) 

    - Roissy... (Tiffany Tavernier) 

    - Tenir jusqu'à l'aube... (Caroline Fives) 

    - Asta... (Jòn Kalman Stefànsson)

    Bakhita... (Véronique Olmi) 

    - Les derniers jours de Rabbit Hayes… (Anna Mc Partlin)

    - Dieu n'habite pas la Havane… (Yasmina Khadra)

    - La voix des vagues… (Jackie Copelton)

    - Une avalanche de conséquences... (Élisabeth George)

    - Le Loup... (Jean-Marc Rochette)