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    …Je viens de terminer la lecture de mon roman, je suis en larmes. Quelle sotte je fais tout de même!

    Et bien non! Je ne cherche pas de prétexte pour pleurer, mais ce bouquin est une petite pépite pour laquelle il m’est impossible de rester indifférente. Ce livre est passée presque inaperçu lors de sa première publication. ‘’Chair de ma chair’’ est un ouvrage d’H.G Carlisle. Peut-être avais-je déjà écrit quelques lignes à son sujet par le passé, mais je confirme, le lire dans sa version originale change tout.
    Comme je l’écrivais dans le chapitre précédent, Hylam a appelé son frère et ils sont restés plus d’une heure trente en communication, et l’on dit que ce sont les femmes les bavardes! Le frère aîné de Bébé vient de rompre avec Amy sa maîtresse et c’est un peu chaud entre eux à présent. C’est elle qui a coupé court. Hylam n’est pas triste parce que je crois que cet idiot nous a fait sa crise de la quarantaine sans en imaginer les conséquences et maintenant, que l’on me pardonne l’expression, ça lui pète à la gueule. Il est surtout très vexé d’avoir été largué. Contrarié aussi. La belle rousse le menace de révéler leur liaison à Hailie, histoire de bien le pourrir. Bébé est désolé pour son frère, mais il lui a expliqué que généralement ce genre de situation finissait toujours mal et qu’il l’avait prévenu, et pan, c’est de la pure diplomatie! Le mieux serait encore de tout dire à sa femme et tant pis pour les pots cassés! Mon beau-frère a bien mérité cette soupe. Je me mets un peu à la place d’Amy, Hylam l’a pris pour une pomme et pour faire traîner les choses il lui promettait tout et n’importe quoi si bien que perdant patience, elle a définitivement rendu son tablier. La rupture est particulière car ils ont tous deux des transactions communes dans leur domaine d’activité. Aïe aïe aïe, je plains Hylam si cela revient aux oreilles de Mum’! Je crois que malheureusement il faudra en passer par là.
    En fait, je ne crois pas me tromper en affirmant que si récemment Hailie a rectifié le tir avec son gredin de mari c’est que ses bonnes copines ont dû faire leur boulot, à savoir l’informer de la relation extra conjugale que monsieur entretenait. Plusieurs fois elle a tenté de me tirer les vers du nez puis elle m’a laissé entendre qu’elle se doutait que quelque chose n’allait pas. Hylam s’absentait sans qu’elle sache où il se trouvait. Celle-ci gère l’agenda de son mari et rien n’apparaissait. Bizarre, bizarre se disait-elle. Cette pauvre Hailie n’est pas fine mouche pour deux sous, car le nombre de fois où Hylam ‘‘empestait’’ un parfum féminin en rentrant aurait dû l’alerter. Si, elle l’a interrogé une fois et il a répondu que l’une de ses collègues de travail avait posé son manteau sur sa veste de costume??? C’était tiré par les cheveux, mais elle l’a cru! Bref, aujourd’hui les désagréments sont à leur porte.
    Ah les frangins! Dimanche après-midi est venu mon tour de recueillir les doléances de Sodishan. Shere Khan a effectivement annoncé à sa mère qu’il avait invité ma cousine pour les fêtes et celle-ci aurait émis quelques objections qui bouleversent le petit. Non mais il a quel âge? Il n’y a pas longtemps de cela il me menait la vie dure parce que je n’étais soi-disant pas assez stable -ce sont ses mots- pour devenir l’épouse de Bébé et maintenant il vient ‘‘la queue entre les jambes’’ -désolée, mais c’est exactement ça- me demander mon aide pour gérer ses coups de cœur. Selon Ma Canaille c’est plus qu’une passade, il est accro à Anaïs pour de bon et il a même acheté une voiture plus puissante pour la rejoindre souventes fois. Ça promet! Franchement, que pourrais-je dire à belle maman pour arranger les choses? Tous filent droit devant ses exigences, c’est lassant. Un peu de rébellion que diable!
    Je compatis sincèrement, mais Bébé et moi avons réussi à imposer notre désir d’être ensemble, alors le petit gars va en faire autant car je n’ai pas envie de me faire remarquer en ce moment. Nous vivons chez ma belle mère en attendant que notre maison soit prête. Aussi, il est de bon ton d’éviter la tempête.
    J’ai apaisé les craintes de Sodishan en lui assurant que la chambre d’Anaïs serait prête pour son arrivée, que je m’en occupais personnellement. Je sais, je suis une lâcheuse, mais il n’a qu’à se montrer ferme avec sa mère. C’est vers Phillip que je me tournerai si ce benêt ne parvient pas à ses fins.
    Mon neveu, Terry, qui va avoir dix ans en janvier, a invité ses camarades de classe ce week-end. Je ne le reconnais plus après quelques semaines d’internat. Il devient un petit homme. Pendant que sa mère confectionnait les bouquets pour la soirée de lundi avec Mum’, j’ai emmené les enfants au parc qui se situe à un kilomètre de la maison pour faire de l’accrobranche. Cela s’est terminé par une bataille de feuilles et nous sommes rentrés crasseux comme charbonniers. Mais au moins tous se sont bien amusés. Tout comme Terry, Carlisle, Liam et Branson évoluent dans un milieu qui ne leur fera pas de cadeau s’ils ne réussissent pas leurs études et ces gamins sont déjà sous pression avant de commencer le collège. Branson est une petite fille, elle porte le prénom de son aïeul -allez savoir pourquoi- toutefois elle l’assume avec énergie, un vrai garçon manqué. Elle a été repérée EIP à sept ans mais ses parents désirent qu’elle ait une scolarité enfantine normale. Par ennui elle lit les ouvrages scientifiques de son père m’a dit mon neveu. Ash m’a confirmé qu’à dix ans elle maîtrise déjà certaines lois de la physique quantique. S’ils ne la poussent pas dès son plus jeune âge, ses parents laisse à son appréciation ses centres d’intérêt. Elle bénéficie du soutien d’un précepteur pour ses études extra scolaires. Je trouve cela un peu ridicule qu’ils freinent sa scolarité tout en lui donnant la possibilité de s’instruire en ‘‘candidat libre’’. Je sens venir que dès le collège cela va être une autre paire de manches pour elle et que l’on va exiger beaucoup de cette petite. ‘‘The Four Musketeers’’ comme ils se nomment, m’ont maintes fois remercié. Je n’ai pas fait de folie de mon corps depuis cette promenade tellement je suis cassée. Si j’ai tendance à oublier ma maladie, elle ne m’oublie pas elle. Bébé m’a gentiment grondé et m’a frictionné avec la quarante sept onze qu’il m’a ramené de Cologne. C’est …magique! Je viens de l’écrire, pas de folie de mon corps! Oui bon peut-être quelques petits écarts. J’avoue, la première fois où Bébé m’a déclaré me rapporter de l’eau de Cologne à son retour de Cologne -Oups, mon coach en écriture est par là?- j’ai un peu fait la grimace. J’ai immédiatement pensé aux nombreux flacons de Bien Être qui ornaient les tablettes de la salle de bains de Maë Lynette. Je n’ai rien dit mais je n’en pensais pas moins.
    L’aqua mirabilis 4711 est vivifiante et apporte une agréable sensation de fraîcheur, j’ai été bluffé. Quant au flacon cela n’a rien à voir avec ceux de mémé. Ma Canaille est un voyou, il m’a avoué plus tard avoir voulu titiller mon esprit bourgeois. Ce n’est pas un parfum, la fragrance ne tient pas des heures, mais les effluves persistent longtemps sur la peau et cela est très agréable.

    Finalement, le claustra de l’entrée se transformera en moucharabieh…


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       ...En attendant que le pavillon soit prêt à nous accueillir, Bébé et moi -depuis son retour de Cologne- sommes confortablement installés dans le petit salon de l’étage pour vaquer à nos travaux d’écritures. Dorothy est en rogne alors tout le monde s’est mis aux abris.
    Je retravaille les premiers chapitres de ‘‘Chouquette & Bébé’’ en vue de la future publication. Certaines des ‘‘pépites’’ que j’ai écrites disparaissent au fil des corrections, pour d’autres, j’en améliore le texte original de façon à ce que la lecture en soit plus décente tout en conservant l’originalité de mon style.
    Ma Canaille joue du clavier en vitupérant contre son homologue Allemand. Celui-ci a omis de lui envoyer le mail de confirmation pour la clôture de l’affectation dossiers si bien que mon petit chéri se retrouve avec tout un listing qui ne le concerne plus. J’adore lorsqu’il se laisse aller à des propos de paysans! Des grossièretés dans sa bouche c’est comme …il n’existe rien de comparable! Il lui arrive parfois d’utiliser le mot de Cambronne en Français et c’est irrésistible avec son accent. En s’apercevant du sourire moqueur que j’arbore, puis du rire franchement goguenard qui s’échappe de mes lèvres, il me promet des représailles à la juste valeur de mes railleries dès qu’il aura passé ses coups de fil dans son bureau. Ses menaces affectueuses produisent l’effet escompté. Des ailes de papillons taquinent ma tête et mon ventre. Sa présence me réconforte et me ravie jour après jour. Cela fera bientôt trois mois que nos alliances brillent de concert et rien n’est venu bouleverser nos vies. Je suis HEUREUSE et je l’exprime à qui voudra le lire. Bien que nous ayons déjà traversé plus de bons que de mauvais moments ensemble, et cela depuis sept ans, chacun des pas que je fais à ses côtés reste une marche vers l’inconnu. Toutes nos soirées -la plupart car il s’absente parfois- sont des plongeons dans un monde moelleux de quiétude. Mon tendre chéri n’est pas l’homme parfait qui transparaît dans la plupart de mes écrits, mais cela y ressemble fort. Sa mallette de tir s’égare souvent dans le meuble à chaussures, il oublie ses chaussettes sur la banquette en pied de lit, il dissimule ses dossiers aux yeux indiscrets dans l’armoire à toilette, -Barbara les repose régulièrement sur le bureau- ses costumes envahissent mon dressing et la salle de bains est en mode vide grenier après son passage tous les matins, mais pour rien au monde je ne voudrais que cela cesse. Grâce à Bébé je vis enfin sans me retourner à tout bout de champ.
    Dans une autre vie j’ai composé un texte paru sous le titre Apesanteur. Je considère cela comme de la pornographie pitoyable à présent. Fallait-il vraiment que je sois mal pour me livrer à de tels sottises. Pourtant, ce n’est pas une excuse, il y a cinq ans de cela, ces mots exprimaient un appel à la sérénité et à l’apaisement auxquels j’aspirais tant. Je n’ai rien obtenu, -que chagrin, déception et mésestime de ma personne- merci Bonne Mère, de l’homme pour qui ils avaient été écrits. Il ne les lisait pas comme il l’aurait dû et n’en retenait que la platitude et la grossièreté afin d’y trouver son plaisir. Il encourageait cette littérature médiocre en m’affirmant que par catharsis elle me soulageait de mon mal-être. Et pendant longtemps, j’ai cru pouvoir assumer ce verbiage dégradant. Comme j’ai pu être idiote!
    Je ne suis vraiment pas fière de mon comportement de l’époque. Cet épisode malheureux m’a fait plus de mal que de bien car des années plus tard j’en suis encore affectée.
    Ce mauvais assemblage de mots m’a pourtant offert une gamme de possibilités d’écriture et l’amour que j’éprouve pour mon petit mari m’a guidé vers une mélodie de douceur et de bonheur. La voici.
    …Chaque fois que Bébé me provoque de son sourire ravageur cela me fait fondre. Je reconnais la convoitise dans l’éloquence muette de son regard. Elle fait naître la tentation et le feu intense de la passion dans mon ventre. Une fois les portes de notre chambre closes, nous sommes isolés dans un monde accueillant et libérateur. Un écrin calfeutré, parfumé aux fragrances des parfums dédiés à nos polissonneries ardentes, dont la lumière est tamisée par des leds chatoyants. L’été, les fenêtres ouvertes laisse passer la brise du soir -l’air frais du matin aussi- qui nous berce de son souffle léger. En hiver, vantaux vitrés rabattus et rideaux tirés conservent une douce chaleur à nos attraits révélés. L’effeuillage à la façon d’Alice Sapritch que je lui offre n’a d’égale que son striptease à la Dany de Vito. Ce tendre moment de complicité, prémices du ballet amoureux à venir, nous tire des larmes de rire.
    J’aime la façon qu’a Bébé d’assouvir nos désirs intenses, engloutissant jusqu’à nos âmes dans la félicité que nous en retirons. Je raffole de la chaleur de ses baisers sur ma nuque devenue réceptive et tellement sensible que cela m’en fait vaciller. Je lutte de toutes mes forces contre les merveilleuses sensations qui m’envahissent, espérant ainsi retarder le moment où je m’abandonnerais à la béatitude. Afin que dure ses délicieux préliminaires, je m’esquive…
    Surpris puis comprenant qu’il s’agit d’un jeu, il se fait encore plus présent en cajolant mes courbes, en plongeant son visage dans ma chevelure, en goûtant de sa langue enfiévrée aux effluves parfumées de ma peau qui vibre sous ses douces caresses. Ce n’est pas le respect qui me fait me taire, mais uniquement la concentration dans laquelle je suis plongée pour jouir des attentions dont il me comble. Je voudrais lui exprimer avec ferveur combien j’ai envie de lui, combien mon besoin de me donner à lui est intense et combien j’ai hâte de danser de tout mon corps sous ses coups de reins. Sa respiration s’accélère et se fait rauque tandis qu’il récite les mots électriques qui enflamment définitivement mes entrailles et mon intimité. Je sens la rigidité de son membre tendu, prolongeant notre plaisir en s’attardant sur mon ventre, à la recherche du bain de miel qui soulagera notre impétuosité. Le brasier intense qui nous a consumé n’est déjà plus qu’un délicieux souvenir lorsque nous nous endormons enlacés dans une étreinte quasi éternelle…
    Histoire de chahuter Mon Fripon, j’allais lui faire lire cette envolée lyrique dans le but d’en obtenir une récompense bien méritée. Oups, pour les câlins il va falloir attendre! Phillip se livre à un cache-cache endiablé avec son épouse invivable. Mum’ est en pétard à cause de cartons d’invitation mal conçus par l’imprimeur. Ceux-ci devaient être prêts pour mardi prochain!
    Elle ne décolère pas depuis le début de l’après-midi. Á son retour, Bébé est un rien contrarié en découvrant son père assis en face de moi. Celui-ci est venu nous rejoindre dans l’espoir de se faire oublier de son épouse acariâtre. Ma Canaille avait une tout autre idée que papoter avec son père pour occuper la fin de l’après-midi, il fait bonne figure, mais son regard en dit long. Je ne comprends pas pourquoi Mumy évite le petit salon, elle s’y installe rarement, autant dire jamais, et le laisse carrément aux bons soins des employés qui comme nous en ont fait leur point de ralliement. Certes, un côté de la pièce donne sur la balustrade qui surplombe le grand escalier, mais une belle cheminée, -dont la première flambée a eu lieu mardi- des meubles cosy, deux divans hyper douillets et une ambiance chaleureuse font que cette pièce est l’une des préférées des membres de la famille. Il y a aussi un bow-window aux épais coussins en velours de soie vert sous-bois -l’endroit est génial, Ash et moi y avons fait les fripons un soir- duquel l’on aperçoit l’entrée principale du parc. Les tentures épaisses en tartan aux attaches celtes donnent de la chaleur à l’ensemble. Certains jours, esseulée, je m’y camoufle pour lire tranquillement. Des plantes vertes dont je serais bien incapable de dire de quelle espèce il s’agit croissent d’une jarre en céramique à l’autre en recouvrant la balustrade. Lors de ma première visite au sein de la famille, j’ai cru qu’il s’agissait de fleurs en plastique. Puis Ash m’a expliqué qu’une fois par semaine, Philippine fait briller les feuilles à l’aide d’un spray pour végétaux! Finalement nous avons réussi à éviter Mumy jusqu’à l’heure du diner au cours duquel elle s’est bien rattrapée.
    J'y crois pas, une heure et demi au téléphone pour réconforter son frère…


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  •    …Cette année, belle-maman s’est surpassée pour l’organisation de la fête d’Halloween! 

    Bébé et moi sommes aux Aspidies depuis vendredi dernier. Je me sens enfin chez moi dans la grande maison de Mumy. Certes je reste toujours le vilain petit canard à cause de mon refus à me laisser ‘‘dresser’’ à devenir une Lady comme Hailie. Mais à présent je fais partie de la famille à part entière. Lui et moi faisons chambre commune au grand jour et c’est ce qui fait toute la différence. Dans mon esprit aussi. Sodishan aurait annoncé à sa mère son intention d’inviter ma cousine pour les fêtes de fin d’année. Ash a vu juste, le tigre Shere Khan, surnom que je donne à Sodishan, est en passe d’être domestiqué. 
    Anaïs va récupérer mon appartement -l’on peut dire cela car les chambres comprennent un modeste salon et une belle salle de bains- et sachant ce qu’elle aime, je vais lui concocter un coin sympa pour lui souhaiter la bienvenue. Je sais qu’il est prématuré de les voir, elle et Sod, déjà convoler en justes noces, mais ce n’est pas une raison pour ne pas soigner son séjour parmi nous. 
    Persuadée qu’il va lui en faire voir de toutes les couleurs, je suis impatiente de voir comment Anaïs va gérer le dragon. Loin de moi l’idée de la rabaisser, mais elle s’exprime en anglais tel un perroquet espagnol alors que tous ici maitrisent plusieurs langues. Je ne suis pas dépaysée car mon parler français correct revient, mon espagnol se maintient et mon anglais passe d’extrêmement nul à moyen donc moi j’ai du répondant. Mais Anaïs? Elle aura un statut très inconfortable vu que Mum’ veille sur son petit comme l’aigle sur sa couvée. De toute façon si Sodishan tient réellement à elle, il fera comme Bébé, il imposera son choix. 
    En parlant famille, j’aurais dû penser à ma future signature lorsque j’ai choisi mon nouvel état-civil! J’ai paraphé une trentaine de documents officiels afin que nous soyons les uniques propriétaires de la maison que nos parents nous offrent à Bébé et à moi. Entre initiales et calligraphie incertaine, je n’en voyais plus la fin. Pourquoi ne me suis-je pas contentée d’un unique nom de famille? 
    Je vais être absente durant plusieurs mois, jusqu’à mi-janvier ce qui est sûre, aussi ai-je confié ma ‘‘Petite Paix’’ à mon père. Lorsqu’elle sera en intervention chez Hélène, Flo viendra aérer et se rendre compte si rien ne cloche. Ouvrir les volets de temps en temps afin que la maison ne passe pas pour être inhabitée car cela pourrait attirer des rôdeurs. Papa a installé des minuteurs sur certaines de mes lampes, cela devrait le faire aussi. Les enfants de Pat viendront y fêter le jour de l’an. Pour le dépaysement déjà et faire vivre mon havre le temps des fêtes. C’est tout de même avec un certain regret que je l’ai abandonné. 
    Bébé et moi sommes impatients que commencent les rénovations de notre ‘‘mushroom’’ -je crois bien que ce nom va devenir définitif- Ce sera très plaisant une fois les travaux effectués mais il va nous falloir patienter plusieurs mois en comptant l’obtention des autorisations. Nous avons décidé d’ajouter une extension à l’arrière du garage afin de créer une pièce supplémentaire. 
    J’en viens à Halloween. Le parc est …lugubre! C’est magnifique! Une sorcière sur son balai et un Jack’o lantern parent l’allée. Les citrouilles disséminées çà et là sont monstrueuses et flamboyantes à souhait. James et mademoiselle Françoise ont passé des heures à toiler les coins de murs du rez-de-chaussée -les araignées sont toutes mignonnes afin de ne pas effrayer les enfants- et mettre en place des ballons, des chandeliers, des chauves-souris, et un chaudron de sorcière empli de papiers journaux au-dessus desquels une couche d’yeux souriants en pâtes d’amande a été rajoutée. La confection des confiseries, des pâtisseries d’usage et du buffet ont occupé le personnel en cuisine tout l’après-midi. 
    Un peu avant l’arrivée des petits, le conteur d’histoires à faire peur pour enfants que Mumy a engagé s’est grimé en fantôme, l’on y croirait. Rêves ou cauchemars? Quoi qu’il en soit les minots étaient surexcités en découvrant le décor. Hailie et Hylam sont accompagnés de mes neveux ainsi que de quelques-uns des enfants qu’elle chaperonne à l’institution. Puppy, Sarah, Vanity et Rudyard. Le petit bout a couru vers Bébé dès qu’il l’a aperçu. Le plus sérieusement du monde, il lui a annoncé qu’il était un grand maintenant. Il a trois ans depuis cinq jours et ils ont fêté son anniversaire chez Hylam. Ensuite, je n’ai pas trop compris ce qui s’est passé. Il s’est précipité vers moi et a quasiment sauté dans mes bras. La plus belle princesse qu’il ait jamais vue a-t-il dit. Je veux bien reconnaître que mon costume de fée a beaucoup trop de paillettes sur les ailes, mais de là à passer ses bras autour de mon cou et me demander si je voulais être sa maman? J’en suis encore bouleversée. Ash n’a pas eu besoin d’être devin pour comprendre que cela m’a terriblement ébranlé. Plus tard lorsque nous avons regagné notre appartement, j’ai pleuré et je ne sais même pas pourquoi? Á nouveau, les doutes s’insinuent dans mon esprit. Ce petit attend quelque-chose de nous et je crois ne pas être en mesure de le lui donner. Je sais au fond de moi que Mon Fripon est déjà profondément entiché du gamin, et apparemment le minot a jeté son dévolu sur nous comme parents. Nous n’avons fait sa connaissance que cet été et je ressens cette drôle d’impression que nos chemins étaient faits pour se croiser. C’est comme une évidence. Je ne connais pas grand-chose de lui à part ce que nous en a confié Hailie. Rudyard est né à Brighton de père inconnu. La maman a longtemps été inscrite aux abonnés absents au point qu’un avis de recherches avait été lancé. Je n’en dis pas plus, mais l’histoire se termine mal. Je suis complètement désorientée…
    Cela dit la soirée a été extraordinaire, adultes et enfants ont apprécié les narrations et les jeux du conteur. Cela se voit qu’il aime son métier cet homme-là. J’ai perdu plusieurs fois le fil des histoires et Bébé me traduisait discrètement croyant que je ne parvenais pas à décrypter le langage bien particulier de ses historiettes. Puis il s’est vite aperçu que ce n’était pas un manque de compréhension de ma part. Je n’étais tout simplement pas là! Mon regard se perdait sur le petit bout qui serrait son doudou dans sa main chaque fois que les contes l’effrayaient. Ses rires, je peux les reconnaître parmi ceux d’autres enfants et cela me fait peur, résonnent dans ma tête. Plusieurs fois je l’ai vu nous chercher des yeux Ash et moi pour se rassurer au moment critique du conte et je suis déconcertée à un tel point que si j’avais été chez moi je me serais précipitée sur le téléphone pour appeler Nadège, ma thérapeute. Hailie qui surveille ses ‘‘poussins’’ comme le lait sur le feu s’est aperçu du manège de Rudyard. Le sourire étrange qu’elle avait sur les lèvres m’a interpellé. Elle avait le même lorsqu’il m’a demandé si je voulais être sa maman. Qu’ai-je répondu à Rudyard? En fait j’ai été tellement surprise que je lui ai dit une phrase du genre que plus tard, s’il était un bon petit garçon, il trouverait certainement sa maman princesse. Je sais c’est horrible, mais j’ai été prise de court. De toute façon, il n’a retenu que le bisou que je lui ai donné en le reposant au sol. 
    Le buffet a été dévasté par tous les hôtes, famille inclue. Donnez-nous des friandises ou nous vous jetons un sort, le fameux trick or treat a résonné dans la maison toute la soirée. Dans leurs crânes en matières recyclables, les minots ont collecté des friandises auprès des invités et du personnel. Cela leur permettra de tenir au moins jusqu’à la fête de l’année prochaine. Il est évident que Mum’ ne pouvait faire autrement que d’inviter également ses ami(e) proches à la soirée. Pensez-donc, certains ne me connaissaient pas encore. Minuit passé, dans un charivari pas possible, les enfants sont allés éteindre toutes les bougies, celles du parc y compris, afin que les esprits des créatures d’Halloween quittent les lieux. Les gamins étaient tellement épuisés que nous avons gardé tout ce petit monde à dormir dans le chalet au fond du parc. 
    Ce matin je suis un peu barbouillée, sans doute ai-je trop mangé d’oursons en guimauve chocolat noir hier soir? Bébé s’est enfermé dans son bureau afin de se rendre compte si tout se passe bien au service, du coup je donne un coup de mains à Hailie pour le petit-déjeuner des enfants. C’est calme car ils se sont couchés tard, ils baillent devant leur chocolat chaud et leurs tartines. Mais une fois habillés ils sont nettement plus réactifs. Au moment du départ nous nous apercevons que Sarah n’est pas là. Je la retrouve dans l’entrée devant la psyché de la petite serre. Que cette gamine me fait de la peine! Elle parlait à son reflet dans le grand miroir comme avec un interlocuteur. Suppliante elle demandait une réponse à son image et ce n’était pas un jeu, des larmes inondaient son visage. Elle n’a pas voulu me dire pourquoi ce gros chagrin. C’est Hailie qui, à part, m’a expliqué le problème de la petite. Son histoire est dramatique. Le père et la jumelle de Sarah ont disparu dans un accident de la route. La maman est en maison de soins. En ayant perdu son mari et l’une de ses filles, cela se comprend. La petite n’a pas d’autre famille que des oncles vivant en Afrique du sud. Sarah et Jane sa jumelle étaient fusionnelles alors depuis la petite fille parle à sa sœur dans tout ce qui donne un reflet. Je suis tellement en empathie avec cette gosse que cela m’est insupportable. J’ai vécu cela dans ma chair aussi. J’espère que le pédopsychiatre de l’institution sait gérer ceci correctement. Décidément je ne me ferais jamais à ce que vivent ces enfants avant d’atterrir dans ces structures. Ce qu’il y a de certain, c’est que mon beau-frère et ma belle-sœur sont de bonnes personnes. 
    Je vais me plonger dans des magazines de décorations d’intérieur en attendant que mon cher mari me conduise à mes rendez-vous à la maison médicale. C’est un premier contact avec les professionnels qui vont me suivre lors de mes longs séjours aux Aspidies. Mon piranha samouraï tente un retour en force en ce moment. C’est supportable, mais je dois prévoir le pire et il faut bien que la photocopie de mon dossier -de l’épaisseur d’un dictionnaire- médical serve à quelqu’un. Je me doutais bien qu’un jour où l’autre Ash devrait se replonger dans le boulot. Lundi, il part sur Cologne afin de présider la dernière réunion du service qu’il a mis en place. Désormais ses anciens collègues seront autonomes. Bébé va pouvoir se consacrer uniquement à son propre siège et à l’écriture de sa nouvelle thèse.

    Mother’s cry, un roman émouvant qui narre l’amour poignant d’une mère pour ses enfants…


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    Il arrive parfois que ma chère Patricia me confie l'un des textes qu'elle publiait sur son ancienne page de blog. Voilà comment j'ai transformé son ''Souvenir d'Halloween''en une petite nouvelle de circonstance...

     

       ...Le bus arriva en trombe sur le passage piéton et le pauvre Franck vola façon dodo Mauricien pour atterrir comme une crêpe sur l’asphalte …côté face bien sûr pour dire de faire les choses proprement. L’ambulance le conduisit à l’hôpital local où heureusement pour lui, leur meilleur chirurgien était de garde ce soir-là ! 
    Paul Oppiller venait de finir son huitième whisky lorsque son biper se mit à vibrer, il sursauta, agacé d’être dérangé dans la contemplation éthylique d’une magnifique rousse qui commençait à s’intéresser à lui. Cette urgence tombait mal mais il devait y aller, il demanda à la jeune ménesse de l’attendre en lui glissant élégamment un billet vert entre les seins. Il promit qu’il ne serait pas long et décanilla en titubant. Il rata la porte pour aller s’écraser le nez contre la vitre de la véranda scintillante du pub. Il sourit bêtement en se retournant pour voir si son exploit avait été repérée par les rares clients du bar qui soit dit en passant était dans le même état que lui. Il héla un taxi qui le conduisit à l’hôpital où se pratiquait au rabais, les soins aux pauvres. Débagoulant tripes et boyaux dans le vestiaire des officiants bouchers, il enfila la tenue bleue réglementaire et cela lui conféra aussitôt un semblant de dignité. Les jambes flageolantes, le grand chirurgien qu’il était trouva tant bien que mal la salle d’autopsie …oups, d’opérations! 
    La face irrémédiablement pulvérisée, l’infortuné Franck, du plus profond de son anesthésie, assista au vol plané et à l’atterrissage la tête la première sur le sol clinquant de la salle d’opération de celui qui allait lui rendre figure humaine. Chapeauté de bleu, pourvu de gants blancs maintenant contaminés et imbibé d’alcool fort, Paul Oppiller allait réaliser l’œuvre de sa vie. Infirmières, internes et béjaunes le relevèrent. Aucun d’eux n'eut le temps de piper mots lorsqu’il attrapa le bistouri par la lame. Une bonne dose de désinfectant, quelques points de suture, un pansement et le voilà à nouveau prêt à opérer. Le pansement fut bientôt rouge vif, mais l'on aurait été bien incapable de dire si il s'agissait du sang du patient ou celui du chirurgien? Celui-ci avait oublié de remettre des gants! Lorsque commença le carnage, nombreux furent les assistants de monsieur Paul qui quittèrent la salle d'opération le cœur au bord des lèvres. Certains en pleuraient d'effroi. Monsieur Paul travaillait en artiste sous les yeux horrifiés de ceux qui étaient encore présents. Tailladant par ci, découpant par-là, écorchant dessus, extirpant dessous, faucardant tout ce qu’il ne savait pas remettre au bon endroit et rognant ce qui le gênait. Bientôt, le visage de Franck ressembla à une immonde bouillie. Quand enfin il se rendit compte qu'il ne pourrait faire mieux,le docteur Frankenstein se mit à recoudre le visage de son monstre! Fier de son travail, il quitta rapidement le petit atelier des horreurs. Il laissa le soin à ses assistants de nettoyer ce chantier sanglant digne du meilleur film gore. Les traînées rougeâtres et gluantes qu'avait laissé derrière lui le docteur Oppiller sur le carrelage déjà rougi de ses exploits précédents, en firent frissonner plus d'un. Sédaté, Franck, lui rêvait de ce nouveau visage qui allait attirer toutes les minettes qui s'étaient moquées jusqu'à présent de son nez en biais et de sa figure simiesque. 
    Lorsque le chirurgien se rendit au pub pour la seconde fois de la soirée, il constata, dépité, que la belle rousse sur laquelle il guignait avait disparu. Deux irréductibles piliers de bar encore présents parce qu'incapables de marcher, se moquèrent de la calotte bleue qu’il avait oubliée d’ôter. Le plus insupportable était que sa main le faisait horriblement souffrir malgré les trois analgésiques ingurgités coup sur coup dans le taxi. Un bon whisky et il n'y paraîtrait plus, mais fichue soirée que celle-ci…
    Le pauvre bougre de Franck, en dépit des doses quasi létales de morphine qu’on lui injecta, hurla de douleur du matin au soir dans son lit d’hôpital et l'inquiétude le rongeait jusqu'à l'en rendre aliéné. Cependant il n'osa exprimer ses doutes. Des semaines plus tard,lorsque vint le grand jour de l’ablation des pansements qui allait lui révéler son nouveau visage, il ne tenait plus en place, il avait repris confiance, pour avoir autant souffert, sa nouvelle apparence devait être une splendeur. Il se voyait déjà sur la couverture de magazines people au côté du grand chirurgien qui lui avait rendu figure humaine. Le regard de l'infirmière qui lui ôta ses bandages le fit soudain tressaillir. Découvrant à son tour l'étendue des dégâts dans l'éclat du miroir qu'elle lui tendit en tremblant, sa gorge en feu s’irrita à force de cris et de hurlements. Ses plaintes et ses pleurs réussirent à cacher le déclin de sa raison à ceux qui le laissèrent sortir quelques jours plus tard. Franck abandonna tout ce qu'avait été sa vie avant l'accident. Il se mit à errer de par la ville, se cachant au plus profond de caves obscures durant la journée, évitant la proximité des lampadaires la nuit. Il ne mangeait plus, ne dormait plus et ruminait une hypothétique vengeance. Il récupéra, dans les cendres de son entendement, de quoi organiser une sinistre vendetta. 
    Les uns après les autres, les assistants du chirurgien qui l’avait arrangé de si belle façon finirent leur jour d’une manière si cruelle que l’on commença à se poser des questions. La compatissante infirmière qui changeait les pansements de Franck avec tellement de dévouement en lui promettant qu’il serait beau comme un dieu fut la dernière à être retrouvée la gorge tranchée, le nez coupé et les extrémités des lèvres sectionnées jusqu’aux pommettes. Tous sans exception avaient péri de cette façon.
    Paul Oppiller ne savait plus à quel saint se vouer. Il avait compris que son tour viendrait bientôt. La terreur et le whisky qu'il ingurgitait à seaux le faisaient délirer. Il apercevait le Jack L’éventreur qu’il avait lui-même créé à chaque coin de rue. L'alcool et la terreur le transformèrent en un zombie puant et délirant. Volets clos, il se barricada dans sa belle maison, un vigile en faction à la porte de devant et un autre rivé à celle de derrière. N’ayant plus que la peau sur les os, le regard halluciné, Franck ne respirait plus que pour le dénouement de sa vengeance. Son dernier crime serait commis à visage découvert. Le salaud qui ne lui avait jamais rendu visite après son opération devait contempler son oeuvre avant de mourir. Pour une fois,Franck ferait fi de sa bouche en cul de canard, de ses joues dont certaines des lacérations étaient encore à vif et suintantes, de son nez fendu qui ressemblait à un pied de cerf et de ses yeux désorbités. D'ailleurs, il ignora les regards révulsés de ceux qu’il croisait en déambulant dans les allées du parc municipal à la recherche de l'endroit idéal où déposer sa dernière victime. Sa déchéance avait été remarquée par de nombreux témoins, mais avant que ceux-ci ne réagissent il disparut dans l'étroit boyau qui canalisait les eaux de pluie.
    Sans que les protecteurs du chirurgien déchu n’y puissent rien faire, Franck mit la main sur celui qui l’avait abominablement charcuté. Malheureusement, Paul Oppiller lui échappa inopinément. Lorsque Franck vint le chercher, le cœur de l'homme explosa littéralement dans sa poitrine tellement il était déjà mort de frayeur! Franck, terriblement dépité, hurla à la nuit noire son infortune. Un fois encore, le destin l'avait trahi. Toutefois, il prit le temps de mettre en scène la sortie qui lui accorderait une rédemption bien méritée.
    Il fallut beaucoup de volonté et un certain courage aux agents de ville pour approcher ce qui avait été le chirurgien. Il n’était plus qu’un corps sanguinolent, assis sur l’un des bancs du parc. Paul Oppiller n’avait plus de doigts, ceux-ci se trouvaient dans sa bouche. Il n’avait plus de tête non plus. Elle était déposée bien proprement sur ses genoux. Les joues et le nez du chirurgien avaient été découpées façon aiguillettes ce qui le faisait ressembler à présent à l'ébauche d'un atroce portrait. Sous le banc, une flaque de sang s’allongeait au fur et à mesure que gouttaient les dernières perles de son sang presque figé. Ils découvrirent le corps de Franck sur le banc d’à côté. L’homme s’était tranché la gorge et il avait attendu la mort calmement. Dans sa main droite, un scalpel brillait tel un diamant au soleil alors que le ciel était obscurci par d’épais nuages. 
    Comme par miracle, le visage de Franck était redevenu humain. Toutes les scarifications avaient disparu et l’on distinguait clairement l’ébauche d’un sourire sur ses lèvres restaurées… 


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  •    ...Au fil des mois je me rends compte que vous narrer mon quotidien m'est devenue quasiment aussi indispensable que l’air que je respire. Ces mots jetés à l’humeur sont un refuge pour la ‘‘Chouquette à son Bébé’’ que je suis à présent. Je dépose ici mes interrogations, mes progrès et le ressenti de mon bonheur d’avoir croisé la route de celui qui guide mes pas jour après jour. Je dirais qu’un nuage d’optimisme obscurcit le pessimisme dans lequel je me maintenais avec beaucoup de complaisance. Mon ‘‘travail’’ d’écriture est intéressant m’a-t-on dit. Depuis des années je compose des petits contes pour adultes dont le vocabulaire était plus ou moins heureux. Par ennui puis par envie j’ai abandonné le vulgaire et le mauvais goût au profit de la correction sans pour autant renier mes écrits les plus triviaux. Ce sont eux qui m’ont poussé à progresser! J’admets que certains ont encore saveur d’amertume et je n’y prête plus trop d’attention. Je me refuse à être identifié comme une plume "pornographique" si par le plus grand des hasards je parviens à les faire connaître. Je viens de réaliser que l’écriture pourrait être une thérapie, ma rédemption en quelque sorte. La lumière qui illuminera le sombre tunnel qu’a été mon existence passée. Dans un style coquin et épuré je me gave de mots. Certes mes victoires sont minimes, faites de petits combats et de grandes batailles. Comme celle que j’ai entrepris contre madame Vodka. Je ne la vaincrais jamais totalement car l’alcoolisme est une maladie qui ne me quittera jamais. Je me tiens à bonne distance de mon alcool favori depuis assez longtemps pour dire être abstinente et …le rester. Lorsqu’un alcoolique affirme être guéri, il ment, je sais de quoi je parle, croyez-moi j’en ai assez bavé pour oser l’affirmer.
    L’une des victoires dont je suis le plus fière, est celle d’avoir réussi à croiser mon ex-mari Christian sans m’évanouir. Dans un monde parallèle, je me cachais dans un trou de souris rien qu’à l’énoncé de son prénom. Ma ‘‘ Petite Paix’’ a été le déclic qui a provoqué ce changement en moi. Ma mémé, Maë Lynette, m’a légué sa maison et ces murs protecteurs sont devenus le havre où mes racines se régénèrent. Dans le terreau familial, j’entrevois enfin un avenir. J’ai fait un énorme bond en avant en confiant Pouf, une peluche rose et bleue qui m’avait été donnée par Régine, à ma grand-mère le jour où on l’a mis en terre. L’âme humaine est parfois difficile à cerner. Ce doudou a réconforté mon extrême solitude pendant des années. Il était mon seul confident, essuyait mes larmes de sang, faisait se volatiliser mes pires cauchemars. Prudence oblige, à présent c’est un Dreamcatcher qui éloigne mes mauvais rêves.
    Désormais, c’est l’homme de ma vie, d’une vie, qui me protège. N’allez pas croire qu’il me materne du matin au soir. Il m’aime et cela veut dire que quand il me gronde c’est que je l’ai mérité. Je peux être chiante au possible lorsque je m’y mets! Toutefois, il m’offre chaque jour un cadeau inestimable, sa confiance. Il me laisse cheminer en commettant des erreurs…
    J’ai été diagnostiquée porteuse d’une spondylarthrite ankylosante et savoir qu’un jour je devrais livrer ma carcasse à des soignants m’a ébranlé. Le secret de l’acceptation? Ne pas accorder de pouvoir à cette fichue maladie et ça marche! Je ne sais pas si mes écrits vaudront un jour la peine que l'on s'y attarde, chacun(e) se fera une opinion, mais ils me sont soulagement. Et si, ce qui pour l’instant n’est que gribouillis sans intérêt, peut rendre un tant soit peu d'espoir et de sérénité à ne serait-ce qu'une seule personne parmi celles qui comme moi ont été dénigrées dans le long parcours de leur reconstruction, j'en serais fière et honorée!
    Huit ans après, il m'arrive encore d'avoir la sensation qu'une partie de moi s’est éteinte le jour où Christian m'a laissé pour morte sur le sol de notre douillet foyer, mais ces jours-là je me dis que comme Lord Voldemort je dois avoir caché quelques horcruxes çà et là et qu’il me suffit de les retrouver pour être intégralement reconstituée.
    Afin de m’exercer à l’écriture, je vais m’appliquer à poursuivre la rédaction de ce journal qui dès ses premières lignes publiées n’a plus rien eu d’intime Cet exercice implique que je livre une partie du quotidien de mes proches et je les remercie de m’en avoir donné l’autorisation. Mon dernier bonheur est que le destin a mis sur ma route une thérapeute extraordinaire qui me permet de me reposer sur de vraies valeurs.
    - L'amitié ne rend pas le malheur plus léger, mais en se faisant présence et dévouement, elle permet d'en partager le poids, et ouvre les portes de l'apaisement’’ -Tahar Ben Jelloun-
    Long et laborieux est le travail de réflexion. Tellement gratifiant aussi.
    Peut-être que dans un jour proche, je le souhaite de tout mon cœur, je tutoierais d’une couverture plaisante les F et les J d’une étagère de bibliothèque…


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  • Je te remercie pour tes félicitations et …tes condoléances. Te lire à nouveau me fait plaisir. J’espère que tout va bien pour toi. Comme tu ne disposes pas d'une page avec messagerie, je ne sais pas si tu lis mes réponses, mais tout va bien pour moi, lis quelques-uns de mes articles et tu le constateras. Je comprends que tu aies profité de l’occasion qui t’était offerte de changer d’horizon. Cela redonne du courage certaines fois. Mon mari et moi sommes allés en croisière et nous nous préparons à remonter aux Aspidies à la fin du mois afin d’organiser notre nouvelle vie à deux. Nos parents nous ont offerts une petite maison à refaire et aménager selon notre goût et il va y avoir du travail… Je travaille aussi ma pré publication avec une coach en écriture et c’est beaucoup de …réflexions et de lâcher prise. Je ne suis pas encore prête à confier mes bébés à une inconnue qui va les désosser -lol- mais je dois me faire une raison, y’a du boulot! Sache que te lire me sera toujours agréable malgré tes ‘‘disparitions’’ soudaines plus ou moins longues. Tu reviens dès que l’envie sans fera ressentir, tu seras toujours bien accueilli ici. Lis mes chapitres, ainsi tu sauras ce que devient Mymy skywlaker. Je t’embrassouilles…


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  •    …’’Sur les ailes du Temps, la tristesse s'envole’’. Ça n’est pas gagné! 

    Monsieur Jean de La Fontaine n’a pas précisé combien de temps, aussi ai-je ramené papa à la ‘‘Petite Paix’’. Son chagrin me bouleverse. S’il était resté au domaine, je sais qu’il serait allé tous les jours au cimetière et cela je ne le veux pas. Jocelyne repose en paix -j’ose l’espérer- et à présent je veux que mon père se réconcilie avec le monde des vivants. C’est en toute tranquillité et au calme qu’il doit reconstruire son avenir. En fin de saison c’est un peu compliqué là-bas, alors il a compris mon point de vue et nous a accompagné. Ash prend soin de son beau-père avec dévouement et …tendresse! Si quelqu’un peut aider papa dans la souffrance qui déchire son cœur, c’est bien Ma Canaille. J’ai dû m’absenter deux jours à Palavas pour clôturer les dossiers de nos appartements aux agences. Nous avons fait constater par huissier tous les dégâts occasionnés lors de la campagne deux mille dix-huit. Je suis affligée. Deux des studios neufs sont dans un état… je ne trouve pas de mots pour décrire le désastre. Et dire que j’avais proposé du haut de gamme à des personnes censées être respectueuses du bien d’autrui. Et bien je me rends compte que c’est encore pire! Je suis trop dégoutée pour réagir, mais l’année prochaine je compte bien m’y prendre autrement. D’ailleurs je change d’agences, c’est définitif. Ils prennent leurs réservations par internet et font rarement les états des lieux ce qui laisse porte ouverte à la malhonnêteté de personnes bien peu scrupuleuses. Å revoir donc…
    Hier après-midi nous étions conviés à la pendaison de crémaillère chez Édith et Sam. Nous avons passé un moment très convivial. Leur nouvelle maison est magnifique! La compagne de mon ‘‘grand frère’’ est fan des émissions de rénovation qui fleurissent sur la TNT. Cela se voit qu’elle s’en est inspirée. Le bâtiment est tout en longueur, agrémenté d’une pergola et d’un mur végétal -finalement ils l’ont créé en façade- pour l’extérieur. L’entrée donne accès à un grand couloir qui traverse le plein pied d’une extrémité à l’autre. Au centre, l’atrium -un bijou- que j’avais décrit en juin. Trois puits de lumière éclairent l’ensemble. Depuis la cuisine, ouverte sur la pelouse par un triptyque vitré, l’on passe de la salle à manger au salon par une large ouverture sans porte, habillée des vieilles pierres déjà existantes. Les deux poutres massives du plafond ont été conservées. Un énorme lustre y a été suspendu. Mon Sam y mettrait beaucoup de mauvaise volonté s’il ne parvenait pas à se déplacer dans cet intérieur créé en fonction de son handicap! Tout est lumineux car décliné dans des couleurs neutres. Beige, ocre, taupe et pastels givrés. Sans doute aussi à cause des quatre portes-fenêtres, une par façade. Ils ont offert leurs anciens meubles à une association, puis les nouveaux ont été élaborés sur mesure. Une chape en béton ciré beige au sol pour les pièces à vivre, du parquet contre collé gris perle, imitation vieux bois pour les chambres et un carrelage ethnique de ciment pour la salle de bains. Ladite salle de bains est adaptée de façon à ce que Sam puisse se débrouiller seul pour prendre un bain. Le système, ingénieux au possible, fonctionne avec une simple baignoire d’angle. Je me projette pour l’avenir…
    J’adore la cuisine! Tous les rangements sont en niche dans l’épaisseur des murs. Une crémaillère permet d’accéder aux étagères sans être obligé de s’étirer, c’est génial! Le plan de travail est en granit sombre pour contraster avec la crédence cuivre traité et carreaux métro aux couleurs vives. Original, mais l’ensemble est sympa. Dans l’espace qui donne sur l’extérieur, une banquette et des sièges en cuir beige peuvent accueillir des convives à une table tréteau amovible. Sam peut s’y installer avec Edith et leurs hôtes. Qu’il puisse s’asseoir à une table autrement que dans son fauteuil, je trouve cela bienfaisant pour son moral. Mon Sam est heureux de prendre possession de son royaume, mais il a un coup de blues depuis quelques jours m’a-t-il avoué. Nous avons abandonné ses invités pour nous isoler un moment. Je pense qu’il a subi beaucoup de pression avec les travaux et le déménagement. Il l’admet. Ses cours d’alphabétisation au centre social placent sur sa route des misères qui l’affectent plus qu’il ne l’imagine. Honte et exclusion sociale sont ses pires ennemies. Il lui est difficile de concevoir qu’à notre époque l’on puisse ne pas savoir lire correctement en sortant du lycée. Le croiriez-vous, Simon, vingt-quatre ans, est incapable d’écrire son CV? Il est allé en cours jusqu’en première. Cherchez le bug. Lucien, quarante-sept ans, a triché toute sa vie pour cacher son illettrisme. Je crois que cela se nomme des stratégies de contournement, genre j’ai oublié mes lunettes, j’ai mal au poignet, je n’ai pas de stylo, il fait trop sombre, l’écriture du texte est trop petite, j’écris mal, et j’en passe et des meilleurs. Cette année, le jour de son anniversaire, Lucien a pu, pour la première fois de sa vie lire le menu du restaurant. Sam en a pleuré avec lui. Être empathique c’est bien, mais je lui conseille de se préserver. Le pire dans tout cela, c’est que certaines de ces personnes sont allés à l’école. Et les analphabètes? Inadmissible en deux mille dix-huit! Annie a appris à lire à cinquante-neuf ans. Nous avons finalement admis, Sam et moi, que notre amitié était ce qui apaisait le mieux nos tourments. Nos conjoints aussi, bien évidemment. C’est pour cela que je lui ai confié ma plus grande inquiétude du moment. Ces deux derniers mois mon rythme de vie a été intense, mais je ne souffre plus, je souffre moins devrais-je dire, grâce au nouveau médicament que l’on m’a prescrit. Cependant, je me rends compte que mon niveau d’aptitudes physiques baisse régulièrement et cela me rend triste. Cela ne me terrorise plus car je me suis raisonnée. Mais, ne plus pouvoir faire de vélo -mal de dos- de stepper -mal aux chevilles- j’adorais ça, faire la course avec mon chéri -j’ai la sensation de me disloquer- et la Pilate qui ne me réussit plus, j’ai l’impression de décliner à vitesse grand V. Il ne me reste que la marche et là non plus ce n’est pas la performance. Tout le temps où il m’a écouté, il est resté impassible mon Sam.
    - Tu tiens encore sur tes jambes toi ma favouille!
    Je vous le concède, ça remet bien les choses à leur place. Sam ne serait pas Sam s’il ne me bousculait pas de temps en temps. Selon lui je dois m’adapter et demander l’aide de mes kinés que j’ai passablement snober cela dit en passant. Je dois faire de l’exercice en fonction de mon état de santé et de mes besoins. J’ai mon tapis fleuri qui soulage vraiment mes douleurs et pour mes envies, on repassera…
    J’ai plaisir à voir que papa commence à sortir de sa léthargie. Ce matin Bébé et moi l’avons retrouvé en train de débroussailler la jungle -ronces et mauvaises herbes- qui envahissait les arbres fruitiers et la palissade de mon paradis vert. Mon intérieur est propre comme un sou neuf mais j’ai honte de mon jardinet que j’ai terriblement négligé cet été. Je pensais appeler monsieur André pour qu’il vienne à mon secours, mais cela n’est plus nécessaire, grâce à mon père, la diabolique végétation a été éradiquée. Compost? Déchetterie? Pensez donc! Un gigantesque feu de joie a soudain illuminé les abords du petit ruisseau. Pas prudent le papa. Jamais l’hilux du voisin n’a fait autant de poussière sur la route. Aussitôt aperçu le brouillard de fumée noire, Marceau a sauté dans son engin en croyant que ma ‘Petite Paix’’ était en feu. Heureusement qu’il n’a pas appelé les pompiers. Pour sa peine nous lui avons offert l’apéritif…
    Nous allions passer à table lorsque le tintement de la cloche du portail a retenti. De petits poivrons vert tranchés finement, du maïs, des oignons rouges, les dernières tomates jaunes du potager des tantines, une louche de sauce tomate -importé directement du cellier bien garni de Mamaiette- sur une pâte fait maison. Un peu de mozzarella et hop, au four. Une fois cuite l’on y rajoute de l’avocat et quelques cubes d’ananas frais pour le fun. Super pizza végétale! Je ne connaissais pas les talents culinaires de papa. Salsifis persillades, gigot d’agneau, tarte tatin et voilà! Treize heures trente, déjeuner en famille. Anaïs est resplendissante. Sodishan a rejoint sa chérie pour une petite semaine. Trop heureuse de me montrer combien elle est ravie, elle n’a pas résisté à l’envie de nous rendre visite. J’ai surpris les regards en-dessous que lançait Bébé à son frère, et je dois dire que cela m’a pour le moins interpellé. Je dirais qu’il était perplexe et rassuré à la fois. Nous pensions tous que cette relation était vouée à l’échec, mais apparemment le ‘‘petit’’ sait ce qu’il veut. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’a pas intérêt à abuser des sentiments que lui porte ma cousine car nous serons plusieurs à lui remonter les bretelles. Cela dit, à voir comme il l’enlace et la bisouille à tout bout de champ, je me dis qu’il n’y a aucune raison pour qu’il lui joue un mauvais tour. Je me souviens qu’avec Chrissy, il était nettement moins …démonstratif.
    En fin d’après-midi ils sont partis en direction de Monaco. L’un des partenaires en affaires de Sodishan lui laisse son appartement pour quelques jours. Anaïs était surexcitée au possible. Fréquenter les frangins a parfois du bon, elle s’en apercevra. Je ne me fais pas de soucis pour elle qui est suffisamment jolie et intelligente pour se fondre dans le milieu social dans lequel évolue son chéri. Inch Allah? Qui vivra verra? C’est leur histoire. Personnellement je préfère l’ombre à la lumière et je m’en porte très bien. J’espère juste qu’elle sera assez solide pour s’accommoder des vicissitudes occasionnées par l’étiquette. Palavas étant à quelques kilomètres de leur trajet, nous étions rassurés Ash et moi en voyant papa s’y rendre en leur compagnie. Il va mieux, j’en suis heureuse. La météo plus que clémente a fait que la clôture du restaurant saisonnier des tantines avait été repoussée d’une quinzaine, mais il est temps à présent de tout ranger. Papa veut participer au grand nettoyage. Et Bonne Mère sait comme les tantines sont tatillonnes limites maniaques. Elles lavent et récurent du sol au plafond avant de tout fermer. Jardinage chez nous et lessivage avec ses sœurs, cela va finir de le requinquer mon paternel. Je souhaite qu’il aille bien, car Bébé et moi partons pour Londres à la fin de la semaine.

    Je suis préoccupée en faisant nos cartons car notre séjour aux Aspidies sera de longue durée…


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    …C’est sous un ballet de parapluies et de feuilles mortes que nous l’avons honoré!

    La vie poursuit son œuvre, et parfois elle est très injuste envers ceux que l’on aime.
    Nous venions à peine de nous installer dans le taxi pour rejoindre la gare lorsque la sonnerie du portable de Bébé a retenti. L’on nous prévenait du décès de la marâtre ...euh, de ma belle-mère, l’épouse de papa. Dans la nuit, celle-ci avait fait deux AVC à quelques heures d’intervalle puis finalement son cœur a lâché à quatre heures cinquante du matin. Å peine sommes-nous descendus du train que nous avons été ‘‘capturés’’ par mon oncle Richard. Me connaissant parfaitement, clin d’œil à l’appui, il me recommande l’empathie. Il paraîtrait que cela fonctionne mieux que le rentre dedans. Je prends note. Nous arrivons à la ‘‘Petite Paix’’ sous un bel orage accompagné d’une pluie battante. Il fait frisquet, c’est l’été qui se casse les reins aurait dit ma grand-mère. Je ne veux pas me précipiter, nous monterons rejoindre papa demain matin. Je compatis à sa douleur, mais je me débats entre antipathie et affliction.
    Je suis infiniment triste pour mon père, cependant je n’avais pas d’affection pour cette personne. D’aussi loin que je me souvienne Jocelyne n’a été que blessante, abjecte, et méchanceté envers moi. Je ne suis pas de marbre non plus, je conçois que papa pleure sa disparition, il l’aimait réellement. L’amour est aveugle dit-on…
    Il serait déplacé à présent, de poursuivre la ‘‘Joce’’ de mon ressentiment. Je suis juste peiné pour elle car elle a quitté ce monde bien seule. Certes Papa était présent et accompagné de ses sœurs, trop respectueuses de son chagrin pour ne pas le soutenir. L’épouse de papa avait très peu d’amies, de bonnes amies voulais-je dire. Rien ne la rendait heureuse. Si. Médire était son loisir favori lorsqu’elle ne se plaignait pas d’être fatiguée. J’admets volontiers que ce dont elle souffrait ne devait pas simplifier son quotidien, mais elle oubliait délibérément de suivre son traitement chaque fois qu’elle ressentait un léger mieux. C’est inhérent à cette maladie paraît-il. J’ai fait les frais de ses crises d’euphorie avant de la voir déprimer pendant des jours à en rester cloîtrée dans l’obscurité de sa chambre. Mon neurologue a eu beau m’expliquer que les patients souffrants de bipolarité ont tendance à perdre la mémoire, cela ne m’a pas consolé pour autant. Il lui est arrivé de ‘‘m’oublier’’ en ville, je devais marcher pour rentrer car la ligne de bus n’existait pas encore. Sept kilomètres à la nuit tombante… Elle avait du mal à dormir et cela ne lui faisait rien de regarder la télévision jusqu’à point d’heure. J’étais fraîche pour mon contrôle de maths le lendemain… Anxieuse, colérique, irritable, je ne savais jamais sur quel pied danser avec elle. Cela lui donnait-il pour autant le droit de passer ses frustrations sur moi? J’ai appris un nouveau mot: comorbidité. C’est-à-dire que d’autres troubles se greffent à la maladie. D’où ses problèmes cardiaques. Papa a essayé plusieurs fois de lui faire comprendre qu’elle mettait sa vie en danger en ne se faisant pas suivre régulièrement, mais elle s’en moquait éperdument. Il est heureux que l’on ne m’ait pas demandé de faire son oraison funèbre, je n’ai aucun souvenir heureux de sa présence dans ma vie. En fait elle se complaisait dans sa mélancolie, son peu d’énergie, ses multiples menaces de suicide -je n’ai appris cela que très récemment- son manque de sommeil, sa boulimie, ses cauchemars qui lui faisaient dire qu’elle était médium, ses TOC. La liste est trop longue pour que je continue, mais tout cela faisait qu’on la plaignait et elle adorait se plaindre. Je suis désolé d’écrire ceci, mais les seuls moments de paix que j’ai connu avec cette femme, c’est lorsqu’elle était hors d’état de nuire. De ME nuire. J’ai souvenir de la fois où elle s’est fracturée la jambe. J’y ai gagné quarante-cinq jours de tranquillité car elle n’a pas quitté la chambre durant tout le temps du plâtre. Malheureusement nos domestiques de l’époque, eux, ont vécu l’enfer…
    Bébé est fâché contre la tête de mule que je suis. Il ne comprend pas mon refus à déposer les armes maintenant que ‘‘l’ennemie’’ est vaincue. Il est plus déconcerté qu’en colère à vrai dire. Ses parents ont fait livrer une magnifique gerbe avec un carton réconfortant au domaine. Et la fille indigne que je suis est incapable de faire un petit effort à son tour. Oui, je n’ai pas très envie d’écouter le sermon d’une heure que nous prépare Ernest l’ami prêtre de mon père. Un adieu digne d’une grande dame avec l’hommage affectueux de la famille, fleurs et musique céleste… Ni les uns ni les autres n’appréciaient vraiment Jocelyne et ils vont l’encenser le temps d’une cérémonie religieuse? Je suis la seule à rester fidèle à ma rancune. Cela ne me soulage pas pour autant. Et puis, quelque part, le respect que j’éprouve à présent pour mon père qui, je dois le reconnaître a toujours été fidèle à ses sentiments -même s’il n’a jamais exprimé correctement ceux qu’il ressentait pour moi, sa fille- me donne à réfléchir. Il est inconcevable que je ne sois pas présente le jour des funérailles de ma belle-mère. Au nom du ‘‘qu’en dira-t-on?’’ celle-ci a encore gagné. Je vais donc faire profil bas le temps d’un adagio. J’accepterais les condoléances que l’on me présentera avec un masque de circonstance. C’est promis, mon visage sera… oh et puis zut, je lâche prise! Cette vendetta stérile est ridicule, et surtout elle n’est pas digne du soutien que je désire apporter à mon père. Je ne suis plus une petite fille, il est temps pour moi de tourner la page. Le trajet jusqu’au domaine a été agité. Sur le tronçon d’autoroute, entre les bourrasques de vent et le déluge, nous nous serions crus dans l’un des manèges du Luna Park. C’est vraiment une météo de circonstance. Å notre arrivée, j’ai trouvé mon père livide et anéanti. Ma tante m’apprend qu’il n’a rien mangé depuis le décès de Jocelyne. Il est temps pour moi d’être la fille dont il a besoin. Une omelette à la ciboulette et un bon café plus tard, papa est allé prendre une douche et se reposer un peu. Pendant ce temps je vérifie si tout est OK pour les pompes funèbres. Registre de condoléances, fleurs, déroulement de la cérémonie, textes à lire, ambiance musicale et …merci, tu es l’efficacité personnifiée tantine. ‘‘Seigneur, nous tournons vers toi notre regard à l’heure où va disparaître l’enveloppe charnelle de Jocelyne, enfant de Dieu, cher à toute l’assemblée présente’’ Le père Ernest est bien brave, mais qui pleure à part mon père? Moi! Je trouve soudain lamentable ma façon d’agir. Je dépose les armes, mes larmes, à l’enterrement de ma belle-mère. Je suis empathique au chagrin de papa et surtout je pense qu’en cet instant de tristesse maman a définitivement trouvé la paix. J’ai trouvé la paix. Ne me demandez pas pourquoi il m’est venu ceci à l’esprit, mais je suis enfin prête à passer à autre chose. Bébé est en mode respect. Le voile qui obscurcissait mon jugement s’est enfin déchiré…
    Il pleut et l’eau bénite se mêle aux pleurs du ciel, ainsi mes larmes passent pour des gouttes de pluie suspendues à mes cils. Comme il est triste de prendre place autour d’un cercueil près d’une sépulture ouverte, en pleine averse. La présence de la famille, des amis et de la presque totalité des habitants du village réconforte mon père dans la terrible épreuve qu’il traverse. Anaïs à mon côté, je lis le texte que les sœurs de papa ont préparé. ??? Comment ont-elles réussi à me convaincre? Le regard d’abord médusé et incrédule puis empli de tendresse que papa me lance récompense cet effort. Une couverture de fleurs en guise d’adieu et la queue au registre de condoléances. Le père Ernest raccompagne papa qui a pris dix ans en trois jours. La réflexion assassine qui va suivre n’est pas de bon goût, mais dites-vous que c’est ‘‘l’hommage’’ personnel et définitif que je rends à ma belle-mère. Jocelyne, paix à son âme, aura comme dernière demeure un jardin d’éternité confectionné par Serge, un paysagiste en sépulture. Elle qui était incapable de garder une plante verte plus de huit jours sans la faire périr va dorénavant disposer d’une tombe à l’entourage de granit bleu sur laquelle des végétaux seront repiqués au printemps. Sera-t-elle un bon terreau? Je suis ignoble, j’assume, c’est mon chant du cygne!
    Cette fin de journée est lugubre. Notre famille soudée par ce deuil est sous le choc. Quant aux amis présents ils n’osent pas briser la forteresse de désespérance dans laquelle s’est réfugié papa. Bébé reste placide et égal à lui-même. Ce soir sa quiétude ne me soulage pas, je ressens le besoin de m’isoler. Je ne parviens pas à exprimer ce qui me contrarie. Qui vais-je accuser d’avoir gâché mon enfance à présent que la ‘‘Joce’’ n’est plus là? En perpétuelle révolte du jour où maman nous a quitté, je pense avoir largement contribué à l’élaboration du parcours chaotique qui a fait de moi une écorchée vive. Je réalise que j’ai encore besoin de ma thérapeute pour qu’enfin je cesse de me sentir coupable. Coupable de n’avoir jamais ne serait-ce qu’essayer de percevoir Jocelyne autrement que comme un danger, une adversaire maléfique. Dans un avenir apaisé, je demanderais à papa de me révéler qui était SA Jocelyne.
    En attendant, il fait peine à voir et je tente d’atténuer son chagrin de ma présence silencieuse. Cela n’est pas suffisant, mais je suis incapable de trouver les bons mots pour le soulager.

    I will not say, do not weep for not all tears are an evil…


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  • …Bleu outre-mer, bleu azuré, bleu céleste, bleu turquoise. Le temps est superbe!
    Les journées en excursion sont épuisantes car très intenses. Musées, monuments, macaques surexcités, églises, parcs végétaux, ports de renom, vestiges, châteaux, rocher extraordinaire, rues de caractère et… jour après jour nous découvrons des villes stupéfiantes, des paysages magnifiques et les spécialités culinaires qui vont avec. Grandiose et émouvante, j’en ai eu les larmes aux yeux. Je ne sais pas d’où Gaudi tenait son inspiration, mais au pied de la Sagrada Familia je me suis senti fourmi. Bébé n’aime pas. Même inachevée -peut-être en deux mille vingt-deux à ce que dit le guide- la structure est fabuleuse et utopique à la fois.
    Les vagues se sont faites joueuses pour notre dernière journée en pleine mer. Bébé et moi trouvons cela amusant de les voir danser. Personne n’aura le mal de mer, tout bon navire de croisière qui se respecte à un stabilisateur performant. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Amal présent dans notre coursive afin de rassurer certains passagers inquiets. Ce cher Amal, -je l’ai surnommé ‘‘cinq euros’’- nous a finalement obtenu une table pour quatre personnes dans la salle de restaurant. Nous la partageons avec un couple de britanniques déjà d’un âge, mais tous deux sont charmants. Peter et Henry. Chaque soir nous les rejoignons avec plaisir. Et pas question de quitter la table avant le dessert.
    Comme dans le dessin animé de Hayao Miyazaki, je suis devenu la petite fille qui découvre sa cité dans les airs. Une ville de quatre mille quatre cent cinquante âmes qui fourmillent à toute heure du jour et de la nuit. Je ne sais pas comment fait le personnel, mais ils n’ont que sept heures de sommeil et une heure trente de pause dans la journée. Ils m’impressionnent. La plupart des corps de métiers sont présents sur le navire, il y a même un cordonnier dans l’une des boutiques chaussures luxe. Bars à thèmes, casino, restaurants, tout est fait pour que les passagers se sentent à l’aise. Et l’on s’y sent. Les spectacles du navire sont de bonne qualité, mais Bébé et moi sommes en voyage de noces, alors nous nous adonnons à des divertissements qui ne se réalisent qu’en huis clos.
    J’ai fréquenté ponctuellement le spa et ce que j’y ai découvert me pousse à m’enquérir dès mon retour d’un établissement qui pratique ce genre de soins. Dans l’hôtel où Bébé et moi allons parfois nous faire cocooner en région Parisienne, ils ne connaissent pas. Ici l’on m’a proposé un soin régénérant associant aromathérapie, huiles essentielles et massage par de puissants jets d’eau de mer. C’est fabuleux. J’en suis ressorti prête à …m’envoler! Il en est de même pour la stone therapy que j’appréhendais un peu. Certes les pierres sont chaudes, voire brûlantes, mais leur manipulation rapide évite les éventuelles cloques. En sortant de là, je me suis senti vidé. La Bébéthérapy me fait le même effet. Oups!
    Petite anecdote? L’instant libertin que les deux dévergondés que nous sommes se sont offerts dans une ruelle peu passante a failli nous faire rater l’embarquement de dix-neuf heures. C’est la faute de Bébé aussi. Quel besoin avait-il de m’enlacer d’aussi près? Ma Canaille sait se faire très sensuel quand il veut m’aguicher, et ma cuisse entre ses jambes n’a pas calmé le jeu. Je n’aurais pas aimé que l’on nous surprenne, lui les fesses à l’air et moi mon string sur les cuisses.
    Oui, ben quand c’est demandé aussi gentiment je n’ai jamais su dire non. Nous étions enlacés très étroitement vu le peu de place dont nous disposions. ‘‘Je vais visiter ton temple ma chérie’’, espèce d’idiot nous sommes en pleine rue! Il trouve encore le moyen de me faire rire cet affreux jojo. Ses petits mouvements sont très agréables, bref, le pas de porte dudit temple est plus que sollicité et le résultat est assez violent. Je dois dire, sans m’en défendre, que cela n’est pas déplaisant d’être aux aguets, cela démultiplie les sensations. Deux animaux, plaisir assuré…
    Nous savourons chaque instant de ce voyage.
    Notre seul regret sera de n’avoir pu assister à l’évolution des dauphins autour du navire. Bébé et moi les avons souvent guettés de notre balcon, mais ils se sont faits discrets, c’est dommage, l’on nous avait vanté cette attraction. Par contre nos amies les mouettes accompagnent le navire aux arrivées et aux départs des ports. Elles sont flippantes lorsqu’elles volent à hauteur de balcon, elles attendent qu’on leur jette des gâteaux ou des fruits. L’on nous a recommandé de ne pas le faire. N’en déplaise à monsieur Grey, j’aime la désobéissance. Un matin, l’une d’entre elles s’est carrément posée sur la balustrade et guignait sur ma grappe de raisin. Elle a apprécié que je lui en lance des grains. Il fallait voir avec qu’elle vélocité elle les attrapait en vol. Franchement, nous avons adoré ces onze jours. Cependant, toute bonne chose a une fin.
    Ce soir c’est la soirée du Commandant. Dress code oblige, Bébé a revêtu son beau costume et moi une robe de cocktail. Je ne veux pas me vanter, mais grâce à l’huile revitalisante que m’a conseillé une amie, mes cheveux -très abimés par les médicaments que je prends au quotidien- se sont fortifiés et ont bien repoussé. Daenerys a du souci à se faire. Le coiffeur du bord m’a confectionné un apprêt très original. Cela consiste en une queue de cheval dont la partie supérieure est tressée puis nouée de façon à réaliser un beau nœud kiki. C’est vraiment réussi.
    Le Commandant? An iron fist in a velvet glove. Il serait estimé par tout l’équipage dixit Amal. Une fin de cinquantaine, trapu, l’air avenant, toutefois le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne se perd pas en salutations inutiles. Ça me va. Cela a été une excellente soirée et nous en avons profité pour prendre correctement congé de Peter et Henry.
    Un brin nostalgique, nous préparons nos bagages et les mettons sur un chariot dans la coursive car ils vont être enlevés dans la nuit puis nous profiterons une dernière fois du terrain de jeux magique qu’est notre cocon.
    Après un dernier tour du propriétaire nous allons attendre dans le salon prévu pour les occupants des suites. Vérification faite des factures, après avoir fait supprimer les frais de charges de notre compte, Ash avait largement gratifié le personnel à notre service. D’ailleurs je trouve plus équitable que les pourboires aillent aux personnes qui ont faits de notre croisière une superbe expérience. Enfin ce n’est que mon avis. Amal a eu un plus car il s’est vraiment investi dans son travail avec efficacité et discrétion.
    Déjà l’ultime scan de notre carte de bord, puis nous allons récupérer les bagages qui nous attendent au terminal. Ils sont pesants de bons souvenirs.
    Je ne veux pas paraître inconvenante, mais notre retour de voyage de noces est gâché…


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    …Voyage de noces, plaisant petit-déjeuner. Connaissez-vous le jeu du pirate?
    Bébé maîtrise le sujet à fond. Oups, c’est un lapsus! Ma Canaille est au top, ainsi c’est plus correct. Le premier réveil est lumineux, -je parle de l’ambiance là- le soleil filtre au travers des tentures, c’est magique. Une fois celles-ci repliées, face à ce bleu immaculé, c’est… le pied! Et alors quand arrive le breakfast, nous hallucinons. Rien ne manque. L’air marin doit donner de l’appétit. Moi, qui le matin, me contente d’une boisson chaude d’habitude, j’apprécie un énorme pain bretzel pour accompagner mon thé. Comme il était encore chaud, je l’ai tartiné de beurre salé. Et une coupe de fruits frais, une. Bébé ne me reconnaît pas. A-t-il vraiment besoin de m’immortaliser la bouche pleine? Le bonheur se reflète sur mon visage me dit-il. Mouais …il n’a rien compris! Ce n’est pas le petit déjeuner qui me rend heureuse…
    S’il veut rester au top, Mon Fripon a intérêt à fréquenter assidûment la salle de sport. Encore neuf p’ti-dèj comme celui-là, et l’embonpoint le guette. Nous faisons quelques selfies pour les ami(es), mettons en ordre notre dressing puis nous partons explorer le navire.
    Amal, le steward, devait nous guetter derrière la porte, car aussitôt avons-nous mis un pied à l’extérieur de la cabine qu’il nous apostrophe déjà. Il nous propose le guide du shopping et le programme des activités et divertissements de la journée. Il va vite se prendre d’affection pour Ash si celui-ci le gratifie d’un pourboire à chacune des prestations qu’il nous soumet. C’est plus que cela, le steward est natif du Sri LanKa, et Bébé a exhalé son savoir en s’adressant à lui par quelques mots dans sa langue natale. Nous allons de découverte en découverte. Il y a un cyber café au décor digne des plus grands films de sciences fiction. Une salle de jeux vidéo aussi immense que la salle impériale de bal de Sissi. Bébé préfère sa Xbox one dans mon salon, ici il en serait presque… effrayé. Par contre en découvrant le bowling et la piste d’athlétisme il est comme un gosse le matin de noël. Une bibliothèque? Voilà qui me plaît! Je n’en peux plus, il est temps de mettre notre maillot de bains et direction le solarium. Pour Bébé. Moi je me dirige vers le spa. La suite inclus cette prestation et je ne vais pas m’en priver. Le massage a été so fantastic. D’ailleurs, à ce que l’on m’a dit, il est recommandé de respecter un temps de repos de quinze minutes après la séance. Je me suis endormi du sommeil du juste et les spa praticiennes -c’est ainsi qu’on les nomme- m’ont laissé une demi-heure en ambiance zen. Apparemment les massages seraient ‘‘surfacturé’’ -dixit l’une de nos voisines de table- ce qui fait que la fréquentation du spa est plutôt calme en début de croisière. D’où cet accueil plus qu’agréable…
    Les piscines? Les Jacuzzis? Nous ne rééditerons pas l’expérience. Cela aurait pu être agréable de prendre un bain de soleil sur un transat et de se rafraîchir un peu. Trop bondé, trop bruyant. Ce serait nettement plus accessible les jours d’excursions nous dit-on. Seulement ces jours-là, nous sommes… en excursion! La méditerranée et moi entretenons une relation passionnelle depuis plus de trente ans alors je peux me passer des bains chlorés des bassins d’un navire de croisière. Amal, cinq euros, l’expression de sa gratitude, égal deux transats sur notre balcon privé. C’est nettement plus reposant -oui bon, Bébé était en forme- et vivifiant. Nous repérons un petit bar très sympa pour l’apéritif avant de rejoindre nos voisins de table. La robe bohème à l’imprimé fleuri et le perfecto bleu Majorelle que m’a offert mon Pain d’Épices dans la boutique du pont six sont ravissants. Bébé n’est pas mal non plus…
    J’ai vraiment du mal avec la promiscuité. Ces tables de huit me font penser à une cantine scolaire, mais à la guerre comme à la guerre. Le service est long, long, long… Je profite ainsi du déodorant de ma voisine, ou plutôt de l’absence de déodorant. C’est infect! Le comble c’est lorsqu’elle oriente la conversation sur les toilettes tellement plus raffinées de l’autre paquebot sur lequel elle a voyagé l’automne dernier. Elle râle aussi parce que les plats sont trop salés. Depuis qu’il est assis son mari reste muet. Voyant que le sujet ‘‘popo’’ ne m’a pas intéressé, elle réitère avec Guignol et Madelon le jeune couple -ils sont Lyonnais- qui nous fait face. Je n’en peux plus. Il n’y a vraiment personne à cette table avec qui converser normalement? Certainement pas avec Aimé -il désire être appelé par son prénom nous a-t-il gentiment demandé hier soir- la soixantaine, spécialiste des blagues salaces apparemment. Je ne parle même pas de son look de footballeur en vacances. Jogging Adidas bleu ciel clouté au bas des mollets, année mille neuf cent quatre-vingt. En principe une tenue correcte est exigée dans les restaurants du bord. Pour l’apparence, monsieur a certainement tout misé sur le mutisme de madame. Sans doute à cause de ses lèvres -l’on dirait un cul de singe irrité- traitées à la toxine botulique. Angélique -franchement, Bébé et moi sommes pliés de rire intérieurement- a le nez refait, les seins siliconés et un bronzage UV complètement raté. Chirurgie des bras et liposuccion? Également je pense. Angélique, c’est une blague Aimé? En parlant de ceci, connaissez-vous celle de l’aviateur et de l’hôtesse de l’air? Nous non plus car une fois encore, Bébé et moi avons fait l’impasse sur le dessert. Je pense ne pas que Bébé et moi-même soyons de nature vaniteuse et prétentieuse, mais trop c’est trop. De retour dans notre nid douillet, nous avons exigé d’Amal qu’il résolve le souci.
    La salle de bain est trop fabuleuse pour que nous en ignorions les possibilités…


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       …Silence radio, cabine balcon wellness, spa et solarium, embarquement immédiat!
    Parce que le voyage de noces fait aussi partie des joies du mariage, Bébé et sa Chouquette, moi, ne dérogeons pas à la tradition. Gâtés pourris me direz-vous. Souvenez-vous de la tirelire en forme de coffre au trésor que l’on avait placé sous le vieil olivier le jour de notre mariage. Ah? Je n’en avais pas parlé? Je peux d’ores et déjà dire que nos hôtes ont été plus que généreux et nous les en remercions. Comme cadeau de mariage collectif, grâce au pactole estimé, l’on nous avait réservé une croisière…
    Les terminaux du port de Marseille sont impressionnants. Les jours d’embarquement, plusieurs navires, concurrence oblige, sont amarrés à la queue leu-leu. Les navettes, gare et aéroport, se donnent rendez-vous sur le terre-plein et c’est parfois un tantinet la foire d’empoigne. Nous, nous avons opté pour le taxi et je le concède à la postérité, c’est le bazar également! Pourtant j’ai trouvé le moment inoubliable. Bagages, Chapeaux extravagants, robes frivoles, dockers et…
    Toute la splendeur de l’Europe en vacances. Nous étions en avance, cela nous a permis de flâner. Les bateaux sont de véritables villes flottantes et j’avoue que pendant un instant j’ai eu un peu d’appréhension. L’effet Titanic disparaît -conseil avisé: ne regardez jamais le film la veille d’un départ en croisière- une fois présenté les tickets d’embarquement. De toute façon il n’est pas possible de faire marche arrière. Ensuite c’est un peu d’attente parce que nous ne sommes pas seuls! Une fois les formalités d’usage exécutées, nous en avons profité Bébé et moi pour mettre en scène un remake d’Indiana Jones: Indy à la recherche de la cabine perdue! Trente-cinq minutes à ‘‘ramer’’ dans les coursives. Je sais, nous aurions pu attendre pour être guidé, mais rien ne vaut l’indépendance. Le pont, la coursive et le numéro de cabine, tout est OK, nous sommes au bon endroit. L’allée en elle-même est vraiment luxueuse. Le hic, c’est que la cabine ne nous sera ouverte qu’en milieu d’après-midi. Cela se comprend aisément vu que l’embarquement concerne trois mille quatre cent passagers et que, comme dans un aéroport, tous les bagages sont passés au détecteur avant d’être dispatchés dans les cabines. D’ailleurs, tous ceux qui montent à bord ont droit à l’arche rayon X et je dois bien avouer que cela rassure. Nous avons eu la bonne idée de nous habiller décontractés et cela n’est pas du luxe. Combi one shoulder pour moi et jeans-t-shirt Burberry pour Ash. Nous parcourons des kilomètres de ponts ce qui fait que je me permets ici de rendre hommage aux visvim dont nous sommes chaussés. Nous avons rempli les fiches restaurants en choisissant nos places à une table pour le soir. Pour un service plus efficace il nous est recommandé de nous installer à la même le temps de la croisière, bôf… Si cela est trop éprouvant nous papillonnerons entre le self, la brasserie, le restaurant asiatique, la rôtisserie, et le bar à tapas. Ensuite il a fallu valider nos comptes pour les prestations non inclues. Les cartes de crédit ne sont pas acceptées pour toutes à bord. L’on dépose une certaine somme et l’on obtient un Pass. Ainsi nous avons la clé d’un monde enchanté, mais il faut être réaliste, les conditions sont les mêmes qu’à terre : tout supplément se fait moyennant finances. L’on ne vit qu’une fois! Mon homme est un réel bonheur, ce que femme désire, femme l’obtient. Et oui, je confirme, j’en abuse outrageusement…
    Après un passage au bureau des excursions pour enregistrer celles que nous désirons faire, la réservation pour l’occupation de la salle de sports le temps du séjour et un rendez-vous coiffeur, -les places étaient déjà comptées à une demi-heure du départ- dans la journée qui précède la réception de gala du commandant. Et non, ce n’est pas une légende urbaine! Il va falloir en passer par là. Que vais-je mettre? l’on nous prévient que les cabines sont à disposition. Il était temps, je suis épuisé, j’ai besoin d’une micro sieste. Waouh, c’est une suite luxe avec balcon, quand je disais que nous étions pourris gâtés. La vue extra large sur le port présage quelque chose de féérique lorsque nous serons en pleine mer. Sentir l’air marin du réveil au coucher, là aussi ce sera le pied! Je rêve où une mouette nous observe? La décoration est raffinée et c’est vraiment spacieux pour deux personnes. Le couchage est, oh mama Mia… loopings assurées!
    Nous ne sommes pas encore installés que le Steward de suites vient nous rendre visite. Il nous informe qu’il est à notre service pour le temps de la croisière et cerise sur le gâteau, Bébé et moi, comme chaque occupant des suites, avons droit à un service personnalisé en cabine qui comprend entre autres le petit-déjeuner chaque jour. C’est super cool, j’adôôôre!
    La démonstration obligatoire des mesures d’évacuation d’urgence pour notre pont est annoncée. Signe que le départ est proche. Dans la cabine il y a deux gilets de sauvetage que l’on nous apprend à manipuler -ai-je tout compris?- et un plan indiquant où se trouve le canot de sauvetage le plus proche qui nous est attribué??? Allons Mylhenn, tu es en voyage de noces, ne commence pas à mijoter un naufrage! L’ambiance festive et joyeuse du départ est magique! Cela s’apparente à un vol au-dessus du port et une fois en pleine mer, la hauteur révélée du navire est spectaculaire. Le Steward est plein d’attention envers ses hôtes et il a gentiment conseillé aux occupants des suites de prendre le repas du soir au deuxième service, c’est plus calme nous dit-il. Certes oui, mais très long. J’étais lessivé et nous n’avons pas attendu le dessert. Nous avions fait connaissance avec nos voisins de table, ils sont… comment dire? Je ne tiens plus les yeux ouverts, demain est un autre jour.
    Enfin du silence! Le chuintement des vagues contre la coque nous berce…


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  •    …Se faire plaisir et avoir du plaisir, voilà quel a été le programme du week-end!

    Ma Canaille de mari est de retour. Boosté par l’énergie qui le caractérise, mon grand fou est allé parcourir les kilomètres de jogging nécessaire à son équilibre dès sept heures dimanche matin. En place de la grasse matinée habituelle, j’ai commencé la lecture de l’un des volumes dont il a enrichi ma bibliothèque à son retour de région Parisienne. Je me suis plongé -immersion et apnée- dans CHIEN-LOUP avec un plaisir évident. Près de cinq cent pages dans lesquelles Serge Joncour raconte le passé trouble d’un village du Lot. L’auteur met également en scène un couple moderne aux prises avec la nature. C’est violent, effrayant et envoûtant, je suis fan de l’écrivain et de son écriture. Il m’avait déjà convaincu avec ‘’Repose-toi sur moi’’. Avec Bébé nous avons eu droit à un petit-déjeuner gastronomique grâce à Mamaiette. Ma tante a toujours peur que nous mourions de faim Ash et moi. Je vais me sentir vexé un jour, j’ai l’impression qu’elle met en doute, à tort ou à raison, mes capacités de cuisinière. Elle veille sur moi tout comme le faisait Maë Lynette et rien de plus, je le sais pertinemment. Tantine remontait aux terres, alors elle a profité du trajet pour me déposer de nombreux plats qu’elle a confectionné pour nous -je les ai mis au congélateur dès qu’elle a eu le dos tourné- et des viennoiseries faites maison en plus des cinq pots de confiture de pêches et de figues! En fin d’après-midi nous sommes allés trinquer au premier vin primeur chez Marceau. Sa récolte est en cours de vinification et comme tout bon vigneron il en est soulagé. Chaque année, il invite voisins, collègues et amis proches au rituel de l’ouverture d’un petit tonnelet, un remerciement à la bonne fortune en quelque sorte. Je me suis contenté d’un verre d’eau pétillante car à cause des effets secondaires de mon médicament je ne voudrais pas que mon intestin se distingue de trop. Bébé par contre a apprécié …avec modération. La cuvée deux mille dix-huit promet d’être un vin exceptionnel nous dit Marceau. Le mistral allait bientôt être en mesure de décorner les vaches du père Matias si cela continuait alors il n’était pas question de préparer le barbecue à l’extérieur. Nous avons profité de l’ambiance parfumée du hangar à aromatiques de Marceau. Rien ne vaut un bon romarin pour assaisonner du lapin. Nous ne sommes pas rentrés tard car j’étais barbouillé. Mon corps doit s’adapter au médicament que l’on m’a prescrit. Je ressens un léger mieux. Mon piranha-samouraï fatigue mais il n’en est pas encore à son dernier soupir. Les dommages collatéraux passagers que m’infligent la molécule m’épuisent aussi je me ménage. Installés sous la varangue nous passons une belle fin de soirée. Le moins que je puisse dire, c’est que Ma Canaille ne manque pas d’imagination…
    Le jour où Flo est venue prendre soin de mon cocon, en prévision des flambées automnales, celle-ci est allée chercher un cageot d’écorces de bois à la scierie. Elle l’a déposé tout près de la porte fenêtre qui donne sur le jardin et comme il a fait très beau ces derniers jours le soleil a réchauffé les croûtes végétales au travers de la vitre. Entre blattes et pucerons j’ai dû utiliser du barrage aux insectes pour éradiquer cette vermine. L’esprit tranquille je ne m’en suis plus préoccupé. Dans la nuit il m’arrive de me lever pour boire un grand verre d’eau. Je n’allume que la veilleuse du salon pour ne pas déranger Bébé dans son sommeil. La brioche aux pralines qu’Hélène m’a donné l’exigeait. J’en avais ingurgité une énorme part en guise de dîner. Je venais de porter le verre à mes lèvres lorsqu’un hurlement de possédée a franchi mes lèvres. Il a dû réveiller tout le quartier. D’ailleurs, il me semble bien avoir entendu le Biotte aboyer. C’est le chien du papy qui habite en bout du chemin. Heureusement que Mon Fripon n’est pas cardiaque. Juste ensommeillé quand il s’est précipité hors de la chambre en croyant que je m’étais blessé. Il avait du mal à comprendre ce que je lui montrais d’une main tremblante.
    Je venais de découvrir Aragog confortablement campée sur ses huit horribles pattes dans ma tenture écrue. J’en frissonne encore, son corps avait la taille d’une balle de ping-pong! Oui bon, un gros radis rond. Bébé s’est improvisé dompteur d’arachnides parce qu’il était hors de question pour lui de la tuer. Un gros chinois, un journal et hop, dehors le monstre. Hystérique j’ai contraint Ash à déplacer un stère de bois à deux heures du matin. Cinq cent kilos de bûches et les pelures. J’admets, il est compréhensif mais jusqu’à un certain point. Lesdites bûches ont volé à travers la porte-fenêtre ouverte ce qui fait qu’à présent une magnifique sculpture en acacia entrave la fermeture du volet. Pour couronner le tout, j’ai vidé la bombe insecticide dans le salon et la cuisine. En toute logique, nous avons dormi avec la fenêtre de la chambre grande ouverte afin de ne pas être asphyxié. Tu es ridicule ma pauvre Mylhenn…
    Bébé m’a appris que mes beaux-parents ont contacté le notaire afin de finaliser l’achat de notre petit cottage. Si l’on peut nommer ainsi l’adorable champignon qu’est notre future maison aux Aspidies. Nous allons devoir réfléchir sérieusement à ce que nous désirons en faire. Je garde le claustra, c’est sans appel. Avec une banquette confortable en-dessous et des luminaires adaptés de chaque côté, cela devrait le faire. Pour l’instant je ne désire pas y penser car pour les rénovations je vais devoir m’expatrier pendant de longues semaines chez mes beaux-parents. Lamine est heureux comme un poisson dans l’eau à Palavas. Il m’a remercié en nous invitant Ash et moi dans un quatre étoiles vers lequel il nous a lui-même conduit. La conduite de Bébé est sportive, celle de Lamine est… redoutable. Il y a cinq ans de cela je n’aurais pas gagné une fortune en pariant sur l’avenir de Lamine. Tous des voyous clament certains politiques. Mon ‘‘arabe’’ a su rebondir avec succès. Depuis toute petite j’abhorre l’intolérance et la xénophobie. Le regard que l’on porte parfois sur mon mari me tourmente.
    Certains dossiers nécessitant l’approbation de monsieur le responsable de service -Bébé a obtenu sa promotion- Ma Canaille s’est enfermé dans son bureau pendant des heures
    J’en ai profité pour retravailler le vingt-troisième chapitre de Litchy en suivant les conseils de Chantal. Écrire est un travail à plein temps et j’adore ça! Je suis honteuse, mais depuis que je suis une jeune mariée, la paresse m’a envahi et je néglige mon clavier très souvent.

    Je prépare nos malles et sitôt revenu de mon voyage de noces… 


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  •    …Un mois déjà, et j’ai encore du mal à me concentrer sur mon travail. Let’go Mylhenn!

    Je travaille ‘‘d’arrache-doigts’’ à la finalisation du manuscrit que je vais présenter aux maisons d’éditions. Depuis plusieurs semaines -menteuse : plusieurs mois- je bloque sur le roman commencé en deux mille treize dont je ne parviens pas à trouver une liaison correcte pour les chapitres suivants. Si ce n’est pas misère, j’ai déjà écrit la fin! Je me suis alloué les services d’un coach en écriture afin de bénéficier de conseils avisés. D’une coach. Pas l’un de ces charlatans que l’on découvre sur le web, mais une alliée compétente à l’écoute des désirs d’écriture de la personne qui sollicite ses services. Professeur de lettres -master- dans une faculté, déçue par le manque d’enthousiasme d’étudiants posés sur les bancs de ses cours en attente de…?, ils ne le savent même pas. Chantal, s’est reconvertie en conseillère pour écrivains en herbe. C’est tout à fait moi cela! J’ai eu plaisir à l’accueillir pour sa première ‘‘leçon’’. De cette prise de contact j’en suis ressorti totalement vider. Vannée intellectuellement j’entends. Il est temps de me remettre en question et c’est avec son soutien que je pourrais progresser. Le programme qu’elle me propose n’est guère différent de ce que j’ai étudié récemment, mais entre exercices dirigés, travaux personnels et conseils de lecture son but est de me faire profiter d’un moment de partage autour d’une passion. Elle a parfaitement réussi à me convaincre de son sérieux.
    La nouille que je suis a oublié de renouveler son ordonnance de Folacine et le ‘‘Meth’’ ne m’a pas raté! Les ami(e)s du club S.A comprendrons de quoi je parle. Nausées, mal de tête, toux et plaquettes, la panoplie complète quoi. Seule la vitamine B9 évite les effets indésirables de ce médicament qui soulage -ne permet pas d’oublier- mes douleurs. Depuis deux mois je suis sur un petit nuage, alors mes soins ont été le dernier de mes soucis. J’ai bien vite été rappelé à l’ordre…
    Patiemment je remets en forme les tous premiers chapitres de l’opus publiable de Chouquette & Bébé. Si vous saviez comme il m’est gratifiant de constater mes progrès. Je suis fière de moi, très fière. Nadège, ma thérapeute, m’encourage à poursuivre dans cette voie qui m’apporte sérénité et satisfaction. Du coup elle envisage de me faire passer au cap suivant: le terme de l’analyse qui m’a conduit à une convalescence stable. Je suis un rien accablé. Suis-je prête à me lancer sans ‘‘béquilles’’? J’ai soudain la trouille. Comment renoncer à la personne qui m’a guidée sans me juger? Je suis en panique. Elle a été ma confidente et le réceptacle de mes souffrances pendant très longtemps et je ne sais pas si je vais être en mesure de continuer seule. Je souffre encore …ma guérison m’effraie? Non. C’est plus une question d’attachement. D’empathie. De respect de mes phobies. Nadège a parcouru le même chemin que moi en écoutant séance après séance mes confessions intimes. Ma thérapeute m’a aidé à me relever, m’a poussé, puis tiré à sa suite, elle m’a donné la main et enfin accompagné de ses suggestions et de son enseignement. Je lui en serais éternellement reconnaissante car elle est la seule -Bébé a une approche plus ludique mais pareillement efficace- à m’avoir fait confiance, à avoir accepté mes rechutes. Elle n’a jamais considéré mes erreurs de parcours comme un échec personnel contrairement à certains psychiatres de structures qui ramènent les dérapages de leurs patients à une atteinte à leur petit ego. Je ne ressens pas de tristesse car c’est comme dire au revoir à une amie que l’on retrouvera plus tard de façon ponctuelle. Du jour où je me suis mise à nommer mon père autrement que monsieur J ou papa J, l’adversité qui me poursuivait a été scellée dans la chambre forte du secret professionnel. Je remercie infiniment ma thérapeute. Certes le graphique en dents de scie qui régit mon existence ne me quittera pas, mais maintenant j’ai les pistes nécessaires pour le combattre sans l’appréhender…
    Lamine est arrivé hier en fin de journée avec Célie. Apparemment la jolie damoiselle tient la route puisque cela fait un an et demi qu’ils sont ensembles. Elle doit sacrément avoir la santé la bougresse pour résister aux assauts pleins de vitalité de son chéri. Je les ai invités à passer la nuit à la ‘‘Petite Paix’’ et la soirée a été excellente. Comme promis, il m’a offert le journal photographique -une encyclopédie- de notre enterrement de vie de célibataire. J’étais écroulé de rire en feuilletant les pages des trois albums. C’est un bizutage en règle que l’on nous a fait subir à Ash et moi. Mais nous, nous étions consentants. La fille d’un ami de papa a été traumatisée par l’intégration musclée dont elle a été victime. Une école de l’état crois-je me souvenir? Cette jeune personne a abandonné ses études du jour au lendemain à cause de ce qui lui est arrivé. Parmi les sévices qu’ont subi ces jeunes gens il en est un que j’ai trouvé réellement dégradant. Les novices auraient été sortis du lit en pleine nuit, on les aurait enveloppés dans du papier toilette et des fous furieux hilares auraient uriné sur le groupe. Il paraîtrait même que certaines filles ont eu leur coloration ‘‘décapées’’ au vinaigre blanc! Je n’ose même pas rapporter ce que quelques-uns des jeunes hommes ont subi. J’étais persuadé qu’il y avait des lois pour règlementer ces amusements potaches déplorables…
    Lamine et Célie sont partis pour Palavas aux aurores. Flo est passée en coup de vent pour me saluer. Qui lui a demandé d’inspecter le réfrigérateur? Quoi qu’il en soit, les réserves sont suffisantes pour le week-end! Je me suis arrêté à Lunel en revenant du laboratoire d’analyses.

    Vais-je un jour me remettre sérieusement au travail? Bébé est là…


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  •    …He gave me a quick look. Did you sleep well?

    Espèce de diable, comme si tu ne le savais pas? Par la faute de Bébé nous sommes arrivés en retard à la table du breakfast. L’œil noir de Mumy ne me dérange en rien car malgré une bonne douche, je ressens encore certaines ondes magiques sur ma peau. Bébé est la pire des canailles qui soit. L’avantage de ne pas être à l’heure c’est que le petit-déjeuner est expédié en à peine vingt minutes, alors qu’en temps normal cela me paraît interminable.
    - Allez passer une tenue plus confortable Mylhenn, il pleut! Je me trouve bien assez présentable, d’autant que vu le temps Bébé et moi avions prévu un neuf à onze dans notre chambre. Je lui lance un regard ahuri et elle me rend un grand sourire. Je la trouve flippante parfois ma belle-mère.
    - Nous sortons! Votre père, Phillip et moi-même désirons vous conduire Aslimd et vous… c’est une surprise!
    C’est vrai que tous les trois expriment un enthousiasme exagéré ce matin. Papa et Papily pouffent comme des enfants qui préparent un mauvais coup, et Mum’ nous dévisage avec… tendresse? Que se passe-t-il? Ash à l’air aussi désemparé que moi.
    Lorsque nous sommes chez mes beaux-parents, le week-end nous adoptons le sportwear. Bébé est vêtu d’un jean et d’un sweat et moi j’ai passé des jambières legging, des bottines et une robe à manches longues tout à fait convenables.
    - Nous sommes prêts Mum’! se risque Bébé. Le regard qui tue…
    La longueur de la robe? Je suis désolé Madam, mais votre fils apprécie alors vous vous en contenterez aussi. Un soupir et un haussement d’épaules plus tard, assise sur la banquette arrière du SUV de Phillip entre Bébé et sa mère, je me demande bien ce que nos parents ont encore inventé. Vingt minutes plus tard, il pleut à verse, nous sommes au cœur de la banlieue. Ni Ma Canaille ni moi ne comprenons sur le moment. Nous sommes garés dans l’allée privée d’un petit pavillon face à un ‘‘généreux’’ garage. Je viens de tomber amoureuse! La bâtisse est ancienne et elle a l’aspect d’un bol à thé en briques dorées surmonté d’un bol à céréales fait de tuiles anciennes déposé à l’envers sur son faîte, -nous venons de petit déjeuner et cela se ressent dans ma description- une énorme cheminée occupe le centre de la toiture. De prime abord, l’ensemble peut paraître vieillot, mais moi je ne la trouve pas si laid que cela cette petite maison. Elle est d’époque -laquelle?- à commencer par la barrière en bois qui aurait besoin d’être repeinte et le minuscule portail qui donne sur une belle cour en gazon. Campagne anglaise, pensez green, green, green. La rue piétonne adjacente, délimitée par de modestes massifs de rosiers couvre-sol, conduit directement aux commerces de proximité. Il me semble apercevoir un stand ‘‘fruits & vegetables’’ au coin de la rue. Il est dommage que la pluie se soit invitée pour la visite, mais j’aurais aimé voir l’extérieur à l’arrière de la maison autrement qu’à travers une vitre. Bébé est aussi surpris que moi. Agréablement surpris.
    - It’s a mushroom? M’a-t-il soufflé à l’oreille en franchissant la porte d’entrée. Tout considéré, c’est exactement cela. Le regard de papa reflète l’inquiétude et celui des parents de Bébé est… expectatif.
    Typique? Chaleureux? Envisageable? Oh que oui! Á chaque extrémité d’un claustra à rosaces, se trouve une légère déclivité qui permet d’accéder à la pièce à vivre. Cool pour moi si j’ai besoin de mon FTT. Le foyer de la cheminée, parlons-en, occupe le centre de la pièce et l’on pourrait -il ne faut pas oublier que je réside non loin de la méditerranée- y faire rôtir un bœuf entier à la broche! En découvrant la baie vitrée et son bow-window qui donnent sur le jardin, je fais l’impasse sur le fait qu’à peine quinze kilomètres nous éloigneront de Papily et Mumy. Certes il pleut, mais la vue qui s’offre à nous du salon est splendide. La taille du gazon est impeccable, les bosquets et les arbres sont parfaitement entretenus et, niché sous la frondaison se trouve une terrasse abritée. Green, green, green. Une haie de charmilles aux feuillage marcescent -il meurt et demeure sur le branchage puis tombe à la repousse au printemps- dissimule le jardin aux éventuels curieux. C’est splendide. La cuisine, déjà équipée, attire l’œil. Il nous suffirait de changer les façades des rangements et… Je regarde Mon Chéri et je le découvre aussi enthousiaste que moi. La parentèle est aux anges. Voilà donc ce qu’ils manigançaient depuis plusieurs jours. Une porte donne accès à une petite salle de bains-toilettes, tandis que l’autre s’ouvre sur une volé de marches -six- qui conduit à l’étage. Je viens enfin de comprendre que le rez-de-chaussée est semi enterrée. Nous y découvrons deux petites chambres qui donnent sur le jardin d’un côté du couloir -un peu étroit- et une pièce immense de l’autre côté. J’y verrais bien une chambre avec dressing et salle de bains moderne ici. Il y a aussi une espèce de très grande penderie qui, ouverture créée puis aménagée, pourrait servir de bureau à Ma Canaille.
    Pendant le trajet du retour bébé et moi sommes restés silencieux. Nous étions terrassés par ce cadeau inattendu. Il y avait deux autres visites de prévues, mais nous les avons ignorées. Un appartement trop proche du centre-ville et un cottage situé à la sortie du district, limitrophe avec l’avenue qui conduit chez mes beaux-parents! La maison champignon est véritablement un gros coup de cœur pour Bébé et pour moi. De plus, son quartier champignonnière -plusieurs villas du même style- est fort plaisant. Pour la première fois depuis des décennies j’ai étreint mon père avec le sentiment de ne pas faire semblant. Nos parents avaient prospecté sur Londres, mais papa a deviné que je préfèrerais de loin un petit coin tranquille. Bébé encore abasourdi s’est confondu en remerciements. Champagne de rigueur…
    Dans l’après-midi j’ai croisé mon neveu Terrence, il était radieux. Une semaine seulement et déjà le gamin s’est intègré à son nouvel univers. C’est le genre d’école où s’exprimer dans deux langues différentes est fortement conseillé à son âge. Terry maitrise l’espagnol, l’anglais et le français est en passe de lui être totalement acquis. Je ne me fais aucuns soucis quant à sa future scolarité. Comme s’il avait entendu ma question muette, il m’a confié s’être découvert des affinités avec trois camarades. J’en suis heureuse pour lui, il se peut qu’il s’épanouisse enfin.
    Prise dans le tourbillon de nos jours céruléens, je ne crois pas vous avoir fait part de la naissance de Flore-Lys. Ce baigneur, dernière-née des petits-enfants de ma chère Pat, est venu au monde le cinq septembre. Patricia est aux anges, entourée de sa famille qui s’agrandit au fil des années. Gerry, sa fille ainée, est enceinte de son second enfant! Ce serait un petit garçon. Lilou, la future grande sœur, est quelque peu réticente.
    Nous allons quitter la brume matinale et les bruyères de l’Hertfordshire pour nous retrouver au cœur du mistral d’une Provence légèrement humide. Bébé restera sur Paris ce qui fait que c’est monsieur J qui me récupérera à la descente du train à Montpellier. Dans quelques semaines Bébé et moi iront lui rendre visite avec ‘‘l’engin’’ que Ma Canaille va s’offrir. C’était soit le démon de midi, soit la ‘‘supercar’’, Bébé a fait le bon choix. Il m’a promis que ce serait LA voiture d’une décennie. Je demande à voir. Il est vrai qu’elle sera superbe. Vrombissante et spacieuse. Hors de prix aussi. D’un commun accord, Sodishan et lui se séparent de la c63 et d’une voiture de collection, ainsi il ne ruinera pas l’avoir familiale. Je plaisante pour la crise de la quarantaine, mon chéri à l’imagination très prolifique et grâce à cela nous en avons pour des années -si le destin nous les octroie- à explorer les diverses possibilités qu’il m’offre de faire ma gourgandine dans des lieux inattendus. Le dernier en date a été… comment dire? Verdoyant, émoustillant? Ne le répétez pas à mon beau-père, mais j’ai adoré avoir les fesses sur le tapis de son billard. C’est total ‘‘sensual possess’’ comme sensations. Les domestiques savent être discrets alors j’espère qu’ils n’ont rien vu.

    Il est grand temps que je me remette au travail. Un canapé nuage en-dessous du claustra…


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  •    …Champ de sensations, source d’extase et posture de prédilection. Que l’amour s’en suive!

    D’ores et déjà, sachez que ce chapitre prouve que la posologie de mon remède affecte mon jugement et me prédispose à des fantaisies érotiques. Cela n’est pas pour déplaire au félin qui feule dans mon dos. Mon chéri a su gérer avec tendresse le gros coup de blues qui m’a assailli. Entre le mariage et ses préparatifs, la smala à Palavas, le voyage aux Aspidies et la soirée en l’honneur des quarante ans de Ma Canaille, j’ai un petit coup de mou. C’est compréhensible, mais je me rends compte que ma santé n’est plus ce qu’elle était. Cela dit, à prendre je garde. Il y a des personnes qui n’ont pas ma chance, elles souffrent beaucoup plus que moi et elles sont infirmes. Mon piranha-samouraï guette depuis quelques heures. Tous les ans à la même époque je ressens ma maladie comme une malédiction. Le temps n’est pas au beau fixe ici et j’ai l’impression que mes lombaires sont grignotées par de minuscules dents. Mes articulations, elles, sont ‘’poignardées’’ par des lames très acérées me semble-t-il. D’où le terme pour nommer ma maladie. Je reste zen, mais j’avoue que parfois cela déborde. 

    Avant-hier matin, Ma Canaille m’a dit que j’étais l’amour de sa vie ‘‘for always’’, vous saisissez l’idée. Sauf que je lui ai donné l’impression que cela ne me faisait pas plaisir en me mettant à pleurer à chaudes larmes. Surpris -je le comprends- il s’est inquiété de ma réaction. Je ne veux pas le rendre malheureux de mes angoisses, mais là je me suis confié. Lorsque mon premier mari a commencé à me dresser, -c’était ses mots- après les sévices, il me faisait de grandes déclarations, jurant aux grands dieux que j’étais l’amour de sa vie. Vais-je un jour, oublier définitivement mes années noires? Ces jours-ci, les souvenirs remontent de plus en plus à la surface de ma mémoire et ils empoisonnent mon quotidien. Nadège m’a expliqué que c’était normal avec ce que j’ai vécu lors de mon premier mariage. Mon cerveau ‘‘compare’’ et cherche à me convaincre que tout va recommencer. Quel ase celui-là, je sais que jamais Bébé ne lèvera la main sur moi! En attendant que cela passe, si je me mets à faire la fontaine chaque fois que Bébé me dit qu’il m’aime, nos soirées en tête à tête vont être festives. Je ne devrais peut-être pas écrire ceci ici, mais le ‘‘skin to skin’’ est la seule chose qui m’apaise. Quand je suis dans cet état d’esprit, grimper aux arbres ou cueillir un lotus -comprenez de quoi il est question- ne sont pas au programme. Mon Pain d’Épice n’étant pas du genre à faire briller l’étoile du matin si je n’en ai pas envie a découvert le compromis idéal pour adoucir mon mal-être. Je me blottis contre sa peau dorée, la tête nichée dans son cou et je laisse partir tous mes tourments. Parfois, et je dis bien parfois, cet enlacement fait croître un très beau lierre -comprenne qui pourra- et là, je me nourris carrément de la force de Bébé. Amoureux et amants cela nous est autorisé. Oooops, je viens d’oublier que nous sommes mariés…
    Il est vraiment de bonne composition mon chéri. Je ne dis pas qu’il est parfait. Il lui arrive de rouspéter et de me réprimander. Toutefois il veille à ne pas s’approcher de moi lorsqu’il gueule vraiment, ainsi je ne me sens pas en danger. Le tube de dentifrice est resté ouvert, et alors? J’ai oublié de renouveler son abonnement, et alors? J’ai mis ses baskets de jogging à la poubelle parce qu’elles étaient immondes, et alors? Il avait qu’à me dire qu’il les avait ‘‘travaillées’’ pour qu’elles soient confortables. Le pire, j’ai par inadvertance mis ses clés de voiture dans le réfrigérateur -nous les avons cherchés pendant une demi-heure avant de me souvenir qu’elles étaient sur la table du petit déjeuner- et alors? Mais non, je ne suis pas de mauvaise foi, juste distraite. Une dernière confidence et je mets un terme à cet épanchement symptomatique des effets secondaires de ce fichu médicament sur ma libido. Je ne m’expose pas au voyeurisme, je remets les choses à leur place. Derrière le fauve tapit sous une apparence de gentil garçon et la tigresse diminuée par ses douleurs que Bébé et moi sommes, se cachent un besoin primaire de sexe à la hussarde, de roulés boulés enfiévrés et de mordillements de chiots. Se faire des câlins est dans l’ordre naturel des choses lorsque l’on s’aime, une forme de communication du couple sans paroles inutiles. Je vais en choquer plus d’un(e), le sexe sans amour n’en est pas. C’est juste un élan pulsionnel. Une façon comme une autre de se détendre. Croyez-moi, j’ai pratiqué le sexe pulsion, c’est sympa, mais au bout du compte l’on s’en lasse. Du partenaire aussi! Je clos immédiatement ma Chronique sexo.
    Être le co-dirigeant d’un service procure quelques avantages. Se retrouver en week-end dès que le briefing du vendredi matin est parachevé est de ceux-ci. Le temps est à la froidure, limite frisquet dirais-je alors Bébé et moi nous laissons dorloter par le personnel de Mumy. Thé, plaid sur le sofa du haut -pas question d’allumer le chauffage- et comme Mum’ et Phillip sont de sortie, nous avons droit au tea time sur la table du salon. -crime de lèse-majesté en temps normal- Mon humeur s’est bien assoupie, mais pas la douleur. SoS Dr Gordon et une injection de Feldene, une! Je suis soulagée sur l’instant, mais bonjour la somnolence et… les flatulences! C’est quasi sismique et j'en suis pour le moins vexé. Ouf, une heure plus tard, exit le désagrément. Ma Canaille était hilare.

    Punition: pas d’étreintes fougueuses ce soir! Celle d’il y a vingt minutes était mystique…


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